Mon sang coulait sur le tapis persan hors de prix. J'étais Amélie de Valois, héritière d'un empire, et ma vie, censée être parfaite avec mon fiancé Étienne, venait de basculer dans l'horreur la plus absolue.
Pourtant, alors que chaque battement de mon cœur pompait ma vie hors de mon corps, sa voix au téléphone, celle d'Étienne, était glaciale, teintée d'un agacement insupportable. « C'est encore une de tes comédies pour attirer l'attention ? Chloé est si fragile, tu ne penses qu'à la tourmenter. »
Poignardée, ma vie s'échappait, mes tentatives désespérées de lui expliquer que des cambrioleurs m'avaient attaquée se transformaient en un gargouillis sanglant, inaudible. Il ne me crut pas, préoccupé par les humeurs de sa maîtresse, Chloé. Il me laissa sombrer, seule et sans défense, lui qui avait renvoyé mes gardes du corps le matin même, me livrant ainsi à mon sort.
La haine me submergea, plus brûlante que la douleur de mes plaies. Je le haïssais, lui, mon fiancé, de croire cette femme et de me regarder mourir avec une telle indifférence, me laissant agoniser sans un soupçon de pitié. Comment avais-je pu être si aveugle, si naïve, pour ne pas voir la cruauté abyssale qui se cachait derrière son sourire parfait ?
Ma vue se brouilla, les ténèbres m'enveloppèrent dans un murmure d'adieu. Puis, subitement, je me suis réveillée. Indemne. Au même bureau, le jour exact du drame imminent. Une seconde chance. Cette fois, la vengeance serait mienne, et mon destin, ainsi que celui de l'empire de Valois, ne serait plus jamais entre leurs mains.
Mon sang coulait sur le tapis persan hors de prix.
L'air était lourd, empli de l'odeur du métal et de la peur.
Au téléphone, la voix d'Étienne, mon fiancé, était glaciale.
« C'est encore une de tes comédies pour attirer l'attention ? Chloé est si fragile, tu ne penses qu'à la tourmenter. »
J'essayais de parler, de lui dire que des cambrioleurs m'avaient poignardée, mais seul un gargouillis sanglant sortit de ma gorge.
Je le haïssais. Je le haïssais de croire cette femme, Chloé, la fille de notre gouvernante, plutôt que moi, l'héritière de l'empire de Valois, sa future épouse.
C'était lui qui avait renvoyé mes gardes du corps ce matin, le jour de nos fiançailles, prétextant que leur présence gâchait le romantisme.
Il m'avait laissée seule, vulnérable.
Alors que ma vue se brouillait, j'ai entendu le bruit assourdissant d'un hélicoptère.
Une silhouette s'est précipitée vers moi.
Julien. Le Corse rebelle, celui que mon père avait exilé dans les filiales les plus reculées. Son visage, habituellement arrogant, était déformé par la panique et une douleur pure.
C'était la dernière chose que j'ai vue.
Puis, je me suis réveillée.
La lumière du soleil filtrait à travers les rideaux de ma chambre, au château. J'étais assise devant mon bureau, indemne.
Sur la table, les photos des jeunes cadres que mon père avait sélectionnés pour moi. Mes potentiels maris.
Ma main tremblait.
Mon père, Jean-Luc de Valois, est entré.
« Amélie, ma chérie. Il est temps de choisir. Pour ta sécurité, pour l'avenir de l'entreprise. »
Dans ma vie passée, mon doigt s'était posé sur le visage souriant et parfait d'Étienne Dubois.
Cette fois, mon doigt a dépassé la photo d'Étienne. Il a ignoré les autres visages ambitieux.
Il a pointé la photo de Julien Moreau, le rebelle aux yeux sombres, pris sur le pont d'un voilier, le vent dans les cheveux.
Mon père a froncé les sourcils, son visage s'est assombri.
« Amélie, je suis désolé. C'est une terrible nouvelle. »
Il a marqué une pause.
« Julien a disparu en mer il y a un mois. Son bateau a été retrouvé vide. Il est présumé mort. »
Le mot "mort" a résonné dans le silence.
Mais je l'avais vu. Son visage paniqué était la dernière image gravée dans ma mémoire. Il ne pouvait pas être mort.
« Ce sera lui, ou personne », ai-je déclaré d'une voix qui ne tremblait pas.
Mon père a soupiré, mais n'a pas insisté. Il connaissait ma détermination.
Ma première action a été de reprendre le contrôle.
Le téléphone a sonné. C'était Étienne, sa voix faussement douce.
« Amélie, chérie. Chloé est si fatiguée. Elle pensait aller se reposer quelques jours dans ta villa privée au Cap Ferret. J'ai déjà dit au personnel de préparer sa venue. »
Dans ma vie passée, j'aurais accepté sans discuter.
« Non. »
Un silence. Puis l'irritation perçait dans sa voix.
« Pardon ? Mais elle est si fragile, le médecin a dit que l'air marin lui ferait du bien... »
« J'ai dit non, Étienne. C'est ma villa. Chloé n'y mettra pas les pieds. J'ai déjà appelé le gardien pour lui interdire l'accès. »
J'ai raccroché avant qu'il ne puisse répondre.
Ensuite, j'ai convoqué les deux gardes du corps qu'Étienne m'avait assignés après avoir renvoyé les miens.
« Vous travaillez pour moi ou pour Étienne Dubois ? » ai-je demandé froidement.
Ils ont échangé un regard mal à l'aise. L'un d'eux a balbutié : « Pour vous, Mademoiselle de Valois, mais Monsieur Dubois nous donne aussi des... instructions. »
« Parfait. Vous êtes virés. Tous les deux. Quittez la propriété immédiatement. »
Ils sont partis, stupéfaits.
J'ai ensuite utilisé mes propres ressources, celles que mon père ignorait que j'avais. J'ai engagé une équipe de détectives privés.
« Retrouvez-moi Julien Moreau. Sa dernière position connue. »
Quelques jours plus tard, j'ai reçu un rapport. Le bateau de Julien avait été retrouvé au large de la Bretagne, mais un vieux pêcheur l'avait aperçu débarquer discrètement dans un petit port isolé, près de Paimpol.
J'ai pris un hélicoptère, seule.
Le port sentait le sel, le poisson et le goudron. J'ai trouvé le bar miteux décrit dans le rapport.
Il était là.
Assis au fond, une bière à la main, le regard perdu vers la mer. Il portait des vêtements usés de marin, sa barbe de quelques jours lui donnait un air encore plus sauvage.
Je me suis approchée.
« Julien. »
Il s'est retourné, ses yeux se sont écarquillés de surprise. Il s'est levé d'un bond.
« Amélie ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Je suis venue te chercher. »
Il a ri, un rire amer. « Pour me renvoyer encore plus loin ? Ton père n'est pas content de mes résultats ? »
« J'ai simulé ma mort », a-t-il avoué sans que je le lui demande, sa voix devenant sérieuse. « Je traquais un réseau de contrebande. Ils utilisent nos lignes maritimes pour faire passer de la marchandise. J'étais sur le point de les coincer. »
J'ai compris. Le "rebelle" était en fait un homme loyal, protégeant l'entreprise dans l'ombre.
« Ton enquête est terminée. Tu vas revenir avec moi. »
« Revenir ? Pourquoi ? Pour que ton fiancé parfait me regarde de haut ? »
« Pour notre mariage », ai-je dit simplement.
Il m'a regardé, complètement confus. Son expression était un mélange d'incrédulité et d'une lueur étrange que je ne pouvais pas déchiffrer.
« Ton mariage avec Étienne ? Pourquoi tu veux que je sois là ? Pour te voir épouser un autre homme ? »
Je n'ai pas corrigé son erreur. C'était mieux ainsi pour le moment.
« Tu seras là. C'est un ordre. »
Il a soupiré, passant une main dans ses cheveux.
« D'accord. Je viendrai à ton mariage. »
Il pensait n'être qu'un simple invité.