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L'atome souriant - Opéra cosmique

L'atome souriant - Opéra cosmique

Auteur:: promotion
Genre: Fantaisie
La mort est un début... Un défunt malchanceux lynché par erreur est catapulté à travers toutes les dimensions... Il y découvre des univers insoupçonnés loin des clichés admis dans les religions traditionnelles. Tout y est colossal et inattendu... Cet ouvrage est un voyage initiatique d'un atome souriant aux confins du possible... Un « Opéra Cosmique ». À PROPOS DE L'AUTEUR Poète, acteur, metteur en scène et adaptateur, Claude Mercutio a déjà publié plusieurs livres parmi lesquels Né de Tango Inconnu en 2015, Vagabondages en 2019, Mémoires d'Amnésique en 2020. Il est également auteur de nombreux poèmes et récits publiés dans des ouvrages collectifs.

Chapitre 1 No.1

Prologue

J'étais très occupé à mourir et malgré mon désir de m'extraire d'une telle situation, il m'était impossible de penser à autre chose...

Non que la mort – fut-ce la vôtre – soit intolérable à ce point : librement consentie, et même choisie, à défaut d'être souhaitée, elle peut être parfaitement supportable...

Je parle par expérience : j'ai tenté de me suicider. « Avant ».

Si je suis revenu à la surface, en définitive, je n'avais pas changé d'avis en cours de route, non, tout se passait très bien. Le suicide parfait. Ou presque. Et ne voilà-t-il pas qu'une bande de malencontreux imbéciles, aussi stupides que bien intentionnés, s'inquiètent de ma santé en pleine nuit, redoutent le pire et alertent gendarmes et pompiers pour forcer ma porte. Pour une fois que je dormais profondément !

Tous ces braves gens (à qui je n'avais rien demandé) me maintiennent en vie, me transportent à l'hôpital au « Service des Urgences ». Verdict : « Intoxication volontaire », appellation pudique pour ceux qui voudraient bien voir ce qui se passe « du côté d'Ailleurs ».

Le médecin de service cette nuit-là me prodigue des soins diligents, me retient de mourir (de quoi je me mêle ?) et me ramène fâcheusement dans ce pire des mondes que je quittais sans regret... Fausse sortie...

Mais cette expérience interrompue, poussée jusqu'aux extrêmes limites, m'avait convaincu qu'une mort bien réglée valait la peine d'être vécue (si « vécue » est le mot qui convient...)

Il me fallait continuer...

J'aurais sans doute traîné longtemps ma misérable existence, si je n'avais conservé la fâcheuse habitude de me fourrer dans les situations les plus invraisemblables...

Ma dernière bévue, bien involontaire, m'avait conduit à cette mort horrible qu'on était en train de m'infliger...

Être littéralement haché, mis en pièces par une foule d'individus animés d'une fureur hystérique et meurtrière, les voir à travers un brouillard rouge s'acharner sur un corps qui ne veut – ou ne peut – se décider à mourir et vous aurez une faible idée de ma situation...

J'avais franchi depuis longtemps le cap de la douleur intolérable. Celle-ci me parvenait atténuée, cotonneuse ; mes réflexes et mes sensations étaient plus lents, mais allez donc vous concentrer dans de telles conditions !

Il me fallait m'extraire totalement de ma douleur, sombrer dans le « non-être » pour atteindre d'autres rivages.

Bref, penser à autre chose...

Or, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais un lynchage ne se passe jamais bien :

Les gens sont bruyants, désordonnés, imprécis (dépense d'énergie inutile) et finalement vulgaires. Et si vous en trouvez pour m'affirmer le contraire, ne les croyez pas, ce n'est pas une mort convenable. Voyez le cinéma, la littérature, qui n'en usent qu'avec modération.

Ils ne la destinent jamais au Héros ! Les auteurs la réservent généralement à des comparses bien typés, fanatiques illuminés ou assassins monstrueux.

Je n'étais ni l'un ni l'autre : rien qu'un imbécile, qu'une fatalité jamais en repos avait placé là où il ne fallait pas, au moment le plus inopportun.

Alors, j'ai joué mon rôle malgré moi. Les apparences me condamnaient et de toute évidence, personne n'aurait voulu prendre ma place !

Mais le temps passe et je m'aperçois que je n'ai pas dit l'essentiel... S'ils pouvaient s'arrêter de taper, ne fut-ce qu'un instant, ou m'achever une fois pour toutes, j'entrerais dans le vif du sujet... Encore une expression inadéquate, je le crains...

Mais je n'ai pas le temps d'en chercher une meilleure.

Bref, j'assistais à un grand meeting populaire sur la non-violence avec des dizaines de milliers d'autres personnes sur un stade. J'étais très bien placé pour voir et entendre le discours de l'orateur, un Dominicain noir, célèbre pour ses prises de position courageuses contre le racisme et toutes formes d'intolérance, lorsque plusieurs détonations claquèrent derrière mes oreilles. Le prêtre s'effondra, sa soutane blanche tâchée de sang en un instant. Panique sur la tribune et dans la foule. Bousculade, cris. J'ai reçu un coup sur la tête et je suis tombé.

En me relevant, j'ai vu le revolver à mes pieds. L'assassin anonyme avait fui et personne n'avait vu son visage.

Comment avait-il franchi les contrôles de sécurité sans se faire remarquer ? Mystère...

Mais ces réflexions ne vinrent aux enquêteurs que beaucoup plus tard. Une voix cria :

« À l'assassin ! ».

Tout le monde me regardait ! Que pouvais-je faire ? Au sol, le revolver, énorme, obscène, m'accusait.

La suite, vous la devinez.

Un héros de tragédie serait sublime, en toutes circonstances.

J'ai assumé du mieux que j'ai pu...

Mais que mes assassins en portent la responsabilité ! Quand on se mêle de tuer les gens (surtout si on se trompe de coupable), il faut s'y prendre correctement !

L'Art et la Manière.

La classe, quoi !

***

Ouf : je suis mort !

Il était temps.

Chic je continue à penser ! Mais alors... Je suis LIBRE !

Vraiment libre. Quels horizons insoupçonnés ! Pas de rupture, les Grands Espaces Galactiques...

Mais il faut d'abord régler les détails...

La Bavure du Siècle ! La victime et moi-même sommes entrés ensemble au « Panthéon des Martyrs » : les empreintes relevées sur l'arme ne correspondaient pas du tout aux miennes ! (évidemment, je le savais !)... D'autant plus que l'assassin fut arrêté quelques minutes plus tard, dans sa fuite suspecte. Il a tout avoué, y compris son appartenance à une organisation criminelle extrémiste. Étonnant, non ?

Le plus drôle, c'est qu'il vivra ! Ici, la peine de mort est interdite. Il aura droit à un procès aussi régulier qu'interminable. Il fera tout au plus vingt ans de réclusion criminelle...

À la réflexion, il s'en tire mieux que moi : qui osera encore prétendre que « le crime ne paie pas ? »

Le Conseil des Ministres s'est réuni immédiatement : il fallait « réparer ».

L'opinion publique s'en est mêlée, le pays a frôlé la crise politique.

Finalement, le Gouvernement s'en tire à bon compte : j'étais seul au monde, pas d'enfants, plus de famille... Une chance, car les dommages versés aux héritiers auraient mis le Trésor Public en péril...

TRASIBULE (mon chat) n'a rien réclamé pour lui-même...

Mais on se l'est arraché à la S.P.A. où il avait atterri ! Tout le monde voulait adopter l'animal-relique du Martyr...

Le Chef de l'État a été très bien : pas de taxes aux contribuables, il a tenu absolument à payer mes funérailles sur sa fortune personnelle.

Je lui en sais gré, car je n'avais pas prévu de mourir à l'improviste et mon compte en banque était une fois de plus à sec !

Dans mon frigo, il restait trois boîtes pour le chat, deux citrons verts et une boîte de thon au naturel pour mon repas du soir... Enfin, celui que j'aurais dû prendre si j'étais rentré.

J'aurais préféré laisser un cadavre plus convenable, ça fait négligé, mais on m'a drôlement bien rafistolé pour les obsèques ! Des artistes ! (Cher Président !) L'enquête a déterminé que je votais pour lui (sans doute est-il désolé d'avoir perdu un électeur...).

Je sais que cela ne durera pas très longtemps, que je commencerai à me corrompre très rapidement, mais c'est un lieu-commun de dire que la mort égalise vraiment les choses : Socrate, Gengis-Khan, Copernic, Shakespeare, Molière, Napoléon, Pasteur, Chose ou Machin, c'est pareil ! Ça console. Le corps pourrit, l'âme fout le camp (n'écoutez pas les religions qui vous font croire qu'elle continue son petit bonhomme de chemin, toute seule, comme une grande !) Plus important est l'Esprit, qui survit.

Religion ou pas, c'est comme ça !

P.S. : Beaucoup ri à mon enterrement. Je ne voulais pas rater ça. Il faut se l'offrir au moins une fois dans sa vie (ou juste après).

Quelle dérision ! Mais quel spectacle !

Aucun rapport avec les funérailles des autres, où l'on est occupé à jouer son propre rôle, consciencieusement, sans aucune vision d'ensemble. Ici, je suis spectateur, et c'est moi – ou mon enveloppe vide – que quatre personnes inconnues portent en trébuchant...

Je me sens si léger... mais pas les porteurs : le cercueil est en chêne massif !

(Il n'a pas lésiné, le Président !)

Le Chef de l'État s'est fait représenter par son porte-parole. Le Ministre de l'Intérieur a fait de même. Les deux hommes croulent sous d'immenses gerbes de fleurs... Que le Grand Rabbin de Paris en personne a fait renvoyer discrètement (ni fleurs ni couronnes pour l'Amicale des Anciens du « Club de l'Étoile »... Jaune !)

Et j'ai droit à mon éloge funèbre ! (traduction simultanée Hébreu-Français) Je ne voulais pas de cérémonie religieuse ! Comme c'est émouvant ! Ils s'en sont donné, du mal, pour trouver toutes ces anecdotes pittoresques ou juteuses (quoique réelles) sur ma modeste existence !

Le clou : même TRASIBULE est présent, dans les bras de son nouveau maître (une femme encore jeune, entourée de deux membres de la S.P.A.)

Du grand spectacle : une mise en scène pleine d'idées. (Du Chéreau !)

Je contemple les assistants, un monde fou, et parmi tous ces visages inconnus, je repère, entre tous ces curieux, mes « meilleurs amis », qui m'avaient oublié depuis plus de vingt ans ! Acteurs, comme moi, ils espèrent se voir au Journal Télévisé !

Tous se composent un visage de circonstance. Envie de leur crier :

« Coucou, bande de zouaves, regardez, je suis sorti ! Mais oui, tournez la tête ! Par ici, les caméras ! Mais non, pas par là ! Zoom avant ! Bien sûr, vous ne me voyez pas, mais vous me percevez, vous sentez quelque chose de bizarre, et cela vous effraie. Rentrez chez vous :

C'EST TERMINÉ ! »

La tête qu'ils feraient !

Hélas, un esprit ne peut pas faire de pieds de nez !

Chapitre 2 No.2

Fini les contraintes terrestres ! Maintenant, le Temps n'a plus d'importance : mort il y a trente secondes ou un milliard d'années, vous en êtes au même point...

Pas de chef de bureau pour vous engueuler, pas de train à prendre en marche : le rythme est cosmique. Un opéra « cosmique ».

Pardon : j'ai toujours affectionné les très mauvais jeux de mots !

Quel repos ! Mais pas au début. Cela perturbe : rendez-vous compte, une telle harmonie, penser que cela ne finira jamais, cela déprime. Mais on se fait à tout, même au meilleur.

Pour l'instant, je suis en transit dans le Cosmos. On ne sait pas encore où je vais aller. Cela ne s'appelle pas vraiment « Enfer », « Purgatoire » ou « Paradis ».

Il paraît que c'est équivalent mais à plus grande échelle. Je dois attendre...

J'ai l'habitude : ayant toujours été une « personne déplacée » (par les « autres », d'ailleurs !) ça aide à patienter, mon statut d'homme de « nulle part ».

Je ne suis plus pressé de poser mes valises, comme du temps où je devais les porter à bout de bras... Fini le « Juif-Errant » !

C'est vrai, quand j'y repense, j'ai toujours été incongru partout où on me mettait. On avait beau limiter mes libertés, « barbeliser » mon champ d'action, mon espace vital, rien n'y faisait : je gênais toujours...

Je me souviens, dans ma dernière vie (celle que je viens de quitter aussi brusquement), que j'étais parvenu aux conclusions extrêmes de cette logique imposée...

J'étais tout enfant. Malgré la « concentration » la plus intense que je subissais – avec six millions d'autres –, cela ne « leur » suffisait pas encore. « Ils » voulaient vraiment nous réduire. Au minimum. En fumée. Nous faire disparaître, non seulement de la surface du globe, mais encore de la mémoire universelle...

Soyons réalistes : « ils » ont échoué dans les deux cas. « Ils » ne pouvaient pas gagner ce pari là, tout organisés « qu'ils » étaient...

L'extermination physique, massive, scientifique, ça, c'était possible...

Mais un Univers « sans nous », quelle folie !

À qui s'en seraient-ils pris « après » ? « Ils » auraient été bien embêtés...

Bien sûr, on peut trouver d'autres victimes, exploiter leurs différences à leur détriment

Il y en eut bien d'autres...

Mais il faut toujours faire valoir une couleur de peau, des cheveux trop crépus, des lèvres lippues, un mode de vie, une religion, que sais-je encore ?

« Nous », c'est la synthèse du tout : du solide ! Ça vient du fond du cœur et des tripes, comme du fond des âges.

D'ailleurs, les deux formes d'oppression ne sont nullement incompatibles...

Alors, où est la différence ?

Peut-on croire vraiment à « nos cheveux graisseux », à « nos nez crochus », nos « lèvres épaisses », notre « peau huileuse » ou même notre religion ? Certainement pas !

Il y en a de blonds, aux nez droits, aux lèvres minces, aux peaux claires et qui ne sont même pas croyants.

Qu'à cela ne tienne : on les assimile aux autres !

On dit de ceux-là qu'ils accaparent les meilleures places, car ils sont les plus « intelligents », donc, les plus dangereux !

Curieux racisme à rebours, qui nous concède un cerveau supérieur à celui des autres peuples

Je m'insurge encore, tout atome que je suis (le mot est malheureux), contre une telle assertion.

En tant que tel, je revendique hautement pour mes semblables et pour moi-même le droit à la connerie, la nullité crasse, bref, à la médiocrité rassurante.

Mais si l'Univers se fait à cette idée, il n'y a plus de racisme possible...

Chapitre 3 No.3

Pourquoi ressasser toutes ces questions, ces pensées encore terrestres ? Je voudrais que ces choses se conservent quelque part, aux confins de l'Univers...

Existe-t-il un homme, une femme ou une forme d'esprit pour me percevoir ?

Une pensée intelligente, inconnue, supérieure à celle de l'Être ?

Dans l'affirmative, je voudrais que ce soit une femme. Je leur ai consacré les moments les plus agréables de toutes mes vies antérieures. Me blottir au plus secret, au plus profond de l'une d'elles à son insu. Continuer à palpiter en elle, à vivre par la force de la pensée créatrice. Un viol plein d'amour, de douceur et de respect dont elle n'aurait jamais à souffrir...

Je dois cesser d'émettre pendant un bref instant : sept millions d'années terrestres (à quelques secondes près), pour capter un message important de Celui qui semble être « Le Maître du Cosmos »

Retransmission parfaite, sans parasites, par temps clair. Verdict : j'ai été plus souvent bon que mauvais dans ma dernière vie. J'ai beaucoup souffert dans toutes mes incarnations (d'après leurs livres de comptes, moi, je ne m'en souvenais plus).

J'échappe donc au pire : l'errance infinie dans les sphères inférieures.

Mais j'ai une mise à l'épreuve : ma sexualité, de bon aloi dans mon existence dernière, mais trop désordonnée dans mes vies précédentes, me vaut de nombreux malus.

On me reproche notamment quelques faux-pas dans la Rome Antique : je fus l'Empereur Héliogabale, le plus grand homosexuel de l'Histoire (il était fou, ou « folle » !) ; sous la Renaissance : une « Inquisition » (comme Juge !) et surtout, une guerre de Religions pas très « catholique » !

Moi si tolérant, grands Dieux ! Aurais-je pu faire ça ?

Je suis donc placé en « liste d'attente », avant d'accéder à une sphère plus élevée. Je suis commis à la circulation des Esprits au Carrefour du Cosmos... Rude tâche, sans commune mesure avec les agents de la voie publique sur Terre. L'Univers ici est surencombré depuis le Commencement des Temps : rien à voir avec la Place de la Concorde un jour de semaine, à dix-huit heures.

Si tous les Esprits étaient des corps solides, il y aurait à déplorer des millions d'accidents quotidiens, à condition de pouvoir mesurer en journées, car ils se déplacent à des vitesses très supérieures à la lumière, sans aucune limitation comme sur les autoroutes.

Aurais-je le bonheur de croiser les plus grands courants de la Pensée Universelle ? Moïse, Platon, Confucius, Mahomet, Spinoza, Rabelais, Cervantès, Shakespeare, Molière, Voltaire, Hugo, Tolstoï, Pasteur, Chaplin, où êtes-vous, dans ce monstrueux embouteillage galactique ? Comment occupez-vous votre Éternité ?

Avez-vous des contacts avec les autres formes vivantes et pensantes de l'Univers ?

Je reprendrai contact très prochainement : trente secondes, ou deux milliards de vos mesquines petites années terrestres, à mon premier jour de congé...

Bons baisers du Cosmos.

L'atome souriant

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