J'étais Léo, peintre, fou amoureux de Chloé, ma femme.
Elle m'a convaincu d'une faillite viticole, puis d'un "faux divorce" pour me protéger.
J'ai tout cru, abandonnant ma vie parisienne pour elle.
Pour "rembourser" ses dettes, j'ai pris un travail occulte et mortel de désamiantage.
Un soir, rentrant tôt, j'ai surpris Chloé.
Elle planifiait : le divorce était une ruse pour épouser le riche Hugo, avant de me "reprendre" plus tard.
Mon monde s'est écroulé.
L'âme vide, j'ai accepté le divorce.
Elle est partie triomphante en Maserati avec Hugo, moquant ma naïveté.
Le couperet est tombé : mésothéliome avancé, un mois à vivre, dû à l'amiante.
Ma bague de grand-père brillait au doigt d'Hugo sur leur faire-part.
Quand j'ai craché mes poumons, elle a refusé de venir, qualifiant ça de "comédie".
Elle m'a laissé, "pathétique", au milieu des cendres de notre amour.
Comment une telle trahison était-elle possible ?
Ma vie, offerte pour elle, se résumait à un piège mortel.
Ma mort ne serait pas vaine.
Il me restait un mois pour orchestrer ma dernière œuvre : la vengeance.
Mon "cadeau de mariage" la détruirait publiquement au moment de son faux triomphe.
La culpabilité éternelle serait sa seule juste punition.
Chloé a posé ses mains sur les miennes, ses yeux habituellement vifs et perçants étaient maintenant embués de larmes.
« Léo, mon amour, c'est une catastrophe. »
Sa voix tremblait.
« Le mildiou a tout ravagé. Le domaine est en faillite. Nous avons des millions de dettes. »
J'ai serré ses mains. Je n'étais qu'un peintre, mais j'étais son mari.
« Ne t'inquiète pas, Chloé. On va trouver une solution. Je suis là. »
Elle a secoué la tête, les larmes coulant sur ses joues.
« La seule solution, c'est de divorcer. Pour te protéger. Je ne veux pas que les créanciers te poursuivent. C'est un faux divorce, Léo. Juste le temps que je redresse la situation. Après, je te promets, on se remariera. »
Divorcer. Le mot a résonné froidement dans notre appartement parisien. J'ai regardé autour de moi, les murs couverts de mes toiles, la plupart des portraits d'elle. J'avais quitté Paris et mes rêves pour elle, pour la suivre à Reims et la soutenir dans la gestion de son héritage, ce domaine de champagne qui était toute sa vie.
« Non, Chloé. Je ne te laisserai pas affronter ça seule. Dans le meilleur comme dans le pire, tu te souviens ? »
Je l'ai prise dans mes bras. Elle a pleuré contre mon épaule, un son étouffé et plein de désespoir. Je croyais en sa douleur. Je croyais en son amour.
Le lendemain, je lui ai dit que j'avais trouvé une opportunité. Un contrat de restauration pour une vieille fresque. Je lui ai menti. La vérité était trop laide.
La vérité, c'était un chantier de désamiantage dans un bâtiment délabré de la banlieue. Le travail était dangereux, la paye était exceptionnellement bonne. Assez pour commencer à rembourser ses "dettes".
Pendant des semaines, j'ai respiré la poussière de la mort. Chaque soir, je rentrais, le corps endolori, les poumons en feu, mais avec l'argent qui, je le croyais, la sauvait.
Un soir, le contremaître nous a laissés partir plus tôt. J'ai décidé de faire une surprise à Chloé. Je suis rentré à l'appartement, silencieusement.
La porte du salon était entrouverte. J'ai entendu sa voix, claire et ferme, pas du tout celle d'une femme au bord de la ruine.
« Le divorce est finalisé. Tout se passe comme prévu. »
C'était sa voix, mais elle parlait à son assistante.
« Hugo est ravi. Le mariage aura lieu le mois prochain sur la Côte d'Azur. Une fois que je serai Madame Hugo Vasseur, son statut social sera assuré. Et après quelques années, je divorcerai et je reviendrai vers Léo. Je lui ai tout sacrifié, je lui devrai bien ça. Je le dédommagerai pour le reste de sa vie. »
Mon cœur a cessé de battre. Le monde s'est effondré sous mes pieds. La poussière dans mes poumons semblait soudainement plus lourde, plus suffocante.
Le lendemain, je lui ai dit que j'acceptais le divorce.
Mon visage était sans expression. Mon cœur était un trou noir.
Elle a paru soulagée.
Devant la mairie, après que le juge a prononcé notre séparation, elle s'est approchée de moi.
« Merci, Léo. Je te promets, ce n'est qu'un au revoir. »
Elle m'a embrassé sur la joue. Un baiser froid, comme un adieu.
Puis, une voiture de sport est arrivée en vrombissant. Une Maserati bleu vif. flambant neuve.
Hugo était au volant. Il lui a souri, un sourire de conquérant.
Chloé est montée à côté de lui.
« On va fêter ça à une dégustation privée. Cinq cent mille euros la bouteille, tu imagines ? C'est pour sceller notre nouvel accord commercial. »
Elle m'a lancé ces mots par la fenêtre, comme une dernière justification.
Je les ai regardés s'éloigner, la voiture de luxe disparaissant dans le trafic parisien. Je suis resté seul sur le trottoir, un homme dont la vie venait d'être détruite pour un mensonge.
Mon téléphone a sonné alors que je fixais le vide. C'était le centre médical du travail.
« Monsieur Léo Martin ? »
« Oui. »
« Nous avons les résultats de vos examens. Je suis désolé. Vous avez un mésothéliome. C'est très avancé. »
Le silence du médecin était plus lourd que ses mots.
« Combien de temps ? » ai-je demandé, ma voix un murmure.
« Un mois. Peut-être moins. »
J'ai raccroché. Un mois. Mon sacrifice pour elle m'avait coûté la vie.
Au même moment, une notification est apparue sur mon écran. Un message de l'assistante de Chloé. J'avais utilisé mes dernières économies, l'argent que je n'avais pas encore donné à Chloé, pour acheter sa loyauté. Elle était une femme plus âgée, dégoûtée par le cynisme de sa patronne.
Le message contenait une photo d'un carton d'invitation luxueux.
« Mariage de Chloé Dubois et Hugo Vasseur. Le 15 juin, à l'Hôtel du Cap-Eden-Roc, Antibes. »
La date était dans exactement un mois.
Mon mariage avec la mort était fixé au même jour que son mariage avec le luxe et le mensonge.
Quelques jours plus tard, c'était notre anniversaire de mariage. Le cinquième. Le dernier.
La porte s'est ouverte. Chloé est entrée, un bouquet d'iris à la main. "Le messager de l'amour", c'est ce qu'elle disait toujours.
« Léo, je pensais à toi. Je sais que c'est dur. »
Elle a posé les fleurs sur la table. Elle jouait son rôle à la perfection. La femme aimante, accablée par le chagrin d'une séparation nécessaire.
Elle s'est approchée, a arrangé le col de ma chemise.
« Tu as l'air fatigué. Tu dois te ménager. »
C'est là que je l'ai vu. Une petite marque violette sur son cou, juste sous la ligne de sa mâchoire. Un suçon.
Mon regard est descendu sur sa main. Elle portait une bague à son annulaire. Une imitation bon marché de notre alliance.
L'assistante m'avait envoyé une photo la veille. Hugo portant fièrement la vraie. Ma bague. Celle que mon grand-père, artisan lui aussi, avait faite pour ma grand-mère.
Chloé a suivi mon regard. Elle a eu un mouvement de recul, cachant sa main.
« Oh, ça... J'ai dû vendre la vraie. Pour les dettes. Je ne supportais pas de ne rien porter. »
Elle mentait. Elle mentait encore. Chaque mot était un poison.
J'ai détourné les yeux, fixant le bouquet d'iris. Leurs couleurs vives me semblaient soudain funèbres.