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La valse des sens

La valse des sens

Auteur:: SOFIANE
Genre: Romance
Ces 04 chiffres, je ne les ai pas oubliés, tu sais. Dire que je n'avais qu'à les composer pour avoir accès à ton inépuisable gaîté. Je t'aime. Parce que l'amour est plus fort que la mort, et l'amitié dure l'éternité. Peu importe que désormais, ton téléphone ne sonne plus quand je les compose, ces 04 chiffres, peu importe que tu ne décroches plus quand je t'appelle, peu importe que tu sois parti avant. Je n'ai pas fait mon deuil, tu sais, ça m'est resté en travers de la gorge...tant de choses que je vis, et que je ne partage pas avec toi. Peu importe ce vide qui ne se comblera pas ici. Tout ce qui importe, c'est que l'amour est plus fort que la mort, et que l'amitié dure l'éternité.

Chapitre 1 01

LA VALSE DES SENS / 1- Le jour où Didi devint Didier

Il était vingt-deux heures. Je le savais parce que les chiffres phosphorescents projetés au plafond par mon réveil-radio retenaient mon regard captif depuis près d'un quart d'heure. Le chant entêtant des moustiques venaient troubler la quiétude de ma petite chambre. Pour la énième fois, je réajustai ma couverture, et me retournai dans le lit, dont les ressorts se mirent à grincer, comme en guise de protestation. Je fermai les yeux, essayant de prendre le sommeil par surprise. Rien à faire. Je n'arrivais pas à me le sortir de la tête. A la seule évocation de son image, une bouffée de chaleur m'irradia le corps. A tâtons, je cherchai l'interrupteur. L'éclat cru de l'ampoule nue m'éblouit...je dus cligner plusieurs fois des yeux pour les accoutumer à la lumière. J'enfilai mon T-shirt préféré, et longeai le couloir sur la pointe des pieds. Toute la maisonnée était endormie, tant mieux, j'avais besoin de calme. Je mis le poste téléviseur en marche, et me lovai confortablement dans un fauteuil.

TONNERRE, C'EST COMMENT...c'est GBIAAAA !!!!

Euh...oui, mais non, merci...pas pour moi, pas ce soir. Je n'étais d'humeur à endurer, ni les blagues plus embarrassantes que drôles de l'animateur, ni les chorégraphies plus ou moins salaces qui accompagnaient ces enchaînements d'onomatopées bruyantes qu'on appelait pompeusement « musique » au pays. Aussitôt allumé, aussitôt éteint. Moins de 10 minutes après en être sortie, je regagnai mon lit. J'allumai la radio, mis un casque, et restai là dans le noir, à écouter les balades diffusées par radio Nostalgie. J'étais chamboulée, c'était le moins qu'on puisse dire : à quel moment Didier avait-il cessé d'être Didi, pour devenir cet homme qui occupait mes pensées à l'obsession ? Je ris doucement : vraiment, l'homme n'est rien...toi, Didi, me mettre dans cet état ?

Je le connaissais depuis que j'avais 7 ans. Il en avait 8, à l'époque. Nos deux familles étaient voisines ; nos mères s'étaient liées d'amitié, et rapidement, nous devînmes compagnons de jeu, d'autant plus que nous étions enfants uniques à l'époque. Les inséparables, on nous appelait...Didi et Mimi...Didi, c'est mes premières bagarres, mes premiers gâte-gâte, mon premier souffre-douleur (oui oui, j'étais assez bagarreuse à l'époque, lui était plutôt timide). On jouait à tous les jeux possibles et imaginables : poupée, temps-passe (à son grand désespoir de macho précoce...), billes, teck-teck, cache-cache, Immo, à mon commandement, Ludo, cartes, marelle, chaussures, ...jamais à court d'idées, quand il s'agissait de s'amuser et/où de faire des bêtises.

On nous inscrivit à la même école primaire, ainsi, les parents pouvaient s'organiser pour nous déposer, et nous récupérer à tour de rôle, c'était pratique pour tout le monde. Au fil du temps, d'autres camarades rejoignirent la bande, mais nous en restions le noyau dur, les meneurs du gang. Au collège, les choses furent différentes...il fut orienté au collège moderne du Plateau, et moi au COC, à Cocody. Du coup, chacun de son côté se fit d'autres amis, cela nous permit de nous détacher quelque peu l'un de l'autre; on avait pourtant toujours le même répétiteur, on allait au Catéchisme et à la réunion des Scouts ensemble, les samedis matins. Nous avions eu chacun des frères et sœurs entretemps, mais rien ne semblait pouvoir nous séparer ...

Rien, excepté les mauvaises surprises, dont seuls les parents ont le secret :

- Les enfants, notre maison à Bingerville est enfin prête, on déménage dans une semaine !

Coup de tonnerre : le sol se dérobait sous mes pieds, le ciel me tombait sur la tête...les adieux furent déchirants, Je me rappelle que je pleurais comme une madeleine, et que mon meilleur ami restait là, tête baissée, ne sachant trop quoi faire de ses bras.

- Mais Didier, tu ne consoles pas ta camarade ? Avait alors dit tata Sue (sa mère)

Maladroitement, il m'avait enlacée, et brièvement étreinte, avant de se dégager presqu'instantanément. Ça nous avait fait tout drôle : on se sentait tous les deux un peu ridicules, on n'était pas habitués aux « choses des blancs ». Tata Suzie m'avait à son tour prise dans ses bras :

- Ne pleure pas, hein, Mireille, Bingerville-Marcory, ce n'est pas loin ! un Wôrô-Wôrô (taxi commun, Abidjan), et un Gbaka (mini car, Abidjan), c'est tout ! Vous allez vous voir souvent, hein !

Je hochai la tête et me mis à sangloter de plus belle, en hoquetant:

- Oui...oui...tantie.

Angie, ma petite sœur arriva sur ces entrefaites :

- Mimiiiiiiii...maman t'appelle, elle dit qu'on s'en va dans cinq minutes.

Je hochai la tête, me mouchai bruyamment, baragouinai un Au revoir rapide, et m'enfuis, sans oser regarder mon meilleur ami une dernière fois. Pendant que la voiture s'éloignait, je le vis devant ce qui avait été ma maison pendant treize ans, bras ballants, fixant notre véhicule qui s'éloignait. Dans la voiture, je n'en menais pas large, d'autant plus qu'ils me raillaient tous gentiment.

- Mais Mireille, on ne va pas non plus au pôle nord, vous allez vous voir ! s'exclama papa, excédé par mes reniflements incessants.

Il avait raison. Nous prîmes l'habitude de passer, de temps en temps le week-end, l'un chez l'autre, c'était clair que ce n'était pas pareil, mais on faisait contre mauvaise fortune bon cœur. A Bingerville, j'allais au lycée Mamie Faitai. Je mis quelques temps à m'adapter à cet entourage exclusivement féminin, puis me liai d'amitié avec Djénéba. Djena, comme on l'appelait, était tout ce que je n'étais pas : coquette, jolie comme un cœur, féminine, pipelette, très brillante en classe. Cette nouvelle relation me permit de mieux accepter la nouvelle forme qu'avait prise mon amitié avec Didier.

Les années s'écoulèrent, nous étions désormais les trois « moustiquaires », comme aimait à dire Djena...car ils avaient sympathisé, et elle avait de facto rejoint notre duo. Chacun avait ses premiers flirts, ses petites histoires, mais étrangement, nous avions une certaine pudeur à en parler. Cela faisait trois ans que nous avions eu le BAC... Djena avait réussi le concours de l'INPHB, moi j'avais intégré PIGIER, et Didi, la fac de Sciences Eco...Chacun vivait son petit train-train, on se voyait aussi souvent qu'on le pouvait, et puis la semaine précédente...

On était samedi, il était onze heures ; Maréchal DJ était en pleine démo du « Séka Séka » (danse, coupé-décalé) à TEMPO, quand :

- Mimiiii...

Je fronçai les sourcils...que me voulait la vieille ? Toute la matinée, j'avais soigneusement évité de traîner dans le périmètre de la cuisine, de peur d'être réquisitionnée pour piler le foutou (pâte de plantain), ou pire, écraser les aubergines à la pierre (je déteste ça !).

- M'man...marmonnai-je, sans quitter des yeux le petit écran.

- Ton petit mari est là, hein ! (c'est ainsi qu'elle appelait Didier, depuis tous petits)

Didier ? Enchantée de cette surprise, je bondis sur mes jambes, et me précipitai à sa rencontre.

- Et si je n'étais pas à la maison ? On ne t'a pas dit qu'on prévient les gens avant de se pointer chez eux ? fis-je, en lui sautant au cou

- Et toi, on ne t'a pas dit qu'on dit Bonjour, quand on reçoit quelqu'un ? répliqua-t-il en riant, avant d'ajouter :

- Le vieux est là ?

- Non, non...il est parti au village. Funérailles chaque week-end, mon cher...

- Humm...ça ne chôme pas chez les Papagnons (sorciers), hein, lança-t-il, mi-figue, mi-raisin.

Nous éclatâmes de rire, puis je l'installai au salon et lui servit un verre de Coca Cola. Nous passâmes les trente minutes suivantes à rire des artistes qui semblaient se livrer à un concours des pas de danse les plus ridicules.

- Ivoirien, quoi ! Y a pas l'homme, ils ont fini avec ! s'exclama-t-il

- Bof...

- Hum...tu veux dire quoi, madame l'intello ? Toi tu n'as jamais dansé Kpangor quoi ?

- Jamais de la vie... me contentai-je de répondre, quand Angie intervint :

- Hum...Mimi...j'ai les preuves du crime, hein, je t'ai filmée l'autre fois, si tu continues de nier...

Nous nous esclaffâmes de concert, puis Didier reprit, soudain sérieux :

- Je peux te parler, un instant dehors, s'il-te-plait?

Passablement intriguée, j'acquiesçai, et le suivis à la terrasse. Il ouvrit la bouche, et ces mots qu'il laissa échapper...dès qu'ils furent prononcés, quelque chose bougea, tout changea ...

Il était minuit. Je le savais parce que les chiffres phosphorescents projetés au plafond par mon réveil-radio retenaient mon regard captif depuis près de 02 heures...

Chapitre 2 02

LA VALSE DES SENS/ 2- Déclic et déni...

- Yougou yougou, A-dô-ka-flè, yougou yougou ...connaisseur connait, Gaou passe ! yougou yougouuuu... !!! (cris vendeurs de friperie)

Par cette aube à peine naissante, et comme chaque Samedi, le marché de friperie de Belleville était envahi de femmes, jeunes ou pas, déambulant entre les différents commerçants, qui s'égosillaient à qui mieux mieux. C'était les vacances scolaires, Djena était rentrée de Yamoussoukro depuis une semaine, et on s'en donnait à cœur joie dans notre exploration, en vue de dénicher le petit haut ou la jolie robe qui ferait mouche au quartier. Nous étions devant la baraque d'un vendeur Ghanéen, lorsque mes yeux d'experte tombèrent sur une tunique turquoise. Je me précipitai pour la décrocher de son cintre et l'essayer, quand d'autres mains la saisirent férocement. Un très bref instant, chacune tira sur l'article, puis ma concurrente s'exclama, irritée par ma résistance plutôt farouche :

- Ah, ma chérie, j'ai pris la première, hein...

Mais n'était-ce pas...

- Grâce ! m'exclamai-je, n'en revenant pas de rencontrer ici, l'une des Bimbo les plus "in" de l'école.

Visiblement embarrassée, la jeune fille laissa sa phrase en suspens, et me dévisagea avec plus d'acuité. A la lueur honteuse qui lui traversa le regard, je compris qu'elle m'avait reconnue.

- Euh...vous faites erreur, je...ne crois pas que...

Ma copine, c'est très toi, hein...pensai-je, amusée par sa gêne. Grâce faisait partie de ces filles qui passaient le temps à frimer, et à se targuer de ne se vêtir que de grandes marques. Ainsi, le « j'adore le shopping » qu'elle lançait à la ronde pour un oui ou pour non, c'était notre « Fouilling » là aussi ?

- Si si, ce n'est pas Grâce, d'Agitel ?, insistai-je, consciente d'être un peu perverse.

- Euh...si...en tout cas, j'accompagne une de mes cousines là, fit-elle avec un geste vague dans une direction tout aussi vague.

J'évitai soigneusement de croiser le regard de Djena qui suivait la scène...je n'aurais pu réprimer le fou rire qui menaçait d'exploser...la fille avait quoi à se justifier ? Rapidement, je pris congé d'elle, puis une fois hors de son champ de vision, Djena et moi laissâmes éclater notre hilarité.

- Ahahaha...ma copine voulait faire son « Qui me connaît », elle est venue fouiller à six heures, djaaaaa, elle a oublié qu'on est beaucoup dans Abidjan là...

Pendant cinq bonnes minutes, nous fûmes pliées de rire, nous tenant les côtes en évoquant la mine déconfite de Grâce lorsqu'elle s'était vue démasquée. Après trois heures de fouille et de marchandage acharnés, nous quittâmes enfin le marché, ravies de nos emplettes. J'avais une envie folle d'avaler un bon Garba, mais Djena n'était pas très enthousiaste :

- Ce n'est pas très propre...avança-t-elle...

- C'est ça qui donne les vraies vitamines même ! répliquai-je du tac-au-tac

- Beurk...et puis il est à peine dix heures, il faut qu'on rentre laver et sécher les habits...on ne va pas sentir « yougou yougou » le soir-là quand même !

Le soir...mon cœur fit une embardée, je me rembrunis. Didi organisait une virée en boîte, ce soir, pour me présenter cette fille, celle qui me pourrissait les nuits depuis deux semaines...sans que je l'aie vue une seule fois. Il avait suffi que Didier me parle d'elle, ce samedi midi où il m'avait rendu une visite surprise. Mince, dès qu'il avait prononcé cette phrase, j'avais compris le sens du mot « Uppercut » :

- J'ai rencontré quelqu'un, Mimi, et cette fois, je t'assure...je ne m'en sors pas, elle est trop...

Accélération de rythme cardiaque... Il avait continué:

- ...canon. Mais pas que ! Il faut absolument que tu la rencontres ! Elle est douce !!! Pas comme toi, go garçon là, s'était-il cru obligé d'ajouter au passage, en m'envoyant une chiquenaude...

Température brusquement capricieuse : Bouffées de chaleurs, suivies de courants d'air froid...Il avait poursuivi, inconscient de l'état de transe intérieur vers lequel chacun de ses mots me menaient :

- En plus, elle est très sérieuse, tu vois un peu le genre, fille calme, tranquille, sans embrouille...bref, pour le moment, on est juste potes... il faut absolument que tu la rencontres, tu me donneras ton avis, toi tu sais que tu es comme mon frère !

Vibrations et tremblements d'origine suspecte aux extrémités des membres. Son frère...mince, à ce point, là ?

Et moi, qu'avais-je à réagir comme une sotte? Pour une fois que Didi avait une relation sérieuse...Décidant d'analyser cette contrariété inopinée plus tard, j'avais pris sur moi, et lui avait envoyé une grosse claque dans le dos. Après tout, c'était de cette façon qu'on avait toujours communiqué:

- Hum, on a eu tort..."Didi l'amorosoooo!!!" Le taquinai-je, avant d'ajouter, retrouvant mon sérieux :

- J'ai hâte de la rencontrer...J'espère qu'elle est aussi bien que tu dis, hein...Trop de V.I (vendeurs d'illusions) à Babi...

Mon calvaire avait commencé ce jour-là, à cet instant précis. Et ces pensées, où Didi n'était plus Didi... Je me sentais toute chose, très truc, un peu maboule, beaucoup larguée...

- Tu es étrange depuis toute à l'heure, un souci ?

Je sursautai ; nous étions chez Djena à Aghien depuis quelques heures. Après notre lessive, nous nous étions jetées, affamées, sur le Tchep Djen (riz au poisson) que sa mère avait concocté. Nous étions dans sa chambre à s'affairer (commérer), et feuilleter les GO Mag (magazine féminin, Côte d'Ivoire) auxquels elle était accro.

- Etrange? ... moi?...Comment ça ?, répondis-je, mal-à-l'aise.

- Je ne sais pas, je te trouve pensive, un peu tristounette... dis-moi tout, c'est quel petit garçon qui traumatise ma Mimi comme cela ?

Je souris nerveusement, et tentai de répondre le plus normalement possible :

- Un garçon ? Me traumatiser, moi ? ça va commencer comment ?

J'éclatai d'un rire aigu. Très aigu. Trop aigu. Elle m'observa, sceptique, puis continua :

- Hum, d'accord...tu dis que Didi nous invite pour quoi ce soir, déjà ?

Rester désinvolte. A tout prix. Sans quitter des yeux les lettres qui dansaient devant mes yeux, je lançai négligemment :

- Ah, je ne t'ai pas dit ? A ma chère, l'homme n'est rien, vraiment... « Enjaillement est rempli dans kpakite » de nos amis, oh (nos amis sont amoureux)...il veut nous présenter sa future chérie, à ce qu'il paraît...

- Ah bon ??? Ah ça...mais...enfin...bon...ben...ok... c'est bien !

Ah, ma chère, insinue-vite ta chose, hurlait mon esprit surchauffé tandis que les lettres semblaient ne jamais s'arrêter de danser sous mes yeux. Je sentais le regard de Djena peser sur moi. Elle hésita quelques secondes, puis se lança :

- Mimi, tu vas me trouver bizarre...Ne prends pas mal, hein...

- Hmmm... ? fis-je, en levant vers elle un regard faussement interrogateur.

- Mais Didier et toi...je m'étais imaginée...enfin...je pensais que...enfin, tu vois, quoi...

- Noonn...qu'il y avait un truc entre nous ??? Attends...notre même Didi, là ?

- Oui...Enfin, pas un truc déclaré, quoi, un peu comme le bled actuellement, ...une sorte de « ni paix ni guerre », tu vois le genre...

J'écarquillai les yeux, épatée par ma propre capacité de simulation, et restai là, bouche bée, à la contempler d'un œil abasourdi :

- Attend...sérieux, easy... il faut penser à décrocher un peu des adoras (harlequin Ivoirien), hein...parce que là là, scénario Eza grave...

Il faut dire que j'ai un meilleur sens de la répartie, en temps normal... dans ma tentative piteuse de paraître crédible, je ré-éclatai d'un rire un poil trop tonitruant...en croisant les doigts pour que l'œil perspicace de Djena ne décèle la fébrilité qui se cachait derrière chacun de mes gestes. Mon vœu parut exaucé :

- Ah...j'ai dû me tromper alors...tu as raison, c'était un peu ridicule de penser ça.

Quoi, elle abdiquait déjà ???...Et moi qui espérais qu'elle développe les indices qui lui avaient laissé penser que, Didi et moi...avait-elle surpris des regards ? Des gestes ambigus ? Lui avait-il dit, ou même suggéré quelque chose? Ça me ferait une belle jambe de lui poser la question après avoir apporté un démenti si vigoureux à ses soupçons ! Ravalant ma frustration, je fis mine de me replonger dans le journal.

Ce que Femme veut, Dieu veut, dit le dicton...un bon début serait déjà que femme sache exactement ce qu'elle veut, non ?

Chapitre 3 03

LA VALSE DES SENS/ 3- Les vieux sont tombés sur la tête...

J'apportais la dernière touche à ma tenue : un dernier coup de peigne à ma coupe à la « Rihanna », un peu du parfum de maman derrière les oreilles et sur les poignets, une ultime couche de gloss à paillettes...Je n'étais pas fâchée du reflet que me renvoyait la glace : les robes n'avaient jamais été ma tasse de thé...j'avais opté pour un slim, un top à strass argenté, des escarpins et une pochette assortis au top... un veston noire en simili cuir venait compléter le tout. Pour les bijoux, j'avais été minimaliste, me contentant de mettre des créoles en cœur argentées. Je jetai un regard appréciateur au tout...pas mal, vraiment pas mal du tout, je n'étais peut-être pas la Vénus de Milo, mais je n'étais pas mal dans mon genre, non plus. Et ce goujat de Didier qui avait osé me traiter de go garçon ! On verrait ce qu'on verrait, ce soir. Chaque seconde qui passait, faisait monter l'adrénaline...ainsi donc, l'heure était venue de LA rencontrer, celle par qui le déclic, et aussi l'insomnie, il faut le dire, étaient venus... Il n'était que vingt-trois heures, mais on devait faire un tour à l'Allocodrome de Cocody, avant d'aller faire les fous en discothèque.

J'étais fin prête. J'envoyai un bip à ma sœur. Elle rappliqua immédiatement :

- Han...Mimi, tu vas tuer au Plateau dêh !!!, s'exclama Angie en me découvrant ainsi vêtue de pied en cap.

- Alors ! répliquai-je, contente de tester mon petit effet sur elle, avant de mettre le nez dehors, puis poursuivis :

- C'est comment à la « douane », la voie est libre ? (la douane, c'était le salon, les douaniers, les parents).

- Libre... ? Ma chère, ils sont très calés même, ils regardent la télé...mais tu leur as déjà dit que tu sortais, non ?

- Oui, oui...fis-je, légèrement contrariée. Mais ceux-là, tu ne les connais pas ?

- Nooonn...me rassura Angie, tu serres ton visage, tu passes, tu regardes même pas à gauche, à droite, ils ne vont rien dire !

C'est ce que je fis. Je traversai le salon à toute vitesse, et m'apprêtai à pousser la porte de sortie, quand :

- Mireille, tu vas où comme ça ?

Et zut. Flashée par le radar :

- Euh...je sors avec des amis, papa.

- Ah bon ? Mais ta maman ne t'a pas dit qu'on avait réunion de famille ce soir ?

J'étais sûre d'avoir mal entendu, ou du moins, mal compris. Tant de haine était tout bonnement impossible. La gorge sèche, j'articulai péniblement :

- Ré...ré...ré... ?

- ...union, m'aida Angie, charitable.

- Mais on ne peut pas remettre à demain...? tentai-je, désespérée.

Mon père me lança un regard sévère, puis rétorqua :

- Parce que tu estimes qu'aller te trémousser est plus important que les problèmes de la famille ?

Je ne répondis rien, réalisant à peine ce qui était en train de m'arriver. C'est à ce moment que s'éleva la voix de ma mère, conciliante comme toujours :

- Mais Ben, elle a déjà pris des engagements avec ses amis, elle ne peut pas décommander, là comme ça !

J'aspirai une grosse bouffée d'air frais...cette femme était tout simplement gén...

- Donc il faut qu'on fasse la réunion là rapidement, pour qu'elle puisse respecter son programme, poursuivit-elle. Angie, appelle les jumeaux, et votre petit frère.

Bientôt, tout le monde fut réuni au salon : mes parents, moi-même (carrément trop habillée pour la circonstance), Angie, les jumeaux Marthe& Marthin (ou comment tuner un prénom ringard...), et celui par qui le scandale arriva...Andy. Andy était le petit dernier ; du haut de ses huit ans, nous étions tous un peu gaga devant lui. Certes, ces derniers temps, il avait une fâcheuse tendance à nous balancer aux parents à tout bout de champ, mais nous lui pardonnions tout, c'était de son âge. Pourtant ce soir...en écoutant papa introduire l'objet de la réunion, je restai interdite :

- ...Nous le savons tous, la vérité sort de la bouche des enfants. Ce soir, si je vous ai réunis, c'est parce que votre petit frère a quelque chose d'extrêmement important à nous dire à tous. Je vous demande donc de l'écouter très attentivement.

Allons bon. C'était quoi ça, une sorte de farce dont j'étais le dindon ? Une caméra cachée ? Les autres semblaient tout aussi déboussolés que moi. Andy, nous « parler » ? C'était quoi ce délire...la réponse dépassa tout ce que j'aurais pu imaginer. La voix fluette d'Andy s'éleva :

- Maman, papa, Mimi, Angie, Marthe, Marthin...

Je commençais à perdre patience. Dans mon sac à main, mon portable vibrait sans discontinuer depuis trente minutes ; ma jambe droite tressautait de façon compulsive. Il commençait à faire chaud, j'ôtai le veston en lançant un regard furibond à Andy, qui continuait, impassible :

- J'ai rêvé la nuit-là, il y avait un homme en blanc dans la lumière, il m'a dit que...que il a un message pour « nous » famille, qu'on doit être « uini », et que tout le monde doit dire ce qu'il a fait de mal pour que les autres « le » pardonnent, et que on se récon...réçon...ré...

- Réconcilie, réconcilie..., acheva maman, visiblement émue de voir que son enfant était en bonne voie pour devenir une sorte d'Illuminé.

C'était trop, je me mis à rire, vite rejointe par Angie, Marthe et Marthin. Nous eûmes bien évidemment droit aux remontrances des parents, qui prenaient avec un sérieux des plus surprenants les élucubrations de leur enfant. En douce, je jetai un œil à mon téléphone. J'avais raté une bonne vingtaine d'appels de Djena, Didi et d'une autre fille de la bande. Ma boîte de réceptions de SMS était saturée...Eh, Andy, je t'ai fait quoi ?

Je demandai l'autorisation de passer un coup de fil. Rapidement, j'informai Djena de la situation, lui promettant de mettre tout en œuvre pour me libérer aussi vite que possible.

- Ah, ma copine, c'est mal chic, tu rates deh ! s'exclama-t-elle avant de raccrocher.

Stoïque, je retournai à la séance de sorcellerie familiale pompeusement qualifiée de « réunion ». C'était l'heure de se plier aux instructions de l'oracle qui avait nuitamment visité notre petit frère. Il fut d'ailleurs le premier à ouvrir la série des « confessions », d'un air contrit :

- Je demande pardon...parce que...parce que...l'autre jour... j'ai sauté sur le lit !

- Oooh...Andy, s'écrièrent en chœur Papa et Maman, au comble de l'attendrissement devant le péché littéralement mignon de leur enfant.

- Hum...Mimi, tes parents là sont ENNUI deh !!!, me souffla Angie, assise à mes côtés dans le canapé.

Au bout de trois heures de délires, et de divagations en toutes sortes, les jumeaux, Angie et moi, consentîmes enfin à avouer tout et n'importe quoi, et à nous réconcilier sans avoir été au préalable fâchés...pourvu que cesse le cauchemar. Il était trois heures du matin quand la réunion prit fin. Je m'aperçus que j'avais toujours mes escarpins. Je les envoyai valser dans un coin du salon, avant de me diriger en fulminant, vers ma chambre. C'est ce moment que maman choisit pour me porter le coup de grâce :

- Ah...Mimi, tu ne vas plus ?

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