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Le Secret de l'Alpha

Le Secret de l'Alpha

Auteur:: plume htn
Genre: Loup-garou
Élodie, une jeune femme fragile, porte le poids d'un passé douloureux après avoir perdu sa mère dans des circonstances mystérieuses à l'âge de treize ans. Elle grandit sous la tutelle de son beau-père, Victor Lemaire, un alpha au charisme irrésistible et à l'aura énigmatique. Dans les couloirs somptueux de leur manoir gothique, Élodie découvre un monde où le luxe côtoie des secrets bien enfouis et des tensions palpables. Alors qu'elle s'apprête à célébrer son dix-huitième anniversaire, sa vie bascule lorsqu'elle surprend Victor dans une scène torride avec une mystérieuse femme de chambre, qui semble connaître des choses que personne d'autre ne sait. Élodie est à la fois troublée et fascinée par cet homme qui semble porter un masque d'illusion. Pourquoi cet alpha, à la fois distant et magnétique, cache-t-il tant de mystères ? Déterminée à attirer son attention, Élodie s'engage dans un jeu périlleux de séduction, oscillant entre désir et danger. Mais Victor dissimule bien plus que des aventures secrètes : des vérités obscures qui pourraient détruire non seulement sa fortune et sa réputation, mais aussi leurs vies entières. Qui est réellement Victor Lemaire ? Pourquoi s'enferme-t-il dans son bureau aux heures les plus sombres, comme s'il fuyait quelque chose ? Quels liens troublants unissent les employés du manoir à des événements tragiques du passé ? Et surtout, jusqu'où Élodie est-elle prête à aller pour obtenir ce qu'elle désire ardemment... même si cela signifie sacrifier tout ce qu'elle a ?

Chapitre 1 Chapitre 1

Dans le silence opulent du manoir, un rayon de lumière s'infiltra à travers les lourds rideaux de velours. La chambre, vaste et imposante, semblait figée dans le temps, chaque meuble lourdement sculpté portant les cicatrices d'une époque révolue. Un léger frisson parcourut Élodie tandis qu'elle ouvrait les yeux. La journée s'annonçait comme toutes les autres, et pourtant, elle ne pouvait ignorer la tension qui flottait dans l'air, un pressentiment sourd qui lui serrait la poitrine.

Assise sur le bord du lit, ses pieds nus effleurant le tapis épais, elle laissa son regard dériver sur le miroir ancien qui lui faisait face. Sa réflexion la dérangeait. À dix-huit ans, elle ne se reconnaissait toujours pas dans cette image d'elle-même. Une jeune femme au regard perçant, mais toujours emprisonnée par un passé qu'elle peinait à comprendre. La voix d'Anna, sa gouvernante, brisa le silence.

« Vous êtes attendue dans le salon, Mademoiselle. Votre père insiste pour que vous le rejoigniez immédiatement. »

Le ton, bien que respectueux, portait cette pointe d'autorité qu'Anna employait toujours lorsqu'il s'agissait de Victor Lemaire. Élodie hocha la tête, sans un mot. Victor n'était pas réellement son père, mais il était tout ce qu'elle avait. Depuis la disparition brutale de sa mère, il avait pris le contrôle de sa vie, imposant sa présence massive dans chaque détail de son existence. Elle enfila une robe légère, hésita un instant devant la coiffeuse, puis abandonna l'idée de se coiffer. Victor détestait les retards.

Descendant les larges escaliers, Élodie sentit le poids des portraits accrochés le long des murs. Chaque visage semblait la scruter, chargé de secrets qu'elle n'avait pas encore percés. Sa mère, si belle et énigmatique, figurait parmi eux. Le tableau était accroché un peu plus haut que les autres, comme pour souligner son importance. Élodie détourna les yeux. Chaque fois qu'elle croisait ce regard peint, une douleur sourde s'emparait d'elle.

Dans le salon, Victor l'attendait, impeccablement vêtu comme à son habitude. Il tenait un verre de cognac, bien que l'heure soit encore trop matinale pour une telle indulgence. À côté de lui, un homme qu'Élodie ne reconnaissait pas se tenait debout, légèrement en retrait, les mains croisées devant lui. L'homme semblait mesurer Victor, étudiant chacun de ses mouvements avec une attention presque dérangeante.

« Enfin, te voilà, » déclara Victor, sans détourner les yeux de la cheminée. « Aujourd'hui est un jour important. Je veux que tu sois prête. »

Elle fronça les sourcils. Victor adorait les déclarations dramatiques, mais il avait ce don de toujours les envelopper d'un mystère frustrant. « Prête pour quoi ? »

Il pivota, son regard sombre et pénétrant croisant le sien. « Ce soir, nous célébrons ton anniversaire. Ton passage à l'âge adulte mérite une fête à la hauteur de ce que tu représentes. »

Le choix des mots la fit tiquer. Ce qu'elle représentait ? Pas qui elle était, mais bien une sorte de symbole que seul lui semblait percevoir. Elle n'eut pas le temps de répondre. L'homme à ses côtés s'avança légèrement, et Victor, comme s'il se rappelait soudain sa présence, désigna l'inconnu d'un geste ample.

« Voici Gabriel de la Croix. Il m'assistera pour organiser la réception de ce soir. »

Gabriel inclina légèrement la tête, mais Élodie sentit un éclat ironique dans son sourire. Il semblait aussi à l'aise dans ce rôle qu'un renard dans une basse-cour. Elle se força à sourire en retour, mais son instinct lui disait de se méfier de lui.

« Une réception ? Pour qui ? » demanda-t-elle, espérant obtenir plus d'informations.

Victor posa son verre sur le manteau de la cheminée, un geste calculé, et s'avança vers elle. « Pour toi, évidemment. Les notables de la région, quelques alliés importants. Ce sera l'occasion de te présenter sous ton meilleur jour. »

Elle détestait la manière dont il parlait, comme si elle était un objet à exposer. « Et si je n'en ai pas envie ? »

Son ton trahissait une rébellion qu'elle n'avait pas encore totalement assumée. Les yeux de Victor se plissèrent légèrement, mais il ne perdit pas son calme. « Ce n'est pas une question de vouloir. C'est une question de devoir. Ce soir, tout changera pour toi, Élodie. Il est temps que tu comprennes ton rôle. »

Son rôle. Encore cette notion abstraite qu'il évoquait sans jamais l'expliquer. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais il leva une main pour la couper. « Anna t'aidera à te préparer. Sois à la hauteur. »

Et sur ces mots, il tourna les talons, suivi de Gabriel. Élodie resta figée, la colère et la frustration se mêlant en elle. Chaque conversation avec Victor la laissait avec plus de questions que de réponses. Mais ce n'était pas seulement ses paroles qui la troublaient. C'était ce qu'il ne disait pas, ces silences lourds de secrets.

Dans sa chambre, Anna s'affairait déjà à sortir des robes somptueuses de l'armoire. Élodie s'assit sur le lit, observant la gouvernante sans réellement la voir. Des souvenirs de sa mère refirent surface, des images floues, teintées d'une tristesse qu'elle n'avait jamais vraiment surmontée. Elle se revit, treize ans à peine, debout devant le corps sans vie de sa mère. Personne n'avait jamais expliqué ce qui s'était passé. Une chute accidentelle, avait-on dit. Mais Élodie n'y avait jamais cru.

« Vous avez l'air préoccupée, Mademoiselle, » remarqua Anna en ajustant une robe sur un mannequin.

Élodie hésita, mais la question qui lui brûlait les lèvres finit par s'échapper. « Anna, vous étiez là, ce jour-là, n'est-ce pas ? Quand ma mère est morte. »

La gouvernante se figea, le regard fixé sur l'étoffe entre ses mains. « Oui, » répondit-elle finalement, sa voix à peine audible.

« Alors pourquoi ne m'avez-vous jamais dit la vérité ? »

Anna posa doucement la robe et se tourna vers elle. « Parce que certaines vérités sont trop lourdes à porter, Élodie. Et certaines blessures ne se referment jamais. »

La réponse, bien que sincère, ne fit qu'attiser la colère d'Élodie. Elle se leva brusquement. « Tout le monde me ment dans cette maison. Victor, vous... Même ma mère avait ses secrets. »

Anna baissa les yeux, incapable de soutenir son regard. « Peut-être que ce soir, vous trouverez certaines réponses. »

Élodie quitta la pièce sans un mot de plus. Si des réponses devaient venir, elle les chercherait elle-même. Le reste de la journée passa dans un flou, les préparatifs pour la réception occupant tout le personnel du manoir. Mais malgré l'agitation, Élodie ne pouvait échapper à cette sensation d'être piégée dans une toile invisible, tissée bien avant sa naissance.

Lorsque la nuit tomba et que les invités commencèrent à arriver, elle descendit les marches, vêtue d'une robe argentée qui accentuait la pâleur de sa peau et la profondeur de ses yeux. Tous les regards se tournèrent vers elle, mais elle ne les remarqua pas. Ses pensées étaient ailleurs, perdues dans le mystère de cette maison et de cet homme qui prétendait la protéger tout en la contrôlant.

Victor, impeccable dans son rôle d'hôte, l'accueillit avec un sourire froid. Il la guida à travers la foule, la présentant à des hommes et des femmes dont les noms lui échappaient immédiatement. Mais quelque chose dans l'atmosphère du manoir semblait différent ce soir-là, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

Au milieu des rires et des conversations feutrées, Élodie aperçut Gabriel, seul dans un coin, observant la scène avec une intensité qui la mit mal à l'aise. Il la vit, et pour la première fois, son sourire se fit sincère. Mais avant qu'elle ne puisse le rejoindre, Victor l'attrapa par le bras.

« Ne te laisse pas distraire. Il y a des choses que tu n'es pas encore prête à comprendre. »

Elle se dégagea, le regard défiant. « Et quand le serai-je ? »

Il ne répondit pas, mais son silence en disait long. Élodie comprit alors que, quoi qu'il se passe ce soir-là, elle ne serait plus jamais la même.

Chapitre 2 Chapitre 2

La journée aurait pu s'étirer comme un lendemain ordinaire de fête, mais il y avait ce quelque chose dans l'air, une tension que personne n'admettait mais que tout le monde ressentait. Les domestiques, habituellement discrets, semblaient glisser d'une tâche à l'autre avec une nervosité inhabituelle, murmurant à voix basse dans les couloirs. Élodie, encore alourdie par la fatigue de la veille, décida de se promener dans la maison, espérant apaiser cette sensation d'inconfort qui ne la quittait pas.

Dans la galerie principale, près du grand escalier, des voix s'élevèrent, étouffées, mais suffisamment claires pour attirer son attention. Le ton était bas, mais les mots avaient cette cadence particulière d'une conversation que l'on ne voulait pas ébruiter. Lentement, elle s'approcha, s'arrêtant juste avant d'être à découvert. Victor parlait.

« Tu sais ce que ça signifie. Si quelqu'un l'apprend, ce sera la fin. »

Le silence répondit à ses paroles, suivi d'un bruissement de tissu. Élodie, les sens en alerte, se pencha légèrement pour voir. La femme de chambre, une brune élégante dont elle ne connaissait que le prénom – Lila – était là, debout f ace à Victor, les bras croisés. Ses yeux brillaient d'une étrange intensité. Elle avait cette posture, à la fois provocante et calculée, qui détonnait avec la réserve attendue d'une domestique.

« Personne ne le saura si vous restez prudent, » répondit-elle enfin, la voix basse, presque un murmure.

Victor se pencha légèrement, réduisant l'espace entre eux. Il parlait à nouveau, mais cette fois, sa voix était trop basse pour qu'Élodie distingue les mots. Elle sentit son cœur s'accélérer, une boule d'appréhension montant dans sa gorge. Ce n'était pas une conversation normale.

Ils se turent soudainement, et Lila tourna la tête, ses yeux effleurant presque l'endroit où Élodie se tenait cachée. Le souffle coupé, elle se recula d'un pas, suffisamment pour être hors de vue, mais pas assez pour se sentir en sécurité. Lorsque les pas se rapprochèrent, elle fit volte-face et monta précipitamment l'escalier, s'efforçant de paraître nonchalante. Arrivée à l'étage, elle jeta un coup d'œil par-dessus la balustrade. Lila sortait du salon, ses doigts ajustant nerveusement son tablier. Victor, lui, était resté en retrait, un verre à la main, le regard fixé sur un point invisible.

Dans sa chambre, Élodie tourna en rond, incapable de penser à autre chose qu'à cette scène. Les mots de Victor résonnaient dans son esprit : « Si quelqu'un l'apprend... » Apprendre quoi, exactement ? Lila. C'était évident que cette femme n'était pas une simple employée. Quelque chose dans sa manière de se tenir, de parler, lui donnait une importance bien au-delà de sa fonction.

Au dîner, elle surveilla les interactions avec plus d'attention. Victor était égal à lui-même, dominant la table par sa présence imposante. Mais ce fut Lila qui retint son regard. Elle servait les plats avec une élégance mécanique, mais il y avait quelque chose de plus dans ses mouvements, une sorte de complicité silencieuse avec Victor. Ils échangèrent plusieurs regards, des éclats d'informations passant entre eux sans qu'un mot ne soit prononcé.

« Tu sembles ailleurs, » remarqua Victor, brisant le silence.

Élodie, prise au dépourvu, redressa la tête. « Juste fatiguée, je suppose. »

Il plissa les yeux, comme pour jauger la véracité de ses propos, mais n'insista pas. Pourtant, elle sentit son regard la suivre plus longtemps qu'il n'aurait dû, comme s'il soupçonnait quelque chose. Elle termina son repas en silence, résistant à l'envie de l'interroger directement.

Plus tard dans la soirée, alors que le manoir sombrait peu à peu dans le calme, un bruit inhabituel attira son attention. Ce n'était pas le type de bruit que produisent les vieilles maisons, ni les murmures des domestiques qui finissent leurs corvées. C'était un son feutré, presque étouffé, comme un livre qu'on referme trop vite ou une chaise qu'on déplace sur un tapis. Il provenait de la bibliothèque.

Poussée par une curiosité qu'elle ne pouvait plus ignorer, Élodie sortit discrètement de sa chambre. Les couloirs, plongés dans l'obscurité, semblaient plus étroits qu'à l'accoutumée, comme si les murs eux-mêmes resserraient leur emprise sur elle. Arrivée devant la porte de la bibliothèque, elle hésita un instant, la main posée sur la poignée. L'écho de sa propre respiration semblait soudain trop fort.

Elle poussa lentement la porte. La pièce était vide. Les rayonnages imposants se dressaient autour d'elle, abritant des milliers de volumes qui semblaient la surveiller en silence. Une faible lueur provenait de la lampe au-dessus du bureau de Victor, mais il n'y avait personne. Pourtant, elle était certaine d'avoir entendu quelque chose.

S'avançant prudemment, elle parcourut la pièce du regard. Un léger frisson lui parcourut l'échine lorsqu'elle remarqua que certains livres avaient été déplacés, laissant des espaces vides sur les étagères. Elle s'approcha du bureau, ses doigts effleurant la surface en bois poli. Rien. Tout était impeccablement ordonné, comme toujours. Mais cette sensation de malaise persistait, un sentiment presque tangible qu'elle n'était pas seule.

Un bruit sourd derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna brusquement, mais ne vit rien d'autre que la porte, légèrement entrebâillée. Son souffle était court, son cœur battant à tout rompre. Elle attendit, tendant l'oreille, mais aucun autre son ne vint.

« Il y a quelqu'un ? » lança-t-elle, sa voix résonnant dans la pièce vide.

Pas de réponse. Elle se força à respirer profondément, essayant de calmer sa nervosité. Peut-être avait-elle simplement imaginé tout cela. Ou peut-être quelqu'un était-il là, tapi dans l'ombre, guettant ses moindres mouvements.

De retour dans sa chambre, elle verrouilla la porte, s'appuyant contre elle comme pour se protéger de ce qu'elle ne pouvait nommer. La maison entière semblait conspirer contre elle, chaque mur, chaque meuble, chaque regard croisé dans les couloirs alimentant ses doutes.

Elle savait une chose avec certitude : il se passait quelque chose de profondément étrange dans ce manoir. Et si elle voulait comprendre, elle devrait être plus prudente que jamais.

Chapitre 3 Chapitre 3

Il y avait des endroits dans le manoir que Victor n'avait jamais explicitement interdits, mais leur simple mention suffisait à provoquer chez lui un silence glacé. Ces zones semblaient appartenir à un autre monde, figées dans une sorte de mystère impénétrable, et l'aile est était sans doute la plus énigmatique. Depuis qu'elle était enfant, Élodie avait entendu les domestiques chuchoter à propos de cette partie de la maison, mais leurs voix baissaient toujours d'un ton dès qu'elle approchait. Ce matin-là, l'envie de comprendre ce qui se passait derrière ces murs devint trop forte.

Elle errait dans les couloirs, pieds nus pour éviter que le moindre bruit ne trahisse sa présence. Son instinct la guidait plus que sa raison. Ce n'était pas une exploration impulsive ; c'était un besoin viscéral de percer les secrets qui l'étouffaient depuis des années. L'aile est semblait déserte, l'air y était plus lourd, comme si la poussière elle-même s'accrochait au silence. Puis, au détour d'un couloir, elle aperçut une porte qu'elle n'avait jamais remarquée auparavant. Massive et ornée d'un verrou, elle semblait défier quiconque de s'en approcher.

Un murmure lui parvint, ténu mais distinct. Ce n'était pas son imagination, elle en était certaine. La voix semblait lointaine, presque spectrale, comme si quelqu'un parlait de l'autre côté de la porte. Le cœur battant, elle posa doucement sa main sur la poignée, espérant que le verrou ne serait qu'un leurre. Mais la porte refusa de bouger. Frustrée, elle colla son oreille contre le bois, essayant de saisir quelques mots. Rien. Le murmure avait cessé. Tout ce qu'elle entendait désormais, c'était le martèlement de son propre cœur.

Alors qu'elle reculait, une étagère près de la porte attira son attention. Les livres qu'elle contenait étaient poussiéreux, oubliés, sauf un. Un volume dépareillé, à la reliure usée, semblait avoir été manipulé récemment. Elle tendit la main et le tira de son emplacement. Sous la couverture fanée, il ne s'agissait pas d'un livre ordinaire mais d'un journal intime. En ouvrant les premières pages, son souffle se coupa. La fine écriture élégante appartenait à sa mère.

Le monde sembla vaciller un instant. Elle tourna fébrilement les pages, découvrant des mots, des phrases, des dessins qui brouillaient davantage les contours de ses souvenirs. Ce n'était pas un simple journal ; il était rempli de symboles, d'annotations étranges, presque ésotériques, et, surtout, de mentions répétées du nom de Victor. La manière dont sa mère écrivait à son sujet la troubla profondément. Les phrases étaient empreintes de fascination mais aussi de peur.

*"Victor sait plus qu'il ne le montre. Chaque décision semble calculée, comme si nous jouions tous un rôle dans un plan qu'il est seul à comprendre."*

Un autre passage, entouré de gribouillages nerveux, fit monter un frisson glacé le long de sa colonne. *"Il m'a promis que le secret resterait enfoui, mais à quel prix ? Et si Élodie venait à découvrir la vérité ?"*

Le claquement d'une porte, quelque part au loin, la sortit de ses pensées. En refermant le journal, elle sentit une résolution naître en elle. Sa mère avait voulu protéger quelque chose, peut-être même protéger *quelqu'un*. Et Victor semblait être au centre de tout cela.

Elle retourna dans sa chambre, le journal dissimulé sous son cardigan, le cœur battant. Chaque page qu'elle avait lue soulevait davantage de questions qu'elle n'apportait de réponses. Mais elle ne pouvait pas simplement se taire. Pas cette fois. Elle devait confronter Victor, même si cela signifiait affronter son regard froid et ses réponses cryptiques.

Elle attendit le soir. Le manoir semblait plonger dans une quiétude trompeuse, mais elle savait qu'il était là, dans son bureau, comme toujours. La porte était entrebâillée, et le faible éclat de la lampe révélait sa silhouette, penchée sur une pile de documents. Elle n'attendit pas d'être invitée à entrer.

« Il faut qu'on parle. »

Il leva la tête, surpris par l'intrusion, mais son expression se durcit presque instantanément. « Élodie. Ce n'est pas le moment. »

Elle s'avança malgré sa protestation, brandissant le journal comme une preuve irréfutable. « Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi est-ce que je trouve ça caché dans une aile où je ne suis pas censée aller ? »

Son regard se posa sur l'objet, et pour la première fois, elle vit une fissure dans son masque. Un éclat de reconnaissance passa dans ses yeux, suivi par quelque chose qui ressemblait à de l'agacement. « Où as-tu trouvé ça ? »

« Ça n'a pas d'importance. Ce qui importe, c'est que tu expliques pourquoi ma mère écrivait sur toi comme si tu étais à la fois son sauveur et sa menace. Et qu'est-ce qu'elle voulait dire par 'le secret' ? »

Victor se leva lentement, dominant la pièce de toute sa hauteur. « Tu n'aurais jamais dû lire ça. »

« Mais je l'ai fait. Alors maintenant, explique-moi. »

Il croisa les bras, son visage impassible, mais elle remarqua une tension dans sa mâchoire. « Ta mère... était une femme complexe. Elle avait ses propres démons, ses propres luttes. »

« Arrête. Ne parle pas d'elle comme si tu ne savais pas exactement ce qu'il s'est passé. Elle écrivait sur toi, Victor. Elle disait que tu cachais quelque chose, que tu faisais partie de... je ne sais pas, d'un plan ? »

Il s'approcha, son ombre s'étirant sur elle comme une menace silencieuse. « Tu te lances dans des choses que tu ne peux pas comprendre, Élodie. Tout ce que ta mère a fait, elle l'a fait pour te protéger. Et ce que je fais, je le fais pour la mémoire de cette promesse. »

« Et moi, je suis censée te croire sur parole ? »

« Oui, » répondit-il, le ton plus tranchant que jamais. « Parce que si tu continues à fouiller, tu risques de déterrer des vérités qui ne pourront jamais être enterrées à nouveau. »

Elle le regarda, choquée par la froideur de ses paroles. Mais derrière cette façade glaciale, elle pouvait percevoir une lutte intérieure. Il y avait quelque chose qu'il ne voulait pas dire, quelque chose qu'il était prêt à protéger à tout prix.

« Ce n'est pas fini, » lança-t-elle en tournant les talons. « Tu ne pourras pas m'empêcher de découvrir ce que tu caches. »

Elle quitta la pièce, laissant Victor seul dans la pénombre. Mais elle savait que cette confrontation n'était que le début. Les réponses qu'elle cherchait étaient peut-être plus proches qu'elle ne le pensait, mais elles risquaient aussi de tout bouleverser.

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