Chapitre 1
Charlotte fixait son père, les doigts crispés sur les accoudoirs de son fauteuil en velours. Elle connaissait son regard – froid, calculateur – celui qu'il réservait aux négociations importantes. Mais ce soir, il ne s'agissait pas d'un contrat à signer ni d'un investissement risqué. Il s'agissait d'elle.
- Ce n'est pas une suggestion, Charlotte. C'est une nécessité.
Sa voix résonna dans le bureau lambrissé, chaque mot frappant comme un coup de marteau. Charlotte sentait la colère monter en elle, une chaleur brûlante qui menaçait d'exploser.
- Une nécessité pour qui ? demanda-t-elle, sa voix tremblante mais ferme. Certainement pas pour moi.
Son père soupira, comme s'il faisait preuve d'une patience infinie avec une enfant capricieuse.
- Pour notre famille. Pour l'avenir de Bennett Enterprises. Tu es notre héritière. Il est temps que tu assumes tes responsabilités.
Charlotte eut un rire amer.
- Mes responsabilités ? Être vendue au plus offrant sous prétexte d'unir deux fortunes ?
Elle se leva brusquement, faisant grincer sa chaise sur le parquet. La lumière tamisée du lustre projetait des ombres sur les murs, accentuant la tension qui s'épaississait dans la pièce. Son père ne cilla pas.
- Ce n'est pas un mariage forcé, Charlotte. C'est un arrangement. Un partenariat.
- Un partenariat ? Avec qui, exactement ?
Il marqua une pause avant de prononcer un nom qu'elle ne s'attendait pas à entendre.
- Alexander Sterling.
Un silence glacial s'abattit sur la pièce. Charlotte sentit son cœur rater un battement.
Alexander Sterling. Le nom suffisait à imposer le respect et la crainte dans le monde des affaires. Alpha milliardaire, impitoyable, brillant. Un homme qui n'obtenait jamais de refus.
- Tu plaisantes, souffla-t-elle, comme si prononcer ces mots pouvait rendre cette situation irréelle.
- Il a fait une proposition. Un mariage d'intérêt.
Elle secoua la tête, tentant d'ignorer la panique qui se nouait dans sa poitrine.
- Je n'ai aucun intérêt à épouser un homme comme lui.
- Lui, en revanche, a un grand intérêt à ce que tu acceptes.
Charlotte croisa les bras, sentant l'adrénaline pulser dans ses veines.
- Laisse-moi deviner... Un mariage avec moi renforcerait son emprise sur le marché financier. Il gagnerait en influence en s'associant à la famille Bennett.
Son père esquissa un sourire satisfait, comme si elle venait de comprendre l'évidence.
- Exactement. Et en retour, nous aurions son soutien stratégique. Une alliance qui nous assurerait une domination incontestable.
Charlotte serra les dents.
- Et si je refuse ?
- Ce serait une erreur.
Son père ne haussa pas le ton, mais il n'en avait pas besoin. La menace implicite était claire.
Charlotte inspira profondément avant de tourner les talons, bien décidée à quitter cette conversation absurde. Mais une présence l'arrêta net sur le seuil.
Un homme se tenait là, droit, imposant. Il portait un costume impeccablement taillé, son allure dégageant une puissance maîtrisée. Son regard d'un bleu acier la scruta avec une intensité calculée.
Alexander Sterling en personne.
Son apparition soudaine la déstabilisa un instant, mais elle se ressaisit aussitôt.
- Vous avez l'habitude d'écouter aux portes, Sterling ? lança-t-elle, son ton plus tranchant qu'elle ne l'aurait voulu.
Il esquissa un sourire, un brin amusé.
- Seulement quand les conversations me concernent directement.
Charlotte croisa les bras, refusant d'être impressionnée par son charisme glacial.
- Si vous êtes venu pour obtenir mon consentement, vous perdez votre temps.
Il avança d'un pas, réduisant la distance entre eux. L'odeur subtile de son parfum, un mélange de bois de santal et d'agrume, lui chatouilla les narines.
- Vous devriez au moins écouter ma proposition avant de la rejeter, dit-il, sa voix grave et maîtrisée.
Elle haussa un sourcil.
- Une proposition ? Voyons voir... Vous m'épousez, vous renforcez votre pouvoir, et en échange, je gagne quoi ? Une cage dorée ?
Son sourire s'élargit légèrement, mais son regard resta perçant.
- Vous gagneriez bien plus que vous ne l'imaginez, Charlotte.
Elle sentit une frustration bouillonner en elle. Pourquoi cet homme semblait-il toujours avoir un coup d'avance ?
- Je ne suis pas intéressée, répliqua-t-elle sèchement.
Alexander ne broncha pas. Il la détailla un instant, puis inclina légèrement la tête.
- Vous êtes une femme intelligente. Réfléchissez-y. Ce n'est pas seulement une question d'affaires. C'est une opportunité.
Charlotte serra les poings, sa respiration légèrement saccadée.
- Je ne suis pas une opportunité, Mr. Sterling.
Elle lui tourna le dos et quitta la pièce, le cœur battant la chamade. Mais même alors qu'elle s'éloignait, elle sentit encore son regard peser sur elle, comme s'il savait déjà qu'elle finirait par revenir.
Chapitre 2
Le silence régnait dans la bibliothèque luxueuse de la demeure familiale des Bennett. Charlotte, assise près de la fenêtre, fixait la ville illuminée au loin, le regard perdu. La conversation avec son père et Alexander Sterling tournait encore en boucle dans son esprit, chaque mot laissant un goût amer dans sa bouche.
Elle n'arrivait pas à croire qu'ils aient osé lui proposer un marché aussi cynique. Un mariage de convenance, comme si elle n'était qu'un pion dans une partie d'échecs.
Un frisson lui parcourut l'échine. L'intensité du regard d'Alexander lorsqu'il lui avait dit de réfléchir ne la quittait pas. Il avait cette assurance implacable, cette façon de jauger les autres comme s'il pouvait prévoir chacun de leurs mouvements.
Elle secoua la tête, agacée.
- Hors de question, murmura-t-elle.
Mais son instinct lui soufflait que ce n'était que le début.
Et elle avait raison.
***
Le lendemain matin, Charlotte descendit les marches du grand escalier, bien décidée à parler une dernière fois à son père. Mais à peine eut-elle mis un pied dans le salon qu'elle sentit la tension dans l'air. Son père était assis derrière son imposant bureau en acajou, le visage crispé, un téléphone à l'oreille.
- Je comprends, Richard, mais ce blocage est totalement injustifié !
Il se leva brusquement, faisant crisser sa chaise contre le sol.
- Vous savez très bien que nos liquidités sont intactes, lança-t-il d'un ton tranchant. Alors pourquoi ce refus soudain ?
Charlotte fronça les sourcils, s'avançant lentement dans la pièce.
- ...Oui, je vois... Très bien. Nous en reparlerons.
D'un geste sec, il raccrocha, ses doigts serrant son téléphone comme s'il voulait le broyer.
- Papa ? Qu'est-ce qui se passe ?
Son père releva la tête, visiblement surpris de la voir là.
- Rien qui te concerne.
Charlotte croisa les bras.
- Épargne-moi les réponses évasives. Je ne suis pas idiote.
Il la fixa un instant, son visage se fermant encore plus.
- L'un de nos principaux investisseurs s'est soudainement rétracté.
- Rétracté ? Pourquoi ?
- Il prétend des « inquiétudes » sur la stabilité de la banque. Mais c'est du bluff. Quelqu'un tire les ficelles en coulisses.
Un mauvais pressentiment s'installa en elle.
- Qui ?
Son père ne répondit pas immédiatement. Mais Charlotte n'eut pas besoin de plus d'indices.
- Alexander Sterling, murmura-t-elle, réalisant l'évidence.
Son père soupira, passant une main sur son visage fatigué.
- Il a de l'influence. Beaucoup d'influence.
Charlotte sentit son cœur se serrer. Elle aurait dû s'y attendre. Alexander était un homme qui n'acceptait pas qu'on lui dise non.
Elle prit une inspiration, essayant de contenir la colère qui montait.
- Et tu vas laisser faire ça ?
- Que veux-tu que je fasse ? répliqua son père avec amertume. Nos actions ont chuté de 5 % en une nuit. Si cela continue, nous serons en crise d'ici quelques semaines.
Charlotte déglutit difficilement.
- Il te met au pied du mur.
- Il nous met tous les deux au pied du mur, rectifia son père en la regardant droit dans les yeux.
Une vague de panique la submergea.
- Tu veux dire que...
- Charlotte. Tu dois comprendre que ce n'est pas un caprice. Si nous ne nous alignons pas, nous risquons de tout perdre.
Elle recula d'un pas, comme si l'impact de ses paroles venait de la frapper de plein fouet.
- Non.
- Charlotte...
- Non, répéta-t-elle, la gorge serrée. Il ne peut pas me forcer à l'épouser.
Son père la fixa, le regard dur.
- Il n'a pas besoin de te forcer. Il suffit qu'il nous pousse à bout jusqu'à ce que tu n'aies plus d'autre choix.
Elle sentit son souffle se raccourcir.
***
Quelques heures plus tard, elle était assise au volant de sa voiture, roulant à toute vitesse dans les rues de Manhattan. La rage l'empêchait de réfléchir rationnellement, mais elle savait exactement où elle allait.
Elle gara brutalement son véhicule devant le gratte-ciel Sterling Enterprises.
Les portes vitrées s'ouvrirent devant elle lorsqu'elle entra, sa silhouette imposante attirant immédiatement les regards des employés qui se demandaient ce que l'héritière Bennett venait faire ici, visiblement furieuse.
Elle se dirigea droit vers la réception.
- Je veux voir Alexander Sterling.
L'hôtesse, une femme élégante aux cheveux tirés en chignon, releva poliment les yeux.
- Monsieur Sterling est en réunion.
- Je me fiche de sa réunion. Prévenez-le que Charlotte Bennett est ici et qu'elle ne partira pas tant qu'il ne l'aura pas reçue.
Un silence s'installa.
L'hôtesse hésita un instant avant de décrocher son téléphone.
Charlotte croisa les bras, tapant du pied, le cœur battant à tout rompre sous l'adrénaline.
Quelques minutes plus tard, un homme en costume sombre apparut.
- Mademoiselle Bennett, Monsieur Sterling va vous recevoir.
Elle inspira profondément et suivit l'homme jusqu'à un ascenseur qui la mena directement au dernier étage.
Les portes s'ouvrirent sur un vaste bureau aux immenses baies vitrées donnant sur toute la ville.
Et là, debout près de son bureau, un verre de whisky à la main, se tenait Alexander Sterling.
Il la regarda entrer avec ce calme déconcertant, comme s'il l'attendait.
- Charlotte.
Elle referma la porte derrière elle avec force.
- Espèce de... manipulateur, cracha-t-elle.
Un sourire à peine perceptible effleura ses lèvres.
- Je suppose que tu es venue discuter de notre mariage.
- De ton chantage, plutôt.
Elle avança vers lui, son regard lançant des éclairs.
- Tu penses vraiment que je vais accepter après ce que tu viens de faire ?
Alexander posa son verre et s'approcha lentement, réduisant la distance entre eux.
- Ce n'est pas un chantage, Charlotte. C'est une opportunité.
- Une opportunité pour qui ? Pour toi ?
Il la détailla longuement, avant de répondre d'un ton mesuré :
- Pour nous deux.
Charlotte éclata d'un rire amer.
- Tu crois que je vais t'appartenir juste parce que tu as décidé de jouer avec les finances de ma famille ?
Son regard s'assombrit légèrement, une lueur prédatrice passant dans ses yeux.
- Je ne veux pas que tu m'appartiennes, Charlotte. Je veux que tu sois à mes côtés.
Elle sentit une étrange chaleur envahir son ventre, mais elle la repoussa aussitôt.
- Si tu crois que tu peux m'avoir par la force...
Il sourit, inclinant légèrement la tête.
- Je crois surtout que tu n'as pas d'autre choix.
Elle le fixa, furieuse, mais une angoisse sourde l'envahissait.
Car elle savait qu'il avait raison.
Chapitre 3
Charlotte inspira profondément en serrant les poings. L'air du bureau d'Alexander était chargé d'un mélange de parfum boisé et de tension palpable. Il se tenait devant elle, aussi imposant que le monstre d'arrogance qu'elle savait qu'il était.
- Si tu veux un mariage, alors ce sera selon mes conditions.
Alexander haussa un sourcil, amusé.
- Je t'écoute.
Elle s'humecta les lèvres, refusant de se laisser intimider par son regard perçant.
- Ce mariage ne sera qu'un arrangement. Pas de vie conjugale. Chacun de son côté.
- Et si je veux une vraie épouse ?
Elle retint un frisson en voyant la lueur de défi dans ses yeux.
- Dans ce cas, trouve quelqu'un d'autre.
Un sourire narquois étira ses lèvres.
- Continue.
Charlotte détestait la façon dont il la scrutait, comme s'il voyait à travers elle.
- Une durée fixe. Deux ans, pas un jour de plus.
Il hocha la tête, comme s'il s'y attendait.
- Je garderai mon indépendance. Pas question que tu interférences dans mes décisions ou mon travail.
- À voir, répondit-il d'un ton nonchalant.
Elle serra les dents.
- Tu ne donneras aucun ordre à mon personnel, ni ne t'ingéreras dans ma vie privée.
- Tu es sûre de vouloir jouer à ça ? murmura-t-il en s'approchant légèrement.
Charlotte retint son souffle.
- Si tu refuses, alors cet accord n'aura jamais lieu.
Un silence pesant s'installa.
Puis Alexander prit une inspiration et se détourna légèrement, son regard fixé sur la ville illuminée à travers la baie vitrée.
- Tu crois pouvoir tout contrôler, Charlotte.
Elle ne répondit pas.
Il se tourna vers elle, son expression indéchiffrable.
- Très bien. J'accepte tes conditions.
Une vague de soulagement la traversa, mais elle ne se permit pas de baisser sa garde.
- Alors fais rédiger un contrat. Je veux que tout soit écrit noir sur blanc.
Un sourire effleura les lèvres d'Alexander.
- Déjà fait.
Charlotte sentit son estomac se nouer. Bien sûr qu'il l'avait anticipé. Cet homme calculait tout.
Il sortit un dossier d'un tiroir de son bureau et le posa devant elle.
- Prends le temps de le lire, mais je te conseille de ne pas trop tarder.
Elle hésita un instant avant de s'emparer du document.
- Je veux mon propre avocat.
- Tu es libre de le consulter.
Elle ouvrit le contrat et parcourut rapidement les lignes. Tout ce qu'elle avait exigé était là... en apparence.
Mais elle savait qu'il y avait forcément un piège.
Elle releva les yeux vers lui.
- Pourquoi fais-tu tout ça ?
Alexander la fixa longuement avant de répondre.
- Parce que je ne perds jamais.
Un frisson la parcourut.
Il n'avait jamais eu l'intention de lui laisser le choix.