Amélie, talentueuse parfumeuse à Grasse, vivait depuis six ans une relation passionnée mais secrète avec la star du rugby, Léo Martin.
Leur amour caché était son unique refuge, son parfum le plus précieux.
Un appel de son cousin révèle une amère vérité : Léo n'a jamais voulu l'officialiser, car son ex, Chloé Fournier, est de retour.
Amélie découvre avec stupeur qu\'elle n\'est qu\'une pâle copie, un triste substitut de la femme que Léo chérit encore.
L\'indifférence de Léo devient insupportable, son regard fixement tourné vers Chloé.
Les machinations de Chloé, orchestrant une agression humiliante, poussent Amélie dans un grave accident de scooter.
Pourtant, Léo défend aveuglément les mensonges de Chloé, exigeant des excuses d\'Amélie blessée à l\'hôpital, sans lui offrir le moindre soutien.
Blessée, trahie, le cœur brisé et la dignité anéantie, Amélie réalise qu\'elle n\'existe plus pour Léo.
Comment cet homme, qui lui avait tout promis, a-t-il pu l\'abandonner si froidement pour un pâle reflet de son passé ?
La douleur est insoutenable, mais une détermination glacée s\'éveille.
Alors que Léo, rongé de remords après avoir enfin démasqué les odieuses manipulations de Chloé, tente désespérément de la reconquérir, Amélie prend une décision radicale.
Exaspérée, elle coupe les ponts, efface Léo de sa vie.
Elle choisit d\'embrasser un avenir serein aux côtés de Victor Beaumont, l\'homme que sa famille lui destine.
Léo arrivera-t-il à temps pour la supplier de revenir ?
Ou le chaos qu\'il a semé les séparera-t-il à jamais ?
« Hugo, c'est moi. »
Ma voix était basse, presque un murmure.
« J'ai décidé. Je vais le rencontrer. »
Un silence, puis le soupir de soulagement de mon cousin à l'autre bout du fil.
« Enfin, Amélie. Tu as enfin pris ta décision. Maman et papa seront tellement heureux. »
Je fermai les yeux. Le bonheur de mes parents était le prix de mon propre cœur brisé.
« Il est comment ? » demandai-je, sans vraiment vouloir savoir.
« Victor ? C'est un homme bien. Calme, stable, respectueux. Un cardiologue réputé à Paris. Tu sais, la famille Beaumont... »
Oui, je savais. Les Beaumont et les Dubois, deux grandes familles, l'une dans la médecine, l'autre dans la soierie lyonnaise. Une union parfaite aux yeux de tous.
Sauf aux miens.
« Hugo, je dois d'abord régler les choses ici, » dis-je fermement. « Je lui parlerai. Je mettrai fin à tout ça. »
« Fais vite, Amélie. Les Beaumont ont déjà commencé les préparatifs. Ils organisent un grand dîner de fiançailles. Ils veulent que tu invites tes amis proches de Grasse. »
Mon cœur se serra. Mes amis de Grasse. Mon seul ami ici.
« D'accord, » murmurai-je.
« Amélie, tu ne vas quand même pas inviter... »
Je n'eus pas le temps de répondre. La porte de mon petit appartement à Grasse s'ouvrit brusquement.
Léo Martin, joueur star du Stade Toulousain, mon secret depuis six ans, se tenait sur le seuil, un sac de sport nonchalamment jeté sur l'épaule.
« Avec qui tu parles si tard ? » demanda-t-il, un sourire charmeur aux lèvres.
Il avait entendu la fin. Je le savais.
« Mon cousin, » répondis-je en raccrochant rapidement.
Il s'approcha, son odeur de sueur et d'herbe coupée emplissant la pièce. Il me prit dans ses bras, son corps puissant et chaud contre le mien.
« Ton cousin ? Il te manque tant que ça, la famille ? »
Sa main caressa ma nuque. Je frissonnai, mais pas de plaisir. De dégoût.
« Léo, qu'est-ce que nous sommes ? » lâchai-je, la question qui me brûlait les lèvres depuis des années.
Il rit, un rire franc et confiant qui, autrefois, me faisait fondre.
« Qu'est-ce que c'est que cette question ? Tu es ma petite Amélie. Ma parfumeuse. »
Il se pencha pour m'embrasser.
Je tournai la tête. « Je suis fatiguée. La journée a été longue. »
Il me regarda, un éclair de surprise dans ses yeux. Il prit mon évitement pour de la timidité, comme toujours.
« D'accord, ma jolie. Va te reposer. »
Je le regardai s'éloigner vers la salle de bain, et une seule pensée tourbillonnait dans mon esprit.
Substitut.
Je n'étais qu'un substitut.
Notre histoire avait commencé à l'université. Hugo, mon cousin, me l'avait présenté. Léo était déjà une étoile montante du rugby, le meilleur ami d'Hugo. J'étais tombée amoureuse de son charisme, de son rire, de sa façon de me regarder.
Après l'université, j'ai déménagé à Grasse pour ma formation de "nez". Léo, lui, a signé à Toulouse. Il m'a proposé de vivre dans un appartement qu'il possédait ici, un pied-à-terre pour ses rares visites. Au début, il ne se passait rien. Je vivais dans son espace, entourée de son odeur, mais il était distant. Un soir, il est rentré malade, fiévreux. Je me suis occupée de lui toute la nuit, lui appliquant des compresses fraîches, lui préparant des bouillons.
Le lendemain matin, il m'a attiré à lui et m'a embrassé. C'était le début.
Six ans. Six ans à refuser les partis que ma famille me présentait, six ans à attendre qu'il me présente à ses parents, à ses amis. Six ans à être son secret.
La vérité m'avait explosé au visage il y a un mois. Lors d'une fête à Toulouse, un de ses coéquipiers, ivre, m'avait jeté au visage :
« C'est dingue comme tu ressembles à Chloé. Léo a vraiment un type de femme. »
Chloé. Chloé Fournier. La journaliste sportive, son ex-petite amie. Le couple star du rugby dont la rupture avait fait la une.
J'ai mené ma propre enquête, discrètement. J'ai trouvé les vieilles photos, les articles, les interviews. Son obsession pour elle était partout. Et j'étais là, la jeune femme douce aux longs cheveux bruns, qui aimait les mêmes parfums qu'elle, qui avait le même sourire timide. J'étais une copie. Une pâle copie.
C'est là que tout s'est brisé.
Je regardai mon téléphone. Le nom de Hugo était encore affiché.
Je pris une profonde inspiration.
Il était temps de mettre fin à cette mascarade. Il était temps de rencontrer Victor Beaumont.
Le lendemain matin, je me suis réveillée au son de l'eau qui coulait. Léo était sous la douche.
Quand il est sorti, une serviette nouée autour de la taille, il a passé un temps inhabituel devant le miroir.
Il a essayé trois chemises différentes.
« La bleue ou la blanche, Amélie ? »
Sa voix était légère, presque enjouée.
« La bleue, » dis-je sans le regarder, concentrée sur mon café.
Il a souri dans le miroir. « Bien. Ce soir, il y a un gala après le match. Je te ramènerai un petit quelque chose. »
Il est parti en sifflotant. Une fausse normalité qui me donnait la nausée.
Son téléphone, oublié sur la table de la cuisine, s'est allumé. Un message s'afficha sur l'écran de veille.
De : Chloé.
« J'atterris à 15h. Hâte de te voir. La saison de rugby à Toulouse sera bien plus intéressante avec toi. »
Voilà donc la raison de sa bonne humeur. Le retour de son grand amour.
La porte s'est rouverte. Léo.
« J'ai oublié mon téléphone. »
Son regard s'est posé sur l'écran, puis sur moi. Une lueur de panique.
« Tu as vu ? »
« Non. Je n'ai rien vu. »
Il a semblé visiblement soulagé. Ce soulagement était plus insultant que n'importe quelle accusation. Il avait peur que je découvre son petit secret, pas peur de me perdre.
Je me suis moquée de moi-même. Comment pouvais-je encore espérer quoi que ce soit ?
Je me suis plongée dans mon travail, alignant les flacons, mélangeant les essences. C'était ma seule échappatoire. Mon départ était proche, je devais finaliser mes dernières créations.
L'après-midi, j'ai commencé à faire le tri.
Ce maillot du Stade Toulousain qu'il m'avait donné. Celui que j'avais parfumé avec une création spéciale, juste pour lui. Il m'avait dit un jour, en riant : « C'est bien, mais ça ne vaut pas le parfum que portait Chloé. »
Poubelle.
Cette tasse à café assortie qu'il avait achetée. « Comme ça, même quand je ne suis pas là, on boit notre café ensemble. » Il avait dit la même chose à Chloé dans une vieille interview.
Poubelle.
Les photos, les billets de match, les petits mots. Tout a fini dans un grand sac noir.
Léo est rentré juste à ce moment-là. Il m'a vue, le sac à la main, près de la porte.
« Tu fais le grand ménage ? Bonne idée, ça sentait un peu le renfermé. »
Il n'a même pas reconnu ses propres affaires, ses propres souvenirs. L'ironie était terrible. Mon cœur se serrait, mais je savais pourquoi il était si aveugle.
Son indifférence n'était pas de la méchanceté. C'était pire. C'était un manque total d'intérêt. Ces objets n'avaient de valeur que pour moi.
Il a froncé les sourcils en regardant le salon. « Il manque quelque chose, non ? »
Son téléphone a vibré. Un message de Chloé, sans aucun doute. Il a souri et a oublié sa question.
Ce soir-là, je me suis couchée seule. C'était la Sainte-Catherine. Mon téléphone a vibré toute la soirée. Des messages de ma famille, de mes amis, de Hugo.
« Bonne fête, ma Catherinette ! »
« On pense à toi ! »
« Victor demande de tes nouvelles. »
Tout le monde y avait pensé.
Sauf Léo. L'homme pour qui j'avais sacrifié six ans de ma vie avait oublié.