De la même auteurePubliés par les Éditions Baudelaire
- Mon combat vers la lumière, 2020 ;
- J'ai choisi mon paradis pour oublier l'enfer, 2021.
Ce livre est dédié
À ma famille,
À mes deux sœurs, à mon frère,
Aux enfants et petits-enfants,
À vous chers lecteurs et chères lectrices,
À ceux qui aiment les histoires d'amour, la vie,
les romances érotiques.
À tous ceux qui aiment encore tourner
les pages d'un livre, en toucher le grain
et en respirer l'odeur.
Il y a bien un mot au-dessus de tous les autres c'est l'amour, un mot qui signifie que l'on tient à quelqu'un, que l'on est prêt à tout pour l'être aimé, qu'on veut satisfaire tous ses désirs même si au bout du compte cela nous détruit. C'est l'Amour ! Avec un grand A, celui qui résiste à tout. Et quand on aime on ne renonce jamais.
Juillet 1974, Gaspard et Jules, deux amoureux éperdus l'un de l'autre, des vacances de rêve en méditerranée, Jules disparaît, le mystère reste entier.
Août 1978, Gaspard et Lucie, une histoire d'amour, des vacances en Andalousie, puis arrive le drame, celui que l'on n'attend pas quand on a seulement dix-huit ans. Pourquoi n'a-t-il jamais reçu de courrier ? Quand Lucie se décide, elle prend sa plus belle plume, trempée dans ses larmes, pour transcrire par écrit son secret qu'elle ne veut plus taire.
Gaspard a peur, une peur folle de la souffrance que peut endurer une âme qui cesse d'être aimée. Comment réagira-t-il ? Il y aura des rires, des larmes, des cris. Mais n'est-ce pas ça la vie ?
Et puis ce jour de juin, sa route a croisé un soleil, une véritable apparition...
L'amour nous fait trembler
Recueil : Le cœur solitaire (1896)
L'amour nous fait trembler comme un jeune feuillage,
Car chacun de nous deux a peur du même instant.
Mon bien-aimé, dis-tu très bas, je t'aime tant...
Laisse... Ferme les yeux... Ne parle pas... Sois sage...
Je te devine proche au feu de ton visage.
Ma tempe en fièvre bat contre ton cœur battant.
Et, le cou dans tes bras, je frissonne en sentant
Ta gorge nue et sa fraîcheur de coquillage.
Écoute au gré du vent la glycine frémir.
C'est le soir ; il est doux d'être seuls sur la terre,
L'un à l'autre, muets et faibles de désir.
D'un baiser délicat tu m'ouvres la paupière ;
Je te vois, et, confuse, avec un long soupir,
Tu souris dans l'attente heureuse du mystère.
Charles Guérin
(1873-1907)
Prologue
Chers lecteurs et chères lectrices,
Ce roman est une histoire de vie et d'amour librement inspirée de la réalité, parsemée d'événements fictifs et aussi d'événements réels qui se sont passés. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de ma volonté.
Toute l'histoire tourne autour de Gaspard. Il est célibataire, timide, complexé, mal dans sa peau, ses parents sont très croyants, c'est un fanatique, un cerveau-choc, il est obsédé par les bandes dessinées d'Achille Tallon, un personnage éponyme des années 60 qu'il collectionne dans sa bibliothèque de façon maladive. Gaspard a peur du lendemain, il a du mal à se projeter dans son futur, ses parents souhaitent qu'il devienne un grand avocat, mais le jeune homme a une autre ambition, celle de devenir un brillant cuisinier et de régaler les palais de ses convives.
Et puis c'est la chute de Gustave, le décès de son patriarche, son héros, un électrochoc qui le bouleverse. Sa vie n'est pas un long fleuve tranquille, ses amours sont chaotiques.
Après quinze jours d'excursion revigorante à la mer sur la Costa Brava, Gaspard reçoit un courrier qui l'interpelle, ce sont deux lettres couvertes à la hâte d'une écriture de femme. Comment Gaspard va-t-il réagir ? Comment va-t-il s'en sortir ?
Je me suis appliquée à essayer de créer cette frénésie de tourner les pages, d'avancer dans l'histoire, de provoquer chez le lecteur le plaisir de l'attente, celle de retrouver son roman le soir après sa journée de travail.
Je ne peux vous en dire plus, je vous laisse découvrir l'histoire.
Alphonse du Châteauet Léontine Figeras
Novembre 1949
Ce jour s'annonçait pour Alphonse comme une journée bien ordinaire. Nous étions lundi, il faisait extrêmement froid comme toujours dans le Nord à cette saison. Il avait neigé cette nuit et, à l'heure où il ouvrit ses volets, les sols étaient encore immaculés.
Le froid vif ne l'incitait évidemment pas à prendre l'air. Paradoxalement, depuis qu'il était enfant, il était toujours émerveillé par la neige, par son côté magique, irréel. Cette vision le mit donc de bonne humeur, même si l'idée de rejoindre les champs ne l'enchantait guère.
Les bagarres et les mots acerbes étaient fréquents entre Louis et Gustave. Léontine souffrait beaucoup de cette situation. Bien que très proche de Gustave, elle aimait tendrement ses deux fils et détestait les conflits. Les deux garçons avaient deux ans d'écart, ils n'exprimaient pas leurs émotions profondes, et s'arrangeaient toujours pour éviter
Tout petit, Louis s'était montré frondeur et colérique. Il n'avait sans doute pas été facile pour le bébé qu'il était de voir arriver deux ans plus tard, un petit frère. Fruit de l'amour passionné de ses parents, il avait sans aucun doute senti cet amour s'étioler et sa mère devenir de plus en plus triste et fatiguée.
Devenu adolescent, Louis était resté rebelle et tenait tête à tous lorsqu'il pensait avoir raison. Ses parents baissaient souvent les bras devant tant de déterminations : Léontine haussait les épaules en disant que cela finirait bien par lui passer un jour.
Alphonse était secrètement heureux du caractère bien trempé de son aîné mais, avait néanmoins tenu son rôle de père et lui avait collé bon nombre de torgnoles pour ne pas perdre la face. La guerre était finie depuis près de cinq ans et la vie avait repris son cours dans tout le pays. Après une période de liesse et d'insouciance, d'embrassades folles dans les rues et en famille, tout était redevenu comme avant.
Personne ne parlait plus de la guerre, ni à la ferme ni en famille, on avait clairement tiré un trait sur ce passé douloureux et on regardait l'avenir. On avait l'impression que cette période avait été un mauvais rêve et qu'il ne s'était rien passé.
De son côté, et dans le silence de sa chambre, Alphonse aimait se remémorer ces événements qui avaient été très difficiles. Il savait que les privations et la peur vécues pendant la guerre avaient sans doute encore endurci son fils Louis.
La perte de Louis l'avait marqué à jamais. Cefils aîné, célibataire endurci, mort à la guerre en 1944 à l'âge de 39 ans leur avait causé d'innombrables souffrances.
De cette disparition, il ne leur restait que des lettres qu'ils avaient précieusement gardées. Heureusement, il y avait Gustave leur second fils, et Gaspard leur unique petit-fils bien-aimé.
En 1957, pendant les grandes vacances et celles de la Toussaint, Gaspard passait le plus clair de son temps chez ses grands-parents paternels Alphonse du Châteauet Léontine Figeras, qui avaient une ferme dans les Flandres du côté de Hondschoote.
Gaspard savait pour son oncle, il savait qu'il était mort à la guerre. C'est Alphonse qui lui a tout raconté, il lui a montré les lettres de Louis.
Gaspard aimait les histoires de son grand-père, il n'avait que sept ans, mais il souhaitait connaître la vérité, l'histoire de la famille.
À quatre-vingts ans, Alphonse du Châteauétait grand, large d'épaules et fortement musclé, il avait les cheveux blancs et une belle barbe soignée, ses traits étaient fins, et très nets, et ses yeux verts brillaient comme des olives mûres. Son autorité était sans failles et ses décisions sans appel. Il fallait obéir.
À soixante-dix-sept ans, Léontine ans était tout son contraire, une femme simple et douce avec un cœur d'or, visage souriant aux yeux bleus, cheveux courts grisonnants, robe longue à fleurs et chapeau de paille, elle était de taille moyenne et bien bâtie. Le travail ne lui faisait pas peur, c'était une femme très courageuse.
Louis du Château
Tu sais, mon petit Gaspard, disait Alphonse, mon fils aîné Louis, qui était ton oncle, était un homme humble juste et fort. Il n'a jamais baissé les bras, il a fait preuve de volonté et de courage, il a lutté jusqu'au bout.
Chez nous à la ferme, il travaillait sans relâche, depuis des années. La batterie durait toute la journée. Et le soleil était largement couché, que le village retentissait encore du mugissement de la batteuse. Nous étions soulagés quand elle s'arrêtait.
Chaque jour, il fallait se lever très tôt, le labeur nous attendait. Nous devions prendre des initiatives sur le travail, sur le choix des jeunes bêtes à garder, sur les ventes aussi. Louis se débrouillait très bien, c'était un paysan, il avait ça dans le sang. Je lui avais petit à petit passé la main.
Tous les matins, on s'installait à table pour déjeuner. Chacun sortait son couteau, se taillait une tranche dans le grand pain cuit par Léontine, et piochait dans les rillettes, dans le pâté, dans le jambon, dans le beurre. Il y avait aussi des œufs durs et des radis.
Tous mangeaient goulûment, se régalaient, et arrosaient ça avec du café noir bien corsé ou avec des grands verres de vin rouge.
Le soleil dardait ses premiers rayons, lorsque le père Alphonse mettait en branle sa batteuse, dont le bruit entêtant retentissait tout au long de la journée. Et brusquement ce jour-là, la ferme devenait une ruche.
Dans un nuage de poussière, la machine recrachait la récolte de l'année qui ferait vivre la maisonnée. L'avoine pour les vaches, l'orge pour les volailles et le blé pour le pain.
Avec ses trois commis, Marcel, Antoine et Lucas, il a fallu plusieurs jours pour terminer cette grosse batterie.
Ni grand ni petit, Marcel n'avait l'air d'un vieux bonhomme, il avait le dos voûté et les bras ballants qui pendaient le long du corps. Des bras qui n'en finissaient pas et à leur extrémité, des mains aussi grosses que des truelles. Avec ça des yeux perçants et une barbe de plusieurs jours.
Antoine était un garçon blond comme les blés, aux yeux rieurs, il avait la bouille d'un bébé joufflu, couverte de taches de son. Très grand, fort et costaud, il levait à même les bras de gros ballots de foin.
Lucas un très beau jeune homme, mince, cheveux clairs et yeux bleus, ne passait pas inaperçu, il plaisait beaucoup à la gent féminine.
Il y avait aussi les servantes, Pascaline un joli petit bout de femme de dix-huit ans, chevelure flamboyante tressée, peau laiteuse parsemée de taches de rousseur et yeux verts en amande, Olga et Simona, deux Polonaises, deux jeunes trentenaires, deux sœurs de sang, bien en chair, bien dans leur peau, elles étaient avenantes, courageuses et toujours de bonne humeur. Toutes les trois donnaient un coup de main à Léontine, pour les repas, les bêtes, la lessive et les tâches ménagères.
Après le repas du midi et la vaisselle, c'était la sieste quotidienne pour tous entre 13 h 00 et 14 h 00 la marriennecomme ils disaient là-bas, ils travaillaient dur, il fallait récupérer. Tout ce petit monde discutait, se racontait ses histoires, riait aux éclats.
C'était la belle vie. Il fallait travailler dur, mais nous étions heureux.
Ton oncle nous a laissé plusieurs lettres, c'est le seul lien qui nous reste avec les souvenirs et les photos. Ces missives avec la grâce de Dieu nous ont été remises en main propre par Lucas, notre commis et ami proche de Louis.
Gaspard aimait écouter son grand-père parler de sa vie, du temps passé et de la guerre.
Un soir de novembre, Alphonse vint s'asseoir au pied du lit du jeune garçon et commença à raconter comment son fils aîné Louis avait perdu la vie.
Gaspard était tout ouïe, son grand-père avait la boule au ventre, il déplia lentement les précieuses lettres.
Auschwitz, septembre 1939
Chère maman, cher papa,
Je vous écris ces missives, car ici, mes jours sont comptés. Il n'y a pas d'échappatoire. J'espère de tout cœur que mes écrits arriveront jusqu'à vous.
J'ai trente-quatre ans, je viens d'arriver sur ce maudit camp, je dois me déshabiller et jeter mes vêtements sur un tas au milieu d'une pièce, les hommes qui sont avec moi m'imitent. Des Allemands crient et les manteaux, blouses, chemises, pantalons, vestes, caleçons, slips, tee-shirts, chaussures, s'entassent sur un mont.
C'est terminé, il n'y a plus de différence entre les riches et les pauvres, les portes de l'enfer viennent de s'ouvrir toutes grandes.
Je sais que vous avez eu de la chance, et tant mieux pour vous. Quand les Allemands sont arrivés à la ferme, j'étais seul avec quelques ouvriers. Nous entendions seulement le bruit du vent et un tracteur qui peinait au milieu des terres. Ce jour-là, il faisait froid, j'étais souffrant, j'avais des maux de ventre. Vous étiez tous partis vaquer à vos occupations quotidiennes, au marché pour les femmes, aux champs pour les hommes.
Quand j'ai vu les Allemands se rapprocher, j'étais dans la grange pour empailler les bêtes avec Antoine, Marcel, Lucas et une de nos servantes Pascaline, ils furent tous embarqués. Les nazis étaient excités, ils demandaient après les autres occupants. Nous leur avions dit qu'il n'y avait personne à part nous, ils ont eu beaucoup de mal à nous croire.
Ils tenaient des fusils qu'ils braquaient sur nous en les agitant comme s'il était urgent de nous fusiller.
Pascaline pleurait, hurlait, un des Allemands la fit taire en lui assenant un violent coup de crosse, elle vacilla, et se retrouva allongée au sol la tempe ensanglantée.
- Bon, assez rigolé, suivez-nous bande de menteurs disaient-ils.
D'autres Allemands les avaient rejoints.
- Rhaus ! Rhaus ! répondaient-ils.
Ils firent le tour de la ferme et commencèrent à la piller, se servirent en fromage, en pain, en charcuterie et prirent ton vin papa. Les animaux étaient paniqués.
Un des nazis qui était complètement saoul a ouvert l'étable et l'écurie. Les bêtes se sont ruées, et il a commencé à tirer des coups de fusil en l'air. Plusieurs volailles furent abattues sur-le-champ. C'était un chaos indescriptible.
Pascaline avait repris ses esprits. Elle n'osait plus bouger, plus rien dire, elle tremblait.
Les soldats repus nous avaient laissés ramasser nos effets personnels. Nous fîmes nos balluchons.
Des camions attendaient dans la cour, ronronnant, se laissant rouler autour d'eux de gros nuages de gaz brûlés.
Nous avons suivi les soldats en les suppliant, mais ceux-ci nous repoussaient avec des gestes agressifs.
- Laissez repartir Pascaline, elle est si jeune, elle est innocente ! avais-je dit.
Je me suis avancé alors hardiment d'un pas, mais j'ai reçu un violent coup de crosse dans le ventre. J'étais plié de douleur, j'ai craché du sang.
Pascaline fut prise d'une crise de panique. Je la voyais respirer très vite comme si elle allait s'étouffer. Sans y prêter attention, les Allemands nous ont ordonné de grimper dans le camion. Assis sur des bancs, nous étions entourés par ces bourreaux qui serraient leurs fusils entre les genoux. Les larmes aux yeux, nous vîmes les dernières images de la ferme qui devinrent une silhouette floue, puis tout disparut.
Il y eut de plus en plus d'occupants dans le camion, puis d'autres camions suivirent. Nous nous dévisagions, façon de nous présenter. Les camions roulaient secouant le silence de la plaine, traversant des villes et des villages. Au bout d'un temps qui nous parut interminable, nous avions tous le dos torturé par les barres de fer qui nous servaient
Je me sentais poisseux et perclus par ces nuits et ces jours passés dans ce camion.
Puis le véhicule se mit à ralentir. La ridelle arrière bascula.
- Schnell ! cria un soldat !
Sans aide, on sauta du camion, du mieux que l'on put. D'une bourrade dans le dos, les nazis nous firent avancer. Nous arrivâmes dans un petit camp pour nous réchauffer, nous dégourdir les jambes et nous rassasier. On nous servit une gamelle d'eau chaude aromatisée avec de l'orge en guise de café, l'odeur était âcre. Puis nous eûmes une sorte de pain noir sec et rassis.
Les camions faisaient le plein de carburant. Puis, nous reprîmes la route pour le camp d'Auschwitz. Désormais, c'était clair, nous leur appartenions, et nous pouvions craindre le pire. Nous avons roulé pendant plusieurs jours, nous étions épuisés. Plus tard, nous fîmes une halte à la frontière pour vérification des papiers d'identité. Puis ce furent les trains, nous étions entassés dans des wagons à bestiaux, collés les uns sur les autres. Dans ces wagons, il y avait des seaux pour les besoins. Pas besoin de vous dire l'odeur pestilentielle qui s'y installait.