Genre Classement
Télécharger l'appli HOT
Accueil > Romance > La pourvoyeuse du Diable
La pourvoyeuse du Diable

La pourvoyeuse du Diable

Auteur:: promotion
Genre: Romance
Charlotte aurait aimé devenir une femme en se donnant à Grégory, son petit ami, le jour de ses seize ans. Hélas, elle perdit sa virginité à la suite d'un viol commis par un valet de ferme, amant de sa mère. Cet homme passa l'arme à gauche après une rencontre malencontreuse avec la cartouche d'un fusil. Traumatisée, Charlotte poursuivit son parcours terrestre sous le pseudonyme de Chriss. 15 ans plus tard, Chriss prend en charge un auto-stoppeur. L'homme, un maffieux en cavale, tentera d'abuser d'elle. Il le paiera de sa vie. Tant pis pour lui ! Par ailleurs, Grégory, qui avait disparu, est devenu un inspecteur et un enquêteur hors pair. Il connaissait l'agresseur de Chriss. Toujours amoureux d'elle, il découvrira la face cachée de sa chérie. Pourra-t-il rétablir la justice malgré ce tendre attachement qui les lie ? À PROPOS DE L'AUTEUR Les romans de cape et d'épée, puis d'espionnage ont nourri la jeunesse de Maurice Fauvel. Ensuite, grâce à sa carrière de correspondant de presse, il a pris goût à l'écriture. Il signe avec La pourvoyeuse du Diable son premier roman.

Chapitre 1 No.1

Lentement, Charlotte avança sa voiture dans la sente. Une perle de sueur coulait le long de sa tempe. Malgré la température plutôt fraîche, ses vêtements lui collaient au corps. Elle se surprit à frémir.

Il est vrai que le coin n'inspirait pas forcément confiance, mais en ce début de matinée, elle était sûre de ne pas faire une mauvaise rencontre.

Personne ! Toute petite, elle venait y lire des romans de gare sentimentaux ; de ceux qui finissent toujours bien. « L'eau de rose », elle n'aimait pas l'expression, le parfum non plus d'ailleurs ! Et que dire des roses sinon qu'elle les avait en horreur depuis ce jour où... ! (lointain souvenir, enfin bref, elle n'était pas là pour rêver).

Charlotte n'était pas une fille de la campagne mais ce petit matin dans les sous-bois, cette brume qui s'élevait à la caresse des premiers rayons lui donnaient la sensation d'être sur un petit nuage. Elle ouvrit sa vitre et passa la tête pour ne pas rouler dans l'ornière qui se présentait sur le côté. Surtout ne pas s'embourber sinon elle serait mal, pas besoin de ça, ni maintenant ni jamais.

Elle avançait doucement, mais d'une main ferme. Faire le moins de bruit possible et laisser la nature couvrir le ronronnement du moteur !

Ça tombait bien, l'éveil des oiseaux et peut-être quelques parades amoureuses offraient à souhait un joyeux tohu-bohu qui contrastait avec le silence régnant dans la voiture.

Elle était arrivée.

Les lieux avaient peu changé depuis ce jour de juin où elle était venue avec Grégory. Venue, le mot était faible. Elle l'avait attiré ici, traîné plutôt en lui faisant promettre de ne jamais révéler l'endroit.

En s'asseyant au pied d'un arbre, un bouleau, il sortit son canif, cadeau de Charlotte pour son anniversaire, et entreprit de graver un cœur avec leurs initiales.

- Sous ce chêne, je promets de t'aimer toujours ! murmura-t-il à Charlotte

- C'est pas un chêne, c'est un bouleau, mon petit père ! le reprit-elle avec une pointe d'ironie et un sourire taquin.

- Pas grave, je t'aime quand même ! répliqua-t-il !

Elle se blottit alors dans ses bras ! Elle se sentait bien. Mais ses 16 ans étaient demandeurs d'un peu plus et ce n'était pas pour rien qu'elle l'avait attiré ici. Le matin, sa toilette avait été un peu plus longue que d'habitude et sa main dans la baignoire avait approfondi une caresse sur un endroit qu'il la pressait de voir disparaître.

La petite fille qu'elle était hier n'était plus. Sa chair s'animait, un désir animal la tenaillait.

Aujourd'hui serait le GRAND JOUR ! Et ce serait avec Grégory, et personne d'autre. De beaux dessous, achetés à l'insu de sa mère, un parfum de rose, et un corsage qui promettait de ne pas être sage longtemps. Elle se sentait prête à se donner !

Tendrement, elle embrassa Gregory, leurs lèvres s'unirent, l'avenir s'annonçait radieux.

Cependant, Gregory semblait tout d'un coup plus nerveux, sur la défensive. Il essayait de masquer son trouble mais n'y parvint pas. C'était pour lui aussi la première fois, Charlotte l'ignorait (il s'était tant vanté de ses belles fortunes).

Maladroit, il déchira le beau corsage blanc ! Et Charlotte se prit à lui dire : « en parlant de chêne, tu t'y prends comme un gland » (espérant détendre l'atmosphère).

Gregory, au contraire, se crispa et se releva.

D'amoureux, ce jour-là, il passa au rang de meilleur ami et confident.

Une ombre passa dans le regard de Charlotte.

Elle soupira en pensant à ce qu'aurait pu être sa vie sans cette pique malheureuse. Elle chercha du regard le bouleau où le cœur avait été gravé. Il avait bien grandi, cet arbre, et elle dut se hisser sur la pointe des pieds pour pouvoir caresser le cœur et le débarrasser de la mousse qui en cachait les contours.

15 ans étaient passés.

Charlotte se retourna, une branche craqua. Un animal, sans doute un chevreuil, détala. Charlotte sourit de sa propre peur.

La vie lui avait appris à surmonter ses démons.

Le temps n'était plus à la nostalgie mais à l'action. Charlotte rejoignit sa voiture et ouvrit le coffre.

Le corps était là. Comment aurait-il pu en être autrement ?

Chapitre 2 No.2

Elle releva la couverture qui recouvrait le cadavre. La mort, encore récente, n'avait pas eu le temps de faire son œuvre sur la rigidité de l'homme. Seule sa tête était encapuchonnée dans un sac poubelle ; pour le reste, il était aussi nu que le jour de sa naissance.

Charlotte regarda le cadavre sans la moindre pitié pour l'homme, sa virilité ramenée à l'état de celle d'un bébé venant de naître. Quelques heures auparavant ; il se pavanait fièrement devant elle, flamberge au vent.

Le malheureux auto-stoppeur n'avait pas pris cette heureuse rencontre à sa juste mesure. Il avait quitté, au petit matin, Chartres pour Cherbourg afin d'y retrouver une amoureuse rencontrée sur le net.

Le parfum de l'aventure, le manque d'argent l'avaient poussé à user de ce moyen de transport.

Jusqu'ici, le trajet s'était déroulé sous de bons auspices. Il avait réussi à trouver un poids lourd qui montait sur Le Mans, ce qui lui tira une belle épine du pied et des cailloux sous les souliers.

Le chauffeur en veine de confidences lui avait narré toute sa vie, et comme l'auditeur lui avait paru sympa, le gars l'avait invité au resto.

Quand on a la chance avec soi, il faut savoir la prendre !

Ce compagnonnage lui fut profitable puisque le routier l'aida grâce à ses relations dans le milieu à trouver un autre conducteur qui le mena jusqu'à Argentan.

De cette ville, il ne connaissait que les murs de la prison.

À ce rythme, il sera sous les fenêtres de sa dulcinée dès le soir. Seul hic, elle ne l'espérait que le lendemain. Il avait donc le temps de musarder et de trouver un gîte pour le soir.

Sa priorité pour l'heure était de s'éloigner au plus vite de la ville. Elle lui rappelait trop son séjour forcé à la centrale pénitentiaire locale suite à une proximité trop prégnante avec le milieu de la prostitution. « Le beau Patrice », c'était lui, ne voulait pas tomber par inadvertance sur un de ses anciens geôliers.

Il décida donc de poursuivre un peu sa route pour se rapprocher de sa destination finale.

Dormir à la belle étoile ne lui faisait pas peur.

Il avait sorti son carton indiquant Cherbourg, quêtant une âme charitable.

Le beau temps est un allié précieux pour l'auto-stoppeur, plus il fait beau plus les gens sont de bonne humeur et se sentent l'âme généreuse d'un bon samaritain.

Ce mois de juin augurait un bel été. Quelques voitures passèrent sans ralentir

Une 407 stoppa.

Charlotte rentrait d'un reportage sur un terrible accident qui avait coûté la vie à toute une famille.

La route, espace de liberté pour certains, s'était muée en faiseuse d'anges, meurtrière insouciante du droit de vivre sereinement.

Charlotte ne s'émouvait pas facilement mais là, toute une famille, c'était trop ! Vu les âges, cela aurait pu être la sienne. C'était à gerber (sa rédac chef n'aurait pas aimé le mot mais il était juste).

La vue de l'auto-stoppeur lui sembla un moyen propice pour chasser le spleen qui commençait à l'envahir. Un bout de chemin sans avoir à penser aiderait sans doute à le faire fuir.

Quel imbécile ! Faire du stop à un endroit aussi dangereux. Impossible de s'arrêter sans risquer le carambolage !Heureusement, un décrochement une cinquantaine de mètres plus loin lui permit de se garer !

Un regard dans le rétroviseur ! Il se hâtait lentement : tout ce qu'elle détestait. Elle faillit redémarrer. Le lourd barda qu'il trimballait lui donna un peu de compassion : elle patienta.

Arrivée à hauteur de sa porte, elle baissa sa vitre.

- Je monte sur La Manche, je peux vous avancer !

- Ce sera avec plaisir ! Merci à vous !

- Mettez vos affaires dans le coffre. J'ouvre !

Charlotte déverrouilla le coffre. Celui-ci était vide, seules une pelle américaine et une paire de gants de chantier l'occupaient.

Il y déposa son sac en prenant soin d'écarter la pelle. Son sac recelait toute son existence, il ne voulait pas le déchirer.

- Merci de me prendre en charge ! C'est sympa !

- Pas de quoi ! La route commençait à me paraître longue ! Et vous voir chargé comme vous êtes, j'ai eu un peu pitié !

- Oui ! C'est ma vie de nomade ! Un jour ici, un autre là. Mais il me faut un minimum de confort tout de même.

L'homme avait un accent qui sentait bon le Sud. Charlotte apprit qu'il venait de l'île de beauté : un Corse pure souche.

Chapitre 3 No.3

Il était bavard, un brin hâbleur.

Charlotte connaissait ce genre d'individus.

Son instinct, affûté par l'expérience de la vie et ses talents de journaliste, le classait de suite dans la case quatre-vingt/vingt : 20 % de vérité et 80 % grande gueule.

En général, Charlotte s'en amusait, démêlant le vrai du faux, trouvant rapidement le défaut de la cuirasse. Celui-ci ne ferait pas exception.

La partie de poker menteur pouvait commencer.

Tous les deux étaient sur la même longueur d'onde : en dire assez pour amener l'autre à se découvrir et pas trop pour ne pas perdre la partie.

« Le beau Patrice » donna les raisons de sa virée à Cherbourg, il avoua même le mensonge fait sur Internet pour séduire celle qu'il allait voir pour la première fois : le visage d'un de ses potes à la place du sien. (Un mensonge doit toujours être habillé d'une part de vérité.) Charlotte le taquina, disant qu'il n'aurait pas dû, qu'il avait du charme.

Par contre de sa vie passée, il ne parla que de ses amours, « Mossieur » était le chéri de ces dames vantant ses conquêtes sans lendemain, ses peines de cœur (omettant ses tendances à la jalousie et ses violences), oubliant la prostitution, la drogue et autres deals l'ayant mené en cabane.

Égocentrique, le gars, il posa quelques questions sans vraiment faire attention aux réponses. Une seule parut saugrenue à Charlotte : « C'est marrant, votre pelle dans votre coffre, toute seule ! »

La machine à mensonges se mit en route :

- Je fais beaucoup de route ! Même en hiver ! Vous est-il déjà arrivé, en pleine nuit, d'être pris dans une congère, sans âme qui vive autour ?

- Je dois vous avouer que non !

- Eh bien ! Croyez-moi, c'est flippant, et si vous n'avez pas de pelle pour vous dégager, il ne faut pas avoir vu de film d'horreur une heure avant ! Prise une fois mais pas deux !

Le gars éclata de rire.

- Vous êtes peu compatissant !

- Excusez-moi ! Vous n'aviez pas de téléphone ? Votre mari aurait pu venir vous secourir ! Ou vos voisins !

- Un téléphone, si ! Mais ni mari ni voisins !

J'habite en pleine cambrousse dans une maison léguée par mes parents ! En hiver, c'est la galère, même les corbeaux ne s'y aventurent pas.

****

« Le beau Patrice », jusque-là, n'avait pas trop fait attention à la conductrice.

C'était une jolie brune. Elle était représentante en produits de beauté (c'est ce qu'elle lui avait dit). Elle ne devait pas avoir beaucoup d'efforts à faire : elle était un catalogue à elle toute seule.

Tout était dans la discrétion, bien que l'habitacle de la voiture soit clos, son délicat parfum ne montait pas à la tête (il avait horreur de ça, ça lui donnait mal au crâne). Il n'avait même pas remarqué son maquillage, celui-ci était si léger, il soulignait à merveille la courbe de ses yeux.

Ses lèvres pulpeuses, mais point trop, mettaient en valeur une dentition qui devait faire la ruine des dentistes !

Il se demandait pourquoi il n'y avait pas fait attention plus tôt ! « je commence à vieillir », pensa-t-il.

Son regard continua à descendre, il examinait maintenant Charlotte tel un maquignon sur le champ de foire. Pour sa poitrine du 90 C, il en était certain ! L'échancrure de son corsage laissait entrevoir une peau nacrée et douce à la main ornementée par un soutien-gorge en dentelle.

Bien qu'elle portât une jupe, il devina à la fermeté de ses mollets tendus sur les pédales que c'était une femme sportive.

Bref une bête de concours !

Une telle beauté dans son cheptel, et son avenir aurait été assuré. Le maquereau remontait à la surface. Il avait quitté ce marécage suite à des bisbilles avec un autre « maque » mais les réflexes étaient toujours là.

Son intuition lui disait qu'une fille comme ça, seule dans la nature, il devait y avoir un loup quelque part. Elle travaillait dans un milieu où il était impossible qu'elle soit une oie blanche. Pas de mari, certes, peut-être un petit ami ou une petite amie, la question se posait !

« Le beau Patrice » n'avait pas froid aux yeux mais il sentait qu'une attaque franche était exclue.

- J'ai été un temps représentant auprès de la grande distribution. On payait nos mises en avant avec des échantillons, les choses ont bien changé, je pense ! Vous faites comment maintenant ? Je n'ai pas voulu être indiscret mais comme votre coffre est vide !

Charlotte sentit le piège. Elle répondit du tac au tac, impassible.

- En grande distribution ? Je ne sais pas ! Je fais des petites boutiques indépendantes, mais je peux vous répondre pour les échantillons. C'est un milieu qui vit en saisonnalité. La prochaine saison, c'est la rentrée de septembre : retour de vacances égal renouvellement du maquillage. Aujourd'hui était mon dernier jour avant mes congés donc bilan avec mon chef et prévisions pour la rentrée.

Ma nouvelle collection, et les échantillons qui vont avec, n'arrivera qu'en août ! J'aurais su que je vous rencontrerais, j'aurais pu vous en glisser quelques-uns pour votre nouvelle compagne.

(Fermez le ban !songea-t-elle.)

- Excusez-moi ! c'est vrai que j'y pensais un peu ! Je suis pris à mon propre jeu. Votre mari doit avoir du mal à vous cacher quelque chose ; vous êtes une fine mouche !

(Il veut savoir si je suis seule, pensa Charlotte.)

- Ni mari ni qui que ce soit ! Je vous l'ai déjà dit ! Je tiens trop à mon indépendance et là, je pars me ressourcer dans la maison de mon enfance !

Elle avait appuyé intentionnellement sur le mot « indépendance ».

Elle avait senti la tentative d'intrusion dans sa vie privée. Il n'en était pas question.

Au jeu du chat et de la souris, il se croyait le chat, mais la souris savait qu'il ne pourrait gagner que si elle le désirait.

- Vous ne m'avez pas dit votre prénom ! Moi, c'est Christiane mais on m'appelle Chriss ! Et vous ?

- Patrice ! Mes amis m'appellent.

- Pat ! le roi de l'épate ! le coupa-t-elle.

Ils éclatèrent de rire. La glace était rompue.

Volontairement, elle avait donné son deuxième prénom. Depuis quinze ans, elle n'utilisait plus que lui, Charlotte était morte le jour de ses seize ans. Chriss était d'ailleurs son nom d'auteur pour le journal.

- Chriss ! c'est joli ! Chriss, cristalline, comme votre voix.

(Je rêve ou il me drague, pensa Charlotte.)

- C'est comme ça que vous séduisez les femmes ?

- Uniquement les plus ravissantes !

- Et bien sûr, elles sont toutes ravissantes !

(Touché ! Coulé ! Il en était pour ses frais.)

Ils arrivaient à Bayeux. Leurs chemins allaient bientôt bifurquer. Le « beau Patrice » tenta un coup de poker.

Télécharger le livre

COPYRIGHT(©) 2022