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Le Règlement de Comptes de l'Héritière : Dix ans de mensonges

Le Règlement de Comptes de l'Héritière : Dix ans de mensonges

Auteur:: BEATA
Genre: Romance
L'homme qui avait autrefois pris une balle pour moi se tenait dans notre salon, exigeant que je présente mes excuses à sa maîtresse enceinte. C'était le gamin fauché que j'avais transformé en PDG, la fondation de mon monde. Maintenant, cette fondation était un gouffre. Mais la véritable trahison est venue des lèvres de sa maîtresse. Elle a murmuré que Jacques avait orchestré l'accident de voiture qui avait causé ma fausse couche des années auparavant, prétendant qu'il n'avait jamais voulu d'enfant avec une « garce froide et stérile » comme moi. Il a essayé de l'installer dans ma maison, me peignant comme la méchante de notre histoire. Il a étalé leur amour à la face du monde, lui achetant des îles et des diamants pendant que j'étais mise de côté, cataloguée comme la reine des glaces de Paris. L'amour que j'avais pour lui, construit sur ce que je pensais être un deuil partagé pour notre fils perdu, s'est transformé en cendres. Tout n'était qu'un mensonge. Dix ans de ma vie, une pièce de théâtre soigneusement mise en scène par lui. Mais il a oublié qui je suis. Lors d'un grand gala destiné à célébrer sa nouvelle vie, j'ai fait irruption. Avec les preuves en main et mes alliés à mes côtés, j'étais prête à réduire son empire en cendres et à lui faire payer chaque mensonge.

Chapitre 1

L'homme qui avait autrefois pris une balle pour moi se tenait dans notre salon, exigeant que je présente mes excuses à sa maîtresse enceinte. C'était le gamin fauché que j'avais transformé en PDG, la fondation de mon monde. Maintenant, cette fondation était un gouffre.

Mais la véritable trahison est venue des lèvres de sa maîtresse. Elle a murmuré que Jacques avait orchestré l'accident de voiture qui avait causé ma fausse couche des années auparavant, prétendant qu'il n'avait jamais voulu d'enfant avec une « garce froide et stérile » comme moi.

Il a essayé de l'installer dans ma maison, me peignant comme la méchante de notre histoire. Il a étalé leur amour à la face du monde, lui achetant des îles et des diamants pendant que j'étais mise de côté, cataloguée comme la reine des glaces de Paris.

L'amour que j'avais pour lui, construit sur ce que je pensais être un deuil partagé pour notre fils perdu, s'est transformé en cendres. Tout n'était qu'un mensonge. Dix ans de ma vie, une pièce de théâtre soigneusement mise en scène par lui.

Mais il a oublié qui je suis. Lors d'un grand gala destiné à célébrer sa nouvelle vie, j'ai fait irruption. Avec les preuves en main et mes alliés à mes côtés, j'étais prête à réduire son empire en cendres et à lui faire payer chaque mensonge.

Chapitre 1

Point de vue de Caroline Girard :

L'homme qui avait autrefois pris une balle pour moi se tenait maintenant dans notre salon, exigeant que je présente mes excuses à sa maîtresse enceinte.

Cette balle avait laissé une cicatrice, une ligne brisée juste au-dessus de son sourcil gauche. C'était notre histoire, notre conte de fées brutal. Le monde la voyait et murmurait sur la dévotion de Jacques Guillaume. Le gamin fauché des mauvais quartiers qui s'était élevé pour devenir PDG, tout en aimant sa femme, l'héritière, avec une telle férocité qu'il s'était littéralement placé devant une arme pour elle.

Il était ma seule faiblesse, la seule partie de ma vie qui n'était pas une décision commerciale calculée. Il était l'homme que j'avais sorti de l'ombre, l'homme que mon père avait pris sous son aile, l'homme que j'avais poli et placé à la tête de notre empire.

Je pensais que notre amour était le fondement de tout cela.

Maintenant, ce fondement était un gouffre, et une jeune femme nommée Karine Fleury se tenait au milieu, la main posée de manière possessive sur son ventre arrondi.

Elle s'était présentée à mon bureau une heure plus tôt, sans prévenir, un petit sourire triomphant sur son joli visage à l'air innocent.

« Caroline Girard », avait-elle dit, sa voix dégoulinant d'une douceur qui ressemblait à du poison. « Je suis Karine Fleury. Je porte l'enfant de Jacques. »

J'étais restée parfaitement immobile derrière mon immense bureau en acajou, le silence dans le bureau du dernier étage s'étirant à l'extrême.

« Et ? » avais-je demandé, ma voix aussi froide et vide que l'espace entre nous.

Son sourire s'élargit. « Et, il veut que vous le sachiez. Il veut que vous vous écartiez. Il ne vous aime plus. »

Elle s'approcha, tendant son téléphone. Sur l'écran, une photo. Jacques, mon Jacques, dormant paisiblement. Son sourcil balafré était détendu, sa bouche douce. C'était une photo de lui dans notre lit, et l'angle était intime, pris par quelqu'un allongé à côté de lui. Son bras était jeté sur un oreiller qui portait encore la faible empreinte de ma tête. Il lui avait donné mon côté du lit.

Quelque chose en moi, une spirale de contrôle étroitement enroulée que j'avais passé une vie à perfectionner, a finalement cédé.

Je n'ai pas dit un mot. Je me suis simplement levée, j'ai contourné mon bureau et j'ai pris la tasse de café tiède que je sirotais.

Je l'ai regardée droit dans les yeux et j'ai calmement versé tout le contenu sur sa tête.

Le liquide brun a coulé sur ses cheveux blonds, trempant son chemisier blanc immaculé. Elle a haleté, un cri d'indignation coincé dans sa gorge.

« Salope ! » a-t-elle hurlé en reculant.

Le souvenir s'estompe alors que la porte d'entrée claque derrière moi. La pluie plaque mes cheveux sur mon crâne. Je l'avais suivie dehors, l'avais regardée appeler Jacques, sa voix un gémissement pathétique et théâtral. Je l'avais vue partir en taxi, sa dernière menace venimeuse résonnant dans la tempête.

« Il va te le faire payer, Caroline ! Tu verras ! »

Et maintenant, le voilà. Jacques. Mon mari. Son visage un masque de fureur. Son costume est trempé, des gouttelettes de pluie s'accrochant à ses cheveux sombres. Il ne me regarde pas avec inquiétude. Il me regarde avec une rage que je ne lui ai jamais vue diriger que contre nos ennemis.

« Divorce », dis-je, le mot ayant un goût de cendre dans ma bouche. Je passe devant lui, me dirigeant vers le bar. Mes mains sont stables alors que je me verse un verre de scotch.

« Je ne divorce pas de toi », crache-t-il, sa voix un grognement sourd.

« Je ne te le demande pas, Jacques. Je te l'annonce. C'est fini. Prends tes affaires. Prends ta petite pute. Et sors de ma maison. »

« N'ose pas l'appeler comme ça », fulmine-t-il en faisant un pas vers moi. L'air crépite de sa rage.

Je prends une lente gorgée de scotch, la brûlure dans ma gorge une distraction bienvenue. « Comment devrais-je l'appeler ? La future Mme Guillaume ? La stagiaire ambitieuse qui a écarté les jambes pour assurer son avenir ? C'est un cliché, Jacques. Et tu es un imbécile. »

« Caroline ! » Son rugissement résonne dans la pièce caverneuse.

Il traverse l'espace en trois longues foulées. Un instant, je pense qu'il va me frapper. Au lieu de ça, il s'arrête juste avant, sa poitrine se soulevant. Ses gardes du corps, qui lui sont loyaux, entrent silencieusement derrière lui, créant un mur de muscles et de menaces. Mon propre chef de la sécurité, Arthur Mathieu, s'avance, se plaçant entre nous.

« Monsieur Guillaume », dit Arthur, sa voix un grondement calme et dangereux. « Je vous suggère de reculer. »

Les yeux de Jacques, froids et durs, passent de moi à Arthur et reviennent sur moi. « As-tu la moindre idée de ce que tu as fait ? » dit-il, sa voix tombant à un murmure terrifiant. « Karine est à l'hôpital. Le café chaud... elle a des brûlures au second degré. »

Il touche du doigt la cicatrice au-dessus de son œil. La cicatrice. Son arme favorite.

« J'ai pris une balle pour toi, Caroline », dit-il, les mots un refrain familier et culpabilisant. « Et toi, tu agresses une femme enceinte et sans défense. »

« Sans défense ? » Je ris, un son rauque et laid.

« Le médecin a dit que le choc... ça pourrait affecter le bébé. Ça pourrait même affecter sa capacité à avoir des enfants à l'avenir. » Il livre cette phrase avec une gravité étudiée, un PDG présentant un rapport trimestriel dévastateur.

Je le vois alors. L'alignement. La menace de Karine sous la pluie. Les mots soigneusement choisis de Jacques maintenant. C'était une performance. Une attaque coordonnée.

« C'était donc ça, le scénario », murmurai-je en faisant tourner le liquide ambré dans mon verre. « La femme stérile et jalouse attaque la jeune maîtresse fertile. C'est une bonne histoire. Un peu mélodramatique à mon goût, mais je suis sûre que la presse à scandale va adorer. »

Je me dirige vers le grand canapé moelleux et m'y enfonce, croisant les jambes. Je suis parfaitement à l'aise dans ma propre maison. C'est lui l'intrus ici.

« Tu as bâti cette entreprise avec moi, Jacques », dis-je, ma voix douce mais teintée d'acier. « Toi, le garçon venu de nulle part. Je t'ai tout donné. Mon nom. Les relations de mon père. Mes stratégies. Et tu jettes tout ça pour une stagiaire ? »

Il fait un autre pas en avant, ses poings se serrant à ses côtés. « Tu n'as pas le droit de me parler comme ça. »

Arthur bouge instantanément. Sa main se dirige vers l'intérieur de sa veste, où je sais que son pistolet repose.

Les hommes de Jacques se crispent, leurs mains bougeant à l'unisson.

« Rappelle ton chien, Caroline », ricane Jacques, sa lèvre se retroussant avec mépris. Il ne croit pas que je ferai quoi que ce soit. Il a toujours sous-estimé la part de moi qui est la fille de mon père.

« Non », dis-je simplement.

« Alors je le ferai pour toi. » Avant que je puisse réagir, Jacques se jette en avant. Pas sur moi. Sur Arthur.

Il est plus rapide qu'Arthur ne s'y attendait. Il repousse violemment mon chef de la sécurité. Arthur, un homme deux fois plus âgé que Jacques mais bâti comme un mur de briques, trébuche. Jacques enchaîne, écrasant son poing sur la mâchoire d'Arthur.

Le son est un craquement écœurant.

Les hommes de Jacques se déplacent pour maîtriser Arthur, mais Jacques leur fait signe de s'écarter, se tenant au-dessus de lui. « Tu travailles pour moi maintenant, vieil homme. Toi et tous les autres dans cette famille. Ne l'oublie jamais. »

Il redresse sa cravate, un air de satisfaction suffisante sur le visage.

Mais il a fait une erreur. Il a oublié qui je suis.

Dans la fraction de seconde où ses hommes sont distraits, je bouge. J'attrape la lourde carafe en cristal du chariot-bar. Ce n'est pas une pensée calculée, juste un instinct pur et froid.

Je l'abats, violemment, sur la tête du garde du corps le plus proche de moi. Il s'effondre au sol avec un grognement.

Je me tourne vers Jacques, le bord dentelé de la carafe brisée à la main. Ses yeux s'écarquillent de choc.

« Tu ne touches pas à mes gens, Jacques », sifflai-je, ma voix tombant à un murmure prédateur. « Tu ne touches pas à ce qui est à moi. »

Il me regarde, regarde la fureur dans mes yeux, l'arme dans ma main, et pour la première fois ce soir, il semble réaliser qu'il n'a pas le contrôle.

L'amour que j'avais pour lui, cette chose douce et vulnérable que j'avais nourrie pendant une décennie, semble avoir été chirurgicalement retiré. À sa place, il y a un vide froid et glacial. Et dans ce vide, quelque chose de nouveau et de terrible commence à grandir.

Arthur se relève, essuyant un filet de sang sur sa lèvre. « Madame », dit-il, sa loyauté inébranlable. « Ce fils de pute... »

Je lève une main, le faisant taire. Mes yeux sont rivés sur mon mari.

La guerre ne faisait que commencer. Et il n'avait aucune idée de l'ennemi qu'il venait de se créer.

Chapitre 2

Point de vue de Caroline Girard :

Le lendemain matin, mon téléphone a vibré. Un message d'un numéro inconnu. Je n'avais pas besoin de regarder pour savoir de qui il s'agissait.

*Il se punit pour ce que tu as fait*, disait le texte. Une note vocale suivait.

J'ai appuyé sur lecture. La voix écœurante de Karine a rempli le silence de ma chambre. « Il est à genoux sur du verre brisé, Caroline. Pour moi. Pour notre bébé. Pour expier les péchés que tu as commis. Il a dit qu'il ne se relèverait pas tant que tu ne viendras pas à l'hôpital pour me présenter tes excuses. À genoux. »

Mon pouce a survolé le bouton de suppression.

« Est-ce qu'il t'aime vraiment, Caroline ? » sa voix dégoulinait d'une fausse pitié. « Ou est-ce qu'il aime juste le pouvoir que ton nom lui donne ? Parce qu'un homme qui aime une femme ne la fait pas s'agenouiller. »

Une photo est arrivée. Jacques et Karine, enlacés dans les draps de mon lit. Sa main était sur sa poitrine, juste au-dessus de son cœur. Sa bague en diamant, une chose tape-à-l'œil qu'il devait venir de lui acheter, captait la lumière. C'était une déclaration de guerre.

*Nous emménageons dans l'hôtel particulier demain. J'ai déjà demandé aux décorateurs d'envoyer de nouveaux plans. Tes goûts sont un peu... démodés.*

J'ai levé les yeux vers le mur en face de mon lit. Un immense portrait, du sol au plafond, de Jacques et moi le jour de notre mariage. Nous avions l'air heureux. Invincibles. Un roi et sa reine. Maintenant, cela ressemblait à un monument à ma propre stupidité.

Je me suis dirigée vers ma coiffeuse, mes mouvements calmes et délibérés. J'ai ouvert un tiroir doublé de velours et j'en ai sorti une petite dague ornée. Un cadeau de mon père. « Pour couper les ponts », avait-il dit.

Je suis retournée vers le portrait. J'ai regardé dans les yeux peints de Jacques, l'artiste avait même capturé la légère cicatrice au-dessus de son sourcil. La cicatrice que je traçais autrefois du bout des doigts.

« Tu es une maladie, Jacques », ai-je murmuré.

Puis j'ai plongé la dague dans la toile, droit dans son œil gauche. Le son du tissu qui se déchire était profondément, brutalement satisfaisant.

Le lendemain, je les attendais.

Ils sont arrivés dans l'après-midi, le bras de Jacques enroulé protecteur autour des épaules de Karine comme si j'étais une sorte de monstre. Il avait l'air fatigué, les yeux creux, mais sa mâchoire était serrée avec une résolution têtue.

Karine, de son côté, avait l'air pâle et fragile, un pansement dépassant du col de sa chemise. Elle s'accrochait à Jacques, les yeux écarquillés d'une peur soigneusement répétée.

Ils se sont arrêtés net quand ils m'ont vue, debout dans le grand hall d'entrée.

Le visage de Jacques se crispa. « Caroline. Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« J'habite ici », dis-je, ma voix plate. « Ou tu as oublié ? »

« Tu ne fais que rendre les choses plus difficiles », dit-il, sa voix empreinte d'exaspération. Il me traitait comme une enfant difficile, un problème à gérer.

Karine se pencha vers lui, sa voix un murmure tremblant. « Jacques, j'ai peur. »

« Tout va bien, bébé », murmura-t-il en lui caressant les cheveux. « Je suis là. »

Il me regarda, ses yeux suppliants. « Laisse-la juste emménager, Caroline. On pourra régler ça plus tard. Discrètement. »

La douleur qui me transperça la poitrine fut si vive, si physique, que j'en ai presque haleté. C'était comme si un éclat de glace s'enfonçait dans mon cœur. Il voulait que je sois discrète. Il voulait que j'avale cette humiliation, cette trahison, et que je l'accepte, tout simplement. M'avait-il jamais connue ?

Je ne lui ai pas répondu. Au lieu de ça, je me suis tournée vers Arthur, qui se tenait silencieusement près de la porte.

« Arthur », dis-je, ma voix résonnant d'autorité. « Faites enlever cette monstruosité de ma chambre par le personnel et brûlez-la. » J'ai fait un vague geste vers l'escalier, vers le portrait défiguré.

« Tu ne feras rien de tel ! » rugit Jacques. Il fit un pas en avant, barrant le chemin d'Arthur. « C'est aussi ma maison, Caroline ! Arrête ce caprice d'enfant ! »

Il tourna son regard furieux vers moi. « C'est toi qui as eu tort en premier ! Tu l'as blessée ! Tu as blessé notre enfant ! Ne peux-tu pas, pour une fois, penser à quelqu'un d'autre que toi-même ? »

Ses mots étaient un brouhaha confus. Mon attention était fixée sur Karine. Elle se cachait derrière Jacques, mais ses yeux étaient rivés sur moi, et ils brillaient de triomphe. Et puis, elle a articulé un seul mot. Un mot qui a arrêté mon cœur.

« Fausse couche. »

Elle a souri, un petit sourire cruel et secret juste pour moi. Et puis elle a parlé, sa voix juste assez forte pour que je l'entende par-dessus la tirade de Jacques.

« Il m'a tout raconté », a-t-elle murmuré, les mots comme du venin. « Il a dit que c'était mieux que tu l'aies perdu. Que c'était probablement l'enfant d'un autre de toute façon. Il a dit qu'il avait organisé l'accident pour s'en débarrasser. Il n'a jamais voulu d'un enfant avec une garce froide et stérile comme toi. »

Le monde a basculé.

L'air a quitté mes poumons. La cicatrice sur mon bas-ventre, une fine ligne argentée de la césarienne d'urgence qui n'avait pas réussi à sauver mon fils, a commencé à me brûler. Une douleur fantôme, un souvenir de perte si profond qu'il m'avait presque détruite.

Jacques m'avait tenue dans ses bras pendant des semaines après. Il avait pleuré. Il avait construit un petit mémorial au bord du lac sur notre propriété. Il avait juré sur la mémoire de cet enfant qu'il m'aimerait pour toujours.

Tout n'était qu'un mensonge.

La froideur en moi, le vide, fut soudainement remplie d'une rage incandescente qui consuma tout. Toute pensée, toute raison, toute douleur. Il n'y avait que le feu.

Je me suis jetée sur elle.

J'ai bougé si vite quaucun d'eux n'a eu le temps de réagir. J'ai attrapé Karine par ses cheveux blonds, l'arrachant à la protection de Jacques. Elle a hurlé, ses mains volant vers sa tête.

Je l'ai plaquée contre le mur. Sa tête a heurté le plâtre avec un bruit sourd et écœurant.

« Caroline, arrête ! » a crié Jacques en attrapant mes bras.

Je ne l'ai même pas senti. Mon monde s'était rétréci au visage terrifié et larmoyant de la femme qui venait de profaner la mémoire de mon enfant.

« Tu as touché à la seule chose que tu n'aurais jamais dû toucher », ai-je grondé, ma voix un son que je ne reconnaissais pas.

« Tu ne fais qu'empirer les choses ! » a crié Jacques, sa voix se brisant de désespoir alors qu'il essayait de me l'arracher. « Tu ne fais qu'ajouter à tes péchés ! »

Chapitre 3

Point de vue de Caroline Girard :

Mes péchés ?

Le mot flottait dans l'air, absurde et obscène. J'ai pensé aux années que j'avais passées à arrondir mes propres angles pour lui faire de la place. Je m'étais retirée de l'entreprise, le laissant prendre le titre de PDG, les feux de la rampe, la gloire. Je l'ai fait parce que je l'aimais, parce que son succès me semblait être le mien.

Je me suis souvenue de l'agonie de la perte de notre fils. Je me suis souvenue de Jacques, agenouillé près de la petite stèle que nous avions placée au bord du lac, ses épaules secouées de sanglots. Il m'avait avoué alors, à travers ses larmes, qu'il avait conduit trop vite, qu'il avait été distrait, que l'accident était de sa faute.

Il avait juré qu'il passerait le reste de sa vie à se faire pardonner. Il avait promis, sa voix rauque d'un chagrin que je croyais réel : « Si jamais je te trahis, Caroline, si jamais je brise cette promesse, que je subisse mille coupures. Que j'avale mille aiguilles. »

C'était devenu notre sombre serment. Un traumatisme partagé qui nous liait. Pendant des années, le sujet des enfants était une porte fermée, une pièce de notre maison commune dans laquelle nous n'entrions jamais. Un accord silencieux et mutuel pour protéger une blessure qui ne guérirait jamais complètement.

Et maintenant, il parlait de mes péchés.

Ma prise sur les cheveux de Karine se desserra. Jacques, pensant que j'avais retrouvé la raison, laissa échapper un soupir de soulagement.

« Caroline... » commença-t-il, sa voix s'adoucissant, tentant de m'apaiser.

Je ne l'ai pas laissé finir.

J'avais toujours la dague. Elle était glissée dans la ceinture de mon pantalon. Ma main bougea, un éclair de mouvement.

Je ne visais pas son cœur. Cela aurait été une miséricorde.

Je me suis jetée en avant et j'ai lacéré son sourcil gauche avec la petite lame tranchante. Juste au-dessus de la cicatrice. Sa « marque d'honneur ».

Il a crié, reculant, sa main volant vers son visage. Du sang, sombre et riche, a jailli instantanément, coulant le long de sa tempe et dans ses cheveux sombres parfaits.

« Ça, c'est pour la première », dis-je, ma voix d'un calme mortel. « Le prix de la trahison, Jacques. Je ne fais que commencer. »

J'ai regardé la nouvelle cicatrice, celle que je venais de lui infliger. Elle était fraîche, irritée et rouge. Elle ruinait le récit héroïque. C'était une marque de honte. J'ai souri. Un sourire fin et froid qui n'atteignait pas mes yeux.

« Jacques ! » hurla Karine, retrouvant enfin sa voix. Elle s'éloigna du mur en rampant et se jeta sur moi, me poussant avec une force surprenante. « Espèce de folle ! Regarde ce que tu lui as fait ! »

J'ai à peine trébuché. J'ai tourné mon regard froid sur elle. « Ne me touche pas. »

Je l'ai giflée, violemment. Le son a résonné dans le hall. Elle a reculé, les yeux écarquillés de choc et de fureur.

« Tu veux être la maîtresse de cette maison ? » ai-je demandé en faisant un pas lent vers elle. « Tu veux ma vie ? Tu penses avoir ce qu'il faut pour la tenir ? Tu es faible. Un parasite. Et quand il en aura fini avec toi, il te jettera comme il essaie de me jeter. »

Je me suis penchée près d'elle, ma voix un murmure. « Et quand il le fera, je t'attendrai. Je te trouverai, et je te dépouillerai de tout. Tu finiras là où tu as commencé, sans rien. Je te le promets. »

Des larmes coulaient sur son visage, mais ses yeux contenaient une étincelle de défi. « Je ne vais nulle part », sanglota-t-elle, sa voix tremblante mais têtue. « Je l'aime, et il m'aime ! C'est toi qui te retrouveras sans rien ! »

Ses mots, si semblables aux vœux que j'avais faits autrefois, me traversèrent. Un souvenir, vif et net, me traversa l'esprit.

Le crissement des pneus. L'odeur d'essence et ma propre peur. Le monde qui se tord, le métal qui gémit. Et Jacques, sur le siège du conducteur à côté de moi, détachant sa ceinture de sécurité dans cette fraction de seconde avant l'impact. Il s'était jeté sur moi, son corps un bouclier humain.

« Caroline ! » Sa voix, un rugissement désespéré de mon nom, fut la dernière chose que j'entendis avant que le monde ne devienne noir. Il avait appelé mon nom comme si c'était une prière.

« Caroline, tu es allée trop loin. »

Je suis revenue au présent. Jacques se tenait là, pressant un mouchoir sur son sourcil ensanglanté, son visage un mélange de douleur et d'incrédulité.

« Tu es devenue un monstre », dit-il, sa voix plate.

« C'est toi qui m'as créée », ai-je répondu.

« Je ne t'ai jamais aimée », cracha-t-il, les mots conçus pour infliger le maximum de dégâts. « J'étais reconnaissant. Ton père m'a recueilli. Il m'a donné une chance. Je lui devais ça. Je te le devais. Mais l'amour ? C'était ton fantasme, pas le mien. »

Il laissa les mots flotter dans l'air, une dernière torsion cruelle du couteau.

« Ma patience avec toi est à bout, Caroline », prévint-il, sa voix basse et dangereuse. « Ne me pousse pas plus loin. »

Il se détourna de moi alors, son attention se portant sur la fille en pleurs par terre. Il s'agenouilha, rassemblant Karine dans ses bras, lui murmurant des mots doux et réconfortants. Il la tenait avec une tendresse qu'il ne m'avait pas montrée depuis des années.

« Ça va, bébé », murmura-t-il, assez fort pour que je l'entende. « Je suis là. Elle ne peut plus te faire de mal. »

Karine enfouit son visage dans sa poitrine. « J'ai si peur d'elle, Jacques », pleura-t-elle. « Elle est folle. »

Il était son héros maintenant. Et j'étais la méchante.

Le scénario parfait.

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