Point de vue June
Huit heures cinquante-cinq.
Je vérifie une dernière fois ma tenue. Mon tailleur est bien repassé, aucun plis n'a fait surface depuis ma première vérification, il y a cinq minutes. Je crois qu'il est inutile de dire que cet entretien me stresse beaucoup. C'est le dixième depuis le début de la semaine, soit en cinq jours.
Je regarde que je n'ai rien oublié dans ma chambre : clé, téléphone, écouteurs, curriculum vitae. J'ai tout.
Je range le tout dans mon sac et sors de la pièce. Passant par le salon, j'attrape ma veste de tailleur et observe la pièce, qui paraît toujours aussi vide d'émotion et de chaleur, très silencieuse et ce malheureusement depuis la disparition de ma meilleure amie et colocataire Marine, elle qui nous a quitté d'un cancer.
Elle s'est battue contre cette maladie jusqu'à son dernier souffle, comme la grande combattante qu'elle a toujours été.
Après sa mort, je suis tombée en dépression et ne voulais plus sortir de chez moi. J'ai donc perdu mon emploi dans l'entreprise d'un journal de New York pas très réputé dans le monde de l'édition. Ma mère a essayé de me convaincre de déménager pour oublier Marine mais la vérité c'est que je ne veux pas l'oublier. Elle fera toujours partie de ma vie, qu'on le veuille ou non.
Je souffle un bon coup et ferme à clé la porte de ma petite maison. L'ascenseur du couloir m'ouvre assez vite ses portes et j'y pénètre tout en regardant mes messages sur mon téléphone portable.
Reçu aujourd'hui à 8h42 : On se voit ce soir pour le repas ? - Maman
Envoyé aujourd'hui à 8h57 : Oui tu peux venir à l'appartement vers 19h !
L'appareil m'éjecte au rez-de-chaussée, d'où je sors pour me rendre à mon arrêt de bus. Les minutes passent mais toujours aucun signe de mon stupide bus. Certes il existe de nombreux moyens de transport dans cette grande ville réputée, mais rares sont ceux disponibles (et peu chers).
Quinze minutes plus tard, j'y entre et salue le chauffeur, toujours aussi aimable.
- Bonjour, je souris tout en cherchant mon badge dans mon sac à main.
- Ticket madame, me dit-il de son air ronchon habituel.
Bien, certaines choses ne changent pas.
Après avoir présentée ma carte, je fais mon chemin jusqu'aux portes du milieu du bus et m'installe dans l'espoir de ne pas être dérangée par les autres usagers.
La stressée que je suis se met à fouiller dans son sac, à la recherche de mes papiers importants : une dernière vérification s'impose. Mon curriculum vitae apparaît bien vite dans mes mains et l'envie me prend de le relire pour la centième fois.
Nom : June Miller. Date de naissance : 18 juin 1991
Oui, mes parents m'ont appelé June en raison du mois de ma naissance. Ils ont trouvé ça marrant apparement.
Ancienneté : • 2010-2012 : Employée polyvalente pour le bar Harry's. • 2012-2016 : Secrétaire de rédaction pour le journal quotidien NYC Paper.
Le bus s'arrête à nouveau et plus de monde y entre. Nous allons être serrés comme des sardines. Ma montre affiche neuf heures quarante-trois, je suis officiellement en retard.
Avant que je ne le réalise, le bus fait un arrêt et je remarque que je dois descendre ici. J'en déboule tellement vite que les personnes autour de moi râlent. Désolée pour elles mais j'ai un emploi à décrocher.
C'est trop tard pour marcher, maintenant il faut courir. Avec des talons, plus facile à dire qu'à faire.
Deux minutes de retard après, je vérifie l'adresse sur mon téléphone. Apparemment je suis bien au bon endroit, surtout si j'en crois la beauté du building. Vitré, luxueux et moderne, d'une trentaine d'étages. Le logo ou nom de l'entreprise ne sont pas représentés devant les portes mais je retiens mon souffle. Pas de doute, je suis bien chez Carter Magazine.
C'est un peu mégalo de donner son nom à son entreprise si vous voulez mon avis .
Les portes vitrées passées, j'avance jusqu'à la sécurité qui est composée de deux agents de sécurité. Je suis fouillée pendant au moins une bonne minute, je tremble tellement j'ai peur mais au moins j'ai le temps d'admirer l'intérieur du bâtiment. Ça sera peut-être la seule fois alors autant en profiter.
C'est magnifique.
De l'entrée, on peut apercevoir trois ascenseurs qui arrivent aux différents étages. Devant moi se trouve un immense comptoir où siègent deux jeunes femmes, l'une tout aussi droite que l'autre, presque à en faire peur. Lorsque l'agent me libère, je m'approche de l'une d'elles et pose mon sac sur le comptoir pour me détendre l'épaule.
- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? Me demande la jeune femme, plus agréable que je ne le pensais.
Ne jamais se fier aux premières impressions comme me le disait si bien Marine.
- J'ai rendez-vous pour un entretien avec le directeur des ressources humaines pour le poste de secrétaire de rédaction.
- Oh bien sûr. Mais il y a eu un changement de programme et c'est le patron qui va vous recevoir.
Oh bordel non. Je flippe à mort c'est bon. Déjà que finalement ce n'est pas le directeur qui me reçoit mais le patron... Alors en plus s'il s'agit d'un homme... Rien de plus angoissant.
Elle prend le téléphone du bureau et compose un numéro. Elle se clarifie la voix lorsqu'une plus masculine lui parle de l'autre côté de l'appareil.
- Monsieur excusez-moi de vous déranger, elle perd de sa contenance. Votre rendez-vous de neuf heures quarante-cinq est arrivé.
Pitié dites lui que le directeur des ressources humaines est là. C'est beaucoup trop stressant de rencontrer un patron dès le premier jour.
- Hum très bien je lui indique. Merci.
Soulagée, la femme aux cheveux châtains raccroche et me regarde avec un sourire amical, qui se veut rassurant.
- Venez avec moi je vais vous montrer où aller.
Plutôt rapidement, nous faisons notre chemin jusqu'à un des ascenseurs de l'entreprise, chemin rythmé par le claquement de nos talons sur le carrelage du bâtiment. Mes yeux inspectent le grand couloir que nous empruntons, décoré de cadres divers, de photographies de célébrités en compagnie d'un homme, assez âgé visiblement. Est-ce le patron de la firme ?
Devant l'ascenseur, la secrétaire appuie sur le bouton d'appel et une petite minute plus tard, il se présente devant nous. En y entrant, elle appuie sur le petit cercle de numéro vingt-sept.
- Je m'appelle Joy, elle semble reprendre des couleurs après sa conversation téléphonique.
Très rassurant.
- June .
- Miller. Oui j'ai lu votre nom sur la feuille de rendez-vous à l'accueil.
L'ascenseur ouvre ses portes, Joy se redresse sur ses talons et plisse son tailleur, geste identique au miens.
- Le bureau de Monsieur Carter se trouve juste en face de la sortie de l'ascenseur. Bon courage !
- Merci encore Joy.
D'un petit sourire, elle me salue et souffle quand les portes de l'appareil se referme sur elle. Moi, je suis moins calme. Je doute que le grand patron soit aussi heureux de me voir avec un retard de presque dix minutes et en plus de me voir me stressée à l'idée de l'avoir en face de moi. S'il s'agit bien de l'homme que j'ai pu voir sur les murs du rez-de-chaussé, il doit être plein de sagesse et d'expérience, ce qui me rassure encore moins. Combien de personnes a-t-il déjà renvoyé dans leurs bus après un retard de dix minutes ?
Discrètement je relève la tête de mes chaussures et m'avance dans le couloir, où circule des employés de chef, tous tirés à quatre épingles. Et bien, je crois que je suis définitivement dans le monde de The Devil Wears Prada de Lauren Weisberger.
Arrivée comme prévu devant la porte de mon peut-être-futur-supérieur, ma respiration se bloque, mon coeur bat plus vite encore, même scénario depuis le début de mes entretiens.
Quelques secondes passent avant que je ne toque finalement à la porte, d'un geste à la fois nerveux et déterminé, tout comme mon état actuel. Un raclement de gorge se fait entendre de l'autre côté du mur et on m'invite à entrer simplement .
Tout en ouvrant la porte mon regard parcourt la pièce, mes yeux passent sur le moindre mètre carré du bureau où on ne trouve que des meubles blancs ou noirs comme un canapé, un bureau en verre ou des affiches de magazines sur lesquelles posent des femmes toutes plus magnifiques les unes que les autres.
Finalement mon analyse détaillée mais rapide se termine sur l'homme sur le fauteuil noir, apprêté d'un costume bleu marine aussi élégant que lui-même.
Oh mince ! Il n'est pas vieux du tout ! Il est certainement tout juste plus âgé que moi !
Je reviens à la réalité lorsqu'il se racle la gorge, à nouveau.
- Vous êtes en retard, m'avance le brun qui se trouve être le grand supérieur de ce bâtiment.
- Je suis désolée mon bus est arrivé avec un quart d'heure de retard et ..
- Je n'en ai absolument rien à faire, il croise les bras et son regard noir me parvient.
J'ai besoin de ce boulot, pitié. Ça ne peut pas déjà s'arrêter là.
- Vous tenez vraiment à être engagée ici ? Me demande l'homme aux yeux noisettes et je hoche la tête, non sans déglutir. Et bien, j'attends de vous une ponctualité des plus impressionnantes alors que cela ne se reproduise pas.
Ses yeux auparavant rivés sur ses mains jointes , ils les posent maintenant sur mon visage qu'il prend le temps de détailler en plissant des yeux que j'aurais pu trouver charmants en temps normal. À nouveau mal à l'aise, je me mets à fouiller nerveusement dans mon sac noir pour en extraire mon curriculum vitae. Je m'approche de son bureau, d'un pas assez énergique et le lui tends.
- Voici mon CV. J'ai pris soin d'ajouter quelques photos de mon travail en tant que secrétaire de rédaction dans l'entreprise pour laquelle j'ai travaillé précédemment.
Il saisit la pochette plastique et regarde attentivement mon parcours professionnel, du moins il semble regarder attentivement, même si je surprends son regard se poser sur moi à plusieurs reprises.
Ses yeux lâchent la pochette et viennent rencontrer les miens, certainement moins froids que les siens.
- Vous avez vingt-cinq ans ? J'acquiesce, tripotant mes mains derrière mon dos et il continue. Combien de temps êtes-vous restée au poste de secrétaire de rédaction ? Il est dit qu'y accéder est assez compliqué.
- Depuis mes vingt et un an donc depuis quatre ans si on fait le calcul. Et pour vous répondre, cela m'a demandé beaucoup de temps et de nombreux compromis.
- Pourquoi avez-vous démissionné ?
D'un geste brusque, il jette mon CV sur son bureau et réunit ses mains sur le meuble. Ah ? Heureusement que j'ai mis du temps à le rédiger et à le mettre en page.
Qu'est-ce que je suis censée répondre à ça ? Mentir en disant que mon supérieur trouvait que mes nombreuses qualités devraient-être mise à l'oeuvre dans d'autres entreprises ? Ou la vérité qui est qu'on m'a viré parce que j'étais anéantie par le décès de celle que je considérais comme ma soeur ?
- Je n'ai pas démissionné, j'avoue après plusieurs secondes de questionnement intérieur et il sourit en coin, comme s'il s'y attendait, mon patron m'a viré.
- J'ose vous demander, quelle était la raison de ce renvoi ? Manque de ponctualité ?
Je n'aime pas vraiment ça. Ce n'est pas parce qu'il est haut placé dans une grande entreprise qu'il peut se permettre d'être aussi hautain et ricaneur. Je lui ferai bien ravaler son foutu rictus.
- J'ai traversé une passe difficile mais tout va beaucoup mieux maintenant.
Enfin presque. Mais je ne peux pas lui dire que si je ne retrouve pas de travail, je vais devoir retourner vivre chez ma mère. Et ça ce n'est même pas envisageable.
Mon sourire se crispe tandis qu'il lève les yeux au ciel. C'est marrant, j'ai l'impression que cet entretient se passe mal de nos deux côtés.
- Pourquoi pensez-vous que je devrais vous choisir vous et pas une autre personne qui s'est présentée devant moi pour ce même poste ? Après tout, j'ai beaucoup de personnes qui pour ...
- Ayant déjà occupée ce poste, je suis sûre que je suis capable plus que n'importe qui de remplir vos attentes concernant ce travail. Mes années passées au NYC Paper m'ont permises d'approfondir mes compétences rédactionnelles et relationnelles. Travailler pour une si grande entreprise ne me fait donc pas peur.
Bim ! Dans les dents ! Évidemment, le couper dans sa question n'était peut-être pas une si bonne idée mais voir son sourire malicieux retomber me fait tellement de bien !
- Bien, il soupire et passe une main sur son visage, je n'ai pas d'autres choix que de vous prendre à l'essai pendant une semaine. De toute manière, vous êtes bien la seule que j'ai reçu ici qui à l'air un minimum qualifiée pour ce poste.
Ses mains se dirigent vers un des tiroirs de son bureau d'où il sort un papier pendant que je me contente et l'insulter dans ma tête. Il n'a vraiment pas l'air d'être un patron agréable.
- Voici les horaires d'ouverture des bureaux ainsi que vos propres horaires en tant que secrétaire de rédaction que vous garderez si je prolonge votre contrat et qui vous sera remis dans la journée et que vous devrez me faire parvenir avant ce soir. Vous serez payée pour votre semaine d'essai mais pas autant que si vous travailliez en contrat à durée indéterminée.
- Merci beaucoup Monsieur Carter, je tente un sourire forcé mais le perds ne voyant qu'il n'y répond pas.
Qu'il n'essaie même pas de s'approcher pour me serrer la main ce con.
- Je vais demander à une des secrétaires de vous présenter quelques employés dont vous devrez connaître le nom et de vous faire visiter. Elle vous accompagnera également à votre bureau temporaire. Vous commencez tout de suite.
- Très bien, je hoche la tête et replace mon sac correctement sur mon épaule. Bonne journée Monsieur.
Avant de quitter la pièce, je le vois se ruer sur le téléphone fixe et composer un numéro. Lorsque je sors de la pièce, tout mon stress redescend et laisse place à un vrai sourire, non-forcé sur mon visage.
J'ai été prise. À l'essai mais j'ai été prise.
Les autres employés passent devant moi sans même me jeter un coup d'oeil alors que je suis dos au mur me séparant de l'homme qui vient de me faire passer mon dernier entretient.
- Ça s'est bien passé apparement ! Je sursaute et Joy éclate de rire diffusant de la chaleur dans cette pièce. Venez je vais vous montrer votre bureau. Il n'est pas loin d'ici.
Je la suis jusqu'à une toute petite pièce où se trouve juste un bureau sur lequel est posé un ordinateur ainsi qu'un téléphone fixe et une chaise. Le stricte minimum.
- Prenez vos aises, vous êtes là pour au minimum une semaine.
- Merci Joy, je pose mon sac dans l'entrée de la pièce et lui souris à nouveau. Vous seriez d'accord pour manger avec moi ce midi ? Je ne connais pas grand monde ici et ...
- J'allais vous le proposer mais oui bien-sûr ! Rejoignez-moi devant l'entrée du building à treize heures pour votre pause. Ça sera l'occasion de vous présenter certains de vos collègues. Nous sommes beaucoup à nous retrouver le midi pour manger dans le snack de la rue d'en face.
- Super !
Moi qui ne suis pas d'ordinaire très sociable depuis quelques temps, c'est une grande victoire ! Avant de sortir de mon bureau d'une semaine, Joy m'adresse un dernier signe de la main et passe une main dans ses beaux cheveux longs. Pour ma part, une fois la porte fermée dans mon dos je lève le poing au ciel et libère ma propre chevelure blonde de mon chignon stricte.
J'ai réussi Marine !
Je profite de mon arrivée dans cette pièce pour en faire rapidement le tour et allumer l'ordinateur dont le mot de passe est noté sur un post-it sur le moniteur. J'essaie de m'habituer à son utilisation n'ayant aucunement l'habitude de ce type d'appareil très performant, quand le téléphone de mon bureau sonne.
Excitée par ma première conversation téléphonique sur mon nouveau lieu de travail, je décroche et réponds joyeusement.
- Bureau de la secrétaire de rédaction de Carter Magazine. Que puis-je faire pour vous ?
- Ici Monsieur Carter. Apportez moi un café dans mon bureau...
Point de vue June
J'y crois pas. Je rêve, pas vrai ?
Non mais dites moi que je rêve ??!
Il a raccroché.
Ce connard a raccroché.
Même pas un "s'il vous plaît". Non, bien sûr. Ça pourrait le tuer d'être poli visiblement. Mais de toute manière ce n'est même pas mon travail ! Je suis censée m'occuper de répondre à des appels concernant la rédaction de ce magazine pas d'un stupide café.
Ah oui je suis juste à l'essaie pour l'instant.
Non sans avoir envie de me taper la tête contre mon bureau, je sors de la pièce et pars à la recherche d'une salle de repos ou d'un distributeur qui pourrait trainer dans les parages. Aucune porte n'indique une quelconque salle pour les employés, aucune grosse machine à distribution express ne pointe le bout de son nez.
Hors de question que je sorte de ce bâtiment pour aller dans un Starbucks !
Après plusieurs minutes, je trouve enfin mon précieux et entre dans la pièce regorgeant d'employés tous attablés, leurs cafés dans une main, le magazine de la firme dans l'autre. Devant la machine à café, je saisis un gobelet et le remplir d'un café noir sans oublier de prendre un sachet de sucre pour le plus sympa des patrons du monde - ironie quand tu nous tiens ...
De retour dans le couloir, je fais attention pour ne pas renverser ce qui va très certainement me valoir des ampoules aux pieds. Devant la porte de l'homme qui m'a fait passer mon entretient il y a à peine une demi-heure, je toque et fais deux pas brusquement en arrière quand la poignée s'abaisse quelques secondes après me laissant pleine vue sur le brun responsable de la suite de mon travail dans cette entreprise.
Des lunettes de vue sur son nez commun, il hausse un sourcil et me fait signe de le suivre jusqu'au bureau au centre de la pièce. Il retrouve sa place sur son fauteuil en cuir pendant que je m'occupe de déposer simplement le gobelet en veillant juste à ne pas tâcher les documents. Sans remerciement ni mouvement de tête, il attrape la boisson et boit une gorgée avant de reprendre le cours de son travail.
J'ai envie de le frapper. Je sais que je ne suis pas importante, certes. Mais il se prend pour qui ? Je ne suis pas son esclave tout de même.
Heureusement ou malheureusement pour moi, ça n'est pas dans mes habitudes de me laisser faire. Qu'on puisse être froid passe encore mais impoli, je ne tolère pas.
Malgré tout, je tente de rester sage et croise les bras toujours devant son bureau. Quand il s'aperçoit que je suis toujours là, il soupire et enlève ses lunettes noires.
- Un problème Mademoiselle ?
Zen June, zen.
- Non, aucun, je serre la mâchoire.
- Alors retournez à votre travail de secrétaire.
Troublée et encore trop en colère, je fais demi-tour et sors rapidement du bureau pour retourner dans le mien.
Bordel mais qu'est-ce j'ai fait de demander un entretient ici ?
*****
Il est enfin treize heures et je peux me détendre. J'ai passé la matinée à faire des aller-retour entre le bureau du patron et la salle d'impression à sa demande. Chaque fois que Monsieur Carter demandait une photocopie, je m'exécutais malgré ma profonde colère. Je n'ai vraiment pas aimé sa façon de me parler. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter d'être traitée comme ça ? Est-ce que je lui rappelle quelqu'un qu'il n'aime pas ?
Mmmm enfin, ça n'a pas d'importance puisque je suis enfin en pause. Comme prévu avec Joy, j'enfile ma veste de tailleur pour aller la retrouver elle et ses collègues qu'elle compte me présenter.
Lorsque j'arrive devant l'entrée de l'entreprise, mes yeux fouillent la rue bondée de monde mais pas de Joy en vue. J'en profite pour répondre aux messages de ma mère, la seule personne qui m'envoie des messages pour être honnête. Marine m'en envoyait aussi beaucoup. Pas une heure ne passait sans qu'elle ne m'envoie un émoticone. Aujourd'hui, c'est moi qui en envoie un quand je peux, juste pour voir son visage dans mes messages récents, une façon pour moi de la garder près de moi.
- Désolée pour le retard, on s'est tous changés au vestiaire.
Relevant la tête de mon mobile, je croise le regard de Joy et d'une femme brune suivies par deux hommes riant aux éclats.
- June voici Abigail, Charlie et Austin.
Mes yeux divaguent sur chaque personne et je me surprends à leur sourire, malgré leurs regards insistants.
Tous les trois doivent certainement avoir entre vingt et trente ans. Abigail semble vraiment très féminine contrairement à moi qui préfère les pantalons aux robes comme la sienne malgré qu'elle soit très respectable. Ses cheveux bruns contrastent avec ceux de Austin, blonds aux yeux azurs. Charlie près de lui, possède un look très informaticien, ses lunettes carrées me rappellent les intellos des séries télévisées.
Joy attrape mon bras et c'est bras dessus bras dessous qu'elle me mène ainsi que les autres dans le petit snack dont elle m'a parlé.
L'endroit au look rétro parait très agréable et chaleureux. Abigail fait un signe à un jeune homme derrière le comptoir et s'avance dans sa direction pour lui parler pendant que nous autres nous nous rendons à une petite table dans un coin. Déposant mon sac au sol, je souris à Charlie qui m'apprend qu'Abigail travaillait ici avant d'arriver chez Carter Magazine.
- Alors comme ça, Monsieur Carter t'as prise à l'essai ? Il continue la conversation et tripote son smartphone dans ses mains.
- Oui pendant une semaine, dis-je, songeuse à propos de cette semaine qui risque d'être plus compliquée que prévue.
Comment vais-je faire pour rester neutre devant lui alors que c'est limite si je n'ai pas voulu l'insulter trois heures plus tôt ?
Joy jette un oeil à la brune toujours accoudé au comptoir avant de retourner sa tête dans notre direction. Austin lui lève les yeux au ciel en regardant le sourire charmeur que le serveur lance à son amie comme jaloux.
- Tu faisais quoi dans la vie avant ?
- J'étais secrétaire de rédaction au NYC Paper.
- Wahou ça doit faire bizarre de passer d'un petit journal à une grande entreprise comme celle de Carter, Joy me confie et j'acquiesce.
- Mais tu as démissionné ou ...
- Ils m'ont viré, je ne perds pas de temps et leur avoue baissant la tête.
- Pourquoi ? M'interroge Austin, de nouveau dans la conversation.
- Arrêtez de l'embêter avec vos questions, râle Charlie et je lui souris pour lui montrer que je n'y vois pas de problème.
- Ma meilleure amie est décédée il y a quelques mois donc... je n'étais plus trop en forme, je pince mes lèvres. Ils en ont profité pour me dégager de l'entreprise.
Pour changer la conversation, Joy nous propose de nous échanger nos numéros et nous acquiesçons joyeusement tandis qu'Abigail s'installe à la table.
Après un succulent repas rythmé par nos discussions autour de nos vies respectives, nous repartons au boulot puisqu'il est déjà treize heures quarante. Joy et Abigail parlent devant moi, les garçons traînent derrière pendant que j'observe les environs. Je ne connaissais pas ce quartier avant de travailler ici. Disons que ce n'est pas un quartier pour les pauvres ce qui prouve l'existence de nombreux bâtiments de marques connues.
Lorsque nous entrons dans l'entreprise, le même agent de sécurité de ce matin nous fouille et nous repartons chacun de notre côté.
Je pars me poster devant l'ascenseur et sors mon téléphone de la poche de ma veste de tailleur. Après tout je suis toujours en pause.
Reçu aujourd'hui à 13h43 : Si tu as besoin de parler, compte sur nous. Austin .
Je souris devant mon mobile et lui réponds avant de m'engouffrer dans l'appareil.
Encore quelques heures et je pourrais rejoindre ma mère.
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Point de vue Liam
Dans mon bureau à rien faire, je soupire et regarde l'écran de mon ordinateur qui affiche désormais treize heures cinquante-quatre. J'ai mangé il y a vingt minutes, un simple sandwich et maintenant je m'ennuie encore. Comme d'habitude, je mange seul malgré le fait que mon père m'encourage à aller vers mes employés. Mais que voulez-vous ? Un patron fait certainement peur à ses employés. Et puis, je ne suis pas très sociable et ce depuis plusieurs années déjà. Le seul et unique vrai ami à mes côtés est Tyler et disons que sa petite famille ainsi que son travail l'occupe déjà bien trop.
Je me lève de mon siège et avance vers les baies vitrés pour contempler la vue de New York. C'est bien pour ça que j'ai choisi ce bureau. La vue était trop magnifique pour passer à côté. Mon père avait fait installé ce bureau de l'autre côté du bâtiment et je n'ai jamais compris pourquoi. Aussi dès que j'avais eu l'occasion, je l'avais fait déplacé de ce côté donnant sur l'entrée de l'entreprise. Et un seul mot convient pour cette vue : époustouflant.
En évoquant à ce mot, le visage de la petite nouvelle me revient en mémoire. Même si plus tôt dans la matinée je n'avais pas hésité à la prendre à l'essai pour son ancien travail excellent, je ne cache pas qu'elle m'a tout de même étonné. Qui aurait cru qu'une si petite femme puisse avoir autant de courage en elle ?
Bien que son ton et ses propos m'aient aussi poussé à jouer au crétin avec elle, je ne peux qu'être content de l'avoir déniché parmi toutes les interviews qu'avait prévu cet idiot de directeur des ressources humaines. Non mais qui proposerait une ancienne barmaid à un poste aussi influent que celui de secrétaire de rédaction ?
Bien que son courage m'ait étonné, ce n'est pas la seule chose que je parviens à retenir de nos courtes entrevues de la matinée. Ce petit bout de femme ne sort pas de ma tête depuis plusieurs heures même si j'essaie de toutes mes forces. Son joli visage, ses beaux cheveux blonds, ses yeux bleus profonds, ses magnifiques courbes. Tout me reste en tête sans que je n'arrive à l'en faire sortir .
Ouais, elle m'a marqué en seulement quelques heures physiquement parlant. Elle ressemble à ses sublimes créatures que tous les hommes rêvent de côtoyer et même plus.
Merde j'ai l'impression d'être un adolescent de seize ans enfermé dans le corps d'un homme de trente-deux ans ! Alors que je rejoins ma chaise et m'y assois, la porte voisine à la mienne s'ouvre et je reconnais les talons de la belle blonde de ce matin.
Elle est de retour.
Et c'est l'heure pour moi de la déranger. Qui a dit que c'était mal de tester les limites de quelqu'un ?
____
Point de vue June
Pour ne pas réveiller l'affreux patron de mes cauchemars, je referme délicatement la porte de mon minuscule bureau. J'ai passé un agréable déjeuner, je n'ai pas envie que l'après-midi gâche tout. Sans bruit, je dépose mon sac à mes pieds et m'installe mollement sur la chaise dont le dossier explose mon dos. Je vais finir avec un mal de dos énorme à la fin de cette semaine.
Tandis que mon ordinateur se rallume, on frappe à la porte et je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche que mon voisin de bureau entre la main sur la poignée, une autre dans la poche de son costume.
- Je peux vous aider ? J'ose parler après avoir passé plus de deux heures à éviter une quelconque conversation ce matin.
Ne te laisse pas avoir June. Ne laisse pas ses beaux yeux te transpercer.
- Oui vous pouvez, il affirme et je suis simplement heureuse de servir à quelque chose.
Au moins il a l'air d'avoir besoin de mon aide et je me dis que mon travail ne doit pas lui déplaire.
- J'ai besoin qu'à partir d'aujourd'hui, vous m'apportiez mon café et qu'il soit sur mon bureau à neuf heures tapantes.
Mon sourire se fane et je fronce les sourcils.
- Pardon ? Mais je ne commence qu'à neuf heures trente le matin.
- Et bien, commence t-il avec un sourire malicieux et je déglutis, il semblerait que vous viendrez à neuf heures exprès pour moi Mademoiselle Miller.
D'une démarche assurée, il fait deux pas en arrière et repart comme il est arrivé. Mon cœur menace de traverser ma poitrine pour aller lui-même l'étrangler. Comment vais-je faire pour me contenir s'il ne cesse de me provoquer comme il le fait ?
Point de vue June
Plus qu'un jour. Un petit jour.
Un petit jour à tenir à l'essai.
Pendant cette semaine, Monsieur Carter m'a fait vivre un enfer. Entre ses photocopies ou son café, il m'a vraiment énervé au plus haut point. Jamais trop sucré, jamais trop chaud, jamais trop froid. Je n'en peux plus. Je vais craquer.
Je ne sais même pas ce que je fais encore ici. Je l'ai presque insulté en début de semaine et malgré tout, je suis toujours en vie. Enfin, j'ai presque insulté LE grand patron de Carter Magazine. Même si une partie de moi a envie de l'étrangler , une autre me tuerait si je venais à le faire. Et finir en prison n'est pas la seule raison. Purée, qu'est-ce que j'aimerais qu'il soit moche comme un poux. Mais non, il a fallu que ses yeux noisettes soient si... arg je ne sais même pas comment les décrire.
Comment je peux penser ça de ce type horripilant qui plus est mon patron ? Ça devrait être interdit d'être un minimum beau quand on dirige une entreprise. Certes ce n'est pas le plus bel homme que j'ai vu, il n'en reste pas moins charmant. Pourquoi il n'a pas le physique de l'homme que j'ai vu en photos dans le hall d'entrée de l'entreprise ? Je serais certainement moins attirée par lui que je ne la suis.
Bref, voilà trois heures que je ne suis pas sortie de mon stupide petit bureau. Et pour cause, si je sors pour aller à la salle de repos, mon connard de patron trouvera un moyen pour m'embêter. Enfin au moins demain ce calvaire sera fini. Et heureusement.
Sur la table, mon téléphone sonne et je me précipite pour lire le message. Dès lors de la lecture, mon sourire s'illumine.
Reçu aujourd'hui à 12h23 : Hey ! L'entreprise organise une réception ce soir. T'es au courant ? - Austin
Envoyé aujourd'hui à 12h24 : Je ne travaille pas officiellement pour l'entreprise alors je ne vois pas ce que j'irai faire là-bas... - June
Reçu aujourd'hui à 12h26 : Allez... Tu es la seule fille que je connaisse qui ne parle pas que de maquillage ou de vêtements. Et puis je t'avoue que j'aimerais bien arriver avec une jolie fille à mon bras. - Austin
Envoyé aujourd'hui à 12h29 : C'est bien pour toi alors... Elle a lieu où et à quelle heure cette réception ?
Mais dans quoi je m'embarque ? Je ne sais même pas si les futurs-peut-être-employés sont autorisés à aller à cette soirée.
Reçu aujourd'hui à 12h32 : 21h, Hôtel Clayton pas loin du bâtiment.
Je n'arrive pas à croire que je vais vraiment y aller. J'y ai pas ma place. Et puis j'aime pas les fêtes bondées. Qu'est-ce que je fabrique à la fin ?
*
Il est dix-huit heures lorsque je sors enfin du bâtiment. J'ai réussi à éviter les confrontations avec mon idiot de patron et à filer le plus rapidement possible pour ne pas avoir à lui apporter un nouveau café. Il a beau avoir de jolis yeux, ses sourcils froncés et son air joueur quand je le vois, ça me donne envie de l'étrangler.
Ouais.
Demain je suis censée récupérer mon contrat auprès du directeur des ressources humaines que je n'ai toujours pas rencontré d'ailleurs. Je n'arrive pas à croire ce que je vais dire mais je ne suis pas vraiment sûre d'accepter si on me propose un poste chez Carter Magazine. Ces derniers jours ont été tellement affreux à cause de ce stupide patron que je ne sais vraiment pas si travailler ici serait une bonne idée.
Une fois rentrée chez moi, je pars en vitesse dans la salle de bain pour prendre un bon bain bien mérité. Mes jambes sont complètement engourdies. Je ne pensais pas que ce travail serait autant de sport.
Il me reste une heure pour me préparer, j'ai largement le temps.
____
Point de vue Liam
Plus qu'un jour avant la fin de sa période d'essai. C'est passé un peu trop vite à mon goût. J'aimais bien l'embêter. Je ressemble peut-être à un psychopathe mais j'ai adoré l'énerver durant toute cette semaine. Bien que je ne connaisse que très peu de choses à son propos, elle paraît vraiment très intéressante.
Ouais, elle m'intéresse beaucoup et pas seulement pour son physique comme on pourrait le croire. Et je n'ai pas envie de me séparer d'elle. Déjà parce qu'elle fait du bon travail mais aussi parce que je sens que ça ne doit pas s'arrêter de si tôt. Son visage me manquerait trop si tout s'arrêtait maintenant.
Dommage que je sois son patron, je lui aurais bien proposé d'aller boire un verre.
J'ai décidé depuis plusieurs semaines d'organiser une réception où employés et actionnaires sont invités. Dieu sait combien je n'ai absolument aucune envie d'y aller. Non pas que je n'aime pas ces fêtes mais je n'ai vraiment pas la tête à ça. La fatigue m'envahie un peu plus chaque heure qui passe depuis plus d'un mois et je n'ai plus de temps pour moi même pour me reposer. Néanmoins, j'espère pouvoir profiter de l'absence de la jolie secrétaire pour l'oublier un peu, la faire sortir de mes pensées.
Ça n'est pas humain de penser autant à quelqu'un. Je repasse une main dans mes cheveux pour leur donner une forme et change ma chemise, une blanche de préférence. À la fac, mes amis me disaient tous que les chemises faisaient craquer les filles et après des années je comprends enfin. Il n'y a pas que la chemise qui leur plaît, la richesse derrière aussi. C'est sans doute pour ça que je ne sors avec personne. Je n'arrive pas à faire confiance toujours trop effrayé de voir une femme me briser le cœur pour me voler la seule chose qui me lie à ma famille : mon entreprise. Mais même si ce manque de confiance est présent, je n'ai jamais éprouvé le besoin d'être lié à quelqu'un.
Même si certaines femmes sont jolies à mes yeux, je n'éprouve pas le besoin de leur chanter des paroles plus ridicules les unes que les autres. Je finirai certainement avec des chats. Mais au moins j'aurai cette entreprise.
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Lorsque j'arrive dans la salle de fête que j'ai loué pour la société beaucoup sont déjà présents. Je salue des collègues que je reconnais parmi tous mes employés et vais directement vers le bar. Le serveur certainement gay vu les signaux qu'il m'envoie me sert un martini. Je le bois d'un trait et reste à regarder depuis mon tabouret les personnes en train de danser. Certains sont déjà bourrés (certainement parce qu'ils évacuent leur stress) , d'autres viennent à peine d'arriver.
Mon regard dérive sur les personnes présentes et alors que je tente de me concentrer sur mon verre dans ma main de beaux cheveux blonds attirent mes yeux.
Ramenés en une queue de cheval haute, ils laissent libre accès à son cou qui n'attend que d'être embrassé. Des courbes qui n'appellent que le regard. Discrètement mes yeux détaillent ce corps et je déglutis lorsque je m'aperçois que je le connais.
Pourquoi est-elle ici ? Comment a-t-elle su pour cette réception ?
Et voilà qu'elle se dirige toujours avec son beau sourire vers moi. Bordel son sourire est magnifique même crispé il la rend resplendissante. Rapidement je me retourne vers le bar et tourne la tête pour qu'elle ne me remarque pas encore. Je ne veux pas passer pour un psychopathe non plus quand même.
Mademoiselle Miller se pose à côté de moi les mains sur le bar et demande un cocktail au barman. Ce dernier la regarde fixement (plutôt son décolleté) et lui lance un clin d'œil.
Gay ou pas ce genre de mec me dépasse. Enfin je ne suis pas mieux.
Main devant la bouche je souffle pour sentir mon haleine. Ça va, je ne pue pas trop l'alcool. Je me tourne vers elle et l'interroge de la voix la plus neutre possible.
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Point de vue June
- Alors vous êtes venue à cette fête ?
Demande l'homme à côté de moi, d'une voix rauque à faire fondre mon petit cœur.
Fronçant les sourcils, je replace une mèche de mes cheveux derrière mon oreille et me retourne pour voir si quelqu'un s'adressait à moi. Et je suis sûre que la surprise se lit sur mon visage.
Même s'il m'a agacé toute la journée, le voir ici rend les palpitations de mon cœur irrégulières. Il est vraiment très beau dans cette chemise blanche si simple mais si élégante.
- Il semblerait oui, je réponds froidement et récupère le verre que me tend le barman, avec un autre clin d'œil.
Ridicule.
- Et qui vous a invité ? Me demande-t-il un brin provocateur.
- Écoutez, je lâche ma boisson et ose le défier du regard, je sais que je n'avais peut-être pas l'autorisation pour venir mais puisque ma semaine d'essai se termine demain je voulais profiter de quelques instants avec mes collègues. Si ma venue ici vous suffit pour me renvoyer dès demain alors vous le ferez.
J'avale cul sec mon cocktail et pars rejoindre mes amis sur la piste laissant mon patron abasourdi. Pendant que Joy se fait draguer par un mec que je ne connais pas, Abigail et moi dansons ensemble .
La musique passe à un tempo plus lent , plus calme. Instinctivement, j'attrape la main d'Austin et l'entraîne avec moi. Il a juste le temps de donner son verre à Charlie que je le rapproche de moi.
Putain pourquoi j'ai bu aussi vite ? Ma tête tourne un peu trop vite là.
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Point de vue Liam
Je la regarde danser assis au bar, mon verre à la main. Elle bouge tellement bien. Sa robe noire dessine à merveille ses belles courbes et je crois que son rire est la chose la plus belle que j'ai jamais entendu.
Reprends tes couilles vieux.
Je n'en peux plus, il faut que je fasse quelque chose. Je ne supporte pas les mains de ce saleté de type posées sur ses hanches en mouvement. Qui c'est lui ? Il travaille pour moi ?
Mon regard scanne la pièce et atterrit sur une jeune femme que je ne me souviens pas avoir déjà vu. Elle a sans doute été invitée par son amie. Elle paraît s'ennuyer à mourir avec la fille qui lui parle. Ses cheveux roux retombent sur ses épaules dénudées et je passe ma langue sur mes lèvres.
Je crois que je vais craquer dans quelques minutes. J'ai besoin de sentir quelqu'un contre moi, une simple présence féminine pour oublier que la seule que j'aimerais sentir contre mon torse est déjà contre celui d'un autre.
Son regard se pose un instant sur moi. Je cligne de l'œil pour la charmer et vu la couleur de ses joues ça a marché. Elle mord sa lèvre et purée je me retiens d'aller la prendre par la main pour la tirer le plus vite possible d'ici.
Je dépose mon verre sur le comptoir, laisse un vulgaire pourboire et sors de la salle non sans faire un signe de la tête à la jolie femme. Je suis décidé à oublier juste quelques heures cette foutue blonde qui occupe beaucoup trop mes pensées.
L'air frais fait voler des mèches de mes cheveux et je m'adosse à ma voiture à plusieurs mètres de l'entrée de l'hôtel. Dix secondes plus tard, une jolie chevelure rousse me rejoint en roulant du cul d'une allure presque sensuelle.
- La soirée ne vous a pas plu ? Je lui demande en tentant de la faire se rapprocher de moi.
Elle croise ses bras et inspecte mon corps de son regard brûlant de désir. Je suis presque sûr que le mien ne transmet que sévérité.
Ses petites mains viennent se poser sur mon torse et elle approche sa bouche de mon oreille.
Entreprenante donc.
- Votre voiture ? Elle me susurre et je la retourne pour la plaquer contre mon véhicule.
- Ma voiture.
J'agrippe fermement ses fesses tandis qu'elle s'attache à embrasser mon cou. D'une main, j'ouvre la poignée arrière et nous fait basculer, elle sur moi. Je n'aime pas cette position d'infériorité mais bordel c'est juste pour quelques minutes.
Elle referme la porte et fait passer sa robe par-dessus sa tête. Une chance que les vitres soient tintées.
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Point de vue June
Grâce à la fabuleuse voiture d'Austin, je n'ai pas eu à marcher dans le noir pour rentrer chez moi. Ce dernier s'arrête devant mon immeuble et retire les clés du contact. Un grand sourire aux lèvres malgré mon énorme mal de tête, je le remercie et m'apprête à sortir de l'habitacle.
- C'était une bonne soirée. Ça m'a fait plaisir que tu viennes, m'avoue mon collègue. On se voit demain alors.
- Pour ce qui pourrait être ma dernière journée, j'acquiesce et il secoue la tête.
- Je ne me ferais pas de soucis à ta place. Tu as toutes tes chances, me sourit Austin.
- À demain alors.
Soudainement la main d'Austin vient se poser sur ma joue et m'oblige à tourner la tête. J'ouvre grand les yeux lorsque sa bouche heurte la mienne et m'entraîne dans un baiser, que je n'avais absolument pas prévu.
Merde.