Ma robe de mariée n'attendait plus que moi, mais ce matin-là, au lieu de l'enfiler, j'ai vu Julien, mon fiancé, debout près du lit, son sac de voyage à ses pieds, le visage blême et les yeux cernés.
« Chloé, je pars. Annule tout. Le mariage, tout. » murmura-t-il, le visage livide, les yeux emplis d'une terreur que je n'avais jamais vue. Avant même que je ne puisse comprendre, il s'est enfui, me laissant seule avec une enveloppe pleine d'argent et l'effondrement de notre vie.
Son départ brutal fut le début de l'enfer. Mes amis, qui devaient être ma deuxième famille, m'ont bloquée de partout, sans un mot, comme si je n'existais plus. Puis, chez mes grands-parents, mon refuge, l'horreur a frappé : mon chat, ma mamie... et cette nuit où Pépé, les larmes aux yeux, a crié : « C'est toi ! Tu as apporté le malheur ! » et a soulevé un oreiller.
Étouffée, chutant dans le vide, j'avais l'impression d'être maudite, un monstre dont chacun s'enfuyait sans explication. Qu'avais-je fait pour que tous ceux que j'aime me fuient ou disparaissent ? Quelle force invisible détruisait ma vie, sans que j'en aie conscience ?
Quand je me suis réveillée, la scène se répétait, mot pour mot, Julien m'annonçant son départ. Mais cette fois, une froide détermination m'animait. Je ne me contenterais pas de questions. J'allais enfin découvrir le «monstre» qui me hantait. Une caméra allait révéler la vérité, aussi terrifiante soit-elle. Le cauchemar était réel, et je devais comprendre.
Le matin où Julien m'a quittée, le soleil filtrait à travers les rideaux de notre chambre. Il était déjà habillé, debout près du lit, son sac de voyage à ses pieds.
Son visage était blême, ses yeux cernés de fatigue.
« Chloé, je pars. »
Sa voix était un murmure rauque, à peine audible. Je me suis assise, le cœur battant soudainement très fort.
« Tu pars ? Mais où vas-tu ? On doit voir le traiteur aujourd'hui. »
Il a secoué la tête, évitant mon regard. Il semblait terrifié, comme un animal pris au piège.
« Annule tout. Le mariage, tout. »
J'ai ri, un rire nerveux et incrédule.
« C'est une blague ? Julien, arrête, tu me fais peur. »
« Je ne plaisante pas. »
Il a sorti une épaisse enveloppe de sa veste et l'a posée sur la table de chevet.
« Il y a assez d'argent là-dedans pour couvrir tous les frais. Plus, même. Considère ça comme un dédommagement. »
« Un dédommagement pour quoi ? » ai-je crié, la panique montant en moi. « Julien, regarde-moi ! Qu'est-ce qui se passe ? »
Il a finalement levé les yeux vers moi, et j'y ai vu une terreur si profonde qu'elle m'a glacée. Ce n'était pas de la colère, pas de la tristesse, mais de la peur pure.
« S'il te plaît, Chloé, ne me demande rien. Laisse-moi juste partir. Je t'en supplie. »
Il a reculé vers la porte, les mains en avant comme pour se protéger.
« Qu'est-ce que j'ai fait ? » ai-je demandé, la voix brisée.
Il n'a pas répondu. Il a juste ouvert la porte et s'est enfui, courant presque dans le couloir. Je suis restée là, assise dans notre lit, l'enveloppe pleine d'argent à côté de moi, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. Notre vie commune, nos projets, notre mariage, tout venait de s'effondrer en moins de cinq minutes, sans aucune explication.
Le cœur en miettes, j'ai quitté l'appartement que nous partagions. Je ne pouvais plus y rester. Chaque objet me rappelait Julien et son départ incompréhensible. J'ai trouvé un petit studio sur les pentes de la Croix-Rousse, un quartier de Lyon que j'avais toujours aimé.
Pour me forcer à aller de l'avant, j'ai décidé d'organiser une pendaison de crémaillère. J'ai invité mes amis les plus proches, ceux de l'école de pâtisserie. Ils étaient ma deuxième famille.
La soirée a été une bouffée d'air frais. On a ri, on a bu du vin, on a mangé les gâteaux que j'avais préparés. Ils m'ont réconfortée, m'ont dit que Julien était un idiot et que je méritais mieux. Pour la première fois depuis des semaines, je me suis sentie un peu moins seule.
Ils ont tous dormi sur des matelas pneumatiques dans le salon.
Le lendemain matin, je me suis réveillée avec une étrange sensation de silence. D'habitude, ils étaient bruyants au réveil, se chamaillant pour la salle de bain.
Je suis sortie de ma chambre. L'appartement était vide.
Les matelas étaient dégonflés et rangés contre un mur. Les verres et les assiettes de la veille avaient été lavés et rangés. Tout était impeccable, trop impeccable.
Un mot était posé sur la table de la cuisine.
« On est désolés, Chloé. »
C'était tout. Pas de signature.
J'ai attrapé mon téléphone, un mauvais pressentiment m'envahissant. J'ai essayé d'appeler Léa, puis Marc, puis Sophie. Chaque appel tombait directement sur la messagerie.
J'ai ouvert WhatsApp. Le groupe "Les Pâtissiers Fous" avait disparu de ma liste. J'ai cherché leurs noms individuellement.
Ils m'avaient tous bloquée.
Sur Instagram, sur Facebook, partout. C'était comme si je n'existais plus pour eux. La confusion a laissé place à une solitude glaciale. D'abord Julien, maintenant mes amis. J'avais l'impression d'être maudite, une sorte de monstre dont tout le monde fuyait sans un mot.