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Le Prix de la Trahison

Le Prix de la Trahison

Auteur:: Isolde Frostweaver
Genre: Fantaisie
Je savais que je l'attendais. Après une vie entière passée à bâtir un empire de la mode ensemble, la mort nous avait réunis, Pierre et moi. Et maintenant, nous étions de retour, en pleine France des années 80, frais et jeunes, pour tenir une promesse faite sur notre lit de mort : nous retrouver au bal, là où tout avait commencé. Mon cœur battait la chamade, rempli d'une certitude inébranlable. Puis, il est apparu. Mon Pierre. Plus jeune, mais reconnaissable entre mille. Nos regards se sont croisés, et il a souri. Son sourire. Celui qui m'avait fait vibrer pendant cinquante ans. Mon âme sœur me reconnaissait ! Je l'ai vu s'avancer, droit vers moi, traversant la foule... Mais il est passé. Il m'a ignorée, comme si je n' existais pas. Mon bras tendu est retombé dans le vide. Il s'est arrêté devant Sophie Morel, la fille de l'industriel, celle-là même qu'il avait courtisée sans succès dans notre première vie. « M' accorderiez-vous cette danse ? » a-t-il lancé, sa voix claire et forte, pendant que Sophie gloussait de joie. Le monde s'est effondré. J'étais sa roue de secours autrefois. Aujourd'hui, je n'étais même plus cela. La honte et la stupéfaction m'ont laissée figée au milieu de la salle. Je me suis trompée de toute la ligne. Ce n' était plus d' amour dont il voulait, mais d' affaires. Il se souvenait, oui, mais uniquement de notre succès, de notre fortune, de la marque que nous avions bâtie. Pour lui, j'étais un obstacle, une variable à éliminer. Il visait une ascension plus rapide, sans moi, utilisant Sophie et l' argent de son père comme des raccourcis. L'homme que j'avais aimé, le partenaire que j'avais cru éternel, n'était qu'un opportuniste froid et calculateur. Mon passé entier semblait une illusion. Mais cette trahison, aussi brutale fut-elle, n'allait pas me briser. Elle m'a donné une force nouvelle, une clarté glaciale. Très bien, Pierre. Tu veux un empire de la mode ? Je vais en bâtir un bien plus grand, bien plus brillant. Sans toi. Et cette fois, je ne serai plus ton ombre. Je serai Jeanne Dubois.

Introduction

Je savais que je l'attendais. Après une vie entière passée à bâtir un empire de la mode ensemble, la mort nous avait réunis, Pierre et moi. Et maintenant, nous étions de retour, en pleine France des années 80, frais et jeunes, pour tenir une promesse faite sur notre lit de mort : nous retrouver au bal, là où tout avait commencé. Mon cœur battait la chamade, rempli d'une certitude inébranlable.

Puis, il est apparu. Mon Pierre. Plus jeune, mais reconnaissable entre mille. Nos regards se sont croisés, et il a souri. Son sourire. Celui qui m'avait fait vibrer pendant cinquante ans. Mon âme sœur me reconnaissait ! Je l'ai vu s'avancer, droit vers moi, traversant la foule... Mais il est passé. Il m'a ignorée, comme si je n' existais pas. Mon bras tendu est retombé dans le vide.

Il s'est arrêté devant Sophie Morel, la fille de l'industriel, celle-là même qu'il avait courtisée sans succès dans notre première vie. « M' accorderiez-vous cette danse ? » a-t-il lancé, sa voix claire et forte, pendant que Sophie gloussait de joie. Le monde s'est effondré. J'étais sa roue de secours autrefois. Aujourd'hui, je n'étais même plus cela. La honte et la stupéfaction m'ont laissée figée au milieu de la salle.

Je me suis trompée de toute la ligne. Ce n' était plus d' amour dont il voulait, mais d' affaires. Il se souvenait, oui, mais uniquement de notre succès, de notre fortune, de la marque que nous avions bâtie. Pour lui, j'étais un obstacle, une variable à éliminer. Il visait une ascension plus rapide, sans moi, utilisant Sophie et l' argent de son père comme des raccourcis. L'homme que j'avais aimé, le partenaire que j'avais cru éternel, n'était qu'un opportuniste froid et calculateur. Mon passé entier semblait une illusion.

Mais cette trahison, aussi brutale fut-elle, n'allait pas me briser. Elle m'a donné une force nouvelle, une clarté glaciale. Très bien, Pierre. Tu veux un empire de la mode ? Je vais en bâtir un bien plus grand, bien plus brillant. Sans toi. Et cette fois, je ne serai plus ton ombre. Je serai Jeanne Dubois.

Chapitre 1

Je savais que j'étais revenue à la vie, et je savais que lui aussi. C'était une certitude ancrée au plus profond de moi, une connaissance silencieuse qui défiait toute logique. Nous étions morts ensemble, après une vie entière passée à nous aimer et à construire un empire dans le monde de la mode. Et maintenant, nous étions de retour dans les années 80, à l'aube de tout.

La promesse que nous nous étions faite juste avant de mourir résonnait encore dans mon esprit : "On se retrouvera, Jeanne. Au bal, là où tout a commencé. Je te retrouverai."

Sa voix, même après le gouffre de la mort, était claire comme du cristal.

Alors, j'attendais. J'attendais Pierre.

Cela faisait déjà trois mois que j'étais revenue dans ce corps de dix-huit ans. Trois mois à revivre une adolescence que j'avais presque oubliée, à supporter les cours et les préoccupations futiles de mon âge. Mais rien de tout cela n'avait d'importance. Ma seule ancre, mon seul objectif, était ce bal. Le bal annuel de la ville, celui où, dans notre vie passée, nos regards s'étaient croisés pour la première fois.

Ma meilleure amie, Claire, ne comprenait pas mon obsession.

"Jeanne, pourquoi tu refuses toutes les invitations ? Il y a au moins trois garçons qui sont fous de toi. Surtout Michel, il est mignon et son père a une bonne situation."

Je secouais la tête, un petit sourire aux lèvres.

"J'attends quelqu'un, Claire."

"Quelqu'un ? Mais qui ? Tu ne sors jamais, tu ne parles à personne. C'est un homme invisible ?"

Je ne pouvais pas lui expliquer. Comment lui dire que j'attendais l'homme avec qui j'avais partagé cinquante ans de vie, l'homme qui était mon mari, mon partenaire, mon âme sœur ? Elle me ferait interner.

"C'est un pressentiment," je me contentais de répondre. "Je sais qu'il sera là. Au bal."

Ma certitude la laissait perplexe, mais elle a fini par hausser les épaules. Mon entêtement était connu de tous. Pendant des semaines, j'ai ignoré les tentatives d'approche, les coups de téléphone et les regards insistants. Mon cœur et mon esprit étaient déjà pris. Chaque jour qui passait me rapprochait du bal, et mon excitation grandissait.

Pourtant, une chose me troublait. Dans notre vie antérieure, Pierre et moi nous étions rencontrés bien avant le bal. Nous étions dans la même ville, nous aurions dû nous croiser. Mais pendant ces trois mois, il n'y avait eu aucun signe de lui. Pas une seule fois je n'avais aperçu sa silhouette familière ou entendu son nom.

Cette absence était étrange. S'il se souvenait aussi, pourquoi ne cherchait-il pas à me trouver plus tôt ? Une petite graine d'incertitude a commencé à germer en moi, mais je l'ai vite étouffée. Il avait ses raisons, j'en étais sûre. Peut-être que sa renaissance avait été plus tardive que la mienne.

Le jour du bal est enfin arrivé. J'ai passé des heures à me préparer, non pas par vanité, mais par besoin de recréer ce moment à la perfection. J'ai choisi une robe simple, bleu nuit, très similaire à celle que je portais dans mon souvenir. Je me suis coiffée sobrement, laissant mes cheveux tomber sur mes épaules. Je voulais qu'il me reconnaisse au premier regard.

En arrivant à la salle des fêtes, mon cœur battait à tout rompre. La musique des années 80, les lumières criardes, les vêtements colorés... tout était exactement comme dans ma mémoire. J'ai trouvé une table dans un coin, là où je pouvais observer l'entrée, et je me suis assise.

Une heure a passé. Puis deux. Des garçons sont venus m'inviter à danser, mais j'ai poliment refusé à chaque fois, mon regard fixé sur la porte. Claire est venue me voir, l'air inquiet.

"Jeanne, tu es sûre que ça va ? Tu n'as pas bougé depuis tout à l'heure. La soirée est presque finie."

"Il va venir," j'ai murmuré, plus pour me convaincre moi-même que pour la rassurer.

Et puis, juste au moment où le doute commençait à me ronger, je l'ai entendu. Des chuchotements près de l'entrée, des filles qui gloussaient. "C'est Pierre Laurent ! Il est enfin là ! Qu'est-ce qu'il est beau..."

Mon souffle s'est coupé. J'ai tourné la tête si vite que mon cou m'a fait mal. Il était là, à l'entrée. Pierre. Mon Pierre. Plus jeune, bien sûr, mais c'était lui. Le même port de tête arrogant, le même sourire en coin qui m'avait fait fondre, la même lueur d'ambition dans les yeux.

Mon cœur a explosé de joie. Il était là. Il était venu. Tout allait bien se passer. J'ai senti les larmes monter, des larmes de soulagement et de bonheur pur. J'ai redressé mes épaules, j'ai lissé ma robe une dernière fois. J'étais prête. Prête à recommencer notre histoire.

Chapitre 2

Pierre Laurent a fait son entrée dans la salle comme s'il en était le propriétaire. Les conversations ont baissé d'un ton, et tous les regards se sont tournés vers lui. Il portait un costume bien coupé, chose rare chez les garçons de notre âge, ce qui lui donnait un air plus mature, plus sérieux. Il dégageait une confiance en lui qui frôlait l'arrogance, mais qui était incroyablement séduisante. Mon regard était aimanté au sien, incapable de se détacher.

Il a balayé la salle du regard, lentement, comme un roi inspectant son domaine. Et puis, ses yeux ont croisé les miens.

Pendant une seconde, le monde s'est arrêté.

Il m'a vue. J'en suis certaine. Et il a souri. Ce n'était pas un sourire banal, c'était son sourire, celui qu'il me réservait quand nous partagions un secret, un mélange de tendresse et de malice. Mon cœur a raté un battement. Un frisson a parcouru tout mon corps. Il se souvient. Il se souvient de tout. La certitude a balayé tous mes doutes.

Mes lèvres ont tremblé alors que je lui rendais son sourire. C'était un message silencieux entre nous, un pont jeté par-dessus la mort et le temps. Tout le reste s'est effacé : la musique, la foule, les lumières. Il n'y avait plus que lui et moi.

Et puis, il a commencé à marcher.

Il s'est avancé, droit vers moi. Chaque pas qu'il faisait résonnait dans ma poitrine. Il traversait la foule, ignorant les regards admiratifs des autres filles et les saluts de quelques garçons. Sa destination était claire. C'était moi.

Je me suis levée, mon corps bougeant de lui-même. Mon esprit était un tourbillon d'émotions. La joie, le soulagement, un amour si puissant qu'il menaçait de me submerger. J'ai tendu la main, paume vers le ciel, un geste d'invitation, de retrouvailles. Notre nouvelle vie allait commencer, ici et maintenant. Je pouvais presque déjà sentir la chaleur de sa main dans la mienne.

Il est arrivé à ma hauteur. Mon souffle était suspendu. Mes yeux étaient fixés sur les siens, attendant le moment magique.

Mais il ne s'est pas arrêté.

Il m'a dépassée.

Il est passé juste à côté de moi, si près que j'ai senti le courant d'air de son passage, son parfum familier flottant un instant autour de moi. Il n'a même pas tourné la tête. Mon bras est resté tendu dans le vide, ridicule. Mon sourire s'est figé sur mon visage.

Mon regard l'a suivi, incrédule. Il a continué de marcher, quelques pas de plus, et s'est arrêté devant une autre table. Devant une autre fille.

Sophie Morel. La fille du propriétaire de l'usine de textile, la plus grande de la région. Sophie, avec sa robe rose bonbon et ses boucles blondes parfaites.

Pierre s'est incliné légèrement, avec un charme étudié que je ne lui connaissais que trop bien.

"Sophie," a-t-il dit d'une voix claire et forte, assez pour que je l'entende. "M'accorderiez-vous cette danse ?"

Sophie a gloussé, ravie, et a posé sa main dans la sienne. La main qu'il aurait dû prendre.

Le monde s'est effondré. Le bruit de la salle m'est revenu d'un coup, assourdissant. La musique m'a paru stridente et fausse. Mon bras est retombé lourdement le long de mon corps. Je le regardais, lui, Pierre, emmener Sophie sur la piste de danse, lui murmurer à l'oreille, la faire rire. Il ne m'a pas jeté un seul regard. C'était comme si je n'existais pas.

Je ne comprenais pas. C'était impossible. Une erreur. Un cauchemar.

Je suis restée là, plantée au milieu de la salle, pendant une éternité. Les gens commençaient à me regarder bizarrement. Je sentais mes joues brûler de honte. Sans un mot, j'ai tourné les talons et j'ai marché vers la sortie. Je bousculais les gens sans m'excuser, mes yeux brouillés de larmes que je refusais de laisser couler.

Dehors, le ciel s'est ouvert. Une pluie battante, froide et violente, a commencé à tomber. Je n'ai pas cherché à m'abriter. J'ai marché sous l'averse, laissant l'eau glacer ma peau et tremper ma robe. Le froid extérieur n'était rien comparé au vide glacial qui s'était installé dans ma poitrine.

Les souvenirs ont afflué, violents et douloureux. Pas les bons souvenirs de notre vie passée. Non. Le souvenir de notre fin. L'accident de voiture, le métal tordu, le son de sa voix s'éteignant à côté de moi, sa promesse. "Je te retrouverai, Jeanne..."

Cette promesse était un mensonge. Ou alors, je m'étais trompée sur toute la ligne.

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