La lumière tamisée de la salle de bain projetait une lueur douce sur le marbre blanc éclatant. Claire se tenait devant le grand miroir, ses mains légèrement tremblantes alors qu'elle ajustait les boucles d'oreilles en argent qui complétaient sa tenue. Une robe noire fluide, sobre mais élégante, épousait sa silhouette, laissant juste assez à l'imagination pour qu'elle paraisse à la fois sophistiquée et mystérieuse. Elle inspira profondément, cherchant à calmer l'agitation qui s'était emparée d'elle depuis le matin.
Chaque fois qu'elle s'apprêtait pour un événement organisé par la famille de Chambrel, une pression sourde s'installait dans sa poitrine. Ce soir ne faisait pas exception. Elle aurait dû être heureuse, excitée même, à l'idée de passer cette soirée aux côtés de Léo, son fiancé, et de rencontrer les puissants invités triés sur le volet. Mais quelque chose en elle résistait, une part plus sombre qui refusait de se taire.
Les souvenirs de ses parents flottaient dans son esprit, comme des ombres persistantes. Leur mort tragique, il y avait dix ans, dans un accident de voiture dont les circonstances demeuraient floues, l'avait laissée orpheline et profondément marquée. À l'époque, elle n'avait que dix-huit ans, une jeune adulte à peine sortie de l'adolescence, plongée brutalement dans un monde de responsabilités et de solitude. Depuis, elle avait appris à se tenir droite, à afficher un sourire qui masquait ses blessures. Mais ce soir, ce masque semblait plus lourd à porter que d'habitude.
- Claire ? Tu es prête ?
La voix de Léo résonna depuis le salon, chaleureuse et pressante à la fois. Elle cligna des yeux, revenant à la réalité.
- J'arrive dans une minute ! répondit-elle, en essayant de cacher la nervosité dans sa voix.
Elle se détourna du miroir, attrapa sa pochette noire, et se força à avancer. Léo l'attendait, debout près du canapé en cuir beige qui trônait au milieu de son appartement. Il était d'une élégance impeccable, comme toujours. Son costume sur mesure semblait avoir été pensé pour magnifier chaque ligne de son corps athlétique. Ses cheveux bruns, parfaitement coiffés, lui donnaient cet air d'homme d'affaires charismatique que tout le monde admirait.
- Tu es ravissante, dit-il en s'approchant d'elle, déposant un baiser sur son front.
Un sourire effleura les lèvres de Claire. Elle savait que Léo était l'homme dont beaucoup de femmes rêvaient. Galant, attentionné, il la comblait de cadeaux et d'attentions. Mais il y avait une froideur, presque imperceptible, dans son regard parfois. Une ombre qui la mettait mal à l'aise sans qu'elle puisse vraiment l'expliquer.
- Merci, murmura-t-elle. Tu n'es pas mal non plus.
Il eut un petit rire et lui tendit la main.
- Allez, allons impressionner tout ce beau monde.
Le trajet jusqu'à la villa de la famille Chambrel se fit dans un silence ponctué par quelques échanges banals. Claire fixait les lumières de la ville qui défilaient par la fenêtre de la voiture, son esprit encore embrouillé par ses souvenirs et ses doutes.
La villa, un monument de grandeur et d'excès, s'illuminait comme un palais sous les projecteurs. À l'entrée, une file de voitures luxueuses déposait des invités habillés comme pour une soirée de gala hollywoodienne. Léo posa une main protectrice sur le bas de son dos alors qu'ils pénétraient dans l'immense hall.
La soirée battait son plein. Les rires éclataient dans les coins de la pièce, les verres de champagne scintillaient sous les lustres. Claire esquissait des sourires, répondait poliment aux questions des invités curieux de mieux connaître la fiancée de Léo. Mais au fond d'elle, elle se sentait étrangère à tout cela, comme une pièce qui n'appartenait pas vraiment au puzzle.
- Tout va bien ? demanda Léo, posant une main légère sur son épaule.
Elle hocha la tête, même si son cœur s'emballait inexplicablement.
- Oui, ça va. Je vais juste prendre un verre d'eau.
Elle s'éloigna, traversant la foule avec une certaine aisance, bien qu'elle se sentît de plus en plus oppressée. Elle atteignit le bar, se servit un verre d'eau et s'appuya contre le comptoir, observant la scène autour d'elle.
C'est alors qu'elle le remarqua. Un homme, au visage à moitié caché par l'ombre d'une colonne, la fixait intensément. Il portait un costume sobre mais élégant, et son allure était bien différente des invités habituels. Claire détourna le regard, mal à l'aise, mais quelque chose l'empêcha de s'éloigner.
L'homme s'approcha lentement.
- Mademoiselle Vallier ? dit-il d'une voix basse et rauque.
Elle fronça les sourcils, surprise qu'il connaisse son nom.
- Oui ? répondit-elle avec une pointe de méfiance.
Il lui tendit une enveloppe.
- Vous devriez lire ceci. Ce que vous croyez savoir n'est qu'un mensonge.
Avant qu'elle ait pu réagir, il s'éloigna rapidement, disparaissant dans la foule comme une ombre. Claire resta figée, l'enveloppe serrée dans sa main. Son cœur battait la chamade, et une sueur froide lui parcourait l'échine.
- Claire ?
La voix de Léo derrière elle la fit sursauter. Elle glissa instinctivement l'enveloppe dans sa pochette avant de se tourner vers lui.
- Oui ?
Il la dévisagea avec une légère inquiétude.
- Tout va bien ?
Elle força un sourire.
- Oui, je... Je crois que je vais prendre un peu l'air.
Il fronça les sourcils, mais n'insista pas.
- D'accord, mais ne tarde pas trop.
Elle hocha la tête et se dirigea vers la terrasse, son esprit tourbillonnant de questions. Une fois à l'extérieur, elle ouvrit l'enveloppe avec des mains tremblantes. À l'intérieur, elle trouva plusieurs photos et une lettre.
Les photos montraient Léo en compagnie d'hommes qu'elle ne reconnaissait pas, mais leur apparence menaçante ne laissait aucun doute sur leur nature. La lettre, écrite à la main, contenait des détails sur une affaire criminelle impliquant des pots-de-vin, des menaces, et des actes bien plus sombres.
Les mains de Claire se mirent à trembler. Elle sentit son souffle se couper alors qu'elle relisait les mots, espérant qu'ils changeraient miraculeusement. Mais il n'y avait aucun doute. Léo, son fiancé, l'homme qu'elle pensait connaître, était impliqué dans quelque chose de terriblement obscur.
Un frisson glacé lui parcourut l'échine, et elle leva les yeux vers la foule à l'intérieur. À travers la vitre, elle aperçut Léo, souriant, charmant, parlant avec un groupe d'hommes en costumes. Elle ne voyait plus le même homme.
Alors qu'elle refermait la pochette, ses pensées s'emmêlaient, et une seule question résonnait dans son esprit : Qui était réellement Léo de Chambrel ?
Les rideaux étaient tirés, plongeant la chambre de Claire dans une obscurité presque totale, à peine éclairée par les lumières de la ville qui s'infiltraient à travers les interstices. Assise sur son lit, elle avait étalé le contenu de l'enveloppe devant elle : les photos, les lettres et les documents qui semblaient pointer vers une vérité qu'elle n'avait jamais osé imaginer. Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait exploser dans sa poitrine.
Chaque mot écrit sur ces papiers résonnait comme une trahison. « Détournement de fonds », « corruption », « faillites orchestrées ». Elle relut plusieurs fois les noms des entreprises ruinées, espérant que ses yeux la trompaient. Mais non. Là, parmi les victimes, se trouvait le nom de l'entreprise familiale que ses parents avaient dirigée avant leur mort. Une entreprise prospère autrefois, qui s'était mystérieusement effondrée quelques mois avant cet accident tragique qui l'avait laissée seule au monde.
Un goût amer monta dans sa gorge. Comment pouvait-elle avoir été si aveugle ? Comment avait-elle pu ignorer les ombres qui planaient autour de Léo, cet homme si parfait en apparence, si irréprochable ? Elle se souvenait maintenant des murmures qu'elle avait parfois entendus, des rumeurs dans les cercles mondains sur les affaires peu claires de la famille Chambrel. Mais elle avait toujours rejeté ces idées, les attribuant à la jalousie des autres. Ce soir, pourtant, ces murmures prenaient un sens terrifiant.
- C'est... C'est impossible, murmura-t-elle pour elle-même, sa voix brisée par l'émotion.
Ses mains tremblaient alors qu'elle tenait une photo où Léo apparaissait avec un homme en costume gris. Les traits de l'homme étaient sévères, presque intimidants. Il y avait quelque chose de froid dans leur posture, comme s'ils discutaient de choses dont personne d'autre ne devait être témoin. Claire laissa tomber la photo sur le lit, la gorge serrée. Tout cela était trop. Trop soudain, trop brutal.
Un bruit de clé dans la serrure la fit sursauter. Léo. Elle se redressa instinctivement, attrapant les papiers pour les cacher dans le tiroir de sa table de chevet. La porte s'ouvrit doucement, et la silhouette familière de son fiancé apparut. Son visage portait un sourire fatigué, mais chaleureux.
- Chérie, tu es encore debout ? Je pensais que tu dormirais déjà, dit-il en retirant sa veste, qu'il posa négligemment sur une chaise.
Claire se força à lui sourire, bien que son estomac se torde de douleur.
- Je n'arrivais pas à dormir, répondit-elle, sa voix plus aiguë qu'elle ne l'aurait voulu.
Léo s'approcha, son regard se posant sur elle avec une tendresse qui la déstabilisa. Comment pouvait-il agir avec autant de naturel alors qu'il était peut-être responsable de la destruction de sa vie ?
- Tu as l'air tendue. Tout va bien ? demanda-t-il en s'asseyant à côté d'elle, sa main effleurant son bras.
Elle détourna le regard, incapable de soutenir son regard.
- Oui, juste fatiguée, mentit-elle.
Mais Léo n'était pas idiot. Il fronça légèrement les sourcils, comme s'il sentait que quelque chose clochait. Il attrapa doucement son menton pour l'obliger à le regarder.
- Claire, qu'est-ce qui ne va pas ? Tu sais que tu peux tout me dire, n'est-ce pas ?
Ces mots, qui auraient dû la rassurer, ne firent que raviver sa colère et son doute. Elle se dégagea brusquement, se levant pour mettre de la distance entre eux. Léo la regarda, surpris.
- Tu crois que je peux tout te dire ? demanda-t-elle, un rire nerveux dans la voix. Vraiment ?
Il se redressa, un éclat d'inquiétude dans les yeux.
- Qu'est-ce que tu insinues ? Claire, parle-moi.
Elle croisa les bras, le regard perçant.
- Je veux te poser une question, Léo. Et je veux que tu sois honnête avec moi. Est-ce que... Est-ce que tu as quelque chose à voir avec la faillite de l'entreprise de mes parents ?
La question tomba comme un coup de tonnerre. Léo la fixa, bouche bée, comme si elle venait de dire l'impensable.
- Quoi ? Mais... D'où ça sort, ça ? demanda-t-il, son ton oscillant entre l'incrédulité et l'agacement.
Claire avança vers lui, ses émotions prenant le dessus.
- Réponds-moi ! insista-t-elle. Est-ce que tu étais impliqué, toi ou ta famille, dans ce qui leur est arrivé ?
Léo se leva, son visage se fermant comme une porte claquée.
- Claire, je n'ai aucune idée de ce que tu racontes. Et franchement, je suis blessé que tu puisses même poser une telle question.
- Ne retourne pas la situation contre moi, Léo ! Je veux juste la vérité !
Il passa une main dans ses cheveux, visiblement agacé.
- La vérité, c'est que quelqu'un essaie de te monter contre moi, répondit-il froidement. Et apparemment, ça marche. Qui t'a raconté ces idioties ?
Elle recula, ébranlée par son ton.
- Ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est que tout ça... tout ça me semble vrai.
Léo la dévisagea, son regard durcissant.
- Donc, tu choisis de croire des étrangers plutôt que moi ? Vraiment, Claire ? Après tout ce qu'on a vécu ensemble ?
Ces mots, dits sur un ton accusateur, la frappèrent comme une gifle. Elle se mordit la lèvre, hésitant. Était-elle en train de se tromper ? Était-il possible que tout cela ne soit qu'un malentendu ?
- Léo, je veux te croire, murmura-t-elle. Mais... Mais si c'est vrai ? Si tout ce que ces documents disent est réel ?
Il s'approcha, attrapant doucement ses mains.
- Claire, regarde-moi, dit-il d'un ton apaisant. Je t'aime. Et jamais, jamais je ne te ferais de mal. Alors, s'il te plaît, arrête de te torturer avec ces absurdités.
Son regard était intense, presque hypnotisant. Claire sentit ses doutes vaciller, mais une part d'elle restait sur ses gardes. Elle retira lentement ses mains des siennes.
- J'ai besoin de temps pour réfléchir, dit-elle finalement.
Léo la fixa, ses mâchoires se serrant légèrement, mais il hocha la tête.
- D'accord. Mais sache que je suis là. Et que je t'aime.
Elle ne répondit pas, se détournant pour cacher ses larmes.
Le lendemain matin, Claire se réveilla avec la tête lourde et les pensées toujours embrouillées. Elle savait qu'elle ne pouvait pas se fier uniquement à ses émotions. Il lui fallait des faits. Des preuves.
Elle prit l'enveloppe et, après un moment d'hésitation, ouvrit son ordinateur pour rechercher un avocat spécialisé. C'est ainsi qu'elle tomba sur un nom qui attira son attention : **Vincent Arnault**. Sa réputation le précédait. Un homme brillant, mais cynique, connu pour ses méthodes peu orthodoxes et sa haine déclarée envers les Chambrel. Elle hésita un instant, mais son besoin de vérité l'emporta.
Elle décrocha son téléphone et composa le numéro. Une voix masculine, grave et légèrement nonchalante, répondit.
- Vincent Arnault.
Claire sentit sa gorge se serrer.
- Bonjour, je... Mon nom est Claire Vallier. J'ai besoin de vos services. C'est au sujet de Léo de Chambrel.
Un silence suivit, puis un léger rire, presque moqueur.
- Eh bien, ça devient intéressant. Je suppose que vous êtes prête à découvrir des choses que vous ne pourrez peut-être pas gérer.
Claire serra le poing.
- Je suis prête.
- Très bien. Passez à mon bureau demain à dix heures. Et préparez-vous, mademoiselle Vallier. La vérité n'est pas toujours agréable.
Il raccrocha avant qu'elle ne puisse répondre. Claire fixa son téléphone, son cœur battant à tout rompre. Elle savait qu'en franchissant cette étape, elle ouvrait une porte qu'elle ne pourrait plus refermer. Mais elle n'avait plus le choix. La vérité, aussi douloureuse soit-elle, était la seule issue.
Et pourtant, une question la hantait encore : **Vincent Arnault serait-il vraiment son allié ou juste un homme avec sa propre agenda ?**
La pluie tombait doucement sur les trottoirs de Paris ce matin-là, dessinant des lignes tremblantes sur les vitres du taxi qui emmenait Claire vers le bureau de Vincent Arnault. Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Chaque fois qu'elle essayait de s'endormir, le visage de Léo revenait hanter ses pensées, accompagné des documents compromettants qu'elle avait encore soigneusement cachés dans son sac à main.
Le taxi s'arrêta devant un immeuble aux façades austères, quelque part dans le 9ᵉ arrondissement. Claire sortit, prit une profonde inspiration, puis franchit la porte. L'intérieur était froid, impersonnel, dominé par des tons gris et blancs. Une secrétaire lui fit signe d'attendre sur une chaise en cuir qui craquait à chaque mouvement. Quelques minutes plus tard, une porte s'ouvrit brusquement, et une voix rauque résonna dans le couloir.
- Mademoiselle Vallier, c'est ça ? Entrez.
Elle releva la tête et croisa pour la première fois le regard de **Vincent Arnault**. Il était grand, élancé, mais sa posture légèrement voûtée et son expression cynique trahissaient une lassitude bien ancrée. Ses cheveux noirs en désordre semblaient ignorer toute tentative de discipline, et un léger début de barbe encadrait son visage anguleux. Il portait un costume qui aurait été impeccable s'il n'avait pas été aussi mal ajusté, comme si Vincent avait choisi la tenue uniquement pour satisfaire les apparences.
- Vous êtes venue chercher la vérité ou juste une confirmation de ce que vous voulez entendre ? lança-t-il sans préambule en s'asseyant derrière son bureau.
Claire resta interdite un instant avant de se ressaisir.
- Je veux savoir ce qui est vrai. Pas plus, pas moins.
Un sourire sarcastique étira les lèvres de Vincent.
- Ça, c'est ce que disent toutes les victimes. Mais très bien. Montrez-moi ce que vous avez.
Hésitante, elle sortit l'enveloppe de son sac et la posa sur le bureau. Vincent s'en empara, l'ouvrit avec des gestes précis, presque mécaniques, puis commença à parcourir les documents. Le silence qui suivit était oppressant. Chaque fois que Claire ouvrait la bouche pour parler, elle se ravisait, craignant de briser sa concentration.
Enfin, il poussa un soupir et s'adossa à son fauteuil.
- C'est authentique. Pas de doute là-dessus.
Claire sentit un frisson lui parcourir le dos. Elle aurait voulu entendre autre chose, un démenti, n'importe quoi qui aurait pu disculper Léo. Mais non. La vérité la frappait de plein fouet.
- Alors... c'est vrai ? murmura-t-elle, presque pour elle-même. Léo est impliqué ?
Vincent haussa les épaules, l'air désinvolte.
- Pas qu'un peu. Ce type a trempé dans plus de magouilles que vous ne pourriez imaginer. Mais je suis curieux... Comment une fille comme vous a pu se retrouver mêlée à ça ?
La question la piqua au vif. Elle redressa la tête, tentant de cacher sa gêne.
- Léo est... mon fiancé, admit-elle.
Vincent éclata de rire, un rire sec et sans chaleur.
- Votre fiancé ? Et vous pensez sérieusement qu'il vous aime ? Mademoiselle Vallier, si je devais parier, je dirais que vous êtes juste un pion de plus dans son jeu.
Claire serra les poings.
- Vous ne le connaissez pas ! Il n'est pas seulement ce que ces documents montrent. Il y a une autre facette de lui, celle que j'aime, celle qui...
- Celle qu'il vous montre pour mieux vous manipuler, coupa Vincent en la regardant droit dans les yeux. Écoutez, je ne suis pas là pour vous ménager. Si vous voulez que je vous aide, il va falloir accepter les faits tels qu'ils sont.
Elle baissa les yeux, incapable de répondre. Il avait raison, bien sûr. Mais l'entendre dire avec une telle froideur la rendait malade.
- Très bien, dit-elle enfin. Vous pouvez m'aider, oui ou non ?
Vincent se pencha en avant, croisant les mains sur son bureau.
- Je peux. Mais je ne travaille pas gratuitement. Et encore moins pour des gens qui ont un lien direct avec la famille Chambrel. Alors, voici mes conditions : vous suivez mes instructions à la lettre, et vous ne vous attendez pas à ce que je sois gentil. Marché conclu ?
Claire hésita une fraction de seconde avant de hocher la tête.
- Marché conclu.
Vincent esquissa un sourire en coin.
- Bien. On commence demain. Et d'ici là, un conseil : évitez de croiser Léo. Si ce gars découvre que vous travaillez avec moi, ça pourrait mal finir.
Les paroles de Vincent résonnèrent dans sa tête alors qu'elle quittait le bureau, le cœur lourd. Mais en arrivant chez elle, elle trouva Léo déjà là, assis dans le salon, un verre de whisky à la main. Il se leva dès qu'il la vit, son visage illuminé par un sourire qui semblait presque... forcé.
- Claire ! Tu étais où ? Je m'inquiétais, dit-il en s'approchant.
Elle détourna les yeux, consciente qu'il pouvait lire ses émotions comme un livre ouvert.
- J'avais des choses à régler, répondit-elle évasivement.
Léo posa son verre sur la table basse et s'approcha davantage, jusqu'à ce qu'il soit si près qu'elle pouvait sentir son parfum boisé.
- Des choses à régler ? Avec qui ? demanda-t-il, son ton se durcissant légèrement.
Claire sentit son estomac se nouer. Elle savait qu'elle devait mentir, mais les mots refusaient de sortir. Léo fronça les sourcils, son regard devenant plus perçant.
- Tu m'as l'air... distante, ces derniers jours. Est-ce que quelque chose te tracasse ?
Elle força un sourire.
- Non, rien du tout. Juste... un peu de fatigue.
Il ne sembla pas convaincu, mais il ne poussa pas davantage. Du moins, pas pour l'instant.
- Très bien, dit-il enfin. Mais si jamais tu as besoin de parler, je suis là.
Claire hocha la tête, mais au fond d'elle, elle savait que cette mascarade ne pourrait pas durer. Pas avec un homme comme Léo, qui avait une capacité presque surnaturelle à deviner quand quelque chose n'allait pas.
Elle passa le reste de la soirée à éviter son regard, à prétendre qu'elle était plongée dans un livre alors que ses pensées tournaient en boucle. Quand elle se coucha enfin, elle sentit Léo l'observer un instant avant de se tourner de l'autre côté.
Le lendemain matin, tout bascula. Alors qu'elle prenait un café dans la cuisine, son téléphone vibra. Un message de Vincent.
> **"On a un problème. Léo sait que tu m'as contacté."**
Claire sentit son cœur rater un battement. Elle releva la tête et croisa le regard de Léo, qui se tenait dans l'encadrement de la porte, son expression indéchiffrable.
- On doit parler, Claire, dit-il d'une voix calme, presque trop calme.
Elle sentit ses jambes fléchir légèrement sous le poids de l'appréhension.
La matinée était grise et lourde, comme si le ciel lui-même pressentait l'atmosphère tendue qui régnait dans l'appartement. Claire était assise sur le canapé, le téléphone toujours posé sur la table basse. Le message de Vincent lui tournait encore dans la tête : **"Léo sait que tu m'as contacté."** Mais, étrangement, Léo n'avait pas fait de scène. Pas encore, du moins.
Au lieu de ça, il avait passé la journée à l'éviter, allant et venant dans l'appartement avec un calme inquiétant. Mais ce soir-là, tout changea. Claire était en train de lire dans un coin du salon, essayant de se concentrer sur les mots qui dansaient devant ses yeux, quand Léo fit irruption dans la pièce, un sourire éclatant sur le visage.
- J'ai une surprise pour toi, dit-il, les mains derrière son dos.
Elle leva les yeux, méfiante, mais ne laissa rien paraître.
- Une surprise ? Quel genre de surprise ? demanda-t-elle en essayant de garder une voix neutre.
Léo avança jusqu'à elle, dévoilant un petit carton blanc qu'il tendit comme un trophée.
- Ce soir, on sort. Une soirée rien que pour nous deux. Tu en as bien besoin, non ?
Claire prit le carton et lut rapidement l'invitation. Il s'agissait d'un dîner privé dans un restaurant haut de gamme du centre de Paris, réservé exclusivement pour eux deux. Elle releva les yeux vers lui, cherchant des indices dans son regard. Mais il avait ce sourire désarmant, celui qu'il arborait toujours lorsqu'il voulait quelque chose.
- Tu sais, tu n'étais pas obligé de faire ça, murmura-t-elle en posant l'invitation sur la table.
- Bien sûr que si, répliqua-t-il en s'asseyant à côté d'elle. Ces derniers jours, je t'ai sentie... distante. Et je veux qu'on prenne un moment pour nous, pour oublier tout le reste.
Son ton semblait sincère, mais Claire sentit une boule se former dans son estomac. Tout dans cette initiative semblait trop... parfait, trop calculé. Mais elle ne pouvait pas refuser sans éveiller des soupçons.
- D'accord, dit-elle finalement. À quelle heure ?
Le sourire de Léo s'élargit, et il posa une main légère sur son épaule.
- À 20 heures. Je viendrai te chercher.
Claire hocha la tête, se demandant ce qu'il mijotait vraiment.
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Un peu plus tard dans l'après-midi, Amélie passa chez Claire. Avec ses cheveux roux indomptables et son humour caustique, elle était comme une bouffée d'air frais dans la vie de Claire. Elles s'étaient rencontrées à l'université, et depuis, Amélie avait toujours été là pour elle, avec son franc-parler et ses blagues souvent déplacées.
- Alors, raconte, dit Amélie en s'effondrant sur le canapé comme si c'était le sien. T'as cette tête-là parce que t'as dormi trois heures ou parce que ton cher fiancé t'a encore fait une de ses manœuvres psychologiques ?
Claire ne put s'empêcher de sourire légèrement.
- Un peu des deux, je suppose.
Amélie plissa les yeux, exagérant une expression de détective.
- Hmm, je vois. Et c'est quoi cette histoire de dîner romantique ? Tu sais que les mecs comme lui, quand ils deviennent trop mignons, c'est jamais bon signe.
Claire haussa les épaules.
- Peut-être qu'il essaie juste de se rattraper.
Amélie éclata de rire.
- Se rattraper de quoi ? T'as découvert qu'il garde des cadavres dans le placard ou quoi ?
Le visage de Claire se ferma légèrement, et Amélie s'en rendit compte immédiatement.
- Oh non, dit-elle en posant son verre de vin. Qu'est-ce qu'il a fait, ce crétin ?
Claire hésita, puis soupira.
- Disons juste que j'ai des raisons de penser qu'il n'est pas aussi... honnête qu'il le prétend.
Amélie leva les yeux au ciel.
- Pas besoin d'être Sherlock Holmes pour deviner ça, ma chérie. Ce mec a une tête à vendre de la crypto douteuse à des retraités.
Claire éclata de rire malgré elle, et Amélie en profita pour poursuivre.
- Mais sérieusement, si t'as des doutes, pourquoi t'es encore là ?
- Parce que je n'ai pas encore toutes les réponses, répondit Claire. Et je ne peux pas juste tout laisser tomber sans être sûre.
Amélie hocha la tête, une lueur de compréhension dans les yeux.
- OK, je comprends. Mais fais attention à toi, d'accord ? Les types comme lui... ils peuvent être charmants, mais c'est souvent du poison dans un emballage de luxe.
Claire sourit tristement, consciente que son amie avait probablement raison.