La guerre. La violence. Le sang. La mort. Pendant des dizaines de milliers d'années, deux peuples légendaires se livraient à des batailles sanguinaires. Ces peuples étaient à l'origine de l'apparition de différents monstres et créatures tout aussi légendaires qui peuplent maintenant le folklore de l'Humanité. Mais, au commencement, il n'y avait que ces êtres extraordinaires. Les Archanges et les Princes Démons. La Lumière face aux Ténèbres. Le Tout-Puissant contre le Mal Absolu. Ce conflit, qui allait déterminer qui régnerait sur le Monde, durait depuis la nuit des temps.
Mais aujourd'hui, il pourrait prendre fin. La Bataille qui faisait rage dans les Limbes pouvait mettre un terme à ce conflit. Les Archanges et les Princes Démons, accompagnés de leurs Serviteurs, se confrontaient peut-être pour la dernière fois. Les cadavres étaient déjà nombreux sur le sol. Quant aux guerriers, ils triomphaient, ou périssaient dans des combats sanglants.
Parmi eux, il y en avait un, qui se frayait un chemin à travers cette boucherie. Un jeune homme, noir, grand, un peu musclé. Il portait une chemise rouge et un pantalon sombre. Ses manches étaient retroussées. Une chaîne entourait son bras gauche, et accrochée à cette chaîne, il y avait une épée violette comme l'améthyste. Ses mains et son arme, pleines de sang, étaient entourés de flammes noires et violettes. Des flammes sombres, montrant son appartenance au Clan des Démons.
Il avait un regard plein de colère, dirigé vers son objectif. Un autre guerrier, qui se tenait sur une place en hauteur. Il avait une peau assez blanche, tout comme ses cheveux. Il portait une armure dorée et tenait également une épée ensanglantée dans ses mains. En voyant son adversaire, il sourit d'un air satisfait et excité. Des ailes se matérialisèrent dans son dos.
- Te voilà, Jason ! Je t'attends depuis un moment, dit l'homme aux cheveux blancs.
Il s'envola rejoindre Jason, qui courait dans sa direction, dans l'intention de le tuer. Ils n'étaient maintenant qu'à quelques mètres l'un de l'autre. Autour d'eux, des explosions retentissaient, signe de la violence des affrontements. Le sol tremblait constamment. Mais lorsque ces deux guerriers se firent face, le temps sembla s'arrêter. Plusieurs personnes avaient cessé leur combat et regardait Jason, serviteur d'un Démon, et son adversaire, serviteur d'un Ange. La nouvelle de leur rencontre traversa le champ de bataille à toute vitesse.
- C'est lui ? Jason XIII ? dit un guerrier des Cieux.
- Le Démon ? demanda un autre.
- C'est un Adepte du XIII lui aussi, non ? De CE Prince Démon ?
- Oui, le plus dangereux d'entre eux. Mais il n'y a rien à craindre. Maître Luxus est le plus fort des Apôtres. Il parait qu'il rivalise avec les Archanges !
- Mais il parait que ce Jason XIII est redoutable et d'une cruauté sans égale !
- Attends, mais en face de lui, c'est..., commença un Guerrier de l'Enfer.
- Ouais c'est lui. Le Pacificateur, lui répondit un autre.
- Le Démon Jason XIII va affronter Luxus le Pacificateur... Il parait qu'il a éliminé une grosse partie de nos troupes. À lui seul, il doit bien valoir mille hommes !
- Ouais, en plus, son Maître, c'est pas n'importe qui... Mais si quelqu'un peut affronter le Pacificateur, c'est bien Jason XIII !
Ceux se trouvant autour des deux guerriers avaient brutalement cessé de combattre, captivés par la rencontre de ces deux légendes du Monde Surnaturel. Rencontre qui était accompagnée, de temps à autre, par des explosions causées par les centaines de milliers de soldats qui s'affrontaient toujours.
- Il serait temps de mettre un terme à cette guerre. Aller, viens Jason ! Mettons un point final à notre histoire ! défia le Pacificateur.
- C'est aujourd'hui que tu mourras, Luxus, déclara le Démon Jason XIII.
Les deux guerriers se jetèrent l'un sur l'autre, arme en main. Le choc de la rencontre fit trembler les Limbes. Peu importe qui remportera ce duel, cela marquera le Monde Surnaturel à jamais...
...
9 ans plus tôt.
Harlem, New-York City.
Le soleil commençait à se coucher pour les habitants de Manhattan. La journée se terminait paisiblement. Les adultes quittaient leur travail, heureux de pouvoir enfin rentrer chez eux. Les enfants, qui étaient à l'école, se jetaient dans les bras de leurs parents, venus les chercher.
Mais c'était un peu différent pour un jeune garçon de Harlem. Ses parents étant trop occupés, il devait rentrer chez lui par ses propres moyens. Conscient du danger présent, il resta très prudent et se dirigea directement vers son arrêt où il attendrait son bus.
Le jeune garçon, nommé Jason, était un afro-américain aux yeux marrons, coiffés de locks, et âgé de douze ans. C'était un bon élève, quoiqu'un peu dissipé en classe, mais toujours assidu. Il arrivait à la même heure en classe, et repartait à la même heure pour prendre son bus. Alors comme tous les jours, il prit son bus et rentra chez lui.
Cependant, quelque chose n'allait pas, quelque chose était différent mais il ne saurait dire quoi. Le chemin jusque son appartement lui semblait étrangement long mais il n'y porta pas attention. Lorsqu'il arriva devant le bâtiment, il regarda sa montre. Elle indiquait dix-sept heures, l'heure à laquelle il est censé arriver. Rien d'anormal donc. « Hm, je dois juste être fatigué » Il monta les escaliers jusqu'au cinquième étage et rentra chez lui.
C'était un petit appartement mais lui et ses parents ne se plaignaient pas de leur situation. Tant qu'ils étaient ensemble, tout allait bien pour eux. Jason chercha ses parents. Ils ne se trouvaient ni dans le salon, ni dans la cuisine. Il s'apprêta à aller voir dans leur chambre quand il entendit un bruit étrange. Un bruit ressemblant au bruissement des feuilles dans un arbre.
Intrigué, Jason ouvrit la porte et comprit en voyant la scène qui se déroulait devant lui, que ce n'était pas des feuilles qu'il avait entendues : une créature, ailée, masquée et armée d'une épée, tailladait les parents de Jason avec des coups secs. Beaucoup de sang jaillissaient de leur corps, à présent sans vie.
Jason assistait à ce spectacle morbide, impuissant ne sachant quoi faire. Aucun son ne sortait de sa bouche grande ouverte. La peur l'avait tétanisé. Cependant, sa vivacité d'esprit lui permit de remarquer une chose malgré lui. « Cette chose... Elle a l'air... humaine ?! ». Soudain, Jason retrouva ses esprits, et hurla de rage tout en se ruant contre le meurtrier de ses parents. Quand celui-ci l'aperçut, il battit des ailes avec une telle puissance que Jason en perdit l'équilibre. La créature prit son envol et disparut dans le ciel de Manhattan.
Le jeune garçon se releva, les larmes aux yeux. Il se dirigea, tremblant, vers les corps de ses parents. Il réprimait des sanglots alors qu'il s'agenouillait auprès d'eux. Après un douloureux effort, Jason réussit à les allonger l'un à côté de l'autre. Il ferma ensuite leurs yeux avant de pleurer sur eux.
Au bout d'une heure, ses larmes cessèrent de couler, mais Jason ne voulait toujours pas bouger. Il ne savait pas trop quoi faire. Il n'arrivait plus à penser. Seule cette créature habitait son esprit. Créature qu'il se jura de retrouver, peu importe le moyen.
Ce ne fut que quelques heures plus tard que Jason décida d'appeler la police. Il fut interrogé par un inspecteur sur ce qu'il s'était passé plus tôt dans la journée. C'était un grand homme brun, habillé d'un long manteau. Ses cernes et sa barbe mal rasée laissaient penser qu'il ne prenait pas soin de lui. De plus, une odeur désagréable chatouillait les narines de Jason.
L'inspecteur écrivait tout ce que le jeune garçon lui racontait. Seulement, il n'avait pas l'air de croire un mot de ce qu'il disait. Il n'arrêtait pas de lui poser les mêmes questions, encore et encore.
- Mais ça fait une heure que je vous le dis ! Un ange est entré par la fenêtre et a tué mes parents avec une épée. Je sais ce que j'ai vu ! C'est difficile à croire mais c'est pourtant la vérité...
- Bon, très bien, admettons que ce soit la vérité, aussi folle soit-elle, est-ce que tu as d'autres indications à nous donner ? Un signe distinctif en particulier ? interrogea l'inspecteur.
- Des ailes dans le dos, masqué et avec une épée ! cria Jason.
Un détail revint soudainement dans l'esprit de l'adolescent.
- Et... Je crois que j'ai vu des mèches blanches... songea-t-il. Ça peut aider ?
- Ah on avance un peu. Mais si tu n'as rien d'autre, on ne pourra pas lancer de recherches. Ce que tu décris ressemble plus à un déguisement ! Tu n'as aucune idée de sa taille ou de son âge. On a demandé à des potentiels témoins et personne n'a vu ton soi-disant ange s'envoler ! Alors tu m'excuseras petit, mais on a d'autres choses à faire que d'écouter tes contes de fées !
- Mais ce n'est pas un conte de fée ! C'est ce que j'ai vu !
- Non ! Stop, c'est bon maintenant ! On a besoin de quelque chose de concret. Sauf qu'avec ta version de l'histoire, on ne peut rien en tirer. La seule chose dont on est sûr, c'est que tu n'es pas coupable, s'énerva l'inspecteur.
- Bah nan j'suis pas coupable ! Je tuerais jamais mes propres parents ! Et c'est pas de ma faute si vous êtes pas capable de retrouver cet ange ! Je le ferais, moi !
- C'est illégal de faire justice soi-même. Je t'interdis formellement de rechercher cet homme. C'est beaucoup trop dangereux d'y aller seul et surtout pour un adolescent. C'est à la police de s'en charger. Même avec le peu d'indice que l'on a, nous pouvons y arriver. Tu vas devoir nous faire confiance.
Jason baissa la tête, admettant silencieusement qu'il ne pouvait rien faire. L'inspecteur posa une main sur sa tête, se voulant compatissant.
- À présent, je suis désolé pour toi, mais tu es orphelin et tu n'as pas de famille proche. Nous sommes dans l'obligation de t'envoyer dans une famille d'accueil. Elle prendra soin de toi jusqu'à tes vingt-et-un ans, expliqua l'homme.
- Une famille d'accueil ? Mais j'ai de la famille, ils sont dans un autre pays, mais ils sont toujours en vie ! Pourquoi ne pas me laisser avec eux ? protesta Jason.
- C'est malheureusement impossible d'organiser un voyage pareil. Désolé mais c'est comme ça. Tu vas habiter dans une autre famille, dans Harlem. Au moins, tu auras toujours tes repères.
- Hm, j'imagine que j'ai pas le choix...
- Exactement. Tu y seras demain. Tu restes avec nous pour la nuit, annonça l'inspecteur.
- Comme vous voudrez..., se résigna tristement Jason.
La nuit passa, et la police amena Jason à sa nouvelle famille : les Fisher. Apparemment, ils vivaient dans un grand duplex. Jason devrait pouvoir y vivre aisément. L'inspecteur frappa à la porte. Un homme et une femme d'un âge moyen l'ouvrirent. L'homme, assez grand, arborait un sourire protecteur qui semblait plein de compassion. Toutefois, la femme avait un visage dur, sévère, et restait impassible. En voyant Jason, un sourire timide s'afficha sur son visage.
- Ah, nous vous attendions. Tu dois être Jason ? demanda l'homme.
- M. Fisher, bonjour. Comment allez-vous ? Oui en effet, c'est bien lui.
- Bonjour Jason. Je suis Jerry Fisher, se présenta l'homme. Et voici ma femme, Anna. Chérie, tu veux bien appeler les enfants s'il te plaît ?
- Oui bien sûr. LES ENFANTS, DESCENDEZ IMMEDIATEMENT !! hurla la femme.
- Comment vas-tu Jason ? questionna Jerry.
Jason se contenta d'hausser les épaules.
- Oui, je peux comprendre. Mais ne t'inquiète pas, nous t'apporterons tout le soutien nécessaire... Ah, voilà les enfants !
Trois adolescents venaient d'arriver, aux côtés de leurs parents.
- Salut, je m'appelle Todd, j'ai dix-sept ans. Et là, c'est mon petit frère, Peter, treize ans et ma petite sœur Jenna, quinze ans.
Todd était un grand métis, dont l'un des deux parents devait être d'origine africaine et l'autre européenne. « Peut-être que lui aussi a été recueilli par les Fisher ». Il était svelte et musclé. Il avait un visage honnête et souriait à Jason comme s'il souriait à un ami. Peter, à peine plus grand que Jason, ressemblait beaucoup à son père. Excepté le fait qu'il ne souriait pas. Il fixait Jason avec un regard un peu haineux. « Ouh là, j'espère que je finirais par m'entendre avec lui ». Quant à Jenna, elle était blonde, très élégante, mais avait l'air un peu... condescendante. Elle regarda à peine Jason et l'inspecteur.
Les jeunes se présentèrent rapidement avant de rentrer dans la maison. Jerry invita l'inspecteur à rester, mais il avait encore du travail au poste. Il souhaita une bonne journée à la famille avant de repartir. À l'intérieur, les enfants s'installèrent dans le salon, rapidement rejoints par leurs parents. Todd s'assit à côté de Jason. Il s'approcha un peu de lui pour pouvoir lui murmurer :
- Je ne sais pas comment ça va se passer pour toi, Jason, mais je m'excuse pour tout ce qui risquerait de t'arriver. Si jamais tu as un problème, viens me voir.
- Hein ??
Jason ne comprit pas le sens de ses mots. Mais bientôt, il saura qu'il avait simplement quitté un enfer pour un autre...
...
Cela faisait à présent un mois que Jason habitait chez les Fisher, et rien ne pouvait être pire pour lui. Chaque jour, il était martyrisé par Jenna et Peter qui le frappaient, lui faisaient du chantage, le menaçaient parfois de mort... Jason est allé se réfugier plusieurs fois auprès des parents, mais il comprit très vite qu'il ne serait pas mieux traité. Il était souvent puni, battu, à peine nourri et devait en plus les servir. Jason était tout juste considéré comme un enfant.
Il pensait échapper à ce cauchemar quotidien en allant en cours, mais, étant trop éloigné de son ancienne école, il devait aller dans celle qui était plus proche de l'appartement des Fisher. Et dans cette école, la plupart des élèves étaient amis avec les enfants Fisher. À cause de cela, il n'avait pas d'amis, personne ne voulait l'approcher et il lui arrivait souvent de se faire racketter, bien qu'il n'ait pas grand chose à voler. C'était simplement de la violence gratuite.
Les professeurs et surveillants ne faisaient rien pour le sortir de ce pétrin. Seul Todd avait l'air de vouloir l'aider. Il avait aidé Jason plusieurs fois quand ils étaient à l'appartement. Il ne lui faisait pas confiance mais plus le temps passait et plus l'envie d'aller le voir se faisait ressentir. Un jour, alors qu'il venait de se faire voler son argent du déjeuner pour la troisième fois cette semaine, Jason décida d'aller voir Todd.
Ils n'étaient pas dans la même école, mais elles n'étaient pas très loin l'une de l'autre. Et il arrivait souvent à Todd de trainer pas loin de l'école de Jason. Ce jour-là, il était avec ses amis, tous plus grands et plus forts que Jason. C'était très risqué pour lui de venir, et c'était pour cela qu'il avait fait en sorte d'être aussi léger que possible si jamais il devait s'enfuir. Il avait laissé toutes ses affaires en classe. Lorsqu'il arriva à côté d'eux, Todd le fixa et attendit :
- Qu'est-ce que tu veux morveux ? demanda un des amis de Todd.
« On dirait une brute, pas maligne en plus ».
- Je veux parler avec Todd, répondit-il sèchement.
- Parle-moi un peu mieux que ça si tu veux pas que... commença la brute.
- Laisse, Rhodes, je m'en occupe, intervint Todd. Tu as pris ton temps, Jason.
- Tu savais très bien ce qui allait m'arriver, pas vrai ? Et qu'est-ce que tu peux faire pour m'aider ?
- Eh bien pour commencer, mes potes et moi on peut faire en sorte que tu gardes ton argent à l'école. C'est plutôt un bon début non ? déclara Todd avec un sourire malicieux.
- Ouais, c'est plutôt tentant comme proposition. Tu veux quoi en échange ? demanda Jason.
- Rien du tout. Il l'amena un peu plus loin. Je dois t'avouer que c'était aussi difficile pour moi au début, mais j'ai pu m'adapter et je veux que ce soit pareil pour toi.
- Vraiment ? Tu veux m'aider sans rien avoir en retour ?
- Eh bien oui. Même si les autres te voient comme un intrus, moi je te vois plus comme un nouveau membre de la famille. Normal que je veuille t'aider.
- Mais, et eux ? Comment te voient-ils ? questionna Jason.
- Comme un parasite. Ils ne m'ont jamais accepté. J'étais dans la même situation que toi avant. Un jour, j'en ai eu marre et j'ai décidé que tout ça allait changer.
- Et qu'est-ce que tu as fait ?
- J'ai appris à me défendre. J'ai appris comment donner des coups, les éviter et s'il le faut, les recevoir. Je me suis entrainé pendant longtemps. À présent, peu de personne me font vraiment peur. C'est d'ailleurs pour ça que ma famille me laisse tranquille. Ils ont peur de ce que je pourrais leur faire.
- Waouh ! Et tu vas faire quoi pour m'aider à m'adapter ? Me défendre ?
- Ce serait trop simple, sourit Todd. Je vais t'apprendre la base du self-defense.
- Seulement les bases ? se plaignit Jason.
- Avec le temps, tu trouveras ton propre style et tu sauras te défendre comme il faut.
- Bon, si tu le dis...
- Alors t'en dis quoi ? demanda Todd en tendant la main.
Jason hésita quelques secondes, puis il finit par timidement serrer la main de Todd.
- Ok, je veux bien essayer. On commence quand ?
- Dès ce soir. Rejoins-moi au portail de l'école à la fin des cours.
- Ҫa marche. Je dois y retourner. À plus.
- Sois pas en retard !
Jason retourna en classe, se demandant ce qu'avait Todd derrière la tête. La fin des cours sonna, et Jason s'empressa de sortir avant qu'un de ses bourreaux ne lui tombe encore dessus. Il remarqua que Todd l'attendait bien devant son école. Lorsqu'il le rejoignit, ils se mirent en route. Jason s'inquiétait. Il ne connaissait pas trop ce coin d'Harlem et ne savait pas du tout où Todd comptait l'emmener. Ils marchèrent tous les deux pendant une dizaine de minutes, jusqu'à ce qu'ils arrivent dans un terrain vague abandonné. L'endroit était plutôt délabré. Il y avait des tags partout, des déchets, et des restes de poubelles qui ont brûlé. Cependant, l'endroit était désert. Un endroit parfait pour tendre une embuscade à Jason, ou bien pour...
- Pas mal ce terrain, nan ? Ça pourrait être un bon terrain d'entraînement, tu crois pas ? demanda Todd avec un grand sourire.
- Alors, tu étais sérieux ? Tu vas vraiment m'apprendre à me battre ?
- À te défendre, corrigea le jeune homme. Mais oui. Alors ?
- L'endroit a l'air parfait. C'est désert et discret. Les autres ne sauront pas qu'on est ici.
- Si on fait pas trop de bruit, oui. Y'en a pas beaucoup qui connaissent cet endroit, et je suis le seul à encore le fréquenter. Bon, on commence ?
- Oui !
Et ce fut ainsi que commença l'entraînement de Jason. Chaque soir, les deux adolescents s'éclipsaient et allaient s'entrainer. Si jamais ils rentraient trop tard, ils étaient un peu réprimandés mais la présence de Todd faisait que ce n'était plus très éprouvant. Ils étaient simplement consignés dans leur chambre. Jason travaillait dur, chaque jour, et il s'améliorait à une vitesse hallucinante.
Cinq ans se sont écoulés depuis que Jason habite chez les Fisher. Cinq ans depuis la mort de ses parents. Et il n'avait pas passé ces cinq dernières années à attendre dans la peur que sa famille d'accueil, ou ses « camarades » de classe, finissent par avoir raison de lui. Todd, son frère adoptif, l'entraîna chaque jour à se défendre contre les dangers qui l'entourent. Depuis qu'il avait décidé de le prendre sous son aile, ils s'étaient éclipsés chaque soir pour s'entraîner au combat.
Jason, à présent âgé de dix-sept ans, et également lycéen, maîtrise les bases de l'auto-défense, grâce à Todd. Il continuait de s'entraîner dès qu'il le pouvait, avec ou sans Todd. Ensemble, ils étaient devenus forts. Assez forts pour ne plus avoir peur de qui que ce soit. Les autres Fisher étaient de plus en plus inquiets, et n'osaient plus s'en prendre à Jason. Enfin pas directement. Il ne faudrait pas qu'il ait une vie trop facile.
Cependant, malgré le soutien de Todd, il arrivait à Jason de se sentir terriblement seul. Ses parents lui manquaient énormément. Il n'arrivait pas à comprendre comment en si peu de temps, son quotidien avait pu changer à ce point. Il y avait encore quelques années, il était heureux, avec sa famille. Il avait une vie paisible. Mais maintenant, il était au bord du désespoir. Ses parents avaient disparu et il avait été envoyé dans la pire famille possible. Seul Todd l'aidait à surmonter cela.
Mais, tout n'était pas noir. Jason a remarqué que certaines choses se sont améliorées. Les journées de cours étaient devenues un havre de paix pour lui. Ennuyantes, mais plutôt reposantes. Sûrement dû au fait qu'il pouvait mettre hors d'état de nuire toutes personnes susceptibles de vouloir s'attaquer à lui. Ce devait être un argument suffisant pour les calmer. Jason pouvait profiter de ses récréations comme tous les autres élèves. Il les passait surtout avec Todd et ses amis. Ils lui apprenaient tout type d'astuce pour savoir se débrouiller dans Harlem. C'était un endroit impitoyable, et pour survivre, il fallait être encore plus impitoyable.
C'était ce que Jason avait appris auprès de la bande de Todd. Ils n'étaient pas nombreux et pas plus âgés que Todd, mais chacun d'entre eux étaient des petits voyous, des malfrats de bas étages. Tout d'abord Ret et Warren, de simples pickpockets. Ensuite, Trent et Ryan, des vandales. Et enfin, Ethan, à qui il arrivait de revendre de la drogue, parfois avec l'aide de Ryan.
Todd avait interdit à Jason de trop parler avec eux et de ne jamais les voir s'il n'était pas là. Jason avait accepté, sans protester. Depuis leur rencontre, Jason et Todd s'étaient beaucoup rapprochés. Jason le voyait de plus en plus comme un vrai frère. Un protecteur. Il le respectait, l'admirait même. Il était devenu son modèle. Sans lui, Jason ne serait peut-être plus de ce monde, ou sinon en piteux état. Il savait qu'il lui devait beaucoup. Il l'avait aidé alors qu'il n'avait rien demandé. Todd s'était montré généreux et Jason comptait rembourser la dette qu'il a envers lui. Pour cela, Jason devait commencer par ne plus être dépendant de Todd. Il ne voulait plus être un poids, mais un soutien pour lui. Les soirs où Todd n'était pas là, Jason allait quand même au terrain vague pour continuer son entraînement.
Au fil du temps, il remarqua qu'il devenait plus fort, plus rapide, et plus agile. Il décida alors de vérifier ce que ses nouvelles capacités pourraient lui permettre d'accomplir. Pour devenir plus fort, pour aider Todd. Ce fut à ce moment qu'il décida de radicalement changer sa méthode d'entraînement. À présent, Jason allait se concentrer sur sa force, son agilité et ses réflexes à se mouvoir avec fluidité dans l'environnement qui l'entoure. Chaque soir, Jason s'entraînait au combat, et également au parkour. Il lui arrivait d'utiliser le terrain vague comme espace d'entraînement, mais généralement, il allait dans les bâtiments qui entouraient le terrain pour s'exercer. Et ses efforts se faisaient grandement ressentir lors des combats avec Todd :
- Wow ! Où est-ce que tu as appris ce mouvement ??
- C'est pas toi qui disais que je devais évoluer par moi-même ? répondit Jason avec un sourire malicieux.
- C'est vrai oui, admit Todd avec un petit rire. Bravo, je te félicite.
- Concentre-toi au lieu de complimenter ton adversaire, répliqua Jason, un peu gêné.
- Voilà que tu me donnes des leçons maintenant, plaisanta Todd.
- Va savoir, peut-être que je suis devenu assez fort pour avoir des choses à t'enseigner.
Todd esquiva le coup de Jason, et réussit à le mettre au sol.
- Désolé petit frère, mais ce ne sera pas pour cette fois, déclara Todd en souriant.
Jason se releva un peu surpris.
- Hm, qu'est-ce qui se passe ? demanda Todd, un peu inquiet.
- Non, rien. C'est juste que... c'est la première fois que tu m'appelles comme ça. Ça fait un peu bizarre.
- Et tu n'aimes pas ça ?
- C'est pas ça ! Au contraire, j'aime bien. Ça me fait plaisir de savoir que tu me considère comme ton frère.
- Mais je t'ai toujours considéré comme mon petit frère ! Tu es même le seul que je considère comme tel. Je ne peux pas appeler ces... choses que sont les Fisher « ma famille ». Ou seulement en cas d'extrême nécessité, plaisanta Todd.
- Oui, c'est vrai. À se demander s'ils sont humains. Ce sont peut-être des aliens..., renchérit Jason.
- Toi aussi, tu te poses la question ?? rigola Todd.
Et ils se mirent à rire tout en se racontant des théories sur l'origine de la famille Fisher. Todd ne le remarqua peut-être pas, mais Jason était vraiment heureux de voir que la personne qu'il respectait le plus le voyait comme un vrai membre de sa famille. Il était heureux d'avoir quelqu'un sur qui compter, et il était évident que Todd pouvait aussi compter sur lui. Alors pour la première fois en cinq ans, Jason riait. D'un rire sincère. Et ils continuèrent leurs plaisanteries au point d'en oublier leur entraînement. L'heure passa rapidement et sans qu'ils ne s'en rendent compte, le reste de la bande les rejoignit au terrain.
- Comment nous ont-ils retrouvé ? chuchota Jason.
- Ils ont dû nous suivre. On a pas trop fait attention en allant au terrain, répondit Todd. Yo les gars ! La forme ?
- Ouais tranquille. Alors c'est là que vous allez tous les soirs ? Je me demande ce que vous trouvez de bien dans ce lieu pourri, lâcha Warren.
- La ferme ! On aime bien être ici c'est tout ! répondit Jason.
- Fais gaffe le morveux. Il parait que t'as appris à prendre les coups. Tu voudrais pas que je vérifie tout de suite ? le menaça Ret.
- Ça suffit vous deux, intervint Todd en les séparant. Vous vouliez nous dire quelque chose ? demanda-t-il.
- Ouaip. Tu te souviens du coup qu'on prépare depuis plusieurs semaines ? demanda Warren.
- L'usine d'ordinateurs ? Ouais, ça avance ?
- Mieux que ça ! On a un plan et pourra bientôt s'y mettre, expliqua Trent.
- Sérieux ? Et c'est quoi bientôt ?
- La semaine prochaine, lui répondit le jeune homme.
- Vous allez faire quoi dans cette usine ? demanda Jason.
- Pas tout de suite, Jason, lui dit Todd. Bon montrez-moi le plan.
- D'acc, mais allons à l'usine d'abord, ce sera plus simple.
- C'est pas un peu risqué ?
- On va pas se mettre juste devant non plus. C'est comme si on arrivait avec une pancarte « attrapez-nous », rétorqua Ethan.
- Ok, c'est bon, on vous suit, acquiesça-t-il.
L'usine n'était pas très loin du terrain vague et ils y arrivèrent assez vite. Jason l'observa. Elle n'était pas très grande, mais avait l'air difficile d'accès. Il ne savait pas vraiment ce que comptait faire la bande mais, quoi que ce soit, ils n'y arriveront pas sans mal. « Ils ne comptent quand même pas essayer d'entrer dans l'usine ? Rien que ça, c'est mission impossible ».
- Bon alors, ce plan ? demanda Todd.
- Tiens le voilà, dit Ryan en tendant une feuille. Tu vois le conduit ? On attend la fermeture puis quelqu'un passe dedans pour entrer et coupe rapidement l'alarme. Ensuite il ouvre les portes. On entre tous avec nos sacs et on pique un max de PC en moins de dix minutes, expliqua le jeune homme avec un sourire. L'alarme se réactive après dix minutes. Si tout se passe bien, on devrait ressortir avec chacun cinq ordis dans nos sacs. De quoi se faire un sacré paquet d'argent en les revendant. Et personne ne se doutera de notre passage.
- Ça a failli être un super plan, mais tout foire dès le début. Regarde ton fameux conduit, soupira Todd en montrant du doigt le conduit en question.
- Nan c'est pas vrai ! s'exclama Warren.
- Ils l'ont condamné ?! demanda Ret.
- Non, il m'a l'air plutôt endommagé, corrigea Ethan.
- Dans tous les cas on peut plus y accéder, déclara Todd.
- Regardez plus haut, il y en a un autre ! remarqua Trent.
- Il est trop haut, on peut pas l'atteindre, répliqua Ryan.
- Avec une échelle peut-être ? proposa Ret.
- Tu nous vois nous balader avec une grande échelle, dans les rues, en pleine nuit ? Bonjour la discrétion ! contredit Ethan.
- T'as une meilleure idée ?! cria Warren.
- Un grappin ? demanda Ryan.
- Un grappin ?! Tu t'es cru dans un film ou quoi ? Il nous faut quelque chose qu'on peut utiliser maintenant ! s'emporta Trent.
- Pardon, j'ai dit la première chose qui me venait, s'excusa Ryan.
- Au moins, tu tentes des choses, dit Todd, d'un ton un peu moqueur.
- Te fous pas de nous, tu devrais nous aider ! s'énerva Ret.
- Oh ça va, vous vous êtes mis dans cette galère à vous de vous en sortir.
- Pff... Bon réfléchissons calmement... Comment pourrions-nous atteindre ce conduit ? demanda Ethan.
- Moi je pourrais y arriver.
Chacun se tourna lentement vers Jason. Il sentit comme une pression sur lui mais ne faiblit pas.
- Comment ça « tu pourrais y arriver » ? demanda Ethan.
- Je peux facilement grimper jusqu'à ce conduit, expliqua Jason.
- Non, Jason, n'y pense même pas. Hors de question de te mêler à ça, interdit Todd.
- Mais, c'est le moment ou jamais de pouvoir te montrer de quoi je suis capable ! Laisse-moi essayer, supplia Jason.
- Est-ce que tu pourrais grimper toujours aussi facilement avec un sac et un coupe câble sur le dos ? demanda Ethan.
- Sûrement. Tant que ça ne m'empêche pas de bouger mes bras et mes jambes.
- Wow Ethan, tu fous quoi là ? demanda Todd.
- Écoute, il pourrait nous aider. Si ce qu'il dit est vrai, il est la clé de voute de notre plan. On a vraiment besoin de lui. Dans un délai aussi court, on ne peut rien faire d'autre.
- Tu l'as bien entendu, t'as besoin de moi. Surtout que c'est vraiment pas compliqué pour moi de grimper là-haut ! Après, il faudra juste que je trouve le boitier de l'alarme. Rien de plus simple, non ?
- Je suis censé te protéger, Jason. Là, c'est tout sauf te protéger, s'inquiéta son frère.
- Justement, tu seras avec moi ! Tu pourras me protéger une fois à l'intérieur ! Aller laisse-moi venir avec vous. Laisse-moi vous aider, insista Jason.
- Aller Todd, c'est plus un bébé, fit remarquer Warren. On lui demande pas de tuer quelqu'un non plus.
- Il peut au moins faire ça non ? On a déjà fait pire à son âge, ajouta Ryan.
- Si jamais il tombait, tu sais qu'on serait là pour le rattraper, rassura Ret.
- Tu insinues que je pourrais tomber ? demanda Jason en haussant un sourcil.
- Bon ok, c'est bon, vous m'avez convaincu. Enfin presque. Si tu tiens vraiment à le faire Jason, je te ferais passer des tests toute la semaine pour être sûr que tu seras prêt, ça marche ?
- Oui, chef !
- Ahh, enfin une décision raisonnable, sourit Trent.
- Bon, il se fait tard, faut qu'on y aille si on veut pouvoir diner, dit Todd.
- Ouais pas faux, on est tous dans cette galère on dirait, plaisanta Ret.
- Si tu savais... acquiesça sombrement Jason. Bon, à plus les gars !
- Ouais, à plus, salua Todd.
Todd et Jason se dépêchèrent de rentrer chez eux. Ils arrivèrent juste à temps pour pouvoir diner. Leur « mère » leur cria dessus pour savoir ce qui leur avait pris autant de temps à rentrer. Aucun d'eux ne lui donna une réponse qui lui convenait. Comme récompense, tout le monde pouvait manger des frites avec un morceau de poulet, sauf Todd et Jason qui devaient se contenter de brocolis. C'était toujours mieux que de ne rien manger. À la fin du repas, les adolescents montèrent dans leur chambre. Jason profita qu'ils fussent seuls pour lui demander en quoi consisteront ces tests.
- Je veux m'assurer que tu es prudent et efficace pendant que tu grimpes. On aura peu de temps. Il faut être sûr que tu es assez rapide pour grimper sur le mur en moins d'une minute et que tu puisses couper l'alarme en deux minutes, expliqua Todd.
- Si ce n'est que ça alors tu ne seras pas déçu ! s'exclama fièrement Jason.
- On verra ça. Ce sera sûrement une de tes épreuves les plus difficiles jusqu'à maintenant, ajouta-t-il.
- Je relève ton défi ! Vu tout ce que j'ai traversé pour en arriver là, rien de ce que tu feras ne pourras m'empêcher de réussir.
- Très bien, on verra ça demain. Pour le moment, je te conseille de bien te reposer. Il vaut mieux que tu sois en forme. Aller va te coucher, ordonna Todd
- Oui, oui c'est bon, se plaignit le jeune homme. Bonne nuit Todd.
- Bonne nuit Jason.
Jason alla dans son lit, et réfléchit à ce qui allait lui arriver pendant la semaine. S'entraîner pour infiltrer une usine. Au moment où il s'était porté volontaire, il n'avait pas réfléchi aux conséquences. Il voulait juste faire en sorte que Todd soit fier de lui. Mais, maintenant qu'il pouvait y penser calmement, Jason se rendait compte qu'il commettait peut-être une erreur. Erreur qui pourrait lui être fatale.
La peur commençait peu à peu à l'envahir, tel un lent poison qui affaiblit sa victime petit à petit, et finit par la tuer dans d'horribles souffrances... Néanmoins, il avait accepté toutes les conditions. Il avait promis à Todd et à sa bande qu'il fera tout pour les aider. Il n'abandonnera pas. Ce n'était pas dans ses habitudes. Malgré sa peur, Jason restait déterminé. Il comptait bien leur montrer à tous de quoi il était capable. C'était avec cet état d'esprit que Jason sombra doucement dans un profond sommeil.
...
Jason était dans une voiture qui prenait la direction d'un parc d'attraction. Ses parents lui avaient acheté une glace, qu'il se dépêchait de manger avant qu'elle ne fonde. Ils étaient tous les trois souriants et savaient qu'ils passeraient tous une belle journée en famille. Arrivé au parc, Jason fonça, se faufilant à travers les passants, vers la première attraction. Une maison hantée. Il n'avait jamais vraiment eu peur de ce genre d'endroit, mais ça lui faisait toujours plaisir d'y aller. Il entra donc dans la maison, suivis quelques instants plus tard par ses parents.
Dès le début, Jason avait été accueilli par un squelette tombant du plafond et hurlant d'une voix stridente. Jason ricana avant de continuer son chemin. Il évita de justesse une épée qui s'abattit devant lui. Il regarda le chevalier en armure qui avait l'air déçu d'avoir manqué sa cible. Jason lui sourit et avança. Devant lui s'étalait un labyrinthe de miroirs. « Je dois approcher du centre de la maison. Voyons voir ce qu'ils nous réservent cette fois. »
Les miroirs avaient des effets différents sur Jason. Certains le déformaient, d'autres se craquelèrent à son passage. Il y en avait même qui montraient un reflet qui n'était pas le sien. Dans certains de ces faux reflets, Jason cru y voir un homme ailé. « Qu'est-ce qu'un ange fait dans une maison hantée ? Ça n'a rien d'effrayant... » Il avança toujours dans le labyrinthe, en faisant attention à ne pas se cogner.
Enfin, Jason arriva en son centre et devant lui, ses parents l'attendaient en souriant. Comment l'avaient-ils dépassé ? Il n'en savait rien et il ne chercha pas à comprendre. Il se dirigea naturellement vers eux. Puis, il remarqua quelque chose d'étrange. Un ange était dans un des miroirs. Mais, il ne ressemblait pas à l'image que l'on a des anges. Il était effrayant et avait un air menaçant. Ses yeux étaient ceux d'un tueur. Il sortait lentement du miroir, une épée à la main.
Jason tenta de prévenir ses parents mais il était paralysé par la peur. Il n'arrivait plus à bouger ni à parler. Il ne pouvait que regarder la scène qui se déroulait sous ses yeux. L'ange se jeta sur ses parents, et commença à les taillader avec son épée. Jason retrouva juste assez de courage pour hurler de terreur, de tristesse, et de désespoir.
Après qu'il ait sauvagement tué ses parents, l'ange se tourna vers Jason et s'approcha de lui, en levant lentement son épée. Plus il avançait, plus Jason tremblait de peur. Il tenta de reculer. En vain. Il trébucha et tomba à terre. Quand l'ange ne se trouvait qu'à quelques mètres de lui, l'environnement disparu dans une explosion de verre et de bois. Il n'y avait plus que le sol, ressemblant à un damier, les parents de Jason et l'ange qui se déplaçait lentement vers sa prochaine victime. « Je vais mourir ? Je vais vraiment mourir ici ?! Non, s'il vous plait, aidez-moi ! Je ne veux pas mourir ! Je vous en prie ! À L'AIDE, AU SECOURS !!! ».
...
Jason se réveilla brusquement, complètement effrayé, en sueur. Todd était à côté de lui et le regardait avec inquiétude.
- Jason, ça va ? Tu te sens mieux ? demanda Todd.
Jason tremblait encore, et les images de son cauchemar étaient encore assez présentes.
- Euh... oui, je crois que ça va... Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- À toi de me le dire. Tu hurlais dans ton sommeil. Tu es trempé ! Tiens, prends un verre d'eau. Ça te réhydratera un peu.
- Merci... Tu as dit que je hurlais ?
- Oui, on aurait dit que tu étais en train de mourir !
- Désolé de t'avoir inquiété, s'excusa sombrement Jason.
- Ne t'excuse pas, tu n'y peux rien. De quoi as-tu rêvé ? De l'ange ?
- Oui c'est ça. L'ange. J'étais dans un parc d'attraction avec mes parents. On s'amusait bien... Puis, il... il nous a attaqué dans une maison hantée ! Il a tué mes parents et il allait me tuer quand je me suis réveillé !
- Pas étonnant que tu aies crié comme ça. Je suis désolé, Jason. Je peux pas trop comprendre ce que tu ressens, mais en tout cas je ferais en sorte que tu te sentes mieux, le rassura-t-il.
Jason se calma, et prit tout à coup un air sérieux. Presque énervé.
- Il n'y a qu'une seule chose à faire maintenant. Retrouver l'enfoiré qui a tué mes parents. Et lui faire payer.
Todd regarda son frère avec surprise et inquiétude. Il n'avait jamais vu ce regard chez lui. Ni entendu une telle gravité dans sa voix. Jason était prêt à tout pour retrouver cet ange. Et malgré son angoisse, Todd fera tout pour l'aider. Cependant, ce n'était pas le moment de s'inquiéter de cela maintenant. C'était le week-end et Jason avait des tests à passer.
- Bon... On va s'entraîner ? demanda Jason, plus gaiement.
- Oui, c'est vrai, tes tests... Va te changer !
- Ça marche, on se retrouve en bas !
Jason se changea, alla manger en vitesse et partit avec Todd, direction le terrain vague. Todd prit avec lui un sac qui avait l'air un peu lourd. « Il va pas me faire grimper avec ça sur le dos ? ». Ils arrivèrent assez vite. Todd observa tout ce qu'il y avait autour de lui. Jason s'assit sur un banc en piteux état. Après quelques minutes d'observation et de réflexions, Todd avait l'air d'avoir trouvé le parcours parfait pour Jason.
- Tu vois ce bâtiment en construction ? Sa structure est assez similaire à celle de l'usine. Du coup, tu vas pouvoir grimper et te repérer une fois dedans. Comme ça, lorsque tu seras dans l'usine, tu trouveras facilement le boitier de l'alarme, expliqua Todd.
- D'accord, si tu veux, répondit Jason en observant le bâtiment. Aucun problème. Mais, à quoi va servir ce sac ?
- Dans ce sac, il y a le matériel nécessaire pour faciliter ton escalade. Et aussi un coupe câble pour voir si tu peux te débrouiller avec un handicap. Et comme je veux que tu aies un gros handicap, j'ai aussi chopé quelques pierres pour t'alourdir.
- Ah ouais, il t'arrive d'être sadique, c'est vrai, se souvint Jason.
- Aller ouvre le sac, ça devrait te plaire.
Jason ouvrit donc le sac et y vit un survêtement, à sa taille. Il y avait aussi une paire de gants et une paire de chaussures.
- Euh, c'est quoi tout ça ? Une nouvelle tenue de sport ? demanda Jason.
- Cette tenue te permettra de te déplacer plus facilement et de grimper avec plus de fluidité. Les gants et les chaussures sont aussi faits pour l'escalade. Ils adhèrent aux parois. Essaye, tu verras.
Jason enfila rapidement sa tenue et se dirigea vers le bâtiment en construction. Il prit son élan, sauta sur une des poutres et commença son escalade. Il se sentait plus léger, il se déplaçait rapidement. Jamais il n'avait ressenti ça. Un véritable sentiment de liberté. Todd, qui était toujours en bas, contemplait son frère qui allait de haut en bas, de gauche à droite dans les échafaudages. Il était impressionné. Il se doutait que Jason serait doué mais pas à ce point-là. Après avoir fait quelques figures, Jason redescendit vers Todd.
- Waouh ! Elle est super cette tenue, surtout ces gants. Ils sont géniaux ! s'exclama Jason.
- C'est toi qui es génial ! C'était impressionnant ! complimenta Todd
- Je t'avais dit que j'étais doué. Bon, alors, c'est quoi tes fameux tests ?
- Tu vas mettre ce sac sur ton dos. Ensuite, tu vas suivre le plan et grimper le plus vite possible, passer par le conduit, localiser le boitier, puis redescendre pour arriver devant la porte. Et tout ça en moins de trois minutes !
- Trois minutes ? Ok, je devrais pouvoir y arriver. Passe-moi le plan.
- Tiens, et prends ton sac, ordonna Todd.
- Oui, oui, je vais pas l'oublier.
Jason apprit parfaitement le plan au bout d'une vingtaine de minute. Juste la partie le concernant, le reste était secondaire. Il a retenu où est-ce qu'il devait grimper et où il devait aller une fois le conduit atteint.
- Tu es prêt ?
- C'est quand tu veux !
- Alors, GO !!
Jason s'élança, avec son sac sur le dos, vers le bâtiment. Il était plus lent, et avait plus de difficultés à se déplacer, mais ce n'était pas assez pour le décourager. Il s'accrocha à une poutre et commença son escalade. Il montait plutôt vite et atteignit le « conduit ». Sur ce bâtiment, les conduits d'aérations n'étaient pas encore construits, donc Jason est juste passé par l'ouverture qui se présentait à lui. Il s'arrêta une vingtaine de seconde, le temps de bien repérer l'endroit où il devra descendre pour atteindre le boitier. Il passa ensuite par un autre chemin et finit devant l'entrée.
- Alors ?? demanda Jason, tout essoufflé.
- Ça t'a pris trois minutes et trente-sept secondes. Aller tu recommences !
- Quoi ? T'es sérieux ? À trente secondes près ? se plaignit Jason.
- Je t'avais dit en moins de trois minutes non ? Aller discute pas.
- Mais c'est ton sac qui m'alourdit !
- C'est pour ça qu'on appelle ça un handicap, Jason. Maintenant, soit tu abandonnes, soit tu recommences.
- Hm, je vais te montrer...
Et Jason recommença. Et échoua encore. Et recommença à nouveau. Et échoua de nouveau. Encore et encore, pendant toute la journée, tout le week-end, toute la semaine. Jason recommença le parcours indiqué par son frère jusqu'à épuisement. Pendant une semaine, il monta sur ce bâtiment sans jamais atteindre le palier des trois minutes. Mais, il n'abandonna pas. Même lors du dernier jour, il essaya pendant tout le temps libre qu'il avait. Mais...
- Et non, toujours pas. Trois minutes et une seconde. C'est très proche mais c'est pas encore ça, dit Todd.
- Mais... c'est pas... possible... Je dois... y arriver... pour demain ! haleta Jason.
- Je sais oui, et malheureusement, c'était ton dernier essai.
- Nan... Laisse-moi...un autre...essai ! supplia Jason
- Désolé, mais ça va pas être possible. Faut qu'on rentre.
- Quoi ? Déjà ?! s'étonna Jason.
- Et oui, déjà. Bon, j'ai assez confiance en tes capacités. Puis tu avais un handicap cette semaine. Je te laisse tenter ta chance demain. Par contre, si tu n'y arrives pas, ce sera plus compliqué de te sortir de là. Faudra que tu te planques jusqu'à mon arrivée, ok ?
- C'est vrai... ! Le sac ! Sans lui, ça ira !
- T'as écouté ce que j'ai dit ?
- Oui, oui, me cacher en cas de problème. Bien reçu.
- Bien, alors rentrons. C'est demain que tout se joue.
Ils rentrèrent chez eux. Ils mangèrent rapidement puis allèrent se coucher. Demain allait être une journée assez longue. Les cours ne paraîtront jamais aussi long. Au réveil, Jason mit son survêtement dans son sac et partit pour le lycée. Todd, quant à lui, alla au travail qu'il avait trouvé pour se faire un peu d'argent et surtout pour s'éloigner des Fisher.
Comme prévu, le temps défila très lentement. Jason avait reçu une heure de retenu pour avoir répondu à son professeur et Todd avait reçu un avertissement qui faillit se transformer en réduction de salaire. Ils étaient nerveux. Ils voulaient que tout cesse rapidement. Leur journée se termina enfin. Mais c'était plus tard, dans la soirée, que tous devaient se retrouver.
Peu après l'heure de fermeture, Jason et Todd se ruèrent vers l'usine. Jason avait laissé ses affaires dans son casier au lycée, pour être le moins encombré possible. Ils arrivèrent tous quasiment en même temps. Tous vêtus de noir et avec une cagoule. Todd en tendit une à Jason. Il l'enfila et prit son sac, qui contenait le coupe câble. Ils se regroupèrent et se cachèrent en attendant que les derniers employés sortent. Ils en profitèrent pour revoir le plan.
- C'est bon, tout le monde l'a en tête ? chuchota Ethan.
- T'inquiète, c'est bon. Ce qu'il faut savoir, c'est est-ce que Jason est prêt ? demanda Ryan.
- Il l'est, t'en fais pas pour ça, confirma Todd.
- Parfait, alors on va bientôt pouvoir commencer, dit Trent.
La dernière personne venait de fermer les portes de l'usine avant de s'éloigner vers sa voiture. Elle démarra et partit. À cet instant que la bande sortit, discrètement, un à un de leur cachette. Jason se retrouva face au bâtiment, le vrai cette fois. Il était déterminé. En observant le bâtiment, il se rendit compte que ce sera peut-être plus facile : les prises sont plus nombreuses. De plus, il n'avait pas son sac plein de pierres. Il était confiant.
Il se concentra quelques instants, puis s'élança vers le mur. Il attrapa une prise, puis une autre. Il escalada le mur à une vitesse folle. Il arriva à la gouttière qui se situait un peu en-dessous du conduit. Jason grimpa dessus et arriva au conduit. Il sortit le coupe câble, en restant bien accroché. Il coupa les écrous qui maintenait une partie de la grille et entra dans le conduit. Il savait où se diriger. Une fois à gauche, puis deux fois à droite puis encore une fois à gauche. Là, il devait faire attention, car il devait se laisser tomber sans faire de bruit.
Après cela, il sortit du conduit, repéra le boitier et coupa l'alarme. Il se dirigea ensuite vers la porte et l'ouvrit au reste de la bande qui attendait. Lorsqu'il croisa Todd, il lui montra un deux avec un clin d'œil. « J'ai quand même pas pris que deux minutes pour faire ça ? ». Toute la bande était là. Ils n'avaient plus que huit minutes, si Jason avait bien compris. Ils se hâtèrent d'aller à la salle de stockage. Une fois arrivés, ils prirent autant de PC que possible et ressortirent aussi vite. Jason réussit à en prendre quatre. C'était moins que prévu, mais c'était déjà ça. Ils sortirent tous rapidement de l'usine, avant que l'alarme de secours ne les surprennent. Ils avaient réussi. Ils coururent tous vers le terrain vague pour voir à quoi ressemblait leur butin.
- Waouh, Jason, c'était incroyable ! s'écria Warren.
- Sérieux, c'est fou ! Je pensais pas que tu étais capable d'un truc pareil, ajouta Trent.
- Moins fort les gars, on va vous entendre. Mais c'est vrai que c'était assez impressionnant, Jason, admit Ethan.
- Merci, mais bon, je n'ai récupéré que quatre ordis... commença Jason.
- Ne t'inquiète pas, le coupa Ryan. Je ne t'avais pas compté dans mes calculs la dernière fois. Tu es un bonus en gros. Tu n'étais même pas obligé d'en piquer.
- Sérieux ? Tant mieux alors ! Ça donne quoi en tout ? demanda Jason.
- Chacun a fait son quota, plus tes quatre PC, ça nous en fait trente-quatre. C'est parfait, dit Ethan.
- Ça va nous rapporter à peu près dix mille dollars ! se réjouit Ryan.
- En gros 1500 dollars chacun. On pouvait pas rêver mieux. On a dépassé nos attentes, s'enthousiasma Todd.
- Bon, on les planque où ? demanda Warren.
- Vous inquiétez pas, je connais une super cachette, dit Ret.
- Vraiment ? Elle est sûre à quel point ? demanda Ryan.
- Totalement sûre ! Seul moi la connais, affirma Ret.
- Très bien, on te confie les ordis alors. Ethan et moi on reviendra les récupérer quand il faudra les revendre.
- Très bien, pas de problème.
Tout le monde vida son sac et laissa les ordinateurs sur le sol.
- Warren, tu pourrais aller me prendre un sac plus grand ?
- Aucun soucis.
- Dans ce cas, nous, on va y aller avant de se faire taper sur les doigts, annonça Todd.
- Ouais, on comprend. On va pas tarder non plus. À plus les gars ! salua Trent.
- À plus, dirent Todd et Jason en même temps.
La bande se sépara au coucher du soleil. Todd et Jason rentrèrent rapidement et évitèrent un sermon de leurs « parents ». Les autres ramassèrent leur sac et rentrèrent également chez eux. Ret, quant à lui, attendait Warren qui allait arriver avec un sac plus grand pour transporter les ordinateurs. Quelques instants après, Warren réapparut avec le fameux sac.
- Ah, te revoilà ! Aller, aide-moi à les ranger.
- D'accord, mais avant j'ai une question.
- Laquelle ?
- On en garde deux ou trois pour nous ? proposa Warren.
- Hm, j'aime ce genre d'initiative... Pourquoi pas ? Aller vas-y, donne-moi un coup de main, répondit Ret.
- Ça marche !
Les jeunes hommes subtilisèrent quelques ordinateurs, les cachant à un autre endroit. Une action qui risquait de semer le trouble dans leur groupe et créer des tensions. Mais visiblement, c'était le cadet de leurs soucis.
Beaucoup de temps s'était écoulé depuis que Jason et le reste de la bande avaient dévalisé une usine d'ordinateur afin de les revendre. Chacun avait eu sa part, même si elle était plus petite que prévu. Au moment de recevoir leur argent, ils s'étaient juste dit qu'ils avaient mal compté le nombre d'ordinateur. Mais plus le temps passait, plus le doute s'installait entre eux. Ils commençaient à se suspecter mutuellement. Ethan prit la décision d'enquêter par lui-même. Todd n'y voyait aucun inconvénient. Malgré ses fréquentations, Todd avait confiance en Ethan.
Donc pendant trois ans, il avait enquêté pour savoir qui les avait arnaqués. Il cherchait encore, mais il savait que tôt ou tard, il le retrouverait.
Suite à ces querelles, Jason, maintenant âgé de vingt ans, passait de moins en moins de temps avec la bande. Il n'aimait plus vraiment l'ambiance qui y régnait, mais surtout, il devait se concentrer sur ses études. L'examen qu'il allait passer déterminerait l'obtention de son diplôme. Avant, Jason ne s'intéressait pas spécialement aux cours, mais il décida de travailler plus sérieusement quand il voyait que la situation de Todd ne s'améliorait pas. Situation qui était due à son manque de sérieux dans ses études.
Ça n'importait peut-être pas à Todd, mais Jason voulait fuir les Fisher dès que possible et si ses études le lui permettaient, il n'hésiterait pas une seconde. Malheureusement pour lui, Jason avait dû limiter ses entraînements avec Todd. Ses révisions prenaient beaucoup de son temps libre. Il essayait d'être disponible au moins deux ou trois soirs par semaine. Quand il ne pouvait pas être avec Todd, il se gardait une heure pour faire un peu de musculation. Il avait acheté le nécessaire grâce à l'argent qu'il a reçu pour le vol des ordinateurs.
À la fac, comme chez lui, Jason était un élève très sérieux. Il restait totalement concentré sur ses cours et ne se doutait pas une seconde de ce qui se passait autour de lui. Mais c'était aussi à cause de Todd qui cherchait à le protéger. Il respectait son choix de vouloir faire des études pour se donner les moyens de vivre par lui-même. Alors, Todd prit la décision de l'aider dans son objectif. Il a préféré le mettre à l'écart de tout, pour le laisser se concentrer. Le jeune homme était toujours avec le reste de la bande. Il en était le leader. Mais, depuis l'affaire de l'usine, il y avait beaucoup de tensions entre les différents membres du groupe. Il essayait tant bien que mal de calmer les choses et d'aider Ethan dans ses recherches.
En trois ans, ils n'avaient pas tellement avancé, mais tout portait à croire que c'était soit Ret soit Todd lui-même qui avait volé les ordinateurs. Pour le moment, Todd était normalement écarté de tout soupçon car il faisait tout son possible pour rétablir une certaine harmonie dans le groupe. Il les avait même laissé fouiller dans ses affaires pour vérifier s'il n'avait pas plus d'argent, ou plus de biens, qu'il ne devrait t avoir.
Le cas de Ret était assez similaire. Il n'aidait pas vraiment dans les recherches, cependant il a accepté toutes les fouilles que Todd et Ethan jugeaient nécessaire. Il était alors difficile pour eux de savoir qui était le coupable, et plus le temps passait et plus l'autorité de Todd en tant que leader semblait de plus en plus insignifiante. Il n'arrivait plus à se faire entendre. Hormis Ethan, les autres l'ignoraient et restaient distants. Pareil pour Ret. Excepté Warren, qui était proche de lui et restait un soutien moral pour son ami.
Todd en avait assez de cette situation. Il travaillait ardemment pour avoir des preuves contre Ret ou quelqu'un d'autre, tant qu'il était coupable. Il rentrait chaque nuit, très tard avec comme excuse qu'il faisait des heures supplémentaires. Il était épuisé, aussi bien physiquement que mentalement et Jason le remarquait mais ne disait rien. Il avait senti que son grand frère n'était pas au mieux de sa forme, mais il respectait son mode de vie.
Chaque jour se ressemblait pour Todd. Il se levait tôt le matin, partait travailler, ressortait de son travail épuisé et malgré tout, allait enquêter. Tout ça, pour que sa bande n'implose pas à cause d'une histoire stupide, et d'une personne qui en plus d'être un traitre, était aussi un lâche. Todd avait juré de retrouver cette personne, que ce soit Ret ou quelqu'un d'autre. Et il avait juré que cette personne assumera pleinement les conséquences de ses actes. « On ne dupe pas Todd Fisher indéfiniment ! ».
De son côté, Ethan réfléchissait surtout à pourquoi et comment le traitre a pu agir. La réponse au pourquoi était simple : l'argent, l'avarice et l'absence de tout code moral. La réponse au comment était un peu plus complexe et Ethan y réfléchissait beaucoup. Vu le peu d'indice dont il disposait, il ne pouvait rien faire d'autre. Selon lui, Todd s'entêtait pour rien. La personne qui avait fait cela, avait détruit quelque chose qui ne pourra être réparé : la confiance. C'était un coup bas empli de lâcheté d'avoir volé tout le groupe après toutes les épreuves qu'ils avaient traversées.
Malgré ce qu'il pensait de tout cela, Ethan sortit et retourna au terrain vague, pour voir s'il n'y aurait pas des détails qui lui auraient échappé. « Tout est possible, après tout ». En arrivant au terrain vague, il se mit à observer tout ce qui l'entourait et comme il l'avait prévu, il ne trouva rien d'autre que des déchets. Il repartit en regardant autour de lui, en essayant de visualiser à quel moment et par quel moyen le traitre a pu subtiliser les ordinateurs. Perdu dans ses pensées, il ne faisait pas attention aux personnes qui l'entouraient et sursauta quand quelqu'un l'interpella.
- Eh ben alors, on dirait que t'as vu un fantôme ! s'exclama la personne en face de lui.
- Warren ! Qu'est-ce que tu fous là ? Tu me suis ? interrogea Ethan.
- En fait je te cherchais. J'ai plusieurs choses à te dire.
- Ça a un rapport avec l'enquête ? Si c'est pas le cas, laisse-moi, j'ai à faire.
- Relax... Ça devrait t'intéresser. J'ai quelques infos à te donner.
- Bah dépêche, je dois aller autre part, s'impatienta Ethan.
- Bon, je vais être direct. Déjà, il n'y a pas un traitre, mais deux... commença Warren.
- Quoi ? Mais comment... ?
- Attends ! Laisse-moi finir. Les traitres, ce sont Ret et moi. On vous a volé et on s'est fait un peu de fric par la même occasion.
- Pires salauds, tu meurs... Vous avez apporté tellement de problèmes en l'espace de quelques minutes. Todd est pas loin de la dépression à cause de vos conneries... Bon, je sais que t'as une idée derrière la tête. Tu me veux quoi ?
- Ça, mon ami, c'est une très bonne question, dit Warren en souriant. Je veux passer un marché avec toi.
- Un marché ? Continue...
- Ret et moi, on te file une part. Plutôt, une grosse part de ce qu'on a eu grâce aux PC et à l'argent gagné qu'on a eu en l'investissant. Et en échange, c'est Todd qui tombe à notre place. Qu'en dis-tu ?
Ethan détestait les personnes fourbes, qui n'avaient aucun sens moral et qui n'hésitaient pas à trahir des compagnons qui avaient confiance en eux. Encore plus, quand c'était à ses dépens. Mais le pire, c'est qu'Ethan était l'individu le plus fourbe de tout Harlem. Il était prêt à tout pour atteindre ses objectifs. S'enrichir et quitter Harlem. Il n'a donc pas hésité une seule seconde à la proposition de Warren.
- Ça marche, je vous suis. Ça devrait pas être trop compliqué de faire accuser Todd. Par contre, il recevra la sanction maximale. Ça vous va ? demanda Ethan.
- On a aucun problème avec ça.
- Bien. Je veux mon argent demain. Je réunirai les autres plus tard, et on s'occupera de Todd dans la soirée.
- Parfait. Alors à demain Ethan.
- C'est ça, à demain. Oublie pas mon fric !
Un nouveau rouage s'était inséré dans l'engrenage qu'est la vie de Jason. Et tout s'était vite enchainé. Le lendemain, en fin de journée, Jason rentra de la fac, s'installa directement dans sa chambre, en prenant grand soin d'éviter les Fisher, et commença à faire ses devoirs. Plusieurs heures passèrent. Il descendit pour manger et fut étonné de ne pas voir Todd. Tout de suite après avoir mangé, il s'isola aussitôt.
En remontant, il pensa à son frère. C'était étrange qu'il ne soit pas encore rentré. Il allait bientôt être minuit. Il décida de sortir, discrètement, pour partir à sa recherche. Il alla d'abord voir à son travail. Personne. Il se dépêcha alors de fouiller les petites ruelles. Il arrivait souvent que Todd veuille passer un peu de temps seul. Mais toujours rien. Jason s'inquiétait de plus en plus. Son frère ne s'absentait jamais aussi longtemps. Ou sinon il le prévenait. « Mais où t'es passé, bon sang ?! ».
Il ne restait plus qu'un lieu à fouiller. Le terrain vague. Si Todd n'y était pas, Jason ne pourrait rien y faire et devra attendre qu'il rentre de lui-même. En approchant du terrain, il entendit des voix. Il décida de prendre un peu de hauteur. Il escalada silencieusement les bâtiments adjacents. Il était assez haut pour pouvoir observer tout ce qui se passait dans le terrain. Les voix qu'il entendait venaient des différents membres de la bande. Et de Todd également. « Ouf, il va bien... Mais qu'est-ce qu'ils foutent ici à une heure pareille ?!! ». Jason n'arrivait pas à entendre ce qu'ils disaient. Il descendit un peu, et les voix commençaient à être plus claires.
- ... que c'était toi. On a des preuves maintenant, déclara Ryan.
- J'arrive pas à y croire... Tu nous as fait tourner en rond pendant trois ans ! s'exclama Trent.
- Nan mais les gars vous êtes sérieux ?? Ça fait des mois que j'essaye d'arranger les choses ! Et vous m'accusez moi ? Ret aussi, tout l'accusait ! Et pourtant, vous lui fichez la paix.
- Sauf que, contrairement à Ret, on a des preuves contre toi, expliqua Ethan.
- Et ce genre de comportement se paye dans notre bande. C'est toi qui l'as voulu, continua Warren.
- Vous voudriez que je vous rende l'argent c'est ça ? L'argent que j'ai mérité, au moins autant que vous ?
- C'est trop tard pour ça. Tu as pris trop de temps, Todd. Maintenant, il faut accepter ton sort, annonça Ret.
- C'est pas comme si j'allais vous le donner. J'ai déjà tout claqué. En plus, je vous ai rien volé les gars, mais vous me croyez pas. Vous avez été manipulés par quelqu'un mais ça aussi vous le voyez pas.
- Cesse tes longs discours, Todd. Ça ne marche pas, dit sèchement Ethan.
Todd prit une grande inspiration, ferma les yeux, et attendit. Jason comprit tout de suite ce qui allait se passer, mais il ne devait pas bouger. S'il y allait, il aggraverait la situation... « La police... Je pourrais essayer de les appeler... », Jason sortit son téléphone quand il entendit un bruit sourd résonner dans le terrain. Il leva la tête.
Todd s'effondrait sous ses yeux. Tous les autres prirent leur batte de baseball, ou barre de fer en tout genre. Et ils commencèrent à tous frapper Todd qui était déjà au sol. Les hurlements de douleur déchiraient Jason qui était tétanisé. Il était en état de choc. Peu de temps après, on n'entendait plus les plaintes de Todd. Juste des coups qui s'abattaient sur un corps à présent sans vie. Du sang jaillissaient de ses blessures. Malgré le fait que Todd ne bougeait plus, ils continuaient de frapper avec férocité. Après cinq minutes, cinq longues minutes, la bande stoppa son massacre. Ils regardèrent le cadavre de leur ancien leader pendant quelques instants. Et ils sortirent du terrain.
Jason resta là. Sans bouger. Les yeux écarquillés. Au bout de quelques instants, il se décida à rejoindre le terrain. Lentement, il marcha jusqu'à Todd. Il avait peur de ce qu'il allait voir. Todd, son grand frère, son modèle, la personne qu'il respectait le plus, à présent mort. Défiguré. Lorsque Jason vit cela, il s'effondra aux côtés de son frère. Il laissa exprimer sa douleur. Par les cris et par les larmes. C'était la seule chose qu'il pouvait faire maintenant. Une demi-heure passa. Jason ne criait plus mais ses larmes coulaient toujours. « Comment avaient-ils pu faire une chose pareille ?! Todd mettait sa santé en jeu pour arranger la situation ! ».
Jason ne savait pas trop quoi faire. Il devait rentrer pour prévenir les Fisher. Ils étaient souvent en conflit mais il restait leur fils. Mais il n'allait pas laisser son frère là. Il ne pouvait pas l'abandonner. Il ne voulait pas. Cependant, il le fallait car Jason devait trouver de l'aide, n'importe qui. Il traina le corps de Todd pour l'adosser jusqu'à un mur. Ensuite, il appela les secours pour qu'ils puissent le prendre en charge. Une fois cela fait, Jason, un peu nauséeux, marcha tant bien que mal jusqu'à la maison des Fisher. Une fois arrivé, Jason entra, et appela Jerry et Anna.
- Je peux savoir ce que t'as à gueuler, sale morveux ?! beugla Anna.
- Déjà, qu'est-ce que tu fichais dehors ? T'étais censé être dans ta chambre ! hurla à son tour Jerry.
- Écoutez, il faut que je vous dise que... commença Jason.
- Nous dire quoi ? Hein ? Où tu étais parti en pleine nuit ? questionna Jerry.
- Non, c'est pas ça, c'est...
- C'est quoi alors ? Et où est Todd ? Il a encore fugué ? suggéra Anna.
- Mais fermez-la et écoutez-moi deux minutes ! Je suis parti à la recherche de Todd et je l'ai retrouvé mort ! s'écria Jason.
À la fin de sa phrase, un silence s'installa. Les Fisher avaient l'air de réfléchir aux mots de Jason et au bout de quelques secondes, ils réagirent.
- Mort ? Todd est mort ? demanda Anna, sur un ton un peu plus doux.
- Oui, mort. C'est son sang qui est sur mes mains, dit sombrement Jason en montrant ses mains.
- Tu l'as tué ?! s'énerva Jerry.
- Non ! Ce n'est pas moi ! C'est sa bande. Je sais pas pourquoi, mais ils s'en sont pris à lui et l'ont... l'ont... frappé à... mort..., conclut difficilement Jason.
- Alors Todd a été tué... ?
- Oui c'est ça. J'ai déjà appelé les secours pour qu'il puisse le récupérer. Je voulais vous prévenir pour qu'on se mette en route pour l'hôpital, continua Jason.
- Pourquoi faire ? questionna Anna.
- Comment ça ? Il faut qu'on prenne soin de son corps. Au moins lui rendre un dernier hommage !
- Pourquoi on ferait ça ? demanda Jerry.
- Quoi... mais... voyons, c'est votre fils !
- Et qui t'a dit qu'on le voyait comme un fils ? Pour nous, vous n'êtes que des parasites qui profitent de notre confort. Déjà, avec Todd nous en avions déjà assez, puis tu es arrivé..., déclara Jerry.
- Mais pourquoi m'avoir gardé alors ?!
- Tu crois qu'on a eu le choix ?! On nous a obligé à te garder ! On n'a jamais voulu d'un petit nègre comme toi ! s'énerva Anna.
À ce moment-là, Jason comprit. Que les Fisher ne l'acceptent pas, ça il le comprenait, mais il n'avait jamais pensé que Todd était rejeté à ce point. Il a toujours été un poids pour eux.
- Mais pourquoi une telle haine envers votre fils ?
- Arrête de l'appeler comme ça ! Il n'a jamais été mon fils. Plutôt une erreur. Un être faible, sans âme, qui n'aurait pas dû naitre, cracha le père.
- Mais alors...
- Mais alors rien ! Maintenant, ça suffit ! Il ne s'est rien passé et on va continuer notre vie comme d'habitude. Toi, on est obligé de te garder, alors on fera avec. Maintenant, cesse de poser des questions et monte dans ta chambre ! ordonna la femme.
Jason s'exécuta. Enragé, il alla se laver les mains avant d'aller dans sa chambre. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. Se demandant ce qu'il allait faire à présent, Jason s'assit sur son lit. Il n'eut pas le temps de réfléchir bien longtemps car Peter et Jenna le rejoignirent assez vite.
- Qu'est-ce que vous voulez ? demanda furieusement Jason.
- Mais c'est qu'il mordrait, plaisanta Jenna.
- Alors comme ça, il parait que Todd est parti ? Et pour de bon cette fois ? ajouta Peter en arborant un sourire malfaisant.
- Vous n'attendiez que ça, pas vrai ?
- Tu comprends vite, ricana Jenna.
- Bon, vous avez ce que vous voulez, non ? Maintenant lâchez-moi !
- Dis donc, tu pourrais montrer un peu plus de respect envers nous. Nous sommes tes grands frères et sœurs après tout.
- Je pourrais vous dire la même chose.
- Ah non non non...Tu ne pourrais pas. T'as entendu papa et maman ? Tu n'es qu'un nuisible, bon à apporter des problèmes, déclara Jenna avec un sourire.
- C'est bon, vous avez fini de déverser votre dégoût pour moi ? Vous êtes contents ? Bien, maintenant, dégagez de ma chambre ! cria Jason d'un ton menaçant.
- Eh bien, non justement, on n'a pas fini. Maintenant que Todd n'est plus là, on va pas s'arrêter en si bon chemin, pas vrai p'tit frère ?
- Tout à fait, ma chère. Avec Todd dans les parages, nous étions un peu en difficulté. Maintenant, tout va changer, termina Peter d'un ton menaçant.
Jenna s'approcha de la porte et la ferma à clef. Ensuite elle s'avança lentement en direction de Jason qui était sur ses gardes. Il la vit sortir un petit couteau de sa poche. Et avant d'avoir pu faire quoique ce soit, Peter s'était glissé derrière Jason, et l'avait immobilisé. Il se débattait, mais Peter était beaucoup trop fort. Jenna continuait de s'approcher doucement, en ricanant et en menaçant Jason de sa lame.
Quand elle arriva en face de lui, elle enfonça lentement la lame de son couteau dans le ventre de Jason. Ce dernier n'avait jamais ressenti une telle douleur. Il sentait le couteau pénétrer lentement dans sa chair. La douleur était insoutenable. Cependant, Jason fit tous les efforts possibles pour ne pas crier, pour ne pas montrer sa faiblesse. Il ferma les yeux et serra la mâchoire et attendit que la douleur commence à s'atténuer.
Lorsque ce fut le cas, Jason rouvrit brutalement les yeux et asséna à Jenna un violent coup de tête. La jeune fille à terre, il ne restait plus qu'à se dégager de Peter. Il tenta un autre coup de tête, sans succès. Jason décida alors de le pousser de toute ses forces vers l'arrière jusqu'à atteindre le mur de la chambre. Ils le heurtèrent tous les deux avec violence. Jason put se dégager et se jeta sur Peter, encore étourdi.
Au moment de lui asséner un coup, Jenna, qui avait retrouvé ses esprits, planta un autre couteau dans l'épaule de Jason. Celui-ci lâcha un cri de douleur malgré lui. Il perdit l'équilibre et se retrouva à terre. Il essaya de se relever mais Peter le maintenu au sol, pendant que Jenna, le visage en sang, lui assénait de violents coups de pied. Jason se retrouvait impuissant face aux enfants Fisher. Tout son corps souffrait atrocement. Il perdait de plus en plus de sang à chaque coup reçu.
Pourtant, même avec toutes ses blessures, ses os qui se fragilisaient un peu plus, le sang qu'il perdait, le regard de Jason ne changeait pas. C'était la preuve de sa détermination. Les événements de cette nuit lui ont fait passer un point de non-retour. Il en avait assez. Toute cette colère qu'il avait contenu durant des années, toute cette rage qui le consumait, toute cette haine, Jason allait la laisser s'exprimer à partir de maintenant. « Je ne mourrais pas, soyez-en sûr ! Je vous tuerais avant ! Jenna, Peter, Anna, Jerry, Ryan, Ret, Warren, Trent, Ethan et la saloperie d'ange qui a tué mes parents ! J'en fais le serment ! Vous paierez TOUS !! ».
- Hey, on dirait qu'il murmure quelque chose, nan ? dit Peter tout en maintenant Jason.
- Oh, tu as quelque chose à nous dire, mon petit Jason ? ajouta Jenna en stoppant ses coups de pieds.
- Vas-y, exprime-toi. Ce seront peut-être tes dernières paroles, ricana Peter.
- Je... tous... mains...
- Qu'est-ce que tu racontes ? Parle plus fort voyons ! s'exclama Jenna, en lui donnant un autre coup de pied.
Jason cracha un peu de sang. Il toussota, et tenta de reprendre son souffle. Il se calma, prit une grande inspiration, et dans un dernier souffle, Jason hurla :
- JE VOUS TUERAIS TOUS DE MES PROPRES MAINS !!!
À cet instant, personne ne comprit vraiment ce qu'il s'était passé. On aurait dit que la chambre avait explosé. Il y avait de la fumée partout, des éclats de verre sur le sol, le lit était en morceau. Les trois adolescents étaient au sol, étourdis, contre le mur. Et un individu se tenait devant eux. Un individu qui était tout sauf humain. « Serait-ce... l'ange ? Non, ce n'est pas ça... ». La créature, au teint blafard, vêtue d'une veste et d'un pantalon noir, avait bel et bien des ailes, mais ses plumes étaient aussi sombres que la nuit. De plus, elle avait des cornes qui lui sortaient du front. Elle arborait un sourire malveillant et pourtant s'exprimait avec une voix douce et grave.
- Bonsoir Jason. Cela fait un moment que je voulais te rencontrer.
Les adolescents étaient encore sous le choc. Aucun d'eux ne pouvaient prononcer le moindre mot.
- Oui, ça fait souvent ça la première fois. Enfin, ça tombe bien, tu pourras écouter ce que j'ai à dire. Je me présente : je suis Balthazar, treizième Prince Démon, enfant du Malin lui-même.
- Un... un... démon... ? balbutia Jason.
- Exactement.
Peter et Jenna étaient beaucoup trop terrorisés par le spectacle se déroulant sous leurs yeux. Ils n'arrivaient plus à bouger ni à parler. Ils ne pouvaient qu'observer. Par contre, Jason avait retrouvé ses esprits au mot « démon ». Cela l'intriguait énormément.
- Et... pourquoi un démon voudrait me rencontrer ? demanda Jason, la voix un peu tremblante de peur.
- Eh bien, disons que je vois un certain potentiel en toi. J'aimerais donc passer un pacte avec toi.
- Un pacte ? Vous voulez mon âme ?! demanda Jason avec effroi.
- Hm, je pourrais en effet. Mais non. Ton âme ne m'intéresse pas. Disons plutôt que nous nous rendrons mutuellement service, expliqua le démon avec un sourire.
- Comment ça ?
- Je te donne la puissance nécessaire qui te permettrait de réaliser tes objectifs et toi tu me rends service.
- Quel genre de service ?
- Je vois que tu es prudent mon garçon. Malheureusement, tu pourras le savoir seulement si tu acceptes.
- D'accord. Puissant comment alors ?
- Plus puissant que les humains normaux. Intéressé ?
- Plutôt oui. Mais avant j'ai une question.
- Ça commence à faire beaucoup, plaisanta Balthazar, mais je t'écoute.
- Si vous êtes un démon, cela veut dire qu'il y a aussi des anges, non ?
- Tout à fait. Et comme tu t'en doutes, ce sont les ennemis des Démons depuis la nuit des temps.
- Donc, il est possible que ce soit un ange qui ait tué mes parents ?
- À vrai dire, je ne pense pas que ce soit vraiment un Ange qui ait tué tes parents, mais oui.
- Même vous, vous ne voulez pas croire à mon histoire...
- Oh si, je la crois. C'est juste que tu te trompes. Il y a des choses que tu ignores.
- Alors expliquez-moi !
Au même moment, Jason entendit des bruits de pas derrière la porte de sa chambre. Soudain, quelqu'un tambourinait à la porte. « Et ben, ils en ont mis du temps ». Balthazar leva la main en direction de la porte et un sceau apparut sur celle-ci.
- Voilà, comme ça nous ne serons pas dérangés, dit Balthazar. Tu veux donc des explications ? Très bien. Pour comprendre, il faut que tu connaisses la hiérarchie de nos Mondes.
- Votre hiérarchie ? Il y a une hiérarchie chez les Démons ? s'étonna Jason.
- Et également chez les Anges. Vois-tu, en Enfer, tu as, au-dessus de tout le monde, le Diable, mon père. Ensuite, tu as son premier enfant, l'Antéchrist. Puis mes frères et sœurs et moi-même : les treize Princes et Princesses Démons. Après ce sont les Démons majeurs, beaucoup moins puissants que nous, les Enfants Démons, mais néanmoins redoutables. Et enfin, les Démons mineurs, ou les Bêtes Démoniaques, si tu préfères. Au Paradis, c'est le même principe. Tu as Dieu, Créateur de toute chose. Son fils, le Christ. Les treize Archanges. Les Anges, et les sous-fifres. Après, il faut savoir que chaque Démon ou Prince Démon peut avoir dans son armée personnelle ce que l'on appelle un Adepte. C'est-à-dire, un humain sous les ordres du Démon en question. Il en va de même pour les Anges et Archanges. Or là, nous parlons d'Apôtre.
- Ce que vous essayez de me dire, c'est que ce serait un Apôtre qui aurait tué mes parents ? questionna encore Jason.
- Exactement ! Du coup, tu n'as pas un fautif mais deux : l'Apôtre et son chef.
- Je vois... Au moins, j'ai un minimum d'indice. Mais, alors, je n'ai plus le choix. Je dois accepter votre offre.
- Un choix judicieux, très cher, commenta Balthazar avec un sourire.
- Combien y a-t-il d'Adeptes dans votre armée ?
- Officiellement quatre. Bientôt cinq, ajouta le Démon en ayant un regard appuyé sur Jason.
- Seulement ? Vous êtes limité en nombre ? s'étonna Jason.
- Pas du tout. Certain ont une centaine d'Adeptes dans leur armée. Seulement moi, je ne recherche que l'élite.
- Et je vais faire partie de cette élite ? Intéressant... Et, comment procède-t-on ?
- Je dois réciter un serment et tu dois me serrer la main.
- C'est tout ? Eh bien allons-y !
- Du calme, Jason. Avant toute chose, je dois t'avertir de deux choses : tout d'abord, ton pouvoir se manifeste via un tatouage qui apparaitra dans ton dos. Ensuite, c'est extrêmement douloureux.
- Je suis prêt à endurer cela. Je suis prêt à prendre tous les risques pour retrouver les meurtriers de mon frère et de mes parents... Par contre je peux choisir le tatouage ?
- Oui. Tu as une idée en tête ?
- Je veux la Faucheuse.
- J'aime ta façon de penser. Très bien c'est entendu. Bon, place au serment. Prends ma main.
Jason s'exécuta. Balthazar avait une main, grande et puissante, qui fit un peu craquer les doigts de Jason. Balthazar le força à le regarder droit dans les yeux. Yeux qui ont commencé à briller d'un rouge incandescent.
- TÉNÈBRES, DÉSESPOIR, PEUR ET SOUFFRANCE ! QUE LE ROI DÉMON, ENTENDE MON APPEL ET EXAUCE MON SOUHAIT !
Le sol commença à trembler. Un vent puissant entra dans la chambre, et des objets tournoyaient autour de Balthazar et Jason. Peter et Jenna se serraient l'un contre l'autre en tremblant de peur.
- JASON LE MORTEL, JURES-TU ÊTRE D'ACCORD POUR RECEVOIR DES POUVOIRS DEMONIAQUES ?
- Je le jure !
- JURES-TU D'EN ASSUMER LES CONSÉQUENCES ?
- Je le jure !
- JURES-TU DE REALISER LES SOUHAITS DE TON DEMON UNE FOIS LE PACTE ACCOMPLI ?
Jason hésita un peu, puis s'écria :
- JE LE JURE !
Les tremblements et le vent s'intensifièrent pendant quelques secondes avant de s'arrêter aussitôt. Puis Jason s'écroula au sol en hurlant de douleur. Son t-shirt se déchirait dans son dos. Quelque chose se dessinait dessus, directement sur sa chair. Du sang coulait abondamment tandis que la silhouette de la Faucheuse prenait forme. Après deux longues minutes, on pouvait la voir, habillée d'une longue robe noire en lambeaux, cachant en partie son crâne avec une capuche, et armée de sa faux.
Elle était imposante et représentait assez bien le message que Jason voulait envoyer. On pourrait croire que son regard était rivé sur Peter et Jenna, ce qui les effrayaient encore plus. Jason, essoufflé, retira les restes de son t-shirt et se releva lentement. Il pensait son calvaire terminé quand il remarqua que des flammes noires étaient apparues sur lui. Il paniqua et tenta de les éteindre mais il n'y arrivait pas. Puis, il remarqua qu'il ne ressentait aucune douleur. Alors il comprit. Les flammes venaient de son corps. C'était les siennes. Il les contrôlait.
- Un pouvoir élémentaire hein ? Et celui du Feu Maudit en plus. Voilà qui n'est pas commun, fit remarquer Balthazar en souriant.
- Alors, c'est ça mon pouvoir ? Incroyable... Je me sens si bien. Je sens à peine leur chaleur.
- Et regarde, elles guérissent même tes blessures, montra le Démon.
- Wow, c'est vrai ! Mes plaies se sont refermées ! s'écria Jason.
- Tu vois, Jason ? Ça, c'est ce que j'appelle faire partie de l'élite. Je savais que tu serais un Adepte très intéressant ! se réjouit Balthazar.
- Et maintenant ? C'est quoi la suite ? interrogea Jason.
- Je vais te laisser pendant un mois, le temps que tu t'habitues à tes nouvelles capacités. Quand je reviendrais, si tu es assez fort, tu feras officiellement partie de mes Adeptes.
- Et dans le cas contraire ?
- On verra ça le moment venu, dit-il avec un sourire un peu sadique.
- Comme vous voulez. Donc vous partez ?
- Oui. Je crois que tu as quelques tâches à accomplir. Ça te fera un bon entraînement.
- Oui vous avez raison, approuva Jason en regardant Peter et Jenna, qui essayaient de s'enfuir.
- Bien ! Alors mon cher Jason, nous nous revoyons dans un mois ! Tâche de ne pas te faire tuer, finit-il avec un clin d'œil.
- Certainement pas !
Le Prince Démon salua Jason et disparut dans un tourbillon de flammes. Jason observa quelques secondes l'endroit où se trouvait Balthazar, puis ne perdit pas de temps. Il attrapa Peter à la gorge et le souleva. Il le trouva étonnement léger. Il le jeta avec force sur Jenna qui tentait de déverrouiller la porte. Celle-ci se brisa. Peter et Jenna tombèrent sur leurs parents.
Jason s'élança sur eux et asséna, en hurlant de colère, un énorme coup de poing vers le sol qui détruisit l'escalier, et emporta les Fisher dans sa chute. Jason les rejoignit en un saut. Quand ils l'aperçurent, ils prirent peur. Le petit Jason, timide, et fragile, venait de se changer en monstre sous leurs yeux. Ils le supplièrent, s'excusèrent, firent toutes les promesses possibles pour avoir la vie sauve.
Mais les plaies de Jason étaient trop profondes pour être cicatrisées aussi simplement. Le regard rempli de haine et de rancœur, Jason concentra ses flammes dans sa jambe gauche, et donna un violent coup de pied enflammé dans le visage de Jerry. Le coup était si puissant que les quatre Fisher l'avaient reçu. Et les quatre avaient pris feu dans des hurlements de douleur.
Jason regarda sa famille d'accueil se faire consumer par des flammes noires. Quand il ne resta plus que des cendres, Jason se retourna et sortit à l'extérieur de la maison, dont il ne restera plus grand-chose après son passage. « Ça, c'est pour ce que Todd et moi avons subi toute ces années... Mais, son esprit ne peut pas encore reposer en paix... ».
...
Au même moment, à quelques rues de chez les Fisher, on pouvait entendre de la musique sortir d'un appartement. La bande s'était réunie chez Ryan pour fêter leur « victoire » contre le traître et l'élection de leur nouveau leader : Ethan. Ils buvaient, dansaient, discutaient, portaient des toasts. Ils étaient de nouveau unis, sans se douter qu'ils avaient tous été manipulés par Ethan.
Il avait maintenant tout ce dont il désirait : le pouvoir. Il avait de grands projets pour la bande. Pour le moment, ils forçaient le respect dans un petit quartier. Ethan visait tout Manhattan, voire plus. Mais, pour l'instant, l'heure était à l'amusement et à la célébration. Warren et Trent étaient en pleine discussion, et semblaient beaucoup s'amuser car ils riaient assez souvent. Ethan et Ret discutaient de la façon dont pourrait évoluer le groupe. Ret était émerveillé par les idées d'Ethan et avait foi en lui.
Celui-ci faisait le fier et se vantait de pouvoir conquérir le monde s'il le voulait. C'était surtout l'alcool qui le faisait parler ainsi, mais Ret n'en était pas moins admiratif. Ryan, quant à lui, restait dans son coin. Il n'a jamais été à l'aise dans ce genre de soirée, alors il s'était installé à la fenêtre, un verre à la main. Il observait la ville. Elle était magnifique la nuit. Tous les buildings qui scintillaient, les feux des voitures qui se croisaient, donnaient à Ryan un beau spectacle.
Mais c'est alors qu'il remarqua quelque chose d'étrange. Une silhouette peu ordinaire. Un homme, torse nu, recouvert de flammes noires. Le temps de se frotter les yeux, l'homme avait disparu. Mais du peu qu'il avait vu, l'homme avait l'air de se diriger vers leur immeuble. Ryan se rendit compte de l'absurdité de ses propos. Un homme en feu qui marcherait vers l'immeuble, c'est impensable. Il accusa l'alcool de le rendre victime d'hallucination et alla dans la salle de bain afin de se passer de l'eau sur la tête. Les idées de nouveau claires, il rejoignit les autres dans le salon.
Quelques minutes plus tard, on frappa à la porte, suffisamment fort pour se faire entendre malgré la musique. Warren la baissa et alla à la porte. Au moment où il allait tourner la poignée, la porte explosa sur lui et le projeta de l'autre côté de la pièce. Les quatre autres, en alerte, s'écartèrent avec prudence de l'entrée. Chacun essaya de s'armer avec ce qui les entouraient. Les plus chanceux, Ethan et Trent, avaient des battes de baseball ou des couteaux. Les autres allaient devoir se contenter de leurs poings.
Ils attendirent patiemment que leur assaillant entre dans l'appartement. Derrière la fumée, ils entendirent des bruits de pas. La personne qui était de l'autre côté entrait dans l'appartement. Elle leur fit face. Ils découvrirent avec horreur qui était leur adversaire. Un homme couvert de flammes noires se tenaient devant eux. Le plus étrange était que cet homme semblait être...
- Jason ?! s'étonna Ret.
- C'est vraiment toi ? demanda Ryan.
- Mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demanda à son tour Trent.
Jason les observa en silence, cherchant sa première victime. De toute la bande, Ethan était celui qui était considéré comme le bras droit de Todd. Ce dernier avait une confiance aveugle en lui. « Il sera donc le dernier à mourir ». Il continua de réfléchir à qui sera la première victime de son courroux. « Warren ! Puisqu'il est encore sonné, autant en profiter. »
Il bondit vers Warren, étalé au sol, et lui asséna un violent coup de pied qui brisa ses côtes en plus de l'enflammer. Il hurla de douleur, mais Jason l'ignora et se tourna vers ses autres adversaires. Ils voulaient porter secours à leur ami, mais la peur que leur inspirait Jason les paralysait. Après leur avoir jeté un regard haineux, il se jeta sur Trent qui était armé d'une batte. Ce dernier évita son coup, et attaqua à l'aide de son arme. Jason la reçut de plein fouet. Cependant, le jeune homme ne bougea pas. Plus étonnant encore, la batte explosa sous le choc. En retour, il donna à Trent un coup de pied retourné qui le propulsa jusqu'à la cuisine. Les autres étaient horrifiés par ce qu'ils voyaient.
- Mais c'est quoi ce bordel ? Comment il fait ça ? demanda Ryan, effrayé.
- Et pourquoi il nous attaque ? s'étonna Ethan.
- Je vous ai vu. Au terrain vague. Vous l'avez trahi. Et attaqué, à cinq contre un. Vous êtes des lâches ! s'énerva Jason.
- Une vengeance ? Tu es là pour une simple histoire de vengeance ?!
- Vous m'avez enlevé la personne à laquelle je tenais le plus... Vous mourrez tous pour ça.
- Sale petit mer-
Ret n'eut pas le temps de finir sa phrase. Jason lui avait porté un coup au foie, puis à la tempe. Il s'effondra dans les flammes et les hurlements. Ryan tenta de l'attaquer dans le dos, mais Jason l'attrapa à la gorge. Ryan se débattait, alors que les flammes noires gagnaient son corps. Il hurla pendant quelques secondes, puis se tut. Jason jeta son cadavre incandescent sur l'endroit où avait été envoyé Trent. On entendit ses cris durant quelques instants puis mourut comme son camarade. Il ne restait plus qu'Ethan. Ce dernier se rendit compte que son petit couteau ne lui serait d'aucune utilité. Jason s'avança vers lui. Ethan tomba à genoux.
- Je t'en prie, épargne-moi ! J'étais le bras droit de ton frère ! supplia-t-il.
- Justement. Il avait confiance en toi. Et tu n'as pas hésité à le trahir, rappela Jason d'une voix calme.
- Ils ne m'ont pas laissé le choix !
- Tu mens. Même en suppliant pour ta vie, tu me mens.
- Non... Je te jure, ils m'ont forcé.
- Tu mens encore. Je t'ai dit que j'étais là. Tu n'as rien fait pour les arrêter. Tu les as même incités à attaquer. C'est toi le vrai traitre. Tu n'as peut-être pas volé l'argent, mais tu as trahi ton camarade, ton ami. Et ça, tu le paieras.
- Je t'en supplie, Jason...Je te supplie à genoux !!
Jason l'ignora et frappa Ethan au ventre d'un coup de poing. Ce coup était tellement puissant qu'il transperça son corps. Les flammes le consumèrent petit à petit. Mais il n'eut pas le temps de souffrir. Il mourut sur le coup. Jason laissa son corps, qui sera bientôt des cendres et sortit de l'immeuble. « Voilà, mon frère. À présent, tu peux reposer en paix... ».
...
Non loin de Jason, perché au sommet d'un immeuble, Balthazar l'observait de loin et semblait ravi de ce qu'il voyait.
- Eh bien, eh bien, je m'attendais à ce qu'il soit puissant. Cependant, sa haine le rend impitoyable ! Il ne tardera pas à devenir mon plus puissant Adepte. Hm, quoique... Alexander est plutôt coriace... Dans tous les cas, tu es destiné à un grand avenir, petit Démon..., conclut-il avec un sourire.