Préface
À mes muses,
Sans qui L'année sombren'existerait pas.
Si mon existence devait s'arrêter demain, je voudrais pouvoir dire au crépuscule de ma vie que j'ai vécu avec passion les plaisirs douloureux et joyeux que Dieu m'a offerts.
L'année sombre est un court essai littéraire dans lequel j'ai choisi de parler de sujets bouleversant la vie d'un homme. Bien que le pervers narcissique, les chagrins d'amour et le suicide sont des sujets connus de tous, il est rare de vraiment ressentir les réelles émotions qu'une âme en détresse peut éprouver au cours de sa vie.
Depuis mon adolescence, j'ai le sentiment que les adultes ne savent pas, ou ont oublié, plus, la puissance du sentiment de tristesse enfui au fond de son cœur, lorsque l'on est jeune et inconscient des dangers de la vie. J'ai aujourd'hui 21 ans, date à laquelle je publie ce livre et je suis bien conscient que je n'ai découvert qu'une parcelle de la vie. Mais après avoir vu et compris certaines choses, je pense que ces expériences bonnes ou mauvaises nous suivent tout au long de notre vie.
Je prendrai soin de citer James Joyce : Les erreurs sont les portes de la découverte. Peut-on supposer que les caractères, les choix et les goûts des adultes reposent sur les erreurs du passé ? Naturellement, si vous touchez une flamme, cela vous brûle. Par conséquent, on vous dira que ça va aller et qu'il ne faut pas jouer avec le feu, finalement vous ne vous approcherez plus du feu d'aussi près.
Mais maintenant imaginez : vous avez 17 ans, vous rencontrez quelqu'un, et cette personne a le pouvoir de vous détruire, car tout votre univers tourne autour d'elle. Le malheur se produit et vous vous retrouvez face au chagrin. Vos parents vous diront : « ça va passer ». Là est l'erreur, non ça ne va pas passer, ce chagrin, personne ne le ressent à votre place et vous êtes seul, seul face à cette sensation de vide et de douleur dans votre poitrine.
C'est pourquoi, j'ai décidé d'écrire L'année sombre, je voulais prouver que même si je n'ai que 21 ans, j'ai des choses à dire et que j'ai le pouvoir de parler, de transmettre mes sentiments et mon point de vue qui est bien concret.
Il s'agit alors de l'histoire de trois hommes sans nom, chacun étant décrit par son physique et son caractère. Il est donc très important de rester attentif pour bien cerner les personnages et identifier lorsqu'ils sont présents dans l'histoire. J'ai conscience de la difficulté à distinguer chaque personnage, mais le choix de les représenter par leur psychisme et leur apparence me permet d'identifier les rapports humains dans le triangle amoureux.
Vous assisterez alors à un récit rétrospectif construit sur l'évolution de mes personnages dans leur bataille, en quête de pouvoir et d'influence.
Chapitre I
Avant
Jeudi 26 août
« Des dieux»
Dans une désertique province au terme de l'été, les deux hommes se tenaient là, devant le bassin de la piscine, sous les puissants rayons d'Hélios dans un climat semi-tropical, humide et chaud. Les cœurs des amoureux, émerveillés par une situation de vie parfaite, battaient au rythme suivant l'orchestre d'un amour parfait. Autour d'eux, une gigantesque villa en pierre blanche et en bois, comme ces luxueuses maisons grecques, qui se dressait sur une vaste étendue de champs et d'arbres fruités. Une parfaite résidence sous leurs pieds tel un insecte devant la vertigineuse puissance du couple. Le son des cigales, la douce et légère brise de vent, les chevaux battant le sol sec, non loin de la maison, animaient l'atmosphère enchanteresse de ce domaine.
L'un avait de magnifiques cheveux blond doré, avec un grand front et un amour certain pour ses propres convictions. Bien sûr, il négligeait le monde autour de lui, il adorait contrôler la totalité de ceux qui l'entouraient sans jamais se soucier des répercussions de chacun de ses actes sur les pauvres victimes tombées dans son jeu de manipulation. Le parfait pervers narcissique.
L'autre était plus docile, peut-être même trop. Les cheveux châtain clair et les yeux marron foncé, les traits de son visage reflétaient les sombres aspects de sa personne et il semblait qu'une certaine obsession pour l'ordre et l'organisation se dégageait de cet individu. Le regard toujours profond négligeant le monde qui l'entoure faisait de lui un homme serein.
Dans le grand bassin de l'eau turquoise, ils s'admiraient et contemplaient tout ce qu'ils avaient construit autour d'eux. Soudainement, un puissant désir d'érotisme provoqua une forte attirance entre les deux égaux. Enlacés, sous la puissance de leurs musculatures ils s'adonnaient au péché capital de la chair, une dernière fois avant de quitter ce havre de paix. Les caresses du soleil sur leur peau douce et soyeuse telle de la soie transformaient ce moment sauvage et brutal en un jeu de séduction et d'amour sans limites. Le bruit de l'orgasme de chacun surplombait la totalité de ce cadre enchanteur qui juste avant berçait ces lieux d'une douce mélodie. Les deux mains serrées d'une poigne forte, ils goûtaient un peu plus à la douceur de la beauté de la caresse de ce monde.
Bien que le soleil n'allât pas tarder à se coucher, main dans la main après l'acte sexuel, les jeunes adorateurs ébranlaient le marbre chaud de la terrasse, comme s'ils avaient traversé des quartiers, des villes, des pays en une fraction de seconde. Ils se dirigeaient vers l'intérieur de cette sublime bâtisse afin de récupérer leurs affaires. Il était temps pour les monarques de quitter ce havre de paix et de retrouver le quotidien des mortels. Bien qu'ils étaient des dieux en ces lieux, auprès de leurs compères ils ne restaient que des demi-dieux. Adorés et respectés de tous, pour le courage de leur histoire forte chargée d'émotions.
Depuis plusieurs années, ils partageaient chaque instant de leur vie parfaite ensemble et même lorsqu'ils s'ennuyaient, ils ne perdaient pas de temps, car ils s'étaient promis de ne jamais gâcher la moindre seconde de chaque instant l'un avec l'autre. Après tout, il s'agissait là de dieux vivants. Cupidon lui-même n'aurait pas eu le pouvoir de les unir quand le monde réalisait la vigueur de leur amour.
Lorsque les dernières étincelantes lumières du soleil eurent basculé de l'autre côté du penchant du monde, derrière les imposantes montagnes, l'un éteignait les dernières lumières éclairant la terrasse encore chaude de cette magnifique journée et de la chaleur dégagée par l'amour des dieux, l'autre finissait de ranger les bagages dans la voiture. Adressant un dernier regard de regret et réticent à l'idée de quitter cet endroit, la voiture s'élançait pour une longue et sombre route.
Dimanche 5 septembre
« Trois hommes »
Les cheveux courts et bruns, une carrure fine comme une aiguille, mais forte comme une épée, on entendait son rire résonner comme une douce mélodie tout le long du couloir. Un son délicieux et agréable pour l'homme aux cheveux châtains qui écoutait cette mélodie en rythme avec les battements de son cœur qui venaient tout juste de se synchroniser à la même fréquence que ses gloussements. Sa peau était douce et naturellement surplombée d'un léger bronzage, sans aucune forme de pilosité excessive, on aurait dit un être pur et innocent.
Non loin l'un de l'autre, à seulement quelques chambres, les deux jeunes amis, l'homme aux cheveux bruns et celui aux cheveux châtains, se retrouvaient après une longue période sans aucune prise de contact, deux mois s'étaient écoulés depuis leur dernière rencontre. Mais dans un regard si profond, se restituait la même passion, le même désir, la même flamme. Nourris par la pudeur et l'ignorance, les échanges restaient tout de même secs, cependant légèrement provocateurs. Un simple mortel s'approchant d'une divinité, cette dernière semblait l'accueillir auprès d'elle dans ses draps de soie et d'or au creux de son cœur
En ce jour, les choses étaient différentes. Il n'était plus question d'une simple amitié, entre ces deux hommes, un manque s'était créé durant la silencieuse période. Ils se regardaient avec passion, amour et folie. Mais jamais le demi-dieu n'aurait quitté son partenaire divin aux cheveux d'or pour un simple mortel. Ils restaient là alors, côte à côte sans s'avouer l'un à l'autre que Morphée avait implanté dans l'esprit de chacun une triste vérité qui allait détruire la vie d'un des deux hommes. Au moment de se quitter, un infime contact entre les deux mains des compères déclencha une minuscule tension électrique. Là, au-dessus du seuil de la porte du dieu, le temps venait de s'arrêter et sans se regarder l'agréable douleur de la décharge électrique, produite par le contact entre leur doigt, délivrait une multitude de sentiments entre les deux prisons charnelles. Pour la première fois depuis des mois ils se contemplaient en ce moment si singulier comme des égaux.
De l'autre côté du miroir, bercé par le chant des corbeaux le prince aux cheveux d'or retirait son masque. Dans la noirceur du coton sali par le maquillage, il s'admirait attentivement pour contempler comme chaque soir, sa réussite. Il était fier et confiant. Le regard droit dans cette sublime glace aux décorations d'or blanc et d'argent, son visage respirait enfin à l'air libre, personne ne pouvait voir ce qu'il se cachait sous cette mascarade de peinture
Une fois dans son lit, le monde de l'imaginaire prit le dessus. Cette dame en robe noire comme l'ébène, demeurait là juste devant lui, le regardant avec un air ahuri avant de lui sauter dessus et de dévorer son âme ou du moins ce qu'il en restait. Un retour brutal à la réalité.
Un calme plat était tombé sur cette petite province du sud de la France, laissant place à une triste bruine annonçant la descente des dieux. Peut-être allaient-ils simplement quitter l'Olympe et rejoindre la terre pour vivre comme des mortels ou alors les anges seraient, dans un avenir proche, déchus. Seule l'œuvre du temps aurait pu le prédire à cette date-là. Dans son lit, l'homme serein aux cheveux châtain clair s'agitait instinctivement. Au plus profond de ses rêves, de vieux souvenirs hantaient sa nuit.
Je me souviens de ce jour où le ciel était gris et le fond de l'air humide. C'est alors que sa main se claqua contre mon visage, et dans le bruit sourd de la gifle il cria : « tu la mérites. »
Puis, une seconde vint résonner une fois de plus dans ma tête, suivie de la phrase : « et celle-là aussi ! »
Enfin, dans la troisième claque, mon esprit quitta ce monde et à ce moment-là, je voyageais dans l'univers du surréalisme là où la douleur et le froid n'existent pas.
C'est alors que je me suis écroulé par terre et que j'entendais encore les sons des autres claques suivis de leurs reproches. Du sol on pouvait y voir ses jambes et sa main qui va et vient. À ce moment-là, il a brisé mon âme. Je me suis relevé avec seulement la joue rosée, et une larme qui coulait doucement avant de tomber pour rejoindre les éclats de mon esprit.
Depuis ce jour, la caresse d'une main, les marques sur le corps me rappellent ce dont nous sommes capables par le choix de la facilité.