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Le Pas de la Muse

Le Pas de la Muse

Auteur:: Gavin
Genre: Romance
Entrée au prestigieux ballet De Valois à dix ans, j\'ai appris la danse, mais surtout l\'obéissance, modelée en une «muse» pour le chorégraphe prodige Louis, petit-fils de la directrice, Mme de Valois. Un soir, mon destin a basculé quand Mme de Valois, d\'une voix de glace, m\'a ordonné de devenir la maîtresse de Louis, pour «stabiliser» son génie, faisant fi de ma liberté chèrement acquise après une précédente relation toxique. Face à son rejet glacial, ma tentative de séduction a échoué lamentablement, me valant les railleries des autres danseuses et l\'ultimatum de la matriarche : une semaine pour réussir, ou tout perdre. L\'humiliation et le désespoir m\'ont poussée à l\'impensable : droguer Louis avec un aphrodisiaque, orchestrant une nuit que je savais nécessaire, mais qui me laissait un goût amer de transgression, le piège s\'est refermé. Ma survie passait avant tout, et la liberté que Mme de Valois me faisait miroiter devenait le seul horizon; je devais forcer le destin, même si cela me répugnait.

Introduction

Entrée au prestigieux ballet De Valois à dix ans, j\'ai appris la danse, mais surtout l\'obéissance, modelée en une «muse» pour le chorégraphe prodige Louis, petit-fils de la directrice, Mme de Valois.

Un soir, mon destin a basculé quand Mme de Valois, d\'une voix de glace, m\'a ordonné de devenir la maîtresse de Louis, pour «stabiliser» son génie, faisant fi de ma liberté chèrement acquise après une précédente relation toxique.

Face à son rejet glacial, ma tentative de séduction a échoué lamentablement, me valant les railleries des autres danseuses et l\'ultimatum de la matriarche : une semaine pour réussir, ou tout perdre.

L\'humiliation et le désespoir m\'ont poussée à l\'impensable : droguer Louis avec un aphrodisiaque, orchestrant une nuit que je savais nécessaire, mais qui me laissait un goût amer de transgression, le piège s\'est refermé.

Ma survie passait avant tout, et la liberté que Mme de Valois me faisait miroiter devenait le seul horizon; je devais forcer le destin, même si cela me répugnait.

Chapitre 1

Pour entrer dans la compagnie de ballet De Valois, il ne suffisait pas de savoir danser, il fallait correspondre à un idéal précis, presque une norme industrielle. Nous étions une centaine de jeunes filles, toutes sélectionnées avant l'âge de dix ans, et les critères étaient impitoyables, la taille, le poids, la longueur des membres, même la forme du visage, tout était mesuré, catalogué, approuvé. Mme de Valois, l'ancienne directrice qui tenait encore toute la compagnie dans sa main de fer, appelait ça « l'harmonie du corps de ballet ». Mais nous, entre nous, on appelait ça la cage dorée.

J'y avais été vendue à l'âge de dix ans par ma tante Sophie, qui voyait en moi une bouche de moins à nourrir et une opportunité financière. Elle n'avait jamais regardé en arrière, et moi non plus.

Parmi toutes ces filles, j'étais considérée comme la plus chanceuse, ou la plus maudite, ça dépendait du point de vue. J'avais été choisie non pas pour le corps de ballet, mais pour un rôle bien plus spécifique, celui de muse. Pas n'importe quelle muse, la muse de Louis, le petit-fils de Mme de Valois, le chorégraphe prodige de la compagnie. Il était le soleil autour duquel tout tournait, et j'étais une planète silencieuse, forcée de graviter autour de lui. J'avais été formée pour inspirer ses créations, pour comprendre ses silences, pour être le corps parfait qui traduirait ses visions artistiques. En public, il était charismatique, brillant, un génie que tout Paris s'arrachait. En privé, il était distant, un mur de glace poli, ses yeux bleus ne me voyaient jamais vraiment, ils voyaient à travers moi, cherchant une forme, un mouvement, une idée.

Un soir, après une répétition épuisante de son nouveau ballet, Mme de Valois m'a convoquée dans son bureau. La pièce sentait la cire d'abeille et le papier ancien, une odeur d'autorité et de temps arrêté. Elle était assise derrière son immense bureau en acajou, droite comme un piquet, son chignon gris argenté ne bougeait pas d'un millimètre.

« Camille, asseyez-vous. »

Sa voix était toujours calme, mais elle portait un poids qui vous forçait à obéir. Je me suis assise sur le bord de la chaise en velours, les mains sur les genoux, le dos droit, comme on me l'avait appris.

« Louis est... distrait ces derniers temps. Son travail en souffre. »

Elle a fait une pause, me fixant de ses yeux perçants. Elle ne parlait jamais pour rien dire.

« Il a besoin de stabilité, Camille. Il a besoin d'une ancre. Vous avez été formée pour être son inspiration, il est temps que vous deveniez plus que ça. »

Mon cœur a commencé à battre plus fort, une pulsation sourde dans ma poitrine. Je savais ce qu'elle voulait dire. Le mécène de la compagnie, M. Dubois, avait été mon amant pendant deux ans, un arrangement orchestré par elle pour m'assurer une place de choix, pour me "protéger". C'était une relation toxique, un échange de mon corps contre une position, et j'avais enfin réussi à y mettre un terme il y a quelques mois, profitant d'un scandale qui l'avait éloigné de la compagnie. Je pensais être libre de cet aspect de ma vie. Je me trompais.

« Je ne comprends pas, Madame. »

« Si, vous comprenez parfaitement, » a-t-elle rétorqué, sans une once d'impatience. « Vous allez vous rapprocher de Louis. Vous allez devenir sa maîtresse. Il faut qu'il se concentre sur son art, pas sur des amourettes sans importance avec des filles stupides qui ne comprennent rien à son génie. Vous, vous le comprenez. C'est votre rôle. »

Je suis restée silencieuse, le souffle coupé. Ma vie était une partition écrite par d'autres. J'étais la danseuse étoile, enviée par toutes, mais je n'étais qu'une marionnette. J'avais un appartement luxueux payé par la compagnie, des robes de créateurs, une place à toutes les soirées mondaines de Paris. Une vie dorée, mais vide. Vide de choix, vide de liberté. Mon plan était simple : économiser chaque centime que je pouvais, supporter cette vie encore un an ou deux, puis disparaître. M'enfuir loin de Paris, loin du ballet, loin de ce monde de faux-semblants et de manipulation. Ouvrir une petite école de danse dans un village ensoleillé, peut-être en Provence, vivre une vie simple, anonyme. Libre. Cette nouvelle directive de Mme de Valois n'était qu'un obstacle de plus, une chaîne de plus à briser. Je devais jouer le jeu, pour gagner ma liberté.

« Bien, Madame, » ai-je répondu, ma voix plus stable que je ne l'aurais cru.

« Bien, » a-t-elle répété, avec un sourire fin qui ne touchait pas ses yeux. « N'attendez pas. Commencez ce soir. Il est encore dans le studio 3. Apportez-lui son thé. Il aime le Darjeeling avec une tranche de citron, sans sucre. »

Elle me congédia d'un geste de la main. L'ordre était donné, clair et direct. Je me suis levée, j'ai fait une révérence parfaite, et je suis sortie du bureau. Mon cœur battait la chamade, non pas d'excitation, mais de révolte silencieuse. C'était une étape de plus, une dernière humiliation avant la fuite. Je devais réussir. Pour moi.

Je suis allée à la petite cuisine réservée au personnel, j'ai préparé le thé exactement comme elle l'avait décrit. Mes mains ne tremblaient pas. J'étais concentrée, comme avant de monter sur scène. Je portais une simple tunique de répétition, mes cheveux étaient tirés en un chignon strict. Je suis arrivée devant la porte du studio 3. La musique s'échappait, un morceau de piano mélancolique et complexe. J'ai frappé doucement. Pas de réponse. J'ai poussé la porte et je suis entrée. Louis était là, au centre de la pièce immense, torse nu, en sueur. Il ne dansait pas, il était immobile, le regard perdu dans le grand miroir qui couvrait tout le mur. Il semblait lutter contre quelque chose, une idée ou un démon intérieur.

« Louis ? » ai-je dit doucement. « Je vous ai apporté votre thé. »

Il s'est retourné lentement, son regard a glissé sur moi sans s'arrêter. Il n'y avait aucune reconnaissance, aucune chaleur. Juste une indifférence polie, presque glaciale.

« Posez-le sur la table, » a-t-il dit, sa voix plate. « Et fermez la porte en sortant. Je travaille. »

Il s'est retourné vers le miroir, me tournant le dos, déjà replongé dans son monde. J'ai posé la tasse sur la petite table, le bruit de la porcelaine sur le bois a semblé incroyablement fort dans le silence. Je suis sortie, refermant doucement la porte derrière moi. Le rejet était total, impersonnel. Mon premier essai était un échec cuisant. La route vers la liberté serait plus difficile que prévu.

Chapitre 2

Quand je suis retournée au dortoir que je partageais encore officiellement avec trois autres danseuses – même si la compagnie me payait un appartement, Mme de Valois insistait pour que je garde un pied dans la "vie commune" –, l'atmosphère était électrique. Élodie, la plus ambitieuse et la plus venimeuse du groupe, était assise sur son lit, en train de limer ses ongles avec une attention agressive.

« Alors, la muse a fini sa journée ? » a-t-elle lancé sans lever les yeux. Son ton était chargé de sarcasme. « Tu as réussi à inspirer le maître aujourd'hui ? Ou tu t'es contentée de lui apporter son thé ? »

Les deux autres filles, Manon et Chloé, ont étouffé un rire. Elles étaient toujours dans le sillage d'Élodie, comme des ombres. Mon échec dans le studio était déjà devenu un sujet de moquerie. Les nouvelles voyageaient vite dans les couloirs de la compagnie.

« Laisse-la, Élodie, » a dit Manon avec une fausse pitié. « Ce n'est pas sa faute si le grand Louis a enfin compris qu'elle n'est qu'un joli corps vide. »

Je n'ai rien répondu. J'ai traversé la petite chambre pour atteindre mon casier, sentant leurs regards dans mon dos. Leur hostilité était une chose constante, une pression de plus. Elles m'enviaient ma position, mes rôles, l'attention que je recevais, mais elles ne voyaient pas le prix que je payais. Elles ne voyaient pas les chaînes. J'ai attrapé mes affaires, toujours en silence, et je suis partie vers mon appartement, leur mépris me piquant la peau.

Dans la solitude de mon appartement luxueux mais impersonnel, j'ai laissé tomber mon sac sur le sol en marbre. Le silence était assourdissant. J'aurais pu pleurer de frustration, de rage, mais les larmes ne servaient à rien. J'avais appris ça très jeune. La pitié pour soi-même était un luxe que je ne pouvais pas me permettre. Ce rejet, cette humiliation, n'étaient que des obstacles. Ma détermination s'est renforcée. Je ne faisais pas ça pour eux, ni pour Mme de Valois, ni même pour Louis. Je le faisais pour moi, pour cet avenir que je me dessinais chaque nuit avant de m'endormir : une petite maison en pierre, le soleil de Provence, le rire des enfants dans mon studio de danse, la liberté. Cette image était mon armure. Je devais surmonter ce défi. Je devais réussir à séduire Louis, non pas pour le posséder, mais pour me libérer.

Le lendemain, j'ai changé de stratégie. Le thé était trop formel, trop servile. Il fallait quelque chose de plus personnel, de plus indispensable. J'ai passé la matinée à observer. Louis avait une manie pendant les répétitions. Il utilisait des serviettes spécifiques, d'une certaine texture, pour s'éponger le visage et le cou. Il en consommait des dizaines. Et il était très particulier sur leur propreté et leur douceur. L'intendant se plaignait souvent de ses exigences. J'ai donc passé une heure à la buanderie, à laver et à sécher moi-même une pile de ces serviettes avec un adoucissant spécial, sans parfum, exactement comme je savais qu'il les aimait. J'ai plié chaque serviette avec un soin méticuleux. C'était un geste simple, presque invisible, mais c'était un geste de dévouement. Un geste qu'il ne pourrait pas ignorer aussi facilement qu'une tasse de thé.

Plus tard dans l'après-midi, il dirigeait une répétition avec les solistes masculins. C'était un moment de tension, Louis était connu pour son perfectionnisme impitoyable. J'ai attendu le bon moment, une pause entre deux enchaînements. Alors qu'il se tenait au milieu du studio, le souffle court, critiquant vertement un danseur, je suis entrée. Cette fois, je n'ai pas dit un mot. Je me suis approchée de lui, j'ai pris la serviette humide qu'il tenait et je l'ai remplacée par une des serviettes propres et douces que j'avais préparées. Je l'ai fait avec l'efficacité silencieuse d'une assistante aguerrie. J'ai senti les regards de tous les danseurs sur nous. Louis s'est interrompu au milieu de sa phrase. Il a regardé la serviette dans sa main, puis il a levé les yeux vers moi. Il y avait de la surprise dans son regard, et autre chose... de l'agacement. Il était en pleine démonstration de son autorité, et mon intervention l'avait publiquement déstabilisé.

« Qu'est-ce que tu fais ici, Camille ? » a-t-il demandé, sa voix basse et tranchante.

« Votre serviette, » ai-je simplement répondu.

Il a serré la mâchoire. Il a jeté la serviette par terre.

« Sors, » a-t-il sifflé. « Maintenant. »

L'humiliation était publique, totale. J'ai senti mes joues brûler, mais j'ai gardé mon visage impassible. Je me suis retournée et je suis sortie du studio la tête haute, même si à l'intérieur, je me sentais anéantie. C'était pire que la veille. J'avais non seulement échoué, mais je l'avais mis en colère.

Le soir même, le téléphone a sonné dans mon appartement. C'était Mme de Valois.

« Alors ? Des progrès ? » a-t-elle demandé, sa voix ne laissant transparaître aucune émotion.

« Je... j'essaie, Madame. Ce n'est pas facile. Il est très concentré sur son travail. »

« Ne me donnez pas d'excuses, Camille. Je ne paie pas pour des excuses. Je paie pour des résultats. Vous avez une semaine. Après ça, je considérerai que vous n'êtes plus utile à cette compagnie. Et vous savez ce que ça veut dire. »

La menace était claire. "Plus utile" signifiait être renvoyée, sans rien. Mon appartement, mon salaire, ma position, tout disparaîtrait. Mon plan de fuite s'effondrerait. La pression est montée d'un cran, devenant presque insupportable.

Je me suis assise sur mon lit, le cœur battant à tout rompre. J'avais essayé la douceur, la prévenance, et ça n'avait mené à rien. J'étais dans une impasse. L'échec signifiait la fin de tout. La liberté que Mme de Valois m'avait promise si je réussissais semblait soudain la seule issue possible. Et pour l'obtenir, les méthodes douces ne suffiraient pas. Une pensée terrible, sombre, a commencé à germer dans mon esprit. Une solution radicale. C'était une ligne que je ne pensais jamais franchir, un acte qui me répugnait. Mais la peur et le désespoir étaient plus forts. Je devais réussir, peu importe le prix. Je devais prendre le contrôle de la situation, forcer le destin. Je devais employer une mesure extrême pour obtenir ce que Mme de Valois exigeait, et enfin, peut-être, gagner ma liberté.

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