« Bienvenue à la Nouvelle Orléans ».
Ces mots sont placardés en gros sur le bord de la route. Le car finit par s'arrêter à l'entrée du Quartier Français, et les passagers s'empressent alors de descendre.
Je ne suis pas déçue. La ville est magnifique. Je récupère ma valise et active mon GPS en direction de mon RBnB. Je récupère les clés, dépose mes affaires et ne perds pas une seconde. Je décide de commencer directement à visiter la ville la plus connue dans le monde du paranormal.
La Nouvelles Orléans est encore mieux en vrai que dans les livres.
Les lumières attrayantes, les rues animées, les musiciens entraînants, les petites boutiques de souvenirs de pseudo sorcellerie du Quartier Français...
J'ai toujours été fascinée par le paranormal. Bien que je ne sois pas une adepte du vaudou et de la ouija, les sciences occultes avaient depuis toujours occupé une partie de mon esprit. Je ne savais pas véritablement si j'y croyais, mais ce que j'avais entendu à propos de la Nouvelle-Orléans m'avait donné cette envie viscérale de découvrir ce qu'elle semblait cacher au delà des défilés exotiques et des boutiques attrapes touristes.
Mais que se passait-il dans les rues sombres et reculées de la ville?
Tous les guides touristiques défendaient strictement les lecteurs de se rendre dans le quartier de Seventh Ward. Selon les dires, certains touristes se seraient faits dépouiller ou même n'en seraient jamais revenus...
Ce quartier continue d'être réputé aujourd'hui pour être impliqué dans les disparitions les plus mystérieuses des États-Unis. On raconte même que la police y aurait perdu tous ses droits...
Vous m'aurez sans doutes traiter de folle, mais j'étais prise d'une envie viscérale de visiter ce quartier, et cela depuis toujours.
Et c'était aujourd'hui même, le soir de mon arrivée à La Nouvelle Orléans que j'avais décidé de m'y aventurer.
Les bouquins n'ont pas menti.
Seventh Ward est un quartier mystérieusement angoissant. Aucun lampadaire ne semble fonctionner normalement. Certains clignotent étrangement, plongeant les rues dans une atmosphère hautement dérangeante.
Le soleil s'est couché il y a au moins une demi-heure. Les rues sont déjà plongées dans une obscurité massive et semblent peu à peu se désertifier à mesure que je m'enfonce dans les profondeurs du district. En réalité, cette partie de la ville semble très silencieuse comparé au Quartier Français dans lequel je loge. C'est en y réfléchissant un peu normal étant donné que Seventh Ward n'est pas réputé pour être un quartier festif ni touristique. Il est composé d'un certains nombres de pavillons résidentiels et on note aussi la présence d'immeuble assez petit et bas délabrés, au pieds de montagnes d'ordures pour certains.
Une odeur étrange se dégage des rues de ce quartier spécialement. Une odeur qu'on ne retrouve pas dans le Quartier Français...
...Une odeur mortuaire.
Je tourne à un carrefour, attirée par une rue qui me semble un peu plus animée. En effet, quelques commerces y sont implantés ainsi qu'une boîte de nuit qui diffuse de la musique électro de manière assez forte. Je jette un coup d'œil au nom de l'établissement quand je passe devant: « Le Sanglant »
Charmant.
La partie de moi la plus folle me souffle volontiers d'aller m'y aventurer mais je décide néanmoins de rester prudente. J'avais décidé que ce soir n'était pas véritablement un bon moment pour décéder. Pas avant d'avoir visiter la très célèbre place Jackson Square.
Je n'ai pas vraiment bien dormi cette nuit.
Je n'ai pas arrêté de cogiter à propos de ce qu'il s'était passé hier soir.
Une fois levée, j'ouvre les rideaux de la petite chambre de l'appartement sous les toits que je loue au centre du Quartier Français, et attrape un carnet que je viens d'acheter ainsi qu'un stylo. Je note alors tout ce qui m'a paru bizarre: l'emploi du mot « pouvoirs » par l'étrange Vildred, la tentative d'hypnose, ainsi que le vampirisme. Straze, celui dont Vildred avait brisé la nuque en était-il donc un? Avais-je eu raison? Le paranormal existait-il bel et bien comme j'en avais été persuadée depuis des années? Cela faisait tout de mêmes beaucoup de preuves pour une soirée.
Mais étrangement, j'avais l'impression que c'était pour moi comme une évidence que la Nouvelle Orléans était peuplée de créatures surnaturelles. Bizarrement, cela ne me surprenait pas.
Je referme mon carnet et pense à mon père.
Je suis fille unique. Je n'ai pas vraiment de contact avec ma mère qui n'a jamais eu l'instinct maternel, et vit uniquement avec mon père depuis toujours, sur la baie des Hamptons, dans l'état de New-York. Que dire sur ma vie à part que je ne l'appréciais pas vraiment...Mon père est du genre ultra protecteur avec moi. Il est tellement strict qu'il n'accepte jamais que je sorte de la ville, hormis pour les études. Je suis en fac de lettres à New-York mais ce semestre-là se fait en partenariat avec l'Université de Philadelphie. Il avait donc accepté pour les études que j'aille étudier là bas durant environ six mois. J'en avais donc profité pour partir à la place à la Nouvelle Orléans en prenant une année sabbatique, sans le lui dire.
Je sais qu'un jour, il découvrira que je lui ai menti, mais je n'en pouvais plus. Je ressentais le besoin viscéral de prendre mes distances avec lui et de souffler, loin de ma vie terriblement insipide et ennuyeuse, et surtout d'aller visiter la Nouvelle Orléans. C'était mon rêve depuis que j'étais adolescente et je comptais bien le réaliser. J'aurais le temps de lui révéler la vérité une fois que je serai rentrée d'ici.
Je tripote entre mes doigts le bout de parchemin que l'hypnotiseur m'a transmis. Il y a son numéro écrit dessus ainsi que son nom.
Nathanaël Dubois.
Son nom semble bien français, ce qui me fait déduire que sa famille est implantée à la Nouvelle Orléans depuis des siècles, étant donnée qu'elle a été fondée par Jean-Baptiste Lemoine, un colon français.
Intriguée par Nathanaël, je tape son nom dans la barre de recherche Google.
Aucun compte Facebook, Instagram, Twitter, ni même LinkedIn. C'est quand même très étrange pour un jeune garçon qui n'a même pas vingt ans...
Qui es-tu Nathanaël...
Je fixe de nouveau le bout de papier. Je suis prise par l'envie de lui téléphoner. Mais, je finis toujours par me rétracter à chaque fois que je suis sur le point de le faire.
J'angoisse en réalité de me faire piéger.
Peut-être que ce Vildred m'a sauvé la vie en éliminant temporairement le soi-disant vampire, mais il n'en ai pas moins que sans Nathanaël, il m'aurait sans doute Kidnappée.
Je ne peux pas faire confiance à ces gens.
*
Le soleil est à son zénith.
Je me décide alors à sortir afin de visiter le célèbre Quartier Français et de faire quelques courses.
Je rentre dans une supérette qui m'a l'air sympa, et achète de quoi manger pour les jours suivants. J'arrive à la caisse, et présente mes articles.
Nerveuse, je patiente depuis déjà une dizaine de minutes au Cafe Beignet de la très célèbre Royal Street.
Je suis arrivée en avance pour avoir le temps de me familiariser à l'endroit, afin d'envisager un plan si jamais Nathanaël et son amie tente quelque chose contre moi.
Royal Street est magnifique. Les couleurs vivent des bâtiments et l'architecture très particulière lui apporte un côté exotique fortement dépaysant. Ici, les passants parlent et rient forts. Il y a un climat festif omniprésent. Cependant, même si je sais qu'en temps normal c'est le genre d'endroit qui m'aurait réellement plu, je ne suis pas du tout dans l'ambiance. Je fixe l'heure défiler sur mon téléphone, ainsi que l'aiguille se diriger sur le chiffre deux. Il est presque quatorze heures pile, et le soleil est à son zénith. Il fait si chaud que j'essuie mon frond humide toutes les minutes.
...Jusqu'au moment où je vois deux personnes se diriger vers moi: Nathanaël ainsi qu'une jeune femme très atypique.
Elle est grande, fine, type mannequin, avec de longs cheveux bruns qui établissent un contraste notable avec sa peau très blanche et de grands yeux noirs. Elle porte un pantalon à motif militaire kaki ainsi qu'un top à bretelles noir uni. Ses yeux sont maquillés de façon assez simple mais sophistiquée à la fois. Un trait d'eye liner noir accentue la forme amande de ses yeux surplombés de longs cils.
Elle est tatouée sur le dos de la main, d'un ovale avec une barre au milieu. Je me remarque très rapidement que Nathanaël a le même au même endroit.
Ce dernier porte un pull marron relativement usagés, ainsi qu'un pantalon un peu plus foncé simple. Ses cheveux châtains et bouclés ne sont pas vraiment coiffés, mais ce n'est pas dérangeant.
- Bonjour, je lance alors, un peu intimidée.
- Salut Linda. Je te présente Laura Moretti, elle travaille comme moi et Vildred à l'Enclave. Je vais t'expliquer en suivant ce que c'est, déclare-t-il en lisant dans mes yeux une multitude de questions.
- C'est incroyable comme tu lui ressembles! S'exclame-t-elle en m'adressant un grand sourire qui me détend immédiatement.
J'en déduis à son nom qu'elle doit avoir des origines italiennes, mais elle ne semble avoir aucun accent, hormis celui du Sud.
- Arabella Johnson, c'est ça? Je réplique alors.
Les deux protagonistes s'assoient à ma table sans me quitter une seconde de leurs yeux ébahis.
- Est-ce que tu la connais? Me demande immédiatement Nathanaël.
Je secoue la tête.
- Non, pas du tout. On m'a seulement appelée deux fois par son nom depuis que je suis arrivée il y a vingt-quatre heures à La Nouvelle Orléans.
- Donc, tu n'es pas d'ici? Me demande-t-il.
Je secoue la tête.
- Je viens de la baie des Hamptons, à New-York, je précise alors.
La fille me fixe attentivement de haut en bas.
- Vous êtes des copies conformes, c'est très déstabilisant. Mais, tu as l'air tout de même beaucoup moins arrogante et prétentieuse, relève alors Laura.
Je laisse échapper un petit rire gêné.
Les deux femmes étaient-elles en froid? Du moins, Laura ne semblait pas l'apprécier.
- Bella a disparu depuis près d'un mois. Nous avons aucune nouvelle d'elle et sommes très inquiet, et sa famille encore plus, déclare Nathanaël.
Je fronce les sourcils.
Je suis en route pour l'Enclave.
J'emprunte le tramway pendant plusieurs minutes avant d'arriver dans le quartier réputé comme étant le plus riche de La Nouvelle Orléans: Central Business District.
L'architecture est assez différente du Quartier Français. De hauts buildings s'élèvent massivement au dessus des routes à forte circulation. Ce quartier ressemble entre autres davantage à n'importe quelle capitale occidentale.
Une fois sortie du Tramway, j'active mon GPS en direction de l'adresse que m'as envoyé Nathanaël. J'arrive alors devant le fameux bâtiment. Je remarque tout de suite qu'on ne peut pas y rentrer sans code et qu'il n'y a pas de sonnerie, ce qui m'empêche d'aller plus loin. Je décide donc d'appeler « l'hypnotiseur ».
Nathanaël décroche au bout d'un certain moment.
- Allô?
- Salut, c'est Linda. Je suis en bas de l'immeuble, j'articule alors audiblement.
- Je t'envoie Laura, ne bouge pas! Me répond-il, immédiatement.
Je raccroche alors et attends patiemment, le cœur battant, que la jeune femme arrive.
La porte finit par s'ouvrir, et Laura apparaît sur le pas de la porte.
Quand elle me voit, elle m'accorde un sourire radieux, à l'allure presque séductrice.
- Linda! Je suis contente de te voir! Comment tu vas? Me lance-t-elle sur un air très enjoué, en me claquant déjà la bise.
Un peu surprise de sa proximité, je me fige légèrement mais me laisse faire.
- Un peu stressée, je souris à mon tour.
- Il ne faut pas. Je vais te présenter les lieux et les personnes importantes de l'Enclave même si tu as déjà rencontré la plupart, me propose-t-elle dans un élan d'enthousiasme.
Elle m'emmène directement dans un ascenseur, qui grimpe rapidement jusqu'au troisième étage. Une fois les portes ouvertes, elle m'entraîne dans un long couloir dans un élan d'enthousiasme.
Il est presque neuf heure du matin et je comprends rapidement que c'est l'heure à laquelle les salariés arrivent. Elle pointe du doigt la pièce la plus proche.
- Premier bureau à gauche, c'est le mien. En vérité je n'y suis pas beaucoup parce que je suis toujours fourrée avec Vildred. On supervise pas mal de trucs ensemble.
Son bureau est majoritairement noir. Les rideaux sont encore tirés, plongeant la pièce dans l'obscurité. Puis, elle me désigne une pièce à côté avant de continuer de m'expliquer.
- ...Maria gère tout l'administratif, c'est une sorcière spécialisée dans le déplacement des objets. Très pratiques pour classés les documents, poursuit-elle en me désignant une femme toute petite, ayant la trentaine, les cheveux blonds attachés en chignon.
Elle me fait un petit signe discret et timide auquel je réponds par un sourire.
- ...Oh, et ne t'inquiète pas, à peu près tout le monde dans ce couloir est au courant pour ta ressemblance avec Arabella, me précise la jeune femme.
Elle fait quelques pas avant de s'arrêter au niveau du bureau d'à côté, vide.
- D'ailleurs, c'est là qu'elle travaillait. Elle s'occuper de rechercher avec Vildred des Surnaturels ayant commis des actes illégaux, mais maintenant qu'elle n'est plus là, je l'ai remplacée.
Vingt heures.
Le soleil s'apprête à se coucher, conférant aux rues animées de La Nouvelle Orléans un aspect flamboyant presque envoûtant.
C'est vrai qu'il y a une atmosphère très particulière dans cette ville. Dernière les foules de touristes, je sentais que cette ville était destinée à d'autres choses que ça.
Pour le moment, tout s'enchaîne très vite. Je n'ai pas trop de temps pour moi, mais ce soir je ne travaille pas au restaurant. Je me décide donc d'aller me faire plaisir et d'aller dîner en ville,
Certes seule, mais peut-être que cela pourrait me permettre de faire quelques rencontres. Les commerçants sont accueillants ici, à l'exception du patron de l'établissement dans lequel je travaille. C'est vrai qu'il est assez désagréable et met beaucoup de pression à ses employés, notamment aux nouveaux, mais je n'avais trouvé de job nul part. Comme j'avais besoin d'argent pour payer la location de l'appartement, j'avais dû faire quelques concessions.
Je marche en direction du petit restaurant, dans lequel j'ai prévu de manger. Les gargouillis dans mon vente me déconcentre cependant, au point que je me rends compte en regardant mon GPS que j'ai omis de tourner au carrefour que je viens de dépasser.
Je tourne alors mes talons et sursaute subitement quand je me rends compte que je viens de buter malencontreusement contre quelqu'un, me flanquant une frousse monumentale.
C'est Vildred...
Je comprends qu'il me suivait. Mais, depuis combien de temps,?
Toujours aux pires endroits pour me faire peur, celui-la.
- Nan mais ça va pas de me faire peur comme ça? Je m'écrie impulsivement, le cœur tambourinant dans ma poitrine.
- Pardon, ce n'était pas le but, me répond-il sans émotion dans la voix.
...Évidemment vu qu'il n'en ressent pas.
- C'est vrai que tu ne t'es pas dit que de suivre quelqu'un dans la rue ça pouvait être absolument flippant!
- Je ne te suis pas. Je fais en sorte que nos chemins se croisent.
Encore plus rassurant.
Je croise les bras sur ma poitrine, dubitative. Je regarde néanmoins discrètement autour de moi s'il y a des passants au cas où il tente quelque chose.
- Pas sûre que cela aille en ta faveur.
Vildred plonge ses yeux dans les miens et y lit instantanément mon inquiétude.
- Si j'avais voulu te kidnapper crois moi que je l'aurais déjà fait. L'enclave ne kidnappe pas les gens, mais des Surnaturels si, surtout quand ils comprendront que la petite rousse qui se balade dans La Nouvelle Orléans ressemble comme deux goûte d'eau à une autre.
Je frisonne alors. Vildred a raison, peut-être que je n'étais plus vraiment en sécurité dans cette ville.
- Qu'est-ce que tu veux? J'articule alors.
- Viens avec moi et tu verras ce que je te propose.
Vildred me fait alors signe de le suivre. Je m'exécute, toutefois prudente. Je ne sais pas à quel point je peux lui faire confiance.
Bilan de ces derniers jours: j'ai rencontré pas mal de surnaturels, tous différents les uns des autres.
Tout d'abord Nathanaël. C'est celui qui m'a l'air le plus de confiance. Mais, il est visiblement aussi celui qui a le moins d'influence à l'Enclave. Cependant, c'est toujours utile d'avoir un sorcier dans les parages.
Laura. Gentille fille, très énergique, qui semble être ouverte à me connaître et à m'aider. Est-ce que je pourrais m'en faire une amie? Mais, peut-on être véritablement amie avec quelqu'un qui peut vous vider de votre sang dans ses moments de faiblesse? Je n'ai pas la réponse.
Ensuite, Vildred. Au début il me terrifiait avec sa froideur extrême, mais son absence d'émotion lui apporte un aspect factuel non négligeable qui le rend en quelque sorte intéressant. Il n'est pas si terrible que ça finalement. Je suis consciente que son attitude envers moi est rudement intéressée, mais je me sens protégée quand je suis avec lui.
Isaac. Que dire d'Isaac...Qu'il est beau, ça c'est une évidence avec ses kilos de muscles sur les bras...Mais, mon Dieu, qu'il est imbuvable! Il semble ne pas me faire confiance pour le moment. Est-ce que c'est à moi de faire le premier pas vers lui et lui convaincre que je ne suis pas une imposteur? Le problème c'est que j'ai trop de fierté, et la façon désobligeante avec laquelle il a parlé de moi, ne me donne pour le moment absolument pas envie de lui adresser la parole.
Straze. Je ne connais pas grand chose du vampire à part qu'il semble être en mauvais terme avec Vildred pour une raison que j'ignore. Je n'ai pas vraiment envie de le recroiser.
Ulrich. Vildred m'a raconté qu'il était le rival d'Isaac et qu'il avait toujours convoité son poste. Être numéro trois de l'Enclave ne lui suffit pas, selon le chasseur de prime. Apparemment, c'est un métamorphe. C'est à dire qu'il a la capacité de se transformer en n'importe qui, ce qui peut être une très grosse force pour lui. Quoiqu'il en soit, il ne m'inspire pas confiance. Je crois qu'il m'a dorénavant dans le collimateur. J'essaierai par la suite de l'éviter.
Le bilan est mitigé. Même si je meurs d'envie de connaître un peu plus les secrets des Surnaturels, et de comprendre ce que je suis réellement et quel lien nous lie Arabella et moi, j'ai conscience que je dois rester prudente. Vildred m'a mise en garde: les Doppelgängers sont un mystère que bien des Surnaturels aimeraient percer.
Malgré mon excitation grandissante sur ces nouvelles questions, un retour à la réalité doit malheureusement s'imposer. Je travaille plusieurs soirs par semaine dans un restaurant assez fréquenté de Canal Street. Et ce n'est pas une partie de plaisir. Le manager est désagréable et complètement antipathique. Il instaure un climat de tension à tous les employés, notamment à moi qui suis nouvelle et qui n'ai pas l'habitude du travail en restauration. Je ne vais pas assez vite selon lui.
On est lundi, la soirée vient juste de commencer. Le restaurant est pour la moitié vide même s'il commence à se remplir.
- Un client attend depuis dix minutes qu'on prenne sa commande à la table 12. Ça serait pas mal que tu te bouges un peu, Elena, avant qu'il s'en aille! M'interpelle désagréablement le gérant alors que je croule sous une montagne d'assiettes vides que je dois ramener en cuisine.
- Moi, c'est Linda, je le reprends alors.
- C'est pareil. Dépêche-toi.
Je l'insulte dans ma tête et dépose enfin en cuisine les plats avant de me diriger vers la table, les yeux rivés sur les feuilles de mon calepin qui ne font que de voler à cause des ventilateurs.
- Bonjour, je peux vous servir quelque chose, Monsieur? Je lance, les yeux toujours focalisés sur ce satané bloc.
- Dans un second temps, pourquoi pas. Mais tout d'abord, une simple discussion suffira.
On s'était arrangés avec Nathanaël pour faire le prélèvement de sang dans un endroit familier pour moi. Il m'avait dit qu'il ne voulait pas que je me sente mal à l'aise et angoissée, et m'avait proposé de venir à mon appartement.
La sonnerie retentit.
Je me lève et vais lui ouvrir.
- Salut Linda, comment tu te sens? Me demande-t-il d'une voix douce et bienveillante qui me rassure davantage.
Je le fais entrer, et lui propose de poser dans la pièce principale les gros sacs qu'il peine à porter avec son petit gabarit.
- Ça va. J'appréhende quand même un peu. J'ai l'impression d'être un rat de laboratoire, je réplique un peu nerveuse, en m'asseyant sur mon lit.
Nathanaël laisse échapper un petit rire et farfouille déjà dans un des sacs.
- N'aie pas peur. C'est comme une prise de sang, et sans danger. Ça ne prendra que quelques minutes.
Je laisse échapper un petit soupire.
- J'imagine que c'est nécessaire de toute façon...
Nathanaël m'accorde un regard amical.
- N'en veux pas trop à Isaac de prendre toutes les précautions qu'il peut. C'est un bon numéro deux. Il le fait pour le bien des nôtres.
Je lève les yeux au ciel.
- Il n'a pas l'air de vouloir me faire confiance, pour le moment, je lâche alors, en faisant une petite grimace.
- Laisse-lui du temps. Il finira par t'accepter parmi nous. Il a un fichu caractère, mais il est aussi très gentil et généreux, réplique le sorcier en sortant une seringue sur laquelle il relie une petite fiole.
Gentil? Je n'aurais pas vraiment dit ça, hein.
Je frisonne déjà à la vue de l'aiguille de la seringue. Elle me paraît un peu trop grosse à mon goût.
Je tente néanmoins d'oublier ma peur en meublant le silence.
- Tu peux me parler d'Arabella? Je demande alors.
Nathanaël me fait signe de m'asseoir sur le siège de mon bureau et me fait un garrot pour faire ressortir la veine de mon bras gauche.
- C'est la fille aînée du chef d'une des deux meutes de Loups-garous de la région, donc l'héritière. Toutes les autres ont été décimées. Comme tu sais, les loups-garous ne sont pas appréciés par les humains et les autres Surnaturels à cause des dégâts qu'ils causent le soir de la pleine lune.
Je hoche doucement la tête.
- Isaac est l'héritier de l'autre meute, c'est ça?
Le sorcier acquiesce.
- Leurs parents ont toujours voulu rassembler leur deux meutes. Leurs rêves étaient que Bella et Isaac se marient pour lier les deux clans. Sauf qu'Isaac en grandissant ne voulait plus de Bella. Il est parti offrir des services à l'Enclave et Arabella l'a suivi, je pense pour le faire changer d'avis sur elle. Mais finalement, l'ironie du sort a voulu que ce soit Vildred qui la fréquente.
Nathanaël introduit la seringue délicatement dans mon bras, transperçant doucement ma peau.
Je me crispe alors et esquisse une petite grimace de douleur.
Il commence à pomper mon sang.
- Ils sortaient ensemble? Je demande alors.
- Plus depuis un moment. Ils ont toujours eu une relation très tumultueuse même s'ils s'aimaient profondément, mais quand Vildred a perdu ses émotions, leur relation amoureuse a pris fin. Ils continuaient de se fréquenter mais ce n'était que purement..sexuel, finit par déclarer le garçon, un peu gêné.
Retourner à Seventh Ward malgré les mises en garde de Vildred?
C'est bien ce que j'allais faire.
J'étais consciente du risque que je courrais, mais j'avais bien trop envie de visiter cette fameuse bibliothèque dont Nathanaël m'avait parlé.
Le seul problème?
Pour y rentrer, il faut scanner au niveau de la machine devant le portail du bâtiment, le dos de la main, au niveau du tatouage que tous les Surnaturels ont, sûrement pour éviter que les humains s'y aventurent.
Même si je ne suis en fin de compte sûrement pas une humaine, je n'ai pas ce tatouage, donc ne peut m'y introduire seule.
J'attends qu'une fille ouvre la porte pour accourir à son niveau avant qu'elle ne se referme.
Par chance, la fille me laisse passer avec elle, sans poser aucune question, ni même se retourner vers moi.
Le sourire aux lèvres et me félicitant de cette victoire en me disant que c'était trop facile, je m'aventure dans la petite cour qui était dissimulée par le haut portail. Elle mène à un vieux bâtiment en briques qui ressemble à une sorte d'usine désaffectée qui a probablement été réhabilitée en bibliothèque.
J'enfile alors la capuche de mon sweat sur ma tête et range à l'intérieur ma chevelure rousse qui ne passe pas inaperçu. Je n'ai pas vraiment envie qu'on me prenne à nouveau pour Arabella.
Je farfouille pendant des heures dans les ouvrages de la bibliothèque, me plongeant sur les histoires palpitantes des premiers Surnaturels de la ville. Je ne vois pas le temps passer.
Quand je relève mes yeux des pages des vieux livres, je me rends compte que la nuit est largement tombée sur La Nouvelle Orléans.
La bibliothèque s'est vidée et je ne suis plus que la seule ici.
Je commence doucement à angoisser. Je ferme les bouquins et les repose rapidement sur les étagères, avant de me dépêcher de rejoindre la sortie.
Sauf qu'au moment où je franchis la porte pour regagner la cour et sortir de l'enceinte, je me rends compte qu'il y a le même dispositif de sécurité « filtre humain » que celui à l'entrée.
Aïe.
Je remarque immédiatement que trois types adossés contre un des hauts murets de la cour me fixent avec insistance. Je perçois dans leurs yeux une lueur malsaine.
Je comprends rapidement que se sont des vampires, à leur couleur de peau anormalement pâle. J'ignore à ce moment-là s'il me suspecte d'être humaine.
Après tout, d'après Nathanaël et Vildred, je n'en suis pas une.
Ces types me font quand même paniquer. Je reste une jeune fille seule avec trois hommes louches...Il pourrait se passer bien des choses...
Le problème c'est que je ne peux pas sortir seule de l'enceinte, et encore moins demander à ces mecs de m'aider. Si je leur demande de m'ouvrir la porte, ils vont penser que je suis une humaine et par conséquent me vider de mon sang par la même occasion. Et, il n'y a personne d'autre à qui je pourrais demander de l'aide étant donné que le bâtiment est complètement vide.
Je me trouve dans une impasse.
Je décide de garder mon calme et de rentrer à l'intérieur, le temps de réfléchir à une solution.
Me vient alors une illumination.
J'ai sur moi le téléphone que Nathanaël m'a donné, avec tous les numéros de téléphone des personnes importante de l'Enclave que j'ai rencontrées.
Le lendemain matin, je reçois aux aurores un message de Nathanaël qui me propose de venir à l'Enclave. Apparemment, Vildred aurait besoin de moi pour commencer certaines recherches.
Enthousiaste de commencer enfin ma nouvelle vie de Surnaturelle, je me lève immédiatement et m'habille en suivant. Cependant, une angoisse me revient en tête. J'ai perdu mon job il y a quelques jours. J'ai postulé à d'autres candidatures qui n'avaient abouties à rien, à part un entretien dont je n'avais eu aucune réponse. Je commence donc à désespérer. Si je n'ai pas de quoi payer mon loyer, je devrais quitter La Nouvelle Orléans, et rentrer à New-York. Et je n'ai aucune envie de retrouver mon père.
Il me harcèle d'ailleurs de message depuis que je suis arrivée, en me demandant plein de précisons sur les cours, que je n'ai pas suivis étant donné que j'ai pris une année sabbatique dont il n'est pas au courant.
J'essaie de penser à autre chose en me disant que mes économies me suffiront à payer mon prochain loyer. Mais, je ne pourrais pas le faire pour les autres mois.
Je prends quelques affaires, quitte mon appartement et me dirige vers Central Business District. J'arrive à l'Enclave au même moment que Nathanaël.
- Salut Linda, content que tu t'en sois sortie, hier, me lance-t-il gaiement.
- Oui, j'ai évité le pire. Je devrais faire plus attention la prochaine fois, je réplique alors en saluant à mon tour le garçon.
Nathanaël déverrouille la porte centrale de l'Enclave avec son tatouage et me tient la porte pour que je puisse rentrer à mon tour.
Il est encore tôt, et une bonne partie des lieux sont déserts. Le sorcier m'emmène alors dans la salle commune.
Laura est là, assise à une table, appuyée sur ses coudes, et ses doigts sur ses tempes. Elle a l'air visiblement mal en point. Elle porte des lunettes de soleil bien noires et la peau de son visage semble encore plus pâle.
Gueule de bois?
Quand je franchis la porte, la vampire lève les yeux vers moi, et retire des lunettes.
- Linda! J'ai vu ce matin que tu m'avais appelée hier, mais je n'ai plus aucun souvenir de la conversation téléphonique, commence-t-elle embêtée.
- Oh...Je crois que tu n'étais pas vraiment en mesure de discuter. Mais, j'ai pu me débrouiller, ne t'inquiète pas, je lui souris alors.
Laura esquisse une petite moue embêtée, et un sourire crispé.
- Désolée...
Je lui fais signe que ce n'est pas grave quand une voix masculine nous fait tous nous retourner.
- Amis du jour, bonjour.
C'est Vildred.
Il rentre d'un bon pas dans la pièce, le menton baissé et le regard droit. Il salut tout le monde, moi y compris d'un signe de la tête, avant de nous distribuer à tous un petit prospectus.
- C'est quoi? Demande Laura, en s'étirant nonchalamment sur sa chaise.
- Devinez qui combat à l'arène ... demain soir?
La vampire bondit alors de sa chaise, faisant tomber au sol ses grosses lunettes de soleil.
- C'est pas vrai! T'as été tiré au sort?? Mais c'est génial! S'écrie-t-elle, excitée comme une puce.
- Les tirages sont tombés hier soir, précise le nouvel entrant.
- Tu combats contre qui? Poursuit la jeune femme.