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L'amour ? Non. Le sexe ? Oui !

L'amour ? Non. Le sexe ? Oui !

Auteur:: PR
Genre: Milliardaire
Je pensais que je pouvais faire fonctionner mon mariage sans sexe. Qui a besoin de sexe quand on a de l'amour, n'est-ce pas ? J'avais tort, tout à fait tort. Il s'est avéré que mon mari était capable de pratiquer l'acte sexuel après tout. Mais pas avec moi. Il préférait... ma mère. Je les ai surpris au lit ensemble. Alors j'ai pensé que je devrais sauter d'un pont. J'ai rencontré un inconnu là-bas. Je lui ai donné ma première fois sur un coup de tête. Après une nuit de sexe extraordinaire, j'ai quitté sa maison en pensant que je ne le reverrais jamais. Puis, je suis allée à la fête de fiançailles de ma tante. Elle a fait défiler son fiancé devant moi. Il était l'inconnu. Et il allait devenir mon oncle.

Chapitre 1 Chapter 1 Double Trahisons

J'avais eu un mariage de rêve avec mon amour de l'université.

Raphaël et moi se fréquentèrent pendant quatre ans.

Non, il serait plus approprié de dire qu'il me courut après durant quatre années.

Il me poursuivit pendant toute la première année.

Je n'acceptai que le premier jour de la deuxième année.

Et à la fin de la troisième année, nous nous fiançâmes.

Le jour de notre mariage fut le lendemain de la remise des diplômes.

Les amis disaient que nous étions faits l'un pour l'autre.

J'étais d'accord.

C'était un mariage de rêve et je pensais que notre amour allait avoir une fin de conte de fées.

Le prince et la princesse, vivant heureux pour toujours.

Toutefois, on eut un petit souci dans notre mariage autrement parfait.

Raphaël ne pouvait pas bander.

Il me l'avoua lors de notre nuit de noce.

Il reconnut qu'il ne pouvait pas le faire.

Il éclata en sanglots.

Je le pris dans mes bras.

Je le réconfortai.

C'est bon, soufflai-je.

Je n'avais pas besoin de s*xe pour l'aimer.

L'amour platonique est toujours de l'amour, n'est-ce pas ?

Cela signifiait en fait que nous étions un barreau plus haut sur l'échelle de l'amour - du charnel au spirituel.

Raphaël était soulagé.

Ainsi, nous consommâmes notre mariage par un câlin.

Raphaël avait été un petit ami parfait.

Même en tant que mari, il était toujours parfait.

Et alors si nous ne pouvions pas avoir de relations intimes ?

Après tout, je voulus une âme sœur et non un partenaire de lit.

Je pensais que le s*xe n'avait pas d'importance tant que nous nous aimions.

Mais je me trompai.

Raphaël me trompa.

Pas avec ma meilleure amie super sexy.

Pas avec son assistante au corps de rêve.

Mais avec ma mère.

Vous imaginez ?

Laissez-moi répéter.

Mon mari me trompa avec ma mère.

Ma mère biologique, la femme qui m'avait portée dans son ventre pendant neuf mois.

La femme qui m'avait élevée, nourrie, habillée, et qui m'avait dorlotée.

Je me souvins de ce qu'elle disait.

"Une fille doit savoir comment se protéger, Chloé." En me disant cela, elle me montra une boîte de préservatifs Durex Performax Intense. "Je ne dis pas que tu ne peux pas avoir des rapports s*xuels avant d'être diplômée, mais je pense qu'il vaut mieux attendre quelqu'un de spécial."

A cette époque, j'étais persuadée que Raphaël était le "quelqu'un de spécial".

"Les femmes ont aussi des besoins. Il est tout à fait naturel de les assouvir." Maman me donna un nom d'utilisateur et un mot de passe.

C'était pour un compte sur un site internet réservé aux adultes.

Les femmes avaient effectivement des besoins.

Ma mère était une femme.

Elle avait des besoins.

Était-ce pour cela qu'elle s'était glissée dans le lit avec mon mari ?

Ils étaient tellement absorbés par ce qu'ils faisaient, qu'ils n'entendirent pas la porte s'ouvrir.

Pour être juste, c'était une belle porte, avec une charnière bien huilée qui ne grinçait pas.

Mais la poignée de la porte fit quand même un bruit quand je la tournai.

Mes talons de dix centimètres claquaient sur le sol en marbre lorsque j'entrai.

Mon sac Telfar tomba sur le sol avec un bruit sourd.

Ils n'entendirent rien de tout cela.

Je ne me rendis pas compte tout de suite que la femme était ma mère.

Elle était couchée sous Raphaël, se tordant, gémissant.

Ses longs cheveux étaient en désordre et couvraient son visage.

Je voyais le dos de Raphaël, nu et couvert d'une fine couche de sueur.

Il s'enfonçait dans la femme qui avait ses jambes enroulées autour de lui.

Il grognait.

"Aaaaaah ! Je vais jouir !"

Sa voix était rauque, forte et incroyablement passionnée.

Remplie de désir.

C'était un ton qu'il n'avait jamais utilisé avec moi.

Puis Raphaël arqua son dos.

Je vis la femme sous lui.

Elle serrait sa taille et hurlait d'extase.

Elle ouvrit les yeux.

Nos regards se croisèrent.

Maman cria, étant sur le point d'atteindre son orgasme.

Quant à Raphaël, il se précipita et se retourna.

Il me voyait.

Ils étaient tous les deux nus, les yeux lourds de luxure.

Son t-shirt était en boule par terre.

Son soutien-gorge en dentelle était dessus.

Je regardais le sol.

Je regardais Raphaël.

Je regardais ma mère.

Je levai ma main droite et je giflai mon visage, fortement.

Cela faisait très mal.

L'ongle de mon petit doigt griffa ma joue.

La blessure était piquante.

Oh, donc ce n'était pas un rêve.

On ne ressentait pas la douleur dans un rêve, n'est-ce pas ?

Je me retournai avant de partir.

Mes talons claquèrent sur le sol en marbre.

C'était incroyablement fort.

Comment n'eurent-ils pas pu l'entendre ?

Je fus sur le point de dévaler les escaliers.

"Chloé !"

Quelqu'un cria mon nom.

Était-ce maman ou Raphaël ?

Je ne pouvais pas le dire.

J'avais l'impression d'être sous l'eau.

Tout autour de moi devenait flou.

J'évoluais comme dans de la mélasse.

Mes talons pesaient soudainement une tonne.

Je me giflai encore une fois.

Ça faisait toujours mal, ce qui était une mauvaise nouvelle.

Cela confirmait la réalité.

Je ne rêvais pas.

Ce n'était pas un cauchemar freudien que j'avais inventé dans mon sommeil.

Ce dont j'avais vu fut réel.

D'une manière ou d'une autre, mon esprit revint à la nuit de noces.

Raphaël annonça qu'il ne pouvait pas bander.

D'une manière ou d'une autre, il ne mentait pas.

Il ne pouvait vraiment pas avoir une érection, peu importe combien j'essayais de le séduire.

Ses baisers étaient toujours chastes.

Un rapide bisou sur la joue.

Parfois, j'avais l'impression qu'au lieu de me prendre dans ses bras, il préférerait simplement serrer ma main.

Mais Raphaël ne me dit pas non plus toute la vérité.

Il ne pouvait pas avoir une érection quand il était avec moi.

Mais il était dur comme le bec d'un pic quand il était avec ma mère.

Je le découvris, aussi clair que le jour.

Mon cerveau s'arrêta.

Mes jambes me portèrent hors de la maison.

Je n'avais aucune idée d'où j'allais.

J'étais rentrée à la maison, espérant trouver du réconfort dans les bras de mon mari.

Mon père fut décédé la semaine dernière.

L'enterrement fut un véritable cauchemar.

J'étais épuisé jusqu'à l'os, et j'étais rentrée à la maison en cherchant de la chaleur.

Je voulais l'étreinte de Raphaël et le poulet succulent de ma mère.

Je n'obtins ni l'un ni l'autre.

Je quittai la maison comme en transe.

Eus-je fermé la porte ?

Je ne me souvins pas.

Ça n'avait pas d'importance.

Laissez la maison être cambriolée.

Laissez les cambrioleurs prendre ce qu'ils voulaient.

Je ne m'en souciais plus.

Je continuai à avancer.

Des voitures me klaxonnaient.

Finalement, leurs bruits furent loin.

Je n'entendis plus les voix des gens.

Le soleil disparut.

Les néons s'allumaient.

La nuit enveloppait la ville.

Mes mollets étaient en feu.

Je continuais à marcher.

Je ne m'arrêtai que lorsque la route prit fin.

Je levai les yeux et je fus sur le Pont du Port.

Chapitre 2 Chapter 2 La voie vers la lâcheté

Le pont arqué de 500 mètres s'étendait sur la rivière.

Je me tenais sur le trottoir piéton.

L'eau clapotait doucement contre les piles de béton.

Le vent brouillait mes cheveux.

Je touchais l'arrière de ma tête.

Mon barrette à cheveux d'alligator avait disparu.

Mes longs cheveux noirs fouettaient mon visage comme s'ils essayaient de me réveiller.

Je fixais la rivière tranquille en dessous.

Les eaux calmes étaient les plus profondes, disait-on.

Qu'est-ce qui pourrait se cacher sous cette surface calme?

Y avait-il des monstres qui vivaient dans cette rivière ?

Attendaient-ils patiemment le moment où un piéton malchanceux tomberait dans leurs gueules ouvertes ?

C'était Raphaël qui m'avait raconté l'histoire du monstre de la rivière.

Il n'avait pas de nom et c'était censé être une créature ressemblant à un alligator avec une peau gris-vert et une corne entre ses yeux comme une licorne.

Nous avions l'habitude de venir dans cet endroit pour des promenades après dîner quand nous sortions ensemble.

Raphaël avait toujours les mains dans les poches de son pantalon.

Je pensais qu'il le faisait pour avoir l'air cool, comme les autres garçons de l'école.

Mais après toute réflexion, il le faisait parce qu'il ne voulait pas tenir ma main.

Il me racontait des histoires de monstres de rivière pour ruiner l'ambiance.

Je regardai mes mains.

Elles étaient manucurées à la française.

Le vernis blanc était un peu écaillé.

Les ongles devinrent trop longs.

Je n'avais pas eu le temps de penser à des choses comme la manucure-pédicure depuis le décès de mon père.

Mais mes mains avaient toujours l'air bien.

Mes doigts étaient longs et minces et sans callosités.

Ma peau était lisse, claire et sans imperfections.

Pourquoi Raphaël ne voulait-il pas tenir mes mains ?

Étais-je vraiment si répugnante qu'il refusait de me toucher ?

Il ne tenait pas ma main.

Il ne m'embrassait pas.

Il n'eut jamais envie de prendre le dessus avec moi.

S'il me trouvait si peu attrayante, pourquoi m'avoir épousée ?

J'enlevai mes talons avant de grimper par-dessus la balustrade et de m'asseoir sur le rebord en ciment.

Mes jambes nues se balancèrent dans le vide.

La brise de la nuit fut fraîche.

Quarante mètres plus bas, une vague douce montait, m'appelant.

"Chloé, viens nous rejoindre."

Je portais une robe noire ce jour-là.

Comme tous les jours de la semaine passée.

Mon père était décédé.

J'étais en deuil.

Mais apparemment, Maman l'avait oublié.

Raphaël l'avait oublié.

Quelqu'un disait que le sexe après un enterrement était une affirmation de la vie.

Est-ce pour ça qu'ils le firent ? Je me le demandais.

Ma robe noire se fondit dans la nuit.

Personne ne m'avait pas vue.

Je fus restée longtemps, très longtemps, assise sur la corniche.

Si longtemps que le monstre de la rivière sans nom arrêta d'attendre rentra chez lui.

Zéphyrus arrêta également de jouer avec mes cheveux avant de rentrer chez lui.

La surface de l'eau s'apaisa.

J'étais toute seule.

Je contemplais le ciel nocturne.

Il n'y avait pas de lune cette nuit-là.

Papa m'appris à lire dans les nuages.

Il disait qu'une nuit sans lune, sans étoiles, signifiait de la pluie le lendemain matin.

Je détestais les jours de pluie.

Je rivai mes yeux sur l'eau sombre et tranquille en dessous.

Si je sautais du pont maintenant, je n'aurais pas à voir la pluie demain.

Je n'aurais pas à faire face à maman et Raphaël.

Je ne serais pas forcée d'affronter le fait que j'avais perdu mes trois personnes préférées dans le monde : papa, maman et Raphaël.

Plus rien ne semblait avoir d'importance.

En plus, mes jambes étaient fatiguées.

Je ne voulais plus marcher.

Pourrais-je simplement me reposer ici, en permanence ?

J'avais lu quelque part qu'il fallait environ quarante secondes pour qu'un adulte se noie.

Vos poumons se rempliraient d'eau et vous suffoqueriez.

C'était un processus incroyablement douloureux.

Mais quarante secondes de douleur ne semblèrent pas si longues, comparées à une vie de souffrance.

Peut-être que je devrais essayer.

Dans "Le Parrain", Peter Clemenza disait : "Luca Brasi dort avec les poissons."

"Ce soir, Chloé Cordier dort avec les poissons." Je gloussai.

La hauteur me rendait euphorique.

Je regardai de nouveau la rivière.

Le monstre m'attendait-il encore avec sa gueule grande ouverte ?

Je balançais mes jambes.

J'observais le canal, essayant de repérer une partie plus profonde de la rivière.

Je ne voulais pas atterrir sur un rocher sous-marin.

J'aimais bien mon visage et je voulais qu'il reste sans cicatrices.

J'aimerais être présentable, même dans la mort.

Le visage de mon père me regardait depuis la surface sombre.

"Chloé !" Sa voix était sévère.

Ses sourcils étaient profondément froncés.

"Que fais-tu ?"

"Papa..." Je tendis la main pour toucher son visage. "Tu me manques."

"Arrête", dit-il d'une voix basse.

Papa ne criait jamais.

Il disait qu'il n'avait qu'une voix - la voix intérieure.

Quand il se mettait en colère, sa voix devenait plus basse, pas plus forte.

"Tu me manques." Je me penchai en avant.

"Qu'est-ce que je t'ai appris ?" Il me lança un regard désapprobateur, le même regard qu'il avait lorsque j'oubliais de me laver les mains avant un repas. "Vas-tu choisir la lâcheté ?"

"Mais si je saute maintenant, je peux être avec toi."

"Non, tu ne peux pas. Tu seras un cadavre gonflé qui bloque la voie d'eau. Ton corps sera coupé en morceaux par une hélice de bateau. Tu seras pêchée hors de la rivière et renommée Jane Doe. Tu gaspilleras l'argent des contribuables et les ressources de la police. Et tu ne seras pas avec moi."

Je ramenai mes genoux vers moi et baissai la tête, ma posture par défaut lorsque papa me faisait la leçon.

"Tu ne peux pas sauter. Ni maintenant. Ni jamais."

"Mais je ne veux pas vivre pour voir ce qui va se passer demain. Je n'ai pas le courage d'y faire face..."

Une partie de moi savait que papa n'était pas réel.

Il était dans ma tête.

Malgré tout, je ne pouvais pas me résoudre à dire au spectre de papa que maman l'avait trompé.

Je ne pouvais pas lui dire que Raphaël, son gendre parfait, n'était pas si parfait après tout.

"Si, tu peux." Papa forma un poing avec ses doigts.

"Comme a dit Obama", imita-il la voix baryton de l'ex-président, "Oui, nous le pouvons !"

J'arborai un sourire.

Papa adorait Obama.

"Chloé, n'oublie pas que tu as encore quelque chose à faire."

"Quelle chose ?"

Chapitre 3 Chapter 3 L'homme en noir

Un engoulevent traversa la rivière.

Le visage de Papa disparut dans les ondulations.

Je clignai des yeux.

Il était parti.

Mais je pensais savoir de quoi il parlait.

Oui, j'avais encore quelque chose à faire.

Je devais découvrir comment Papa était mort.

J'allais en parler à maman.

J'avais tellement de questions.

Mais il semblait qu'elle avait déjà tourné la page.

J'essuyai mes larmes.

Papa avait raison.

Je ne pouvais pas sauter.

Pas maintenant.

Pas avant d'avoir découvert la vérité sur sa mort.

Je pris une profonde inspiration et un dernier regard sur les eaux sombres en dessous.

Quarante mètres semblaient maintenant être une hauteur effrayante.

C'était presque seize étages.

"Alors, tu veux en parler ?"

Je pensais que j'hallucinais de nouveau, mais la voix ne ressemblait pas à celle de mon père.

Je me tournai vers ma gauche.

Un homme était assis sur le bord à côté de moi.

Il était habillé tout en noir, de la tête aux pieds - casquette noire, veste noire, pantalon noir, chaussures en cuir noir.

J'eus l'impression de regarder un figurant sur le plateau de "Men In Black".

La seule partie de lui qui n'était pas noire était l'extrémité lumineuse d'une cigarette tenue entre ses doigts.

Je tendis presque la main pour le pousser, juste pour voir s'il était réel.

Mais l'odeur de nicotine me prouva qu'il l'était.

Quand est-ce qu'il s'y retrouva ?

"Tiens." Il me tendit la cigarette.

"Je ne fume pas." Ma voix était rauque.

"Parce que fumer tue ? Mais tu vas mourir de toute façon. Pourquoi ne pas essayer ?"

La voix n'était définitivement pas celle de papa.

Papa avait ce que j'aimais appeler une voix professorale-grave, lente, mesurée.

Par contre, la voix de cet homme avait une sorte de cadence musicale hormis sa dureté, contrairement à celle didactique de papa.

Elle était mélodieuse et douce, comme du bon vin.

La casquette cachait la plupart de son visage.

Je pouvais voir son menton et ses lèvres, qui étaient fines et courbées en un sourire paresseux.

Ils me rappelaient un peu les célèbres lèvres d'Adam Levine.

Je réfléchis à ses propos et je crus qu'il avait raison.

On ne vit qu'une seule fois, n'est-ce pas ?

Ainsi, je pris la cigarette avec deux doigts comme je voyais les hommes faire dans les films.

J'introduisit le filtre dans ma bouche.

Je tirai une bouffée.

Et immédiatement, je toussai.

La nicotine eut une odeur agréable quand elle était à distance.

Mais le produit chimique était agressif.

Il s'introduisit directement dans ma bouche, descendit ma gorge et attaqua mes poumons.

Mes yeux se mirent à pleurer.

Je toussai si fort que tout mon corps trembla.

"Hé, ne te penche pas en avant." Il saisit mon poignet d'une main et caressa mon dos de l'autre.

Quand je réussis finalement à contrôler ma toux et que je pus respirer à nouveau, il retira sa main et récupéra sa cigarette.

Il rit.

"Pfff." Il inspecta le filtre. "J'ai dit fume, pas crache. Tu as tout mouillé le bout."

Son ton était accusateur.

Pourtant, il tira une bouffée.

"Alors, maintenant tu veux en parler ?" demanda-t-il avoir fini la cigarette.

Il jeta le mégot dans la rivière en dessous.

"Parler de quoi ?"

Je me demandais si le monstre sans nom serait déçu de pêcher un mégot de cigarette pour le dîner.

"A propos de la raison pour laquelle tu veux sauter du pont et devenir une autre statistique dans les données de mortalité de cette année."

Je suivis la trajectoire du petit point rouge qui s'envola vers l'extérieur puis vers le bas.

Il ne fit pas de plouf, bien sûr.

Il était trop petit.

Mais je pariai que je ferais un grand plouf si je plongeais après lui.

"Hé." Il claqua ses doigts. "Je te parle."

Le point rouge disparut.

Je tournai la tête pour le regarder. "Mon mari ne peut pas le faire."

"Faire quoi ?"

Je croyais détecter une pointe de sourire dans sa voix, mais peut-être que je me trompais.

Il n'y avait rien de drôle dans mes mots.

"La chose. Tu sais, ce que les hommes font dans la chambre."

"Ah, ça."

Il gloussa de bon cœur cette fois.

Et il continua à rire.

Il jeta la tête en arrière tout en continuant à rire.

Ses épaules tremblaient.

S'il y avait plus d'espace sur la corniche, je soupçonnais qu'il roulerait sur le sol.

Son rire était aussi musical que sa voix, mais il m'agaçait.

Ma douleur l'amusait-elle ?

Il s'arrêta enfin toute une minute plus tard.

Je ne le regardais plus.

Je concentrai mon attention sur une tache noire indistincte qui flottait de haut en bas dans la rivière.

Ça pourrait être des herbes de ruban, des détritus flottants, ou des ordures, mais au moins il n'était pas en train de rire de moi.

Il poussa un long soupir, le genre de soupir qu'on fit après un rire franc.

"Es-tu à ce point en manque ?" demanda-t-il.

Le ton amusant fut de retour dans sa voix.

"Est-ce que tu vas te jeter dans la rivière parce que ton mari ne peut pas faire l'amour avec toi ?"

Il secoua la tête.

"Parmi les raisons du suicide, celle-ci devait être la plus ridicule que je n'ai jamais entendue."

Je tirai la langue.

L'homme semblait parler par expérience.

Avait-il déjà entendu beaucoup de raisons de suicide auparavant ?

Qui était-il pour juger ?

Comme son dédain m'agaça, alors je décidai de lâcher une autre bombe sur l'inconnu.

"Tu as raison. Ce n'est pas une raison suffisante pour se suicider. Et qu'en est-il de ça alors ? Il m'a trompée." Je fis une pause pour l'effet dramatique. "Avec ma mère."

Si ça lui faisait décrocher la mâchoire, ça lui servirait de leçon.

Qui lui avait dit de se moquer de mon malheur, hein ?

C'était son châtiment.

J'obtins la réaction que je voulais.

Il ne riait plus.

Je ne pouvais pas voir ses yeux sous cette casquette, mais je savais qu'il me fixait.

Son regard eut une intensité presque palpable.

Il fut impossible de l'ignorer.

"C'est... je dois dire, une bonne raison de sauter."

Ce fut tout ce qu'il trouva à dire ?

Il était assis là à réfléchir si intensément pendant si longtemps que je pensais qu'il aurait une idée profonde.

C'était à mon tour de rire.

Ma vie était un tel drame kitsch.

Il se leva, balança ses jambes par-dessus la garde-corps, grimpa et sauta de l'autre côté.

"Viens." Il me tendit un bras.

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