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 Lame solitaire

Lame solitaire

Auteur:: Beugre Colette
Genre: Loup-garou
"Je ne chasse plus pour survivre. Je tue pour oublier." Depuis cinq ans, Elena Krovac n'est plus humaine. Après qu'un vampire ait massacré sa famille, elle s'est forgée dans la haine : armée de lames bénites et de cicatrices, elle traque les créatures de la nuit sans distinction. Vampires, sorcières, loups... Sa règle est simple : "Tout ce qui n'est pas humain mérite de mourir." Mais tout bascule lors d'une mission dans les Balkans maudits : au lieu d'exterminer une meute de lycans, Elena se retrouve capturée par leur Alpha, Darius Vinter, un loup-garou aussi impitoyable qu'énigmatique. Contre toute attente, il lui propose un marché : "Tu me dois une vie. En échange, tu apprendras pourquoi tu te trompes." Elena découvre alors un clan lycan aux codes chocants : une hiérarchie brutale, des rites ancestraux... et une menace bien pire que les vampires, un ancien dieu corrompu réclamant des sacrifices. Pire encore, chaque nuit passée près de Darius éveille en elle une violente attirance, et une vérité terrifiante : son propre sang est maudit.

Chapitre 1 01

La pluie s'abattait sur la ville comme un murmure de fin du monde. L'odeur de l'orage se mêlait à celle du sang, poisseuse et entêtante. Sous la lumière vacillante des lampadaires, Elena avançait sans un bruit, l'ombre de son manteau noir se fondant dans la nuit. Sa proie était là, quelque part, dissimulée entre les ruelles étroites et les bâtiments délabrés qui suintaient la misère et la peur.

Ses doigts effleurèrent la garde de l'une de ses lames bénites, une lame effilée imprégnée d'argent et d'aconit. Un souffle, un bruissement imperceptible. Elle pivota brusquement, sa respiration parfaitement maîtrisée, et aperçut une silhouette s'échapper dans l'obscurité. Un sourire carnassier étira ses lèvres. La traque pouvait commencer.

Elle se fondit dans l'ombre, ses pas silencieux épousant le rythme de la ville endormie. Le vampire qu'elle poursuivait n'était pas un simple charognard. Il savait qu'elle était là, il savait ce qu'elle était venue faire. Cela ne changeait rien. Il allait mourir, comme tous les autres avant lui.

Les souvenirs brûlèrent un instant son esprit – le rire de sa sœur, le cri étranglé de sa mère, le silence abject de son père lorsque les crocs s'étaient refermés sur sa gorge. Elle les avait tous vus mourir. Elle n'avait rien pu faire. Mais aujourd'hui, elle faisait ce qui aurait dû être accompli depuis longtemps : exterminer chaque créature immonde qui osait souiller cette terre.

Un bruit derrière elle. Trop proche.

Elle esquiva à la dernière seconde, roulant sur le pavé humide, sentant une main griffue lacérer le vide à l'endroit où son cou se trouvait une seconde plus tôt. Son assaillant se redressa lentement, un sourire figé sur son visage blême. Ses yeux rouges luisaient dans la nuit, affamés, moqueurs.

- Tu as mis du temps à me trouver, chasseuse.

Elle ne répondit pas. Pas besoin. Elle savait déjà comment cela allait finir. Une lame surgit de sa manche, dans un éclat d'acier terne. Le vampire se jeta sur elle. La danse mortelle s'engagea.

Les coups furent rapides, brutaux. Lui, rapide comme l'éclair, elle, méthodique et implacable. Son couteau trancha la chair morte, l'odeur de l'argent brûlant les narines de sa proie. Il hurla, recula, mais elle ne lui laissa pas le temps de respirer. Un pas, une rotation, et la lame s'enfonça entre ses côtes, atteignant le cœur dans un craquement sinistre.

Le corps s'effondra avant même qu'il ne puisse hurler.

Elena s'agenouilla, essuya lentement son arme sur son propre manteau, avant de lever les yeux vers le ciel noir. Une chasse de plus. Une vie de moins. Mais le vide en elle ne se comblait pas. Il ne se comblerait jamais.

Elle se releva et disparut dans la nuit, prête pour la prochaine traque.

L'aube ne s'était pas encore levée sur la ville, et pourtant, Elena marchait déjà dans ses rues désertes, l'ombre de la nuit encore accrochée à ses pas. Ses bottes frappaient silencieusement le pavé humide, laissant derrière elles des empreintes qui disparaîtraient bientôt sous la bruine fine qui commençait à tomber. Autour d'elle, les lampadaires fatigués projetaient des halos pâles sur les façades délabrées des immeubles, révélant des fissures béantes, des murs souillés par le temps et la négligence. Ici, dans ce quartier oublié, personne ne poserait de questions sur le cadavre laissé dans la ruelle. Personne ne chercherait à comprendre pourquoi un homme avait été retrouvé, le cœur transpercé d'une lame imprégnée d'argent.

Ce n'était qu'un monstre de moins.

Elena sentit un frisson courir sur sa peau lorsqu'un courant d'air glacial s'engouffra sous son manteau. La chasse avait été brève, trop brève. Elle aurait voulu sentir plus longtemps l'adrénaline marteler ses veines, la peur de l'ennemi dans son dernier regard, le silence absolu qui suivait toujours l'instant où sa lame trouvait sa cible. Mais ce vampire était faible. Il n'avait été qu'un amuse-gueule, une distraction temporaire dans son éternelle traque.

Elle se dirigea vers un vieux bâtiment abandonné dont l'entrée était dissimulée derrière une grille tordue. Un ancien entrepôt, autrefois lieu de stockage pour des marchandises aujourd'hui disparues. C'était son refuge, une tanière temporaire dans ce monde où elle n'avait plus sa place.

D'un geste mécanique, elle poussa la porte et se glissa à l'intérieur. L'odeur familière de poussière et de métal rouillé l'accueillit, accompagnée du grincement sinistre des charnières fatiguées. Elle s'adossa contre le mur, laissant son corps glisser lentement jusqu'au sol. L'humidité s'infiltra à travers ses vêtements, mais elle n'y prêta pas attention. Son regard se perdit dans l'obscurité.

Ses mains tremblaient encore légèrement, une réaction qu'elle connaissait bien. Ce n'était pas la peur. Non, elle ne craignait plus ces créatures depuis longtemps. C'était autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus vicieux. Une faim insatiable. Pas celle du sang ou de la chair, mais celle de l'oubli.

Elle plongea la main dans son sac, en sortit une vieille flasque cabossée. L'alcool brûla sa gorge lorsqu'elle en but une gorgée, mais la chaleur qui s'en suivit ne parvint pas à la réconforter.

Une fatigue sourde s'abattit sur elle, pesant sur ses muscles tendus. Pourtant, elle savait qu'elle ne dormirait pas. Elle ne dormait presque plus. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, des visages surgissaient dans l'obscurité, des cris résonnaient dans sa tête. Elle revoyait les silhouettes de ceux qu'elle avait aimés, leur chair déchirée, leurs corps exsangues, les pupilles éteintes dans l'horreur de leur dernier souffle.

Elle releva les yeux vers le plafond fissuré, observant les filaments de lumière qui filtraient à travers une verrière brisée. L'aube approchait, et bientôt, la ville reprendrait vie, ignorant tout des monstres qui rôdaient dans ses entrailles.

Mais elle, elle ne s'arrêterait pas.

Elle était une ombre parmi les ombres, un fantôme errant dans un monde qui n'était plus le sien.

Et tant qu'il resterait une seule de ces créatures à traquer, elle continuerait.

Le froid s'était intensifié à l'aube, s'infiltrant à travers les fissures des murs de l'entrepôt. Elena resta immobile un long moment, le regard perdu dans l'obscurité, écoutant le silence. L'adrénaline de la chasse s'était dissipée, laissant derrière elle un vide encore plus oppressant.

Elle poussa un soupir et se redressa lentement. Son corps protestait, engourdi par la fatigue et les vieilles blessures qui ne guérissaient jamais vraiment. D'un geste machinal, elle vérifia ses armes : ses lames bénites, son revolver chargé de balles en argent, les petites fioles d'eau bénite attachées à son ceinturon. Tout était là.

Un faible rayon de lumière perça à travers la verrière brisée, projetant un éclat blafard sur le sol poussiéreux. La nuit avait été longue, mais une nouvelle journée commençait. Une journée où les monstres se tapiraient dans l'ombre, où elle traquerait leur présence, où elle tuerait encore.

Elle quitta l'entrepôt sans un bruit, longeant les ruelles désertes. La ville s'éveillait lentement, les premiers travailleurs sortant de chez eux, emmitouflés dans leurs manteaux, ignorant tout de la guerre silencieuse qui se jouait dans leurs rues. Elena les observa un instant, une lueur indéfinissable dans le regard. Ces gens avaient des vies ordinaires, des soucis futiles. Ils ne savaient rien de la noirceur qui rôdait sous la surface.

Elle détourna les yeux et continua sa route. Une nouvelle piste l'attendait.

Les rumeurs parlaient d'une série de disparitions dans un village reculé, quelque part dans les Balkans. Des corps retrouvés exsangues, des marques de griffes sur les murs, des silhouettes aperçues dans la brume. Les superstitions locales parlaient de loups démoniaques, de créatures rôdant dans la forêt.

Elena n'était pas dupe. Ce n'étaient pas de simples bêtes sauvages.

Elle avait vu ce genre de massacre auparavant.

Et elle savait exactement ce que cela signifiait.

Des loups-garous.

Un nouveau territoire à purger.

Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine, mais ce n'était ni de la peur ni de l'appréhension. C'était une anticipation froide, méthodique. Une nouvelle chasse allait commencer.

Et cette fois, elle ne comptait pas laisser le moindre survivant.

Le voyage jusqu'aux Balkans fut long et éprouvant. Elena traversa plusieurs frontières sous des identités différentes, effaçant chaque trace de son passage comme une ombre insaisissable. Elle dormait peu, se contentant de quelques heures de repos dans des motels miteux ou des aires de repos désertées. Chaque nuit, les souvenirs revenaient. Le sang. Les cris. Les corps éventrés. L'odeur métallique de la mort qui imprégnait sa peau et qu'elle ne parvenait jamais à faire disparaître, peu importe combien elle se lavait.

Elle se réveillait toujours avec le même goût amer dans la bouche : celui de la vengeance inachevée.

Lorsqu'elle atteignit enfin son point de destination, le paysage avait changé. Les lumières artificielles de la ville avaient laissé place à une nature sauvage, indomptée. La route sinueuse serpentait entre des collines boisées, disparaissant par moments sous la brume épaisse qui recouvrait la vallée. Ici, tout semblait figé dans un autre temps. Les villages, disséminés comme des îlots dans un océan de forêts, étaient silencieux, repliés sur eux-mêmes.

Elena s'arrêta au bord d'un chemin de terre, observant les montagnes qui se découpaient à l'horizon. Un vent froid s'infiltra sous son manteau, soulevant des frissons sur sa peau. Elle savait reconnaître un territoire hostile. Elle l'avait vu des dizaines de fois auparavant.

Mais cette fois, quelque chose était différent.

Elle pouvait le sentir dans l'air. Une présence invisible, oppressante.

Elle reprit la route, ses doigts effleurant instinctivement le manche de son couteau.

Le village apparaissait enfin au détour d'un dernier virage. De petites maisons de pierre aux toits de tuiles noires s'alignaient le long d'une rue principale déserte. Aucune lumière aux fenêtres, aucun bruit. Même le vent semblait s'être tu.

Elle gara son véhicule près d'une auberge à l'allure austère. Une enseigne vieillie pendait au-dessus de la porte, grinçant doucement sous l'effet du vent.

Elena descendit du véhicule et referma la portière sans un bruit.

Une silhouette apparut dans l'ombre du porche. Un vieil homme, voûté, le regard perdu dans les profondeurs de son âme. Lorsqu'il croisa celui d'Elena, un frisson traversa son visage ridé.

- Vous êtes venue pour eux, n'est-ce pas ? murmura-t-il d'une voix rauque.

Elle ne répondit pas immédiatement.

- Où sont-ils ?

L'homme détourna les yeux, comme s'il redoutait la réponse qu'il allait donner.

- Ils rôdent dans la forêt. Mais vous ne devriez pas être ici. Vous n'êtes pas la première à venir... et aucun de ceux qui sont venus avant vous n'est reparti.

Elena soutint son regard, impassible.

- Je ne suis pas comme eux.

Un silence s'installa, lourd, chargé d'une vérité indicible.

Puis, dans un souffle presque imperceptible, le vieil homme murmura :

- Ils savent que vous êtes là.

Chapitre 2 02

Elena ne réagit pas immédiatement. Elle se contenta de fixer l'obscurité qui avalait les derniers reflets du crépuscule derrière les montagnes. Un murmure de vent glissa entre les maisons, soulevant une poussière fine qui dansa brièvement avant de retomber dans un silence pesant.

Le vieil homme recula d'un pas, comme si sa simple présence à ses côtés le mettait en danger. Son regard fuyant, hanté par quelque chose qu'il ne voulait pas nommer, en disait long.

- Ne restez pas ici, insista-t-il dans un souffle. Partez avant qu'il ne soit trop tard.

Elena laissa échapper un sourire sans chaleur. Ces mises en garde, elle les avait entendues des dizaines de fois. Elles n'étaient jamais qu'un prélude à la traque.

- Trop tard pour qui ? Pour moi... ou pour eux ?

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et s'éloigna, franchissant la porte grinçante de l'auberge. L'intérieur était aussi morne que l'extérieur : un comptoir en bois sombre, quelques tables bancales et une cheminée dont les braises mourantes diffusaient une chaleur insuffisante pour chasser l'humidité.

Quelques villageois étaient là, rassemblés en petits groupes silencieux. Leurs conversations s'étaient éteintes dès son entrée. Ils la regardaient, certains avec méfiance, d'autres avec cette résignation propre à ceux qui savent que le malheur est inévitable.

Elle s'approcha du comptoir où se tenait une femme d'âge mûr, aux traits tirés par l'inquiétude.

- Une chambre.

La femme ne posa aucune question. Elle se contenta de hocher la tête, tendant une clé avant de retourner à sa tâche, comme si prolonger l'échange aurait pu attirer un malheur supplémentaire sur sa tête.

Elena prit la clé et gravit l'escalier en bois qui craqua sous son poids. La chambre était simple : un lit étroit, une commode vieillie par le temps et une fenêtre donnant sur la lisière de la forêt.

Elle s'approcha et l'ouvrit, laissant l'air glacé s'engouffrer dans la pièce.

La nuit était tombée.

Et dans l'obscurité des bois, quelque chose la regardait.

Elle ne pouvait pas le voir, mais elle le sentait. Une présence, tapie dans l'ombre, qui l'observait avec une patience inhumaine.

Elle referma lentement la fenêtre, mais son cœur, lui, battait déjà au rythme de la chasse à venir.

Ils savaient qu'elle était là.

Et ils attendaient.

La nuit s'étira, oppressante, comme une bête prête à frapper. Elena se laissa tomber sur le lit, son esprit tourné vers tout ce qu'elle avait appris, tout ce qu'elle savait déjà. Les loups-garous n'étaient pas simplement des créatures de chair et de sang. Ils étaient des prédateurs, des forces primitives qui dévoraient tout sur leur passage, mais aussi des êtres régi par des règles anciennes. Une hiérarchie. Des codes. Des rituels. Des rites qu'elle n'avait jamais pris le temps de comprendre, tant sa quête de vengeance l'avait consumée.

Elle ferma les yeux un instant, se laissant aller à la fatigue. Les images de sa famille massacrée par les vampires, les visages des innocents qu'elle avait dû sacrifier pour se venger, tout cela se mélangeait dans un tourbillon de douleur et de rage. La haine était tout ce qui la maintenait en vie. Elle n'était plus qu'un instrument de destruction, une arme forgée dans l'acier et la vengeance.

Mais il y avait quelque chose dans cette nuit, quelque chose d'inexplicable, qui la rongeait. Une sensation qu'elle n'arrivait pas à définir. Elle se redressa brusquement, balayant la pièce de son regard perçant. L'ombre dans les coins semblait s'étirer, se tordre comme si elle cherchait à se libérer de ses propres chaînes.

Elena se leva, prête à affronter ce qu'elle ne comprenait pas. Mais avant même qu'elle ne pose le pied sur le sol, un coup sec à la porte la fit sursauter.

- Qui est là ? demanda-t-elle, sa voix tranchante, prête à exploser.

Silence.

Elle attendit, ses sens aiguisés, mais rien ne vint. Aucun bruit.

Un autre coup, plus doux cette fois, se fit entendre.

Elena s'approcha lentement, le cœur battant plus fort. Elle savait que ce n'était pas un simple villageois qui se trouvait derrière la porte.

Elle prit une profonde inspiration et ouvrit la porte d'un coup sec.

Le vieil homme, celui qu'elle avait croisé plus tôt dans la rue, se tenait là, le regard fuyant.

- Il faut partir, maintenant.

Elle le fixa sans bouger.

- Pourquoi ?

- Parce que ce n'est pas un hasard, tout ça. Vous êtes tombée dans un piège.

Il semblait perdu, effrayé, mais aussi déterminé à la convaincre.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

Le vieil homme jeta un regard nerveux derrière lui, comme s'il s'attendait à être suivi, avant de se pencher en avant.

- Ils savent que vous êtes là... Vous avez tué des leurs, n'est-ce pas ? Des lycans. Ce n'est pas que des rumeurs. Ils viennent pour vous. Pour vous tuer.

Un frisson parcourut l'échine d'Elena, mais elle ne se laissa pas déconcerter.

- Je suis une chasseuse, vous l'avez bien vu. Si eux viennent, je serai prête.

Le vieil homme se passa une main tremblante sur le visage, comme s'il était sur le point de tout révéler.

- Ce n'est pas si simple. Vous croyez que vous êtes seule à les traquer. Mais vous n'êtes pas la seule chasseuse. Il y en a d'autres. Des plus puissants que vous. Et ce ne sont pas des loups-garous ordinaires que vous avez affrontés... C'est leur alpha. Darius Vinter. Celui qui dirige tout. Celui qui peut faire en sorte que vous ne sortiez pas de ce village en vie.

Le nom de Darius Vinter fit écho dans son esprit, comme un éclair frappant le sol. Elle l'avait entendu, certes, dans les rumeurs, mais jamais elle n'avait imaginé qu'il se trouvait ici, dans cet endroit perdu.

Elle se redressa brusquement, écartant le vieil homme d'un geste impitoyable.

- Je n'ai pas peur de lui.

Mais le vieil homme la saisit fermement par le bras, ses doigts crochus serrant sa peau, presque désespérés.

- Ce n'est pas de la peur, c'est de la prudence. Vous n'avez aucune idée de ce dont il est capable. Vous ne comprenez pas...

Elena lui jeta un regard glacial.

- Je comprends assez pour savoir qu'il est trop tard pour me retirer.

Elle tourna les talons, décidée. Elle se dirigea vers le bas de l'escalier, où le silence de la taverne laissait entrevoir les premiers signes de l'inévitable. Ses sens étaient en alerte, chaque muscle tendu à l'extrême. Quelque chose approchait. Elle le sentait.

Les loups étaient là. Et ce n'était pas le vieil homme qui allait l'arrêter.

Elle était prête.

Le bruit de ses pas résonnait dans l'auberge vide, amplifié par le silence inquiétant qui s'y était installé. Elena s'arrêta un instant dans l'entrée, son regard se posant sur les fenêtres obscurcies par la nuit tombée. L'air dehors avait changé, devenant plus lourd, plus dense. Chaque souffle semblait emporté par un vent surnaturel, une brise invisible qui soufflait à l'intérieur de ses veines.

Elle ne prit même pas la peine de fermer la porte derrière elle. Ses yeux, tels des loups, scrutaient l'obscurité. La brume s'étendait déjà à l'horizon, serpentant entre les arbres, couvrant le village d'un voile opaque. Elle s'engagea dans la rue déserte, chaque sens en alerte, la peur des inconnus se mêlant à une rage prête à exploser.

Ce n'était pas une simple traque. Elle le savait désormais. Cette nuit allait être différente de toutes les autres.

Là, dans l'ombre des arbres, une silhouette s'ébaucha. Au début, ce ne fut qu'un mouvement, imperceptible, entre les troncs sombres. Mais peu à peu, l'image se précisa. Un homme grand, à la posture droite, indomptable. Darius Vinter. Elle ne l'avait jamais vu de ses propres yeux, mais elle reconnaissait les signes de son pouvoir dans la façon dont il dégageait une aura presque palpable. Il n'avait pas besoin de parler pour imposer sa présence. C'était un homme qui incarnait la menace, un prédateur dans sa forme la plus pure.

Il s'avança lentement, ses yeux fixés sur elle comme deux lames tranchantes.

- Elena Krovac, murmura-t-il, sa voix grave résonnant dans l'air froid.

Elle ne répondit pas immédiatement, le défi dans ses yeux suffisant à répondre à son appel. Il n'était qu'un autre loup, et elle était prête à le chasser comme les autres.

Darius s'arrêta à quelques pas d'elle, ses yeux ne quittant pas les siens.

- Tu t'es faite une idée bien précise de ce que tu es venue chercher, mais ce n'est pas ce que tu vas trouver ici.

Un sourire glacial se dessina sur les lèvres d'Elena.

- Je trouve ce que je veux, peu importe où ça me mène.

- Ce n'est pas une question de volonté, répondit-il. C'est une question de réalité. Les chasseurs finissent toujours par se retrouver face à leur propre nature.

Elle n'eut pas le temps de réagir. Darius se déplaça avec une rapidité qu'elle n'avait pas anticipée, aussi fluide et féroce qu'un prédateur en chasse. Il était sur elle avant même qu'elle ait pu dégainer son couteau.

Un cri perça la nuit, mais ce n'était pas celui de la jeune chasseuse. C'était un bruit sourd, étouffé, qui venait de la forêt. Le vent souffla plus fort, emportant la brume, et révélant les autres.

Ils étaient là. Une meute de lycans. Leur présence, lourde et menaçante, remplissait l'air d'une tension palpable. Il n'y avait pas de retour en arrière. Elena était piégée.

Elle se redressa, l'adrénaline bondissant dans ses veines. Chaque fibre de son être était prête à exploser dans un fracas de violence. Mais Darius, toujours aussi calme, la fixa, l'empêchant de bouger d'un simple mouvement de la main.

- Tu n'as aucune idée de ce qui t'attend, murmura-t-il. Ce n'est pas juste une question de chasse. C'est un test. Un choix que tu vas devoir faire.

Il fit un pas en arrière, comme s'il lui permettait de respirer. Les autres lycans restèrent dans l'ombre, leurs yeux brillants observant chaque mouvement d'Elena. Ils étaient prêts à en découdre, et elle le savait.

Mais quelque chose dans les paroles de Darius la perturba. Un choix ? Un test ? Quel genre de jeu était-il en train de jouer avec elle ? Elle qui avait toujours été en contrôle de chaque situation, qui avait chassé avec une précision implacable, se sentait soudainement vulnérable, comme une proie.

- Je n'ai rien à prouver, déclara-t-elle d'une voix calme, presque détachée. Si vous voulez me tuer, alors faites-le.

Darius la fixa, un éclat étrange dans les yeux. Ce n'était pas de la colère, ni de la frustration. C'était... un défi.

- Tu n'as pas compris. Ce n'est pas toi qui choisis qui vit ou meurt ici. C'est le clan. Et tu es ici pour une raison plus grande que ta propre vengeance.

Les mots d'Elena se bloquèrent dans sa gorge. Quelque chose dans la manière dont il parlait semblait l'atteindre. Mais avant qu'elle ne puisse réagir, un rugissement fit vibrer l'air autour d'eux.

Darius leva les yeux, son regard se durcissant.

- Ils arrivent. Vous avez réveillé bien plus que des lycans, Elena.

Chapitre 3 03

Le rugissement résonna à travers la vallée, perçant l'obscurité comme un éclair. Elena sentit son cœur s'emballer. Ce n'était pas un simple cri de lycan. C'était quelque chose de plus sauvage, de plus ancien. La terre elle-même semblait frémir sous la force de l'appel.

Darius ne bougea pas, comme s'il attendait quelque chose. Elena, elle, chercha à comprendre. Un frisson d'inquiétude la traversa alors qu'elle scrutait l'horizon où les ombres se mouvant dans la brume semblaient se rapprocher.

Les lycans dansaient autour d'elle, leurs silhouettes se dessinant dans l'ombre, chacun d'eux parfaitement en phase avec l'obscurité. Ils attendaient, comme des prédateurs prêts à bondir. Mais Darius, toujours immobile, fixait un point précis dans la forêt.

Elena se redressa, la tension montant dans ses muscles. Elle savait que l'instant où elle aurait à choisir approchait. Un choix entre la vengeance, ce qu'elle était, et ce qu'elle pourrait devenir si elle acceptait la vérité que Darius tentait de lui faire entrevoir.

Puis, soudainement, une forme massive émergea de la brume. Une silhouette imposante, plus grande que tout lycan qu'elle ait jamais vu, son corps recouvert d'une fourrure sombre presque noire. L'air autour de lui vibrait, comme s'il était une force de la nature elle-même.

Ce n'était pas un lycan. C'était autre chose. Un être ancien, un monstre né du chaos.

Le silence s'installa, lourd et oppressant, tandis que la créature avançait lentement, ses yeux jaunes perçant la nuit. Darius s'inclina légèrement, respectueux, et les autres lycans firent de même, se soumettant à l'imposante présence de l'entité.

- Le Gardien, murmura Elena, une intuition terrible s'emparant d'elle.

- Oui, répondit Darius, sa voix grave. Le Gardien. Il est le lien entre les mondes. Le dieu des lycans. Celui qui nous contrôle, nous, et tout ce que nous représentons.

Elena sentit son souffle se couper. Elle savait que le Gardien était un mythe, une légende transmise par les anciens. Mais le voir de ses propres yeux, une créature au-delà de l'entendement, remettait en cause tout ce qu'elle croyait.

Le Gardien s'arrêta devant Darius, son regard brillant scrutant Elena de manière presque... curieuse. La terre tremblait sous ses pieds, la présence du Gardien étant une force irrépressible, une force qui annihilait toute notion de normalité.

- Il n'est pas comme les autres, continua Darius, sa voix un murmure presque solennel. Ce que tu vois devant toi, ce n'est pas simplement un loup-garou. C'est un dieu, un être qui a façonné le monde des lycans. Et il n'apprécie pas ceux qui veulent détruire son royaume.

Le Gardien émit un grognement, et le bruit résonna comme un grondement de tonnerre. Elena se sentit prise au piège, une proie sous le regard omniscient de cette créature divine. La tension monta d'un cran, l'air devenant plus lourd, plus suffocant.

- Je n'ai pas peur de lui, murmura Elena, mais sa voix trahit une certaine incertitude. Elle se tenait droite, prête à affronter cette entité, mais au fond d'elle, une question brûlait : comment une simple chasseuse pouvait-elle se dresser face à un dieu ?

Le Gardien fit un pas en avant, son regard pénétrant d'une intensité telle qu'Elena eut l'impression que son âme était dénudée devant lui. La créature tendit une patte massive et, dans un mouvement qui sembla suspendu dans le temps, effleura délicatement le bras d'Elena.

Elle sentit une brûlure le long de sa peau, comme si l'énergie de la créature pénétrait son corps, son âme. Une douleur intense, mais étrangement vivifiante, la traversa, la reliant à quelque chose de plus grand. Plus que de la terreur, ce fut une sensation d'éveil, d'ouverture.

La voix du Gardien résonna dans son esprit, grave, ancienne, telle une mélodie de souffrance et de sagesse infinie.

- Tu portes le fardeau de ton sang, chasseuse. Il t'a marquée, et pourtant tu continues. Mais comprends-tu vraiment ce que tu cherches ? Ou es-tu prête à voir ce que tu es réellement ?

Elena vacilla sous l'assaut de la voix, mais refusa de fléchir. Elle serra les poings, les griffes de la rage la serrant toujours plus fort. Elle n'était pas là pour répondre aux questions du Gardien. Elle était là pour sa vengeance.

Darius, lui, observa silencieusement, son visage impassible. Les autres lycans n'osaient pas intervenir, comme si une ligne invisible avait été tracée entre Elena et le Gardien.

La créature se redressa, levant ses yeux au ciel. Un autre rugissement déchira l'air, plus puissant que le précédent. Puis, dans un souffle, il parla à nouveau.

- Tu as deux choix, chasseuse. Soit tu acceptes ce que tu es, et tu t'allies à nous. Soit tu persistes dans ta quête insensée et tu seras effacée comme un souvenir oublié. Le choix est tien.

Le silence se fit lourd autour d'Elena. Les mots résonnaient dans sa tête, comme un dilemme, une question sans réponse. Comment une chasseuse, consumée par la haine, pourrait-elle accepter une telle proposition ? Et pourtant, une partie d'elle, une partie qu'elle ignorait, semblait prête à écouter.

La créature leva ses yeux vers elle une dernière fois, un éclat d'amusement dans le regard.

- Choisis bien.

Elena resta figée, ses pensées tournées en une spirale chaotique. Le Gardien venait de lui offrir un choix : se soumettre à ce qu'elle était, ou mourir en continuant sa quête aveugle. La rage brûlait dans ses entrailles, mais quelque chose de plus insidieux s'éveillait en elle. C'était la première fois depuis longtemps qu'elle se retrouvait confrontée à un dilemme aussi fondamental. Avait-elle vraiment le choix ?

Les yeux du Gardien brillaient comme deux soleils écrasants, et l'air semblait vibrer sous son pouvoir. Elena sentit l'étreinte de la créature, invisible mais tangible, peser sur elle, forçant son esprit à s'ouvrir. Ce n'était pas une simple menace, c'était un test. Il voulait savoir si elle était prête à comprendre ce qu'elle était véritablement, ce qu'elle portait en elle. La vérité se déployait lentement, comme un voile qu'on tire trop vite, laissant tout à coup une lumière aveuglante.

- Je ne me soumettrai pas à vous, cracha-t-elle, sa voix serrée par la douleur qui montait en elle.

Le Gardien se pencha légèrement en avant, comme pour mieux scruter ses pensées. Ses yeux fixèrent profondément Elena, perçant son masque de défi.

- Ta haine te définit, mais elle ne te sauvera pas, chasseuse. Elle t'isole. Tu penses que tuer te délivrera, mais tu nourris ta propre destruction. La vengeance est un poison. Tu l'as laissé entrer en toi, et elle te ronge lentement, te corrompt.

Elena recula de quelques pas, les griffes de sa rage profondément enfoncées dans sa chair. Elle avait l'impression que son âme était en train d'être déshabillée sous les yeux de cette créature, de ce dieu, et cela la terrifiait plus que tout. Elle ne pouvait pas laisser ce monstre lui dire qui elle était. Pas maintenant. Pas après tout ce qu'elle avait traversé.

- Vous ne savez rien de ce que j'ai vécu, hurla-t-elle, la douleur se transformant en furie. Vous ne comprenez pas ce que j'ai perdu ! Vous n'avez aucune idée de ce que c'est de voir sa famille arrachée dans l'ombre de la nuit par une créature comme celle que vous êtes. Vous ne comprendrez jamais !

Elle fit un pas en arrière, le sol tremblant sous elle. Mais à chaque mouvement, la pression dans l'air semblait grandir. Le Gardien émit un grondement bas, un murmure de regret.

- Tu te perds dans ta propre douleur, chasseuse. Tu as déjà tout sacrifié. Mais ce n'est pas la vengeance qui te rendra libre. Il y a d'autres forces en jeu, des forces qui se jouent de tes certitudes. Tu as été marquée par le sang, et ce sang porte une malédiction bien plus ancienne que toi. Tu n'es qu'un pion dans ce jeu... mais tu peux encore changer ton destin.

Darius, jusque-là silencieux, s'avança d'un pas. Il fixa Elena, son regard lourd de sens. Il n'avait pas bougé, ni parlé, depuis l'apparition du Gardien. Mais son regard trahissait une inquiétude palpable. Il semblait savoir quelque chose qu'Elena ignorait, quelque chose qu'il n'avait pas voulu lui dire.

- Ce que le Gardien veut dire, Elena, c'est que tu n'es pas qu'une simple chasseuse. Ton sang... ce que tu portes en toi... cela ne te définit pas comme tu le crois. Tu n'es pas simplement une victime, tu n'es pas simplement une bourreau. Il y a plus en toi. Il y a un pouvoir ancien, un lien avec les lycans que tu ne comprends pas encore. Et c'est ce pouvoir, ce lien, qui pourrait te sauver.

Le silence s'éternisa, et Elena sentit son cœur se serrer. Les mots de Darius résonnaient dans sa tête comme un écho lointain. Un pouvoir ancien ? Un lien avec les lycans ? Mais elle n'avait jamais ressenti cela. Elle avait toujours cru être seule, qu'elle était différente, que sa vengeance était la seule chose qui la maintenait en vie. Mais maintenant, devant ce Gardien, devant cette meute de lycans, tout ce qu'elle avait cru savoir se fissurait.

Darius s'approcha un peu plus près d'elle, une lueur de compréhension dans ses yeux. Il savait que le chemin qu'il proposait n'était pas facile. Il savait que cela impliquerait des sacrifices. Mais il savait aussi qu'il n'y avait pas d'autre choix. Il fallait qu'elle comprenne, qu'elle accepte de voir au-delà de sa haine.

- Tu n'as plus le choix, murmura-t-il. Si tu persistes sur ce chemin, tu risques de tout perdre. Mais si tu acceptes ce que tu es... si tu acceptes ton lien avec nous, tu pourras aller au-delà de ta vengeance. Et tu trouveras ce que tu cherches. Peut-être pas ce que tu veux, mais ce que tu as vraiment besoin.

Les mots de Darius se frayèrent un chemin jusqu'à son cœur, mais Elena refusa de les laisser la submerger. Elle se tourna brusquement vers le Gardien.

- Je n'ai pas besoin de votre pitié. Je n'ai besoin de rien d'autre que de ma vengeance.

La créature divine inclina la tête, son regard fixe. Elle sentit un frisson de peur lui parcourir l'échine. Le Gardien n'était pas en colère. Il était... indifférent.

- La vengeance t'aveugle, chasseuse. La lumière de la vérité t'échappe. Mais tu finiras par comprendre. Un jour. Peut-être trop tard.

Il fit un dernier geste de la patte, un mouvement qui envoya une onde de choc à travers la vallée. Le sol trembla sous les pieds d'Elena, et la brume s'intensifia, engloutissant le paysage autour d'eux.

- Le choix est tien. Choisis... ou sois effacée.

L'air se tendit, suspendu entre la menace et la promesse. Elena ferma les yeux, cherchant au fond d'elle-même la réponse à cette question qu'elle n'avait jamais voulue affronter.

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