Élise se tenait devant la grande baie vitrée de son appartement à Marécourt, observant les vagues déferler sur la plage. La lumière du crépuscule baignait la ville portuaire d'une douce lueur dorée, mais elle ne voyait rien de tout cela. Son esprit était ailleurs, plongé dans des souvenirs qu'elle avait tenté de refouler depuis un an. Son mariage. Cette union précipitée avec un homme qu'elle n'avait jamais rencontré. Un mariage contracté pour honorer la dernière volonté de son grand-père, une promesse qu'elle n'avait pas pu refuser.
Elle serra la mâchoire, essayant de chasser ces pensées, mais c'était inutile. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle revoyait cette scène. Son grand-père, malade et alité, lui prenant la main d'une poigne encore ferme malgré sa faiblesse.
« Élise... promets-moi... promets-moi que tu feras ce que je te demande. » Sa voix avait tremblé, mais l'urgence dans son regard ne laissait aucune place au doute.
Élise avait hésité, le cœur lourd. Elle savait que ce qu'il demandait n'était pas juste une petite faveur. Elle en avait entendu parler toute sa vie, de cet accord mystérieux entre les deux familles, scellé bien avant sa naissance. Un mariage arrangé avec un homme qu'elle ne connaissait même pas. Un homme qui, lui aussi, devait respecter cette ancienne promesse.
« Oui, grand-père... Je le ferai, » avait-elle finalement murmuré, les larmes aux yeux.
Et elle l'avait fait. Quelques semaines après la mort de son grand-père, Élise s'était mariée dans une cérémonie simple, presque bureaucratique. Un avocat représentait son époux, dont elle n'avait jamais vu le visage. Pas de célébration, pas d'anneaux échangés en présence d'invités. Juste une signature, un acte, et elle était devenue l'épouse de cet inconnu. Un homme qui, tout comme elle, semblait vouloir rester loin de cette union.
Elle soupira, glissant ses doigts dans ses cheveux blonds. Un an. Un an sans avoir vu cet homme, sans avoir reçu un seul message personnel de sa part. Ils menaient des vies complètement séparées, comme si rien ne les liait. Était-ce si surprenant, après tout ? Ils ne se connaissaient même pas, et ce mariage n'était qu'une obligation de plus à remplir. Pourtant, l'absence de tout contact la laissait perplexe.
Elle descendit dans la cuisine et se servit une tasse de thé, essayant de se distraire avec quelque chose de banal. Mais même les gestes simples lui rappelaient cette étrange situation. Chaque matin, elle se réveillait dans cet appartement qu'elle avait choisi seule, pour vivre seule, tout en portant le nom d'un homme qu'elle n'avait jamais rencontré.
« Quel genre de personne est-il ? », se demanda-t-elle pour la centième fois.
Son imagination s'emballait parfois, construisant des scénarios autour de cet inconnu. Était-il aussi indifférent à cette union qu'elle ? Ou bien était-il aussi prisonnier qu'elle de ce mariage arrangé ? Peut-être qu'il menait une vie tout à fait normale de son côté, avec des amis, une carrière, voire une autre femme. L'idée de cette dernière la piqua plus qu'elle ne voulait l'admettre.
Elle jeta un coup d'œil à son téléphone posé sur la table. Pas de nouveaux messages. Pas de courrier. Le silence, encore et toujours. Même après un an, il n'avait jamais cherché à la rencontrer. Était-ce si surprenant ? Ils n'étaient que deux étrangers unis par une vieille promesse.
Élise prit une gorgée de thé et ferma les yeux, s'enfonçant dans le fauteuil du salon. La solitude l'avait toujours accompagnée, mais ces derniers mois, elle était devenue plus lourde, plus pesante. À Marécourt, elle n'avait pas d'amis proches, juste quelques collègues du bureau de la ville où elle travaillait comme consultante en communication. Ses journées étaient remplies de tâches banales, mais aucune ne suffisait à combler ce vide qui grandissait en elle.
« Pourquoi ai-je accepté cela ? », murmura-t-elle, se parlant à elle-même dans la tranquillité de l'appartement vide. Elle connaissait la réponse, bien sûr. Par respect pour son grand-père. Pour honorer sa mémoire et ses dernières volontés. Mais au fond, elle n'avait jamais vraiment cru à cet engagement. Et maintenant, elle était piégée dans une vie qui ne ressemblait en rien à celle qu'elle avait imaginée.
Le bruit sourd des vagues qui frappaient le rivage l'apaisait, mais ce calme n'était qu'illusoire. Élise savait qu'elle ne pourrait pas fuir cette réalité éternellement. Elle devait faire quelque chose. Peut-être qu'il était temps d'agir, de prendre l'initiative. Après tout, si cet homme n'avait pas cherché à la rencontrer, pourquoi ne pas le faire elle-même ?
L'idée la frappa avec une clarté soudaine. Pourquoi pas ? Pourquoi continuer à vivre dans cette incertitude, à attendre qu'un jour, peut-être, cet homme se souvienne de son existence ? Elle pourrait le contacter, lui écrire, ou même le retrouver en personne.
Elle se leva d'un bond, parcourant nerveusement le salon. « Mais... et s'il ne veut pas me rencontrer ? » pensa-t-elle. L'idée qu'il puisse la rejeter lui serrait le cœur. Mais elle ne pouvait pas rester dans l'inaction, prisonnière de ses doutes.
Soudain, une pensée désagréable lui traversa l'esprit. Et s'il était marié à quelqu'un d'autre ? S'il avait utilisé ce mariage arrangé simplement pour respecter l'accord familial, sans jamais avoir l'intention de le vivre réellement ? Élise secoua la tête pour chasser cette hypothèse, mais elle s'accrochait à son esprit.
Le téléphone vibra brusquement sur la table, la faisant sursauter. Elle le saisit, le cœur battant. Peut-être était-ce lui ? Peut-être avait-il enfin décidé de la contacter ?
Mais non. Ce n'était qu'un message de sa collègue pour une réunion du lendemain. Elle soupira, déçue. Elle devait arrêter de se faire des illusions. Cet homme ne la contacterait jamais de son propre chef. Il avait clairement montré, par son absence, qu'il n'était pas intéressé par cette relation. Peut-être qu'il était heureux que les choses restent ainsi. Peut-être qu'il avait même espéré qu'elle demanderait le divorce.
Elle se laissa tomber à nouveau sur le canapé, le regard vide. Peut-être qu'elle devrait en faire autant. Prendre les devants et rompre ce lien avant qu'il ne l'étouffe complètement. Mais quelque chose en elle la retenait. Un mélange de curiosité et d'orgueil. Elle voulait savoir. Elle devait comprendre qui était cet homme et pourquoi il l'avait ignorée aussi longtemps.
Le crépuscule se transforma en nuit, et les ombres de la ville se projetèrent contre les murs de l'appartement. Élise resta là, immobile, perdue dans ses pensées. Le silence l'entourait, mais à l'intérieur, une tempête faisait rage.
Les rues de Marécourt étaient telles qu'Élise les avait laissées, baignées dans cette atmosphère brumeuse et légèrement humide, typique de cette ville côtière. Les pierres des bâtiments semblaient toujours aussi anciennes, racontant des histoires centenaires de marins et de voyageurs qui avaient foulé ces pavés avant elle. Mais pour Élise, cette fois, quelque chose avait changé. Ce retour, qu'elle avait tant redouté, n'était plus seulement une question de nostalgie ou de tristesse liée à la perte de son grand-père. Elle revenait pour affronter une réalité bien plus pesante : son mariage, ou plutôt, l'absence flagrante de celui-ci.
Elle marcha le long de la jetée, le vent de la mer lui fouettant doucement le visage, et ajusta son manteau autour d'elle. L'air salin emplissait ses poumons, lui rappelant chaque instant pourquoi elle aimait tant cette ville, même avec ses secrets. Mais aujourd'hui, ce n'était pas la beauté de Marécourt qui captait son attention. Aujourd'hui, tout semblait plus lourd, plus sombre, comme un présage de ce qui l'attendait.
Le bruit de son téléphone brisant le silence environnant la sortit brutalement de ses pensées. C'était une notification. Elle soupira en pensant que ce serait encore une alerte anodine ou un message de travail. Pourtant, le nom affiché sur l'écran la figea.
Un message de son mari. Enfin.
Elle ouvrit nerveusement la conversation, ses doigts tremblant légèrement, espérant – ou redoutant – quelque chose de significatif. Mais ce qu'elle découvrit la fit serrer les mâchoires.
« Élise, il est temps de mettre un terme à cette situation. Je propose que nous divorçons à l'amiable. C'est dans notre intérêt à tous les deux. »
Pas d'explications. Pas d'excuses. Juste ces quelques lignes froides et détachées, comme s'il lui demandait un banal service, comme si un an de silence et d'incertitude ne signifiaient rien. Elle relut le message, espérant y trouver quelque chose de plus, une trace d'humanité peut-être. Mais non. Rien. Juste ce même ton distant.
Elle se força à respirer profondément. Un an sans aucun contact et voilà comment il décidait de rompre leur lien ? Sans jamais l'avoir rencontrée ? Sans une seule conversation en face à face ? La colère monta en elle comme une vague déferlante.
« Très bien, » murmura-t-elle pour elle-même. « S'il veut divorcer, alors divorçons. »
Élise rangea son téléphone dans sa poche, son visage maintenant aussi dur et froid que le vent qui soufflait de la mer. Elle prit la direction de son appartement, ses pensées tourbillonnant comme les feuilles emportées par les rafales.
Quelques minutes plus tard, elle ouvrit la porte de son logement, posant son sac dans l'entrée. Elle s'installa sur le canapé et prit une longue inspiration, cherchant à calmer les battements rapides de son cœur. Comment en était-elle arrivée là ? Cette union absurde qu'elle avait acceptée par devoir, cette promesse qu'elle avait tenue pour honorer la mémoire de son grand-père... tout cela semblait si vain maintenant.
Son téléphone vibra de nouveau, mais cette fois, ce n'était pas un message de lui. C'était son amie Claire, toujours pleine d'énergie et de franchise. Claire avait été la seule à rester en contact constant avec Élise après son mariage, même si elle n'avait jamais vraiment compris pourquoi Élise avait accepté de se marier à un inconnu.
« Alors, tu es de retour à Marécourt, hein ? » lança Claire dès qu'Élise décrocha. Pas de salutations formelles, juste la question directe. Typique de Claire.
« Oui, je suis rentrée ce matin. »
« Et... tu comptes enfin confronter ton mari ? » demanda-t-elle, sa voix trahissant une pointe d'ironie. « Je veux dire, tu es restée un an sans rien, et là tu reviens comme une héroïne d'un roman à l'eau de rose ? »
Élise pinça les lèvres, n'ayant pas vraiment la patience pour l'humour acéré de Claire en ce moment. « Il m'a envoyé un message, » dit-elle simplement.
Un court silence s'installa à l'autre bout de la ligne, et Claire, pour une fois, sembla peser ses mots. « Ah. Et qu'est-ce qu'il a dit ? »
« Il veut divorcer. »
Un rire sec jaillit du téléphone. « Et c'est tout ? Ce type est vraiment un morceau de travail, hein ! Il ne t'a jamais rencontrée et il te balance ça comme si c'était une formalité administrative ? »
« Exactement. »
Élise sentit sa gorge se serrer. Parler de cela à voix haute rendait la situation encore plus absurde. Elle était mariée à un homme dont elle ne connaissait même pas le visage, et voilà qu'il lui demandait de rompre ce mariage comme on résilie un abonnement.
Claire poussa un long soupir. « Bon, qu'est-ce que tu comptes faire ? »
« Je ne sais pas encore, » avoua Élise. « Une partie de moi veut simplement signer les papiers et passer à autre chose. Mais l'autre... l'autre partie a besoin de comprendre. Je ne peux pas juste laisser ça comme ça, Claire. »
« Tu veux une confrontation, c'est ça ? Tu veux enfin le voir en face, lui demander pourquoi il t'a ignorée pendant tout ce temps ? »
« Oui. » La réponse était claire dans son esprit. Elle ne voulait plus vivre dans cette ambiguïté. Elle devait savoir qui il était, pourquoi il avait accepté ce mariage sans jamais s'y impliquer, et pourquoi il voulait y mettre fin sans même lui accorder un mot en personne.
« Je te soutiens, Élise, mais fais attention à toi. Ce genre de situation peut être... compliqué, tu vois ce que je veux dire. »
Élise hocha la tête même si Claire ne pouvait pas la voir. Elle comprenait les inquiétudes de son amie, mais elle savait aussi qu'elle ne pouvait plus rester passive. Ce mariage avait été imposé à tous les deux, mais elle méritait des réponses.
« Je vais demander à le rencontrer, » dit-elle enfin. « Et s'il refuse... alors je saurai à quoi m'en tenir. »
Après avoir raccroché, Élise resta assise, fixant son téléphone. Elle savait que la prochaine étape serait cruciale. Elle devait lui écrire, lui dire qu'elle refusait de signer le divorce sans une rencontre. Elle voulait l'affronter, face à face, comprendre pourquoi il avait choisi cette voie. Même si cela signifiait se heurter à une indifférence glaciale.
Sa décision prise, elle ouvrit l'application de messagerie et commença à taper, chaque mot pesant lourdement sur ses épaules.
« Si tu veux divorcer, très bien. Mais pas avant que nous nous soyons rencontrés en personne. J'ai besoin de réponses, et je ne signerai rien tant que cela n'aura pas eu lieu. »
Elle hésita un instant avant d'appuyer sur « envoyer ». Le message parti, elle lâcha un long soupir, sentant une étrange libération s'emparer d'elle. La balle était maintenant dans son camp.
La nuit était tombée sur Marécourt, plongeant la ville dans un calme presque surnaturel. Élise se leva et se dirigea vers la fenêtre. Au loin, les lumières des bateaux de pêche scintillaient sur l'horizon sombre. Cette ville, avec tous ses souvenirs et ses fantômes, semblait toujours aussi mystique, comme si elle portait en elle les réponses que cherchait Élise.
Un bruit léger la sortit de ses pensées. Son téléphone vibrait de nouveau sur la table. Elle s'en approcha, le cœur battant plus fort. Le message était de lui.
« D'accord. Rencontrons-nous. Demain, 15h, au café de la jetée. »
Élise resta figée, relisant le message plusieurs fois. Ce qu'elle avait demandé, ce qu'elle avait redouté, allait enfin arriver. Mais alors que l'excitation et l'appréhension se mélangeaient en elle, une nouvelle vague de questions l'envahit. Qui était cet homme ? Que voulait-il vraiment ?
Le rendez-vous était fixé, mais les réponses, elles, semblaient encore si lointaines.
Le café de la jetée était baigné par la lumière douce du soleil d'après-midi. Le vent léger soufflait depuis l'océan, transportant avec lui l'odeur salée des vagues. Élise, assise à une table près de la fenêtre, observait l'horizon, son cœur battant à un rythme irrégulier. Le rendez-vous fixé par son mari pour discuter du divorce approchait, et elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander à quoi il ressemblait, quel genre d'homme il était.
Elle regarda sa montre pour la troisième fois en cinq minutes. 14h55. Encore cinq minutes avant que l'inconnu ne fasse son apparition. Était-il ponctuel ? Serait-il aussi froid et détaché en personne que dans ses messages ? Tant de questions tournaient dans son esprit, et elle se détestait un peu de leur accorder autant d'importance.
Les minutes s'écoulaient lentement, presque douloureusement, jusqu'à ce qu'enfin, un homme entre dans le café. Élise le reconnut immédiatement. Il portait un costume sombre parfaitement taillé, et son allure élégante dégageait une certaine assurance. Ses cheveux, d'un brun profond, étaient légèrement décoiffés par le vent, mais ce qui attira immédiatement l'attention d'Élise, c'étaient ses yeux : un bleu perçant, presque glacé. Il scanna la pièce du regard, puis s'avança vers elle sans hésitation.
« Élise, je présume ? » Sa voix était grave, posée, comme elle l'avait imaginé.
Elle hocha la tête, l'observant s'asseoir en face d'elle. Aucun sourire, aucune chaleur dans son regard. Ils étaient des étrangers, et il n'avait aucun intérêt à changer cela.
« Je m'appelle Léonard. » Il croisa ses bras sur la table et la fixa, son regard aussi tranchant que l'air frais qui venait de l'extérieur. « Je suppose que tu as des questions. »
Élise resta silencieuse un moment, déconcertée par la froideur de son ton. Elle s'était préparée à cette rencontre, mais maintenant qu'il était là, en face d'elle, une rage sourde montait en elle. Comment pouvait-il être aussi détaché, aussi indifférent après un an de silence ?
Elle prit une profonde inspiration. « Oui, j'ai des questions, mais je suppose que je n'aurai pas toutes les réponses que je veux. »
Léonard haussa un sourcil. « Je suis là pour discuter du divorce, pas pour évoquer des détails inutiles. Nous avons tous les deux signé cet accord pour des raisons familiales. Il n'y a pas grand-chose à ajouter. »
Élise serra les poings sous la table. « Inutiles ? Tu me dis que nos vies – que ce mariage – ne sont qu'un détail insignifiant ? » Sa voix tremblait légèrement, mais elle essaya de garder son calme.
Il la fixa, imperturbable. « Ce mariage n'a jamais été réel pour moi, Élise. C'était une obligation. Rien de plus. Je suis désolé si tu espérais autre chose. »
Les mots la frappèrent comme une claque. « Une obligation... » murmura-t-elle, sentant sa colère grandir. « Tu m'as laissée dans le silence pendant un an, sans même essayer de me rencontrer, et tu oses dire que tout cela n'a jamais compté ? »
Léonard haussa légèrement les épaules. « Nous savions tous les deux à quoi nous nous engagions. Je n'ai jamais voulu de cette union, tout comme toi, je présume. »
« Alors pourquoi ne pas avoir annulé dès le début ? Pourquoi attendre un an avant de me demander le divorce ? »
Il posa ses mains sur la table et la fixa droit dans les yeux. « Les choses étaient compliquées. Mon entreprise, ma famille... Il y avait des priorités. Mais maintenant, c'est le bon moment pour nous séparer proprement. »
Élise le fixa, incapable de croire qu'il pouvait parler avec une telle froideur. Cet homme avait réussi à réduire tout ce qu'ils avaient vécu – même si cela n'était qu'un mariage sur papier – à un simple inconvénient qu'il était maintenant prêt à effacer de sa vie. Elle se sentait insultée, humiliée même. Mais elle savait que rester en colère ne changerait rien. S'il voulait ce divorce, elle n'allait pas se battre pour le retenir.
« Très bien, Léonard, » dit-elle enfin, sa voix plus calme. « Si tu veux divorcer, je vais signer les papiers. Mais je ne sortirai pas de cette situation comme une victime. »
Léonard arqua un sourcil, intrigué. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Elle croisa les bras, retrouvant un peu de son assurance. « Je vais reprendre ma vie en main. Je ne vais plus être celle qui attend dans l'ombre pendant que toi, tu vis ta vie. Je postule pour un poste au Groupe Ascendance. Je vais y réussir, et je n'aurai pas besoin de toi ni de ce mariage pour me définir. »
Un éclat de surprise traversa son regard, mais il se reprit rapidement. « Le Groupe Ascendance ? C'est un objectif ambitieux. » Il s'appuya contre le dossier de sa chaise, semblant légèrement impressionné, bien qu'il tentât de le dissimuler. « Mais tu es consciente qu'il s'agit d'une compétition féroce ? Ils ne prennent que les meilleurs. »
« Je le sais, » répliqua-t-elle fermement. « Et je suis prête à me battre pour ce poste. Je ne resterai plus la femme passive que j'étais. »
Léonard l'observa en silence, comme s'il la découvrait pour la première fois. « Très bien, » dit-il enfin, se levant de sa chaise. « Si c'est ce que tu veux, je ne vais pas t'en empêcher. Fais ce que tu dois faire, et moi aussi. » Il sortit une enveloppe de sa veste et la posa sur la table. « Voici les documents pour le divorce. Fais-moi savoir quand tu les auras signés. »
Élise fixa l'enveloppe pendant quelques secondes, puis releva les yeux vers lui. « Je les signerai. Mais tu peux être sûr d'une chose, Léonard. Ce n'est pas la dernière fois que tu entendras parler de moi. »
Un sourire discret apparut sur les lèvres de Léonard, un sourire presque imperceptible. « J'en suis certain, Élise. J'en suis certain. » Puis, sans un mot de plus, il tourna les talons et quitta le café.
Élise resta assise, le regard fixé sur l'enveloppe devant elle. Une partie d'elle avait envie de la jeter par la fenêtre, de laisser ce chapitre douloureux derrière elle sans y penser à nouveau. Mais l'autre partie savait que c'était exactement ce dont elle avait besoin pour avancer. Ce mariage, aussi froid et insignifiant qu'il avait pu paraître, l'avait retenue trop longtemps. Maintenant, elle avait l'occasion de reprendre le contrôle de sa vie.
Elle sortit son téléphone de son sac et ouvrit l'application du Groupe Ascendance. Elle s'était renseignée sur l'entreprise pendant des mois. L'idée de travailler pour une société aussi prestigieuse l'avait toujours attirée, mais elle avait hésité à franchir le pas. Peut-être par peur de l'échec, ou peut-être parce qu'elle ne s'était pas sentie prête. Mais aujourd'hui, tout cela avait changé.
Ses doigts tapèrent rapidement sur l'écran alors qu'elle remplissait sa candidature. Elle détailla son expérience, son expertise, et sa motivation. Elle savait que le processus de sélection serait rigoureux, mais elle se sentait prête à relever le défi. Après tout, qu'avait-elle à perdre ? Si Léonard pensait qu'elle n'était qu'une partie insignifiante de son passé, elle lui prouverait qu'il avait tort.
Quand elle appuya enfin sur « Envoyer », un étrange mélange de soulagement et de détermination s'empara d'elle. Ce divorce ne serait pas la fin de son histoire. C'était juste le début de quelque chose de nouveau, de quelque chose de plus grand.
Elle se leva de la table et sortit du café, inspirant profondément l'air frais de la mer. Les vagues s'écrasaient toujours contre la jetée, indifférentes à ses problèmes, mais pour la première fois depuis longtemps, Élise se sentait plus légère. Libre.
Ce soir-là, alors qu'elle se préparait pour le lendemain, elle réfléchit à tout ce qui s'était passé dans ce café. Elle savait que le chemin devant elle serait difficile. La compétition pour un poste au Groupe Ascendance était féroce, et elle aurait besoin de toute sa force pour y parvenir. Mais elle avait une nouvelle détermination, une nouvelle énergie. Ce divorce serait l'occasion de se reconstruire, de se prouver à elle-même qu'elle n'était pas définie par cet échec.
Et tandis que la nuit tombait sur Marécourt, Élise savait qu'elle était enfin prête à reprendre les rênes de sa vie, quoi qu'il arrive.
Le soleil se levait à peine sur Marécourt lorsque Élise se tenait devant l'imposant bâtiment du Groupe Ascendance. Son cœur battait à tout rompre, un mélange d'excitation et d'anxiété l'envahissant. Elle ajusta son blazer d'un geste nerveux, essayant de se convaincre qu'elle était prête pour cette nouvelle étape. Son premier jour en tant qu'attachée de presse dans l'une des plus grandes entreprises du pays. Tout devait être parfait.
Le hall d'entrée du Groupe Ascendance était à la fois moderne et majestueux. Des murs de verre laissaient entrer la lumière naturelle, illuminant l'espace d'une douce clarté matinale. Élise marcha droit vers la réception, essayant de contrôler sa respiration.
« Bonjour, je suis Élise Mercier, j'ai un rendez-vous avec Monsieur Belmont à 8h30 », dit-elle avec un sourire poli à la réceptionniste.
La jeune femme derrière le comptoir lui rendit son sourire. « Bienvenue, Mademoiselle Mercier. Monsieur Belmont vous attend dans son bureau. Prenez l'ascenseur jusqu'au 22e étage. »
Élise hocha la tête et suivit les instructions. L'ascenseur, un cube de verre lisse, l'emmena rapidement vers le sommet de l'immense tour. Elle observa son reflet dans les parois brillantes et tenta de calmer les battements de son cœur. Aujourd'hui était un nouveau départ, un moyen de prouver qu'elle pouvait faire quelque chose de grand sans dépendre de quiconque. Elle se devait de réussir.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent en un léger tintement, révélant un couloir immaculé. L'atmosphère ici était plus feutrée, plus privée. Élise suivit le chemin jusqu'au bureau de celui qu'on appelait le magnat mystérieux : Adrien Belmont.
Elle frappa doucement à la porte, ses doigts tremblants légèrement. Après quelques secondes, une voix grave et calme lui répondit.
« Entrez. »
Elle ouvrit la porte et se retrouva face à un bureau vaste, dominé par de grandes baies vitrées offrant une vue imprenable sur la ville. Et là, derrière un bureau en bois sombre, se tenait Adrien Belmont. Grand, avec une carrure imposante, il semblait presque irréel dans son costume noir parfaitement taillé. Ses cheveux bruns étaient coiffés en arrière, dégageant un visage aux traits anguleux et perçants. Mais ce qui captiva immédiatement Élise, c'était son regard : des yeux d'un gris acier, mystérieux et insondables.
« Mademoiselle Mercier », dit-il en se levant pour l'accueillir, tendant une main ferme mais polie. « Bienvenue au Groupe Ascendance. »
Élise serra sa main, tentant de ne pas montrer l'effet que cet homme avait déjà sur elle. « Merci, Monsieur Belmont. C'est un honneur de rejoindre votre équipe. »
Il l'invita à s'asseoir d'un geste gracieux. « L'honneur est pour nous. Votre dossier a retenu toute notre attention. J'ai personnellement suivi votre candidature, et je dois dire que votre profil est impressionnant. »
Le compliment la prit par surprise. « Je... je vous remercie. C'est un vrai privilège de pouvoir travailler ici. »
Adrien Belmont ne laissa pas transparaître d'émotion particulière. Il se rassit, croisant ses bras, ses yeux fixés sur elle avec intensité. « Je ne vous mentirai pas, Mademoiselle Mercier, le poste d'attachée de presse au sein du Groupe Ascendance n'est pas une tâche facile. Vous allez devoir naviguer entre les exigences de l'entreprise et l'image que nous projetons au public. »
Élise acquiesça, tentant de paraître plus confiante qu'elle ne l'était réellement. « Je comprends. Je suis prête à relever le défi. »
Il resta silencieux pendant quelques secondes, comme s'il la jaugeait, avant de sourire légèrement. « Très bien. Dans ce cas, je vais vous a »signer à votre premier dossier. Vous travaillerez directement avec moi pour l'événement annuel de charité du Groupe Ascendance. C'est une grande opportunité pour vous de montrer de quoi vous êtes capable. »
Élise ne put cacher sa surprise. Travailler directement avec le PDG dès le premier jour ? Elle savait que ce poste serait exigeant, mais elle n'avait pas imaginé être aussi impliquée si tôt. Pourtant, elle ne pouvait pas se permettre de montrer ses doutes.
« Merci pour cette opportunité, Monsieur Belmont. Je ferai de mon mieux pour être à la hauteur de vos attentes. »
Adrien la regarda avec un petit sourire énigmatique. « Je n'en doute pas. Vous trouverez toutes les informations nécessaires dans ces dossiers. » Il lui tendit une pile de documents. « L'événement se déroule dans deux semaines, et il sera essentiel que tout soit parfait. »
Elle hocha la tête, prenant les documents avec un mélange de nervosité et d'excitation. « Je vais m'y plonger immédiatement. »
« Je n'en attends pas moins de vous. » Son ton restait professionnel, mais quelque chose dans son regard la troublait. Était-ce de la curiosité ? Ou peut-être quelque chose de plus indéfinissable ?
Élise se leva pour partir, mais alors qu'elle atteignait la porte, Adrien ajouta d'une voix plus douce, presque imperceptible : « Vous savez, Mademoiselle Mercier, travailler ici n'est pas qu'une question de compétences. Il faut aussi savoir garder son sang-froid dans des situations imprévisibles. J'espère que vous saurez vous y adapter. »
Elle se retourna légèrement, rencontrant son regard perçant. « Je suis prête à tout, Monsieur Belmont. »
Il sourit à nouveau, mais cette fois, son sourire semblait cacher bien plus qu'un simple mot d'encouragement. « Nous verrons bien. »
Lorsqu'elle quitta le bureau, Élise sentait encore le poids du regard d'Adrien sur elle. Elle inspira profondément en marchant dans le couloir. Son premier défi venait de commencer, et elle ne pouvait se permettre de faillir.
Le reste de la journée fut une course effrénée. Élise découvrit son espace de travail, situé juste à côté du bureau d'Adrien, et rencontra plusieurs membres de l'équipe de communication. Chacun semblait concentré, professionnel, et parfaitement à l'aise dans cet environnement intense. Mais au fond d'elle, Élise se demandait si elle était à la hauteur.
« Alors, c'est toi la nouvelle ? »
Une voix légère la tira de ses pensées. Elle se retourna pour voir une jeune femme approcher, ses talons claquant sur le sol. Elle portait un tailleur chic, ses cheveux blonds impeccablement coiffés, et un sourire amusé flottait sur ses lèvres.
« Je m'appelle Clara, je travaille au service des relations publiques. On m'a dit que tu allais travailler avec Adrien pour l'événement de charité. »
Élise hocha la tête. « Oui, c'est exact. Je suis Élise. »
Clara la regarda avec un mélange d'envie et de curiosité. « Travailler directement avec lui, dès le premier jour... tu es chanceuse. C'est rare qu'il s'investisse autant dès le début. »
Élise haussa les épaules. « Je ne sais pas si on peut appeler ça de la chance. C'est surtout beaucoup de pression. »
Clara éclata de rire. « Oh, tu n'as pas idée. Travailler avec Adrien, c'est... comment dire... une expérience unique. »
Élise la regarda, intriguée. « Pourquoi ? »
Clara pencha légèrement la tête, comme si elle réfléchissait à la meilleure façon de formuler sa réponse. « Disons simplement qu'Adrien est un homme... complexe. Brillant, sans aucun doute. Mais il a des attentes très élevées, et il ne pardonne pas facilement les erreurs. »
Un frisson parcourut Élise. Elle avait déjà ressenti cette intensité lors de leur première rencontre, mais entendre ces paroles la confortait dans l'idée qu'elle devait se préparer à des défis encore plus grands.