Chapitre 1
Le bruit de la pluie battant contre la fenêtre semblait amplifié dans le silence de la chambre. Olivia fixait le plafond, les yeux presque vide. Les souvenirs de cette nuit, celle où tout avait basculé, revenaient comme des flashs fugaces, incontrôlables. Elle avait à peine sept ans, mais la scène était restée gravée dans sa mémoire : la voiture qui dérapait, l'impact, les cris étouffés, puis... plus rien. Le néant. Ses parents, disparus en un instant, et elle, laissée là, seule, à essayer de comprendre ce qu'il venait de se passer. La douleur était toujours là, elle était juste différente aujourd'hui, plus sourde, mais présente à chaque instant, sans exception. Le vide dans sa poitrine ne la quittait jamais.
Liam entra alors, comme une ombre familière. Il était là, fidèle, comme toujours. C'était un garçon gentil, rassurant. Un de ces garçons qu'on pouvait épouser et faire vieillir à ses côtés sans trop de questions, sans trop de fioritures. C'était rassurant, en un sens. Lui aussi savait ce qu'était la douleur. Lui aussi avait perdu des êtres chers, mais à travers les années, il s'était imposé comme une sorte de constant. Son corps près du sien, ses bras autour d'elle, sa voix douce... Tout chez lui était fait pour apaiser. Pourtant, ce n'était pas suffisant. Ce n'était jamais suffisant. Olivia sentait qu'elle se perdait peu à peu, comme si une partie d'elle-même se battait contre tout ce qu'il représentait, contre cette tranquillité qu'il lui offrait, trop parfaite, trop éloignée de la réalité qu'elle ressentait au fond d'elle.
« Ça va, Olivia ? Tu sembles... ailleurs, » dit Liam, s'assoyant à côté d'elle, sa main se posant doucement sur son épaule. Il l'avait toujours trouvée belle, presque fragile, comme si elle pouvait se briser à tout moment, comme si elle n'avait pas assez de force pour avancer. Mais ce n'était pas ça. Olivia savait, dans le fond, qu'elle avait la force. Elle savait qu'elle pourrait faire face à tout ce qui venait à elle. Ce qui la dérangeait, c'était l'idée d'être encore là, coincée dans ce quotidien sans éclat.
« Je pensais juste... à eux, » murmura-t-elle, sans le regarder. « À ce qu'ils auraient dit... s'ils étaient là aujourd'hui. » Sa voix se brisa un instant, avant qu'elle n'ajoute, plus sèchement : « Tu sais, je n'arrive même plus à me souvenir de leurs visages. Juste des ombres... »
Liam la regarda, hésitant, puis il la prit dans ses bras. Il n'avait pas de réponse. De toute manière, il ne pouvait pas comprendre. Lui, il avait une famille encore. Des parents qui étaient là pour lui. Olivia avait l'impression que chaque année, chaque mois, chaque jour la séparait un peu plus de ce qu'elle avait été, et un peu plus des autres. Tout devenait flou. Même ses propres émotions, elle ne savait plus si elles lui appartenaient vraiment.
Il y eut un long silence, un silence dans lequel Olivia laissa son esprit errer. Elle pensait à son père, à la manière dont il la regardait, comme s'il était l'homme le plus puissant au monde, et qu'elle était la seule personne qui comptait vraiment pour lui. Elle pensait à sa mère, toujours souriante, toujours prête à lui raconter des histoires de sorcières et de créatures magiques. Elle revoyait leur dernier dîner, une scène aussi nette dans son esprit que si elle l'avait vécu hier. Et tout cela... tout cela lui échappait désormais.
Elle releva la tête et se tourna vers Liam. « Tu crois qu'on peut vraiment tourner la page ? »
Liam la regarda, incertain. « On doit bien le faire un jour. Parce qu'il faut continuer à vivre, Olivia. » Il marqua une pause, puis ajouta : « Tu sais, je suis là. On est là. Ensemble. »
Elle lui sourit faiblement, mais un sourire vide, sans éclat. Puis, sans prévenir, elle se leva d'un coup, presque brusquement.
« Je vais prendre l'air, » dit-elle.
« Tu veux que je t'accompagne ? » demanda Liam, visiblement inquiet. Mais Olivia secoua la tête. Elle n'avait pas besoin de lui maintenant. Elle avait besoin de trouver un autre souffle, un autre rythme, un espace qui lui permette de respirer sans les chaînes du quotidien.
Elle enfila son manteau, se dirigea vers la porte. Avant de sortir, elle se tourna une dernière fois vers lui. « Je ne sais pas si je suis prête à avancer, Liam. Peut-être que je ne le serai jamais. »
Liam ne répondit pas. Il se contenta de la regarder s'éloigner.
L'air frais la frappa immédiatement en sortant. Elle s'éloigna, sans but, errant dans les rues désertes. La nuit semblait peser sur la ville, enveloppant les bâtiments dans une obscurité presque menaçante. Olivia ne savait pas vraiment où elle allait, mais cela n'avait pas d'importance. Tout ce qui comptait, c'était d'être seule, loin de la douceur du quotidien, loin des silences partagés avec Liam.
Elle n'avait pas marché longtemps lorsqu'elle sentit une présence derrière elle. Un frisson lui parcourut l'échine. Elle tourna instinctivement la tête, mais ne vit rien. Il n'y avait personne, ou presque.
Une silhouette. Juste une ombre. Légèrement floue dans l'obscurité, mais suffisamment imposante pour qu'elle s'arrête brusquement. Olivia se figea. Elle sentit son cœur battre plus fort, un mélange de peur et de curiosité.
« Tu te perds, Olivia ? » une voix basse et calme, presque comme un murmure. Elle se retourna brusquement.
Kaden.
Un nom. Elle ne savait pas d'où il venait, ni comment il connaissait son prénom, mais cela ne semblait pas si important. Ce qui l'était, c'était la façon dont il l'observait. Ses yeux... Il y avait quelque chose dans ses yeux. Pas de l'inquiétude, pas de la pitié. Juste une étrange intensité, comme s'il cherchait quelque chose en elle, comme s'il savait des choses que personne ne devrait savoir.
« Qui êtes-vous ? » demanda Olivia, se sentant soudainement vulnérable.
« Je suis celui qui te cherchait. »
La réponse la frappa, d'une manière qu'elle n'arrivait pas à expliquer. Elle recula d'un pas, son cœur battant la chamade. « Qu'est-ce que vous voulez ? » Elle savait qu'elle ne devait pas avoir peur. Elle n'avait pas peur. Mais il y avait quelque chose d'irrésistible chez lui, quelque chose qui défiait toute logique.
« Rien, » répondit-il simplement, comme si cela ne valait même pas la peine d'être précisé. « Ou peut-être tout. Tout ce que tu ignores, tout ce que tu dois comprendre. »
Il se rapprocha, lentement, mais sans menace. Ce n'était pas une approche agressive. C'était une approche... différente. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle se sentait attirée, malgré elle, par cet homme qui dégageait une aura presque palpable, comme une force invisible qui l'attirait irrésistiblement vers lui.
« Je ne te connais pas, » dit-elle d'une voix tremblante, « Pourquoi est-ce que tu me parles comme si... comme si tu savais tout de moi ? »
« Parce que je le sais, » répondit-il, sans hésitation. « Parce que tu es celle que j'attendais. »
Il la fixa intensément. Ses yeux. Il y avait là quelque chose d'irréel, de presque... animal. Un regard de prédateur, mais aussi de protecteur. Quelque chose d'inexplicable. Et Olivia, bien qu'elle ait voulu fuir, bien qu'elle ait voulu rester distante, se retrouva pourtant à le regarder, à le chercher dans son regard.
« Tu n'es pas celui que je pensais rencontrer ce soir, » murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour lui. « Mais... pourquoi moi ? »
Kaden sourit, un sourire énigmatique, presque imperceptible. « Parce que tu es plus proche de ce que tu crois, Olivia. Plus que tu ne l'imagines. »
Il se tourna alors et s'éloigna dans la nuit, sans un mot de plus. Et Olivia, là, seule dans l'obscurité, sentit qu'elle venait de croiser quelqu'un qui allait bouleverser sa vie d'une manière qu'elle ne pouvait encore comprendre.
Mais au fond d'elle, quelque chose lui soufflait que tout avait changé. Et qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible.
Chapitre 2
La pluie martelait la fenêtre, un bruit constant, presque lancinant, qui semblait vouloir couvrir tout le reste. Olivia, allongée sur son lit, fixait le plafond d'un regard absent. La pièce était calme, mais en elle, tout était en effervescence. Son esprit bouillonnait d'une douleur ancienne, mais toujours présente. La perte. Les images de cette nuit, celles qu'elle avait pourtant essayé d'effacer, revenaient sans cesse. La voiture qui glissait, la sensation d'un choc brutal, puis le silence. Le silence de la fin. La fin de tout. De son monde. De son père et de sa mère. De la vie qu'elle pensait connaître. Elle avait sept ans. Sept ans et déjà, la vie lui avait arraché tout ce qu'elle avait aimé. Et depuis, ce vide. Il ne partait jamais, il était là, un poids dans sa poitrine. Un poids qu'aucune tendresse, aucune parole, ne pourrait jamais alléger.
Liam entra dans la chambre, sa silhouette s'immisçant dans la lumière tamisée de la lampe de chevet. Il s'approcha sans bruit, comme un habitué des silences de cette maison. Il n'avait pas besoin de dire grand-chose. Cela faisait des mois qu'ils étaient ensemble, qu'il était là, toujours fidèle. Il était l'ombre douce de ses jours sans couleur. Le genre de garçon qu'on aime parce qu'il est là, qu'il est simple, qu'il est ce qu'on attend sans même le demander. Mais Olivia, elle, ne savait plus vraiment ce qu'elle attendait. Elle n'avait jamais vraiment su. Peut-être que c'était la sécurité. Peut-être que c'était tout ce qu'il pouvait offrir. Mais il y avait une distance entre eux, une distance que ni ses bras ni ses paroles ne parvenaient à combler.
« Ça va, Olivia ? » demanda Liam, sa voix basse, comme toujours. Elle pouvait sentir son regard peser sur elle, inquiet, comme si cette tranquillité qu'il lui offrait était sa seule manière de l'aimer. Il n'attendait rien de plus, ni de moins. Mais Olivia, elle, sentait chaque jour que cette douceur la rongeait. Ce n'était pas suffisant.
Elle tourna la tête lentement, ses yeux se posant un instant sur lui avant de revenir se fixer sur le plafond. « Je pensais juste à... à ce que j'ai perdu, » murmura-t-elle, sa voix tremblante, comme si tout pouvait à tout moment se briser.
« Tu veux en parler ? » Il s'approcha encore, se mettant à genoux à côté d'elle. Il y avait cette lueur dans ses yeux, celle qu'il avait toujours eue pour elle : une sorte d'inquiétude mêlée d'amour. Mais à cet instant précis, Olivia avait du mal à l'accepter. Elle avait envie de lui hurler que ce n'était pas ça, que son amour n'était pas ce dont elle avait besoin. Mais comment lui dire ? Comment expliquer qu'elle n'arrivait plus à se retrouver dans ses bras ?
« Je me demande... » Elle marqua une pause, cherchant les mots, mais ne les trouvant pas. « Je me demande si je suis capable de vraiment avancer, Liam. Tu vois, parfois, j'ai l'impression de tourner en rond, de vivre dans le passé sans pouvoir en sortir. » Elle ferma les yeux un instant. « Je sais pas si je veux avancer. »
Liam garda le silence, comme s'il savait qu'aucune réponse n'était attendue. Puis, après un moment, il se leva et s'éloigna vers la fenêtre, sans un mot. Il n'insista pas, il la laissait dans son silence, ce silence qu'elle avait parfois du mal à supporter, mais qui était aussi la seule chose qui la maintenait en vie.
Olivia se leva, se dirigeant vers la porte sans un regard en arrière. Il ne la suivit pas.
« Je vais prendre l'air, » dit-elle, simplement.
« Tu veux que je t'accompagne ? » demanda-t-il, mais elle secoua la tête. Elle n'avait pas envie de lui. Pas maintenant. Elle n'avait besoin de rien ni de personne. Juste d'elle-même.
Elle enfila son manteau sans un mot de plus, la porte se fermant derrière elle dans un bruit étouffé. La nuit l'attendait dehors, dense, noire, comme un voile épais. L'air était humide, presque lourd, mais elle s'en fichait. Elle n'avait pas d'objectif, juste l'envie de partir, de se perdre.
Elle marchait sans but, se laissant guider par ses pensées et par le bruit de ses pas sur le pavé. Les rues étaient désertes, les rares passants s'éloignant rapidement, pressés de rejoindre leurs foyers. Olivia se sentait étrangère à tout ça. Comme si la vie continuait sans elle, sans la moindre attention, sans se soucier de ce qu'elle ressentait. La pluie se calmait peu à peu, et dans le silence qui suivit, elle entendit un bruit. Un bruit qui n'avait rien à voir avec la pluie. Un bruit qui la fit s'arrêter net.
Un pas. Un autre. Une silhouette, là, juste derrière elle.
Elle se figea, un frisson courant le long de sa colonne vertébrale. Quelqu'un, quelque chose... Non. Elle n'avait pas imaginé cela. Elle tourna lentement la tête.
Il était là, juste à quelques mètres d'elle. Un homme. Un regard. Un nom. Kaden.
« Tu te perds, Olivia ? » La voix, basse, grave, l'avait fait frissonner. Elle ne savait pas d'où il venait. Elle n'avait jamais vu cet homme. Et pourtant, il y avait quelque chose dans ses yeux. Quelque chose d'intensément étrange. Comme s'il savait déjà tout. Ou pire, comme s'il savait ce qu'elle avait oublié.
Elle sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. « Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle, soudain prise d'un vertige inexplicable. La question était sortie plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
« Je suis celui que tu cherches, » répondit-il simplement, sans ciller. La réponse la déstabilisa. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Qu'est-ce qu'il voulait d'elle ?
Elle fit un pas en arrière, son instinct de survie se réveillant. « Qu'est-ce que vous me voulez ? » Sa voix tremblait, mais elle se força à paraître plus calme qu'elle ne l'était.
« Rien, » dit-il, un sourire à peine perceptible aux lèvres. « Ou tout. Tout ce que tu ne sais pas encore. » Il s'avança légèrement, et Olivia sentit une pression invisible dans l'air. Une pression qui la retenait, qui l'empêchait de fuir.
« Pourquoi moi ? » souffla-t-elle, comme si sa question venait de lui brûler la gorge.
« Parce que tu es celle que j'attendais. » Il la regarda fixement, ses yeux pénétrant les siens. Elle aurait voulu détourner le regard, mais elle ne pouvait pas. Il y avait une force, une énergie, quelque chose de magnétique dans cet homme. Un appel qu'elle ne comprenait pas, mais qui la touchait au plus profond.
Il s'approcha encore, mais cette fois-ci, Olivia ne recula pas. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être était-ce cette attirance, cette certitude qu'il détenait une part de vérité qu'elle n'avait pas encore découverte. Ou peut-être qu'il était simplement celui qui venait la chercher dans ce monde qu'elle ne comprenait plus.
« Tu es plus proche de ce que tu crois, Olivia, » dit-il finalement, sa voix basse comme un secret. « Bien plus proche que tu ne l'imagines. »
Il se tourna et s'éloigna dans l'obscurité, sans un mot de plus, disparaissant aussi rapidement qu'il était apparu.
Olivia resta là, immobile, le souffle court. Elle avait l'impression que tout venait de basculer. Quelque chose venait d'être déclenché. Elle le sentait. Un frisson la parcourut de nouveau. Et pourtant, elle savait, au fond d'elle, qu'elle ne reviendrait pas en arrière. Kaden avait ouvert une porte, et maintenant, elle n'avait plus le choix. Il allait changer sa vie. Mais comment ? Pourquoi ? Elle n'avait pas les réponses. Mais quelque chose en elle lui disait qu'elle n'était plus la même. Elle venait de croiser quelqu'un qui allait tout bouleverser. Elle n'avait pas encore conscience de la portée de ce moment, mais une certitude s'imposait à elle : tout venait de commencer.
Chapitre 3
Liam savait qu'il y avait quelque chose qui clochait. Depuis quelques jours, Olivia n'était plus la même. Ses silences étaient plus longs, plus lourds, et ses sourires... ils n'étaient plus que des ombres. Elle avait toujours eu une part d'ombre en elle, il le savait. C'était ce qui l'avait attiré chez elle, ce vide qu'il voulait remplir. Mais cette fois, c'était différent. Elle était là, à côté de lui, mais elle semblait ailleurs. Comme si un morceau d'elle-même s'était échappé et qu'il n'était plus capable de la suivre.
Il l'observait en silence, assis à la table de la cuisine, son café refroidissant entre ses mains. Olivia passait devant lui sans le voir, son téléphone dans une main, un livre dans l'autre. Elle le posait, le reprenait, feuilletait quelques pages avant de le refermer brutalement. Un geste mécanique, vide de sens.
« Tu veux parler de ce qui se passe ? » demanda-t-il enfin.
Elle releva les yeux, surprise. Elle semblait hésiter, comme si elle cherchait une réponse à lui donner, une réponse qui sonnerait juste. Mais au lieu de ça, elle haussa simplement les épaules. « Rien. Tout va bien. »
Tout allait bien. Une réponse facile. Trop facile. Liam la fixa un instant, cherchant à percer cette façade qu'elle s'obstinait à afficher. « Tu es sûre ? Parce que j'ai l'impression que tu es ailleurs, ces derniers temps. Tu me regardes à peine. Tu ne dis rien. Et je sais que quelque chose ne va pas. »
Elle détourna le regard, comme pour fuir. « Je suis juste fatiguée. J'ai beaucoup de choses en tête. » Sa voix était calme, mais il y avait quelque chose de cassé, quelque chose qui ne sonnait pas juste. Liam le sentit. Mais que pouvait-il faire ? La forcer à parler ? Elle n'était pas du genre à se laisser pousser à bout. Alors, il se contenta de hocher la tête, même s'il savait qu'elle mentait.
Le problème, c'était qu'il n'arrivait pas à comprendre. Olivia avait toujours été un mystère pour lui, mais ce mystère était ce qui le fascinait. Cette fois, pourtant, c'était différent. Ce n'était pas une énigme qu'il voulait résoudre. C'était une distance qu'il ne pouvait combler. Et cela le rongeait.
Olivia, de son côté, sentait l'étau se resserrer. Elle avait passé des nuits entières à revoir le visage de Kaden dans sa tête. Ses mots. Son regard. Il y avait quelque chose chez lui qui la bouleversait. Elle ne pouvait pas le nier. Elle avait essayé. Elle avait tenté de se convaincre que ce n'était rien, qu'il n'était qu'un inconnu parmi tant d'autres, qu'elle ne le reverrait jamais. Mais c'était un mensonge, et elle le savait. Elle le savait depuis le moment où il avait prononcé son prénom. Depuis qu'il avait planté ce doute en elle, cette certitude qu'il y avait plus qu'elle ne voulait bien voir.
Et puis, il y avait Liam. Sa douceur, sa constance, tout ce qu'il représentait. Une sécurité. Un futur qu'elle aurait dû vouloir. Mais voilà, elle ne savait plus. Chaque fois qu'il lui parlait, qu'il essayait de la comprendre, elle se sentait coupable. Coupable de ne pas pouvoir lui offrir ce qu'il méritait. Coupable d'être ailleurs, avec un autre homme dans ses pensées.
Elle s'assit sur le bord de son lit, son téléphone dans les mains. Le contact de Kaden n'y figurait pas, bien sûr, mais c'était comme si elle sentait sa présence, comme s'il pouvait surgir à tout moment. Et c'est exactement ce qui arriva.
Un message, court, direct. Une adresse. Rien de plus. Pas de nom, pas de contexte. Mais elle savait que c'était lui. Elle sentit son cœur s'emballer, son souffle se couper. Elle fixa l'écran pendant de longues secondes, incapable de bouger. Puis, lentement, presque inconsciemment, elle se leva, enfila sa veste. Liam était dans la cuisine, mais elle ne lui dit rien. Elle se contenta de claquer la porte derrière elle.
L'endroit était désert, à l'abri des regards. Un lieu qu'elle ne connaissait pas, mais qui semblait parfait pour ce genre de rencontre. Kaden était déjà là, adossé à un mur, les bras croisés, l'air parfaitement calme. Comme s'il avait toujours su qu'elle viendrait.
« Tu es venue, » dit-il, sans surprise.
Elle s'arrêta à quelques mètres de lui, hésitante. « Pourquoi m'avoir appelée ? » demanda-t-elle, la voix plus ferme qu'elle ne l'aurait cru.
« Parce que tu le voulais. »
Elle fronça les sourcils. « Je ne t'ai jamais dit ça. »
« Tu n'avais pas besoin de le dire. »
Il s'avança, lentement, mais sans menace. Olivia resta immobile, incapable de bouger. Il y avait quelque chose dans ses gestes, dans sa manière de la regarder, qui la paralysait. Pas de peur. Pas vraiment. C'était autre chose. Une attirance qu'elle ne pouvait pas contrôler.
« Tu sais que tu ressens ça, toi aussi, » dit-il, sa voix basse. « Ce lien. Cette force. »
Elle secoua la tête, comme pour se convaincre du contraire. « Je ne ressens rien. Rien du tout. »
Il sourit légèrement, comme s'il voyait clair dans son jeu. « Alors pourquoi es-tu là ? »
Elle n'avait pas de réponse. Elle aurait voulu crier, lui dire qu'il se trompait, qu'elle n'était là que pour le confronter, pour comprendre ce qu'il voulait. Mais au fond d'elle, elle savait que ce n'était pas vrai. Elle savait qu'elle était venue parce qu'elle ne pouvait pas rester loin de lui.
« Écoute, » dit-elle finalement, essayant de reprendre le contrôle. « Je ne sais pas ce que tu veux de moi, mais je ne peux pas... Je ne peux pas être ici. J'ai quelqu'un. J'ai une vie. »
« Et tu crois que c'est suffisant ? »
La question la frappa, comme une gifle. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot ne sortit. Kaden s'approcha encore, jusqu'à ce qu'il soit tout près, si près qu'elle pouvait sentir sa chaleur.
« Je ne te demande pas de tout abandonner, » murmura-t-il. « Pas maintenant. Mais tu sais aussi bien que moi que rien ne sera plus jamais pareil. Pas après ça. Pas après nous. »
Elle le regarda, perdue, incapable de détourner les yeux. Il y avait une intensité dans son regard, une vérité qu'elle ne voulait pas voir. Et pourtant, elle ne pouvait pas l'ignorer.
« Je ne sais pas qui tu es, » dit-elle finalement, sa voix à peine audible. « Je ne sais pas ce que tu veux. Mais je ne peux pas... Je ne peux pas faire ça. »
Il hocha la tête, comme s'il comprenait. Mais il ne bougea pas. « Tu n'as pas besoin de comprendre tout de suite. Ça viendra. »
Elle recula d'un pas, cherchant à reprendre le contrôle. Mais même en s'éloignant, elle sentait cette force, ce lien invisible qui la maintenait près de lui. Elle n'avait jamais ressenti ça. Pas avec Liam, pas avec qui que ce soit. C'était déroutant, effrayant.
« Je dois partir, » dit-elle brusquement, se détournant.
« Alors pars, » répondit-il calmement.
Mais même en s'éloignant, elle savait qu'elle ne partait pas vraiment. Parce que quelque chose en elle restait avec lui. Et elle détestait à quel point cela lui semblait naturel.