Àma sœur, Véronique Keatley qui a toujours cru en moi.
I
C'est arrivé
Je n'ai pas compris ce qui s'est passé. Tout est allé tellement vite. En une fraction de seconde, ma vie a basculé dans les obscurs sentiers du trépas.
Il devait être aux alentours de minuit, je rentrais chez moi en empruntant une route sur laquelle je ne circulais jamais entre Satigny et Ferney-Voltaire. J'étais épuisé. J'avais passé une bonne partie de la journée et de la soirée chez des gens pour prendre des mesures sur les esprits occupant leur maison. Drôle d'histoire, j'y reviendrai.
Je n'ai pas vu ce renard ou cette biche courir sur la chaussée devant ma voiture. La nuit était sombre, je venais de quitter le tunnel qui traversait une partie de la forêt. Les arbres qui la bordaient filtraient toute source de lumière, seuls les phares de ma voiture me guidaient. J'étais seul. D'ailleurs, je ne me souviens pas si l'animal a survécu ou non. Je ne l'ai jamais revu.
Étrangement, je ne me rappelle pas non plus la douleur, non aucune souffrance. Mais cette singulière sensation de rêver, d'être somnolent. Je suis resté à côté de mon corps, observant les secours s'affairer autour de ma voiture, la désincarcérant comme on éventre une épave. Les cris, le bal des gyrophares, les bruits du métal, tout ceci me concernait, mais aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne réalisais pas la gravité de la chose.
Il paraît que le cerveau coupe l'analyse des chocs et qu'il fuit tout ce qui a trait à sa propre mort. Un individu ne peut pas penser de manière saine à sa disparition. Il peut l'envisager et la comprendre pour les autres, mais pas pour lui-même. Je me rappelle avoir lu cela dans un article d'une revue scientifique. C'est passionnant ce que le corps humain est capable de faire.
Ce qui ressemble le plus à ce que je peux vous décrire, c'est que la réalité dans la mort est proche des images que l'on regarde sur les écrans. Tout semble être en deux dimensions. Mais à bien y réfléchir, je pense que c'est parce que la personne morte se trouve elle-même dans une dimension supérieure à celle des vivants. Un filtre de plus, juste un !
Puis, je me suis retrouvé dans l'ambulance, j'étais l'ambulance, je regardais mon enveloppe charnelle qui était déjà recouverte d'un drap blanc. Je ne voyais pas mon visage. J'écoutais le personnel soignant qui discutait à voix basse, j'étais avec eux, j'étais entre eux. Je n'étais pas triste, je n'ai pas pensé une seconde à la suite, je n'avais plus peur. Comment suis-je arrivé à accompagner ma dépouille à la morgue ? Aucune idée. Sans doute de la téléportation, comme dans les films de science-fiction. Dans le monde des morts, il suffit de penser à l'endroit où l'on veut se rendre pour s'y trouver ; c'est instantané. Le temps n'existe pas, cette notion disparaît et on ne le réalise pas tout de suite. On continue à se fier à ce repaire, mais il n'est plus tangible.
En revanche, il me semble avoir assez vite intégré que j'étais mort. Il n'y a pas eu de lumière ni de « tunnel » ; pas tout de suite en tout cas, comme dans les documentaires sur les expériences 1de mort imminente que j'avais pu voir. Il s'est passé quelque chose de similaire, mais après ma mise en terre.
Les jours qui ont suivi mon décès, je me suis baladé au gré de mes envies, j'ai expérimenté cette facilité de déplacement et m'en suis délecté. C'est comme dans les rêves, ceux où l'on vole, sauf que c'est réel. C'est une liberté, une joie permanente. J'en ai profité pour rendre visite aux personnes que j'avais connues dans ma vie, je voulais savoir si ma disparition les touchait. Par contre, j'ai mis plus de temps pour me confronter à mes proches, je n'étais pas prêt à être face à leur tristesse ni à ressentir cette douleur. J'avais peur de la vivre et qu'elle me ramène dans cette réalité que je fuyais.
J'ai revu ma famille le jour de mes obsèques, mais je ne suis pas resté. À la place, je suis allé rendre visite à celle que j'avais quitté le soir de mon accident, car je voulais des réponses. Je savais que ces personnes souffraient de phénomènes paranormaux et que des fantômes, soit des âmes comme moi – du moins je le supposais – s'y trouvaient.
Ma surprise fut une déception.
J'ai erré dans cette maison, j'ai essayé de toucher des objets, de déplacer des meubles, d'appeler à l'aide, mais en vain. Je suis simplement resté là, constatant mon impuissance à me faire entendre et remarquer. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé.
Il me semble que cette période de solitude et d'apprentissage a dû durer trois semaines. Ce qui me permet de me rappeler ceci, ce sont les dates. Ma mort est arrivée fin février, le 25. Je m'en souviens, car il faisait froid, et la neige était tombée quelques jours auparavant. Mon enterrement est intervenu une semaine après. Puis, il me semble me souvenir de ma première rencontre avec un autre défunt, le 10 mars.
J'ai cherché mes semblables partout où je pensais les trouver. Je suis retourné au cimetière, à l'hôpital, dans les églises. Je me suis rendu sur des lieux d'accident. Personne, pas âmes qui vivent. Quelle ironie.
Finalement, j'ai croisé Marie en vieille ville de Genève, assise sur un banc à attendre le bus. J'ai su qu'elle était un fantôme quand j'ai vu quelqu'un s'assoir sur elle, la faisant disparaître comme un hologramme. J'ai attendu que le vivant s'en aille pour m'approcher.
Elle semblait être là depuis longtemps. Sa tenue vestimentaire rappelait celle de la belle époque des années 30. Sa coiffure remontée en chignon épinglé sous un chapeau ne laissait pas de doute sur son temps.
Ne sachant comment l'aborder, j'ai voulu commencer par me présenter et là, ce fut le blanc.
Planté devant Marie, elle me regardait sans vraiment me voir, puis elle me parla.
- Vous êtes nouveau n'est-ce pas ?
Et vous ne savez plus comment on vous nommait.
- Oui en effet.
- Dans ce cas, il n'y a qu'une chose à faire, cher Monsieur, vous rendre là où l'on vous a mis.
Les cimetières ne sont pas là uniquement pour que les vivants se souviennent des morts, mais aussi pour que les morts se rappellent qui ils ont été.
Certes, ils sont vides, mais il n'en demeure pas moins qu'ils restent des lieux de passage...
En un clignement de paupières, nous nous retrouvâmes à côté de ma pierre tombale au cimetière Saint-Georges. Elle pointa du doigt.
« Christophe Meyer, 1980 – 2020 »
En me regardant d'un sourire plein de douceur et de compassion, la vieille femme me salua.
- Enchantée, M. Meyer.
Je me nomme Marie Von Hart.
Venez ! Je vais vous montrer, mon corps se trouve de l'autre côté de la parcelle.
Sa stèle était là depuis plusieurs décennies, l'érosion avait fait son travail et les ravages du temps s'étaient inexorablement attaqués à la décrépitude de la pierre. Cependant, je pouvais encore distinguer de faibles écritures sous la mousse et les feuilles mortes.
« À notre bien-aimée mère et épouse, Marie Von Hart, née Gaillard, 1877 – 1929 ».
- Je peux vous poser une question ?
Pourquoi êtes-vous encore sur Terre ? Il n'y a donc pas d'issue, nous sommes bloqués ici, où sont les autres ?
Marie, le regard perdu dans le vague, ne me répondit pas immédiatement.
- Chaque histoire est différente. Je suis restée ici pour attendre mon mari, mais quand son tour fut venu, je n'étais pas à ses côtés. Il est parti sans moi et je ne me suis pas pardonné de l'avoir manqué. Puis, je suis restée pour attendre ma fille. Mais elle a mis fin à ses jours. Les suicidés ne passent pas par la case fantôme. La sanction pour eux est l'expiation. Ils demeurent dans le purgatoire pour apprendre de leurs actes. Ils sont considérés comme de mauvais élèves. Ils demeurent dans une autre dimension, le temps d'apprendre de leurs erreurs. C'est un autre chemin.
- Mais pourquoi rester si vous n'avez plus de raison d'être là ?
- Oh, mais je voyage mon ami. Le temps n'est qu'illusion pour nous.
En me regardant, Marie me sourit puis s'évapora dans le crépuscule.
Seul, posté à côté de cette pierre, l'unique personne avec laquelle j'avais été en mesure de communiquer me laissa sans réponse.
Étrangement, aucune anxiété ne vint me tirailler, j'observais ce champ de mausolées à l'affût d'autres spectres qui, comme moi, seraient en quête d'explications.
En m'approchant du portail, je fis ma seconde rencontre. Un homme d'une cinquantaine d'années vêtu d'un costume militaire et coiffé d'une casquette m'interpella bruyamment.
- Meyer Christophe ?
- Oui, à qui ai-je l'honneur ?
- Sergent Pelet pour vous servir.
Marie vous a amené ici et je prends le relai. Suivez-moi, l'instruction va commencer dans quelques minutes.
- L'instruction ? Quelle instruction ?
Le gradé fit mine d'ignorer ma question et, flottant au milieu de ce champ de repos, me guida sans que je comprenne comment, dans un immense hall industriel grouillant d'ectoplasmes de toute nature.
Un personnage s'adressa à nous par télépathie. Jamais je n'avais connu une telle expérience. Sans que je puisse le réaliser pleinement, cette étrange sensation s'était imposée à moi. Si je tente de l'expliquer, c'est comme des pensées qui viennent s'immiscer dans votre imaginaire, mais par le biais d'un narrateur externe. À ce jour, je ne sais toujours pas qui a communiqué avec moi. Dieu ? Un être de lumière, ou un extraterrestre ?
Tout est allé tellement vite, on ne peut pas apprécier l'événement. Quand j'en parle et j'y pense, c'est comme retenir un nuage avec un filet. Il s'évapore, il disparaît. Tout ceci paraissait extrêmement logique et fluide. Il ne m'en reste qu'un souvenir bref et instantané.
En substance, j'ai compris que nous étions réunis pour nous rendre dans l'autre monde, que les guides viendraient chercher chacun d'entre nous. Mais je suis resté à quai. J'ai vu une sorte de tunnel, j'ai vu la lumière, mais j'ai refusé de suivre ce chemin. Je sentais que je devais rester sur Terre. Quelque chose manquait.
Je devais poursuivre mon travail dans une vie parallèle.
Lors de ma mort, j'ai perdu tous mes repères, mon identité, mes connaissances. En voyant mon nom gravé sur le marbre, une partie de mes souvenirs est revenue. Mais c'est quand j'ai rencontré mon guide que les choses se sont enfin éclairées.
Après avoir refusé de prendre le passage, un « ange », qui s'est présenté à moi sous le patronyme de « Vic », m'a expliqué qui j'étais et pourquoi il était préférable que je reste encore un peu sur Terre.
Je me suis souvenu de ma vie humaine. Depuis mon adolescence, je chassais les fantômes. Je visitais tous les lieux abandonnés chargés d'histoires. Je ressentais les énergies et cela me fascinait, voire m'obsédait. J'ai suivi une formation universitaire en histoire et en biologie. Puis, j'ai continué mes recherches dans le paranormal où j'ai rencontré des scientifiques qui, tout comme moi, étaient déterminés à percer le mystère de la vie après la mort. Je me suis remémoré les prénoms de deux de mes amis : Yves et Frédéric.
Des flashbacks de nos aventures m'ont été remémorés. Comme les scènes d'un film qui ont été choisies, ciblées ; des piqures de rappel en quelque sorte.
J'ai cru comprendre au travers de ces souvenirs que ma mission en tant que chasseur de fantômes devait continuer dans l'au-delà pour aider l'humanité à comprendre la mort et en percer son mystère
Je devais trouver le moyen de communiquer avec les vivants. Après m'être retrouvé seul dans cet étrange hall d'usine. Je me rendis chez Yves. Je savais que mon ami ingénieur aurait tout l'attirail me permettant de lui parler.
Fort de cette idée, j'atterris au centre de son labo. Il ne s'y trouvait pas
Je me mis à observer la pièce. Des câbles, des ordinateurs, des appareils de mesures, des enregistreurs numériques, des radios, une planche Ouija, des caméras et des lampes infrarouges étaient soigneusement rangés. Sur son bureau, un article de presse parlant de mon accident était étalé, une tasse de café posée dessus. À côté de son ordinateur principal, une photo de nous avec Frédéric que nous avions prise lors de notre première mission. Je me suis surpris à ressentir une émotion de tristesse et de mélancolie. Je ne pensais pas qu'en étant devenu fantôme de tels sentiments me seraient encore donnés. Les stigmates de cette première aventure revenaient en un éclair, les rires et les voix se firent entendre, je revivais chaque moment, je voyais la maison, je sentais l'odeur de moisi, je ressentais la chaleur étouffante de cet été qui imprégnait l'intérieur de cette bâtisse. Comme si cette séquence de vie était mon présent. Après cette étrange parenthèse temporelle, les mots de Marie me firent échos. « Le temps n'est qu'illusion». Je vivais une expérience quantique sans que je ne puisse l'expliquer rationnellement. Frustré, ce que j'aurais voulu absolument décrypter et analyser, si j'avais vécu un tel événement vivant, s'évanouit comme un rêve au réveil.
En attendant Yves, je me suis exercé à toucher les objets qui habillaient la pièce. D'abord, je tentais de déplacer une photo, puis d'attraper un crayon. Rien. Mes mains traversaient chaque bibelot et j'en ressentais leur structure moléculaire. Je compris, là également, de manière complètement intuitive que l'énergie qui constituait la matière n'était plus la même que la mienne.
Il fallait que je trouve un moyen pour modifier mon carburant spectral pour entrer en interaction avec les sens de ce monde. Mon ancien univers.
Peu à peu, je réalisais à quel point il était difficile, voire impossible, de communiquer avec les humains.
Je me mis à la place des fantômes que j'avais pourchassés toute ma vie. Sans doute que la plupart d'entre eux entraient en contact avec les vivants de manière involontaire. Comment pouvaient-ils maîtriser leur énergie ? Nous avaient-ils observés ? Avons-nous réellement pu entrer en contact avec eux ? Je me mis à remettre en question toutes mes expériences, même les plus folles.
Cependant, j'étais intimement persuadé qu'Yves et Frédéric devaient essayer avec moi ! Peut-être l'avaient-ils déjà envisagé ?
La nuit était tombée, j'avais passé ma journée, enfin c'est ce que j'imaginais, à attendre mon ami chez lui. Par moment, en tant qu'ectoplasme, j'ai des absences. Je pars, je me déconnecte. Mais je ne sais absolument pas où je suis. Rester sur terre est un acte très gourmand. Est-ce que ces absences sont une sorte de sommeil ?
Yves arriva enfin, en regardant la montre de la cuisine, il était 22 heures 30. Je l'observais depuis le fauteuil du salon et je me mis à l'appeler. C'était la première fois que je fis l'effort de prononcer des mots. Car le langage se fait uniquement par la pensée dans le monde des morts. On ne réfléchit absolument pas à notre manière de communiquer.
Ma propre voix me surprit. Je l'appelais dans le vide. Je me mis ensuite à un parler plus fort, toujours aucune réaction. Puis, je hurlais son prénom au milieu de son salon. Il tourna la tête, il avait entendu quelque chose. Je recommençai.
- Yves !
Ce dernier, qui avait allumé la radio, l'éteignit. Il demeura dans le silence à l'affût du moindre bruit.
Je l'appelai à nouveau. Contemplant mon ami, je vis son visage s'illuminer, m'avait-il entendu ?
- Christophe ? C'est toi ?
Fou de joie, j'aurais pu en pleurer. Mais cette sensation disparut comme un souvenir. Je crois que le fait d'être décédé, par moment, c'est comme une personne qui est amputée d'un membre. Son cerveau se rappelle des sensations, alors que la jambe n'est plus. Mais un esprit n'a plus de corps, plus de cerveau non plus. Nous ne sommes que le produit de notre propre imagination et de notre conscience. Apprendre à vivre, si j'ose m'exprimer ainsi, en tant que spectre, n'est pas une mince affaire.
Premièrement, notre identité physique disparaît, notre corps ne nous appartient plus. Nous n'avons plus aucune prise sur quoi que ce soit, nous flottons dans une atmosphère sans oxygène, plus d'apesanteur, comme dans l'espace en quelque sorte. Nous traversons tout, nous ne sommes qu'énergie. Un concentré d'énergie telles de minuscules supernovas ayant implosé sur elles-mêmes. Aucun sentiment de lourdeur, plus de limites. Intégrer toutes ces nouvelles données prend du temps. Après l'exaltation de la découverte, il y a l'apprivoisement et l'apprentissage. Cependant, nous sommes tout de même attirés par une sorte de force. Au début, je ne comprenais pas ce que c'était, je pourrais les décrire comme étant semblables à la force magnétique des aimants. Les pôles positifs et négatifs positionnés de telle manière à nous attirer ou nous expulser.
Soudain, je me rappelais nos dernières découvertes. L'énergie nucléaire, bien qu'extrêmement dangereuse, était notre solution pour enfin entrer en contact avec les défunts. En effet, nous suivions de près les découvertes sur le boson de Higgs, communément appelé « particule de Dieu » et son influence sur l'énergie électromagnétique et nucléaire. Cet élément était pour nous la clé qui nous permettrait de faire le lien entre les énergies des mondes qui nous entourent et qui sont inaccessibles à la constitution humaine.
Frédéric s'était procuré des coupes et des vases en ouraline2. Datant du XIXesiècle, ces derniers dégageaient une petite quantité de radioactivité grâce à l'uranium dont ils étaient constitués et, avec laquelle nous avions bon espoir de pouvoir attirer et communiquer avec les esprits. L'idée d'Yves était de combiner les objets en verre d'ouraline avec d'autres sources électroniques, pour créer un une sorte de catalyseur à spectre.
Nous n'avions cependant pas encore pu tester ce projet. Fred s'était longuement renseigné sur les propriétés de l'ouraline et les raisons pour lesquelles on avait jugé opportun d'intégrer de l'uranium dans du verre. Selon la théorie, cet élément avait pour but de renforcer le verre et lui permettre de supporter des températures très élevées, par ailleurs cela lui donnait des couleurs étranges et variées et conférait au verre une brillance sans égal. Dans les années 1830, jusqu'en 1940, on donnait au verre d'ouraline des propriétés médicinales et il était régulièrement utilisé dans les cures thermales et autres thérapies. Ce n'est qu'après 1940 que la dangerosité de l'uranium a été confirmée
Étant mort, je me demandais quelles conséquences aurait ma constitution énergétique face à une infime, mais non des moindres, influence radioactive. Laissant mon ami, je me rendis immédiatement dans le labo et je trouvais le fameux coffret. En m'approchant de la boîte, je ressentis des électrochocs, comme si mon ectoplasme vibrait. Voulant en savoir davantage, je pénétrais dans la boîte. Mon étonnement fut tel, que ce que je m'apprête à exprimer est, je pense, l'une des expériences les plus dingues et bizarres que j'ai testées dans cette nouvelle forme de vie.
Quand je me suis retrouvé à l'intérieur de l'écrin, l'énergie que je dégageais se mit à devenir phosphorescente. Je me mis à distinguer les contours de ma forme spectrale. Je pouvais me moduler à souhait. Il n'y avait aucune limite. Avec la couleur et la brillance que je dégageais, je voyais comme de mon vivant.
Je sortis du coffre et je constatai que la lumière de mon énergie demeurait. Je continuais de briller comme une étoile au milieu du labo. J'étais chargé comme une batterie sortant de charge.
Nous avions eu l'idée du siècle. Cela marchait ! J'étais persuadé que mes amis allaient non seulement m'entendre, mais également me voir.
Fort de mes convictions, je me transportai immédiatement au salon. La lumière était éteinte et plus personne n'était assis sur le canapé. Cherchant du regard une horloge, il était 3 heures du matin
Encore une fois, la notion du temps terrestre m'avait échappé. Dans mon esprit, je n'étais parti qu'une poignée de minutes. Seul dans la maison, je sentis un immense abattement et un désespoir m'envahir.
Je n'appartenais plus à ce monde.
Mes idées, mon identité tout disparaissait inexorablement, je devenais un souvenir, même pour moi.
Il fallait que je me raccroche à ma source. Je n'étais jamais retourné chez moi depuis mon décès. Je ne savais pas ce qu'il était advenu de mes affaires et de mon logement.
J'aurais aimé marcher ce matin-là, j'aurais aimé sentir l'odeur de l'humidité vivifier mes narines. J'aurais tant aimé respirer. L'euphorie que j'avais éprouvée en découvrant ces nouvelles facultés dans la mort était retombée comme un soufflé. La vie me manquait.
Pourquoi n'avais-je pas pu éviter cette bête qui avait surgi de nulle part cette fameuse nuit, pourquoi avait-il fallu que ma mort arrive à ce moment-là. Je repassais le film de mon accident dans mes pensées, je revoyais les arbres défiler à la lumière des phares de ma voiture, je revivais cette fatigue, les émotions que j'avais vécues avec cette famille remplie d'angoisse et de peur. J'analysais chacune de mes paroles et de mes réflexions, je réalisais à quel point je n'étais absolument pas concentré sur mon trajet. La colère, la tristesse et l'angoisse liées à cet événement sur lequel je n'avais eu aucun contrôle me ramenèrent instantanément dans cette forêt. Brusquement dans la pénombre, les phares d'une voiture se firent apercevoir au travers des branches. Je me postai au bord de la route.
De l'autre côté de l'asphalte, je crus entendre des bruits de pas et des craquements de branche. La voiture arrivait. J'espérais que l'animal n'allait pas bondir au milieu de la chaussée et causer un accident identique au mien.
Pris de panique, je courus pour traverser la route et chasser cette bestiole.
Au même moment, je vis le véhicule se rapprocher et freiner sans pouvoir s'arrêter. Il finit sa course en s'encastrant dans le sapin juste à côté de moi.
Je n'en croyais pas mes yeux. Cette voiture ne m'était pas inconnue. C'était la mienne.
*
IIDébut du chemin
Observant cette scène avec effroi, je mis du temps à réaliser ce qui s'était passé. J'étais arrivé sur les lieux de mon propre accident. J'avais voyagé dans le temps et j'étais précisément apparu à ce moment-là. Ce souvenir s'était ravivé avec une telle intensité, que j'avais revécu la scène de l'extérieur.
Je me suis approché de l'épave. Les phares éclairaient la forêt, de la fumée sortait du capot. Les bips d'alarmes sonnaient, la radio fonctionnait encore. Un calme régnait tout autour de la voiture. Pas âme qui vive n'était venue. Je me demandais combien de temps mon cadavre était resté seul au milieu de cette forêt avant que des gens n'arrivent et n'appellent les secours.
Je n'osais poser mes yeux sur le chauffeur. Je ne voulais pas le voir ni avoir la confirmation que la personne au volant n'était autre que moi.
Un moment d'hésitation qui semblait durer une éternité m'empêcha de tourner mon regard sur cet homme. Mais, je le fis.
Je fixais cette enveloppe charnelle meurtrie et couverte de sang, mon visage était tellement tuméfié qu'il en était méconnaissable. Mon nez avait explosé contre le volant. Je me souvins du choc qui m'avait alors écrasé la tête et la ceinture de sécurité bloquant mon sternum avec une violence telle que toutes mes côtes s'étaient brisées lors de la collision. Les yeux de la dépouille étaient restés ouverts. Mon regard, qui de mon vivant était d'un bleu ciel, avait viré couleur émeraude. Les yeux de verre d'une poupée en porcelaine, figés sur le tableau de bord, avaient cependant gardé une expression de surprise et d'effroi. Je compris à ce moment-là pourquoi l'on referme les yeux des morts. Ils gardent l'émotion ressentie avant la mort.
Je fis le tour de la voiture à la recherche de l'animal que je pensais avoir chassé ; mais aucune trace de pattes, aucune branche cassée. Perplexe, je scrutais l'horizon, le jour semblait commencer à se lever quand une voiture finit par croiser l'accident. Elle s'était arrêtée en face de l'épave, un homme d'une cinquantaine d'années était sorti de son véhicule, puis s'était approché de ma voiture. Il avait vu mon corps inerte. Il avait alors pris son téléphone portable pour appeler la police et les secours.
Pauvre homme ! Quel choc cela avait dû être pour lui de se retrouver ainsi au milieu des bois, au lever du jour, et assumer cette tâche à laquelle il ne s'attendait pas. Combien de personnes seraient passées sans s'arrêter par peur de se confronter à l'horreur et de prendre un rôle qui aurait pu les marquer à vie
Lui, il l'avait fait sans hésiter. À y regarder de plus près, je m'apercevais que cet homme portait un col blanc. C'était un prêtre ou un homme d'Église. Seigneur, moi qui ne croyais en aucune religion, voilà qu'un homme de foi s'était occupé de moi. Quelle ironie.
Il avait attendu les secours et s'était mis à genoux sur le rebord de la chaussée et avait commencé à prier. L'avait-il fait pour lui ou pour moi ?
Cette parenthèse temporelle s'évanouit tel le brouillard se dissipant dans une fin de matinée automnale. Sans que je le comprenne comment, je me trouvais dans mon logement.
Des cartons étaient faits ; quelques bibelots traînaient encore ici et là. J'errais entre ces quatre murs, cherchant désespérément des informations pour me rattacher à celui que j'avais été.
J'entendis des voix se diriger vers moi, c'était ma sœur et son mari. Mon Dieu, j'en avais presque oublié leur existence.
Je me mis à hurler !
- Charlotte c'est moi, Christophe ! Je suis là !
Bien sûr, elle ne réagit pas. Je décidais de les observer et de participer à mon déménagement.
- Où as-tu rangé ses affaires professionnelles ?
Yves doit passer en fin de matinée les chercher.
- Elles sont à l'entrée. Il y a une caisse avec son ordinateur, ses classeurs et quatre cartons avec tous les appareils de mesures et autres documents.
Mon cher ami venait récupérer mon travail. J'étais soulagé et ému.
Je me rendis à l'entrée. Excité, je fus surpris de constater qu'en arrivant vers mes affaires, la porte d'entrée se claqua brusquement. Gaël hurla de peur.
- Charlotte tu as vu ça ?
- Vu quoi ?
- La porte ! Elle s'est refermée toute seule ! Et d'une force !
- Oh mais ce n'est rien mon ange, c'est sûrement un courant d'air.
- Un courant d'air ? Comment veux-tu qu'un courant d'air ferme cette porte, il n'y a pas un brin vent !
Peut-être que c'était moi qui avais fait ça sans mon rendre compte ?
Il fallait que je retente l'expérience. Je revins sur mes pas, si j'ose m'exprimer ainsi, et retournais à l'entrée en me forçant à ressentir la même excitation expérimentée tantôt.
BAM ! La porte s'ouvrit et claqua contre le mur.
- Charlotte vient ! La porte s'est ouverte cette fois !
Ton frère est là ! J'en suis sûr !
- Écoute mon amour, tu sais combien ces histoires de fantômes m'ont pourri la vie ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !
Viens m'aider, t'occupe pas de cette foutue porte.
Je veux finir ces cartons et m'en aller. Je n'aime pas être ici.
- J'en parlerai à Yves, il saura quoi faire.
Et si ton frère avait raison ?
Je découvrais un Gaël beaucoup plus aimable que de mon vivant. Jamais ce type ne s'était intéressé à mon travail et même, il se moquait de mes recherches, avec ma sœur comme groupie.
Au moins, elle semblait n'avoir rien jeté. Yves et Fred avaient dû veiller à ce qu'il en soit ainsi.
Je me mis à me rendre compte que de passer ces moments en compagnie des miens et de mes affaires faisait son petit effet. Mon caractère, mes rancunes et mes souvenirs s'étaient réveillés.
Yves arriva accompagné de Fred, j'étais si heureux de les voir, j'aurais tellement voulu les embrasser et les prendre dans mes bras.
Je fus submergé d'émotions. Des larmes, c'est de cela que j'avais besoin. Pleurer pour évacuer. Je n'en étais plus capable. Une colère gronda dans mon ectoplasme, et de nouveau cette sensation de vibrer.
- Fred, tu as senti cette énergie ?
- Yves ne commence pas. Pas ici.
- Mais si regarde mes bras, j'ai les poils qui se sont dressés !
Mes deux meilleurs amis et collègues se tenaient juste à côté de moi, postés à l'entrée, se scrutant les bras et furetant les alentours.
Avait-on l'air aussi stupide dans nos investigations ? J'avais envie de rire, ils avaient l'air si sûr d'eux, ou du moins souhaitent-ils l'être ; cela en était presque pathétique.
Ils ne regardaient pas du tout dans la bonne direction. Je m'amusais de les voir. Le point positif c'est qu'ils avaient pu percevoir quelque chose, ce qui était un début. Je me réjouissais qu'ils embarquent le tout et que nos affaires se retrouvent dans un même lieu, là je pourrais aller de l'avant.
Gaël s'approcha de mes deux amis.
- Moi aussi je l'ai senti, la porte s'est ouverte et ensuite refermée avec une telle violence que j'ai hurlé dans l'appartement.
Vous sentez quelque chose vous aussi n'est-ce pas ?
- Oui en effet, les poils de mes bras se sont dressés et nous avons ressenti une énergie très forte, voire même négative en arrivant.
- Vous pensez que c'est Chris ?
- À n'en pas douter !
Ce que je me demande par contre c'est pourquoi nous avons ressenti cette négativité. Peut-être ne veut-il pas que nous touchions à ses affaires.
- Non Fred, avec Chris nous avons toujours convenu qu'en cas de problème de ce genre, nous récupérerions le travail de l'autre. Il en a toujours été ainsi et ce point n'a jamais été remis en question. La colère ressentie c'est autre chose, mais quoi ?
- Il est peut-être fâché car il n'arrive pas à nous parler...
Laissant cette question en suspens, Gaël aida mes deux collègues à emporter le tout et retourna dans le salon pour continuer d'emballer les affaires.
Charlotte était assise sur le rebord de mon lit, je l'observais. Cette femme qui était ma sœur dans mon autre vie avait toujours était une énigme pour moi.
Nous nous entendions bien étant enfants, puis je me souviens avoir voulu l'embarquer dans mes expériences, je me souviens qu'elle m'avait dit avoir entendu et même parlé avec notre grand-mère quand elle était partie. Puis quelque part vers la vingtaine, je ne sais trop pourquoi, elle s'était refermée et avait rejeté en bloc tout mon travail, ma passion.
Quand elle avait commencé à fréquenter Gaël, ils se moquaient même de moi. Finalement, nous avions choisi des voies différentes, je suis parti m'installer dans une autre ville. Elle, elle était restée chez nous, s'était mariée et ne se compliquait pas plus l'existence. Elle menait une vie tranquille, sans vague, sans encombre et sans doute. Du moins en apparence.
On se voyait aux anniversaires, nous échangions sur nos activités de manière extrêmement brèves. Elle ignorait tout de mon travail, et j'ignorais tout de sa vie.
Elle tenait dans la main un de mes livres sur les expériences de mort imminente. Mais aussi étrange que celui puisse paraître, au lieu de le ranger dans les cartons ouverts devant elle, elle le mit dans son sac à main.
Si j'avais pu sourire, je l'aurais fait.
J'aurais aimé lui parler, lui dire que je l'aimais, que je regrettais toute cette distance entre nous. Que je regrettais de ne pas mieux la connaître et que j'étais désolé qu'elle doive s'occuper de cette besogne.
Elle continuait de vider ma bibliothèque quand je l'entendis me parler.
- Moi aussi je t'aime Chris. Tu me manques...
Surpris de ce message, je me demandais si elle avait pu m'entendre, si elle avait gardé ce fameux don, ou était-ce un pur hasard ?
Frileux de tenter une approche, je l'appelai par son prénom, en me rapprochant de son oreille.
- Charlotte ?
La réaction fut telle que je reculais si rapidement qu'une pile de carton tomba à terre.
Elle sursauta et terrifiée sortit de la pièce en hurlant après son mari.
- Gaël, on s'en va, ça suffit pour aujourd'hui.
La porte de mon appartement se referma et je restais là, seul au milieu de mes affaires triées et à moitié empaquetées
*
IIIS'apprivoiser
Une lueur d'espoir s'était manifestée, mon obsession à vouloir absolument créer un lien entre le monde des morts et celui des vivants me poursuivait jusque dans l'au-delà.
Égaré dans mes pensées et mes questionnements, je constatais que ceux-ci n'avaient pas évolué, même en étant moi-même décédé. Aucun changement, aucune réponse n'était venue soulager ce qui avait été la quête de toute ma vie. Rien, hormis des incompréhensions supplémentaires.
La colère et la frustration me gagnaient, j'avais envie de tout envoyer sur les roses, de quitter cette Terre de malheur et tirer un trait sur cette vie et l'acharnement dans lequel je m'embourbais.
Je me remis à vibrer, les portes des placards de la cuisine s'ouvrirent brusquement.
Dépité je me mis à parler à voix haute, à quoi bon de toute façon personne ne pouvait m'entendre.
- Voilà mon moyen de communication, la colère ! Elle me permet d'ouvrir des portes ! Super !
L'absurdité de ma condition me faisait gagner en doute. Les craintes d'un éternel chaos, coincé dans une énergie que je ne maîtrisais pas et qui me handicapait à tous les niveaux. J'en arrivais à la conclusion que la mort n'avait absolument rien de magique et que vivre cette expérience dans un environnement aussi hostile était un véritable enfer.
J'aurais aimé hurler, que quelqu'un m'entende, que l'on vienne à mon secours, que l'on m'explique pourquoi cette errance. Que l'on me guide.
De mon vivant, quand des moments de grands désarrois se présentaient, je les gérais en sortant prendre l'air, j'appelais mes amis, j'allais prendre un café, je regardais un film. Là, j'étais bêtement et inexorablement seul, sans pouvoir soulager mon angoisse. Moi qui croyais naïvement que la peur n'existait plus dans la mort, car le fondement même de cette émotion était la mort. Je constatais mon erreur et mon impuissance à gérer une telle crise.
Les heures semblaient s'égrainer sans que je m'en aperçoive, les repères temporels n'étaient qu'un décor absurde de plus dans le cosmos. Une invention diabolique et sournoise, dictant un rythme illusoire et justifiant la décrépitude des corps pour aboutir à l'ultime fin de soi.
J'associais le temps aux écrits religieux, il avait la même fonction, celui de rassurer et de donner une réponse rationnelle et logique à l'expérience de la vie. Mais tout ceci était une règle désuète et au combien dangereuse pour mon état actuel. Qu'allait-il m'arriver maintenant ? Devais-je parler de tout ceci aux vivants ? Devaient-ils comprendre ? Si même dans la mort en expérimentant de tels phénomènes il m'était déjà difficile de ne pas perdre pied, qu'en serait-il pour le commun des mortels ?
Soudain, la lumière de l'aube attira mon attention, je réalisais que je me trouvais sur le pas de ma porte à fixer la forêt en face de moi quand j'entendis une voix m'appeler.
- M. Meyer !
Je n'en revenais pas c'était Marie.
- Oh ! Marie, je suis si content de vous voir, que me vaut ce plaisir ?
- Venez, il vous attend.
Je m'approchais de la vieille femme et elle me prit le bras.
En une fraction de seconde, nous nous retrouvâmes dans le grand hall d'usine dans lequel je m'étais rendu au cours des premières semaines qui suivirent mon décès.
Elle me lâcha le bras et s'évanouit dans l'obscurité.
Après quelques minutes, une voix forte et amicale s'adressa à moi.
- Alors Christophe, tu dégustes ?
- Qui me parle ?
Vic ?
- Oh nous nous connaissons très bien mon ami, mais peut-être l'as-tu encore oublié. Ce n'est pas grave, cela te reviendra au bon moment.
- Oui, je déguste !
- Tu as choisi de rester, quand tu as décidé de revenir dans cette vie, tu voulais faire ce chemin, tu as créé beaucoup de discussions et ton choix a été mûrement réfléchi.
Nous avons tenté de te mettre en garde contre la possibilité que tu y perdre réellement ton esprit. Le monde des vivants n'est pas fait pour cohabiter avec celui des morts.
Je crois que tu commences à t'en rendre compte.
- Je veux rentrer chez moi...
- Non tu ne le peux pas. Je suis ici pour te guider et t'apporter quelques éléments de réponses. Que veux-tu savoir ?
- Combien de temps vais-je devoir encore rester sur Terre ?
- Ah ça, comme tu as pu t'en rendre compte, cette question de temps n'est pas définie. Le temps c'est toi qui le décides et c'est toi qui le modélises. Si tu souhaites qu'un événement s'accélère ou au contraire dure, c'est ton choix, c'est toi la télécommande, tu peux absolument tout faire. C'est comme rembobiner une cassette vidéo, ou encore passer au chapitre suivant sur un DVD.
- Ce que j'ai vécu le jour de l'accident, la biche qui a traversé la route, que lui est-il arrivé ?
- Il n'y avait pas de biche Christophe...
- Mais j'ai vu un animal traverser cette satanée chaussée !
- Ce n'était pas un animal.
- Comment ça ? Alors c'était quoi ?
- Réfléchis mon ami, réfléchis...
As-tu d'autres questions, je vais devoir te laisser.
- Oui, où sont les autres ? Pourquoi, je n'ai croisé que Marie et le sergent Pelet ? Pourquoi il n'y a pas d'autres fantômes ?
- Pour plusieurs raisons, la première c'est que les autres, comme tu dis, ne restent pas. La deuxième, c'est que ceux qui décident, ou qui restent coincés sur Terre, ne sont pas dans la même énergie que toi, tu ne peux tout simplement pas les voir et quand bien même tu le pourrais, ils ne te seraient d'aucun soutien.
Ton chemin et la raison pour laquelle tu as voulu rester sur Terre après ta mort étaient de pouvoir comprendre et créer un lien avec le vivant.
Nous t'avons mis en garde sur la difficulté d'une telle œuvre, mais tu n'as rien voulu entendre. Nous avons cependant trouvé un accord pour te permettre d'expérimenter cette voie. Maintenant, tu vas retourner chez ton ami Yves et tu vas faire tes tests. Tout le matériel est là.
Ah ! encore une chose, je te suggère de faire une petite balade dans les homes pour personnes âgées, ou encore dans les Services de soins palliatifs. En cas de solitudes, cela pourrait te faire du bien.
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