Quand Léo a proposé la fête la veille du bac, un frisson glacial a parcouru mon esprit.
Ce jour.
Ce moment exact.
C'était le même tableau qu'il y a quatre ans, quand ma vie avait basculé.
Chaque mot, chaque rire, chaque regard de mes camarades remontait à la surface.
J'avais imploré, averti des dangers, supplié mes amis de ne pas gâcher notre avenir pour une simple fête.
« C' est pour notre bien à tous ! » avais-je crié.
Mais Léo, celui que mon cœur aimait en secret, m'avait toisée, me traitant de jalouse.
Chloé, l' influenceuse vénérée, avait ricanné, m'appelant la « rabat-joie de service ».
Ils étaient partis, me laissant seule face à ma prescience.
Puis, le drame : la fausse agression de Chloé, mon accusation, leurs insults de monstre.
Et la chute.
Mon corps échouant sur le béton, ma mort injuste, puis leurs mensonges odieux à la police.
Fantôme impuissant, j' avais tout vu.
Leurs mensonges.
La vérité sur Chloé, sa grossesse cachée et ses manipulations.
Leur trahison avait anéanti ma réputation, brisé le cœur de ma mère.
Pourquoi ?
Comment ont-ils osé ?
Cette trahison m'avait broyée, ma mort n'étant que la première étape de leur cruauté.
Mais je suis de retour.
Au point de départ.
Léo, avec son sourire charismatique, me tend l'invitation de la mort.
Cette fois, ni supplication, ni larmes.
Un sourire froid fend mes lèvres.
« Bien sûr. Amusez-vous bien. »
Je ne me battrai plus contre eux.
Je me battrai avec eux.
Et cette fois, je ne serai pas la seule enterrée.
Quand Léo a proposé la fête, un silence glacial s'est installé dans mon esprit.
Je me tenais là, au milieu de la salle de classe bondée, et je revivais la scène. Chaque mot, chaque sourire, chaque regard était identique.
La veille du Bac. L'anniversaire de Chloé. Une grande fête dans un club parisien connu pour ses cocktails dangereux.
Dans ma vie précédente, j'avais crié. Je m'étais opposée avec toute ma force. Je leur avais parlé des risques, de l'importance de cet examen qui allait décider de notre avenir.
« C'est pour notre bien à tous ! » avais-je supplié.
Léo, mon ami d'enfance, celui pour qui mon cœur battait en secret, m'avait regardée avec mépris.
« Arrête de faire ta jalouse, Amélie. Ce n'est pas parce que tu n'as pas de vie que tu dois gâcher celle des autres. »
Chloé, l'influenceuse populaire, la reine du lycée, avait ricané.
« La rabat-joie de service. Comme d'habitude. »
Toute la classe s'était retournée contre moi. Ils étaient partis faire la fête. Ils avaient réussi leurs épreuves, miraculeusement.
Puis la nouvelle était tombée. Chloé, droguée et agressée après la soirée.
La culpabilité et la rage s'étaient emparées d'eux. Menés par Léo, ils m'avaient trouvée dans la bibliothèque.
Ils m'avaient accusée. Ils m'avaient insultée. Ils m'avaient traitée de monstre.
Et puis, ils m'avaient poussée par la fenêtre du troisième étage.
Mon corps s'était écrasé sur le béton.
En tant que fantôme, j'ai tout vu. J'ai vu la police arriver. J'ai entendu mes camarades, un par un, raconter la même histoire.
« Elle nous a menacés. Elle était folle de jalousie. Elle s'est suicidée. »
J'ai aussi découvert la vérité. Chloé n'avait jamais été agressée. Elle avait tout inventé. Elle était enceinte d'un homme plus âgé et voulait éviter le Bac, un examen qu'elle n'aurait jamais réussi sans tricher.
Le mensonge avait détruit ma vie, ma réputation, et brisé le cœur de ma mère.
Maintenant, je suis de retour. Au point de départ.
Léo se tient devant moi, son sourire charismatique flottant sur ses lèvres.
« Alors, Amélie ? Tu viens ? On va fêter l'anniversaire de Chloé comme il se doit ! »
Je le regarde. Je regarde Chloé, qui me toise avec un air suffisant. Je regarde les visages de mes camarades, impatients et immatures.
Cette fois, je ne crie pas. Je ne supplie pas.
Je souris.
« Bien sûr. Amusez-vous bien. »
Le silence s'installe à nouveau, mais cette fois, il est rempli de confusion.
Léo fronce les sourcils, déconcerté par mon acceptation si facile.
« Vraiment ? Tu ne vas pas nous faire la morale ? »
« Pourquoi le ferais-je ? » dis-je d'une voix calme. « C'est votre vie. Votre avenir. Pas le mien. »
Je retourne à ma place et commence à ranger mes affaires, ignorant leurs regards perplexes.
Chloé s'approche de mon bureau, un sourire narquois sur les lèvres.
« Alors, la sainte-nitouche a enfin appris à s'amuser ? Ou bien tu as compris que personne ne se soucie de ton avis ? »
Je lève les yeux vers elle, mon visage impassible.
« J'ai simplement compris qu'il est inutile de vouloir sauver des gens qui sont déterminés à se noyer. »
Son sourire vacille une seconde.
Je me lève, mon sac sur l'épaule.
« Passez une bonne soirée. »
Je quitte la salle de classe, les laissant dans leur incompréhension. Je ne me retourne pas. Le passé est mort, et cette fois, je ne serai pas la seule à être enterrée avec lui.
Je n'ai pas fait dix pas dans le couloir que Léo me rattrape.
« Amélie, attends ! »
Sa main se pose sur mon bras. Je me fige. Son contact, qui autrefois m'aurait fait frissonner de plaisir, me donne la nausée.
Je me retourne lentement.
« Qu'est-ce que tu veux, Léo ? »
Il a l'air inquiet, mais je sais que ce n'est qu'une façade. Il a peur. Peur que j'appelle nos parents. Peur que je gâche sa fête parfaite pour sa précieuse Chloé.
« Ça va ? Tu es bizarre, aujourd'hui. »
« Je vais très bien. »
« Tu es sûre ? Tu ne vas rien faire de stupide, hein ? Comme appeler les darons ? »
Je le regarde droit dans les yeux.
« Je t'ai dit de t'amuser. C'est tout. Maintenant, lâche-moi. »
J'essaie de me dégager, mais sa poigne se resserre. C'est là que je comprends. Il n'est pas seulement inquiet. Il est prêt à tout pour que cette soirée ait lieu.
Soudain, il me bouscule, comme par accident. Mon sac à dos glisse de mon épaule et tombe au sol.
Avant que je puisse réagir, il se baisse et le ramasse. Mais il ne me le rend pas. Il l'ouvre.
Mes yeux s'écarquillent.
« Léo, qu'est-ce que tu fais ? »
Il fouille à l'intérieur et en sort un papier plié. Ma convocation au Baccalauréat.
Il la brandit devant mes yeux, un sourire mauvais sur le visage.
« Tu ne voudrais pas perdre ça, n'est-ce pas, Amélie ? C'est important, le Bac. »
Le sang se glace dans mes veines. C'est pire que dans ma première vie. Cette fois, il ne se contente pas de m'ignorer. Il m'attaque directement.
« Rends-la-moi, » dis-je, la voix tremblante de rage.
« Pas si vite. Je veux juste une garantie. Une garantie que tu vas rester tranquille ce soir. »
« Je t'ai dit que je ne ferais rien ! »
« Je ne te crois pas. »
Deux de ses amis, des sportifs sans cervelle, s'approchent et se placent de chaque côté de moi.
« Léo, s'il te plaît, » je supplie, la panique montant en moi. « C'est toute ma vie. Tu le sais. Notre avenir commun... »
Il rit. Un rire froid et cruel.
« Notre avenir ? Amélie, tu es mignonne. Mon avenir, c'est avec Chloé. Toi, tu n'es que le passé. »
Ces mots, je les avais déjà entendus. Mais cette fois, ils ne me brisent pas le cœur. Ils le durcissent.
« Très bien, » dis-je d'une voix soudainement vide. « Garde-la. »
Ma résignation le surprend. Il s'attendait à des larmes, à des supplications.
Il fronce les sourcils.
« Quoi ? »
« Fais ce que tu as à faire, Léo. »
Mon calme le met mal à l'aise. Il fait un signe de tête à ses amis.
« Emmenez-la. »
Ils me saisissent par les bras. Je ne me débats pas.
« Où est-ce qu'on l'emmène ? » demande l'un d'eux.
Léo regarde autour de lui, puis son regard se pose sur une porte au fond du couloir.
« Dans le vieux gymnase. Personne n'y va jamais. Elle pourra y réfléchir à son attitude. »
Ils me traînent à travers les couloirs déserts du lycée. Je n'oppose aucune résistance. Je suis un poids mort entre leurs mains.
Ils ouvrent la porte grinçante du gymnase. Une odeur de poussière et d'humidité me frappe. Ils me poussent à l'intérieur.
Je trébuche et tombe sur le sol froid et sale.
« Et son téléphone ? » demande l'un des gorilles.
Léo s'approche, arrache le téléphone de ma poche. Il le regarde, puis le jette violemment contre le mur. L'écran se brise en mille morceaux.
« Pas de témoins, » dit-il avec un sourire satisfait. « On viendra te chercher demain matin, après les épreuves. Si tu as été sage. »
La lourde porte se referme. J'entends le bruit d'un cadenas qu'on verrouille.
Puis, le silence.
Je suis seule. Enfermée. Dans le noir.
Mais cette fois, je ne suis pas une victime. Je suis une survivante. Et ma vengeance a déjà commencé.