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Le Cœur du Viking

Le Cœur du Viking

Auteur:: ecrits d'une Mariam
Genre: Romance
Dans un monde ravagé par les flammes des raids vikings, un nom fait trembler les villages : **Ragnar Thorne**, un chef redoutable au cœur de pierre. Cruel, sanguinaire, il ne laisse derrière lui que cendres et hurlements. Lors d'une attaque, il rencontre Elin une jeune femme au regard de feu, qui ose le défier au milieu du chaos. Au lieu de la tuer, Ragnar la capture. Elle le déteste, elle le maudit, et elle lutte de toutes ses forces contre son emprise. Mais peu à peu, dans cette captivité marquée par la haine, la peur et la rébellion, naît un lien inattendu. Entre batailles sanglantes, rivaux jaloux qui convoitent la jeune femme, trahisons, crises de jalousie et tempêtes du destin, Elin devient la seule capable de fissurer le cœur sauvage du Viking. Mais peut-on aimer un homme façonné par la guerre et la cruauté ? Et Ragnar peut-il vraiment changer, ou l'ombre de son passé finira-t-elle par les engloutir ? Une histoire de sang, de larmes et de passion interdite où la romance naît dans les flammes de la guerre et défie la brutalité d'un monde impitoyable.

Chapitre 1 No.1

Ragnar

Le vent glacial fouettait mon visage tandis que le drakkar fendait les vagues sombres du fjord. Je suis "Ragnar Thorne"", chef de ""Frostgard"", et depuis mon siège sur ces falaises glacées, j'avais appris à dominer tout ce qui se trouvait devant moi. Mon village, fortifié et impitoyable, respectait et craignait mon nom : là où Ragnar Thorne passait, la peur s'installait avant même que la lame ne tombe. Les guerriers alignés sur le drakkar connaissaient mes ordres, ma brutalité et ma soif de contrôle.

À mes côtés, fidèle depuis l'enfance, Eirik observait le fjord. Nous ne parlions pas beaucoup, et pourtant sa présence me rassurait. Dans le silence des vagues et le cri des goélands, il était le seul à connaître mes pensées sans que je n'aie besoin de les formuler.

- La brume est fine, dit-il calmement, nous serons presque sur eux avant qu'ils ne sachent ce qui les frappe.

- Parfait, répondis-je. Mon regard se perdit sur l'horizon. Branvik, un village que j'avais repéré pour sa faiblesse et ses ressources, allait découvrir ce que signifiait rencontrer Ragnar Thorne. Les habitants se croyaient en sécurité, ignorants que leur destin allait basculer en quelques minutes.

Lorsque nous touchâmes la rive, le fracas du bois contre la terre était le signal. Mes hommes bondirent comme des bêtes affamées, haches et épées brandies. Le chaos s'installa instantanément. Branvik hurla, se débattit, tenta de fuir, mais nous étions trop rapides, trop nombreux, trop meurtriers. Les flammes se mirent à lécher les toits, le bois éclatait sous nos coups, et le sang des innocents se mêlait à la boue.

Je savourais cette violence. Chaque cri, chaque geste désespéré renforçait ma conviction : le monde appartient aux forts. Branvik était mort avant même d'avoir réellement vécu. J'arpentais les rues, frappant, ordonnant, semant la terreur comme on sème le blé. Mon nom seul suffisait à paralyser les plus braves, et mes hommes le savaient.

Puis, quelque chose attira mon attention au milieu du chaos. Une silhouette se tenait droite malgré tout, défiant la mort et le feu avec une audace qui n'avait pas sa place ici. Elle était seule, fragile à première vue, mais dans ses yeux brûlait une flamme que je n'avais jamais vue chez aucun autre captif, aucun autre survivant. Je m'arrêtai. Eirik se tenait à mes côtés, observant comme moi, mais il ne dit rien, respectant mon silence. Je ne savais pas encore que cette fille allait bouleverser mon monde.

Elle était jeune, peut-être dix-huit ans, mais son regard vert tranchait avec la désolation autour d'elle. Ses cheveux sombres encadraient son visage, trempés et en désordre, mais il n'y avait pas peur dans ses yeux, seulement de la défiance. Chaque geste qu'elle faisait était mesuré, chaque mouvement précis. Et malgré mon instinct de meurtrier, je fus frappé par sa beauté et sa force.

- Attrapez-la, ordonnai-je, presque à contrecœur.

Mes hommes se jetèrent sur elle, mais elle esquiva, esquive rapide et souple, pleine de rage et de vie. Ses cris de haine me frappaient de plein fouet : elle me haïssait déjà, et je devais l'admettre, cela me dérangeait autant que cela m'attirait.

Je m'approchai moi-même. Son regard me transperçait, comme si elle savait que je n'étais pas simplement un guerrier sanguinaire, mais un monstre façonné par la violence et la trahison de mon passé. Elle me regardait, droite et fière, défiant ma domination. Et c'était... déroutant.

Quand enfin je la saisis par le bras, elle résista de toutes ses forces. Je sentis la tension de ses muscles, la force de sa volonté, et un frisson inattendu me traversa. Je ne savais pas ce qui était plus perturbant : sa haine pour moi ou cette étrange fascination qu'elle éveillait.

Nous la ramenâmes au drakkar, ses mouvements, ses cris, sa fierté intacte malgré la terreur ambiante, occupaient tout mon esprit. Branvik n'était plus qu'un tas de ruines derrière nous, mais cette jeune femme était un défi vivant que je n'avais pas anticipé.

Le voyage jusqu'à Frostgard fut silencieux. Elle restait silencieuse après ses cris initiaux, les yeux fixés sur l'horizon comme si elle cherchait une évasion invisible. Chaque regard qu'elle posait sur moi était un affront, et pourtant je ne pouvais détourner les yeux. Elle était prisonnière, mais d'une manière étrange, elle dominait déjà mon attention.

Frostgard apparut enfin, ses murs de pierre s'élevant comme des gardiens éternels. Les habitants savaient que leur chef revenait, mais ignoraient encore que ce jour serait marqué par la capture d'une jeune femme que personne n'oserait défier.

Dans la grande salle, je la déposai avec précaution mais fermeté. Ses mains furent liées, mais son regard restait farouche, défiant toute autorité. La haine qui brillait dans ses yeux me frappa de plein fouet. Elle ne me pardonnerait jamais ; son village, sa famille, ses rêves, tout avait été détruit par mes mains, et pourtant elle tenait encore debout. Cette résilience me troubla autant qu'elle m'irrita.

Eirik, fidèle comme toujours, restait dans l'ombre, observant mes gestes et mes réactions. Il ne dit rien, car il savait que ce que je ressentais ne pouvait pas être nommé. Haine, colère, frustration... mais aussi quelque chose de plus étrange, de plus dangereux. Une fascination que je n'avais jamais ressentie pour une captive.

Je m'assis face à elle, et elle ne détourna pas le regard. Ses yeux verts me défiaient, perçants et clairs, et je sentis une étrange chaleur parcourir mon corps. Je suis Ragnar Thorne, maître de Frostgard, chef redouté et sanguinaire, et pourtant je découvrais que cette captive, cette fille que je n'avais pas prévu de rencontrer, avait déjà gagné une place que je n'étais pas sûr de vouloir reconnaître.

Elle est ma captive. Elle est ma haine. Elle est ma fascination. Et dans son silence, dans sa résistance farouche, je compris quelque chose que je refusais d'admettre : jamais je n'avais rencontré quelqu'un comme elle, et jamais je ne la laisserais me briser... mais je ne pourrais pas l'ignorer non plus. Branvik était mort, mais Elin Storm resterait vivante, et elle serait la seule capable de troubler le cœur de Ragnar Thorne.

La grande salle de Frostgard était silencieuse à l'exception du craquement des torches. Les murs de pierre massive renvoyaient un écho sombre aux pas de mes guerriers, mais l'attention n'était centrée que sur elle : Elin Storm, ma captive, celle qui défiait chaque fibre de mon être. La haine brûlait dans ses yeux, mais ce n'était pas une haine ordinaire : c'était la haine de ceux dont le monde avait été détruit, une rage née du désespoir et de la perte. Son village, Branvik, n'était plus que cendres et sang, et tout ce qu'elle avait aimé avait été arraché par mes mains.

Je m'assis face à elle, les bras croisés, observant chaque mouvement. Elle ne me regarda pas immédiatement, son regard fixé sur le sol, comme si elle cherchait une faille dans ma vigilance. Mais je savais qu'elle calculait, qu'elle attendait le moment opportun pour frapper ou pour me défier. Elle était forte, bien plus que n'importe quelle captive que j'avais eue.

- Tu crois pouvoir m'affronter, Storm ? ma voix était basse, presque un murmure, mais pleine d'autorité.

Ses yeux se levèrent enfin vers moi, et son regard vert transperça mon armure de colère et de domination.

- Je n'ai pas besoin de vous affronter, Thorne. Je ne vous pardonnerai jamais. Sa voix était claire, tremblante seulement d'émotion contenue.

Je fronçai les sourcils. Rarement quelqu'un me parlait ainsi, encore moins une fille captive, et surtout, rarement quelqu'un parvenait à éveiller une irritation mêlée de fascination dans mon esprit.

- Tu es encore en vie parce que je le permets, dis-je, un ton sec dans la voix. Tu devrais trembler devant moi.

- Trembler ? Elle ricana, une expression méprisante qui aurait dû me mettre hors de moi. Au lieu de cela, je sentis une étrange tension m'envahir. Vous avez pris tout ce que j'avais, mon village, ma famille, et vous pensez que j'ai peur ?

Je me levai et fis les cent pas devant elle. Le feu des torches projetait des ombres mouvantes sur mes traits, rendant mon visage encore plus intimidant. Frostgard n'était pas seulement mon village : c'était ma forteresse, le symbole de ma puissance, et pourtant, cette jeune femme, captive et seule dans une salle immense, parvenait à capter toute mon attention.

Eirik se tenait en retrait, silencieux, mais attentif. Il savait que je ne laissais personne troubler mon esprit, et pourtant, il connaissait cette lutte interne que je menais avec moi-même. La haine et la fascination se mêlaient en un mélange brûlant.

- Tu me provoques, Storm, dis-je, et je n'ai jamais été provoqué comme ça.

Elle me regarda droit dans les yeux, et dans son silence, je sentis son mépris, sa colère contenue, sa douleur, mais aussi quelque chose d'étrange : une force tranquille qui refusait de se plier. Elle ne s'avouait pas vaincue, même face à moi.

Je m'approchai, réduisant la distance entre nous, et elle ne recula pas. Chaque fibre de mon être voulait la soumettre, la dominer, mais paradoxalement, je sentais un frisson différent parcourir mon échine. Branvik était mort, ses habitants massacrés, et pourtant, face à moi, Elin Storm restait debout, fière, indomptable.

- Tu n'as aucun droit sur moi, murmura-t-elle, et malgré la peur dans sa voix, il y avait une certitude que je ne pouvais ignorer.

Je secouai la tête, incapable de détourner le regard. J'avais déjà affronté des guerriers, des hommes endurcis, mais jamais une femme n'avait provoqué un tel mélange de haine et de fascination en moi. Elle est ma captive, et pourtant, elle me trouble. Elle est censée être impuissante, et pourtant, elle domine chaque pensée que j'ai depuis le moment où je l'ai vue.

- Tu es... insupportable, dis-je, laissant échapper un souffle que je n'aurais jamais cru possible.

Eirik, comme toujours, se contenta de rester en retrait. Il savait que ce que je ressentais était interdit, dangereux, et pourtant irrépressible.

- Et vous êtes... - répondit-elle, sa voix tremblante seulement de colère, un monstre.

Je ne pus m'empêcher de sourire, un sourire sec et cruel. Elle avait raison. Je suis Ragnar Thorne, fils de Stormheim, maître de Frostgard, et un monstre pour tous ceux qui se trouvent sur mon chemin. Mais face à elle, ce rôle semblait insuffisant, et cette vérité m'irritait.

Pendant des heures, nous restâmes là, face à face, dans un duel silencieux où aucun mot n'était vraiment nécessaire. Chaque mouvement, chaque regard, chaque souffle était une bataille. Elle était ma captive, et je refusais de céder, mais dans son silence et sa résistance, une partie de moi se révélait, une part que je croyais morte ou enfouie sous des années de violence et de sang.

Lorsque la nuit tomba, je ne la laissai pas dormir dans le confort. Elle resta sur le sol froid, ses chaînes m'enchaînant tout autant que ses yeux. Elle se recroquevilla dans un coin, les yeux fixés sur moi à chaque mouvement. Même dans le silence, elle me défiait, et cette défiance me consumait autant qu'elle m'irritait.

Je m'assis près du feu, observant ses traits. Elle était fatiguée, blessée par ce que j'avais fait à son village, et pourtant, elle refusait de plier. Son courage, sa fierté, et cette haine mêlée à une force tranquille me troublaient. Elle est ma captive, je le sais, mais son esprit est libre. Et c'est ce que je déteste autant que je ne peux m'empêcher de contempler.

Je repensai aux visages de Branvik, aux cris de ses habitants, et je fus frappé par une vérité que je n'avais pas anticipée : je pensais que tout ce qui comptait était la peur, le contrôle, la domination. Mais face à elle, je compris que la peur seule n'était pas suffisante. Cette fille, cette seule personne, défiait tout ce que j'avais construit, et elle le faisait avec une telle intensité que je sentis quelque chose d'étrange... un mélange de haine, d'irritation et d'un trouble que je refusais de nommer.

Eirik, fidèle comme toujours, me laissa à mes pensées. Il savait que je ne pouvais parler de ce mélange de sentiments, qu'il resterait un secret entre nous, un jeu silencieux que je menais avec cette captive. Et pourtant, même dans ce silence, je savais qu'Elin Storm allait rester gravée dans mon esprit, que rien ni personne ne pourrait effacer l'impression qu'elle avait laissée en moi dès ce premier jour.

Je suis Ragnar Thorne, maître de Frostgard, fils de Stormheim, guerrier cruel et impitoyable. Et pourtant, face à cette captive, je découvre une vérité que je n'avais jamais anticipée : la haine peut se mêler à l'admiration, et la captivité ne signifie pas toujours la soumission. Branvik est mort, mais **Elin Storm** est vivante, et elle restera à jamais la seule capable de troubler le cœur de Ragnar Thorne.

Chapitre 2 No.2

Elin

La pierre froide sous mon corps me tirait un frisson tandis que je me réveillais dans l'obscurité. Le goût métallique du sang séché dans ma bouche me rappelait avec violence que je n'étais plus à Branvik. Branvik, mon village natal, réduit en cendres par Ragnar Thorne et ses guerriers. Mes parents, Heinrich et Freya Storm, mes frères et sœurs... tous disparus, anéantis par la brutalité de cet homme. Je suis Elin Storm, fille d'une famille massacrée, et je restais ici, captive, entourée par le pouvoir glacé et cruel de Frostgard.

Mes poignets me faisaient mal, les chaînes serrant mes mains jusqu'à laisser des marques rouges sur ma peau. Chaque mouvement me rappelait ma captivité, mais aussi ma survie. Ma haine pour Ragnar brûlait comme un feu invisible, et c'était la seule chose qui me maintenait debout. Il avait détruit ma vie, et je refusais de lui offrir une seule parcelle de peur ou de soumission. Ma colère devait être totale, absolue, mon esprit devait rester libre.

Pourtant, malgré ma détermination, je ne pouvais nier ce qu'il éveillait en moi. Ragnar Thorne... sa présence imposante, son charisme sauvage, sa puissance brute... tout en lui était effrayant et fascinant à la fois. Sa carrure, ses muscles tendus sous l'armure, le mouvement précis de chaque geste, la confiance silencieuse qu'il dégageait... il possédait une beauté dangereuse, une puissance magnétique qui me perturbait profondément. Je détestais cette attraction involontaire, et je me répétais sans cesse que c'était une faiblesse à laquelle je ne devais jamais céder.

Je me levai, serrant les chaînes qui limitaient mes mouvements. Mes muscles protestèrent, mais je devais rester forte. Mon corps pouvait être prisonnier, mais mon esprit restait libre. Je me souvenais encore des flammes qui léchaient Branvik, des cris de mes voisins, des visages figés de mes parents dans la terreur... et je devais transformer cette douleur en rage, cette rage en force. Ragnar ne m'avait pas complètement brisée. Mon esprit restait intact, et tant qu'il le serait, je resterais invincible.

Mes yeux glissèrent sur la salle froide où j'étais enfermée. Les murs de pierre, les torches vacillantes, les traces des pas des gardes... tout était sous son contrôle. Frostgard était le royaume de Ragnar, et moi, j'en étais la captive. Et pourtant, chaque pas qu'il faisait, chaque geste, chaque regard, me fascinait autant qu'il me terrifiait. Je refusais d'admettre cette part d'attention que je lui accordais, car il ne méritait pas que je montre la moindre vulnérabilité.

Il était beau. Je le haïssais, mais je devais le reconnaître. Ses traits durs, marqués par la guerre et le froid, sculptés comme par le vent et la glace, étaient impressionnants. Ses yeux sombres et perçants semblaient sonder mes pensées, comprendre mes gestes avant même que je les fasse. Et cette beauté glaciale, presque impitoyable, me dérangeait autant qu'elle m'attirait. Il représentait tout ce que je détestais et tout ce que je ne pouvais ignorer.

Chaque fois que ses pas résonnaient dans le couloir, mon cœur s'emballait, mais je refusais de trembler. Je devais maintenir ma colère intacte, nourrir cette haine qui me maintenait vivante. Il avait détruit mon monde, et je devais rester Elin Storm, fille de Branvik, survivante, invaincue dans mon esprit. Ma haine devait être complète, totale, et chaque regard que je posais sur lui devait la renforcer.

Je repensai à Branvik, aux champs ensoleillés, aux rires des enfants dans les rues, aux marchés pleins de vie. Et puis, à nouveau, Ragnar surgissait dans mes pensées. Son visage, ses gestes précis, sa voix grave et autoritaire... il avait tout pris, mais je ne céderais jamais. Ma haine était ma seule arme, ma seule protection contre la douleur, la solitude, et l'attraction dérangeante qu'il exerçait sur moi.

Parfois, je me surprenais à l'observer. Même dans sa brutalité, il y avait un rythme, une harmonie dans ses mouvements, une force que je ne pouvais ignorer. Ses épaules larges, sa carrure imposante, la manière dont il se tenait comme si chaque pas était calculé, chaque geste destiné à marquer son autorité... il était l'incarnation de la guerre elle-même, et cette puissance me fascinait autant qu'elle m'effrayait. Je devais me rappeler que c'était un homme dangereux, cruel, et que rien de cette beauté ne pouvait excuser la destruction qu'il avait semée.

Je m'assis dans un coin, les bras serrés autour de mes genoux, et je laissai mes pensées vagabonder vers ma famille et mon village. La douleur et la détresse étaient toujours là, mais je devais les cacher derrière une façade de force. Si Ragnar voyait ne serait-ce qu'une étincelle de faiblesse, il l'exploiterait. Et je ne voulais pas lui donner ce pouvoir. Je ne pouvais pas. Ma haine devait rester intacte, pure, comme un feu qui ne s'éteint jamais.

Chaque jour, chaque respiration était un rappel : je ne pardonnerais jamais. Je ne céderais jamais. Et même si une part de moi était irrésistiblement attirée par la beauté et la puissance de Ragnar, cette part devait rester cachée, ignorée, combattue. Mon corps pouvait ressentir, mais mon esprit devait rester maître. Tant que je le ferais, je serais Elin Storm, fille de Branvik, survivante, invincible dans sa haine.

Je fermai les yeux un instant, laissant mes souvenirs de Branvik me traverser. Les flammes, les cris, la solitude, et le visage de mes parents... tout cela me donnait de la force. Je ne pardonnerais jamais à Ragnar Thorne. Et même si son apparence et sa puissance me troublaient, même si une part de moi voulait regarder plus attentivement, je ne pouvais céder. Ma haine était mon bouclier, mon ancre, ma seule certitude dans ce monde devenu brutal et glacé.

Chapitre 3 No.3

Ragnar

La brise glaciale du fjord fouettait mon visage alors que je me tenais sur la muraille de Frostgard, mon village fortifié perché sur les falaises abruptes. Ce lieu n'était pas seulement un refuge pour mes guerriers : c'était le royaume de Ragnar Thorne, le lieu où ma cruauté avait été forgée, et d'où j'imposais ma loi. Chaque habitant, chaque voyageur, connaissait mon nom. Ragnar Thorne n'était pas seulement un chef de guerre : j'étais une légende vivante, un nom que l'on chuchotait avec respect et peur.

À mes côtés, Eirik, mon ami de toujours et confident, observait les navires au loin. Sa présence me rassurait, car il comprenait les zones d'ombre que je cachais à tous, y compris celles que je refusais d'admettre à moi-même.

- Il fait froid, dit-il calmement, les yeux fixés sur l'horizon.

- Comme toujours, répondis-je, sans détourner le regard. Frostgard est fait pour survivre, pas pour se complaire.

Je savais que chaque guerrier sous mes ordres respectait mes décisions, craignait mes colères, et admirait ma force. Mais aujourd'hui, même au sommet de mon pouvoir, une pensée me dérangeait, un nom qui refusait de quitter mon esprit : Elin Storm. La jeune femme que j'avais capturée à Branvik. La fille du village que j'avais réduit en cendres.

Depuis ce jour, elle était tombée sous ma garde, mais malgré la haine que je devais ressentir pour elle, une fascination étrange me consumait. Elle était belle, farouche, insoumise. Ses yeux verts me défiaient sans cesse, comme si elle voulait me rappeler que je n'étais pas tout-puissant. Ses cheveux noirs, tombant en cascade sur ses épaules, et sa posture fière étaient un affront silencieux à ma domination. Et plus je la regardais, plus je sentais ce mélange de haine et de curiosité grandir en moi.

- Elle te trouble, Thorne, dit Eirik, sans détourner les yeux de moi.

- Elle est insupportable, répondis-je sèchement, mais elle est la seule que je ne peux ignorer.

Eirik hocha la tête. Il savait. Il savait que cette haine mêlée de fascination me rongeait. Branvik était mort, mais cette fille résistait, debout malgré tout. Sa force me dérangeait autant qu'elle m'attirait.

Je me tournai vers le village que j'avais bâti ici, Frostgard. Les rues étaient vivantes, les habitants vaquaient à leurs occupations avec prudence et respect. Plusieurs jeunes femmes m'avaient déjà observé, certaines avec admiration, d'autres avec un intérêt plus clair. Elles voyaient en moi le chef, le guerrier, l'homme puissant qui pouvait protéger et imposer sa loi. Certaines me souriaient, espérant attirer mon attention, et je devais admettre que ces regards flatteurs avaient un effet sur moi... mais aucun ne me capturait autant que les yeux d'Elin.

Et puis il y avait Sigrid une femme audacieuse, tenace, qui refusait de s'avouer vaincue. Elle voulait me séduire à tout prix. Chaque jour, elle tentait des approches, des sourires calculés, des gestes subtils pour attirer mon attention. Mais rien ne pouvait remplacer le frisson que provoquait la présence d'Elin. Rien ne pouvait me troubler autant que ce mélange de haine et de défi qu'elle incarnait.

Je me souvins de Branvik, des flammes qui dévoraient le village, des cris, de la terreur. Et pourtant, parmi les cendres, elle avait survécu. Elle était tombée entre mes mains, captive, et je devais l'admettre : je la désirais d'une manière que je ne comprenais pas. Son esprit rebelle, sa fierté, son courage... elle était différente de toutes les autres femmes que j'avais croisées. Elle ne me suppliait pas, elle ne gémissait pas. Elle restait debout, même enchaînée. Et cette résistance, cette force intérieure, m'obsédait.

- Elle ne se pliera jamais, dit Eirik, les yeux plissés.

- Je sais, répondis-je, et c'est ce qui me dérange le plus.

Je me souvenais de chaque détail de ce jour à Branvik. La manière dont elle avait défié mes hommes, le courage insolent dans ses yeux, la façon dont elle refusait de céder à la peur. Depuis, je la gardais captive à Frostgard, mais je sentais que rien ne pourrait briser sa volonté. Et plus je la voyais, plus je comprenais qu'elle était le seul être capable de troubler mon esprit de Viking.

Sigrid et les autres jeunes femmes du village n'étaient que des distractions. Elles me désiraient, mais elles ne me défiaient pas, elles ne m'obsédaient pas. Elin, elle, occupait chaque pensée, chaque souffle, malgré ma rage. Je la haïssais pour ce qu'elle représentait, pour sa beauté qui me perturbait, pour sa force qui me rappelait tout ce que j'avais détruit, mais je ne pouvais détourner le regard.

Je descendis dans la cour de Frostgard, où mes guerriers s'entraînaient. Le bruit des épées contre les boucliers, le martèlement des pieds sur le sol de pierre... c'était le monde que je maîtrisais. Mais dans mon esprit, Elin Storm était toujours là, captive dans la pièce voisine, ses yeux verts me défiant encore et encore. Et je devais admettre que cette captivité, si nécessaire soit-elle, ne calmait pas ma fascination pour elle.

- Thorne, tu ignores ton propre trouble, murmura Eirik en s'approchant.

- Peu importe, répondis-je. Elle reste à ma merci. Tant qu'elle est captive, tout est sous contrôle.

Et pourtant, je savais que ce contrôle était fragile. Plus je la voyais, plus je percevais cette tension entre nous, ce mélange étrange de haine, de défi, et peut-être, je refusais de l'admettre, de désir. Frostgard pouvait être mon royaume, Branvik était mort, mais Elin Storm restait un mystère que je ne pouvais ignorer.

Sigrid, avec sa ténacité, tentait encore et encore de m'approcher, mais mes pensées revenaient toujours à Elin. Je la regardais à travers la fenêtre, assise dans sa chambre de pierre, ses chaînes luisant sous la lueur des torches. Ses yeux me transperçaient, et je sentais cette haine muette qu'elle me lançait comme un défi. Je devais la dominer, la contrôler, et pourtant... je me surprenais à étudier chaque mouvement, chaque respiration, chaque étincelle de courage dans ses gestes.

- Elle est impossible à ignorer, dis-je finalement à Eirik, la mâchoire serrée.

- C'est exactement ce que je te disais, répondit-il calmement. Elle est tout ce qui pourrait te déstabiliser, Thorne.

Je serrai les poings, laissant cette tension se transformer en une énergie que je pouvais canaliser. Elle devait rester captive. Elle devait rester sous mon contrôle. Frostgard était mon royaume, mes règles étaient absolues, et pourtant, cette fille, Elin Storm, défiant tout, captivait mon esprit comme aucune autre.

Alors que la nuit tombait sur Frostgard, je me tenais à la fenêtre de ma salle, regardant les flammes dans les cheminées des maisons, les silhouettes des jeunes femmes du village qui cherchaient à attirer mon attention. Sigrid en particulier, avec ses yeux insistants et son sourire calculé, cherchait à me séduire. Mais aucune d'elles ne pouvait rivaliser avec la force et la beauté de ma captive. Elle était le feu dans mon monde glacé, et je refusais de l'admettre, mais elle était devenue une obsession silencieuse, un défi que je n'avais jamais rencontré auparavant.

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