Neuf fois. Neuf fois, j'ai affronté la mort, revivant sans cesse le même cauchemar.
Mon unique but ? Sauver Léa Moreau, l'héroïne de ce roman dans lequel j\'étais prisonnière, des griffes de Marc Lambert.
Huit fois, j'ai échoué, sacrifiant ma vie pour elle, finissant percutée par une voiture, chutant d'une falaise, ou empoisonnée.
Chaque réincarnation apportait son lot de souffrances inouïes, m'arrachant un peu plus de mon humanité.
Puis, à la neuvième tentative, j'ai décidé d'abandonner, préférant la mort définitive à la lutte incessante.
Mais la voix glaciale de ce système m'a avertie : « Échec de mission, punition assurée. »
Pourtant, alors que ma décision était prise, ils sont entrés. Léa, angélique et cruelle, et Marc, charismatique et méprisant.
Pour eux, je n'étais qu'un pion, une nuisance à écarter.
« Camille, tu es encore là ? » a lancé Léa, m'humiliant devant l'homme pour qui j'avais tout donné.
Puis, Marc, d'un geste abject, a écrasé le seul souvenir de ma mère, me brisant un peu plus.
Ma récompense pour huit morts ? Trahison, torture et humiliation, alors que Léa ordonnait : « Donnez-lui une leçon qu'elle n'oubliera pas. »
Désespérée, mais brûlante d'une haine nouvelle, je me suis promis que cette torture prendrait fin.
Le souvenir d'une autre Léa, celle qui m'avait sauvée, me déchirait, accentuant la douleur.
Comment l'ange que j'avais connu avait-il pu se transformer en ce monstre, cette marionnette de Marc ?
J'étais à genoux, ma force brisée, mon cœur glacé, quand un plan, une ultime vengeance, germa dans mon esprit.
Plus jamais je ne serais leur victime.
Je ne fuirais plus.
Cette fois, j'allais me battre. Et je gagnerais.
C'était la neuvième fois. Neuf fois que je revivais la même boucle infernale, neuf fois que je mourais dans d'atroces souffrances.
Chaque fois, le scénario était le même, je devais sauver Léa Moreau, la protagoniste de ce roman dans lequel j'étais piégée. La sauver de son destin tragique lié à un autre homme, Marc Lambert.
Mes huit premières tentatives avaient été des échecs cuisants. J'avais tout essayé pour l'éloigner de Marc, pour la protéger de cet homme manipulateur et égoïste qui, dans l'histoire originale, causait sa perte. Mais chaque effort se soldait par ma propre mort.
J'avais été percutée par une voiture, j'étais tombée d'une falaise, j'avais été empoisonnée. Chaque mort était plus brutale que la précédente, et la douleur, à la fois physique et mentale, était devenue insupportable.
Cette fois, pour cette neuvième réincarnation, j'avais pris une décision.
J'abandonnais.
J'étais fatiguée, épuisée, à bout de forces. L'idée de revivre encore une fois ces événements, de me battre pour une cause perdue, me révulsait. Je préférais mourir une bonne fois pour toutes plutôt que de continuer cette quête futile.
"Ça suffit," me suis-je dit en fixant mon reflet dans le miroir. Mon visage était pâle, mes yeux cernés par la fatigue et le désespoir. "C'est fini. Je ne jouerai plus leur jeu."
Alors que je prenais cette résolution, une voix glaciale et mécanique a résonné dans ma tête, comme à chaque début de boucle.
"La mission de sauvetage de Léa Moreau doit être accomplie. Tout échec entraînera une punition."
Une douleur fulgurante a traversé mon crâne, me faisant grimacer. C'était leur façon de me rappeler que je n'étais qu'un pion, un personnage secondaire dont le seul but était de servir l'héroïne.
La porte de la chambre s'est ouverte à ce moment-là. Léa est entrée, magnifique comme toujours, vêtue d'une robe blanche qui accentuait sa beauté angélique. Mais derrière ce visage d'ange se cachait une cruauté sans nom, surtout lorsqu'elle était sous l'influence de Marc.
Marc Lambert était juste derrière elle, grand, charismatique, le sourire aux lèvres. Il a posé une main possessive sur l'épaule de Léa, et son regard s'est posé sur moi. Un regard plein de mépris et d'aversion.
"Camille, tu es encore là ?" a dit Léa, sa voix douce mais chargée d'un reproche à peine voilé. "Je pensais t'avoir dit de faire tes valises. Marc n'aime pas te voir traîner ici."
Elle parlait de moi comme si j'étais un objet encombrant, une nuisance. Mon cœur s'est serré, mais je n'ai rien laissé paraître. J'étais habituée.
"Je suis en train de le faire," ai-je répondu d'une voix neutre.
Sans un mot de plus, j'ai pris le grand sac posé sur mon lit et j'ai commencé à y jeter mes affaires sans ménagement. Je n'avais plus rien à faire ici. Je devais partir, loin de Léa, loin de Marc, loin de cette histoire qui me dévorait.
En rangeant, mes doigts sont tombés sur un cadre photo. C'était une photo de Léa et moi, prise il y a des années, bien avant que Marc n'entre dans sa vie. Nous souriions, complices et heureuses. À cette époque, j'étais sa protectrice, sa confidente, presque sa grande sœur. Elle m'avait sauvée d'une situation difficile, et en retour, je lui avais juré une loyauté éternelle.
Un éclat de rire amer m'a échappé. Quelle ironie. La loyauté m'avait conduite à la mort, huit fois de suite.
J'ai regardé la photo une dernière fois, puis, sans hésitation, je l'ai jetée dans la poubelle avec le reste de mes souvenirs. C'était fini. Je ne me souciais plus de Léa, ni de son destin. Ma seule préoccupation, désormais, était ma propre liberté. Même si cette liberté signifiait la mort.
J'ai fermé mon sac et je me suis dirigée vers la porte.
"Où vas-tu ?" a de nouveau demandé la voix mécanique dans ma tête.
"Loin d'ici," ai-je pensé avec défi.
"Échouer à la mission entraînera votre effacement définitif."
"Tant mieux," ai-je répondu intérieurement. "C'est tout ce que je demande."
J'ai posé la main sur la poignée, prête à franchir le seuil et à laisser ce cauchemar derrière moi.
"Je ne t'ai pas donné la permission de partir."
La voix de Léa, tranchante comme une lame, m'a clouée sur place. Je me suis retournée lentement. Elle se tenait au milieu de la pièce, les bras croisés, un air de défi sur son visage parfait. Marc, à ses côtés, me regardait avec un amusement cruel.
"Qu'est-ce que tu veux, Léa ?" ai-je demandé, ma voix plus lasse que je ne l'aurais voulu.
"Marc a soif," a-t-elle dit, comme si c'était une évidence. "Va lui préparer son thé préféré. Et ne te trompe pas dans les dosages cette fois."
C'était une humiliation délibérée. Elle savait que je détestais faire ça, que chaque geste pour servir Marc était une torture. Mais je n'avais pas la force de me battre. Pas cette fois.
J'ai acquiescé silencieusement et je me suis dirigée vers la cuisine. Alors que je passais devant eux, Marc a tendu le pied. Je n'ai pas pu l'éviter et j'ai trébuché, tombant lourdement sur le sol.
Un petit objet métallique est tombé de ma poche et a roulé sur le carrelage. C'était un médaillon en argent, simple et usé. Le seul souvenir que j'avais de ma mère.
Avant que je ne puisse le ramasser, la botte de Marc s'est abattue dessus. Un craquement sec a retenti. Il a écrasé le médaillon sans la moindre hésitation, le réduisant en un morceau de métal tordu et méconnaissable.
J'ai regardé les débris avec des yeux vides. Une colère froide a commencé à monter en moi, mais je l'ai réprimée. À quoi bon ?
"Oh, pardon," a dit Marc avec une fausse sollicitude. "Je ne l'avais pas vu. Tu ne devrais pas laisser traîner tes babioles."
Il s'est tourné vers Léa, feignant la douleur. "Chérie, je crois qu'elle m'a fait mal en tombant. Regarde, mon pied."
Léa s'est précipitée vers lui, le visage empreint d'une inquiétude exagérée. "Marc, ça va ? Montre-moi." Elle a fusillé du regard. "Camille, comment oses-tu ? Tu as blessé Marc !"
Son amour pour lui était si aveugle, si inconditionnel. La partialité était si flagrante, si injuste.
"Je n'ai rien fait," ai-je murmuré, mais mes mots se sont perdus dans le vide.
"Ça suffit !" a crié Léa. "Tu deviens de plus en plus insupportable. Tu mérites une punition."
Elle a claqué des doigts. Deux gardes du corps, qui attendaient dans le couloir, sont entrés. Ils m'ont saisie par les bras sans ménagement.
"Emmenez-la dans l'entrepôt," a ordonné Léa d'une voix glaciale. "Et donnez-lui une leçon qu'elle n'oubliera pas."
Ils m'ont traînée hors de la maison, jusqu'à un vieil entrepôt humide et sombre au fond du jardin. L'un des gardes a sorti un fouet. Le cuir a sifflé dans l'air avant de s'abattre sur mon dos.
La douleur était fulgurante, brûlante. J'ai serré les dents pour ne pas crier. Un coup, puis deux, puis dix. Mon dos est devenu une plaie à vif, le sang tachant mes vêtements.
Quand ils ont eu fini, ils m'ont jetée sur le sol en béton froid et ont verrouillé la porte derrière eux, me laissant dans l'obscurité totale.
Allongée là, dans la saleté et la douleur, je sentais le désespoir m'envahir à nouveau. Mais cette fois, quelque chose avait changé. La résignation avait laissé place à une lueur de haine.
J'avais tout donné pour Léa. Je l'avais protégée, aimée, et j'étais morte pour elle huit fois. Et voilà ma récompense. La trahison, la torture, l'humiliation.
Mon cœur était glacé. L'amour que j'avais pour elle s'était transformé en cendres. Il ne restait plus que le désir ardent de m'échapper. De fuir cet enfer, pour de bon.
Plus tard, la porte s'est ouverte avec fracas. Léa se tenait sur le seuil, la lumière du jour dessinant sa silhouette. Son visage était tordu par la colère.
"Marc a de la fièvre," a-t-elle dit, sa voix sifflante. "C'est de ta faute. Tu vas le payer, Camille. Tu vas le payer très cher."
Elle s'est approchée, et j'ai vu dans ses yeux une promesse de souffrance encore plus grande. Mon cauchemar était loin d'être terminé.