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Le Roi Alpha et son Bébé Secret

Le Roi Alpha et son Bébé Secret

Auteur:: BEST
Genre: Loup-garou
Léa, Vendue au cruel roi alpha, par son beau-père, accepte son sort dans l'espoir d'être libérée après avoir donné un fils à ce roi maudit, Théo. Mais à sa grande surprise, elle découvre que le roi alpha est en fait son compagnon, bien qu'il l'ignore. Lorsqu'elle réalise qu'elle n'est qu'un outil pour lui, le cœur brisé, Léa s'enfuit avec son bébé à naître. Le roi alpha, froid et dominateur, finit par réaliser ses véritables sentiments pour elle et jure de la retrouver à tout prix. Parviendra-t-il à la retrouver et à reconnaître son bébé ? Comment ce roi cruel et froid va-t-il la pourchasser, maintenant qu'elle est une mère célibataire recherchée par de nombreux alphas ?

Chapitre 1 Chapitre 1

La pluie tombait avec une lenteur lourde, martelant le toit de chaume de la petite maison comme si le ciel lui-même pleurait pour elle. Léa, assise près de la cheminée éteinte, serrait entre ses doigts tremblants le morceau de tissu qu'elle venait de recoudre. C'était la dernière robe de sa mère, une relique qu'elle gardait comme un talisman contre l'injustice du monde. Pourtant, ce soir-là, aucune prière muette, aucune couture ne pouvait apaiser la tempête qui grondait dans son cœur.

Elle n'avait pas entendu son beau-père entrer. Le grincement de la porte s'était mêlé au bruit de la pluie, mais sa voix, dure et tranchante, lui glaça aussitôt le sang.

- Prépare-toi, ordonna-t-il. Demain, tu pars.

Léa releva les yeux, cherchant une explication, une trace d'humanité sur ce visage sec et sévère. Ses joues se creusaient de plus en plus, ses yeux sombres brillaient d'un éclat cupide.

- Partir ? répéta-t-elle, incertaine. Où... où vais-je aller ?

Il eut un rictus amer.

- Là où tu aurais dû être depuis longtemps. Le Roi Alpha a besoin d'une épouse. Et toi... tu n'as jamais servi à rien dans cette maison, alors il est temps que tu deviennes utile.

Le souffle de Léa se bloqua dans sa gorge. Ses doigts lâchèrent le tissu, qui tomba au sol comme un papillon mort.

- Vous... vous m'avez vendue ?

Un silence pesant s'installa, seulement troublé par le craquement du bois humide dans la cheminée. Puis il haussa les épaules, comme si tout cela n'était qu'une affaire ordinaire.

- C'est un honneur que tu n'as pas mérité. Le Roi t'a achetée, Léa. Et demain, ses hommes viendront te chercher.

Son cœur battit si fort qu'elle crut qu'il allait s'échapper de sa poitrine. Les murs lui semblèrent se rapprocher, la pièce rétrécir, l'air manquer.

Elle se leva précipitamment et se précipita vers la petite chambre où sa mère se reposait. Ses pas résonnaient dans la maison silencieuse. Elle ouvrit la porte d'un geste brusque, les yeux déjà pleins de larmes.

- Maman, dis-moi que ce n'est pas vrai ! supplia-t-elle en tombant à genoux près du lit. Dis-moi que tu n'as pas laissé faire ça...

La femme, fatiguée et amaigrie, détourna le regard. Ses cheveux, autrefois épais et brillants, pendaient en mèches ternes autour de son visage creusé. Elle ne parla pas immédiatement, mais quand elle ouvrit enfin la bouche, ses mots furent comme des lames.

- Tu dois obéir, Léa. C'est le seul moyen de sauver cette maison.

Léa recula, comme frappée par un coup invisible.

- Me vendre ? À lui ? Tu sais ce qu'on dit du Roi Alpha... On raconte qu'il est cruel, maudit, que ses compagnes ne survivent jamais !

- Ce ne sont que des histoires, trancha sa mère d'un ton sec, sans la regarder.

Mais la crispation de ses mains sur le drap trahissait sa peur.

- Maman... murmura Léa, la voix brisée. Comment peux-tu... comment peux-tu rester si froide ? Je suis ta fille...

Sa mère ferma les yeux, comme si chaque mot la blessait, mais elle ne répondit pas. Le silence fut plus terrible encore que les reproches.

Léa se leva, le cœur déchiré. Elle comprit alors que personne ne viendrait la sauver. Ni sa mère, trop soumise au joug de son mari, ni elle-même, trop insignifiante pour se défendre.

La nuit passa dans un tourbillon d'angoisse et de larmes. À l'aube, les chevaux hennirent devant la maison. Des hommes en manteaux sombres descendirent de leurs montures, leurs bottes s'enfonçant dans la boue. Leurs regards étaient froids, leurs gestes précis. Ils n'étaient pas venus discuter : ils étaient venus prendre ce qui leur appartenait.

Léa fut tirée hors de la maison, ses protestations étouffées par les mains calleuses des gardes. Son beau-père les salua d'un sourire satisfait, une bourse lourde dans sa main. Elle vit le métal briller sous la lumière pâle du matin. Elle avait été échangée comme une simple marchandise.

Elle lança un dernier regard à sa mère, debout sur le seuil, immobile. Ses yeux se croisèrent un instant. Pas une larme, pas un geste. Juste ce silence glacé, comme si la femme avait effacé en elle tout instinct maternel.

Le voyage jusqu'au palais dura toute la journée. La forêt s'étendait à perte de vue, sombre et menaçante, comme un couloir sans fin vers l'inconnu. Le ciel se couvrait peu à peu, et le tonnerre grondait au loin. Léa gardait les yeux fixés sur l'horizon, priant en silence pour que le sol s'ouvre et l'avale avant qu'elle n'arrive à destination.

Enfin, les hautes murailles noires du palais apparurent. Majestueuses, oppressantes, elles semblaient absorber la lumière du jour. Des corbeaux tournaient dans le ciel, comme des sentinelles silencieuses. Les portes de fer s'ouvrirent dans un grincement sinistre.

Les gardes la poussèrent à l'intérieur. Elle trébucha sur les dalles froides, son souffle court, ses mains tremblantes. Les couloirs étaient éclairés par des torches, projetant des ombres dansantes sur les murs. Chaque pas résonnait comme un coup de marteau dans sa poitrine.

On la conduisit dans une vaste salle, dont le plafond s'élevait si haut qu'il disparaissait presque dans l'obscurité. Des colonnes massives soutenaient la voûte, et au bout de l'allée, un trône de pierre sombre trônait comme une menace silencieuse.

Et il était là.

Le Roi Alpha.

Théo.

Ses yeux d'un gris d'acier la fixaient avec une intensité presque insoutenable. Ses traits étaient taillés comme la lame d'une épée, beaux et terrifiants à la fois. Son port de tête, sa carrure, tout en lui respirait la puissance et l'autorité. Mais il y avait autre chose... une obscurité invisible, une aura de danger qui enveloppait l'air autour de lui.

Léa sentit ses jambes fléchir. Ses lèvres s'asséchèrent. Elle aurait voulu détourner le regard, mais ses yeux restèrent accrochés aux siens, prisonnière d'un magnétisme qu'elle ne comprenait pas.

Il ne parla pas tout de suite. Le silence s'étira, pesant, jusqu'à ce qu'il lève légèrement la main. Les gardes reculèrent.

Sa voix, grave et glaciale, brisa enfin l'air figé.

- C'est donc toi.

Ce n'était pas une question. C'était une constatation, froide et définitive.

Léa ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Son cœur battait à tout rompre, ses mains tremblaient si fort qu'elle les serra contre sa robe pour les cacher.

- Approche.

Un ordre. Net, sans appel.

Elle fit un pas, puis un autre, ses genoux sur le point de céder. Lorsqu'elle s'arrêta à quelques mètres de lui, elle eut l'impression que son souffle lui était arraché. Son odeur - sauvage, bois brûlé et pluie d'orage - envahit ses sens.

Et c'est là que cela se produisit.

Une étrange chaleur naquit dans sa poitrine, s'étendant jusque dans ses veines. Ses yeux rencontrèrent les siens et, l'espace d'un instant, elle crut voir une flamme vaciller dans son regard. Une reconnaissance muette, un appel mystérieux qui fit vibrer son âme.

Mais cela disparut aussitôt, remplacé par une froideur implacable.

Théo détourna les yeux et se renfonça dans son trône.

- Emmenez-la.

Deux gardes la saisirent par les bras. Léa baissa la tête, le cœur battant d'un mélange d'effroi et d'attirance qu'elle n'aurait jamais cru possible. Elle avait croisé le regard du roi maudit... et quelque chose en elle savait que sa vie venait de basculer à jamais.

Chapitre 2 Chapitre 2

Le soleil s'était couché derrière les montagnes, laissant place à une nuit lourde, couverte de nuages sombres. Le palais tout entier paraissait retenir son souffle, comme si les pierres elles-mêmes pressentaient l'événement qui allait sceller le destin de Léa. Dans les couloirs interminables, les torches projetaient des ombres dansantes qui ressemblaient à des spectres, et le silence était si dense qu'on aurait pu entendre une plume tomber.

Léa, vêtue d'une robe blanche qu'on lui avait imposée, avançait lentement, encadrée par deux servantes qui ne lui adressaient pas un regard. Chaque pas qu'elle faisait résonnait contre le marbre glacé, et plus elle s'approchait de la grande salle, plus son souffle devenait court. Son cœur battait à tout rompre, pas par excitation, mais par une terreur sourde.

Derrière les portes massives sculptées de symboles anciens, des voix résonnaient. Les conseillers du roi étaient réunis, impatients, comme des vautours autour d'une proie. On disait que certains d'entre eux avaient vendu leurs propres enfants au roi, espérant gagner ses faveurs. Et maintenant, c'était son tour.

Les battants s'ouvrirent brusquement. Léa fut poussée à l'intérieur. La salle était pleine de nobles et de guerriers, mais tous s'écartèrent pour laisser passer l'air froid qui émanait du trône. Là, assis comme une statue vivante, se trouvait Théo. Son regard d'acier était fixé droit sur elle, impénétrable, et son visage ne laissait transparaître aucune émotion.

Un conseiller à la barbe grise prit la parole d'une voix forte :

- Majesté, il est temps. Le royaume attend un héritier. L'union doit être consommée ce soir, afin de sceller le pacte.

Un murmure parcourut l'assemblée. Certains approuvaient avec ferveur, d'autres baissaient les yeux, conscients que ce mariage n'avait rien d'un conte de fées.

Théo ne bougea pas immédiatement. Ses doigts effleuraient l'accoudoir du trône, son regard sondant Léa comme s'il voulait percer son âme. Elle se sentit nue, exposée, incapable de respirer.

- Qu'il en soit ainsi, dit-il enfin, d'une voix grave qui résonna dans toute la salle.

Les servantes s'approchèrent aussitôt, lui prenant le bras pour la conduire plus près du trône. Elle aurait voulu reculer, fuir, hurler, mais ses jambes étaient de plomb. Sa gorge était sèche, et pourtant ses lèvres tremblaient d'un mot qu'elle n'osait pas prononcer : « non ».

Elle sentait autour d'elle les regards avides, les murmures étouffés. Tous attendaient ce moment. Pour eux, elle n'était qu'un ventre destiné à porter un enfant, une marionnette entre les mains d'un roi maudit.

Lorsque Théo se leva, la salle entière s'inclina. Il descendit lentement les marches, son manteau noir glissant derrière lui comme une ombre vivante. À mesure qu'il s'approchait, Léa sentit un parfum subtil l'envahir. C'était une odeur sauvage, mélange de pin, de terre humide et de pluie orageuse. Son cœur se serra douloureusement. Elle ne comprenait pas pourquoi cette fragrance déclenchait en elle une chaleur étrange, presque insupportable, comme si chaque fibre de son être reconnaissait quelque chose en lui.

Il s'arrêta devant elle. Le silence était total. Il tendit la main, mais son geste n'avait rien de tendre : il la saisit par le poignet et la força à relever la tête. Ses yeux rencontrèrent les siens, et ce fut comme si une étincelle invisible traversait l'air entre eux.

Une brûlure éclata dans sa poitrine, se propageant dans ses veines. Léa haleta, ses jambes vacillant sous l'intensité de cette sensation. C'était comme si une chaîne invisible venait de se forger entre eux, indestructible, reliant leurs âmes à jamais.

- Qu'est-ce que... murmura-t-elle, incapable de détourner le regard.

Mais Théo ne réagit pas. Son visage resta de marbre, ses yeux d'acier glacés. Il relâcha son poignet et fit un signe de la main.

- Emmenez-la.

Deux gardes la saisirent aussitôt et la conduisirent hors de la salle, sous les regards avides des conseillers. Personne ne remarqua qu'elle se tenait la poitrine comme pour calmer une douleur invisible, ni que ses yeux étaient embués de larmes.

On la mena dans une chambre immense, aux murs décorés de tapisseries anciennes représentant des loups et des batailles sanglantes. Un feu crépitait dans l'âtre, mais la chaleur qui en émanait ne parvenait pas à dissiper le froid qui l'envahissait. Les rideaux de velours rouge, lourds et épais, étouffaient la lumière de la lune.

Léa s'assit au bord du lit, ses mains tremblantes serrant le tissu de sa robe. Chaque battement de son cœur rappelait la brûlure qu'elle avait ressentie, cette étrange marque invisible qui la liait à Théo.

La porte s'ouvrit.

Il entra, seul.

Sa silhouette imposante se découpa dans la lumière des flammes. Ses pas résonnaient sur le marbre comme des coups de tonnerre. Il s'arrêta à quelques pas d'elle, la toisant sans un mot.

- Tu as peur, dit-il enfin, d'une voix basse et glaciale.

Elle releva les yeux, affrontant son regard malgré les tremblements de son corps.

- Comment pourrais-je ne pas avoir peur ? répliqua-t-elle, sa voix brisée mais ferme. On raconte tant de choses sur toi...

Un sourire amer étira ses lèvres.

- Et tu crois ces histoires ?

- Les compagnes du roi ne survivent jamais, chuchota-t-elle. Est-ce une légende, ou la vérité ?

Il détourna le regard, ses mâchoires se crispant. Son silence fut plus éloquent qu'une réponse.

Léa sentit les larmes monter, mais elle se força à ne pas pleurer. Elle ne voulait pas lui donner ce plaisir.

- Tu pourrais me tuer, dit-elle dans un souffle, mais je ne plierai pas.

Théo s'approcha, si près qu'elle sentit à nouveau cette odeur sauvage l'envelopper, cette fragrance qui réveillait en elle une chaleur qu'elle refusait d'admettre. Il s'agenouilla devant elle, posant une main ferme sur son menton pour relever son visage.

- Ne t'imagine pas être plus qu'une pièce sur l'échiquier, murmura-t-il. Tu es ici pour une seule raison : donner un héritier.

Ses mots transpercèrent son cœur comme une lame glacée. Pourtant, derrière sa cruauté, elle perçut une étincelle fugitive, une hésitation qu'il tenta aussitôt de dissimuler.

- Pourquoi moi ? demanda-t-elle, la voix étranglée.

Il ne répondit pas. Ses yeux d'acier se voilèrent, comme s'il refusait de dévoiler un secret trop douloureux.

Le silence s'épaissit. Théo finit par se redresser, reprenant sa froideur habituelle. Il ôta son manteau et s'approcha du lit.

Léa recula instinctivement, son souffle haletant. Tout son corps criait de s'échapper, mais une force invisible, ce lien qu'elle ne comprenait pas, la clouait sur place.

- Tu es à moi désormais, dit-il, d'une voix glaciale.

Elle ferma les yeux, une larme roulant sur sa joue. Pourtant, au plus profond d'elle-même, elle sentit cette brûlure étrange s'intensifier, comme si son âme reconnaissait la sienne malgré la douleur.

La nuit s'étira, pleine de silences lourds, de gestes contraints, de regards fuyants. Théo resta froid, distant, ne lui offrant rien d'autre que l'impression d'être une étrangère dans un rôle imposé. Mais chaque fois que leurs yeux se croisaient, cette flamme invisible revenait, les reliant malgré eux.

Quand enfin elle s'endormit, épuisée, Léa comprit une chose terrible : elle était liée à lui d'une manière qu'elle ne pouvait ni comprendre, ni rejeter. Et lui, le Roi Alpha, refusait obstinément de voir ce lien, comme si l'ignorer pouvait effacer la vérité.

Cette nuit marqua le début de sa captivité véritable, non pas derrière des murs de pierre, mais dans la prison invisible d'un destin qu'elle n'avait jamais choisi.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le jour se leva dans une lumière pâle, filtrant à travers les rideaux lourds de velours rouge. Léa ouvrit les yeux dans une chambre qui n'était pas la sienne, au milieu de draps parfumés à l'encens et au bois brûlé. Elle mit un moment à se rappeler où elle était, et pourquoi son cœur battait encore avec une irrégularité douloureuse. La nuit précédente lui revint en mémoire : les regards glacials de Théo, son parfum sauvage qui la troublait malgré elle, et ces mots qui résonnaient encore dans son esprit : « Tu es à moi désormais. »

Elle se redressa lentement, ses cheveux défaits tombant en cascade sur ses épaules. La chambre, bien que magnifique, lui paraissait hostile. Tout y respirait le luxe et la puissance : les tapis tissés à la main, les candélabres d'or, les fresques représentant des loups et des batailles anciennes. Pourtant, elle s'y sentait étrangère, comme une intruse dans une cage dorée.

Le craquement de la porte la fit sursauter. Une servante entra, portant un plateau où reposaient du pain frais, des fruits et une cruche de lait. Elle posa le tout sur une petite table sans même lever les yeux vers Léa.

- Majesté, dit-elle d'un ton sec, vos habits pour aujourd'hui sont prêts.

Le mot « majesté » sonnait comme une insulte. Léa perçut dans sa voix un mépris à peine voilé, comme si elle n'était pas digne de ce titre. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais la servante s'inclina rapidement et sortit, la laissant seule à nouveau.

Léa resta un moment immobile, les mains crispées sur la couverture. Elle avait rêvé, comme toutes les filles de son âge, d'un mariage heureux, d'un amour partagé. Mais ce qu'elle vivait n'avait rien d'un rêve : elle n'était qu'une marchandise livrée à un roi qu'on disait maudit.

Après avoir mangé quelques bouchées sans goût, elle enfila la robe que la servante avait déposée. Le tissu était somptueux, d'un bleu profond brodé de fils d'argent, mais elle avait l'impression de porter un déguisement. Chaque détail la rappelait à sa condition d'« épouse du roi », mais pas d'une épouse aimée - seulement d'une femme destinée à remplir une fonction.

On vint la chercher peu après. Deux gardes la conduisirent à travers les longs couloirs du palais. Les pierres grises semblaient absorber la lumière, et partout où elle passait, les serviteurs la dévisageaient avec des yeux durs. Certains chuchotaient entre eux, leurs murmures se répercutant contre les murs.

« Voilà l'épouse vendue... »

« Elle ne tiendra pas longtemps, aucune ne survit... »

« Pauvre fille, elle ne sait pas encore... »

Chaque mot était une flèche plantée dans sa chair. Elle gardait la tête haute, mais ses poings serrés trahissaient la tempête en elle.

On lui fit visiter les jardins suspendus, les salles du trône, la bibliothèque ancienne. Tout était grandiose, imposant, conçu pour rappeler la puissance du roi Alpha. Pourtant, même au cœur de cette splendeur, Léa ressentait une atmosphère pesante, comme si le palais entier était bâti sur des malédictions.

Alors qu'elle traversait une galerie où des vitraux projetaient des éclats multicolores, elle entendit des voix venant d'une salle adjacente. Elle s'arrêta, attirée malgré elle par la conversation.

- La nouvelle compagne, dit une voix grave, croyez-vous qu'elle résistera ?

- Aucune ne résiste, répondit un autre. C'est écrit : toute femme liée au roi est condamnée à souffrir.

- Pourtant, murmura une troisième voix, certains disent qu'elle porte déjà la marque...

- Alors son sort est scellé. Quoi qu'elle fasse, elle finira brisée.

Léa se plaqua contre le mur, le souffle court. Ses mains tremblaient. Était-ce cela, la vérité qu'on lui avait cachée ? Était-elle vouée à la douleur simplement pour avoir croisé le chemin de Théo ?

Elle recula doucement, mais son pied heurta une dalle. Le bruit résonna. Le silence tomba dans la pièce. Léa n'attendit pas qu'on vienne vérifier : elle s'éloigna rapidement, le cœur battant à tout rompre.

De retour dans sa chambre, elle s'effondra sur le lit. Ses pensées s'entrechoquaient. Était-elle une victime livrée à un destin cruel, ou bien une élue que le sort avait placée sur la route du roi pour une raison qu'elle ignorait encore ?

Elle revoyait ses yeux d'acier, ce lien invisible qui les avait reliés la veille. Si tout cela n'était que souffrance, pourquoi son cœur s'était-il enflammé lorsqu'il l'avait touchée ? Pourquoi cette odeur sauvage éveillait-elle en elle une chaleur qu'elle ne voulait pas ressentir ?

La porte s'ouvrit brusquement. Une autre servante entra, plus jeune, portant des draps propres. Contrairement aux autres, elle jeta un coup d'œil furtif à Léa, hésita, puis murmura presque imperceptiblement :

- Méfiez-vous...

Léa se redressa.

- Que veux-tu dire ?

La jeune fille blêmit, baissa les yeux et secoua la tête.

- Je ne devrais pas parler. On me punirait.

Elle changea rapidement les draps et disparut, laissant Léa plus troublée encore.

La journée s'écoula lentement. Chaque coin du palais semblait lui rappeler qu'elle n'était pas chez elle. Les repas pris en silence, les couloirs interminables, les regards accusateurs des serviteurs... Tout pesait sur ses épaules comme une chaîne invisible.

Le soir venu, on la mena de nouveau dans la grande salle. Théo était assis sur son trône, entouré de ses conseillers. L'air était saturé d'encens et de murmures.

- Approche, ordonna-t-il d'une voix glaciale.

Elle s'avança, les yeux baissés.

- Tu apprendras à connaître ce palais, dit-il, mais n'oublie jamais que tu es ici par devoir, non par choix.

Elle leva enfin le regard, affrontant ses yeux.

- Et toi ? demanda-t-elle d'une voix ferme malgré sa peur. Est-ce ton choix de vivre ainsi, dans le froid et la malédiction ?

Un silence de plomb tomba. Les conseillers échangèrent des regards choqués. Théo, lui, resta immobile. Son regard s'assombrit, une lueur dangereuse y passant.

- Tu es courageuse, dit-il enfin. Ou insensée.

Léa sentit son cœur se serrer, mais elle ne détourna pas les yeux.

- Peut-être les deux.

Un instant fugace, elle crut voir dans son regard autre chose qu'une froideur de pierre - une ombre de douleur, de regret. Mais il la balaya aussitôt, se levant brusquement.

- Qu'on la reconduise à ses appartements.

Les gardes la saisirent et l'entraînèrent dehors. Elle marcha sans résister, mais au fond d'elle, une révolte grandissait. Elle n'était pas qu'une épouse vendue. Elle n'était pas qu'un ventre destiné à donner un héritier. Et si elle devait souffrir, alors elle trouverait la raison, le sens caché derrière ce destin cruel.

Cette nuit-là, allongée dans son lit froid, Léa ferma les yeux et se fit une promesse : elle découvrirait la vérité sur cette malédiction, et elle choisirait son propre chemin, même si cela devait lui coûter la vie.

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