Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Loup-garou > Le Monstre que J'Aime
Le Monstre que J'Aime

Le Monstre que J'Aime

Auteur:: G.C
Genre: Loup-garou
Et si la bête n'était pas le plus dangereux des deux ? Chaque pleine lune, une créature sanglante rôde dans l'ombre, emportant une vie sans laisser de trace. Liora, jeune fille farouche dans un village rongé par la peur, n'a qu'un objectif : venger sa mère, tombée sous les griffes du monstre. Mais entre les mensonges familiaux, un mariage arrangé, et l'interdit de la chasse réservé aux hommes, Liora se forge une double vie... jusqu'à ce qu'elle croise ses yeux dorés, ceux de la bête. Ce qu'elle découvre alors défie toutes les lois : et si l'amour pouvait naître dans les ténèbres ? Et si la proie et le prédateur n'étaient pas ceux qu'on croyait ? Dans une forêt où les secrets tuent et où le désir consume, Liora devra choisir entre la liberté... et le monstre qu'elle aime.

Chapitre 1

La première fois, personne n'arrivait à croire ce qui se trouvait sous leurs yeux. Pourtant, cette scène d'horreur ne fut pas dévoilée dans la rue principale, ni au cœur du village, mais au bord du vieux pont de pierre où personne n'osait s'attarder. Le sang s'étalait en nappes épaisses sur le sol gelé, plus abondant que ce que l'œil pouvait supporter, mais curieusement, les corps manquaient cruellement à l'appel.

Ce n'est que lorsqu'un hurlement déchirant fendit l'air, celui du mari de Mme Morgane Elorya, que la vérité éclata : c'était elle, cette femme autrefois lumineuse, désormais méconnaissable, étendue là, son visage à peine identifiable sous le masque macabre de sang et d'ossements.

De ma cachette, lové contre le mur glacé couvert de mousse, mes pieds engourdis par le froid mordant, je n'apercevais qu'un fragment de ce cauchemar, la brume de mon souffle se figer en cristaux dans l'air gelé. Pourtant, cette image suffira à hanter mes nuits, gravée dans mon esprit comme une blessure profonde, un souvenir indélébile. On ne retrouva jamais celui ou ce qui avait semé un tel carnage, mais le village tout entier ne parla plus que de cette horreur pendant des jours entiers, terrifié par l'ombre qui planait.

La deuxième fois, la peur s'installa plus profondément. Les habitants passaient leurs nuits blanches à tenter de déchiffrer le lien entre la première victime, Mme Elorya, et la nouvelle, M. Hélios. Malgré l'écart d'un mois entre les meurtres, les similitudes glaçaient le sang : deux cadavres déchirés, mutilés à l'extrême, comme si une bête démoniaque s'était acharnée sur eux. Des murmures se répandirent sur une créature bestiale rôdant dans les ténèbres, trop monstrueuse pour être humaine. Ce qui changea le plus, cependant, fut la réaction des villageois : malgré le manque cruel de ressources – ni argent, ni nourriture, ni vêtements pour survivre à l'hiver – ils commencèrent à ériger des murs autour de leurs demeures. Certains bâtissaient en bois, d'autres en pierre, tandis que les plus désespérés pillaient tout ce qu'ils pouvaient pour dresser une barrière protectrice. Mon propre père, désespéré, abattit notre dernier arbre pour renforcer notre maison, s'accrochant à une sécurité illusoire face à l'inconnu.

Puis vint la troisième fois, celle où les chuchotements se transformèrent en cris de terreur. Les sorcières du village furent accusées, leurs voix murmurant qu'une porte interdite avait été ouverte, libérant une malédiction noire qui frappait sans pitié la terre et ses habitants. La prophétie qu'elles déployaient annonçait la famine, les récoltes ratées, et la mort lente et certaine sous les griffes du monstre nocturne, jusqu'à ce que le sang seul recouvre les rues désertées. Après cette terrible annonce, le village se vida peu à peu. Deux familles partirent en quête d'un refuge loin de cette malédiction, mais leurs maisons furent saccagées, pillées par ceux qui n'avaient plus rien à perdre et espéraient survivre en s'appropriant ce qui restait.

Le mois suivant, ces familles revinrent. Mais ce qu'elles rapportaient n'était pas l'espoir, plutôt l'horreur absolue : leurs corps, ensanglantés et mutilés, certains décapités, furent exposés à la vue de tous. Le village éclata en sanglots, réalisant qu'il n'existerait aucun échappatoire. Je me souviens encore du regard d'une des filles, une expression figée de désespoir qui me glaça le sang, comme un reflet de la terreur qu'elle avait ressentie face à la créature.

À partir de ce moment, la folie s'empara du village. Les gens cessèrent d'écouter les sorcières, préférant cacher leur nourriture, creusant un fossé invisible entre riches et pauvres, qui devint bientôt un abîme infranchissable. Les vivres de mon père furent pillés, mais il avait eu la sagesse de dissimuler une grande partie des récoltes précédentes, un trésor qui maintint quelques familles en vie.

Quelques mois plus tard, un sinistre schéma s'imposa : la malédiction frappait implacablement une fois par mois, toujours lors des nuits de pleine lune. Jamais plus d'une victime à la fois, sauf quand quelqu'un osait s'approcher ou tenter de fuir la bête. Dans ce cas, personne ne survivait jusqu'à l'aube. Des témoins parlaient d'un monstre colossal, aux griffes et crocs aussi larges que des pommes de pin, d'autres évoquaient des ailes noires et une queue tranchante comme une lame, certains même décrivaient une entité insaisissable, une brume noire flottante, une ombre mouvante avide de sang. Quelle que soit la forme, une seule certitude demeurait : la peur qu'elle inspirait surpassait tout ce que nous pouvions imaginer.

Pourtant, c'était le regard vide de la fille que je ne pouvais oublier. Cette nuit-là, j'ai basculé dans la terreur la plus pure, mes crises de panique me tenaillant seul, dans le silence glacial. Mais lorsque le soleil se leva, une résolution nouvelle s'imposa à moi : je ne partirai pas sans combattre, même si la défaite était certaine.

Nous n'avions pas grand-chose là où je vivais, mais mon père possédait un jeu de couteaux de ses ancêtres, et mon frère un vieux jeu d'archerie qui ne lui manquerait pas grâce à l'année fastueuse que la haute société offrait à ses soldats entraînés.

Je n'oublierai jamais ce premier matin où, alors que le soleil se levait à peine, j'ai surpris mon frère en train d'affûter un de ses vieux arcs dans un coin poussiéreux de notre modeste maison. Son regard était dur, mais une étincelle d'espoir brûlait dans ses yeux fatigués. Je sentais au fond de moi une détermination nouvelle, un feu secret que je n'avais jamais connu. Le simple fait de tenir un arc m'attirait irrésistiblement, même si je savais que la société où nous vivions ne permettait pas à une fille de s'armer ni de chasser. Pourtant, cette interdiction était le plus petit des obstacles face à ce que j'allais devoir affronter.

La première fois que j'ai décoché une flèche, elle s'écrasa à plusieurs mètres de la cible, mais au lieu de me décourager, ce raté a déclenché en moi un besoin obsessionnel de contrôle. Je me suis promis de recommencer jusqu'à maîtriser chaque tir, jusqu'à ce que chaque flèche soit un cri de ma révolte. Ce qui aurait dû n'être que de brefs instants de jeu devint de longues heures d'entraînement acharné, transformant la forêt avoisinante en mon royaume interdit, et la chasse en un secret que je gardais jalousement.

Mais le plus dur n'était pas la douleur des échecs ou les dangers tapis dans l'ombre des bois, c'était de mentir à ma famille sur la provenance de la viande que je ramenais. Malgré notre condition modeste, on attendait de moi que je respecte les codes de la haute société, et une jeune fille digne ne pouvait en aucun cas manier une arme. Elle devait rester une image parfaite, réservée aux futurs prétendants, prête à devenir une épouse docile et une mère douce. Si jamais on découvrait mes escapades, les punitions seraient sévères, et mon arc m'aurait été arraché sans retour.

Alors, j'ai tissé une toile de mensonges : je racontais que la viande venait d'un boucher du sud du village, en échange de services rendus à sa femme trop faible pour s'en occuper elle-même. Mais ma mère, avec son flair implacable, avait tôt fait de deviner que la vérité était bien différente. Ce jour-là, à mon retour de chasse, j'ai trouvé la maison étrangement silencieuse. Ma mère se tenait debout dans le petit salon, accompagnée d'un homme deux fois plus âgé que moi, rendant la pièce encore plus étouffante.

Chapitre 2

Sa voix douce, presque mielleuse, dégageait une menace voilée. Elle me présenta cet inconnu comme s'il était un invité ordinaire, tout en servant du thé et en menant une conversation qui n'en finissait plus. Je jouai le rôle qu'elle avait soigneusement préparé : la fille docile, celle qui répond aux questions avec un sourire, celle qui ne fait pas obstacle à ses plans. Mais dès qu'ils furent partis, la vérité éclata. Ma mère parla de fiançailles, d'un mariage arrangé où tout était décidé sauf la bague qu'on poserait à mon doigt.

Pendant un instant, la réalité me déchira le cœur : elle voulait me vendre, m'enchaîner à un destin qu'elle avait tracé sans me consulter.

Lorsque je refusai, la discussion dégénéra en un affrontement violent. Ma mère dévoila tout, révélant mes chasses clandestines, me somma de céder car c'était ma seule chance d'ascension sociale. Elle affirma que ce mariage était inévitable avant que la vérité ne se répande sur ma nature de chasseuse rebelle. Je la maudissais, lui jurant qu'elle ne serait plus jamais ma mère si elle persistait dans cette folie. Cette nuit-là, je fuis dans les granges, cherchant un refuge loin de son emprise.

Mais le destin, cruel et impitoyable, frappa cette même nuit : un monstre, inconnu et terrifiant, s'introduisit chez nous et tua ma mère. Le lendemain matin, alors que je regardais mon père bercer son corps sans vie, mes dernières paroles résonnant dans ma tête, une promesse naquit au plus profond de moi : je serais celui qui mettrait fin au règne de ce monstre, quoi qu'il en coûte.

Comme prévu, la conversation a dégénéré lorsque j'ai refusé, et ma mère a tout révélé, y compris les chasses secrètes auxquelles je m'étais infiltrée. Pourtant, tout avait commencé bien plus tôt ce jour-là, dans l'ombre étouffante d'un après-midi d'hiver où l'air semblait suspendu, chargé d'un silence lourd et menaçant. C'est alors qu'elle est arrivée, l'inconnue aux yeux perçants, s'installant avec ce sourire de façade, versant le thé avec une précision presque militaire. Ma mère, d'une voix mielleuse et calculée, nous a présentées comme si nous étions de parfaites étrangères, engageant une conversation faussement légère qui dissimulait une trahison implacable. J'avais joué son jeu, répondant docilement aux questions, essayant désespérément de ne pas gâcher ce qu'elle avait méticuleusement préparé, conscient que toute rébellion entraînerait un chaos inévitable.

Puis est venue la révélation glaciale : les fiançailles. Un plan imposé, parfaitement orchestré, où seul le moindre détail manquait – la bague à mon doigt. Il m'a fallu plusieurs instants pour comprendre le véritable piège qu'elle me tendait : m'épouser pour cacher au monde que sa fille était une chasseuse sauvage, une hors-la-loi aux talents que la société refusait d'accepter. Je l'ai maudite, criant qu'elle cessait d'être ma mère si elle persistait à me contraindre à un destin que je refusais. Fuyant sa colère, je suis partie me réfugier dans les granges, loin de son emprise.

Cette nuit-là, le cauchemar s'est abattu sur notre maison. Un monstre – une bête impitoyable sortie des ténèbres – a brisé la sécurité fragile de nos murs et a pris la vie de ma mère. Le lendemain, alors que je voyais mon père bercer son corps sans vie, les derniers mots échangés avec ma mère résonnaient encore comme un écho dans mon esprit. Ce serment que je me suis fait : être celle qui, un jour, mettrait fin à ce monstre.

Le souvenir brûlant de cette nuit me hante encore, mais l'aube nouvelle apporte une étrange rencontre. En contournant un vieux chêne, une main ferme saisit mon poignet tandis qu'une autre vient m'étouffer, m'empêchant de crier. La surprise fait place à un frisson, intense et déroutant, quand des lèvres glacées effleurent ma clavicule. Je sens cette chaleur qui tranche avec l'air frais du printemps, un contraste saisissant que je n'échangerais pour rien.

« Tu m'as trouvé, » murmure une voix familière, ses lèvres frôlant mon oreille. Je me retourne pour plonger dans ses yeux d'un bleu perçant, cette lueur malicieuse mais douce que je connais trop bien. Sans émotion, je réplique : « Tu ne devrais pas t'approcher en silence comme ça. Un jour, je te prendrai pour un prédateur et je te planterai un couteau. » Il rit doucement, dépose un baiser sur mon front, et répond : « Non, tu ne le feras pas. Tu savais que j'étais là. Tu le sais toujours. »

Je baisse le regard, adoucissant mon expression. Il a raison. Depuis des heures, je traque ces bois, utilisant chaque ombre, chaque bruit, chaque indice pour le retrouver. Il a toujours cette avance de quelques minutes pour disparaître, mais je suis tenace. Cette chasse n'est pas seulement un jeu - c'est une danse dangereuse qui nous lie, un jeu entre prédateurs et proies où je suis bien décidée à ne jamais perdre.

C'est devenu plus facile avec le temps, même si, au début, chaque instant passé avec lui ressemblait à un saut dans l'inconnu. J'avais fini par décoder ses routines, ses pensées cachées, appris à lire entre ses silences, et maintenant, je savais exactement quand ses pas allaient résonner derrière moi, quand ses yeux étincelants allaient croiser les miens. Sans prévenir, j'enroulai mes bras autour de son cou et l'entraînai dans un baiser brûlant, si intense que le monde entier autour de nous s'effaçait, ne laissant place qu'à la chaleur étourdissante de ses lèvres sur les miennes. Une de ses mains se posa délicatement sur ma mâchoire, l'autre s'égara dans mes cheveux, tirant doucement ma tête en arrière pour approfondir ce baiser enfiévré. Nous nous abandonnâmes à cette étreinte jusqu'à ce que le souffle nous manque, que seul le réflexe de survie nous sépare. Pourtant, nous restâmes figés, front contre front, mains toujours enlacées, comme suspendus dans un instant hors du temps.

« Le cottage ? » demanda Nathan, même si son regard trahissait qu'il savait déjà la réponse. Il me prit la main avec tendresse, puis me guida sur un sentier que je connaissais par cœur jusqu'à ce que, au détour des arbres, le petit cottage se dévoile devant nous. Malgré mes innombrables explorations en forêt, il m'avait fallu des mois avant de tomber sur ce refuge isolé, et je me souviens encore de la surprise qui m'avait saisie en voyant un garçon rôder là, aussi désœuvré qu'intriguant. Au début, je l'avais détesté. Pas seulement parce qu'il s'immisçait dans mon sanctuaire secret, mais aussi à cause de l'aura de richesse qu'il dégageait, ce parfum de privilège que je ne pouvais ignorer. J'avais essayé de l'ignorer, de le tenir, lui et son cottage, à distance, mais il semblait décidé à me sortir de mon isolement. Nathan avait persisté, parlant avec une insistance presque désarmante de sa maison, décrivant les lustres étincelants du manoir familial et les domestiques qui se pliaient en quatre pour ses parents. Au début, je pensais qu'il se vantait. Il exhibait sa vie dorée avec un sourire en coin, sachant très bien que je n'aurais jamais accès à un tel luxe. Mais il finit par me confier la lassitude profonde que lui causait cette existence dorée, combien la liberté lui manquait, loin du regard oppressant de son père. C'était comme si je découvrais un reflet de moi-même dans son récit.

À partir de ce moment, malgré mes efforts pour éviter ce lieu, je n'ai cessé d'y retourner. Et lui, chaque fois, affichait ce même sourire heureux, comme si ma présence était la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Je me disais qu'avoir un compagnon pour cueillir les baies ou vérifier les pièges ne pouvait pas faire de mal, qu'un ami serait un allié précieux. Mais tout changea le jour où ses lèvres rencontrèrent les miennes, un après-midi d'été baigné de lumière. Ce baiser révéla que je voulais bien plus que l'amitié, et Nathan ressentait la même intensité.

Chapitre 3

Aujourd'hui, plusieurs mois après ce premier baiser volé, ce cottage est devenu notre refuge - un sanctuaire où les âmes rejetées par la société peuvent s'épanouir en toute liberté. À l'origine, c'était la propriété de Nathan. Il l'avait découverte par hasard lors d'une de ses escapades loin du manoir familial et s'était juré de la restaurer, la rendant habitable. Le terme "cottage" était un doux euphémisme : il s'agissait plutôt d'une vieille grange avec un grenier où il avait entreposé des couvertures et des oreillers pour la nuit, laissant le rez-de-chaussée vide et nu, sans mobilier.

Pourtant, après plusieurs mois d'appeler cet endroit "cottage", le nom s'était imposé, gravé dans nos habitudes comme un serment silencieux.

« Je nous ai apporté quelque chose à manger », annonça Nathan en déverrouillant la porte avec une clé identique à celle que je portais autour du cou. « Ce n'est pas grand-chose, mais assez pour que tu gardes ton énergie. » Je lui serrai la main en signe de gratitude avant qu'il ne grimpe à l'échelle, me suivant de près. En voyant le petit sac posé au centre du sol, une odeur alléchante de pain frais mêlée à un parfum mystérieux chatouilla mes narines. Mon estomac gargouilla avant même que je ne m'en approche, et Nathan m'offrit un regard complice en me tendant le sac, avant de m'attirer sur ses genoux pour que nous puissions nous asseoir confortablement côte à côte.

« J'aimerais pouvoir faire plus pour toi », murmura Nathan tandis que je mordais dans le pain encore tiède, un gémissement de plaisir s'échappant malgré moi devant cette saveur parfaite. « C'est déjà plus que suffisant », répondis-je, me blottissant contre lui. « C'est tout ce dont j'avais besoin. »

« Ça ne devrait même pas être un luxe », reprit-il, m'enlaçant fermement par la taille. « C'est le minimum que tu mérites. »

« Nathan... » Je posai le pain, réajustai ma position, et pris délicatement son visage entre mes mains. « Nous avons déjà surmonté tout ça. Nous vivons différemment, c'est vrai. Mais ici, il n'y a plus que toi et moi. Rien ni personne d'autre. »

Nathan soupira, non pas pour approuver, mais pas pour protester non plus. Pourtant, ce soir-là, son souffle semblait chargé d'un présage lourd, comme si chaque mot retenu pesait plus qu'une promesse. Au lieu de commencer comme d'habitude, je me trouvais appuyée contre le vieux mur en pierre de notre refuge secret, là où la lumière des chandelles dansait sur nos visages fatigués. « Un jour, Liora, tu me tueras », murmura-t-il, sa voix si basse qu'elle faillit se perdre dans le silence épais de la nuit. Mon cœur se contracta, oscillant entre l'effroi et un besoin viscéral de l'apaiser.

« Je vais déchirer ce monde en mille éclats pour que chaque diamant brille rien que pour toi », ajouta-t-il, la passion brûlant dans ses yeux comme un feu inextinguible. C'était plus qu'une déclaration : une obsession, un serment gravé dans le métal de notre destin. « Je ne veux pas de diamant », répliquai-je d'une voix presque étouffée, « juste nous deux, pour que tout s'arrange enfin. »

Sans prévenir, il se pencha vers moi et déposa un baiser lent, chargé de nostalgie, comme si ce geste voulait retenir le temps lui-même. C'était un instant hors du monde, un rêve suspendu, et je me laissai tomber sur lui, le forçant à s'allonger sur la froideur du sol. Son sourire moqueur s'étira sur ses lèvres tandis que ses mains descendaient lentement, caressant l'air autour de moi.

Mais alors, un gargouillement brisa notre bulle d'intimité, mon estomac rappelant cruellement que la faim n'attendait pas. Ses mains s'arrêtèrent net. « Non », protestai-je, réalisant où il voulait en venir.

« Désolé, ma chérie, mais comment pourrais-je te laisser mourir de faim ? » dit-il en me retournant avec douceur, m'installant sur ses genoux tandis que le pain et le reste du repas étaient toujours à portée. « Tu es terrible », murmurai-je en reprenant un morceau de pain.

« Tu auras tout ce que tu désires », souffla-t-il, « mais pas ce soir. » Un frisson me parcourut lorsqu'il glissa son souffle contre mon oreille en promettant, « Sois sage, et demain soir, peut-être que nous reprendrons ce jeu interdit. »

Je faillis lui demander pourquoi pas ce soir, mais la pleine lune, éclatante et impitoyable, me rappela que ce village allait bientôt être la proie d'une menace mystérieuse - un visiteur cauchemardesque dont personne ne savait où il frapperait.

« J'espère pouvoir l'apercevoir clairement ce soir », dis-je, essayant de paraître détachée. « Je dois comprendre ce que c'est, pour savoir où il se cache. »

Nathan se tendit sous moi. « Si c'est une malédiction, elle n'a pas besoin d'un refuge. »

« Mais si c'est une bête, il faut étudier ses habitudes pour prévoir son chemin », insistai-je. « Peut-être que si je la surprends, je pourrai enfin la tuer. »

« Je sais ce que ça signifie pour toi », sa voix trahissait une inquiétude plus profonde. « Mais tu ne peux pas te sacrifier pour ça. Tu ne peux pas te jeter dans le feu en pensant que ça nous rapprochera. »

« Nathan... » Notre conversation s'était déjà tenue mille fois.

« Je ne te dis pas d'arrêter de t'entraîner à te défendre », reprit-il, « je te dis juste de ne pas courir à l'aveugle vers l'inconnu. »

« C'est pour ça que j'essaie de mieux voir. » Je sentais le poids de ses avertissements, mais je devais percer ce mystère. « En ce moment, j'imagine une créature terrible : ailes, queue, cornes, crocs, griffes, peut-être faite de brume ou de fer, ou selon Mme Beverlyn, simplement couverte de poils. Mais je dois la voir de mes propres yeux, pour comprendre, autant que possible. »

Nathan soupira encore, puis posa son menton sur mon épaule, capitulant enfin. « D'accord, mais promets-moi juste de revenir demain. »

Un serment qu'il me faisait répéter chaque mois. « Tu l'as dit toi-même, je te retrouverai toujours. »

Je m'assis sur le canapé, comme toujours les nuits de pleine lune, le plus près de la porte. Mais ce soir-là, l'atmosphère semblait plus lourde, presque électrique, comme si la forêt elle-même retenait son souffle. Mon père, en passant à côté de moi, lança un regard chargé d'inquiétude - pas un simple regard, mais celui d'un homme conscient des dangers tapis dans l'ombre, prêt à tout pour me dissuader de poursuivre cette obsession qu'était la mort de ma mère. Il aurait préféré que je me cache, que je renonce à cette chasse nocturne que tout le monde évitait, mais je ne pouvais pas.

Veyron, mon frère, leva les yeux au ciel à ma vue. « Tu sais bien que si l'orage déchaîne sa colère, rester sur ce canapé ne te sauvera pas, » dit-il d'un ton sarcastique. « En fait, tu fais que précipiter ta propre fin. » Je lui lançai un regard incendiaire, brûlant de défi. « Prête-moi ton équipement dernier cri, peut-être que je ferai la différence cette fois. » Il ricana, méprisant. « Jamais je ne confierai mes armes à quelqu'un d'aussi fragile que toi. »

L'ardeur bouillonnait dans mes veines, tentant de noyer le venin de ses paroles, mais je savais que défier mon père en plus de mon frère ne m'apporterait que des ennuis. Je fermai les yeux, concentrée, chaque bruit environnant gravé dans mes sens. Puis, le froid brutal s'insinua dans l'air - c'était le signal. Lentement, je me levai, me dirigeant vers la fenêtre la plus proche, scrutant l'obscurité où seules les silhouettes des maisons endormies se dessinaient faiblement.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022