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La mémoire perdue

La mémoire perdue

Auteur:: Ana Dema
Genre: Romance
Infirmière aux urgences, Clarisse à beaucoup souffert... Clarisse se protège, elle ne veut plus souffrir à cause d'un homme. Mais un jour, son premier amour, celui qui l'as abandonné, réapparait. Il est dans le coma, elle va veiller sur lui, lui réapprendre la vie, lui redonner la mémoire qu'il a perdu. Mais quelles sont les limites à ce jeux dangereux?

Chapitre 1 Chapitre 1

L'air froid et humide entre par la fenêtre de la salle de garde. Il pleut depuis ce matin, pour le premier jour de printemps la météo aurais pu faire beaucoup mieux.

Je suis fatiguée de ma garde, et je pourrais tuer pour un café.

Marie- Paule est déjà là, ses cheveux sont en bataille et es lunettes sont accrochés à sa blouse blanche.

Nous travaillons ensemble depuis 6 ans, elle m'as prise sous son aile dès mon arrivée dans le service.

- Tu finis à quelle heure?

-Dans deux heures

-Méfie-toi des bouchons, un carambolage à eu lieu sur l'autoroute.

Qu'elle chance! Mon lit m'attends et peut être Renaud aussi.

Mince, j'ai oublier de l'appeler pour m'excuser. Il nous avais préparer un Week end champêtre sans m'en parler. Tu parles d'une surprise... Je n'aime ni les surprises, ni la campagne.

J'ai un peut exagéré et ça aurais été plus facile de dire que je remplaçais une collègue qui faisais la communion de son petit dernier. Mais j'ai préféré être cassante.

Son air amoureux m'agace. Je ne veut pas qu'il m'aime, son désir me suffit.

- A quoi penses-tu? demande ma collègue en déballant son diner.

- Je me suis disputée avec Renaud...

Elle secoue la tête. Pour elle, je suis le problème. Nous avons déjà aborder le sujet, inutile de recommencer.

Je lui téléphonerai en entrant. Il ne boude jamais longtemps.

En un clin d'œil, Marie-Paule avait englouti son plat et attaque sa grosse part de tarte au pomme. Elle croise mon regard écœuré et un éclair de panique la foudroie:

-Tu trouve que je mange mal?

Je m'efforce de sourire, mais elle n'est pas convaincue.

-Dis-le moi si j'ai grossis? Tu as la chance de pouvoir avaler tout ce que tu veux sans prendre un gramme!

Elle froisse l'emballage du gâteau.

-Avant j'était comme toi.

Avant quoi ? Elle ne va tout de même pas m'imposer son chapitre sur la grossesse qui change le corps d'une femme! Ce n'est ni l'heure, ni le moment. Si elle ose, je ne la remplace pas le week end prochain.

Trop tard, elle se lance. Je n'écoute pas. Je suis fatiguée de m'entendre dire qu'à mon âge, il serais temps que je prête une oreille attentive à mon horloge biologique.

-Tu as trente ans Clarisse.

En trois mois exactement. Mais je n'envisage nullement de faire des enfants. Ma vie me plaît telle qu'elle est. L'autre moitié de mon lit n'est jamais défait, à part quand j'invite Renaud. L'abattant des toilettes est toujours baissé, aucune paire de chaussures n'encombre l'entrée de mon appartement, et surtout personne pour me demander pourquoi je rentre si tard.

- Un jour tu le regretteras, termine-t-elle en se dirigeant vers la cafetière.

J'en doute. J'ai choisi. J'ai zappé de ma vie toutes les petites contrariétés que l'amour nous inflige. J'ai opté pour un célibat raisonné et réfléchi. Ma dernière en date se prénomme Renaud et il sais murmurer: '' J'ai envie de toi'' dans quartes langues différentes. J'adore quand il dit en finnois ''Minä haluan sinut''. Je déteste lorsqu'il évoque la possibilité de vivre ensemble et achève sa tirade par l'inévitable '' Je t'aime''.

Marie-Paule n'est pas convaincue.

- Et demain, quand tu seras vieille et moche!

J'éclate de rire.

-J'adopterai un chien, un poisson rouge et me passionnerais pour les bonsaïs pendant que tu crèveras de trouille à l'idée que ton mari puisse t'abandonner pour une plus jeune!

Elle se détourne dans un mouvement d'agacement. Pour me punir, elle se sert le dernier café et repose délibérément le pichet vide sur son socle toujours sous tension.

- Je te déteste!

- Moi aussi, dit-elle en s'éclipsant.

Elle rit.

Mon bip sonne. L'infirmière en chef, surnommée '' Cheftaine'', est sur le pied de guerre.

- Trois ambulances sont annoncées. Nous ignorons l'état exact des blessés. Soyez prêts!

Des tubes de néons barrent le plafond du couloir. Les murs sont blancs et tachés par endroits. L'hôpital bourdonne du ballet incessant des médecins et du personnel.

Des brancards se bousculent vers l'ascenseur. Une figure longue et chevaline me fait face.

-Un camion frigo s'est renversé sur trois voitures et un camping-car.

De la blouse blanche du Docteur Rina dépasse des bras forts et velus? Une perfusion se balance au-dessus d'une jeune femme au visage tuméfié. Il explique aux étudiants de troisième année qui l'accompagnent:

-Chocs multiples au niveau de la cage thoracique, suspicion de sang dans les poumons. Pour vous quel est le diagnostic?

Deux répondent. Des noms compliqués et savant, Rina me regarde:

- Je vais avoir besoin de vous.

Je l'escorte. Agir vite est vital.

-Madame, vous m'entendez..

Ma main presse la sienne. Elle porte une alliance. D'un coup d'oeil, Rina m'infirme que le mari a eu beaucoup moins de chance? Ce n'est pas le moment de le dire à la blessée.

- Tout ira bien.

Un, deux, trois, nous la soulevons, l'installons sur la table d'opération.

Les yeux de l'anesthésiste sont ternes et fatigués. Les instruments étincellent sous la lumière froide du plafonnier.

- Bistouri! annonce Rina.

Je m'exécute. Le sang gicle sur l'alèse verte.

- Compresse!

- Mes geste sont bien rodés. Je suis arrivé ici voilà six ans, jeune infirmière fraîchement diplômée. Je voulais aidé mon prochain. La première chose qu'il m'a fallu apprendre est de canaliser mes émotions. Pas le temps de s'apitoyer sur les petits et les grands drames de la vie.

Chaque minutes est précieuse. La moindre hésitation risque d'être fatal. Alors, on fonce, le cœur sous carapace, on évite de croiser le regard anxieux d'un parent, d'un ami qui attends et s'angoisse. Seulement, il ne faut pas oublier qu'on meurt aussi aux urgence et que c'est à nous, le personnel hospitalier, de trouver les mots pour expliquer l'inacceptable. A nous d'encaisser la colère légitime de celui qui souffre et nous rends responsable. Je suis blindée.

A l'époque, je ne l'étais pas. Je me cachais dans les toilettes pour pleurer. A la fin de ma première journée de garde, j'étais sortie dans le parc pour crier, me libérer. Un médecin m'avait sourit en guise de complicité.

L'intervention s'achève. La jeune femme dort paisiblement. Elle ignore que son mari est mort, écrasé dans un amas de tôle froissées. Ils avaient sans doute planifié leur avenir, des vacances dans les îles paradisiaques, un enfant dans deux ou trois ans, une maison en bordure de mer. Ils n'avaient oublié qu'un détail: le destin, injuste et cruel.

-Clarisse... Un accidenté, salle 2. Le chauffard a pris la fuite.

Chapitre 2 Chapitre 2

Pas le temps de mollir! C'est reparti, le long du couloir est de plus en plus encombré. A Croire que la nuit favorise les situations désespérées et que ma garde ne s'achèvera jamais.

- Normalement, je termine dans cinq minutes!

L'interne s'en moque, il est débordé. Toutes les infirmières sont occupées par les blessés de l'autoroute. Il ne reste plus que moi. Dépitée, lessivée, je contemple mes pieds gonflés et douloureux.

-Fracture et traumatismes crânien. Delgrade à besoin de toi.

Et moi, j'ai besoin d'un bain, de mon lit, de vingt-quatre heures de sommeil!

Le hall grouille de pompiers, le chauffeur du camion arrive à son tour, entouré par deux gendarmes. Son front saigne, il ne parle pas français et s'agite. Une aide-soignante accourt.

-Donde te duele? ( Où as-tu mal?)

Il montre sa nuque et son dos. Il avoue s'être endormi au volant.

A cause de lui, un homme et deux femmes sont morts.

Un individu agite sa main ensanglantée. Ce n'est pas une urgence.

-Plus tard, Monsieur, un peu de patience.

Il s'énerve et visiblement il à bu. Il finira la nuit en chambre de dégrisement, accaparant un infirmier qui aurait été plus utile ailleurs, mais qui doit veiller sur le sommeil de l'ivrogne qui s'est blessé en voulant sabrer une bouteille de champagne.

Je court, je vole sur la vingtaine de mètres à parcourir. Salle 2....

-La Trentaine, aucun papier d'identité. Il a perdu conscience dans l'ambulance.

J'avance, je me fige. Impossible, je doit rêver. Je recule. Le médecin s'étonne.

-Que se passe-t-il?

Des ciseaux découpent le pull du blessé, des électrodes sont placés sur sa poitrine. Sa jambe gauche est dans un sale état, fracture ouverte. Ma respiration s'accélère, mon cœur va exploser et pendant ce temps c'est le sien qu'ils essayait de réanimer.

Je n'approcherais pas de cet homme, de ce visage qui a à peine changer malgré les dix années passées.

-Veuillez m'excuser, mais je ne me sent pas bien...

La porte claque. Je m'adosse au mur, mes jambes tremblent. Je doit lutter contre un haut-le-cœur. Je ferme les yeux, pas question de pleurer.

-Clarisse...

Quelqu'un me soutient, me guide vers la salle d'attente. Un homme se lève pour me céder sa place. Suis-je donc si pitoyable à regarder? Je m'écrase sur la chaise. Marie-Paule me tends un verre d'eau. Je l'avale avec difficulté. Elle à un gout infect, celui du chagrin vieux d'une centaine d'années? Je me sent tellement stupide.

- Je me sens mieux merci.

Je suis en train de mentir, rien ne va! Il est ici, au premier étage, inconscient sur un lit, le crâne abîmé, percuté de plein fouet par une voiture. Je ne veux pas le voir, c'est au dessus de mes forces. Il n'existe plus, je l'ai rayé de ma vie.

- Je vais rentrer.

Ma voix resonné faible et meurtrie, ma collègue m'oblige à me rassoir.

-Tu n'est pas en état de conduire attends-moi, je termine dans cinq minutes.

D'un œil vide, je fixe la pendule accrochée au-dessus de la porte. Minuit trente, une vieille traîne sa chaise près de la mienne.

-Vous êtes infirmière?

Son regard est doux, elle me montre sa main: une vilaine cloque la recouvre presque entièrement.

- Je me suis brûlée en réchauffant ma soupe. Cela fait des heures que je patiente. Vous êtes malade?

Non, juste choquée parce que le blessé de la salle 2n'avait pas le droit de revenir dans ma vie, surtout pas en ce moment. Pas de cette manière, avec des fractures et son traumatisme crânien. Il n'existe plus pour moi, je l'avais effacé de ma vie et j'était heureuse maintenant.

Malgré moi, je sens mon visage qui se décompose et je fond en larmes, j'ai honte de pleurer devant cette femme, mais je suis incapable de me retenir.

-Vous avez perdu un proche? chuchote-t-elle.

Non , je l'ai retrouvé et c'est bien ça le drame!

-Tout ira bien. Ne vous tracassez pas, insiste-t-elle en me tapotant le bras.

L'homme qui m'a cédé son siège s'approche à son tour. Il a une bonne tête de père de famille, son fils est diabétique, je me suis déjà occuper de son enfant. Il me tend un paquet de mouchoirs. Je n'ai pas le temps de le remercier Marie-Paule me récupère, elle me prends fermement le bras.

-Tu te sens mieux?

Je confirme d'un hochement de tête. L'ascenseur nous dépose au parking, j'aperçoit ma voiture.

-Je peut conduire, je t'assure.

Elle refuse

-Tu as eu un malaise!

Non, juste un étourdissement dû au choc, rien de dramatique. Je sais de quoi je parle, je suis infirmière.

Elle s'obstine et me pousse vers le siège passager.

-Je suis sûre que ce soir, tu as oublier de manger.

Faux! J'ai avaler mon potage et mon carré de gruyère.

L'averse nous surprend à la sortie du souterrain, les essuie-glaces s'emballent. Les rues sont vides et le ville dort.

-Renaud, je te réveille?

Question stupide! Evidement que je l'ai arraché au sommeil! On ne dérange pas les gens à une heures quarante-cinq du matin. J'ai une bonne excuse cependant:

-Je voulais juste te dire que je suis désolé et que je t'ai menti, j'adore la campagne. S'il te plaît, parle moi!

-C'est gentil de ta part, mais il serait préférable que nous en parlions plus tard, je doit me lever tôt.

C'est maintenant que je veut parler, c'est maintenant que j'ai besoin d'être rassurée... mais il raccroche.

J'ai dormis et rêvé du blessé. J'ai tenu jusqu'à quatorze heures avant d'appeler l'hôpital puisque aujourd'hui je ne travaille pas.

-Clarisse des urgences... Avez vous des nouvelle du patient de Delgrade?

Un silence, je peux encore raccrocher et me désintéresser de cet homme, j'attends:

- L'opération de sa jambe s'est bien dérouler, mais le professeur a préférer le plonger dans un coma artificiel pour réduire la tension de la boîte crânienne. C'est un ami a vous?

Il faut que je fasse attention a ce que je vais répondre, il ne faut pas que je m'implique pour lui, il ne le mérite pas.

-Oui, autrefois...

-Vous connaissez donc son nom?Il n'avait aucun papier sur lui, nous en avons besoin pour son dossier et avertir sa famille.

Chapitre 3 Chapitre 3

J'aurais souhaité l'effacer de ma mémoire.

- Edouard Masid.

Et je l'aimais

J'avais seize ans quand nous nous somme rencontrés ou plus exactement quand nous nous somme percutés. Lui en scooter et moi en vélo, un télescopage providentiel et miraculeux.

Son regard turquoise était un cadeau du ciel. Je portas un appareil dentaire et avalais chaque matin une cuillère d'huile de foie de morue pour grandir et grossir. Tout le quartier me surnommait ''la crevette''. Je n'éveillais pas plus d'intérêt auprès des garçons qu'un devoir d'algèbre. Lui était différent, ses yeux me caressaient. je me sentait belle dans ses yeux. Il m'a demandé où j'habitait et il a ri en réalisant que nos étions voisins, mais que jamais nous ne nous étions croisés. Il m'a raccompagnée car je boitais. Son bras entourait ma taille, avant de me lâcher il a promis de revenir. Pas pour prendre des nouvelles de mon genou écorché, mais à cause de moi. J'était aux anges, un véritable coup de foudre aussi réciproque qu'inespéré.

Je l'ai revu le lendemain, puis tous les soirs de la semaine. Il a attendu un mois avant de m'embrasser. Un baiser parfumé à la reglisse. Pour lui, j'avais retiré mon hideux grillage qui, selon le dentiste, devait m'offrir un sourire de star de cinéma. Je n'en avait plus besoin, j'avais rencontré mon prince charmant.

J'écrivait des lettres d'amour sur du papier parfumé, j'assistait à tous les match de son équipe de hand-ball. D'ailleurs je n'ai jamais rien compris aux règles, je le regardais, j'en avais mal aux yeux à force de le fixer. Il était si beau, un teint hâlé, un grand corps harmonieux, des mains parfaites. Des tas de filles le contemplait, je n'était pas jalouse. J'adorais leur sursaut de surprise en voyant ma petite personne fluette s'accrocher au bras de l'athlète, il m'appartenait. Nous nous aimions et je croyait pour toujours. Il m'a offert une pierre de lune pour mes dix-sept ans, je n'avait plus besoin de mon appareil dentaire, nos baisés s'enflammaient; un prélude à des étreintes plus intimes. J'ai eu dix-huit ans et je rêvait de nos fiançailles, sa mère nous recevait chaque dimanche. Il n'avait pas connu son père et discutait volontiers avec le mien. L'armée était leur sujet préféré, le service militaire n'était plus obligatoire, ils le regrettaient. Je m'énervait, la simple idée d'être séparée de lui durant un an me scandalisait.

Je l'ai été pendant dix ans et je ne suis pas morte.

Nous buvions de la liqueur de mûre, papa s'endormais la tête inclinée sur l'épaule, maman le regardait avec tendresse. Elle ignorait qu'elle le perdrait deux ans plus tard à cause d'un cancer du pancréas. Je ne savais pas d'Edouard allait s'enfuir, je croyait notre amour indestructible.

Ces beaux dimanches, nous finissions toujours pas nous éclipser vers ma chambre, nous nous aimions ne silence, sa main sur mes lèvres pour étouffer mes gémissements. les ressort de mon lit nous trahissaient, une voix résonnait, souvent celle de ma mère:

- Cessez de vous agiter!

Je buvais son rire sur sa bouche grande ouverte, nos dents se cognaient et j'était nue contre lui.

Je venais d'attaquer mes études d'infirmière, il fréquentait plus ou moins assidûment les cours de sciences et techniques des activités physiques et sportives. Je l'imaginais déjà prof de gym. Je souriais devant la vitrine des magasins de vêtements pour bébé, le notre serait magnifique, il aurait les yeux bleus, je me leurrais!

Il ne m'a pas trahie, ni même trompée. J'aurais préféré affronter une rivale plutôt que le vide et son absence. Il s'est juste volatilisé sans que rien ne laisse présager ce départ précipité. Notre bonheur était sans aspérité, trop lisse sans doute. La veille, il m'étreignait, il m'embrassait et prétendait que mes lèvres sentaient le bonbon à la fraise. Le lendemain il avait disparu, vidé sa chambre et pris un train pour Toulon. Ce détail, je ne l'ai appris que plus tard, même sa mère ignorait les raisons de son départ, elle répétait d'un air éploré: '' il est comme son père!'' Un homme qui l'avait abandonnée pendant sa grossesse, je détestait la résignation de cette femme. Si encore, il nous avait laissé une lettre, mais non, juste cette fuite, j'étouffais, je me débattais. J'ai hurlé de rage et de douleur...

J'ai culpabilisé, comment avait-je fait pour l'avoir? J'était si quelconque, presque invisible. Normal qu'un jour, il finisse par réaliser son erreur et préfère me larguer, je ne le méritait pas, je n'était rien, surtout sans lui, amputée de notre histoire et de cet amour. Je me suis tapé la tête contre les murs, j'aurais voulu effacer la moindre trace de lui, j'était écorchée vive.

Je n'ai pas surmonter la douleur, j'ai appris à vivre avec cette compagne tenace. Elle a fini par s'assagir, s'assoupir. Depuis, je suis méfiance et soupçonneuse, je ne me livre plus, je me donne à une dose homéopathique. Les hommes qui ont jalonné ma vie en ont fait les frais; ils payent pour Edouard. Renaud également, justement si je le rappelais au lieu de ressasser?

-C'est moi, navrée pour cette nuit.

-Je te manque?

Pas lui,.... Ses bras, son ventre, son cors contre le mien, l'amour à l'état brut! Je suis un monstre.

-Oui, on dîne ensemble?

-Si tu veux, chez toi ou chez moi?

Chez lui.

Edouard n'est qu'un misérable souvenir, un fantôme dérangeant surgi du passé. Renaud est ma bouée de sauvetage, mon ancrage dans la vie. Il répand autour de lui une rassurante odeur d'after-shave. Il se partage de manière équitable entre son métier, lieutenant de police, la fille qu'il a eu d'une union précédente et moi. Il me rassasie de prémices qui ne durent jamais moins d'une demi-heure et me demande toujours d'un petit air embarrassé "Tu as aimé?" J'évite de répondre, je me cale contre son grand corps un peu maigre et je mime le sommeil. J'attends le sien pour rentrer chez moi. Je ne sais pas dormir toute une nuit avec un homme, j'aurais voulu le faire avec Edouard.

Avant même d'avoir compris ce qui m'arrive, j'ai pris une douche et je me suis habillée.

La pluie a cessé, le ciel est laiteux, un taxi se gare le long du trottoir.

-A l'hôpital, s'il vous plaît.

Je suis folle!

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