Étienne est mort.
Il est mort sur un chantier, écrasé par une poutre.
Il m'a sauvée une dernière fois, mais il n'a pas survécu.
Ses parents, ces architectes parisiens renommés, m'ont giflée à l'hôpital.
« C'est de ta faute ! C'est toi qui l'as tué ! » a hurlé sa mère, les yeux gorgés de haine.
« Si tu ne l'avais pas forcé à t'épouser, il serait encore en vie ! Il serait avec Camille ! »
Chaque mot était un couteau.
Pourquoi cette haine, cette accusation lancinante ?
Parce que je l'avais ligoté à moi, sacrifiant ma carrière pour un amour égoïste qui l'a détruit.
Parce que j'ai découvert son carnet, chaque page un poignard : « Regret 1 : Avoir épousé Chloé. »
Je ne méritais pas la paix, mais une légende m'a offert 36 heures pour revenir en arrière.
J'ai fermé les yeux, priant pour l'absolution.
Quand je les ai rouverts, le parfum des tilleuls m'a frappée : j'étais de retour, le jour de mon mariage.
Étienne est mort.
Il est mort sur un chantier de construction, écrasé par une poutre en acier qui tombait.
Il m'a poussée juste à temps. C'était la troisième fois qu'il me sauvait la vie.
Mais cette fois, il n'a pas survécu.
Ses parents, les grands architectes parisiens, m'ont giflée devant tout le monde à l'hôpital.
« C'est de ta faute ! C'est toi qui l'as tué ! »
La mère d'Étienne, d'habitude si digne, m'a attrapée par le col, ses yeux remplis de haine.
« Si tu ne l'avais pas forcé à t'épouser, il n'aurait jamais abandonné ses rêves pour reprendre ce stupide cabinet ! Il serait encore en vie ! Il serait avec Camille ! »
Camille. Ce nom, c'était une blessure qui ne s'est jamais refermée.
Leur amour de jeunesse, passionné et destructeur. Le "clair de lune" qu'il n'a jamais pu atteindre.
J'ai baissé la tête, incapable de répondre.
Elle avait raison.
J'ai forcé Étienne à m'épouser il y a dix ans, en utilisant le prestige de ma famille pour le lier à moi. J'ai sacrifié ma propre carrière pour lui, croyant bêtement que mon amour finirait par gagner.
Mais tout ce que j'ai fait, c'est le détruire.
J'ai trouvé son carnet secret en rangeant ses affaires. Chaque page était une torture.
"Regret 1 : Avoir épousé Chloé."
"Regret 2 : Avoir abandonné ma vocation d'artiste pour plaire à mes parents."
"Regret 3 : Ne pas avoir pu sauver Camille de ses démons."
Chaque mot était un coup de poignard.
La haine de sa famille, ma propre culpabilité, tout m'écrasait. J'ai fui Paris.
Je me suis réfugiée dans une abbaye en Bourgogne, cherchant une paix que je ne méritais pas.
C'est là que j'ai rencontré le vieux moine. Il était historien, comme moi. En restaurant un manuscrit ancien avec lui, il m'a parlé d'une légende.
Une "faille dans le temps", liée à cet artefact.
Une chance de revivre un moment précis de son passé, pour 36 heures.
« L'utiliserais-tu pour corriger tes erreurs, mon enfant ? » m'a-t-il demandé, ses yeux perçants.
Je n'ai pas hésité.
Je voulais effacer ses regrets. Je voulais lui rendre la vie que je lui avais volée.
Même si ça signifiait le perdre pour toujours.
Le rituel était étrange, une prière murmurée dans le froid de la crypte.
Le monde a tourné, les couleurs se sont mélangées.
Quand j'ai rouvert les yeux, l'odeur de la cire d'abeille de l'abbaye avait disparu, remplacée par le parfum des tilleuls en fleurs de la Place Saint-Sulpice.
J'étais de retour. Dix ans en arrière.
Le jour de mon mariage.
Le soleil de juin tapait fort sur les pavés.
Je portais ma robe de mariée, une création simple que j'avais choisie moi-même.
Étienne se tenait à côté de moi, devant la mairie du 6ème arrondissement. Il était magnifique dans son costume sur mesure, mais son visage était une statue de glace.
Il ne me regardait pas. Ses yeux étaient vides, fixés sur un point invisible.
Je savais ce qu'il pensait. Il pensait à Camille.
Dans la chronologie originale, j'avais ignoré son indifférence, j'avais souri pour les photos, j'avais signé le registre avec une main tremblante d'espoir.
Pas cette fois.
Le maire nous a appelés.
« Mademoiselle Chloé Dubois, Monsieur Étienne Valois, veuillez approcher. »
Nous nous sommes tenus devant le bureau. Le registre était ouvert. Le stylo m'a été tendu.
Je l'ai pris. Ma main était parfaitement stable.
J'ai regardé Étienne. Pour la première fois de la journée, il a tourné la tête vers moi. Il y avait une lueur de surprise dans ses yeux.
Je lui ai souri, un vrai sourire cette fois, plein de tristesse et de détermination.
Sous le regard de nos familles, j'ai penché la tête et j'ai écrit.
Pas mon nom.
J'ai écrit "Camille".
Puis j'ai refermé le livret de famille avant qu'il ne puisse voir, et je l'ai glissé dans mon sac.
« C'est une surprise, » j'ai murmuré. « Tu la verras plus tard. »
Il a froncé les sourcils, confus.
J'ai attrapé sa main. Elle était froide.
« Viens, » j'ai dit. « On a quelque chose à faire avant la fête. »
Je l'ai entraîné dehors, laissant nos parents perplexes derrière nous.
Le premier regret d'Étienne. Effacé.
Il ne m'épouserait pas.