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La sacrifiée

La sacrifiée

Auteur:: MORY
Genre: Horreur
C'est une histoire d'amour, une histoire de famille, une histoire de nos traditions, c'est une histoire qui nous permet de surmonter nos handicaps, parce que l'héroine souffre d'un handicap, une histoire de sorcellerie, une rencontre de trois mondes totalement différents ( Afrique, Occident, Enfer-Paradis). Oui, je vous invite à découvrir un univers tel que je ne l'ai plus jamais écrit. Qui vous plongera dans l"exaspération, la colère, l'injustice, il vous donnera même l'envie de me donner des baffles, mais vous découvrirez une histoire d'amour telle que vous ne l'avez jamais lu ici. Un amour qui va entrainez les personnages dans un enfer qu'ils ne soupçonnaient même pas, mais qui va encore plus les lier que se soit en amitié ou en amour. vous découvrirez que rien ici bas n'est le fruit du hasard... Cela vous dit de découvrir six héros? Oui parce qu'ils sont six héros... de tout façon je ne vous laisse pas le choix

Chapitre 1 01

NOUVELLE CHRONIQUE : LA SACRFIEE.

CHAPITRE I: LE JOUR DES RÉSULTATS

Assimba soupira, la journaliste à la radio, venait d'annoncer la lecture des admis de la région du Sud, elle laissa ensuite son regard se promener sur chaque membre de sa famille, assis autour du grand poste radio; ils retenaient tous leurs souffles, et écoutaient religieusement chaque nom prononcé par la journaliste. Elle savait que dans quelques minutes, le sien aussi allait être lu, et se demanda une énième fois si cela avait valu la peine de dépenser autant d'argent pour un poste radio, juste pour écouter son nom, comme l'avait fait son père. Cela ne durait que deux secondes, merde!

Deux secondes qui changeaient pourtant le cours d'une vie, pensa-t-elle amèrement. Ceux qui n'avaient pas entendu leurs noms pleuraient à chaudes larmes, et n'en revenaient pas de cette injustice, d'autres allaient même jusqu'au suicide, et quant aux heureux élus, ils jubilaient et le pire c'est qu'ils se croyaient déjà grands, parce que ces deux secondes leur dépossédaient du statut d'élève pour celui d'étudiant.

Rien que l'idée d'être associée à ces gens, la contraria fortement, et l'impatience de sa famille qui accroissait au fur et à mesure que les lettres de l'alphabet se rapprochaient de son nom, n'arrangeait pas les choses. Elle ne comprenait pas pourquoi à chaque fois qu'elle avait un examen, la même scène se reproduisait. Ils en faisaient trop, beaucoup trop. Comme si l'échec était possible, alors qu'elle n'avait que de bonnes notes!

Elle ressentit le besoin de s'éloigner, la suite, elle la connaissait trop bien : son nom allait être lu, ils allaient sauter de joie, se jeter sur elle, et lui dire à quel point ils étaient fiers d'elle. Son père allait proposer de célébrer cette réussite, et allait appeler ses collègues, sa mère allait inviter les membres de sa réunion, les amis de son frère et de sa soeur se joindraient à eux, et bien sûr il n'y aurait qu'elle pour n'avoir personne de proche avec qui célébrer cela. Ils allaient rire, et l'un des invités allait lui demander ce qu'elle comptait désormais faire comme études, ou pire quelqu'un allait dire que c'était un exploit pour une personne dans son état d'en être arrivé là ! Et même s'ils ne le disaient pas, elle pouvait le deviner dans chacun de leurs mots, leurs encouragements, tous ces non dits qui diraient à quel point ils ne s'attendaient pas qu'elle y arrive!

Bon sang! Ils la croyaient donc si incapable que ça ?

L'évidente de la réponse fit apparaître une boule dans sa gorge, elle déglutit péniblement, et essaya de chasser l'amertume qu'elle sentait poindre sous forme de larmes. Il ne fallait pas pleurer, surtout pas devant eux.

Seulement, la frustration s'y mettait aussi, et elle eut envie de leur crier d'arrêter tout ce cinéma et de la laisser seule. Ils avaient mieux à faire que de s'occuper de ce qui lui arrivait, elle était une grande fille, et surtout, voulait pour une fois, être la première à écouter la sentence fatidique!

Mais les mots ne sortirent pas. C'est sous cet esprit d'accablement qu'elle retira les freins de son fauteuil et s'éclipsa dans sa chambre, sûre que personne n'avait remarqué son absence. Après avoir tourné la serrure, elle éclata en sanglots à l'instant précis où les cris de joie fusèrent du salon.

Ça y est! Elle était officiellement une grande fille! Fini le lycée, place à l'université!

Et merde!

Merde! Merde! Et merde! pesta-t-elle en dirigeant son fauteuil vers son lit, où elle s'y jeta, les yeux remplis de larmes.

Merde!

Elle ne voulait pas de ça! Ils pouvaient même s'étouffer avec cet examen, ses professeurs, la journaliste, ses parents et tous ces gens qui croyaient vraiment que le monde universitaire lui faisait plaisir. Ils ne voyaient donc pas qu'elle ne savait même pas par où commencer? C'était le dernier tournant de sa vie avant d'entrer dans le monde actif fait de responsabilités. Qu'est-ce qu'ils se disaient en la voyant? Qu'elle allait entrer à l'université, réussir tous les examens, obtenir les diplômes et trouver le travail idéal, se marier et avoir beaucoup d'enfants ? Ils y croyaient vraiment? Non! Alors pourquoi voulaient-ils l'obliger à croire à cette connerie ?

Elle n'était pas dupe, et ne s'était jamais fait d'illusions. tous les gens qui l'approchaient ne voyaient d'abord que cette horrible chose sur laquelle elle se traînait en longueur de journée, une chose qui en disait long sur son état physique, son incapacité à se mouvoir comme tout le monde. Et que dire de ses regards qui la suivaient, des regards indifférents, des regards de pitié, des regards sournois, mais surtout, des regards moqueurs. Elle les connaissait tous, en avait même fait des frais tout au long de sa vie.

Quelques coups furent frappés sur sa chambre, bien évidemment, c'était son père. Il était le plus courageux pour venir l'importuner jusqu'à dans sa chambre.

Assimba ne leva même pas la tête et piaffa d'impatience, elle n'avait rien à leur dire, encore moins envie de célébrer son examen. Il insista encore un peu, puis ses pas lourds s'éloignèrent de sa porte, comme d'habitude, se dit-elle. Le silence avait remplacé les cris de joie. Qu'ils pensent ce qu'ils veulent, cela ne me fait pas plaisir, c'est tout!, pensa-t-elle en chassant la culpabilité qui s'installait en elle à chaque fois qu'elle réagissait ainsi. Avec le temps, ils devaient déjà s'y faire, et savoir que son truc n'était pas vraiment les effusions familiales! Il n'y avait qu'eux, pour se réjouir de ce foutu examen!

Assimba s'essuya les yeux, et regarda le plafond, à la recherche des réponses à toutes ces questions qui se bousculaient dans sa tête par rapport à son avenir. Son examen était déjà en poche, un baccalauréat Technique, mais pour quel avenir? Sa spécialité n'avait que de grandes écoles extrêmement coûteuses, et côté finance ses parents ne roulaient pas sur l'or. Son père n'était qu'un fonctionnaire à quelques pas de la retraite, et sa mère une maîtresse d'école, alors les grands projets n'étaient pas pour eux, surtout depuis que son père avait décidé trois ans plus tôt de construire une maison au village.

Mais alors, se demanda-t-elle, si elle n'allait pas à l'université, qu'adviendrait-il d'elle? Elle voulait étudier, montrer à tous qu'elle n'était pas qu'une pauvre fille dans un fauteuil. Elle voulait parcourir le monde, aider les autres, et surtout se sentir libre sans pour autant dépendre de quelqu'un! Ce n'était tout de même pas trop demander!

Si, conclut-elle en reniflant. La réalité était certes cruelle, mais elle était bien réelle. Ils avaient raison, en plus de cela, elle n'aimait pas la foule. Toutes ces énergies que les gens dégageaient autour d'elle, cette animosité qu'elle devinait derrière ces sourires de façade, elle ne les supportait plus. Elle ne comprenait pas pourquoi les gens s'obligeaient à être gentils, elle voulait des personnes sincères, avec lesquelles elle pouvait échanger librement, qui la pousseraient à être vraie.

Elle jeta un mauvais regard à son fauteuil, elle n'avait jamais détesté quelque chose comme cet objet en métal, qui lui rappelait que ses projets de voyage n'étaient qu'illusions, et que la liberté, juste un rêve! Les plus heureux dans toute cette histoire, n'étaient autres que ses parents.

Elle voyait bien leur petit jeu, ils étaient contents qu'elle n'aille plus à Zoétélé. Déjà qu'ils avaient eu du mal à la laisser partir durant toutes ces années, alors l'imaginer affronter seule l'université, était quasi impossible, surtout financièrement.

Cette simple pensée lui fit froid dans le dos, elle se rendit compte qu'elle aurait vraiment dû faire de son mieux pour rater cet examen! Ils ne comprenaient pas, cette réussite signifiait le début des ennuis pour elle, plus de protection. Qu'est-ce qu'elle allait devenir loin des soeurs? Elle ne savait même pas par où commencer pour leur expliquer cette partie de sa vie qu'ils ne connaissaient pas.

Ses parents ne savaient rien d'elle, elle leur avait caché la vérité depuis des années, et le pire était qu'elle avait aussi menti aux religieuses. Et maintenant, elle se rendait compte que le moment de leur dire l'horrible vérité approchait.

Mais que pouvait-elle leur dire ? Maman, papa, je vis l'enfer? Ou mieux encore, je sens que je vais bientôt mourir...

Y avait-il meilleur moyen pour paraître encore plus bizarre? Et s'il fallait même entrer dans les détails, que pouvait-elle dire? Je vois l'enfer, mes rêves ne sont pas seulement des rêves, mais la tristesse réalité de mon corps qui brûle en enfer?

Ils allaient la prendre pour une dingue.

De surcroît, ils avaient suffisamment de problèmes, elle n'allait pas ajouter ses cauchemars dans la liste. Tout compte fait, elle était heureuse d'avoir un problème et de chercher toute seule la solution, sans qu'ils ne soient derrière elle tout le temps.

Quel meilleur moyen de lui rappeler son handicap ?

Un sourire affectueux naquit sur son visage, elle pensait aux sœurs qui l'avaient vue grandir. Celles-ci connaissaient son tourment infernal.

Et cela, depuis le jour où son père, après avoir constaté qu'elle ne marcherait plus, l'avait confiée à un couvent spécialisé qui avait à son sein des établissements primaires et secondaires. Elles l'avaient accueillie chaleureusement, et quand ses rêves avaient commencé, elles l'avaient protégée. Ensemble, elles priaient pour éloigner le mal.

Elles connaissaient tout d'elle, et la faisaient se sentir utile. Ici, personne n'avait besoin de son aide, ils ne lui demandaient quasiment rien, mais lui proposaient tout le temps un coup de main. Certes, elle reconnaissait ne pas leur faciliter la tâche avec son éternel mutisme, mais elle leur en voulait tout de même de ne pas penser à elle quand il y avait un travail à faire.

Ses parents ne savaient même pas qu'elle pouvait cuisiner, encore moins faire les autres travaux domestiques! A chaque fois qu'elle voulait faire quelque chose, l'un des membres de sa famille l'avait déjà fait! Quel meilleur moyen de se sentir inutile, un poids mort? Alors que la sœur Faustine l'obligeait à sortir de sa coquille, en lui confiant des petites besognes.

L'air s'alourdit et sa chambre lui parut soudain très petite et sombre, elle frissonna d'inquiétude. Il ne fallait pas laisser les idées noires s'installer en elle, surtout pas!

Assimba ferma les yeux, même si ses pensées obscures étaient déjà là, elle pouvait encore les chasser, en restant positive. Il lui fallait juste de la chaleur humaine. De toute façon, tôt ou tard, elle devait sortir, et recevoir ses félicitations d'usage.

Elle s'essuya les yeux du revers de la main, ceux-ci avaient certes rougis, mais elle pouvait très bien dire que c'étaient des larmes de joie. Elle remonta sur son fauteuil, et sortit en longeant le couloir. Quand elle entra au salon, ils étaient toujours là, mais la tristesse avait remplacé la joie. Bien sûr que c'est à cause de moi! Je les rends tout le temps triste.

À son entrée, son père assit sur le divan face à la radio qui diffusait toujours la liste des noms des autres établissements, se leva et vint vers elle. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, chétif, mais doté d'une force mentale qu'Assimba admirait en secret. Son mental et son équilibre ne flanchaient pas, peut importe les circonstances.

Il se dirigea vers elle et s'accroupit, puis passa un doigt affectueux sur sa joue en la scrutant attentivement.

- Tu as pleuré ? demanda-t-il avec une lueur de tristesse dans le regard.

Elle s'efforça d'afficher un sourire jaune, et lui répondit que c'était de joie. Comme toujours, remarqua-t-elle, il n'insista pas. Le froid ressenti dans sa chambre, se dissipa petit à petit, quand il la prit dans ses bras. Comme si c'était le signale, chacun se leva pour une etreinte en la félicitant.

Au tour de sa mère, Assimba lut une tristesse que celle-ci n'arrivait plus à cacher derrières ses sourires.

- Alors, qu'avez-vous prévu pour moi ? demanda-t-elle pour changer l'ambiance, après les embrassades qui la mettaient mal à l'aise.

Sa mère lui annonça fièrement la suite des événements, un programme sans surprises bien évidemment! Assimba se contenta de sourire, et regarda sa mère s'en aller dans la cuisine suivit de sa fille aînée qui ne comprenait pas depuis quand celle-ci avait besoin d'un coup de mains subitement. Ce n'était pas dans ses habitudes de demander de l'aide, surtout que c'était un fin cordon bleu. Dans la cuisine, la mère d'Assimba regarda sa fille ainée, puis ses pensées allèrent vers son autre fille qui discutait à présent avec son père. Elles étaient si différentes !

Si sa fille aînée était extravertie, Assimba elle était tout le contraire. Elle pouvait passer toute une journée dans sa chambre sans boire ni manger. Elle demandait rarement un service, pire, elle se faisait silencieuse, comme si elle voulait se faire oublier. Mais comment oublier un enfant qui hurlait par son silence ? Qui hantait par son absence ?

Assimba était tout le temps dans ses pensées, malgré son envie de se faire toute petite. Entend que mère, elle aurait dû faire encore plus au lieu de la mettre dans un établissement religieux, juste après son accident, certes les sœurs disposaient d'un centre médical, d'une école et d'un collège, mais c'était son rôle d'élever sa fille. Plus tard, quand Assimba avait décidé de rester tout le temps de son cursus scolaire secondaire, au fond, elle s'était sentie soulagée. Non pas de se débarrasser d'elle, mais parce qu'elle voyait bien une lueur de vie réanimer les yeux de sa fille. Seulement, si elle était reconnaissante aux sœurs d'en être responsables, très vite, elle avait su que sa fille n'était plus totalement la sienne. Les religieuses lui avaient pris son enfant. Chaque fois que celle-ci rentrait, elle se murait dans un mutisme qui disparaissait à l'approche de son départ pour le couvent.

Elle ne connaissait rien de sa vie, ni ses amis, encore moins ses camarades. Ses visites au couvent étaient marquées par une gêne, comme si Assimba faisait tout pour écourter la visite. Elle avait une façon de repousser les autres par son silence, parfois, c'était son regard tranchant qui laissait sans voix et déstabilisait n'importe qui. Mais en mère attentive, elle lisait une souffrance muette dans le regard de sa fille, quand elle y plongeait.

Quelque chose la faisait souffrir, et comme Assimba ne se décidait pas à se confier, elle se contentait de l'aimer en silence, de prier pour elle. Ce n'était pas la faute de sa fille, les circonstances de la vie l'avaient rendue ainsi. Naître normalement, et devenir inapte suite à un accident à l'âge de trois ans, pouvait traumatiser n'importe qui.

La vie n'était plus pareille, et même si elle faisait de son mieux pour prouver à sa fille qu'ils l'aimaient de la même façon que dix-sept ans plus tôt, elle sentait bien que ce n'était pas assez.

Elle sortit de sa torpeur, tandis qu'une voix lui murmurait qu'ils avaient perdu la vraie Assimba le jour de son accident.

- Qu'est-ce qui peut bien faire plaisir à Assimba? demanda-t-elle à sa fille.

Elle n'eut pour toute réponse qu'un haussement d'épaules.

La soirée allait être longue.

***

Assimba détesta la réception organisée pour elle.

Elle se contentait de sourire par ci, écouter par là, mais surtout rester silencieuse. Aucune surprise. Chaque membre de sa famille s'entretenait avec ses invités, et elle s'ennuyait. La musique était trop bruyante, et tous ces gens qu'elle ne connaissait pas personnellement, lui donnaient le tournis.

Elle décida de sortir dans le jardin. Dehors, elle respira un grand bol d'air comme si elle avait rêvé de cela toute la soirée, et très vite, ses pensées se mirent à s'évader. Si elle avait été normale, elle aurait profité de sa soirée avec des amis et camarades qu'elle aurait invité. Ils auraient dansé sa réussite, aurait ri avec eux, et aurait su exactement ce qu'elle voulait faire plus tard.

Assimba enviait sa soeur aînée, elle était si belle! Elle avait un tas d'amis, et un petit copain qui était fou d'elle. C'était la fille parfaite.

Même, son premier coup de cœur, c'était rapproché d'elle pour être plus proche de sa sœur.

Cette fameuse nuit, elle avait pleuré toutes les larmes de son corps, et un sentiment de haine envers sa sœur avait grandi en elle d'un coup. Non seulement sa sœur était la responsable de son accident, mais en plus elle lui piquait le garçon qu'elle aimait!

Ce jour fut aussi le début de ses cauchemars...

La sœur Faustine lui avait toujours dit de regarder le ciel quand elle se sentait seule et triste. Là, on pouvait être sûr qu'on n'était pas seuls. Comme pour faire un avec ses pensées, une étoile filante traversa soudain le ciel étoilé. Assimba ferma les yeux, et fit un vœu.

- Je veux, je veux être heureuse pour une fois... murmura-t-elle en silence.

Une image apparut soudain dans son esprit, des yeux. Des yeux d'un vert lumineux, tellement perçants et limpides, qu'elle fut remplie d'une chaleur qui se répandit dans tout son corps.

C'était étrange, pensa-t-elle en se demandant où elle avait bien pu croiser ce regard familier. Peut-être était-elle encore victime de son imagination, comme le disait si souvent la soeur Faustine.

Le froid se fit plus glacial, et ce lieu où elle espérait trouver sa tranquillité paraissait à présent hostile, comme si un danger était caché derrière les fleurs et l'épiait. Elle ouvrit les yeux, frissonna, puis enleva les freins de son fauteuil et retourna à l'intérieur. Dans le couloir, elle croisa son père qui venait vers elle.

- Je te cherchais, je croyais que tu étais dans ta chambre, dit-il quand il fut près d'elle.

- Je voulais prendre un peu d'air frais, mais je crois finalement que j'ai attrapé froid.

Il posa sa main sur son front, et parut inquiet.

- Tu es fiévreuse. Je crois que tu devrais te reposer.

La fatigue fit en sorte qu'elle se laissa faire, quand il se plaça derrière elle pour la conduire jusqu'à sa chambre, elle ne voulait que s'allonger et dormir. Sa mère à leur suite, entra, le visage froissé par l'inquiétude, elle referma derrière elle pour atténuer les voix provenant du salon.

- Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en pliant le fauteuil, tandis que son mari portait Assimba dans ses bras pour la poser sur le lit.

- Elle a de la fièvre, répondit-il simplement en remontant les couvertures.

Sa femme posa sa main sur le front de sa fille, et poussa un cri de surpris. Assimba était brûlante !

Son mari sortit prendre la boite à pharmacie et rassurer les invités. Assimba voulait bien leur dire qu'ils faisaient toute une histoire pour rien, mais ils étaient lancés dans leur rôle de parents inquiets.

- Je vais bien, murmura-t-elle. Je veux juste me reposer et après tout ira bien.

- Chut, reste tranquille, ton père arrive avec un calmant et après on te laissera dormir...

- Je t'assure maman, que tu t'inquiètes pour rien...

Assimba voulut se lever, mais retomba sur le lit, inconsciente.

Sous le coup de la panique, sa mère se mit à la secouer, mais dût la relâcher, car le corps d'Assimba dégageait une chaleur qui était loin d'être normale, comme si elle était dans un brasier.

- Oh mon Dieu! Oh mon Dieu, fit-elle en se signant.

Un nuage fumée sortait du corps de sa fille!

Chapitre 2 02

CHAPITRE II: TIENT, IL NE PLEUT PLUS

Assimba savait qu'elle ne rêvait pas. Cette chaleur, cette horrible chaleur était bien réelle, et si familière.

Elle savait d'avance où elle était, et ce qui se trouvait autour d'elle. Il ne fallait pas regarder l'effroyable regard de cette chose qui lui causait tous ces tourments.

Son pire cauchemar était là, tapi quelque part, attendant sournoisement le moment propice pour l'obliger à faire face à l'horreur de ces lieux. Tous ces cris de damnés, cette chaleur qui n'en finissait pas, cette souffrance... ELLE qui allait apparaître et lui infliger des pires tortures... Non. Il ne fallait pas regarder... Un frisson la parcourut quand elle repensa à cette voix désincarnée sortie des profondeurs de l'enfer pour la tourmenter.

L'intensité de l'eau augmenta, elle se mit à suffoquer et à tousser pour retrouver sa respiration. Le silence inquiétant qui précédait son arrivée à chaque fois, l'alerta. La chose était là!

Son aura maléfique la submergea, l'empêchant de reprendre son souffle; et malgré ses yeux clos, Assimba devina chaque trait de ce visage qui la hantait jour et nuit. Un visage inhumain, démoniaque!

Elle entendit un bruit étouffé, puis quelque chose frôla sa nuque, lui arrachant un cri déchirant qui la força à ouvrir les yeux.

L'épouvante était bel et bien là, face à elle, totalement recouverte de haillons.

Assimba essaya vainement de se débattre, mais ne put échapper à la poigne de la chose qui la saisit par le bras, elle la tira de l'eau bouillante et la jeta violemment dans le bûcher juste à côté qui monta en intensité. À présent prisonnière du brasier, elle avait l'impression d'avoir une coulée de lave dans les veines, comme si elle ne faisait plus qu'un avec le feu qui la consumait. La douleur lui arrachait des hurlements à fendre l'âme. Elle sentait son corps se consumer dans les flammes.

- Alors, on a encore été une vilaine fille ? fit la chose au timbre inhumain.

Elle savait que c'était inutile de se débattre, cette chose avait le pouvoir de faire d'elle tout ce qu'elle voulait, en lui infligeant les tortures inimaginables. C'était son monde!

- Une vie, pour une vie... ne cessait-elle de répéter depuis des années qu'elle hantait ses rêves.

La chose approcha sa main vers la bouche d'Assimba, à son contact froid, celle-ci poussa un cri tellement aiguë qu'elle en eu mal à la gorge et se mit à tousser et cracher en même temps. Les larmes lui brouillèrent la vue, floutant la présence devant elle.

- Assimba...Assimba s'il te plaît ouvre les yeux mon enfant... S'il te plaît...

Cette voix n'était plus la voix horrible qui hantait ses nuits, mais celle de son père.

- Tu ne pourras jamais m'échapper, jamais... cracha la chose.

- Non !... Non...

- Ouvre les yeux s'il te plaît, je t'en prie ouvre les yeux...

La voix de son père était à présent larmoyante, des larmes de tristesse qu'elle connaissait bien, qui venait de l'autre monde, un monde moins douloureux, mais rempli de tristesse.

- Papa... Papa s'il te plaît aide moi...

Elle voulait s'en sortir, fuir ces lieux, et malgré la douleur, elle essaya de se concentrer. Après ce qui lui parut une éternité de douleurs et de souffrances, la voix de la sœur Faustine lui parut plus distincte dans sa tête : Ferme les yeux et dis-toi que tu appartiens à notre Seigneur mort sur la croix pour nos péchés! Il est mort pour nous sauver, pour empêcher le diable de triompher. Alors crois en lui, invoque-le et il éloignera de toi tout esprit mauvais!

- Seigneur, aide-moi, cria-t-elle de toutes ses forces en fermant les yeux...

Elle sombra dans les ténèbres.

***

Assimba mit quelques secondes à s'habituer à la lumière du plafond, elle reconnut petit à petit sa chambre. Puis la stupéfaction et l'inquiétude dans les yeux de ses parents, finirent par la réveiller. Elle se rappela soudain que c'était la première fois qu'elle avait ses cauchemars devant eux.

Et merde!

Ils n'étaient pas dupes, il fallait s'expliquer, elle allait devoir leur dire la vérité.

- Assimba ! s'écria son père en se jetant à genoux près de son lit... Ma fille, ma petite fille...

Sa famille n'était pas vraiment chrétienne, ils n'avaient pas la même conception que les religieuses qui l'avaient vu grandir, alors, comment leur expliquer cela sans donner l'impression d'avoir pété un câble? D'ailleurs, quiconque avait un semblant de logique trouverait cela incroyable.

- Tu étais toute brûlante, la fumée sortait de ton corps... Comment cela est possible! s'écria son frère aîné.

- Dis-nous ce qui se passe, s'il te plaît, supplia la voix larmoyante de sa mère.

Assimba tourna la tête vers celle-ci, elle était blême, comme si elle se demandait si ce qu'elle avait vu était bien réel. Assimba se redressa de son lit malgré les protestations. Elle était fatiguée pas seulement à cause de son rêve, mais aussi parce qu'elle se rendait compte que toutes ces cachoteries l'avaient épuisée.

Elle respira profondément, cherchant les mots exacts. La peur avait disparu de leurs yeux, remplacée par l'incompréhension. Alors d'une voix traînante, elle commença son récit. Le récit de cette vie d'elle qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils ne soupçonnaient même pas. Elle leur parla de ses rêves qui la transportaient en enfer, bien sûr ils croyaient tous que ce n'étaient que de simples rêves, mais quand elle leur dit que non, que dans ceux-ci elle se retrouvait attachée sur un bûcher, et qu'une apparition monstrueuse la reclamait comme dû.

- Je ne sais pas comment vous l'expliquer, cela avait commencé quand j'avais treize ans. Je ne sais pas si tu te souviens, c'était durant les grandes vacances, je m'étais réveillée avec des brûlures sur le corps, et je vous avais dit que c'était de l'eau chaude qui s'était versé sur moi...

- Oui, je me souviens de cet incident, fit sa mère. Je ne comprends pas où tu veux en venir ma chérie.

- C'était faux maman, cette fameuse nuit, j'avais rêvé qu'une femme essayait de me noyer dans de l'eau bouillante, pour me jeter ensuite dans un bûcher, et le lendemain, j'avais des marques de brûlure sur tout mon corps. Et depuis, je fais des cauchemars, je me retrouve dans de l'eau, où cette femme fait son possible pour me noyer. C'est... C'est si horrible !

Assimba se mit à pleurer. La dernière fois qu'elle avait pleuré devant eux, c'était quand les enfants du voisinage l'avaient traitée de sorcière, parce que selon, leurs parents, les personnes invalides étaient des sorciers qu'il ne fallait pas surtout pas approcher. Après lui avoir dit cela, ils étaient partis en courant, en lui criant qu'elle faisait semblant de ne pas marcher en journée, alors que la nuit elle voyageait mystiquement à la recherche des sacrifices à faire. Ses parents l'avaient retrouvé par terre, simplement parce qu'elle voulait leur prouver qu'elle n'était pas sorcière, et qu'elle pouvait marcher comme son père avait l'habitude de lui dire. Mais rien.

Toute émue, sa mère se leva et vint la prendre dans ses bras, elle s'en voulait de n'avoir pas fait plus attention. C'était sa fille ! Elle aurait dû plus insister! Ses larmes rejoignirent celles d'Assimba.

- Pourquoi tu ne nous as rien dit ? Nous sommes une famille! Et ce qui arrive à l'un, nous concerne tous.

Le reproche dans la voix de son père, n'échappa pas à Assimba. Mais comment leur dire que c'était trop dur à avouer ? Allaient-ils la croire, ou confirmer ce que les enfants de leurs voisins lui avaient dit une dizaine d'années plus tôt, qu'elle était une sorcière? Elle continua tout de même son histoire, à la fin, elle remarqua le regard que ses parents échangèrent.

- Vous savez quelque chose que j'ignore ? demanda-t-elle à ses parents.

- J'avais fait un premier rêve, répondit son père tout blême, quand ta mère était enceinte de toi, j'avais aussi rêvé d'une femme qui essayait de la noyer en te réclamant comme son dû. Elle voulait t'arracher du ventre de ta mère et partir avec toi dans un brasier intense. Mais quelque chose l'en empêcha, des yeux verts. Puis quelques jours avant ton accident, elle était revenue, cette fois-ci plus forte et puissante. Je l'avais vue te poursuivre en pleine forêt, puis te pousser dans une mer enflammée. Mais, cette fois-ci, le même regard vert apparu, cette fois, il n'était plus seul, cinq ombres se trouvaient tout autour de toi et te recouvraient, l'empêchant de te faire du mal. Et depuis, je n'ai plus jamais eu de rêves te concernant.

La voix de son père se brisa sous le coup de l'émotion, elle se sentit coupable de ne pas avoir été honnête avec eux, ils avaient raison, ils étaient une famille et se devaient de tout partager.

Une colère gronda en elle, non contre ses parents ou elle-même, juste contre la vie. Elle en avait assez que son monde ne soit que tristesse, elle ne voulait plus voir ses parents pleurer à cause d'elle.

Un détail lui revint cependant. Son père avait parlé de mystérieux yeux verts, et combien de chance que cela ne soit qu'une coïncidence? Elle en doutait fortement. Ils étaient apparus au moment où elle avait souhaité être heureuse, et juste après elle avait eu sa crise de cauchemars. Les seuls capables de lui répondre n'étaient autre que les religieuses, ainsi que le père Daniel, le curé de la paroisse de Zoétélé.

Si au début ils n'avaient pas compris pourquoi Assimba voulait à tout prix passer le clair de son temps là-bas, ils avaient enfin les raisons de ce choix: elle voulait leur épargner ce spectacle. Comment pouvaient-ils se pardonner? Pendant des années elle avait lutté contre des forces qui dépassaient l'entendement et ils n'avaient même pas soupçonner cela!

Quand ils lui demandèrent ce qu'ils faisaient quand tout redevenait calme, elle répondit qu'ils priaient. Alors sous ses yeux ébahis, ils se mirent à genoux autour de son lit, et se mirent à prier. Elle les laissa faire, de toutes façons, quelles genres de prières pouvaient-ils adresser à Dieu que les soeurs, ainsi que le père Daniel n'avaient fait? Et cela n'avait pas empêché les cauchemars de continuer et de redoubler d'intensité! Oui, elle était devenue sceptique, et il y avait de quoi. Quand elle repensait à ce que lui avait dit son père, elle avait l'impression d'être au milieu de quelque chose qui avait commencé bien avant sa naissance. Un plan minutieusement conçu pour qu'elle se retrouve en enfer!

Mais pourquoi ? Qu'avait-elle pu faire à Dieu ou à ce démon? Était-ce les fautes de sa famille qu'elle devait payer? Pourquoi elle!

Il fallait qu'elle aille à Zoétélé, conclut-elle en se rendant compte que la prière venait de s'achever. Elle eut juste le temps de faire le signe de croix que son père se racla la gorge, signe qu'il avait quelque chose de grave à dire.

- J'ai réfléchi, et je crois que le mieux serait de partir faire un séjour chez les sœurs, elles te diront ce qu'il faut faire, ici, on ne peut rien faire sauf prier avec toi, mais elles sont plus qualifiées. Si tu veux et si elles sont d'accord, on programme le voyage pour demain ou après-demain, j'irai avec toi, je dois impérativement parler à la soeur Faustine!

Rien qu'à l'idée de laisser son père avoir un entretien avec la soeur Faustine, elle eut des frissons; elle allait en baver après le départ de son père surtout que la soeur Faustine croyait vraiment que ses parents étaient au courant de tout.

- Tiens, il ne pleut plus, remarqua son frère aîné.

Chapitre 3 03

CHAPITRE III: EN AVANT L'AVENTURE!!!

Le couvent des sœurs de Sainte Marie de Namur n'était pas vraiment situé en plein centre de Zoétélé, mais à deux kilomètres de là. Il était dans le même site que la paroisse dans laquelle était construite la fameuse église dédiée à la Sainte Marguerite. La paroisse comprenait une école primaire, et un secondaire technique, qui portaient tous le nom de cette petite fille morte durant la construction de cette église, un pensionnat pour jeunes filles, et un dispensaire. C'est dans ces lieux qu'Assimba avait passé toute son enfance. Pas vraiment avec les filles de son âge, encore moins avec ses camarades, mais avec les religieuses. Ce que ses camarades ne comprenaient pas, et qui faisait d'elle une personne bizarre. Toutes avaient presque peur de la côtoyer, croyant que leurs mots seraient reportés aux religieuses.

Assimba ne leur en voulait pas, elles n'avaient rien à se dire et n'avaient pas les mêmes centres d'intérêt. Elles parlaient maquillage et garçons, tandis qu'elle se préoccupait de ses démons.

Son père et elle arrivèrent dans l'après-midi, malheureusement ils trouvèrent que la soeur Faustine s'était absentée pour la capitale. Quelle ironie du sort, pensa son père, surtout qu'ils en revenaient! Selon la soeur chargée de l'accueil, soeur Faustine devait récupérer des jeunes étrangers à l'aéroport et ne serait de retour que très tard ou le lendemain. C'était fâcheux pour le père d'Assimba qui était de service le lendemain matin. Non pas qu'il y ait une grande distance entre Zoétélé et la capitale, mais il pensait pouvoir faire le trajet aller-retour sans problème. Il décida de rentrer après avoir pris rendez-vous pour la semaine suivante.

Assimba regarda son père s'en aller, soulagée en même temps, elle se demanda de quoi ils allaient discuter, d'elle bien évidemment!

Seule, et à présent dans la chambre du parloir qu'elle occupait pendant les vacances, elle ne cessa de repenser à tout ce qui lui était arrivé. Une question revenait toujours: avait-elle vraiment bien fait de venir, ou c'était la volonté de quelqu'un d'autre?

Elle avait hâte de discuter avec celle qui la comprenait le mieux, malgré le sermon qui l'attendait suite à son mensonge, mais Assimba savait qu'elle lui donnerait des réponses adéquates, du moins, au cas contraire, elle parviendrait à calmer la peur qui l'habitait.

Assimba avait bien voulu en savoir plus sur le déplacement de sa mère spirituelle, mais en vain. Toutes les soeurs semblaient ne rien savoir, conclut-elle en allant dans sa chambre.

Le reste de la soirée, elle le passa à dévorer les livres posés sur sa table de chevet. Elle y trouvait toujours un nouveau bouquin, toutes ici connaissaient sa passion pour la lecture, et quand l'une d'elles avait un livre, elle venait le poser dans sa chambre. C'était ce genre de petites attentions qui faisaient en sorte qu'elle se sente ici chez elle, les unes comme les autres, étaient attentionnées et elle n'avait pas l'impression d'être étouffée en même temps.

Très tard dans la nuit, elle fut réveillée par de petits coups frappés à sa porte. apparemment, elle s'était endormie en pleine lecture. La sœur Faustine apparut quelques secondes plus tard, toute souriante.

Elle était grande de taille, un visage qui ne renseignait pas sur son âge tellement elle était toute sèche, sa silhouette d'homme, et ses manières rustres faisaient d'elle une femme plutôt curieuse. Et sa voix grave n'arrangeait rien. Mais pourtant, il y avait cette bienveillance dans son regard, et quand elle souriait, son visage se transformait totalement en une boule d'amour. Bien sûr elle ne le faisait que rarement, parce qu'il fallait être intransigeante et ferme avec certains parents qui refusaient de terminer la pension scolaire de leurs enfants, et aussi avec certaines pensionnaires qui n'arrivaient pas à calmer leurs hormones. Pourtant, Assimba savait que derrière cette image, se cachait la plus gentille des femmes. Elle l'avait accueillie à bras ouvert comme sa propre fille, et depuis elles étaient très liées. Fine psychologue, et grande observatrice, rien ne semblait lui échapper, elle pouvait deviner à quoi pensaient les gens, bien avant que cela ne franchisse leurs lèvres.

- J'espère que je ne te réveille, demanda-t-elle en prenant place sur la chaise libre près de la table, face à Assimba. Si c'est le cas, je peux revenir demain matin.

- Non, cela me fait plaisir de vous revoir, répondit-elle, heureuse de voir enfin son amie .

- Je viens juste d'arriver avec des jeunes volontaires d'une organisation, comme il se fait tard, tu les verras demain. Je suis sûre que vous vous entendrez bien, ils sont très gentils, tout comme toi.

Elles échangèrent pendant quelques minutes les banalités, prenant des nouvelles de l'une et de l'autre. Puis, la sœur Faustine ôta ses lunettes, et les posa sur la table, elle n'aimait pas aller par quatre chemins.

- J'avoue que l'appel de ton père m'a un peu étonné, on aurait dit qu'il ne savait pas que tu avais des cauchemars. Tu n'aurais pas par hasard oublié de le lui dire ?

Son regard déstabilisa Assimba qui se fit toute petite dans son lit, elle s'attendait bien à cette question, et la meilleure façon de répondre était d'être honnête.

- Je n'ai pas voulu le leur dire...

- Et pourquoi cela ?

- Parce que je me sens déjà comme un fardeau, et assez coupable d'attirer autant d'attention sur moi, alors ajouter les démons et autres, était au-dessus de mes forces. J'ai l'impression d'être un boulet qu'ils sont obligés de traîner avec eux. Je ne leur cause que peine et soucis.

Assimba avait parlé comme si elle était seule dans sa chambre, mais elle savait bien que la religieuse ne perdait aucun de ses mots.

- Tu vas faire quelles études après ton Bac ? demanda la religieuse en changeant subitement de sujet.

Elle ne répondit pas, elle prit le temps de choisir sa réponse, la sœur Faustine lisait en elle.

- Pour dire vrai, je ne sais pas, j'ai peur, très peur de ce qui m'attend si jamais je quitte ces lieux.

- Explique mieux, s'il te plaît...

- J'ai peur de grandir, de me retrouver face à moi-même, cela a l'air absurde, mais je ne sais pas comment envisager ma vie loin d'ici. En même dans, je me dis que je dois avancer, devenir cette grande fille. Mais, je sais bien que si je me retrouve devant une impasse, je ne sais même pas ce que je devrais faire...

- Continues... fit la voix doucereuse de la bonne soeur.

- De plus, je sais le nombre de responsabilités que cela implique d'entrer à l'université...

- Et toi tu n'es pas prête à faire face à tant de responsabilité, c'est ça ?

La sœur avait parlé d'un ton si calme qu'il inquiéta Assimba, elle connaissait bien la religieuse, et s'attendait à recevoir une bonne leçon de morale.

- Je ne dis pas que je n'ai pas envie de grandir, juste que l'inconnu m'effraie. Je pense que j'aurais aimé avoir un peu plus de temps pour mieux préparer mon futur, essaya-t-elle de justifier tant bien que mal devant le regard perçant de la religieuse.

Celui-ci brillait de colère contenu.

- J'ai l'impression que cette situation te plaît apparemment. T'enfermer dans ta bulle, et ne laisser personne y entrer, parce que tu te dis qu'ils vont un jour se lasser de toi. Ce n'est pas parce que certaines personnes se sont moquées de toi que cela signifie que tout le monde autour de toi va te faire de la peine. Arrête de te cacher derrière ton malheur, et jouer ensuite à celle qui n'a besoin de personne. Tu as peur, c'est normal, tout le monde un jour ou l'autre éprouve ce sentiment, mais tu es aussi une fille très intelligente. Ton examen, tu l'as eu avec mention, tu comprends ce que cela signifie ? Que tu peux déposer ton dossier dans n'importe quelle université, tu seras reçue.

Elle se tut un instant et regarda Assimba, les larmes perlaient sur les yeux de celle-ci.

- Je...

- Non, ne dis rien! Je croyais que tu avais la tête sur les épaules, tu es hantée par ton passé, pourtant, ce qu'il faut faire, c'est vivre ta propre vie et rien d'autre. Pense à ton avenir et le plus important, vois le monde, les jeunes de ton âge. Sors de ta bulle et ose prendre des risques. Et même si tu tombes, qu'est-ce que cela va faire ? Les gens vont rire? Et alors? Je sais qui tu es Assimba, tu es une fille qui vit ce que bien des gens ne devinent même pas, et pourtant, tu ne baisses pas les bras. Je n'étais pas là quand tu as eu ta crise, le père Daniel non plus, et pourtant, tu es sortie de ces lieux terribles! Ta volonté a suffi à te faire sortir de là. Alors, à un moment, il faut accepter que tu es bien plus forte que tu ne l'imagines. Si tu fais face à l'enfer, ce ne sont pas des simples étudiants qui vont t'effrayer.

Son regard s'adoucit, elle se pencha et essuya affectueusement la larme qui coulait le long de la joue d'Assimba.

- Tu sais que je veux ton bien n'est-ce pas ?

Assimba acquiesça, en essuyant le reste de larmes.

- Tu sais pourquoi je suis partie à l'aéroport ? demanda la sœur Faustine, sautant du coq à l'âne.

- J'ai cru entendre que vous aviez des gens à récupérer à l'aéroport...

- Ce sont des jeunes qui viennent passer les vacances d'été au pays. Ils font parti d'une association caritative, qui les envoie dans le monde entier, durant les vacances d'été, pour construire et rénover des lieux qui sont utiles à des populations dans le besoin.

- Elle semble grande cette association, remarqua Assimba revenue de ses émotions.

- En effet. Ils, ils plus de trois milles, et cette année, ils ont dépêché un certain nombre pour ici.

- Ils vont travailler dans la paroisse? demanda Assimba, curieuse.

- Non, tu te souviens du monastère des Trappistines d'Obout?

- Evidemment ! s'exclama Assimba. C'est l'un de mes endroits préférés.

Trois ans plus tôt, ses camarades de classes et elle y avaient séjourné durant une récollection, et elle ne s'était jamais sentie aussi ailleurs. Très à l'écart du village, le monastère était enveloppé du silence de la forêt qui l'entourait. Il y avait quelque chose qui fascinait Assimba dans ses lieux, pas seulement leur fameux jardin naturel qui couvrait presque toute la forêt, mais elle devinait un mystère qu'elle n'arrivait pas à saisir. Toute la nature s'était mise en harmonie afin de créer cet endroit paradisiaque. Les sentiers étaient si bien tracés, que les moines, disaient que cela ne pouvait être que la main de Dieu. Cet endroit à lui seul valait le déplacement.

- Tu te souviens de l'état dans lequel leur jardin se trouve ? Il tombe en ruine, l'école date de la colonisation, le dispensaire ne contient que du pur matériel essentiel, et cela n'est pas assez pour la santé de la population locale et ses environs.

Pour Assimba, c'était là le Jardin d'Éden. Et savoir qu'un si bel endroit tombait en ruine, lui fit de la peine. Il regorgeait d'histoire du pays, on y retrouvait encore les traces des premiers missionnaires qui avaient construit des dizaines de chambres pour abriter les plus pauvres et un dispensaire pour les soigner. Mais avec le temps, ils avaient transformé les chambres pour malades en chambres d'hôtes, afin de récolter de l'argent pour entretenir les lieux. Les personnes qui cherchaient un lieu pour se retrouver et méditer étaient les bienvenues.

- Je croyais qu'ils prévoyaient une rénovation grâce à l'argent reçu des chambres d'hôtes.

- C'était cela le but, seulement, l'argent que rapporte les chambres d'hôtes, n'est pas suffisant. Les visiteurs se font rares, et le travail à abattre est tellement énorme qu'il faut du temps et beaucoup de mains d'oeuvre que les moines ne peuvent pas payer. Mais ces bénévoles veulent le rénover, avec l'aide de la population locale, bien évidemment.

- Je trouve cela très gentil. Mais vu le travail à abattre, je suppose qu'ils sont nombreux à être venus...

Une lueur traversa les yeux de la religieuse.

- Tu pourras le constater par toi-même, rétorqua simplement la soeur Faustine en se levant. Je t'ai inscrite comme bénévole, tu travailleras avec eux pendant toutes ces vacances. C'est ton cadeau.

***

La nuit se passa très lentement au goût d'Assimba. Elle ne cessait de se retourner dans son lit, se demandant ce qui avait bien pu faire croire à la religieuse que passer des semaines avec des étrangers était le plus beau cadeau qu'elle pouvait lui offrir! Franchement, comme cadeau, elle avait connu mieux et pouvait bien se passer de celui-ci.

Bien évidemment, elle pouvait refuser, trouver toutes les raisons pour ne pas y aller, mais elle voyait bien que c'était une sorte de test, et surtout un défi que lui lançait son amie: survivre au milieu des inconnus, pour mieux affronter l'université, et en fauteuil roulant !

Et merde!

À six heures du matin, les cloches de l'église se mirent à tinter, pour rappeler la messe du matin. Elle aimait entendre l'écho de ceux-ci percer le silence du matin, c'était si apaisant.

Après s'être apprêtée, elle sortit de sa chambre pour l'église, en respirant l'air frais et pur du matin.

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