Je n'avais aucune idée de ce qui m'arrivait. Je ne faisais que courir jusqu'à en perdre haleine. Les rues et les ruelles me paraissaient bien trop sombre en cette nuit de pleine lune. Les lampadaires ne semblaient pas éclairés suffisamment pour qu'on puisse distinguer avec certitude à plus de 200m. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. Mes poumons me brûlaient et ma gorge était un désert à la recherche d'eau. Mes jambes me faisaient tellement souffrir que si je m'arrêtais, je m'écroulerais sur le champs.
Un hurlement lointain m'empêchait non seulement de trébucher mais aussi d'accélérer le pas.
Une fois dans mon petit appartement, je ne risquais plus rien. Ces bêtes enragées ne pourraient plus rien me faire, dans mon petit cocon. Encore seulement quelques mètres et mon salut était à porter de main. Le hurlement se rapprocha et je crus même percevoir des pas de courses derrière moi. J'accélérai une nouvelle fois, avant de bifurquer à droite et de freiner afin de ne pas me prendre la porte de l'immeuble. J'avais les jambes tremblantes et elles risquaient de me lâcher mais l'adrénaline de la peur me donnait la force de presque arracher la porte de ses gonds. Je me précipitai à l'intérieur et fouillai comme une cinglée dans mes poches de jeans pour attraper les clefs.
Après une minute qui m'apparut comme une éternité, je mis la main dessus et passa le badge devant le scan de l'interphone pour débloquer les portes. Je passais la porte en la tirant pour qu'elle se referme définitivement sur moi. Je pouvais enfin souffler normalement. Je me sentais déjà un peu plus en sécurité ici que dehors. Je montais fébrilement les marches, me tenant à la rampe pour ne pas dégringoler en bas des escaliers. J'atteignis le deuxième étage avec soulagement. Ma porte droit devant moi, j'augmentais la cadence malgré mes douleurs musculaires. J'étais bonne à rester au lit demain.
J'insérai ma clef à l'intérieur de la serrure et ouvris la porte. Je la refermai derrière moi, à double tours. Mon appartement était dans une obscurité profonde, mais l'odeur légèrement brûlée des bougies de cet après-midi était encore dans l'air. D'un pas chancelant, je me dirigeai vers ma cuisine à ma droite. J'allumai la lumière et ouvris le frigo. J'attrapai la première bouteille de contrex et but une longue et délicieuse gorgée d'eau fraîche. Je partis ensuite prendre une douche. Je puais la transpiration et je détestais ça. La douche fut longue et savoureuse. Je me drapai d'une serviette de bain et je me séchai les cheveux au sèche cheveux. Cela m'avait pris une dizaine de minutes vu ma crinière abondante. Les cheveux secs mais toujours en serviette, je ne pris pas la peine de m'habiller pour m'enfouir sous les couvertures de mon lit et dormir, en pestant avant d'avoir eu une journée aussi nulle.
Il y avait cependant une chose dont je pouvais me féliciter. C'était d'avoir réchappé à une meute de loups en chasse. La proie, c'était moi... mais ils n'avaient aucune idée à quelle point, c'était difficile de m'attraper. Et en cette nuit de pleine lune, la proie avait remporté la première partie.
Comme je l'imaginais, mon corps était douloureux. Le combiné à une oreille pour essayer de convaincre mon patron d'avoir une journée pour me reposer, j'argumentai sur plusieurs points importants et qu'il était sensible d'oublier. Je n'avais jamais pris de vacances à moins que l'entreprise ne ferme d'elle-même ses portes. J'avais toujours fait correctement mon travail même si ce dernier était infaisable. J'étais une bonne employée et je méritais d'avoir un jour de repos. Si cela continuait, j'allais devoir le menacer... chose très peu flatteuse que je n'aimais guère.
J'aurais aimé le voir la nuit dernière à semer des loup-garous, lors d'une pleine lune. Je lâchai un soupir et une flopée de commentaires vint me répondre. Je finis par maugréer une petite menace mais très utile. Avant même que je ne puisse comprendre autre chose, il me sortit un très bien et reposez-vous, puis il me raccrocha au nez.
"C'est pas vrai ! Grognai-je, en enfonçant ma tête dans mon oreiller."
Ce type ne ratera pas une seconde pour me railler le lendemain. Je n'aimais pas du tout cet homme. Il était tellement imbu de lui-même et ne savait pas apprécier le travail des autres à sa juste valeur. Connard prétentieux, si il n'était pas le patron, il se serait fait renvoyer depuis longtemps. Je lâchai une autre complainte avant de sortir ma tête de mon coussin. Je me levai d'un bond et enfilai mes vêtements pour aller travailler. Cet idiot de chef m'avait suffisamment énervé pour que je me tue à aller au boulot. J'enfilai un pantalon noir, une chemise blanche et une veste noire. J'enfilai les chaussures qui allaient avec et filai comme une furie hors de mon appartement, pour rejoindre mon lieu de travail.
En arrivant, ils étaient tous surpris de me voir débarquer. Ceci étant dit, je me doutais bien que le stupide chef que j'avais, avait sûrement déjà fait circuler que j'étais trop feignasse pour venir travailler. Il fallait d'ailleurs que je le vois celui-là. Je me dirigeai vers l'ascenseur pour qu'il m'emmène jusqu'au troisième étage. Je pris à droite en sortant. Énervée comme j'étais, je ne pris pas la peine de toquer pour entrer. J'ouvris la porte en la fracassant contre le mur, mais je me figeais en entrant à l'intérieur. Quelqu'un d'autre que le vieux chauve était assis au bureau. Mon visage vira rouge, et je bafouillai une minable excuse avant de sortir précipitamment, en refermant la porte derrière moi. Je lançais un regard en direction du bureau fermé. C'était bien le bureau de mon patron dodu. Ils avaient du faire des aménagements. Je cherchais du regard un collègue de travail susceptible de m'aider.
À ma grande surprise, celui qui m'aida, était mon patron. Il avait dans ses bras des cartons et attendait l'ascenseur. Je posai ma main sur son épaule, en le hélant. Il sursauta en me voyant à ses côtés. Il était surpris de me voir, et moi de le voir si abattu.
"Je viens de passer à votre bureau pour vous dire que je venais travailler tout de même, mais il y avait quelqu'un d'autre à l'intérieur. Que se passe-t-il ? Demandai-je, en expliquant la situation.
- Oh, vous avez rencontré votre nouveau patron ? Je suis viré... ou le terme approprié serait muté dans une autre branche. Expliqua-t-il, en détournant le regard."
Bon... cela devenait très bizarre. On ne mutait pas quelqu'un du jour au lendemain. On prévenait quelques jours à l'avance pour que l'employé fasse ses valises. J'avais mal pour lui. Il avait été viré comme un mal propre de son propre bureau. Je me tournais vers le bureau du patron, dans lequel j'étais entrée comme une folle furieuse. Par tout les saints ! Je m'étais carrément donnée en spectacle devant mon nouveau chef. Le rouge me monta aux joues. Je me sentais vraiment honteuse. Je devais aller m'excuser proprement auprès de lui. Ce n'était pas que j'avais peur pour mon boulot... enfin si j'avais peur, mais c'était surtout à cause de mon éducation sur la bienséance. Comme je détestais mes parents de m'avoir si bien éduqué. Je me postai devant la porte et toquai trois fois. Une voix rauque et sensuel m'autorisa à entrer. J'ouvris timidement la porte, toujours morte de honte de ma première entrée.
Le nouveau patron était bien plus jeune que le premier. Il était plongé dans ses papiers. Ses cheveux bruns où la lumière reflétait quelques éclats dorés, lui retombaient sur ses yeux et dans sa nuque. Il avait une musculature proéminente sous sa chemise blanche. Il devait faire une tête de plus que moi. Sa peau colorée par le soleil, lui donnait une douce couleur de miel. Ses sourcils se fronçaient en lisant un rapport. Son regard d'un bleu métallique se concentrait pour lire et comprendre ce qu'il était écrit. Son nez droit surmontait de belles lèvres lisses et sensuelles. Son menton carré avait une barbe de trois jours, et il était terriblement séduisant.
Je ne voulais pas le déranger plus que ça, donc je m'apprêtai à partir discrètement. Son regard bleu se posa sur moi, me statufiant sur place. Une lueur de malice s'installa dans le bleu électrique de ses prunelles. Un sourire amusé s'étira sur ses lèvres.
"Et bien, je me demandais combien de temps vous alliez prendre pour revenir. Pouffa-t-il, en reposant son document.
- Je m'excuse pour tout à l'heure. Je ne pensais pas que je changerai de patron aujourd'hui. Tentai-je de me justifier.
- Ne vous en faites pas, pour cela. Personne n'a été prévenu à l'avance. Sourit-il, en m'invitant à m'asseoir sur l'une des chaises devant son bureau."
J'aurais bien aimé m'asseoir et discuter longuement avec lui, mais ma petite voix interne me disait que c'était une mauvaise idée. Si ce type essayait de me mettre le grappin dessus, j'aurais plus de chance de m'étaler par terre que de m'enfuir. Je refusai donc poliment son invitation. Il ne le prit pas à mal et se leva. Il fit le contour de son bureau et se cala contre ce dernier pour me faire face. Il croisa ses bras contre son torse et me regarda amusé par mes réactions. Mes joues devaient cramoisies et je ressemblais sûrement à une adolescente coincée face à son professeur.
"Vous êtes une personne intéressante. Me complimenta-t-il, un sourire presque prédateur sur les lèvres.
- Qu'entendez-vous par "intéressante" ? Je suis simplement moi-même. Rétorquai-je, ne le prenant pas comme un compliment.
- Vous entrez comme un ouragan dans ce bureau, comme si c'était chez vous. Après avoir vu votre erreur, vous prenez la première excuse qui vous vient à l'esprit avant de partir comme vous êtes venue. Puis quand vous prenez conscience de l'ampleur de ce que vous avez fait, vous revenez pour quoi ? Vous excusez afin de garder votre travail ? Pouffa-t-il sarcastique, m'irritant.
- Je me suis déjà excusée pour mon comportement grossier. Et figurez-vous que ce n'est pas pour garder mon emploi que je m'excuse mais parce que mes parents m'ont correctement élevé ! M'exclamai-je, en lui lançant un regard noir."
Il ne dit rien et sourit davantage. Il semblait apprécier le spectacle que je donnais. J'avais très envie de partir en claquant la porte, mais je ne voulais pas paraître comme une harpie furieuse. J'inspirai un petit coup, préparant ma prochaine phrase pour lui faire perdre son sourire sournois. Prête à asséner un coup qui me le mettrait sûrement à dos, j'ouvris la bouche mais il me coupa l'herbe sous le pied.
"Je comprends mieux pourquoi il s'est mis à vous chasser, Creach¹. Souffla-t-il, en dévoilant des gouttes dorées tourbillonnant dans le bleu de ses iris."
Mon corps se crispa à cette vue et la chaleur quitta mon visage. Mon ventre se tordait de peur. J'avais cru les avoir semés hier. J'avais cru qu'ils me laisseraient tranquille, visiblement ce n'était pas le cas. Les loup-garous semblaient être une espèce bien plus têtue que les highlanders, en Écosse, et si ma mémoire ne me jouait pas de mauvais tours, la terre sacrée de ces derniers se trouvait dans les highlands. Ce qui confirmait leur côté têtu. De plus, on n'échappait pas à des loup-garous. C'était comme les vampires, bien que j'en avais jamais rencontré. Soit on les tuait, soit on était mort. Ce n'était pas très réjouissant. Ma victoire de la nuit dernière avait du laisser un goût amer dans la bouche de l'Alpha. Je me sentais en danger à présent. Je reculai d'un pas vers la porte, prête à décamper sur le champ.
"Ne soyez pas ainsi. Je ne vais pas vous faire de mal. Je suis juste censé vous surveiller afin que vous ne quittiez pas la ville. Bien que cela ne rendrait que le jeu plus amusant. L'Alpha ne peut pas quitter si simplement son territoire pour entrer dans celui d'un autre. Et il n'a pas envie que d'autres meutes ne se mêlent de ça. Raconta-t-il, ne m'apaisant pas du tout.
- Il ne veut pas simplement me laisser tranquille ? Je lui ai déjà dit que j'étais désolée d'être intervenue et de l'avoir giflé. D'ailleurs, je suis sûre que j'ai eu plus mal que lui. Répliquai-je, en essayant de ne pas faire paraître ma peur.
- Il n'y a pas de doute la dessus, mais ce n'est pas physiquement que vous l'avez blessé. C'est son orgueil et son ego d'Alpha que vous avez blessé. C'est bien pire qu'une blessure physique. Il ne vous lâchera pas tant qu'il ne vous aura pas. M'expliqua-t-il un sourire malicieux ornant ses lèvres."
Génial ! J'étais poursuivie par un loup géant tout ça parce que je ne savais pas me mêler de ce qui ne me regarde. Je me fustigeai intérieurement, en prenant bien soin de me traiter de tout les noms d'oiseaux possibles. Mon nouveau patron continuait de sourire en voyant ma mine décomposée.
"Je savais que je n'aurais pas du intervenir ! Bon sang Haylie ! Tu sais te mettre dans des pétrins incroyables ! Couinai-je, plus pour moi que pour lui.
- Vous le regrettez ? Demanda-t-il, en relevant un sourcil.
- Non ! Bien sur que non ! Je suis même contente d'avoir pu aider ce pauvre monsieur... bien qu'il était ivre et méritait sûrement une correction. Il ne méritait pas d'être si brutalement frappé. Et puis il n'y avait pas photo entre eux. Votre Alpha faisait deux fois sa taille ! Il devrait apprendre la clémence votre chef. Déballai-je à toute vitesse afin qu'il ne me coupe pas.
- Oh... Cameron est très clément, la preuve il ne l'a pas tué. Pouffa le loup-garou.
- Nous ne devons pas avoir la même définition du mot clémence. Raillai-je, en croisant les bras sur ma poitrine."
Il éclata de rire, tandis que je faisais une moue boudeuse. J'avais envie de le gifler comme son Alpha, mais j'avais déjà un loup à ma suite. Mon cœur battait vivement dans ma poitrine, et j'avais la terrible envie de vomir sur le parquet ciré, malgré mon estomac vide. Je n'avais rien mangé ce matin, bien trop en colère pour ça. Je reculai encore d'un pas, la porte juste à côté de moi. Le loup-garou continuait à m'observer comme un animal de laboratoire.
"Avez-vous fini de me regarder comme un phénomène de foire ? Houspillai-je, très peu flattée de la façon dont il me regardait.
- Non. Je suis de plus en plus intrigué par vous Haylie. Sourit-il, espiègle.
- Et bien ce n'est pas réciproque. J'ai déjà assez d'un loup à ma poursuite pour vous avoir aussi sur le dos ! Répliquai-je avec sarcasme.
- Vous ne le savez peut-être pas, mais toute la meute est "sur votre dos". Aucun membre ne vous laissera tant que la chasse de Cameron ne sera pas satisfaisante. Confia-t-il, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
- Pardon ?! Vous venez d'insinuer que votre... Alpha gagnera sa partie de chasse ? Et que je la perdrais inévitablement ! M'exclamai-je, irritée.
- Nous avons beaucoup de mal à croire que mon frère ne réussisse pas à avoir une fille chétive et facile comme vous. Informa-t-il, en élargissant son sourire."
Je bouillonnai de rage. Comment ces sales chiens osaient-ils me considérer comme facile ?! J'étais tout sauf une fille facile ! Et je comptais bien le leur prouver. Je lançai un regard plus que courroucé à mon nouveau patron. Comme la bienséance l'exigeait, je me présentais avant de lui demander son nom.
"Haylie Debline. Et vous ? Me présentai-je, sur un ton plein de colère.
- Cailean Sealgair. Le beta de la meute et votre nouveau patron à l'évidence. Répondit-il.
- Bien Cailean Sealgair ! Vous direz à votre frère Cameron et aux autres ceci : Haylie Debline accepte de jouer à votre jeu, mais vous ferez mieux de vous préparer. Je ne suis pas une fille facile ! Vous ne devriez pas vous fier aux apparences. Foi de Haylie Debline, vous ne l'emporterez pas sans avoir connu l'enfer ! Dis-je, en criant presque la fin de ma phrase."
Sans attendre qu'il n'en place une, je m'en allais, claquant la porte au passage. J'étais bien trop énervée pour me mettre à mon travail d'assistante, et surtout que je ne voulais pas revoir la tête de ce type. Je me décidai donc de rentrer chez moi. J'avais demandé un jour de repos et je le méritais bien. J'avais besoin d'échafauder des stratégies pour échapper à ce loup-garou prétentieux. J'avais donné ma foi, sur le fait que je lui ferais vivre un enfer, et je comptais bien m'y tenir. Cameron Sealgair regrettera de m'avoir pris en chasse.
J'avais passé ma journée d'hier à peaufiner mes plans pour faire face à ce loup-garou. J'avais tout noté dans un cahier afin de ne rien oublier, et certains plans surgissaient quand je voyais la tête stupide de son frère. Je ne souvenais pas trop de Cameron, vu que la seule chose dont je me rappelais de lui, était sa magnifique forme bestiale. Cependant j'imaginais qu'il devait ressembler à son frère, en un peu plus grand et plus musclé, avec un visage un peu plus marqué que celui de son cadet.
Cailean était déjà pas mal en soi, mais mon imagination sur son grand frère revenait presque à une statue grecque. Je secouais la tête afin de faire disparaître, l'image grecque de Cameron dans mon esprit. Cela devenait inapproprié. Ma matinée se passait plutôt bien, jusqu'à ce que Cailean ne m'appelle à son bureau. Bon j'étais son assistante mais tout de même, moins je le voyais et mieux je me portais. Debout, en face du loup-garou, j'attendais les bras croisés.
"Vous vouliez me voir, monsieur Sealgair ? Dis-je d'une voix acide.
- Ah ! Haylie ! Me sourit-il, en ouvrant ses bras pour m'accueillir.
- Allez droit au but. Nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde. Répliquai-je, en essayant de couper court à notre entrevue.
- Ne soit pas si désagréable, et appelle-moi Cailean. Rouspéta-t-il, en faisant une moue boudeuse.
- Je n'ai pas que ça à faire. Rétorquai-je, agacée."
Il lâcha un gros soupir de résignation et d'exaspération. Quel comédien celui-là ! Il ne restait plus qu'il fasse de grands gestes et qu'il me parle l'ancien français. Il se leva et vint se positionner face à moi. Je ne bronchai pas. Je savais qu'il ne me forcerait jamais à le suivre contre mon gré face à son frère. Le jeu était seulement entre Cameron et moi, Cailean était juste un spectateur. Je restais campée sur ma position, attendant qu'il n'aille dans le vif du sujet.
"Cameron veut te voir ce midi. Lâcha-t-il, brusquement."
Ok... la prochaine fois, je jouerai le jeu de Cailean, en allant même jusqu'à lui faire un gros câlin et criant au monde entier qu'il est mon pire meilleur ami au monde. Savoir que son frère voulait me voir, n'était pas une très bonne chose. Le pire, c'était qu'il voulait me voir ce midi et que si mon patron décidait que c'était comme un devoir envers l'entreprise, je n'aurais pas d'autres choix que d'y aller. Et visiblement, je n'avais pas le choix. Le regard sérieux de Cailean me le disait. Sa lueur espiègle n'y était pas pour m'indiquer qu'il se moquait de moi. Mon cœur se mit à battre plus vite et mes entrailles se tordaient dans tout les sens. J'aurais très bien pu rejeter mon petit-déjeuner sur le champ, mais ma foutue éducation sur la bienséance m'en interdisait. Je hochai la tête pour lui faire comprendre que j'avais bien compris. Il sourit de nouveau, soulagé que je n'oppose pas de résistance. Il avait sûrement reçu l'ordre de me ramener par la force si il le fallait.
Nous étions assis dans un petit restaurant de style Buffalo. Je n'aimais pas du tout le Buffalo alors être dans un endroit du même type, me donnait très envie de partir. Ma jauge d'affection n'était déjà pas très élevée envers Cameron et sa meute, mais là, elle venait de friser le néant. Je me pinçais l'arrête du nez pour éviter de partir en courant. L'odeur de viande était mélangé à la drôle odeur du produit qu'ils utilisaient pour cirer le sol. Le style western ne rendait pas justice à cet endroit. Le blanc et le rouge se mariaient moyennement avec le cuir marron des sièges et des tables en bois beige. J'avais fermé les yeux pour éviter de les massacrer encore plus, avec les affiches d'un style un peu trop pimpant pour le restaurant. La carte était plutôt jolie, mais les noms étaient peu ragoûtant.
J'avais abandonné le menu dans un coin de la table, avant de fermer les yeux en attente de cet imbécile de chien. C'était censé être un loup-garou, mais il mettait trois plombs à venir. Le lieu était vraiment mal choisi, je n'avais aucune envie d'être ici et il avait le culot d'être en retard. Ma colère venait d'atteindre le seuil de fureur cinglante.
"Cailean, dis-moi qu'il est arrivé parce que je te jure que je suis prête à t'étrangler sur le champ. Soufflai-je, les yeux toujours clos.
- Je t'en prie, fais-toi plaisir. Me répondit une voix rauque et suave qui n'était pas la voix de mon patron."
J'ouvris les yeux et me redressai d'un sursaut. J'avais failli culbuter sur mon chaperon, mais avec la chance du ciel, c'était avec la table. Je lâchai un grognement en me frottant les parties touchées. Je lançai un regard noir vers celui qui était censé être Cameron Sealgair. Il avait les mêmes cheveux bruns que Cailean et les mêmes yeux bleus, bien qu'une teinte plus sombre proche du violet. Il était plus grand que son frère cadet, ses épaules étaient bien plus larges et ses muscles plus saillants. Son nez était légèrement retroussé et ses lèvres étaient juste exquises. Elles n'étaient ni trop épaisses ni trop fines. Elles formaient un trait ravissant. Son menton n'avait pas un poil. Contrairement à son frère, qui semblait la raser de telle manière, qu'on avait l'impression qu'elle venait juste de pousser. Il était presque aussi identique que dans mon imagination, les effets spéciaux en moins. Les dieux grecques existaient bel et bien dans ce monde laid et repoussant.
"Vous êtes Cameron Sealgair ? Demandai-je, abasourdie par son apparition."
Il haussa des épaules, et même malgré mon hébétude, cela ne me plaisait pas. Bon il était vrai que j'avais oublié la bienséance, mais comment Dieu voulait que je me soucie de ça, avec son homologue grecque en face de moi ?! C'était mission impossible, tout comme lui échapper. Non mais quelle nouille j'étais, pour m'enfuir loin d'un type... diablement sexy ! J'avais visiblement besoin de lunettes. Cependant même avec sa belle gueule de dieu Apollon, son caractère de cochon et ses actes peu civilisés m'aidaient à ne pas craquer sur lui. J'avais seulement retrouvé cette foutue bienséance.
"Excusez mon impolitesse. Haylie Debline, mais vous deviez déjà le savoir, vu que j'avais demandé à votre frère ici présent. De vous faire passer un message très explicite. Dis-je, en plongeant mon regard noisette dans le sien.
- J'ai en effet reçu ton "message". Me répondit-il, un rictus amusé sur les lèvres.
- Je suppose que cela vous a amusé que je vous menace de la sorte ? Soupirai-je, en levant les yeux au ciel.
- Menace ? J'appellerai ça plutôt un défi, et j'aime les défis. Avoua-t-il, en happant de nouveau mon regard dans le sien."