UN PLAT QUI SE MANGE FROID
Chapitre I
La regarder jouer avec ses poupées étaient un pur moment de détente pour moi. Daniela avait cette capacité-là d'adoucir tous ceux qui se trouvaient autour d'elle. Quand elle parlait, on croyait entendre une douce berceuse dans ses oreilles. Elle était ma distraction préférée. Pour rien au monde, je n'échangerais ces moments. Cela faisait trois ans qu'elle me faisait vivre ce bonheur. Aujourd'hui toute ma vie était complètement vouée à cette petite boule d'énergie. Elle était ma raison de vivre. Et d'ailleurs elle me le rendait bien.
- Daniela : Mama ye veux guili-guili.
- Moi : Tu veux guili-guili ma puce ? Me voici qui arrive. Guili-guili va te mangeeeer
- Daniela : Hi hi hi ! Ha ha ha ! Mama !
Je m'appelle Mbango Annette Catherine. Mais tout le monde m'appelle Cathy. J'ai près de trente ans. Pour ma meilleure amie, je suis une blessée de guerre. Pour moi, je suis une pécheresse qui a eu droit à une deuxième chance. Il y a quatre ans de cela, je suis passée de mauvais choix en mauvais choix. Premièrement, j'ai accepté d'épouser un homme que je n'aimais pas du tout. Deuxièmement, j'ai eu une liaison avec le frère de ce dernier et troisièmement après m'être rendue compte que j'avais épousé un diable, et avoir perdu la trace de son frère, j'ai joué avec les sentiments de mon ex et couché avec lui alors que j'aimais un autre. En somme, tous ces mauvais choix m'ont fait perdre beaucoup de choses : ma mère, l'homme que j'aimais et surtout l'estime de moi.
Concernant ce dernier point, je réapprenais à m'aimer. Ceci grâce à Dieu. Eh oui ! Vous m'avez bien lu. Grâce à Dieu. Avant je n'étais pas vraiment une croyante. Je priais uniquement quand j'étais dans une situation difficile et ceci sans croire que ces prières allaient être exaucées. Mais après tout ce qui m'était arrivé, je m'étais retrouvée si désemparée que j'avais fini par trouver le Seigneur. Aujourd'hui j'étais une fervente croyante. J'allais à la messe tous les dimanches, sauf si j'étais trop malade ou Daniela. J'étais choriste dans une des chorales de ma paroisse et je participais même au développement de ma paroisse sans oublier que je faisais partie d'un groupe de prières. Ma vie aujourd'hui c'était Daniela et Dieu.
Daniela était bel et bien la fille de Patrick, le frère de Thomas mon ex époux. Après avoir su que je lui avais menti au sujet de moi et de David, Patrick m'avait abandonné en pleine route. Je n'avais plus jamais eu de ces nouvelles. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais je n'avais pas réussi. Le lendemain du jour où il m'avait quitté, j'étais partie chez sa mère, mais évidemment celle-ci n'avait pas voulu me laisser entrer. Il n'avait répondu à aucun de mes appels, ni sms.
Après cette rupture, je me suis sentie complètement effondrée. Je pensais que c'était le pire qui pouvait m'arriver. Perdre Patrick après avoir tant souffert pour être avec lui, apparaissait comme la plus sévère des punitions que l'on pouvait m'infliger. Sur ce point-là, Thomas avait réussi son coup. D'ailleurs il avait tout réussi. Malgré tout ce qu'il avait fait de mal, il s'en était tiré blanc comme neige. Bon, oui sa réputation avait sérieusement été entachée et il avait aussi perdu les rênes de l'entreprise familiale mais il méritait la prison. Avec le temps, j'avais fini par me dire que c'était la leçon que le Seigneur avait décidé de me donner.
Daniela était la photocopie de son père. Elle était autant attachante que lui. Quand elle me souriait, je croyais voir Patrick. Au début, cela avait été très difficile. Mais au fil du temps, grâce à mes proches et au Seigneur, j'avais fini par m'en sortir.
- Serges : Chéri, tu peux venir s'il te plaît ?
- Moi : Oui j'arrive.
Serges était l'homme avec qui je partageais ma vie aujourd'hui. Cela faisait près d'un an que lui et moi étions ensemble. Mais on se connaissait depuis plus de trois ans. Quelques mois après que Patrick soit parti. Nous avons commencé par être des amis et frères en Christ. J'avais commencé à partir à trois mois de grossesse. La première fois que j'y étais allé, Serges et moi étions assis sur le même banc. Nous ne nous étions pas parlé. Le seul contact que nous avions eu était au moment de se donner la paix. Je ne l'avais même pas regardé dans les yeux. Ce jour, j'étais comme un zombi mais assister à cette messe avait eu un effet salvateur. On aurait dit que l'évangile et l'homélie de ce jour avaient été faits uniquement pour moi. Je m'en rappelle comme si c'était hier, l'évangile de ce jour était Mathieu, chapitre 7, verset 13 à 14. « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mène à la perdition et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui le trouvent ». Ce passage m'avait particulièrement marqué.
Le dimanche prochain, j'étais revenu à la messe. Et Serges était assis sur le même banc. C'est ainsi que pendant plusieurs dimanches après, Serges et moi nous nous retrouvions voisins à la messe. Et à force, nous avons commencé à sympathiser. Il m'a proposé d'entrer dans le mouvement des jeunes de la paroisse dans lequel il était membre. Quand mon ventre a commencé à être très lourd, il s'est proposé de me ramener à la maison. Très rapidement, il est devenu un ami et un confident. Je lui ai tout raconté sur moi. Il m'écoutait attentivement sans aucune expression sur son visage et surtout sans aucun jugement. Quand j'avais fini de raconter mon histoire, il m'avait fait un grand sourire et m'avait demandé d'arrêter de me juger. J'avais fait des erreurs et aujourd'hui j'avais décidé de changer. C'était ça le plus important. Je crois bien que c'était à partir de ce moment que j'avais commencé à retrouver l'estime de moi et à me pardonner.
- Serges : Je voulais te faire un câlin.
- Moi : Hum ! A quoi c'est dû ?
- Serges : Oh toi aussi ! Je ne peux pas faire un câlin à la fille que j'aime.
- Moi : Si, bien sûr. Mais c'est suspect.
- Serges : N'importe quoi ! Je me disais que l'on pouvait laisser Daniela cette nuit chez Tata Alice et se faire un restau avec Stephy et Franck.
- Moi : ...
- Serges : Ça fait longtemps que nous n'avons pas fait de sortie ensemble. Dis oui, s'il te plaît.
- Moi : Je veux bien mais il faut d'abord que Tata accepte.
- Serges : Elle acceptera.
Il était étrangement excité et sûr de lui. Trop bizarre.
- Moi : Hum ! Tu es sûr comment ?
- Serges : Je le suis c'est tout. Appelle-la alors.
Hum ! J'étais sûr que Serges avait quelque chose en tête. Je me demandais bien ce que cela pouvait être. Cette façon d'être excitée à l'idée que l'on sorte au restaurant ne lui ressemblait pas. Ce n'était qu'un restau après tout. Ce n'était pas comme si c'était la première fois qu'on faisait ça. En tout cas, le soir n'était pas loin.
Ma relation intime avec Serges avait commencé plus de deux ans après notre première discussion. Je m'en souviens, c'était deux jours avant le deuxième anniversaire de Daniela. Nous avons fini une réunion du mouvement des jeunes et il me raccompagnait chez moi. Et là, il m'a sorti, sans que je ne m'y attende.
- Serges : J'aimerais que tu sois ma petite-amie Cathy.
Cette demande m'avait complètement décontenancé. Je ne m'y attendais pas vraiment, même si j'avais déjà soupçonné que Serges avait des sentiments pour moi. J'étais restée devant lui l'air hébété, ne sachant quoi répondre.
- Serges : Cathy ?
- Moi : Oh excuse-moi. Je je ne peux pas te donner de réponses comme ça. On ne m'a jamais demandé ça comme ça.
- Serges : Ok. Désolé. Je n'ai jamais fait ça comme ça moi-même mais je me suis dit que... je me suis dit que... Bref, laisse tomber, tu as raison c'était un peu gauche. Je reprendrai comme il le faut.
Pendant qu'il parlait, une partie de moi me dit que j'avais devant moi un homme vraiment bien. Il était croyant, respectueux, attentionné envers moi et surtout il ne m'avait pas jugé lorsque je lui avais parlé de mon passé. Au lieu d'avoir un regard réprobateur, il m'avait réconforté.
- Moi : Oui je veux être avec toi.
- Serges : Quoi ?
- Moi : Je veux bien essayer. Mais si tu promets de te rattraper sur ta demande.
Et c'est exactement ce qu'il avait fait. A la fête d'anniversaire de Daniela, il avait fait un gâteau spécial pour moi. Dessus c'était écrit « Would you be my girlfriend ? ». J'avais trouvé cela juste trop mignon et romantique. Ça avait même tellement ému ma meilleure amie Stephy, qu'elle avait dit oui à ma place. Sacré Stephy ! Et maintenant ça faisait un an que nous étions ensemble.
Comme Serges le souhaitait, je suis allé laisser Daniela chez tata Alice. Comme d'habitude, elle était très contente de devoir garder Daniela. Un peu trop cette fois à mon goût.
- Tata Alice : Hum ! Tu ne peux pas mettre le vernis sur tes doigts-là ? C'est quoi ça ?
- Moi : Ekié ! Est-ce que mes ongles sont laids à voir ?
- Tata Alice : Tu sors avec ton chéri il faut être parfaite.
- Moi : Aka ! C'est une nouvelle sortie ?
- Tata Alice : Oh toi aussi ! Il faut mettre le vernis.
Hum ! On aurait dit que j'allais à mon premier rendez-vous avec un prince. C'est quoi cet enthousiasme-là ? C'était sûr. Serges avait un truc derrière la tête. Ce n'était pas la première fois. Serges était de ce côté le mec parfait. Il était vraiment romantique. Le genre de mec qui te fait des cadeaux tout le temps, qui t'envoie des messages d'amour, qui prépare des sorties romantiques. Mais cette fois-ci, j'étais quand même sceptique. En général, lorsqu'il voulait faire ce genre de sortie, il n'invitait pas d'autres personnes. Donc vu que Stephy et Franck seraient là, je ne pensais pas qu'il ferait quelque chose, du moins pas devant eux.
A dix-neuf heures, j'étais déjà prête. Pour faire honneur à Serges, j'ai porté une robe moulante rouge. J'ai relevé ma tenue avec des escarpins à talons hauts noirs en daim. J'ai choisi des boucles pendantes mais tout de même discrètes. Serges me les avait offertes il y a quelques mois. Il me faisait toutes sortes de cadeaux. Chaque jour qui passait, je me disais que j'avais vraiment la chance d'être avec un homme aussi bien. Alors je voulais être radieuse pour lui. Il le méritait bien. Peu importe ce qu'il préparait ce soir, je voulais qu'il soit encore plus admiratif en me voyant.
Au début de ma relation avec lui, je n'étais pas vraiment amoureuse. J'avais appris à l'aimer les jours passant. Il faisait tout pour me combler et en plus il aimait aussi Daniela. Sans doute, le fait de l'avoir vu naître et d'avoir toujours été un tonton pour elle rendait les choses plus faciles. Je ne l'aimais pas comme j'avais aimé Patrick mais avec lui les choses étaient plus saines. Je ne me sentais pas sale et je n'avais pas à me préoccuper du regard des autres.
- Serges : Tu es prête chérie ?
- Moi : Oui.
- Serges : Waouh ! Tu es parfaite Cathy.
- Moi : Merci mon cœur même comme tu exagères.
- Serges : Pas du tout. Je me demande même si ça vaut encore la peine de sortir.
- Moi : Je te rappelle que tu as convié deux autres personnes à cette sortie. Donc oublie tes idées obscènes tout de suite.
- Serges : Je suis sûr que...
- Moi : Non, non. On va aller au restau.
- Serges : Tsuip ! Ok. De toute manière, plus vite on ira, plus vite on sera rentré. N'est-ce pas on dort ensemble ce soir ?
Le restau que Serges avait choisi était le Grilladin. Un choix qui m'a beaucoup surpris. Ce restau était un peu cher à mon goût pour qu'il invite en plus deux autres personnes. D'accord il gagnait sa vie assez bien, mais de là à organiser une sortie ici ? Je trouvais que son portefeuille allait saigner inutilement étant donné que ni moi ni Stephy et Franck n'étions compliqués. On aurait très bien pu aller manger le poisson braisé à la rue de joie. Et il parlait d'aller au cabaret après. Hum !
- Moi : Euh ! Serges tu ne penses pas que là tu exagères un peu ? On pouvait partir ailleurs non ?
- Serges : Oui mais c'est ici qu'on va manger.
Ça ne servait même à rien de vouloir discuter. Quand Serges avait une idée derrière la tête, valait mieux pas essayer de le dissuader. Alors je me suis tu. De toute façon, il ne faisait jamais rien au hasard. Stephy et Franck étaient déjà là quand nous sommes arrivés. Ils avaient choisi un coin assez reculé du restaurant. Autre chose bizarre, les serveurs du restau semblaient connaître Serges et surtout savoir qu'il allait venir aujourd'hui. Etait-il un habitué ici ?
- Stephy : Nyango tu brilles !
- Moi : Briller avec quoi non ?
- Stephy : C'est ça. Je connais quelqu'un en tout cas qui te dévore des yeux.
- Serges : Ne dévoile pas mes secrets comme ça Stephy ohhh
- Franck : Je suis sûr que Cathy voit elle-même comment tu es prêt à lui sauter dessus.
- Moi : Eh arrêtez de parler de moi comme d'un morceau de viande.
- Serges : Ah ah ah ! Bon j'ai une bonne nouvelle.
- Moi : Ahan ! Je me disais bien que tout ceci avait une raison particulière.
- Serges : Exactement. Je suis passé auditeur senior.
- Moi : Ah bon ?
- Franck : Félicitations Mbom
- Serges : Merci Molah ! Mais ce n'est pas tout.
- Moi : Hein ? Tu as gagné aussi au Pmuc ?
Serges s'est mis à sourire. Stephy et Franck aussi sauf qu'ils ont baissé leur tête. Je me suis dit qu'il savait de quoi Serges parlait.
- Moi : Vous êtes au courant de ce qui se passe ici ? Allez ! Parlez !
Le serveur posait nos assiettes sur la table. Enfin celles des trois autres car chez moi il a posé une assiette vide avec un écrin à bijoux rouge en forme de cœur.
- Moi : Monsieur je crois que vous vous trompez de plat là. J'ai commandé une assiette de gambas comme elle. Je pense que c'est pour le couple qui est là-bas.
En effet, il y avait un couple de blanc pas très loin de nous qui n'arrêtaient pas de s'amouracher. C'était certainement l'homme qui avait organisé cette surprise. Les choses des blancs quoi.
- Le serveur : Euh !
- Serges : Ouvre la boîte.
- Moi : Hein ? Ouvrir ? C'est pour moi ça ?
Une magnifique bague en argent sertie d'une pierre s'est dévoilée dans cet écrin. Absolument sublime. Belle mais discrète. Franchement Serges exagérait aussi avec ses cadeaux. Sur quelle base je méritais encore un cadeau maintenant ? Ça me gênait même. Moi je ne lui faisais pas autant de cadeaux. Il allait falloir que je trouve le moyen de me rattraper.
- Moi : Oh merci beaucoup chéri. C'est vraiment trop beau et en plus elle me va à ravir.
Je venais de la mettre sans vraiment savoir ce que ça impliquait.
- Serges : Je suppose donc que comme tu l'as portée, ça veut dire oui ?
Stephy et Franck se sont mis à rire à ne plus tenir sur leur chaise tandis que Serges gardait un regard grave mais à la fois chaleureux. Et là j'ai compris. Serges ne me faisait pas un cadeau, il me demandait en mariage. Je pouvais parfois être stupide hein !
- Moi : Oh mon Dieu !
Chapitre II
C'était la dernière chose à laquelle je pouvais penser ce soir. J'étais vraiment loin de m'y attendre.
- Stephy : Tu es grave la fille-ci. Bête comme tes pieds quand tu veux.
- Moi : C'est une demande en mariage ? Je... Je...
- Serges : Tu ?
- Moi : Je... Oui.
J'avais dit oui ? Mince ! J'avais accepté de me marier ? Ou plutôt de me remarier ? Je m'étais toujours dit que je ne me remarierai plus. Après tout ce que Thomas m'avait fait vivre, je ne me sentais pas forcément prête à revivre cette expérience.
- Serges : Oui ? On va se marier !
En disant cela, il s'est levé de sa chaise et m'a embrassé sur la bouche. Je le lui ai rendu avec un certain manque de conviction. Honnêtement, j'aurais donné une réponse différente si nous n'avions été que nous deux. Je ne lui aurais pas dit non, mais je lui aurais demandé un temps de réflexion. De prime abord, j'étais persuadée que Serges ferait un époux très bien. En petit-ami, il était déjà parfait. Avec Daniela, il était adorable et elle aussi l'aimait bien. Mais avec Thomas j'avais compris que l'être humain pouvait être un véritable caméléon. Un jour tu crois avoir à faire à un agneau, le lendemain tu te rends compte qu'il s'agit plutôt d'un loup affamé mais à ce moment tu lui as déjà ouvert la porte de chez toi.
Serges ne méritait pas que je gâche sa joie mais plus tard je tâcherai de discuter avec lui de mes craintes en ce qui concerne le mariage. Il était bien trop joyeux. Et d'ailleurs, au fond moi aussi j'étais quand même contente. C'était ainsi que j'avais rêvé que l'on me demande en mariage. Bon peut-être pas exactement comme ça, mais dans le même style. La bague, la présence de personnes que tu aimes, la surprise, l'aspect romantique. Mais au même moment où je me remémorais le film de cette demande en mariage, je ne pus m'empêcher de penser à Patrick.
Il m'arrivait encore de penser à lui. Pas tout le temps mais dans certaines situations. Et quand ça m'arrivait, je me demandais toujours si j'avais encore des sentiments pour lui. La réponse était oui. Je l'aimais encore. Comment oublier un homme que l'on avait aimé si fort ? C'était tout simplement impossible ou vraiment difficile. Par contre, ce que je savais c'est que j'étais mieux ainsi. Loin d'une vie bondée de problèmes, de honte et d'humiliation. Même si mon cœur ne battait pas pour Serges comme il avait battu pour Patrick, Serges me rendait heureuse. Il était l'homme qu'il me fallait.
- Stephy : Un mariage à organiser. Il faut déjà que je commande le chapeau. Hi hi !
- Franck : Toi hein ! Alors Cathy, heureuse ?
- Moi : Absolument !
..........
La soirée avait été riche en émotions. Après la demande en mariage et le dîner, Serges nous a emmené au cabaret comme prévu. Et même là j'étais au bout de mes surprises. Serges avait vu auparavant une chanteuse du cabaret pour qu'elle nous chante une chanson de Alicia Keys, If I ain't got you. Ce qui m'avait carrément fait fondre et Stephy aussi d'ailleurs. Elle et moi étions dingues de cette chanson. En somme, nous avons passés une soirée très agréable jusqu'à une heure trente du matin.
A la maison. Comme Serges tenait toujours ses promesses, il n'avait pas l'intention de me laisser dormir. En tout cas pas maintenant.
- Serges : Madame ma future femme, viens là.
- Moi : Je suis fatiguée. On part dormir.
- Serges : Nul doute qu'on va dormir mais...
Il a commencé à m'embrasser dans le cou. Plus il marquait ses baisers, plus je sentais mes poils se hisser. Très vite, sa main se faufila sous ma robe. A chaque fois que sa main prenait ce chemin, je sentais mon taux d'adrénaline augmenter, mes jambes trembler, ma respiration s'accélérer. Et mon cœur semblait vouloir sortir de ma poitrine tellement il battait fort. Serges m'avait plaqué sur le mur du couloir menant à ma chambre. Il avait tellement envie de me posséder que faire juste quelques pas pour la chambre lui paraissait certainement être un pèlerinage. De toute façon, Serges n'aimait pas la chambre. Il trouvait ça trop banal. Vraiment les bassas et leur esprit pervers hein ! Le lit c'était quand l'envie l'avait pris là, ou pour le dernier coup avant de s'affaler comme un porteur de sac de ciment.
Comme avec ma robe et mon string, Serges n'arrivait pas bouger aisément sa main en moi, il décida de soulever encore plus haut ma robe et d'enlever mon string. Mais il changea d'avis, ce n'est plus sa main qu'il voulait bouger en moi, mais plutôt sa langue. Il savait que ça allait me rendre dingue. Et ce fut le cas. La valse que la langue de Serges dansait faisait bouillir en moi mon sang qui ne faisait plus qu'un seul tour. Mes gémissements qui se faisaient de plus en plus entendre sonnaient aux oreilles de Serges comme des encouragements à me donner encore plus de plaisir.
Quand Serges a senti que j'allais bientôt craquer, il décida de passer à la vitesse supérieure. En quelques secondes, il réussit à m'enlever ma robe et à se mettre lui aussi en tenue d'Adam. Au lieu de me conduire vers la chambre, il me coucha sur la table à manger. Cette pauvre table allait craquer un de ces jours. Avant même que j'eus le temps de m'y préparer, Serges faisait déjà des va-et-vient en moi avec une telle force que je gémissais comme une actrice de film porno. Je ne pouvais pas retenir mes émotions désolé. Serges allait tellement vite et fort que ces cris m'aidaient à accuser les coups. Sauf que mes gémissements agissaient comme un aphrodisiaque sur lui, parce qu'il allait encore plus vite et plus fort. Un gars infatigable. Les Bassa !!!
Heureusement pour moi et mon corps, Serges décida de se calmer un peu. Il allait plus lentement et me disais des mots comme « je t'aime », « tu es belle »... mais je savais que ça n'allait pas durer longtemps. Aussitôt je l'ai pensé, aussitôt il reprenait sa cadence digne de Rocco Siffredi. Mais cette fois-ci, il avait pris la peine de changer de position. Maintenant, Serges me prenait par derrière. Il faut savoir qu'avec moi, si « in front » je crie fois deux, de ce côté-là je crie fois cinq. Wèèèè mes pauvres voisins. Surtout pauvre moi ! Ils allaient me regarder du coin de l'œil demain. On aurait dû partir chez lui dis donc.
Alors que Serges me pénétrait et que moi j'étais courbé, les yeux rivés sur mon tapis, je me demandais comment un chrétien comme lui pouvait faire l'amour comme ça. Un gars qui est à l'église au moins trois fois par semaine, prie au moins deux fois par jour, fait au moins deux retraites par an, hum ! Moi-même qui pensais ça, je n'étais pas en reste. Fornicatrice comme ça ! Au lieu de savourer le bien qu'on me faisait je pensais à notre relation avec Dieu. C'est ce dernier qui allait doublement me punir de mettre son nom dans mes saletés. Alors je décidai de le chasser pour l'instant de mes pensées.
Après dix minutes pendant lesquelles je sentais les coups de reins de Serges sur mes fesses, il décida de me relever et me porta pour m'amener dans la chambre. Ce qui voulait dire que bientôt, il allait rendre les armes. Alléluia ! Sur le lit, il ne me faisait plus l'amour comme une bête affamée. Il était redevenu plus tendre et plus amoureux. Ce qui ne voulait pas dire qu'il allait à deux à l'heure hein. Par comparaison à une voiture, la plus petite qu'il connaissait devait être 40 km/h. Mais au moins là, mon cœur avait repris un battement se rapprochant de la normale, mes cuisses vibraient moins.
...........
Il était huit heures trente et je n'avais aucune envie de me lever. Normal avec la nuit que j'avais eue. Mais j'avais envie qu'au moment où Serges se réveillerait, il trouve un bon petit-déjeuner prêt pour lui. C'était la moindre des choses après la soirée de rêve qu'il m'avait offerte. Alors avec toute la peine du monde, je me suis levée. Heureusement, j'avais suffisamment de provisions pour faire un petit déjeuner complet et varié. J'ai préparé des omelettes, sorti les restes de jambons et saucissons secs que j'avais au frigo. Ensuite j'ai réchauffé le pain au four et coupé deux oranges. Serges n'était pas fan de café ni de lait et même de thé. A la limite, il allait te demander de l'eau avec du sucre et du citron. Pendant que je finalisais son plateau, je sentis un baiser se déposer sur ma joue.
- Serges : Bonjour Madame.
- Moi : Bonjour, bien dormi ?
- Serges : A ton avis ? Comme l'homme le plus riche de la planète.
- Moi : Tu es sûr que celui-là dort bien ?
- Serges : Sans aucun doute. Quand le sommeil le dépasse, il embauche les gens pour le bercer.
- Moi : N'importe quoi. Je voulais que l'on discute de ta demande en mariage.
- Serges : Oui, je t'écoute. Passe-moi le jambon s'il te plaît.
- Moi : Je ne m'y attendais pas du tout tu sais.
- Serges : c'était le but. Je voulais que ce soit une vraie surprise.
- Moi : Je veux dire le mariage. Me remarier.
- Serges : Han d'accord. C'est quoi le pb ?
Il avait posé cette question avec une telle insouciance que je me demandais si il faisait exprès de ne pas voir où je voulais en venir. Avec tout ce qu'il savait sur moi, il devait quand même se douter de mes craintes.
- Moi : Tu sais que j'ai déjà été mariée et ce que j'ai vécu dans cette relation. Ça m'a enlevé toute envie de me marier à nouveau.
- Serges : Je comprends mais tu as dit oui hier ?
- Moi : Oui mais je me demande si c'est une bonne décision.
- Serges : Pourquoi ? Tu as peur que je te maltraite comme ce type-là ?
En me posant cette question, son visage afficha une mine choquée comme si j'avais insinué qu'il me fasse vivre les mêmes horreurs que Thomas. Ce n'était pas ce que je pensais. Mais quand on a souffert comme j'avais souffert dans un mariage, on pouvait très naturellement être dégouté par cet acte. De toute façon, je doutais qu'il puisse exister un autre démon sur cette terre comme Thomas. Et surtout que ce soit encore moi qui sois tombée sur lui. Franchement ce serait carrément une malédiction. A l'heure-ci, je devrais simplement me laver au village.
- Serges : Tu me connais Cathy. Même bien avant qu'on ne commence à sortir ensemble.
- Moi : Je sais.
- Serges : Je ne te traiterai jamais comme ce chien t'a traité. Je t'aime et je veux faire partie de ta vie.
Il prit ma main et la serra d'une telle force qu'un instant je crus qu'elle allait se broyer. Mais il ne s'agissait pas d'une force brutale. C'était la force de l'amour que Serges avait pour moi. Je le voyais dans ses yeux.
- Moi : D'accord. C'est ce que je voulais entendre. Mais il y a un autre souci.
- Serges : Quoi ?
- Moi : Tu ne pourras pas m'épouser à l'église.
- Serges : Je sais. J'y ai pensé et même si j'aurais aimé que ça se passe autrement, c'est toi que je veux tout simplement.
M'étant marié devant Dieu avec un membre de la famille de Satan, Je n'avais plus le droit de me marier à l'église. J'eus un pincement de cœur en pensant à ça. C'était vraiment trop injuste. Aujourd'hui que j'allais me marier avec un homme que j'aimais, je n'aurais pas le droit de marier à l'église. Surtout que j'étais aujourd'hui une chrétienne pratiquante. Trop injuste vraiment !
- Serges : Chérie arrête de te soucier de ces choses là. Je t'aime, tu m'aimes, on va se marier. La seule chose qui doit te préoccuper maintenant c'est l'organisation du mariage.
Comment dire non à un homme pareil ? Ça aurait été de la pure folie. Serges était l'homme qu'il me fallait. Il venait de briser tous les doutes de la veille. C'était décidé : j'allais épouser Serges. C'est maintenant que je savourais mieux cette nouvelle. Cette fois, ce serait avec un homme que j'aimais et que je voulais. J'étais tellement contente que j'avais envie de partager ma joie avec la seule et l'unique, Stephy. Alors comme Serges devait partir au bureau, je décidai d'aller chez elle avant d'aller chercher ma princesse. Je sais c'est bête étant donné que j'étais avec elle lors de la demande en mariage. Mais hier j'étais sous le choc et pas sûr de la réponse que j'avais donnée.
Serges était parti, il y a quinze minutes. J'ouvrais la porte pour sortir quand je vis Sandrine devant moi, complètement en pleurs. Sandrine c'était une sœur en Christ avec qui j'avais noué des liens d'amitié. Pas très fort parce qu'on ne se racontait pas vraiment nos vies. Donc, grande fut la surprise de la voir devant chez moi, sans m'avoir prévenu de sa visite.
- Moi : Sandrine ?? Qu'est ce qui ne va pas ?
- Sandrine : Excuse-moi de venir comme ça chez toi.
Elle était en larmes. On aurait dit qu'elle pleurait depuis qu'elle était né tellement son visage était noyé par ses larmes. Elle qui était toujours autant enjoué, qu'est-ce qui avait pu la rendre ainsi ?
- Moi : Ça va. Entre. Dis-moi ce qui ne va pas.
- Sandrine : C'est mon gars, Cathy. Il ne veut plus de moi.
Chapitre III
Hein ?? Et c'est pour ça qu'elle débarque comme ça ? Parce que c'est fini avec un homme.
- Moi : Raconte-moi.
- Sandrine : wèèè ! Comment je vais faire pour élever cet enfant ?
- Moi : Hein ? Tu es enceinte ?
- Sandrine : Oui oh Cathy. Je suis enceinte de deux mois.
- Moi : Est-ce qu'il est au courant ?
- Sandrine : Oui ! Il dit que ce n'est pas son enfant.
Vraiment les hommes ! De vrais salopards et bandits. Quand il montait sur elle sans se protéger, il ne savait pas à quoi s'attendre ? Maintenant il renie la fille d'autrui.
- Moi : Wèèè Sandrine. Qu'est-ce que je peux te dire ? Ne pleure plus ma sœur. Au nom puissant de Dieu, tout ira bien pour toi. Laisse l'autre là, c'est lui-même qui viendra réclamer son enfant.
- Sandrine : Mais comment je vais faire sans lui Cathy ?
- Moi : Comment ça ? Tu as un travail Sylvie, tu pourras t'occuper de cet enfant. Et puis tu as ta famille qui t'aidera aussi.
- Sandrine : Ce n'est pas ça. Je l'aime trop Cathy.
Tsuip ! Au lieu de se préoccuper de son bébé qui risque de grandir sans père, elle pleure pour un salop. Certainement cet idiot a une autre femme dans sa vie et il ne peut pas risquer son couple avec cette grossesse.
- Moi : Dis-moi, ton gars-là est marié ou fiancé ?
- Sandrine : Non.
- Moi : Tu es sûr ?
- Sandrine : Oui je suis sûr. Je le connais très bien.
- Moi : Hum ! En tout cas, il a certainement quelqu'un d'autre dans sa vie. Il t'a donné des raisons ?
- Sandrine : Non.
- Moi : Hum ! Ma sœur je ne sais quoi te dire. Il faut prier. Dis-toi que tu as un bout de choux qui va bientôt arriver dans ta vie. Crois-moi, ce bébé va t'apporter un grand bonheur dans ta vie. Et puis tu sais que tu peux compter sur moi.
On aurait dit qu'elle ne m'écoutait pas. Elle pensait seulement à son gars. C'était même qui ce salopard ? Les rares fois qu'elle m'avait parlé de lui, c'était juste des trucs du genre 'il est trop beau, trop gentil ». Je ne savais pas grand-chose de sa relation. D'ailleurs moi-même je ne lui avais rien dit pour moi et Serges, même comme ils se connaissaient bien. On avait décidé de ne pas s'afficher à l'église tant que l'on n'était pas sûr que c'était sérieux entre nous. J'aurais aimé en savoir plus sur le gars de Sandrine et surtout le connaître en personne pour lui cracher tout ce que je pouvais penser de lui au visage. Un idiot comme ça.
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Ça faisait plus de trois ans que Stephy était mariée à Franck. Leur couple était plus solide que jamais. Ces deux-là étaient nés pour être ensemble. Pour moi, ils étaient un modèle de couple. C'est vrai que ça ne faisait que trois ans et qu'il y avait encore du temps pour savoir si c'était vraiment un couple solide.
- Stephy : Alors future Madame Bahoï, le mariage c'est quand ?
- Moi : Hum ! Serges voulait qu'on fasse ça en juin là.
- Stephy : Dans trois mois-là ? Ah non hein ! C'est trop limite. En plus il pleut à cette période.
- Moi : Voilà ! Je lui ai dit novembre ou décembre.
- Stephy : En plus il y a la dot. Il va faire ça à quel moment ?
- Moi : Mama le gars me dit qu'on fait ça en même temps que le mariage.
- Stephy : Hein ? Le bassa là fume la moquette ?
- Moi : Hahaha ! On fera la dot en juin et le mariage en fin d'année finalement.
- Stephy : Euh ! Qui va même manger la dot là ?
- Moi : Ah ! Mes oncles non. C'est le cousin de mon géniteur qui va gérer ça.
C'est ainsi que j'appelais désormais mon père. Je ne pouvais tout simplement plus parler de lui en utilisant le mot « papa » ou même « père ». Pour moi, ces deux mots renvoyaient à l'amour que celui qui tient ce rôle devrait avoir envers ses enfants. Celui-là qui avait contribué à ma naissance, était tout simplement dépourvu d'amour. Il était toujours enfermé à la prison de New-Bell, et j'espérais qu'il allait finir ses jours dans cet endroit. Il ne méritait pas de respirer à nouveau l'air de la liberté. Aujourd'hui c'était son cousin, tonton Toko qui faisait d'une certaine manière office de père. Après tous les drames qui étaient arrivés, il avait demandé à me voir. Il avait honte de ce que son frère avait fait et ne souhaitait pas que Yannick et moi nous éloignions de la famille. Dans la famille, il n'y avait qu'avec lui et la sœur du géniteur que j'étais proche.
- Stephy : En tout cas, Il faut déjà commencer les préparatifs. Tu peux pas savoir comment je suis contente de te voir avoir une deuxième chance en amour.
- Moi : Oui. Moi-même je ne pensais pas que ça m'arriverait.
- Stephy : Et tout ça loin de Thomas le psychopathe et de son frère la marionnette.
- Moi : La marionnette ?
- Stephy : Mais oui ! c'est un indécis et quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il veut. Et qu'on peut tourner comme on veut.
- Moi : Oui mais il avait quand même raison de se fâcher. Je lui ai menti.
- Stephy : je suis désolé mais il a fui. Oui tu lui as menti mais quand ça arrive dans un couple, on boude et ensuite on discute. On ne disparait pas comme ça sans jamais plus donner signe de vie. C'est que moi et Franck nous ne serions plus ensemble depuis. Cette histoire s'est passée, tu ne savais même pas qu'il allait revenir.
- Moi : Oui c'est vrai.
- Stephy : Moi je pense plutôt qu'il a utilisé cette histoire pour fuir votre relation. Je pense que tout comme toi, il a eu peur de la perception que les gens auraient sur votre relation. Sans oublier que sa mère a dû lui retourner le cerveau.
- Moi : Ouais. De toute façon, c'est de l'histoire ancienne. Le présent c'est Serges.
- Stephy : Oui et c'est mieux comme ça. Au fait, Franck et moi on a décidé de faire la fécondation in vitro.
- Moi : Quoi ???
Depuis plus de trois ans que Stephy et Franck étaient mariés, ils n'arrivaient pas à avoir d'enfants. Une situation qui avait créé une crise entre eux durant toute l'année dernière. Mais heureusement, leur amour était plus fort que ça. Le plus difficile pour eux était de ne pas savoir quelle est la cause de ce problème. Les médecins disaient qu'ils ne voyaient aucune anomalie chez Stephy, pouvant l'empêcher de concevoir. Pareil pour Franck. Ils avaient tellement envie de fonder une famille, qu'ils parlaient maintenant de fécondation in vitro ?
- Stephy : Oui. La collègue de Franck a eu recours à cette méthode pour avoir son fils.
- Moi : Mais on passe par cette technique quand on a un problème avec ses trompes. Et je crois me souvenir que ce n'est pas ton cas.
- Stephy : On en est pas sûr tu sais.
- Moi : Vous êtes sûr que vous voulez faire ça ? Parce que moi je crois que rien n'est encore perdu.
- Stephy : Tu connais nos médecins d'ici, non ? Tu pars à l'hôpital pendant des années, on ne voit rien et c'est quand c'est trop tard qu'on détecte que tu as le cancer.
- Moi : Toi aussi. Mais bon, je suppose que si vous avez pris cette décision c'est parce que vous avez bien mûri la question. De toute façon, peu importe ce que vous ferez je vous soutiendrais.
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- Tata Alice : Ouh Ouh Ouh eh ! Munam a babe é é ! (Ma fille va se marier eh) Wèèè ma fille. Si seulement ta mère était là pour voir ça. Wèèè a Ndome.
Tata Alice a enclenché avec les pleurs. J'avais aussi envie de pleurer mais je me retenais. Si je la suivais, elle n'allait plus s'arrêter. C'est vrai que maman aurait dû être là. Elle aurait dû partager ces moments de bonheur avec moi. Maintenant que j'étais une nouvelle personne, une personne meilleure, maman aurait dû être là. Elle aurait dû me voir épouser l'homme que j'aimais. Pour me consoler, je me disais qu'elle me voyait là où elle était et qu'elle était fière de moi.
- Daniela : Mama Mama ! Mémé pyeure.
- Moi : Oui ma puce. Mémé pleure parce qu'elle est contente. Ça va ? tu t'es bien amusé chez mami ?
- Daniela : Oui on a joué avec Boubou et bébé est malade.
- Moi : Ah bon ? Où est bébé ? je vais le soigner.
- Tata Alice : C'est quoi le programme alors ?
- Moi : On va faire la dot en Juin. Et le mariage en décembre normalement. Je vais aller Tonton Toko, mon oncle, dimanche.
- Tata Alice : D'accord. Ohh je suis contente ma fille. Te voilà qui va bientôt te marier. Maintenant on attend aussi Yannick.
Mince ! J'avais complètement oublié mon petit-frère. Il n'était pas encore au courant de la grande nouvelle. Ça faisait plus d'un an qu'il vivait à Yaoundé. Son travail l'y avait envoyé. Tout roulait pour lui comme sur des roulettes. Il avait su acquérir la confiance de son chef qui l'a récompensé en lui donnant la gestion de son agence de Yaoundé.
- Tata Alice : Tu es venu chercher ma fille ?
C'était comme ça que Tata Alice appelait Daniela. A l'heure-ci, ce n'était pas mon enfant. Si ça ne dépendait même que d'elle, Daniela ne vivait pas avec moi.
- Moi : Oui bien sûr.
- Tata Alice : Wa pè ! O titi na o dja na mum'ango ? (Toi aussi ! Tu ne peux pas rester avec ton mari ?)
- Moi : Mais on est ensemble tout le temps.
- Tata Alice : Quand on vous dit que vous les jeunes filles vous ne savez pas vous occuper de vos hommes. Il faut lui montrer qu'il n'a pas eu tort de te demander en mariage.
- Moi : Aka Tata ! Dis que tu veux rester avec l'enfant. Tes choses que tu fais là jusqu'à ma fille ne me calcule même pas. Je la récupère demain.
Je ne pouvais pas dire non à Tata Alice. Elle avait aujourd'hui pris la place de mère dans ma vie. Elle m'avait soutenu à chaque étape de ma vie depuis que maman était partie. Elle avait été une conseillère et était une grand-mère parfaite pour Daniela. Cette dernière était d'ailleurs, toujours excitée quand elle savait qu'elle devait partir chez sa mamie. En effet, Tata Alice gâtait un peu trop Dani. Je m'étais récemment retrouvée obligée de la remettre à l'ordre au sujet des friandises et des goûters à n'importe quelle heure. L'enfant gonflait déjà comme le ballon.
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Rentrée à la maison toute seule, j'ai ressorti du congélateur des morceaux de côtes de porc que j'avais braisé auparavant. Je comptais les réchauffer et faire des frites quand Serges serait là. Il était déjà sur le chemin. J'allais faire comme tata avait dit et profiter de mon homme. Il fallait que je commence à accepter le bonheur qui pouvait m'arriver. Il fallait que j'apprenne à le vivre. J'avais vécu pendant tellement de temps persuadée que je n'avais pas le droit d'être heureuse, que lorsque quelque chose de bien m'arrivait je pensais que c'était un leurre. J'avoue que même maintenant j'avais de la peine à croire ce qui m'arrivait. Et je ne pouvais pas m'empêcher de penser que ça ne durerait pas longtemps.
- Serges : Bonsoir toi, Daniela n'est pas là ?
- Moi : Bonsoir, elle est restée avec sa grand-mère. Elle n'a pas voulu me la rendre.
- Serges : Ah ok ! On mange quoi ici ?
- Moi : Porc braisé et frites de pommes.
- Serges : Le cochon ? Bien !
- Moi : Hum ! Devine quoi ? Sandrine est venue ici aujourd'hui. Elle était totalement désemparée.
- Serges : Quoi ?? Elle était ici ?
- Moi : Oui. Son gars l'a laissé tomber alors qu'elle est enceinte. La pauvre !
- Serges : Mais pourquoi elle est venu ici ?
- Moi : Elle avait besoin de parler à quelqu'un. Le pire c'est que le gars est au courant et il dit que ce n'est pas son muna.
- Serges : Peut-être qu'il sait pourquoi il dit ça. On a déjà vu des filles chercher à piéger les hommes.
- Moi : Non mais tu es sérieux là ??? Sandrine ne ferait pas ça.
- Serges : Qu'est-ce que tu en sais ?
- Moi : Je la connais. Ce type est un salopard et un irresponsable. C'est sûr qu'il a une autre go.
- Serges : C'est facile de juger quand on ne connait pas toute une histoire. Et puis je ne savais pas que vous étiez amies à ce point.
- Moi : Eh bien si. Elle est très sympa.
- Serges : Hum ! Tu ne sais pas de qui tu parles. Cette fille a une sale réputation.
- Moi : J'ai appris à ne plus juger les gens sur les « on-dit ».
- Serges : Il ne s'agit pas de « on-dit ». C'est moi qui t'en parle non ? Franchement évite de faire ami-ami avec elle. Fais-moi confiance sur ce coup.
Hum ! C'était quoi ça ? Pourtant depuis que je fréquentais l'église et le mouvement, je n'avais jamais entendu de rumeurs désobligeantes sur Sandrine. J'allais éviter de le montrer à Serges mais j'allais continuer à voir Sandrine. Elle avait besoin d'une amie pour l'aider à surmonter cette épreuve.