Chapitre 1
Le réveil vibra à cinq heures trente précises.
Livia Sinclair ouvrit lentement les yeux avant de fixer le plafond défraîchi de sa petite chambre. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, essayant de repousser cette boule d'angoisse qui s'installait chaque matin dans sa poitrine. Elle n'avait pas le luxe de rester au lit.
Elle devait aller à l'université, travailler au café jusqu'à la fermeture, rentrer réviser ses cours... puis recommencer le lendemain.
Elle se leva silencieusement pour ne pas réveiller Grachi.
En passant devant la chambre de sa petite sœur, elle entrouvrit la porte.
La jeune adolescente dormait profondément, son visage pâle contrastant avec ses longs cheveux noirs étalés sur l'oreiller. Malgré son sourire presque permanent, la maladie l'affaiblissait un peu plus chaque semaine.
Livia s'approcha doucement d'elle.
Elle écarta une mèche de cheveux de son front.
- Je te promets que je vais trouver une solution...
Grachi remua légèrement dans son sommeil sans ouvrir les yeux.
Livia esquissa un sourire triste avant de quitter la chambre.
Quelques minutes plus tard, elle était déjà dehors, sac sur l'épaule, un café bon marché à la main.
Le froid du matin lui fouettait le visage.
Son téléphone vibra.
Felina.
Un léger sourire apparut enfin sur ses lèvres.
- Salut.
- Tu es déjà debout ? demanda Felina d'une voix encore endormie.
- Depuis un moment.
- Tu vas encore passer la journée à courir partout...
- Comme tous les jours.
Felina soupira.
- Tu finiras par tomber de fatigue.
- Je n'ai pas le choix.
- Et Grachi ?
Le sourire de Livia disparut aussitôt.
- Elle dort encore. Son rendez-vous à l'hôpital est cet après-midi.
- Tu veux que je vienne avec toi ?
- Non... mais merci.
- Tu es sûre ?
- Oui.
Felina resta silencieuse quelques secondes.
- Tu sais que tu peux compter sur moi.
- Je sais.
- Promets-moi juste une chose.
- Laquelle ?
- Arrête de porter le monde entier sur tes épaules.
Livia laissa échapper un petit rire.
- Si seulement c'était aussi simple.
Après avoir raccroché, elle reprit son chemin vers l'université.
La matinée passa à une vitesse folle.
Entre les cours, les exposés et les travaux de groupe, Livia peinait à rester concentrée.
Son esprit revenait sans cesse au rendez-vous médical de Grachi.
Lorsque le dernier cours prit fin, elle courut presque jusqu'à l'arrêt de bus.
À quatorze heures précises, elle franchissait les portes de l'hôpital.
Grachi l'attendait déjà dans le couloir.
Assise sur une chaise, elle balançait doucement ses jambes tout en lisant un vieux magazine.
En apercevant sa sœur, elle afficha un immense sourire.
- Tu es venue !
Livia s'approcha pour l'embrasser.
- Je te l'avais promis.
- Tu as encore couru, hein ?
- Un peu.
Grachi leva les yeux au ciel.
- Tu fais toujours ça.
- Et toi, tu fais toujours semblant que tout va bien.
La jeune fille haussa les épaules.
- Si je commence à me plaindre, tu vas encore t'inquiéter.
- Parce que je m'inquiète déjà.
L'infirmière apparut dans le couloir.
- Mademoiselle Grachi Sinclair ?
Les deux sœurs se levèrent.
Quelques minutes plus tard, elles étaient installées dans le bureau du médecin.
L'homme consulta longuement le dossier médical avant d'enlever ses lunettes.
Son visage sérieux suffit à faire disparaître le peu d'espoir qui restait à Livia.
- Les derniers examens montrent une aggravation de son état.
Le cœur de Livia se serra.
- Qu'est-ce que cela signifie ?
- Nous devons commencer le traitement le plus rapidement possible.
- Il... il y a une chance qu'elle guérisse ?
Le médecin hocha doucement la tête.
- Oui. Mais nous ne pouvons plus attendre.
Livia souffla de soulagement.
Cette sensation ne dura que quelques secondes.
Le médecin poursuivit :
- En revanche, ce traitement est particulièrement coûteux.
Un silence lourd envahit la pièce.
- Combien ?
Le médecin annonça le montant.
Livia sentit le sol se dérober sous ses pieds.
C'était une somme qu'elle ne gagnerait même pas en plusieurs années.
Elle serra discrètement les poings sous la table.
- Il n'existe pas une autre solution ?
- Malheureusement non.
Grachi baissa la tête.
- Je peux arrêter les soins...
- Ne redis jamais ça.
La voix de Livia trembla malgré elle.
- Tu vas suivre ce traitement.
- Mais...
- Il n'y a pas de "mais".
Grachi sentit les larmes lui monter aux yeux.
- Je ne veux pas que tu sacrifies toute ta vie pour moi.
Livia prit délicatement ses mains.
- Tu es ma famille.
- Liv...
- Tant qu'il me restera un souffle, je me battrai pour toi.
Le médecin détourna le regard, leur laissant un moment.
Après quelques explications supplémentaires, les deux sœurs quittèrent l'hôpital.
Une fois dehors, Grachi força un sourire.
- Tu sais quoi ?
- Quoi ?
- Quand je serai guérie, je t'inviterai dans le meilleur restaurant de la ville.
Livia rit doucement.
- Avec quel argent ?
- Je trouverai.
- Tu rêves beaucoup.
- Quelqu'un doit bien le faire.
Livia la serra contre elle.
Elle refusait de laisser sa sœur voir sa peur.
En début de soirée, Livia arriva au café où elle travaillait.
Le gérant l'attendait déjà.
- Tu es en retard de cinq minutes.
- Désolée, j'étais à l'hôpital.
- Les clients ne paient pas avec des excuses.
Elle baissa la tête.
- Ça ne se reproduira plus.
- Je l'espère.
Elle enfila rapidement son tablier et commença son service.
Pendant des heures, elle servit cafés, pâtisseries et boissons sans prendre une seule pause.
Vers vingt-deux heures, alors qu'elle débarrassait une table, deux collègues discutaient derrière le comptoir.
- Tu as entendu ? demanda l'une.
- À propos de quoi ?
- Le groupe Voss cherche une nouvelle assistante personnelle.
- Sérieusement ?
- Oui. Apparemment, le salaire est complètement fou.
Livia continua son travail sans intervenir.
- On raconte aussi que personne ne reste plus d'un mois avec ce patron.
- Pourquoi ?
- Il paraît qu'il est insupportable.
- Comment il s'appelle déjà ?
- Elias Voss.
Livia releva légèrement la tête.
Ce nom ne lui disait rien.
Elle reprit aussitôt son travail.
Elle était loin d'imaginer que cet homme allait bientôt bouleverser toute son existence.
À la fermeture, elle compta son salaire de la semaine.
Les billets lui semblèrent dérisoires.
Elle sortit ensuite de son sac la feuille remise par le médecin. Le montant du traitement était inscrit en bas de la page. Ses doigts tremblaient. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues. Pour la première fois depuis très longtemps...
Livia ne savait plus comment sauver la personne qu'elle aimait le plus au monde.
Chapitre 2
Le lendemain, Livia n'avait dormi que trois heures.
Chaque fois qu'elle fermait les yeux, le montant inscrit sur le devis de l'hôpital revenait hanter son esprit.
Une somme impossible.
Une montagne qu'elle ne pouvait gravir seule.
Pourtant, abandonner n'était pas une option.
Elle termina de se préparer avant de rejoindre la cuisine.
Grachi était déjà installée devant un bol de céréales, les cheveux encore en bataille.
En voyant sa sœur, elle lui adressa un immense sourire.
- Bonjour, Liv.
- Bonjour, mon petit monstre.
Grachi plissa les yeux.
- Tu as pleuré.
Livia détourna aussitôt le regard.
- N'importe quoi.
- Tu mens très mal.
Livia s'approcha pour déposer un baiser sur son front.
- Occupe-toi de ton petit-déjeuner.
- Tu vas encore travailler après les cours ?
- Oui.
- Et cette nuit aussi ?
- S'il le faut.
Grachi posa sa cuillère.
- Je n'aime pas quand tu fais ça.
- Je fais simplement ce que je dois faire.
- Tu vas tomber malade à ton tour.
- Je suis plus solide que j'en ai l'air.
Grachi baissa les yeux.
- C'est toujours moi le problème...
Livia s'agenouilla devant elle.
- Écoute-moi bien.
Grachi releva timidement la tête.
- Tu n'es pas un problème. Tu es ma sœur. Tu es la personne la plus importante de ma vie.
Les yeux de l'adolescente s'embuèrent.
- Promis ?
- Je te le promets.
Grachi la prit dans ses bras.
- Je t'aime.
- Moi aussi, Grachi.
À l'université, Livia eut toutes les peines du monde à suivre le cours.
Le professeur expliquait un cas pratique de droit des affaires, mais son esprit était ailleurs.
À la fin de la séance, elle se précipita vers le panneau d'affichage.
Des dizaines d'offres d'emploi y étaient punaisées.
Serveuse.
Caissière.
Baby-sitter.
Employée de ménage.
Elle nota plusieurs numéros avant de sortir son téléphone.
Le premier employeur cherchait une personne disponible à temps plein.
Le deuxième exigeait plusieurs années d'expérience.
Le troisième venait déjà de recruter quelqu'un.
Au bout du huitième appel, sa voix commençait à trembler.
- Désolé, le poste est déjà pourvu.
Encore.
Toujours la même réponse.
Elle glissa son téléphone dans son sac avec un soupir.
- Livia !
Elle se retourna.
Felina courait vers elle, un sandwich à la main.
- Je te cherche depuis dix minutes.
- Désolée.
Felina observa son visage fatigué.
- Tu n'as presque pas dormi.
- Ça se voit tant que ça ?
- Tu as des cernes énormes.
Livia esquissa un faible sourire.
- Merci pour le compliment.
Felina lui donna un léger coup d'épaule.
- Arrête de plaisanter.
- J'essaie juste de ne pas devenir folle.
- Tu cherches encore du travail ?
- Oui.
- Ça donne quoi ?
Livia secoua la tête.
- Rien.
Felina resta silencieuse.
Puis elle fouilla dans son sac.
- Tiens.
Elle tendit quelques billets à son amie.
Livia recula aussitôt.
- Non.
- Prends-les.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que je finirai par te les devoir.
Felina leva les yeux au ciel.
- Tu es impossible.
- Peut-être.
- Ce n'est pas un prêt.
- Justement.
- Tu m'aiderais si nos rôles étaient inversés.
Livia sourit tristement.
- Sans hésiter.
- Alors laisse-moi faire la même chose.
Livia referma doucement la main de son amie sur les billets.
- Merci... mais je dois m'en sortir seule.
Felina souffla.
- Tu es la fille la plus têtue que je connaisse.
- Je sais.
En début d'après-midi, Livia enchaîna plusieurs entretiens.
Le premier dura moins de cinq minutes.
- Nous recherchons quelqu'un de plus expérimenté.
Le deuxième fut encore pire.
- Vous êtes étudiante. Vous ne serez jamais assez disponible.
Au troisième, le responsable ne prit même pas le temps de lire son CV.
Quand elle ressortit du dernier bâtiment, la pluie s'était mise à tomber.
Elle leva le visage vers le ciel.
Comme si cette journée n'était pas déjà assez difficile.
Son téléphone vibra.
Le numéro de l'hôpital.
Son cœur s'emballa.
- Allô ?
- Bonjour, mademoiselle Sinclair. Nous vous appelons pour confirmer la date du début du traitement de votre sœur.
- Oui...
- Sans acompte, nous serons malheureusement obligés de le reporter.
Livia ferma les yeux.
- Donnez-moi un peu de temps.
- Combien de temps ?
Elle resta silencieuse.
Elle n'en avait aucune idée.
- Une semaine.
- Très bien. Passé ce délai, nous ne pourrons rien garantir.
L'appel prit fin.
Livia resta immobile sous la pluie.
Une semaine.
Seulement une semaine.
Le soir venu, le café était bondé.
Les commandes s'enchaînaient à un rythme infernal.
- Deux expressos !
- Un cappuccino !
- Table six !
Livia courait d'une table à l'autre sans s'arrêter.
Son patron s'approcha.
- Sinclair !
- Oui, monsieur ?
- Tu peux rester deux heures de plus ?
- Bien sûr.
- Les heures supplémentaires ne seront pas payées.
Elle resta figée.
- Pardon ?
- Si ça ne te plaît pas, tu peux partir.
Livia serra les dents.
Elle avait besoin de ce travail.
- Je resterai.
Le gérant s'éloigna sans un mot.
Une collègue murmura près d'elle :
- Il profite vraiment de toi.
Livia esquissa un sourire amer.
- Je n'ai pas vraiment le choix.
Il était presque minuit lorsqu'elle quitta enfin le café.
Épuisée, elle s'assit quelques instants sur un banc.
Elle ouvrit son portefeuille.
Quelques billets.
Quelques pièces.
Rien de plus.
Elle fit rapidement le calcul.
Même en travaillant tous les jours, il lui faudrait des années pour réunir la somme nécessaire.
Une larme glissa sur sa joue.
Pour la première fois de sa vie, elle se sentit complètement impuissante.
Au même instant, à plusieurs kilomètres de là, un homme observait les lumières de la ville depuis les immenses baies vitrées de son bureau.
Costume noir parfaitement ajusté.
Montre hors de prix.
Regard aussi froid que la nuit.
Elias Voss.
Son téléphone sonna.
- Monsieur Voss, votre nouvelle assistante a démissionné.
Il ne manifesta aucune émotion.
- C'était la quatrième en deux mois.
- Oui, monsieur.
Un silence.
Puis sa voix grave retentit.
- Trouvez-moi quelqu'un de compétent. Cette fois, je ne tolérerai aucun échec.
- Bien, monsieur.
Elias raccrocha avant de reporter son regard sur la ville.
Il ignorait encore que la femme qui allait bouleverser sa vie luttait, au même instant, pour sauver celle de sa petite sœur.
Chapitre 3
Le lendemain matin, Livia se réveilla avec la désagréable impression de n'avoir fermé les yeux que quelques minutes.
Son corps tout entier lui faisait mal.
Pourtant, elle n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son sort.
Après avoir préparé le petit-déjeuner de Grachi et vérifié qu'elle avait bien pris ses médicaments, elle quitta l'appartement pour se rendre à l'université.
Les cours lui semblèrent interminables.
À la pause de midi, son téléphone vibra.
C'était son patron.
- Sinclair, où êtes-vous ?
- À l'université, monsieur. Mon service ne commence qu'à quatorze heures.
- Oubliez quatorze heures. Venez tout de suite. Une collègue est absente.
Livia jeta un coup d'œil à l'amphithéâtre.
Encore deux heures de cours.
Elle ferma les yeux.
- J'arrive.
Elle raccrocha avant de ranger rapidement ses affaires.
Le professeur la vit quitter la salle.
- Mademoiselle Sinclair !
Elle se retourna.
- Oui, monsieur ?
- Vous partez avant la fin ?
- Je suis désolée... je dois aller travailler.
Le professeur soupira.
- À ce rythme, vos résultats vont chuter.
- Je le sais.
- Réfléchissez à vos priorités.
Si seulement c'était aussi simple...
Elle quitta l'université en courant.
Le café ne désemplissait pas.
À peine arrivée, son patron lui tendit un plateau.
- Table neuf.
- Je n'ai même pas eu le temps...
- Les clients attendent !
Sans répondre, Livia enfila son tablier et se mit immédiatement au travail.
Les commandes s'accumulaient.
Les clients entraient sans interruption.
Elle courait d'une table à l'autre, les bras chargés de boissons brûlantes.
Au même moment, plusieurs voitures noires s'arrêtèrent devant le café.
Les conversations s'interrompirent presque aussitôt.
Les regards se tournèrent vers l'entrée.
Un homme descendit de la première voiture.
Grand.
Une carrure imposante.
Un costume gris anthracite parfaitement taillé.
Une montre dont le prix devait dépasser plusieurs années de salaire de Livia.
Son visage était d'une beauté froide.
Des yeux gris acier.
Des traits sévères.
Aucun sourire.
Il avançait avec l'assurance de quelqu'un qui avait l'habitude d'être obéi.
Derrière lui marchaient deux gardes du corps et un homme plus jeune au sourire beaucoup plus chaleureux.
- C'est lui...
- Tu le reconnais ?
- Bien sûr.
- Elias Voss...
- Et son frère, Adam.
Les murmures envahirent le café.
Livia, elle, n'avait rien entendu.
Elle était trop occupée.
Le patron accourut vers les nouveaux arrivants.
- Monsieur Voss ! Quel honneur de vous recevoir.
Elias ne répondit pas.
Il se contenta de retirer ses gants en cuir avant de prendre place près de la baie vitrée.
Adam adressa un sourire poli au personnel.
- Bonjour.
- Bonjour, monsieur.
Le patron se retourna brusquement.
- Sinclair !
- Oui ?
- Occupez-vous personnellement de cette table.
- Très bien.
Elle attrapa un carnet avant de s'approcher.
Sans lever les yeux, elle demanda d'une voix professionnelle :
- Bonjour. Que souhaitez-vous commander ?
Adam sourit.
- Un chocolat chaud pour moi.
Livia nota.
Puis elle tourna son regard vers l'homme assis en face.
Elias ne la regardait même pas.
Ses yeux étaient rivés sur une tablette électronique.
- Monsieur ?
Aucune réponse.
Elle répéta.
- Monsieur ?
Adam donna un léger coup de coude à son frère.
Elias leva enfin les yeux.
Leurs regards se croisèrent.
Pendant une seconde, le temps sembla suspendu.
Les yeux gris d'Elias détaillèrent rapidement la jeune femme.
Simple uniforme noir.
Cheveux châtains attachés à la va-vite.
Aucun maquillage.
Mais un regard étonnamment fier.
Il finit par répondre d'une voix grave.
- Un café noir. Sans sucre.
- Très bien.
Elle repartit aussitôt.
Quelques minutes plus tard, elle revint avec les commandes.
À cet instant précis, un enfant traversa soudainement le café en courant.
- Lucas ! Reviens ici !
Sa mère se leva précipitamment.
L'enfant percuta Livia de plein fouet.
Le plateau bascula.
Le café brûlant se renversa directement sur la veste hors de prix d'Elias.
Un silence de mort envahit le café.
Personne n'osa respirer.
Le patron pâlit.
Adam écarquilla les yeux.
Les gardes du corps firent un pas en avant.
Livia resta figée.
- Mon Dieu...
Elle posa immédiatement le plateau.
- Je suis vraiment désolée.
Elias baissa lentement les yeux vers sa veste trempée.
Son visage demeurait impassible.
Pourtant, l'atmosphère devint glaciale.
Le patron arriva en courant.
- Monsieur Voss ! Je suis profondément désolé !
Il se tourna aussitôt vers Livia.
- Espèce d'idiote !
Avant qu'il ne puisse lever la main sur elle, une voix grave résonna dans tout le café.
- Ne la touchez pas.
Le patron s'immobilisa.
Tous les regards se tournèrent vers Elias.
Il se leva lentement.
Sa grande taille obligea Livia à relever la tête pour le regarder.
- C'était un accident, dit-il d'un ton calme.
Le patron balbutia.
- Mais... votre veste...
- Elle peut être remplacée.
Livia souffla discrètement.
- Je suis vraiment désolée, monsieur.
Elias plongea son regard dans le sien.
- Les excuses ne changent rien aux faits.
Elle soutint son regard.
- Je le sais. Mais je n'ai pas fait exprès.
Une étrange tension s'installa entre eux.
Aucun des deux ne baissait les yeux.
Adam observa la scène avec curiosité.
Habituellement, les gens évitaient de regarder Elias en face.
Cette jeune serveuse, elle, semblait incapable d'avoir peur de lui.
Après quelques secondes, Elias retira calmement sa veste.
- Ce n'est rien.
Il se tourna vers Adam.
- Nous partons.
- Déjà ?
- Oui.
Adam se leva à son tour, non sans adresser un sourire rassurant à Livia.
- Bonne journée.
- Merci... monsieur.
Les deux frères quittèrent le café sous le regard de tous les clients.
À peine la porte franchie, le patron explosa.
- Tu te rends compte de ce que tu viens de faire ?
- Je suis désolée...
- Désolée ? Tu viens de renverser du café sur l'homme le plus influent de cette ville !
- C'était un accident.
- Tu es renvoyée !
Le visage de Livia se décomposa.
- Monsieur, je vous en prie...
- Récupère tes affaires et quitte mon établissement.
- J'ai besoin de ce travail.
- Ce n'est plus mon problème.
Les larmes montèrent aux yeux de Livia, mais elle les ravala.
Sans dire un mot de plus, elle retira lentement son tablier.
Elle adressa un dernier regard au café dans lequel elle avait travaillé pendant près de deux ans.
Puis elle franchit la porte. Dehors, la pluie recommençait à tomber. Elle serra son sac contre elle. Elle venait de perdre la seule source de revenus qui lui restait. Et elle ignorait encore que cette journée allait bientôt changer le cours de toute son existence.