_ toc toc
_ oui, qui est là ?
_ c'est moi maman, c'est Maëva
La dame sortit retrouver son visiteur.
_ bonjour ma fille, comment tu vas ?
_ je vais bien maman
_ ok... Qu'est-ce que ta mère a dit ?
_ maman m'a envoyé te dire de ne pas oublier sa fête demain matin
_ ah oui, c'est encore où là ?
_ au carrefour "sans détour"
_ d'accord, dis lui que je vais être là
_ d'accord. Bonne journée maman
_ bonne journée ma belle
Maëva répartit en sautillant.
Au fait, de son nom complet Maëva FEUDJIO, Maëva est une petite fille d'environ 12 ans. Elle est élève en classe de 5e. Troisième née d'une famille de 3, sa mère l'a envoyé ce matin rappeler à maman Agathe, sa meilleure amie, la cérémonie qu'elle organise le lendemain.
En effet, ça fait bientôt 6 mois que la famille FEUDJIO prépare un évènement qui sera très grand: le sacrifice. C'est une cérémonie avec laquelle on ne blague pas en peuple camerounais, et Bamileke en particulier. C'est une cérémonie au cours de laquelle, le prêtre officiant qui peut être un marabout ou un Nkam-Sî comme on les appelle, entre en contact avec les ancêtres, et leur présente les doléances de la famille. Si la famille FEUDJIO a décidé de le faire maintenant, c'est parce que Josias, leur premier enfant, est sur le point d'aller à Douala, où il va devenir apprentis menuisier. Au village il apprend la menuiserie depuis bientôt un an, et ses parents ont voulu qu'il aille se perfectionner en ville.
Titulaire d'un CAP en bois, Josias est âgé de 17 ans. Après son diplôme, il n'a pas voulu continuer les études. Ne pouvant pas le laisser vagabonder au quartier, son père l'a envoyé travailler avec l'un de ses amis. C'est un métier que Josias aime beaucoup, il s'y donne avec coeur joie. Comme demain est le jour où il va assister à une cérémonie de sacrifice pour la première fois, du moins depuis qu'il est conscient, il se donne à coeur joie.
Maëva est arrivée à la maison, où la famille était en plein dans les préparatifs.
_ tu l'as vu? Demanda sa mère
_ oui maman, elle a dit qu'elle sera là le matin
_ d'accord...vas aider ton frère à ramasser le bois que ton père a fendu dans la cours là
Maëva alla retrouver son grand frère à l'extérieur, pendant que papa Thomas, son père, venait s'assoir à côté de sa femme.
_ mince, je ne pouvais pas imaginer que ça allait être une si grande cérémonie hein, yeuchhhh, il n'y a pas de petite fête, lui dit-il
_ je te dis. C'est plus que ce que je pensais
_ il ne faut pas seulement qu'on dépense comme ça et il part à Douala s'amuser et oublier sa famille hein, hummmm
_ tu connais bien ton fils pour savoir qu'il ne peut pas faire ce genre de choses. Tu vois bien comment il aime ses frères et nous... espérons seulement que les ancêtres vont accepter notre sacrifice et prendre soin de lui
_ je sais qu'ils vont accepter, mon fils est un gentil garçon, donc
_ en tout cas
Maëva et son frère avaient fini de ramasser le bois. Elle vint retrouver sa mère à la cuisine, pendant que papa Thomas allait se coucher pour se reposer après avoir beaucoup travaillé. Il profita pour passer un coup de fil à son ami, qui a dû se rendre d'urgence à Yaoundé voir son fils dont la femme venait d'accoucher. Après avoir discuté un peu, il déposa le téléphone et se coucha.
Maman Marie continua les préparatifs avec ses enfants. Lorsque tout fut prêt, ils rangèrent les choses dans la grande cuisine, et rentrèrent à l'intérieur se coucher aussi, pour attendre le lendemain.
Très tôt le matin, papa Thomas se réveilla en premier, et réveilla sa femme. La cérémonie devait avoir lieu à 10h, donc il fallait que tout soit en ordre avant l'arrivée du prêtre officiant. Comme Maëva l'a dit à la copine de sa mère, la cérémonie allait se dérouler au petit carrefour qui est à environ 1km de leur maison. Il fallait donc y être à temps, question d'inviter les voisins du lieu. Maman Marie très rapidement organisa ses enfants. Les paquets avaient déjà été faits la veille, il fallait donc juste les transporter pour le lieu de fête.
Pendant qu'ils rassemblaient les effets dans la cour, maman Agathe arriva
_ eh, bonjour les enfants
_ bonjour maman, répondirent les enfants en chœur
_ tout est prêt ?
_ oui
Comme maman Agathe discutait avec les enfants, maman Marie est sortie
_ ah, tu es déjà là?
_ je viens juste d'arriver
_ d'accord... On peut y aller alors
_ ok
Papa Thomas était déjà devant avec une damejeane de vin blanc, qu'il s'était fait livrer très tôt le matin. Les enfants se chargèrent de tout ce qui avait été apprêté, et partirent à la suite de leur père. Maman Marie portât le panier dans lequel se trouvait le coq qui allait être utilisé pour la cérémonie, et maman Agathe transporta le bidon d'huile rouge.
Le lieu de la cérémonie n'était pas très éloignée de la maison. Ils sont donc arrivés en une vingtaine de minutes. Papa Thomas était déjà arrivé depuis un instant, et discutait avec celui qui allait faire office d'agent de liaison avec les ancêtres de la famille. Lorsque tout le monde se fut installé, le prêtre prit la parole, et parla dans une langue que seul les habitants du village, ou du moins ceux qui y ont vécu longtemps pourraient comprendre. Il invita ensuite la famille à se rapprocher de lui. Aux alentours, on pouvait voir plusieurs spectateurs qui s'étaient arrêtés pour voir ce qui se passait. Bien qu'ils le sachent, ce n'est pas tous les jours que des sacrifices avaient lieu ici.
Papa Thomas et sa famille s'approcha du Nkam-Sî, qui toucha chacun à tour de rôle, en prononçant des incantations. Ensuite, il prit le coq qu'ils avaient apporté et l'égorgea. Il rependit une partie du sang par terre en faisant des cercles. L'autre partie, il recueillit dans un canaris, et à l'aide de son doigt, il en mit quelques gouttes sur le front de chacun. Après cela, il prit du sel et en versa tout autour d'eux, sous forme de cercle toujours en prononçant des incantations. Lorsqu'il eut fini tout ce qu'il avait à faire, il prit la nourriture que la famille avait apporté, et distribua à tous ceux qui étaient présents.
La cérémonie se déroulera dans de bonnes conditions.
_ les ancêtres ont accepté ton sacrifice Thomas, dit le Nkam-Sî à la fin, tu as de la chance
_ vraiment ? Merci beaucoup
_ oui, vous êtes tous blindés.... Et toi mon petit Josias, je t'ai confié en particulier à ton arrière grand-père, il va exceptionnellement veillé sur toi.
_ ok, merci
_ tu devrais avoir fait ça depuis Thomas
_ laisse, c'est ma grande sœur avec ses histoires d'église là qui me décourage depuis. Elle me dit que c'est mauvais, pourtant c'est toujours elle qui demande d'honorer ses parents
_ akah, il faut les laisser comme ça. C'est une tradition qui existe depuis longtemps...bref, c'est bien comme tu l'as fait. Si tu l'avais fait depuis, tu aurais pu éviter ce qui est arrivé là. Tu vas voir que ton fils sera protégé, les opportunités vont se présenter à lui .
_ c'est ce que je souhaite...tu sais qu'il part en ville bientôt, continuer sa formation, il fallait qu'on le fasse pour que les ancêtres veillent sur lui.
_ et tu as bien réfléchi...bon, on a fini, vous pouvez y aller
_ d'accord.
Papa Thomas retourna à la maison avec sa famille, satisfait du déroulement de la cérémonie. Ce qu'il ignorait, c'est qu'il venait de conclure une alliance qui allait le faire souffrir.
Ce sont les coups répétés à la porte qui ont signalé à Josias que le jour s'était levé. C'est sa sœur qui venait le réveiller. Josias se leva et s'étira. En une fraction de seconde, Josias revit ce qu'il avait vécu dans la nuit. Le goût accre lui revint encore à la bouche. Josias se rendit à la douche où il brossa énergétiquement sa langue dans l'espoir de faire disparaitre ce goût, mais c'était peine perdue. Après sa toilette, il revint trouver ses parents dehors, déjà prêts pour le champ
_ tu ne voulais plus te réveiller ? Demanda sa mère
_ ...
_ bon, on part au champ. Ta nourriture est dans la marmite, ne viens pas en retard au travail, il ne faut pas que ton patron bavarde alors que tu pars bientôt
_ ok
Maman Marie et Maëva s'engagèrent sur la route du champ, suivi par papa Thomas qui devait encore finir de limer sa machette.
_ dis à ton patron que je vais passer le voir demain, ou lundi
_ d'accord papa
Papa Thomas alla rejoindre son épouse et sa fille.
Josias se rendit à la cuisine où il trouva sa nourriture que sa mère avait laissé. Il s'assit et mangea lentement, en pensant à ce rêve qu'il avait fait la nuit. Après avoir mangé, il alla se changer pour mettre son habit de travail, et sortit après avoir fermé la porte et laissé la clé là où ils ont l'habitude de laisser, et se rendit au travail.
Comme convenu, le papa de Josias arriva à leur attelier le lendemain en journée, afin de discuter avec son patron.
_ Tu sais que Josias a déjà fait plus d'un an ici, on a jugé bon qu'il aille se perfectionner à Douala
_ je comprends père, ce n'est pas un problème.
_ d'accord, merci. Mais ne te dérange pas pour l'argent de ce mois, il va t'apporter ça avant de partir
_ ah, ok. Merci, répondit le jeune homme en souriant.
Quelques échanges encore et papa Thomas prit congé du patron et alla continuer à vaquer à ses autres occupations.
Deux semaines plus tard, Josias était prêt pour quitter son petit village. C'est demain mardi qu'il va partir. Déjà la veille, son père a tenu sa promesse en envoyant à son patron les frais pour sa formation de ce mois. Sa mère avait déjà presque tout apprêté, surtout les denrées alimentaires que Josias devait transporter pour remettre à la famille qui allait l'accueillir à Douala, un sac bien chargé
_ Marie, pardon ne fais pas ce qu'on va aller en route me trimbaler l'enfant à cause d'un sac, c'est très gros
_ oui, mais il le faut. Tu sais comment les gens ont souvent faim à Douala, il ne faut pas qu'il manque de travailler parce qu'il n'y a pas de quoi manger.
_ Henri n'est pas un mendiant, il va s'occuper de lui
_ c'est vrai, mais il faut qu'il sache que ses parents ne l'ont pas seulement jeté. On va lui envoyer ça régulièrement
_ même si on passe tout la journée ici, je sais que je ne peux pas te faire changer d'avis, vas-y, charge le sac
Papa Thomas connaissait sa femme, elle aimait faire les choses bien. Après avoir tout rangé dans le sac et ficeler, elle le fit porter à la cuisine. Ensuite, elle apprêta ce qui devait servir de casse-croûte à Josias pendant le voyage, pour éviter les dépenses. Elle fit des frites de plantain mûr qu'elle emballa soigneusement. Tout ce travail occupa maman Marie toute la journée. Heureusement que Maëva était là pour lui donner un coup de main. Josias était là au début, mais à un moment son père l'a appelé pour discuter sérieusement avec lui.
_ tu sais que tu es le seul garçon dans cette maison, c'est toi qui doit être le leader. Comme tu pars là, je ne veux pas que Henri me dise que tu as changé stp. Reste l'enfant soumis et obéissant que tu as toujours été, respecte le, aisin que sa femme et ses enfants, apprends ton travail et finis tu pars. J'espère que tu me comprends
_ oui papa
_ je compte sur toi Josias, ne me déçois pas. Ta formation c'est deux ans, donc si tu t'appliques bien, tu ne verras pas le temps passé. Je vais te rendre visite de temps en temps pour me rassurer que tout va bien, d'accord ?
_ d'accord papa
_ si tu as le moindre souci, parles-en à Henri, c'est lui ton nouveau père, c'est ton oncle, il saura veiller sur toi et s'occuper de toi. Emilie sa femme est aussi très calme, donc ne les dérange pas stp
_ je te promets que je vais te faire honneur papa
_ merci mon fils.
Papa Thomas sortit un objet de sa poche
_ bien, ça c'est le talisman que le Nkam-Sî a donné, tu dois le porter sur toi.
Dès que Josias entendit Nkam-Sî, les évènements qu'il avait vécu la nuit de la cérémonie de protection lui revinrent à la tête. Il regarda son père avec un air de supplications, comme pour dire stp cet homme n'est pas bien. Papa Thomas remarqua
_ ne t'inquiètes pas, c'est juste une protection, tu vas attacher ça à ton rein et ça va te protéger des mauvais gens qui vont vouloir te faire du mal.
Josias aurait bien voulu refuser, mais pour faire honneur à son père, il prit le talisman, constitué d'un cauris enfilé dans une corde tissée, et devant son père, il passa l'objet autour de son rein et l'attacha derrière en faisant un nœud. Aussitôt que Josias ait fait le nœud, il sentit comme si quelque chose était entré en lui. Son regard changea, il ressentit comme une légère nausée. Son père continua
_ n'oublie pas aussi de réciter tes prières chaque jour, que la vierge Marie veille sur toi, évite les problèmes, je n'ai pas l'argent pour venir te sortir des problème. J'espère que tu me comprends très bien
_ oui papa
_ ok.
Papa Thomas discuta longuement avec son fils, lui prodiguant les conseils qui allaient lui être utiles pendant son séjour à Douala. Lorsqu'il eut fini de discuter avec lui, les deux retournèrent retrouver les femmes qui continuaient d'emballer les choses.
Le lendemain matin, il était 8h lorsque Josias et son père sont partis de la maison. Papa Thomas avait tenu à accompagner son fils jusqu'à l'agence. Il emprunta une moto qui devait venir à la maison porter les effets de Josias. La moto arriva et le conducteur chargea les sacs derrière et les attacha solidement. Connaissant déjà leur destination, il partit avec les sacs pendant que papa Thomas et Josias devaient suivre sur une autre moto.
_ sois sage et obéissant stp, lui dit sa mère en l'embrassant. Je ne veux pas de problème, reste calme et suis ta formation
_ d'accord m'man
_ bien
Josias embrassa aussi sa petite sœur, avant de s'installer derrière la moto où se trouvait déjà son père.
#au_delà_du_physique
Le trajet jusqu'à l'agence dura environ 45 minutes. À leur arrivée, les bagages de Josias étaient déjà arrivés et réceptionnés par les bagagistes. Papa Thomas et lui se dirigèrent vers le guichet où il lui prit un ticket pour Douala, plus précisément à l'agence de entrée bille, vu que le domicile de son frère Henri est au lieu-dit village. Après avoir pris le ticket, ils allèrent s'installer dans la salle d'attente. Le bus de Josias était le 3e et devait partir à 10h. Son père profita pour lui prodiguer les dernières recommandations avant son départ. Il resta avec son fils jusqu'à l'heure de départ.
À 9h45, une annonce commença à passer en boucle sur la chaîne de l'agence pour inviter les passagers à prendre place à bord du bus de 70 places qui avait été garé sur la ligne de départ. Sous le regard de son père qui ne manqua pas d'inviter les ancêtres sur lui, Josias alla prendre place à bord du bus. Papa Thomas patienta jusqu'à ce que le bus quitte la gare quelques minutes plus tard.
Lorsque les gens entrèrent dans le bus, Josias remarqua que l'occupant du siège à côté de lui était une jeune fille. Ayant pour habitude d'être poli et sachant selon les dires de son père que le voyage sera long, il engagea la conversation avec elle Lorsqu'elle se fut confortablement installée.
_ salut, moi c'est Josias, dit-il avec un léger sourire
_ bonjour. Moi c'est Laura
_ enchanté Laura
Laura prit la main que Josias lui tendait.
_ c'est ta première fois d'aller à Douala ? Demanda Laura
_ euh oui, je n'y suis jamais allé.
_ moi j'y vais toutes les vacances.
_ mieux de toi, je ne suis jamais sorti de mon village
_ hahahaha
_ c'est ça, moque toi de moi
À vue d'œil, Laura devait avoir le même âge que Josias, ou être sa cadette de quelques mois. Bref, ce n'était pas important pour l'instant. Ce qui était important, c'est que le voyage qui semblait être ennuyeux pour Josias, s'avérait être très beau. Dans leurs échanges, il pu apprendre que Laura allait au quartier Deido. Elle était élève en classe de terminale, et comme c'était les congés, elle allait les passer avec sa sœur aînée à Douala. Josias apprit aussi qu'elle avait 17 ans, tout comme lui. Lorsque le bus quitta la gare, ils continuèrent de discuter de tout.
Lorsque le bus fit son premier arrêt, Laura s'acheta quelques friandises qu'elle partagea avec son nouvel ami.
Le voyage continuait son cours lorsque Josias s'assoupit un instant, après que Laura se soit endormi. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josias vit qu'il n'était pas seul dans le bus. Plusieurs oiseaux identiques à celui qui l'avaient accompagné l'autre nuit étaient perchés aux fenêtres du bus. L'un d'eux prit la forme humaine et parla à Josias. Il avait l'apparence physique d'un vieillard de plus de 100 ans.
_ au prochain arrêt, tu dois acheter des biscuits et donner à cette fille. Si tu ne le fais pas, .... Et tu dois te rassurer qu'elle mange
Josias n'eut pas le temps de répondre que l'être se transforma à nouveau en oiseau et alla se poser sur la fenêtre. Le rythme cardiaque de Josias s'affola. Il se mit à transpirer à grosses gouttes. Immédiatement, il sursauta de son rêve. Il regarda, Laura dormait profondément.
"C'est quoi encore ceci?", Se demanda-t-il. Après ce qu'il avait pris pour un rêve banal depuis plus d'une semaine, Josias avait complètement oublié et négligé cela. Il commença à penser à ce qui pourrait arriver s'il ne faisait pas ce que ce vieillard lui avait demandé. Ses questions n'allaient pas tarder à avoir des réponses.
Laura se réveilla, et remarqua que Josias était éveillé et pensif
_ hey, j'ai trop dormi ?
_ hahaha, où même? Juste quelques minutes.
_ on est déjà à quel niveau là ?
_ je ne sais pas hein, je t'ai dit que je ne suis jamais allé à Douala, donc je ne connais pas moi.
_ ah oui, j'oubliais.
_ tu dors toujours pendant le voyage comme ça ?
_ oui, souvent. Mais pas tout le temps, c'est parce que hier j'étais au champ et je suis rentrée fatiguée.
_ je comprends. Je suis déjà habitué aux travaux durs, donc je ne me fatigue pas rapidement.
_ ok.
Laura regarda à travers les vitres du véhicule, et reconnu le paysage qui défilait à l'extérieur
_ bientôt on va arriver à un autre endroit où on va s'arrêter pour manger, dit-elle toute excitée
_ ah bon ?
_ oui oui, je reconnais déjà le paysage.
Josias se rappela de ce que le vieillard lui avait dit, et se demandait s'il fallait faire comme il a dit ou pas.
_ tu crois aux songes, demanda-t-il subitement à Laura
_ hahaha, ça dépend. Mais mon père me dit toujours de ne pas prendre un songe à la légère, parce que c'est un moyen pour Dieu de nous parler et nous donner des messages.
_ et si le rêve te fait peur, genre c'est bizarre et effrayant ?
_ dans ce cas ça pourrait être satan qui a un projet maléfique, et Dieu te montre pour que tu prie pour annuler ça
_ ok.
_ pourquoi tu poses ces questions ? Tu fais souvent des rêves?
_ pas régulièrement, mais oui je fais souvent.
_ ok... Voilà le prochain arrêt, dit-elle en pointant un site devant eux.
Lorsque le bus arriva à ce niveau, Josias découvrit un endroit beau, bien entretenu, avec toutes sortes de denrées alimentaires proposées.
_ tu ne descend pas te dégourdir les jambes ? Le trajet est encore long hein, lui demanda Laura
_ je n'ai pas envie de descendre.
_ d'accord, je vais juste me mettre à l'aise, je reviens
_ ok
Josias lui céda le passage et Laura descendit du bus. Josias avait pris la décision de ne rien faire. Ne sachant pas ce que ce vieillard avait l'intention de faire, Josias ne voulait courir aucun risque, surtout qu'il appréciait la compagnie de Laura. Il s'adossa sur son siège, en attendant que les autres passagers qui étaient descendus reviennent afin que le bus reprenne la route. Pendant qu'ils attendaient, des enfants montèrent à bord du bus pour proposer leurs articles.
Aucun article n'intéressait Josias, jusqu'à ce qu'un jeune garçon s'approche de lui et lui propose des biscuits. Josias ne lui prêtait pas attention, jusqu'à ce qu'il entende son nom.
Josias se demandait qui pourrait bien le connaître ici, à plus de 300km de chez lui. La seule personne qui connaisse son nom dans le bus était Laura et elle était allée se mettre à l'aise. Il regarda autour de lui, en prêtant attention pour voir qui l'appelait, mais il ne vit personne. La voix l'appela une seconde fois, et une troisième. Josias se retourna vers la provenance de la voix, et vit un corbeau noir, qui le fixait intensément dans les yeux. Son bec ne remuait pas, mais Josias pouvait entendre ce qu'il disait
_ je t'ai dit d'offrir un biscuit à cette fille. J'espère que tu n'as pas l'intention de me désobéir? Parce que si tu le fais, les conséquences seraient très désagréables pour toi
Josias ne pouvait pas répondre, il se contenta d'écouter. Lorsque l'oiseau eut fini son speech, il disparut comme il avait apparu. Depuis tout petit, il avait entendu des histoires de sorcellerie, mais il n'en avait encore jamais expérimenté. Mais depuis quelques jours, c'est comme s'il est la cible. Pendant qu'il réfléchissait sur quoi faire exactement, Laura revint de son expédition. Au même instant, le chauffeur se mit à klaxonner fort pour inviter les passagers à reprendre leurs sièges, et les vendeurs encore dans le bus à sortir.
Dans un dernier réflexe, Josias demanda à un jeune garçon qui était le dernier à sortir du bus de revenir lui donner des biscuits. Ce dernier accourut comme s'il attendait. Lorsqu'il eut servit Josias et perçu son argent, il adressa un sourire à Josias en lui faisant un clin d'œil. Josias reconnu le regard du vieillard qui lui avait parlé depuis tout à l'heure. Il le regarda descendre du bus. C'est la voix de Laura qui le sortit de ses rêveries.
_ hey, ça va ?
_ oui oui, pourquoi ?
_ tu as l'air ailleurs
_ désolé, j'ai cru reconnaître ce jeune homme.
_ hahahaha, à 300km de chez vous ? C'est difficile
_ c'est ce que je me dis... Au fait, j'ai acheté des biscuits, tu en veux?
_ oui merci
Josias offrit l'un des paquets de biscuits à Laura, et ouvrit le sien, question de l'inviter à faire pareil, ce qu'elle ne tarda pas à faire.
Le bus reprit la route. C'est dans l'ambiance et la gaité que les deux jeunes gens discutaient. Josias faisait l'effort de sourire, et de suivre la conversation. Mais au fond de lui, il se demandait bien à quoi devait servir le biscuit qu'il avait été obligé de donner à Laura.
Son attente va être bien longue, car jusqu'à ce qu'ils arrivent à destination à Douala, Laura se portait bien et n'avait présenté aucun signe de malaise. Laura devait descendre en premier à Bonaberi.
_ c'est ici que tu descends ? Demanda Josias qui vit que Laura faisait sortir son sac
_ oui oui.
_ et ici c'est où?
_ Bonaberi, c'est même à l'entrée de Douala.
_ ok...
Josias proposa à Laura de se changer les numéros de téléphone, ce qu'elle approuva
_ tu me fais signe quand tu vas arriver à destination
_ bien entendu
Laura descendit du bus, et interpella une moto qui devait la conduire à la maison. Josias s'adossa sur son siège et germa les yeux pour se remémorer ces quelques heures qu'il avait passé avec elle. Il fut réveillé en sursaut par des bruits de voix. Le bus n'avait pas encore quitté l'agence, donc tout le monde se précipita vers l'origine des cris. Josias ne resta pas dans la voiture. Il sortit aussi et courut. Lorsqu'il arriva, son coeur failli s'arrêter net, face au spectacle qui se tenait devant lui.
Couchée dans une marre de sang, gisait Laura. Les yeux étaient sortis de leurs orbites, et la langue pendait. Son visage était méconnaissable. Josias pu la reconnaître uniquement à partir des vêtements qu'elle avait.
Josias mit la main à la bouche pour ne pas crier. Une nausée l'envahit. Il se retira pour aller vomir dans une rigole à côté. Josias ne croyait pas ce qu'il venait de voir. Il revint sur ses pas pour se rassurer qu'il avait bien vu. C'était bel et bien Laura qui était allongée. Comme il regardait encore, il vit une chauve-souris sortir du ventre de Laura et s'envoler dans les airs.
Josias ne put supporter, il rentra rapidement s'assoir dans le bus, dépassé par ce qu'il venait de voir.
Dans le bus, les commentaires faisaient état du fait que Laura était tenue en bordure de route pour attendre la moto qu'elle avait interpellé et qui était en train de tourner pour venir la porter, lorsqu'un apprentis mécanicien est sorti de nulle part au volant d'une voiture et l'a percuté. Laura n'a pas vu la voiture arriver, et le temps pour elle de fuir c'était trop tard. Elle a été bousculée et la roue arrière du pickup est montée sur sa tête. Résultat, Laura est morte sur le champ.
Josias n'en revenait pas, c'était juste inconcevable que celle-là avec qui il discutait encore chaleureusement quelques minutes plus tôt, soit morte. Non, c'était trop dur pour lui. Sans le savoir, Josias fondit en larme, et au moment où le bus quittait l'agence pour aller laisser les autres voyageurs, Josias était triste au plus profond de son âme. Même sans avoir connu Laura, il ressentait de la douleur à l'intérieur de lui.
C'est avec le coeur brisé qu'il attendait impatiemment l'arrivée à sa destination finale. Ce qui ne tarda pas à arriver, car ils étaient juste à environ 30km. Ce qui leur prit presque 1h, à cause des embouteillages.
Il était 17h passées lorsque Josias franchissait l'entrée du domicile de son oncle. Tonton Henri était venu le chercher à la gare avec sa moto. Le trajet de la gare jusqu'à la maison prit environ 20 minutes. Au passage, tonton Henri lui présenta l'endroit où il devait apprendre le travail. C'était à quelques minutes de la maison.
_ hey, bienvenue Josias, salua maman Émilie, la femme de tonton Henri
_ bonsoir maman, répondit Josias avec tout le respect que ses parents lui avaient enseigné.
Ensuite, tonton Henri détacha les sacs derrière la moto, et les transporta à l'intérieur.
_ comment était le voyage, demanda Émilie
_ c'était bien, mais...
Josias voulait parler, mais se ravisa de dire ce qui était arrivé à Laura. Son coeur était encore sous le choc. Il préféra se taire
_ mais??
_ non rien, juste un petit truc qui s'est passé en route, mais ça va.
_ ok, viens je te montre ta chambre. Tu vas la partager avec Bryan.
_ c'est qui Bryan?
_ mon premier fils, il a à peu près ton âge, mais plus petit. Tu vas le rencontrer tout à l'heure. Il est allé au cours de répétition de music avec sa sœur Léane.
_ ah, d'accord
Émilie traîna Josias jusqu'à une chambre vers le fond de la maison. Elle poussa la porte, et invita Josias à entrer. Ce qu'il fit. Il pu découvrir la simplicité avec laquelle la chambre était entretenue, bien propre et bien rangée.
_ dépose juste ton sac, Bryan va arriver avant de t'expliquer comment sa chambre est organisée
_ d'accord
Josias déposa son sac sur le lit et ressortit. Émilie profita pour lui montrer les autres pièces de la maison, sa chambre avec son mari, la chambre de Nadia la petite sœur de Bryan, le magasin, la douche à l'extérieur de la maison ainsi que la cuisine.
Après avoir fait le tour des lieux, elle revint avec lui au salon, où tonton Henri se trouvait déjà
_ voici le salon, c'est ici que tout le monde se retrouve le soir pour raconter la journée et faire la prière avant de dormir. Tu connais prier?
_ oui maman, on prie souvent
_ d'accord.
Tonton Henri continua
_ sens toi à l'aise ici. Si tu as un souci, informe moi, ok?
_ d'accord tonton. Merci pour tout.
_ bon, tu vas te changer, tu prends une douche et tu reviens manger. Tu dois avoir très faim
_ oui
Josias se rendit dans la chambre se changer pendant que Henri appelait son frère pour l'informer de l'arrivée de Josias dans de bonnes conditions.
Josias se dirigea vers la chambre. Il poussa la porte et entra. Le même vieillard qu'il avait vu dans le bus était assis sur le lit. Il lui fit un sourire malicieux
_ tu as été très sage tout à l'heure, c'est bien. Bienvenue à Douala, on aura beaucoup à nous dire.
Josias cligna des yeux, mais avant de les ouvrir, il avait disparu.
À cet instant, Josias aurait voulu dire non. Pas qu'il ne voulait pas devenir grand et célèbre, mais une idée au fond de lui disait que ce n'était pas la bonne voie à suivre. Du coup, il se tû, ne voulant pas accepter. Sauf que, ce qu'il ignorait, c'est que l'esprit de son grand père à qui il avait été confié qui prit la relève.
_ oui, je veux bien devenir riche, et très puissant, répondit-il après quelques secondes de réflexion.
_ d'accord, ici, nous pouvons faire de toi un homme très riche, reconnu partout dans le monde. Il suffit juste que tu fasses ce qu'on va te demander, et tu verras.
_ d'accord
_ et comme je l'ai dit tout à l'heure, Jephte ici présent va t'accompagner dans le processus. Tout ce que tu dois apprendre, il va t'enseigner, c'est l'un des plus courageux de ce groupe, ne te fie pas à son jeune âge. C'est une garçon tout aussi plein de potentiels.
_ d'accord grand maître
Josias répondait sans vraiment savoir ce qu'il disait, tout ce qu'il sait c'est qu'il acceptait tout ce que le grand maître lui disait.
Pendant qu'ils discutaient, celui qui avait été chargé de préparer le repas arriva avec une cuvette fumante qu'il déposa en plein milieu de l'assemblée. C'est avec appétit que Josias degusta cette fois, contrairement à la première fois. À la fin du repas, une boisson qui n'était nulle autre que du sang fut également servie. Chacun mangea et bu à volonté.
À la fin, le grand maître reprit la parole
_ merci à vous tous d'être venus. Aujourd'hui nous avons reçu Josias, chacun doit faire pareil chaque fois. Emmenez nous de nouveaux membres, il faut agrandir notre fraternité, nous devons atteindre tout le monde
Tous ceux qui étaient présents approuverent ce que le maître disait. Il était environ 02h15 lorsque la réunion prit fin. Chacun reprit la route de la maison, de la même façon qu'il était arrivé.
Une nouvelle aire venait de s'ouvrir dans la vie de Josias.
Lorsque Josias retourna dans son corps, il sentit que quelque chose avait changé, il était une nouvelle personne.
Il s'endormit sans déranger son frère qui dormait à côté de lui.
Comme tous les matins, la petite maisonnée se réveilla, et chacun vaca à ses occupations quotidiennes avant de prendre la direction habituelle, qui pour l'atelier, qui pour l'école.
Josias sortit et se mit en route pour aller à son lieu de travail habituel. Lorsqu'il fut à environ 200m du lieu de travail, un jeune homme vint à sa rencontre.
_ bonjour, salua-t-il
_ bonjour, répondit Josias
_ apparemment tu ne me reconnais pas
_ je devrais? Je suis nouveau dans la ville et je sors presque jamais, donc désolé de ne pas vous reconnaître
_ hahahaha, pourtant le grand maître t'a confié à moi cette nuit pour ton initiation
_ Jephte ???
_ en personne, hahahaha
Il lui serra la main chaleureusement.
_ qu'est-ce que tu fais ici, demanda Josias
_ je suis de passage. Je travaille à Bependa, ma boutique s'y trouve
_ ah, c'est vrai que je ne connais aucun endroit ici, mais j'imagine que c'est éloigné
_ oui, c'est à 600f de taxi, ou 500f si tu t'y connais
_ oh, ça c'est le tarif pour tout un voyage au village hein
_ hahahaha,
Les deux jeunes gens échangèrent quelques minutes, puis Josias continua pour aller à son job. Il avait pris rendez vous avec Jephte pour le soir, juste après le travail. Jephte avait donné toutes les directives à Josias pour le retrouver facilement. Ce jour, Josias travailla avec enthousiasme, il était pressé de retrouver Jephte le soir.
Il était 17h lorsque Josias a fini au boulot.
_ hey, Tu ne m'attends pas aujourd'hui ? Lui lança un des garçon avec qui il travaille
_ non, je ne rentre pas directement à la maison, j'ai une escale à faire.
_ ayaaah, tu as déjà un rencard gars?
_ hahahaha, c'est pas ce que tu penses. Je vais juste rencontrer un ami, à Deido. Je ne maîtrise même pas la route, donc je dois faire vite
_ ah, d'accord. Mais c'est pas compliqué, tu descends juste en route là, tu prends un taxi pour Ndokoti, de là tu pourras prendre un autre pour Deido, ou bien te renseigner là-bas, on va te guider
_ oui, mon ami que je pars rencontrer m'a déjà donné l'itinéraire
_ d'accord
Sans perdre du temps, Josias acheva rapidement ce qu'il faisait, abrégea sa discussion avec son ami, et prit la direction de Deido. Jephte lui avait indiqué comment s'y prendre, ce qui fait que c'était un jeu d'enfant pour lui.
Il retrouva Jephte dans sa boutique.
_ oh, tu es déjà là? J'ai eu peur que tu ne te retrouve pas
_ la boutique n'est pas cachée, et c'est l'une des plus grandes boutiques ici, tout le monde connait.
_ oui oui
Josias entra.
_ waouh, c'est énorme ici, c'est beau là
Il fondit en admiration devant le chef d'oeuvre qu'il voyait
_ hahahaha, pourtant ceci n'est rien comparé à ce qui est à Bonaberi, ou encore à Yaoundé
_ c'est grand.
_ merci... Bon, on ne va pas perdre le temps, je sais que tu sors de loin. Suis moi
Jephte donna des ordres à sa gérante, et conduisit Josias dans l'arrière boutique. Il ouvrit une petite porte qui était cachée aux yeux de ceux qui pourraient passer par là, et invita Josias à entrer après lui.
_ c'est quoi cet endroit, demanda Josias
_ c'est ma chambre secrète. C'est ici que je gère toutes mes affaires.
_ ok
_ bon, assieds-toi là
Jephte lui présenta un siège sur lequel Josias s'assit. La salle était éclairée par la lui issue d'une ampoule rouge. En d'autres circonstances, Josias aurait eu peur de rester dans cette chambre, mais ce ne fut pas le cas. Jephte se mit à lui présenter les accessoires qui se trouvaient dans la chambre
_ ça c'est le pot dans lequel je verse la recette chaque soir. Le lendemain en arrivant, que ça a augmenté. L'argent va partir la nuit et soutirer l'argent dans les maisons de tous ceux qui ont fait des achats dans ma boutique ce jour
_ ...
_ ça c'est le miroir que j'utilise pour vérifier la vie de ceux que je veux, comme ça s'ils sont un peu riches, je fais tout pour que leur argent arrive dans le pot ci.
_ je fais comment pour avoir ma part de pot?
_ c'est le grand maître qui peut te donner. Il faut que tu reçoives d'abord la réunion, sinon tu ne pourras pas avoir
_ ok... recevoir la réunion n'est pas compliqué non?
_ pas vraiment... Tu verras le moment venu. Maintenant il faut que tu rentres. Tiens cette huile (il lui remit un flacon d'huile), frottes en sur tes mains.
Josias exécuta tout ce que Jephte lui disait. Il oignit ses mains de l'huile, qui d'ailleurs avait une odeur âcre
_ c'est quoi cette odeur, s'exclama il
_ hahahaha, tu vas t'habituer... Bien, c'est pour le premier sacrifice, tu vas payer pour ce que je viens de te montrer ci.
_ et ça se passe comment ?
_ tu vas rentrer, tu ne salue personne en route, personne. La première personne que tu vas saluer sera ta tante, ou du moins la femme de ton oncle à la maison.
_ ça va lui faire quoi?
_ ne t'inquiètes pas, rien du tout. Le maître va s'occuper de ça.
_ ok
Après plusieurs minutes de discussion avec son ami, Josias s'empressa de rentrer, se promettant de faire exactement ce que Jephte lui avait dit.
_ aïe, aïe,
_ chérie, qu'est-ce que tu as ?
Émilie criait de toutes ses forces. La douleur qu'elle ressentait au bas ventre était atroce. Elle criait et se tordait dans la chaise. Henri était incapable de lui apporter une quelconque aide, il était impuissant face à la situation que sa femme subissait. Ni lui ni Émilie ne comprenait ce qui se passait.
_ chérie, parle moi, tu veux qu'on aille à l'hôpital ?
C'est des questions auxquelles Émilie ne pouvait pas répondre à cet instant. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était de se tordre de douleur. Bryan et Léane arrivèrent à cet instant
_ papa, pourquoi maman crie? Demanda Léane
_ je n'en sais rien. Bryan, tu veux bien m'aider? On va la conduire à l'hôpital.
_ d'accord papa
Bryan assista son père et ensemble ils transportèrent Émilie. Par chance, ils purent trouver un taxi rapidement en route, qui les conduisit dans un centre de santé pas très loin de leur maison. Émilie fut très vite prise en charge par les infirmières sur place.
_ qu'est ce qu'elle a ? Demanda Henri quand les infirmières eurent fini les premiers examens
_ elle a perdu beaucoup de calories, comme si elle avait fait beaucoup d'exercice et d'effort ces derniers temps
_ comment ça? Avec son état, elle reste tranquille presque toute la journée. Comment va le bb ?
_ je suis vraiment désolée de vous le dire, mais malgré tout, on l'a perdu
Henri s'assit sur un banc à côté de lui, et passa la main sur la tête. Une touffe de chaleur l'engloutit un instant. Il avait longtemps attendu cet instant. Henri baissa la tête et coula des larmes. Avec la tête baissée, il ne vit pas Josias qui venait d'arriver
_ tonton Henri, ça va ? La voisine m'a dit que vous étiez ici, qu'est-ce que qui se passe ?
C'est évident que Henri ne pouvait pas répondre. Bryan et Léane arrivèrent à l'instant
_ Léane, maman Émilie a quoi?
La jeune fille haussa les épaules
_ ah, je ne sais pas hein, quand on rentrait on l'a trouvé comme ça avec papa
_ hummmm
Josias se rendit dans la chambre où était couchée Émilie. Il l'a trouva allongée, les yeux fermés. Elle dormait paisiblement. Josias ne voulut pas la déranger. Il ressortit vers son oncle. Mais avant de sortir, il vit comme un mouvement de sillon sur le ventre de Émilie, en l'espace d'une seconde.
Tonton Henri avait changé de position. Il était debout, sur le point de se rendre au bureau du docteur. Josias voulu le stopper, mais la mine qu'il affichait le découragea. Il préféra s'assoir et attendre la suite des événements.
Quelques temps après, Henri revint vers la salle, accompagné d'une infirmière. Cette dernière alla vérifier les paramètres de Émilie.
_ elle se repose. Comme le docteur l'a dit, c'est mieux qu'elle passe la nuit ici, sous observation. Si tout va bien, elle pourra rentrer le matin, dit-elle
_ ok
Henri s'assit au bord du lit et prit la main de sa femme. Il se tourna vers les enfants
_ Bryan, tu rentres avec tes frères.
_ mais papa, maman a quoi, demanda Léane
_ elle ne se sent pas bien. On va passer la nuit et rentrer le matin.
_ papa, je peux dormir avec vous?
_ non, tu dois aller à l'école le matin.
_ mais papa...
_ non, rentre avec tes frères.
Henri parvint à convaincre la petite Léane de rentrer, non sans leur avoir dit de façon superflue ce qui dérangeait leur mère. Il resta passer la nuit à côté de sa femme.
Les jeunes enfants sortirent pour rentrer.
_ Bryan, tu sais ce qui dérange tantine, demanda Josias lorsqu'ils furent un peu dehors
_ non, je suis rentré de l'école et je l'ai trouvé comme ça.
_ ok
Une fois à la maison, c'est chacun qui se prépara pour la nuit, vu qu'il se faisait tard déjà. Léane étant la seule fille se chargea de réchauffer le reste de nourriture qu'elle partagea avec ses frères. Comme tous les soirs, chacun se débrouilla à réviser ses leçons, même si les esprits étaient portés vers l'hôpital.
Après le repas du soir, pendant que Léane et Jephte faisaient leurs exercices ou lisaient leurs cours, Josias alla dans sa chambre. Lorsqu'il poussa la porte, il vit un chat noir assis sur le lit, le fixant. Contrairement aux autres fois, Josias n'eut pas peur. Il avait reconnu dans le regard du chat celui de Jephte.
_ qu'est-ce que tu fais là, demanda Josias
_ je suis venu te dire que le maître a accepté ton sacrifice
Si quelqu'un entrait dans la chambre à cet instant, il n'aurait pas vu le chat, ni entendit le moindre bruit. C'est uniquement la voix de Josias qui était entendue, car il échangeait par télépathie.
_ quel sacrifice ?
_ celui que tu as fait
Josias ne comprenait pas de quel sacrifice Jephte parlait. C'est lorsqu'il lui demanda de se rappeler des évènements passés que Josias se souvint de ce qui s'était passé.
Après avoir quitté Jephte, il arriva à la maison sans saluer personne selon les recommandations de dernier. En arrivant à la maison, il trouva tantine Émilie assise dehors, manipulant son téléphone. Il s'avança vers elle et la salua.
_ Josias, tu as duré aujourd'hui, qu'est-ce qui s'est passé ?
_ mes amis et moi sommes allés saluer l'un des nôtres.
_ ah, d'accord. Heureusement que tu connais déjà la route, j'ai cru que tu allais te perdre.
_ non non, j'étais avec un ami qui connait bien la route.
Comme ils continuaient à causer, Josias profita d'un moment d'inattention pour passer sa main sur l'épaule de Émilie. Au contact de son épaule, Josias ressenti comme une onde de choc lui traverser la main.
_ ce jour lorsque tu as touché ta tante, tu es entré en contact avec le bébé qu'elle portait, et c'est devenu le nôtre.
_ hein??!!!
_ oui, c'est pour ça qu'elle est à l'hôpital. Le maître a pris le bb qu'elle portait.
_ ...
_ après ce sacrifice, tu deviens un membre plein de notre organisation.
_ ...
_ tu vas voir que ta vie va changer. Même sans avoir fini ta formation, tu vas commencer à avoir l'argent.
_ hummmm
_ il faut juste continuer à respecter les règles
_ Josias, tu parles avec qui?
Josias n'avait pas entendu Léane arriver. C'est sa voix qui le fit sursauter. Il se tourna vers elle
_ avec qui comment? Je réfléchis juste
_ en parlant comme ça ?
_ oui, c'est comme ça que je suis.
Il jeta un regard furtif à côté, mais Jephte avait disparu. Ce qui le rassura.