Part. 1
Comment doit normalement être la vie d'une petite fille de huit ans ? elle doit aller à l'école, jouer, faire des bêtises, manger, grignoter... Ma vie de petite fille de huit ans est comme ça ? Non pas du tout. Je suis loin de tout ça. C'est vrai que je vais à l'école, mais est que je joue ? Seulement quand il n'est pas. Est-ce que je fais des bêtises ? Je n'ai même pas intérêt. Sinon ça va chauffer pour mon matricule. Ma vie de petite fille de huit ans est faite en majeure partie de violence, par forcément sur moi. Mais je suis bien obligée d'y assister. On m'oblige même souvent à y assister.
« Jacob je t'en supplie fais moi tout ce que tu veux mais ne touche pas à mes enfants »
« C'est ça que tu appelles enfants ? La malchance que tu as apportée dans ma maison, c'est ça que tu appelles enfants ? »
Et baff, clapp ! clapp ! C'était le bruit des coups que mon père ?tait en train d'asséner à ma mère. Non pas que ce soit la première fois, au contraire. Du haut de mes huit ans, ma mémoire me permet de me souvenir que j'ai commencé à voir mon père frapper ma mère à l'âge de 5 ans. Et elle ne criait jamais, de peur de nous faire peur ? ma sûr et ? moi et d'alerter les voisins. Ma mère a toujours été très discrète, calme et posée. Je ne comprenais pas pourquoi mon père la traitait de cette façon.
A 8 ans, plusieurs questions se bousculaient dans ma tête. Le comportement de ma mère était celui de toutes les femmes au foyer décrites dans les livres que je lisais. Elle se levait toujours avant tout le monde, préparait la toilette de mon père et celle de ma sœur et moi, préparait le petit déjeuner, s'occupait du ménage, de la lessive, du repas et regardait même mon père manger quand il rentrait le soir. Si donc elle faisait tout cela comment pouvait t-il donc la traiter de cette façon ?
Comme je le disais, ma mère ne criait jamais, elle encaissait les coups sans rien dire. Parfois même il nous obligeait à regarder, il la frappait et la giflait en nous disant « regardez cette chose qui vous sert de mère, ce n'est que normal qu'elle ne m'ait apporté que deux choses comme vous. Vous me servez même à quoi ? » Et il la frappait et la giflait encore plus.
Elle a commencé à crier un jour où mon père rentrant tard dans la nuit était tellement fou de rage qu'il s'est précipité dans notre chambre. J'étais couchée dans mon lit et je l'entendais hurler « je vais la traiter comme il se doit cette petite sorcière là ! Elle a apporté le malheur dans ma maison » et ma mère qui répondait à son tour « j'ai supporté, je supporte et je supporterai, mais laisse ma fille en paix, laisse-la dormir ». Ma sœur s'est levée et m'a rejoint dans mon lit. Elle s'est placée derrière moi et on a tiré le drap comme s'il allait nous protéger.
Les voix se rapprochaient de plus en plus et la porte s'est ouverte violemment. Mon père s'est approché du lit et a voulu m'empoigner mais ma mère s'est placée devant lui. Ma mère est assez grande pour une femme, mais à côté de mon père, elle est vraiment minuscule. Mon père a pratiquement 2 mètres de long pour je ne sais combien de kilos, donc vous imaginez combien il peut être immense. Ma mère s'est donc placée face à mon père et a posé ses deux mains sur ses hanches
Ma mère : tu ne touches pas à mes enfants
Mon père : ok tu l'auras voulu
Il lui a donné un coup de poing sur la mâchoire et elle s'est écroulée sur le lit. Le cri de ma sœur a été presqu'aussi perçant que celui de ma mère. Malgré ce coup, ma mère s'est quand même relevée et s'est de nouveau placée face à mon père. Et punch !!! un nouveau coup de poing que mon père vient encore de donner à ma mère. Il se dirige vers la porte et sort, on entend également le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvre et se referme. On a revu mon père qu'une semaine plus tard. Une semaine pendant laquelle nous sommes restés enfermés dans la maison sans sortir parce que mon père en partant avait emporté toutes les clés. Heureusement
pour ma sœur et moi ce sont les vacances, on n'a donc pas besoin de se soucier de l'école pour le moment. Et je n'ai pas besoin de vous dire que ma mère n'avait le droit de poser aucune question au cas contraire, elle recevait la punition que selon lui, elle méritait.
Un jour, nous étions chez tonton Emma, ma sœur et moi. Tonton Emma c'est le frère aîné de mon père. Ma sœur, Emilie c'est son prénom s'est donc sentie obligée de parler de ce qui s'est passé à la maison avec tata Solange la femme de notre oncle. Moi je n'aimais pas trop parler, j'étais comme ma mère contrairement à ma sœur. J'étais à une certaine distance d'elles à jouer avec les papillons mais j'écoutais très bien leur conversation.
Tata : vous allez faire comment ? Votre mère a supporté et elle continue de supporter pour vous
Emilie : mais pourquoi papa la traite comme ça ?
T : il ne l'a pas toujours traité comme ça.
E : qu'est ce qui s'est passé alors ? Et pourquoi les frères de maman n'interviennent pas ?
T : parce qu'ils n'ont jamais voulu de ce mariage, et ton père a tout fait pour éloigner ta mère de sa famille
E : comment ça ?
T : je ne sais pas mais il a tout fait pour la convaincre que ce sont les autres qui sont les méchants. Tu va comprendre quand tu seras plus grande
E : moi je ne pourrai jamais me séparer de ma petite sœur, je ne comprends pas comment maman a pu faire ça
T : ma chérie, tu ne sais pas de quoi une femme amoureuse est capable
E : amoureuse ?
T : oui une femme qui aime un homme peut parfois faire des choses que personne ne peut expliquer
E : mais comment elle a d'abord fait pour l'aimer, comment on peut aimer un méchant monstre ?
T : ne dis pas ça de ton père
E : mais c'est la vérité
T : il n'a pas toujours été comme ça je t'assure
E : qu'est ce qui s'est passé alors ?
T : ton père était gentil et doux avec ta mère, quand tu es née ça a continué, mais quand...
Elle s'est tue quand j'ai commencé à me rapprocher d'elles
T : ma petite K... tu as fini de jouer ?
Moi : oui tata
T : bon venez vous laver, je dois vous ramener à la maison
Ce jour là on n'a pas pu savoir pourquoi mon père se comportait de la sorte avec ma mère. Ma sœur a voulu interroger à nouveau ma tante mais elle n'a plus voulu répondre. Elle nous a juste demandé d'essayer de trouver la force au fond de nous pour pardonner à notre père, aujourd'hui ou plus tard.
Je ne sais pas mais j'ai le sentiment que je suis responsable du comportement de mon père. C'est vrai que quand il nous regarde tous je vois la colère dans son regard, mais la colère que je vois dans ses eux quand il me regarde moi est encore plus grande.
Un jour, je jouais dans la cour et un tee-shirt de mon père était cintré sur une corde à l'extérieur. J'ai voulu sauter pour attraper un papillon, oui j'adore les papillons. J'ai donc voulu sauter pour attraper un, mais ma main a raté le papillon et s'est retrouvé accroché au tee-shirt de mon père qui s'est également retrouvé par terre. Au même moment, mon père sortait de la maison, il était torse nu, j'ai alors compris que c'est ce tee-shirt qu'il comptait mettre. Il a vu son tee-shirt sur le sol et moi à côté. J'ai juste baissé la tête et il s'est approché de moi en deux enjambées. Au moment où il levait la main j'ai entendu la voix de ma mère.
Ma mère : n'essaie même pas
Mon père s'est retourné et j'ai vu sur son visage le genre de son sourire qu'on voit souvent sur le visage des méchants dans les dessins animés. Il s'est avancé vers elle et l'a attrapé par les cheveux. Ma mère a de très longs cheveux noirs, même pas l'ombre d'un cheveu blanc. Bon c'est normal, elle n'au que 33 ans. A 8 ans, on considère quelqu'un de 33 ans comme une vieille personne, mais j'ai compris plus tard que ma mère était beaucoup trop jeune pour endurer ce genre de traitement. A 33 ans, certaines filles vivent à fond leur vie, elles vont en boite, même si elles ont des enfants et sont mariés, il existe une complicité inexplicable entre elles et leurs époux. Ma mère elle devait se taper la haine et la violence de son mari.de son mari.
Je disais donc que mon père s'est approché et a attrapé ma mère par les cheveux. Il l'a entrainé dans la maison en criant « puisque tu veux jouer les justicières tu vas donc voir comment je traite moi les justicières ». Ma mère elle pleurait « je t'ai dit que tu peux me faire ce que tu veux, mais toucher à mes enfants ? jamais ». à un moment, ma mère s'est retrouvé au sol, il l'a trainé au sol, toujours en la tirant par les cheveux, je me souviens que quelques mèches de cheveux ont même sauté. Arrivés dans le salon il s'est mis à la rouer de coup. Ma sœur m'a entrainé et on s'est refugié sous la table, on le regardait effrayées. Quand il a fini de la frapper, il s'est dirigé vers la chambre. En passant devant la table de la salle à manger, il y'avait une carafe remplie d'eau posée sur la table, il l'a prise et a balancé le contenu et le contenant sur ma mère en disant « vieille sorcière ». La carafe a atterri sur sa tête et elle s'est retrouvée toute tremblée. Elle a crié de douleur, ma sœur a couru se serrer dans ses bras et moi et moi je suis allée dans la chambre lui prendre une serviette pour qu'elle puisse se sécher.
Ma mère et ma sœur n'arrêtait pas de pleurer mais moi je n'y arrivais pas. Face à ce que mon père faisait à ma mère, je n'arrivais pas à verser la moindre goutte de larmes. Je ne comprends pas pourquoi. Je ne suis pas quelqu'un de froid, loin de là, mais je n'arrivais pas à pleurer face à tout ça. Ma mère pleurait, ma sœur pleurait et moi je les entourais de mes petits bras en faisant de petites prières dans mon cœur.
Depuis quelques jours, je ne sais pas ce qui se passe dans la chambre de mes parents, mais on entend ma mère hurler presque tous les soirs. Je ne sais toujours pas ce qu'il lui faisait, au fond je ne suis pas sûre de vouloir savoir. Aujourd'hui encore, j'entends les cris de ma mère dans ma tête la nuit quand je dors et je lève en sursaut. Parfois je me dis que mon père viendra me trouver dans ma chambre pour me frapper et aujourd'hui ma mère n'est plus là pour se placer face à lui et me défendre. Bref, on y reviendra.
Certaines personnes disent que je suis la plus forte de nous deux, alors que je suis la plus petite. Oui, Emilie est ma grande sœur. Elle a 10 ans et moi j'en ai 8. Plus tard j'ai compris pourquoi mon père traitait ma mère de cette façon. En grandissant j'ai commencé à comprendre, les gens parlaient autour de moi, et la deuxième femme que mon père a fait venir à la maison (on y reviendra) m'a fait comprendre.
Mon père a connu ma mère quand elle avait 18 ans et lui 25 ans. Trois ans plus tard, ils se sont mariés. Ma mère avait des difficultés à concevoir et mon père l'a amené chez les plus grands spécialistes pour qu'elle soit traitée. Ah oui, je ne vous l'ai pas dit, mon père est un homme qui ne manque de rien. Sur le plan social, on peut dire qu'il ne manque de rien. Cadre supérieur d'une entreprise de la place, il a en plus de cela, plusieurs affaires qu'il a créées et qui sont prospères. Mais la précarité dans laquelle nous vivons ne le montre pas du tout. En dehors de la grosse maison dans laquelle nous vivons, des meubles et du luxe qui s'y trouve, rien ne traduit que notre père est un homme riche. Il ne donne presque plus de popote à maman donc ce que nous mangeons laisse à désirer.
Ma mère a finalement conçu et mon père était voulu de joie car il allait enfin avoir ce qu'il a toujours voulu. Mais quand Emilie est née, mon père a un peu été déçu mais il a gardé espoir qu'un jour il aura ce qu'il aura ce qu'il attend. Deux ans plus tard je suis née. Mon père n'était pas au pays quand je suis née, mais il a abrégé son voyage quand il a appris que sa femme a accouché, persuadé que Dieu l'avait enfin exaucé. Mais on me raconte que le premier regard que mon père a posé sur moi quand il m'a vu à l'hôpital a été un regard des plus haineux, un regard noir, un regard dur. Il a même refusé de me prendre dans ses bras.
J'espère que vous avez compris quel était le problème de mon père. Il voulait avoir un garçon, pour lui un homme ne pouvait se dire homme que s'il pouvait se vanter d'avoir fait des garçons. Mais ma mère elle ne donnait que des filles à mon père. Il pouvait encore garder espoir n'est ce pas ? Mais son espoir a disparu quand on lui annoncé que l'accouchement de ma mère a été vraiment compliquée et a entrainé plusieurs dommages qui font que ma mère ne pouvait plus avoir d'enfants. Imaginez donc la colère de mon père, Jacob AMANA sans garçon, sans véritable héritier, sans véritable successeur. Juste des filles, des « potentielles prostitués » comme il nous appelait. Vous comprenez donc pourquoi mon père semble me détester encore plus, parce que c'est à ma naissance que tous ses espoirs se sont envolés. Il avait déjà préparé les prénoms qu'il allait donner à son premier garçon. Dans sa colère, il a demandé à ce que je porte ces prénoms de garçon, pour qu'il se souvienne de ce que j'ai fait (comme si c'était ma faute) et pour que je sache quoi répondre quand on me demandera pourquoi j'ai des prénoms de garçons. Pour mon père la raison était que « c'est ma punition pour aller briser les rêves de mon père ».
C'est donc après ma naissance que les sévices de mon père sur ma mère ont commencé. Il criait à chaque fois « cette briseuse de rêve que tu as fait venir dans ma maison ». Pour mon père c'est ce que j'étais. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer cette obsession qu'ont les hommes d'avoir toujours des garçons ? Je me posais cette question jusqu'à ce que je regarde autour de moi et que je me rende compte que ce n'est pas tous les hommes mais certains et mon père était l'un des pires.
Un soir alors que j'avais 10 ans et Emilie 12, mon père nous a appelés ma mère, ma sœur et moi et nous a fait assoir. Il a juste annoncé « la semaine prochaine, celle qui pourra réaliser mes rêves brisés viendra s'installer ici. Je vous demande donc de lui réserver un accueil digne de ce nom, non je ne vous demande même pas, je vous ordonne, sinon... ». et il s'est levé et est sorti. Que pouvait dire ma mère ? On l'informait qu'elle allait avoir une coépouse alors que sur on acte de mariage c'était bien écrit en gras « régime monogamique » et ça juste parce qu'elle ne pouvait pas faire de garçon ?
J'ai 10 ans et je sais déjà que la vie ne sera pas particulièrement rose pour nous. Surtout avec cette nouvelle femme qui arrive. Déjà que ma mère en voit déjà de toutes les couleurs, et si cette femme arrive à lui faire des garçons, je n'ose même pas imaginer ce qui va se passer.
En passant, je m'appelle Kevin Arthur. Hé oui c'est comme ça que mon père m'a appelé.
Part. 2
C'est aujourd'hui que la nouvelle femme de mon père arrive. Ma mère est occupée à la cuisine tandis qu'Emilie et moi sommes occupées à faire le ménage et nettoyer notre vaste cour.
J'entends le klaxon de mon père et je cours ouvrir le portail. Avant ma naissance, il y'avait des domestiques et un gardien à la maison mais mon père les a tous renvoyés. Je cours donc ouvrir le portail, mon père entre et je constate qu'il est assis avec une femme un peu plus jeune que ma mère mais beaucoup moins jolie. Il gare, descend et fais le tour pour ouvrir la portière à la femme. Comme si elle ne pouvait pas le faire elle-même. Elle est descendue et quand elle a sorti ses pieds de la voiture, j'ai remarqué qu'ils avaient une couleur bizarre. Ma sœur et moi n'arrêtions pas de la regarder quand la voix grave de mon père se fait entendre
Papa : vous regardez quoi ? Au lieu de décharger la voiture
Moi : tout de suite papa
Emilie me rejoint et on se met à décharger la voiture. Les valises sont tellement lourdes pour deux petiotes filles comme nous, mais mon père s'n fiche totalement puisqu'il a entrainé sa nouvelle femme dans la maison. Heureusement, maman est venue à notre aide et elle nous a aidées à transporter toutes les valises dans la maison.
On a toutes les trois mis la table pendant que mon père faisait faire le tour de la maison à la nouvelle « maîtresse de maison » comme il l'a lui-même appelé. On s'est tous installés à table, c'était la première fois depuis très longtemps que mon père nous permettait encore de nous installer à la table. Quand maman a voulu s'assoir sur la chaise qu'elle occupait quand on mangeait encore à table, mon père le lui a interdit
Papa : trouve-toi une autre chaise, celle-ci est réservée à celle qui le mérite.
Ma mère ne dit rien et change juste de place. La nouvelle femme de mon père arrive et s'installe à la place qui devrait normalement être celle de ma mère. Après avoir béni le repas, mon père annonce.
Papa : je vous présente Catherine, ma femme. Pour vous jeunes filles (désignant ma sœur et moi) ce sera mama Cathy
Emilie et moi en chœur : bonjour mama Cathy
Maman : bonjour Cathy
C : bonsoir à tous, je suis contente d'être ici. Je suis sûre qu'on va bien s'entendre.
Le repas s'est déroulé dans le plus grand silence. Silence pour nous trois, car mama Cathy et mon père n'arrêtaient pas de se dire des choses dans le creux des oreilles. Nous bien sûr on ne savait pas ce qu'ils se disaient. On les entendait juste éclater de rire. Après le repas, mon père a emmené sa nouvelle femme dans la chambre. Maman, Emilie et moi on a tout nettoyé. Quand nous sommes allés dans notre chambre, on a trouvé toutes les affaires de ma mère entassées là dans un coin. Au moment de se mettre au lit, elle a demande que je dorme avec ma sœur et elle a pris mon lit. Je croyais que c'était provisoire mais ça a continué comme ça chaque soir. Elle a fait de la place dans nos penderies pour ranger des affaires à elle. Notre maison avait cinq grandes chambres, je ne comprenais pas pourquoi ma mère ne pouvait pas s'installer dans l'une d'elle. En fait, mon père le lui avait interdit. Non seulement, il l'avait mis à la porte de leur chambre conjugal, mais il lui avait interdit de s'installer dans l'une des trois autres chambres restantes. Il avait dit que deux étaient pour ses futurs garçons et l'autre pour quand ses nouveaux beaux-parents viendraient à la maison.
Je pensais qu'avec l'arrivée de sa nouvelle épouse, mon père oublierait un peu ma mère, je veux dire oublierai le traitement qu'il lui administrait. Mais je me trompais. Mon père était bien décidé à humilier ma mère devant cette femme. Il l'obligeait à faire la lessive de cette dernière, quand elle essayait de rechigner, il lui donnait des coups de poing devant cette dernière.
Je croyais que la situation ne pouvait pas être pire, mais non j'étais bien loin de la vérité. Mama Cathy s'est retrouvé enceinte un an après son arrivée chez nous. Et pour couronner le tout, l'échographie a révélé qu'elle allait avoir non pas un mais deux garçons. Alors là toutes vos explications scientifiques là ne signifiaient plus rien pour mon père. Pour lui, ma mère était la seule responsable puisque sa nouvelle femme pouvait lui donner non pas un, mais deux garçons. Ma mère était donc définitivement « la sorcière ». J'avais 12 ans quand les jumeaux sont nés. Et vous ne me croirez pas mais mon père s'est mis à regretter de m'avoir donné ces prénoms qu'il réservait à son premier garçon. Il a même voulu faire refaire mon acte de naissance mais il a dit « non tu dois porter ces prénoms pour te rappeler à tout jamais que tu as à un moment brisé mes rêves », et il a continué en disant « heureusement qu'il y'a encore des femmes ici dehors pour réaliser les rêves de nous autres ». Il a donc appelé l'un des jumeaux Kevin et l'autre Arthur. Je ne me rappelle plus trop de l'explication qu'il avait donnée.
Maman, Emilie et moi étions chargés de nous occuper des jumeaux. Nous étions presque des nounous. Maman se levait dans la nuit à chaque fois l'un des bébés pleurait pourtant leur mère dormait tranquillement avec son « mari ».
Cette nuit, Kevin qui est généralement le plus calme n'arrête pas de pleurer. Maman ne peut pas se lever parce qu'elle est souffrante et Emilie ne se sent pas bien aussi. Je me suis donc lever je suis allée dans la chambre des jumeaux et j'ai pris mon petit frère dans mes bras. Je me suis mise à le bercer en faisant des pas dans la chambre, à un moment je me suis prise les pieds dans le tapis et je me suis retrouvé au sol couché sur Kevin. Il n'ya pas de chance qu'il se soit fait mal parce que je l'ai serré fort contre moi et le tapis est bien épais. Mais le petit s'est mis à hurler, ce qui a réveillé son frère qui s'est mis à hurler à son tour. Le temps que je me relève, mon père et sa femme débarquaient dans la chambre suivis d'une maman qui se trainait presque, courbée sur elle-même.
Mama Cathy me prenant Kevin dans les bras : héééé mon bébé
Papa : tu es dérangée ? tu fais quoi pour jeter mon fils au sol ?
Moi : je n'ai pas fait exprès papa
P : pas fait exprès ?
Maman : c'est ma faute, c'est moi qui l'ai envoyé calmé le petit.
P : donc, donc vous vous êtes entendues pour tuer mon enfant quoi ?
Moi : non papa, c'est moi
P : puisque ta mère a pris l'habitude de jouer les justicières
Il s'approche de ma mère et lui donne deux bonnes baffes devant sa « femme » et ça sans tenir compte du fait qu'elle va vraiment mal. Il lui arrache le filet qu'elle avait sur la tête et tire ses cheveux.
P : tu crois qu'elle a fait la magie pour accoucher des garçons ? Sorcière là
Il lui crache dessus et regagne sa chambre suivi de mama Cathy qui ne dit rien. Je ne sais pas trop quel est son point de vue ou sa position par rapport à ce traitement que mon père nous inflige. Elle ne dit jamais rien, ne fait même pas de grimace que ce soit pour exprimer son dégoût on son approbation, elle ne regarde ma mère ni avec respect, ni avec mépris. Elle est fade je dirais.
DEUX ANS PLUS TARD
Qu'est ce que le temps peut aller lentement quand la vie est difficile. Deux ans sont passés mais j'ai l'impression que c'était 10 ans. Même quand mon père est fâché contre sa nouvelle épouse, c'est ma mère qui en paie les frais.
Ce matin, je me lève et je vais dans la cuisine, je fais la vaisselle et Emilie s'occupe de faire me ménage. Vers 9h, je me rends compte que maman ne s'est toujours pas levée.
Moi : Emilie, maman dort toujours ?
E : je crois heinnn je ne l'ai pas encore vu depuis là
Moi : je vais voir s'il y'a un problème.
Je vais dans la chambre et je trouve maman couchée et bien enveloppée dans le drap. Elle grelotte alors que je dirais qu'il fait plutôt chaud. Je m'approche du lit et je la touche. Oh mon Dieu, elle est carrément brûlante.
Moi : maman ça ne va pas ?
Maman : je je crois que ça va aller
Elle essaie de se lever mais retombe sur le lit. Au même moment j'entends la voix de mon père
Papa : je demande heinnn !! Les femmes de cette maison sont où ? Mon petit déjeuner est où ?
Et naturellement il s'adresse à ma mère parce que sa petite princesse ne doit absolument rien faire. Il vient dans la chambre et me trouve penchée sur ma mère
Papa : donc maintenant vous faites la grasse matinée heinnn
Moi : papa, elle est malade
Papa : quelle maladie, elle a quoi ? tsuippp (s'approchant de ma mère) je ne mange pas ce matin ?
Elle ne répond et essaie de se lever mais retombe de nouveau sur le lit.
Papa : je vois que tu as besoin d'aide
Il la prend par le bras et la tire si bien qu'elle se retrouve au sol.
Moi : papa elle est malade
Il me tourne et me gifle violemment
Papa : toi je t'interdis de me parler sur ce ton.
Je pose une main sur ma joue qui je dois l'avouer me fait vraiment mal. Mais je ne pleure pas, je le regarde un instant et j'essaie de relever ma mère qui est toujours couché au sol. Mon père sort de la chambre et s'en va. Emilie arrive en courant et trouve maman couchée sur le sol et moi essayant de la relever.
E : qu'est ce qui s'est passé ? Pourquoi maman est couchée au sol ?
Moi : elle est malade Emilie, maman est malade.
C'était la première fois que je voyais ma mère comme ça. Elle s'était souvent sentie mal mais elle arrivait toujours à se lever, mais là malgré les efforts, elle n'arrive pas à se redresser.
Moi : Emilie où est papa ? Il faut que maman aille à l'hôpital.
E : il est sorti (reniflant) on va faire comment ?
Moi : je vais voir si mam Cathy peut nous aider ?
E : essaie on ne sait jamais
Comme je vous l'ai dit, je ne sais pas ce qu'elle pense de tout ça. Je ne sais pas si elle voudra nous aider mais comme on dit, qui ne risque rien n'a rien. Je suis donc allée la retrouver au salon. Elle regardait la télévision et les jumeaux jouaient à côté d'elle. Je m'approche et je me mets debout à côté d'elle, elle ne me regarde même pas et continue de regarder la télé.
Moi : mama Cathy ?
MC : oui Kevin, (me regardant) tu as un souci ?
Moi : maman est très malade, elle n'arrive même pas à se lever. Papa n'a rien fait et je crois qu'il faut l'amener à l'hôpital
MC : vous avez de l'argent ?
Moi : Emilie et moi on a quelques économies et je crois que maman aussi
Contre toute attente, elle s'est levée et s'est dirigée dans leur chambre avant de nous retrouver dans notre chambre. Elle s'est approchée de maman et l'a touchée.
MC : elle est brûlante. Bon on va l'amener au centre de santé qui n'est loin d'ici. Vous pouvez m'aider à la soulever ? (s'adressant à maman) mama Hélène tu peux te lever ?
On était toutes surprises qu'elle appelle ainsi, avec tant de respect. Ma mère a juste secoué la tête. Mama Cathy la tient d'un côté et Emilie et moi la tenon de l'autre. Lentement, nous sommes arrivés dehors et avons pris un taxi pour le centre de santé. C'est vrai qu'il n'est pas loin de la maison mais maman ne pouvait pas arriver à pied. Arrivés sur les lieux, je suis allé payer le billet de session et maman a été installé sur un lit dans une salle où il y'avait pleins d'autres lits sur lesquels étaient couchés d'autres malades. Mama Cathy m'a appelé à l'écart.
MC : il faut que je parte rapidement, les jumeaux sont restés seuls (fouillant dans son porte monnaie, elle me tend 15.000frs CFA) tiens prends ceci au cas où il faudra autre chose. Mais une chose Kevin, ton père ne doit jamais savoir que je vous ai aidés. D'accord ?
Moi : oui mama Cathy et merci beaucoup.
Elle secoue juste la tête et s'en va. J'ai alors compris que mama Cathy n'était pas une méchante femme, c'est pour ça qu'elle n'approuvait pas. Elle ne réprimandait pas non plus mon père juste parce qu'elle avait peur. Oui, elle avait peur qu'il lui inflige le même traitement. Mais pourquoi lui infligerait-il le même traitement puisqu'elle lui avait donné ce qu'il voulait le plus au monde.
Emilie est également rentrée ça la maison pour prendre quelques affaires pour maman. Le docteur nous a annoncé qu'il fallait la garder le temps de faire quelques examens.
Les économies de maman plus celles d'Emilie et moi plus l'argent que mam Cathy ont donné ne suffisaient plus pour l'hospitalisation, les examens et les médicaments de maman. Ça fait trois jours que maman est ici et papa ne s'est même pas déplacé une seule fois. Mais là il faut encore de l'argent je dois aller voir maman. Mais avant il faut qu'on parle au docteur pour qu'il nous dise ce que maman a exactement. Emilie et moi sommes donc allés le voir dans son bureau.
E : bonjour docteur
Doc : bonjour jeune fille
E : docteur, notre mère a quoi même exactement ?
Doc : je dois parler à un adulte, votre père est où ?
E : il
Moi la coupant : il est en voyage et nous sommes seuls avec maman
Doc : il n'y'a personne d'autre à qui je peux parler ?
Moi : non personne
Il reste un moment réfléchissant probablement avant de dire
Doc : votre mère a de sérieux dégâts en elle. Tout va bien à la maison ?
Moi : oui docteur tout va bien
Doc : vous êtes sûrs ?
E : très sûr docteur
Doc : je ne comprends donc pas d'où viennent toutes ces marques sur son corps, je ne vais pas vous mentir les enfants mais votre mère va sérieusement mal. Elle doit rester ici pour le moment, vous avez de l'argent ?
Emilie me regarde et je la regarde
Moi : on va trouver.
Au même moment une infirmière, arrive en courant dans le bureau du docteur.
I : docteur, vite il y'a un problème avec la
Elle se tait quand elle nous voit Emilie et moi. Je comprends alors qu'elle veut parler de maman.
Doc se levant : les filles vous m'attendez là.
Il se lève et suit l'infirmière. Je me lève et également et Emilie comprend que je n'ai pas l'intention de rester assise là. Elle se lève et on suit le docteur dans la salle où se trouve ma mère. Oh ! Vision d'horreur ! Maman en train de vomir du sang. Emilie comme d'habitude se met à pleurer, moi je regarde juste maman qui semble perdre de plus en plus ses forces. Son regard se pose sur nous et elle essaie de dire quelque chose
Mama : mes... mes enf
Doc se retournant : je vous ai demandé de m'attendre dans le bureau. Il faut vite que vous préveniez quelqu'un. Elle ne peut pas rester ici, on doit l'amener à l'hôpital général.
Je suis sortie en courant laissant là Emilie qui pleurait toujours. J'ai couru sans m'arrêter jusqu'à la maison. Quand je suis arrivée, mon père était couché sur le canapé, la tête posée sur les cuisses de mama Cathy. Quand elle m'a vu arriver en courant, j'ai lu la panique sur son regard, elle a évidemment compris que la situation s'était empirée mais elle est restée assise sans bouger.
Moi : papa maman va mal
Papa : tu ne vois pas que je repose ?
Moi : papa elle vomit le sang, le docteur dit qu'il faut qu'on l'amène à l'hôpital général.
Papa : j'ai dit que je me repose
Moi : papa c'est urgent
Papa : tu es sourde où tu ne comprends pas français ? Je me repose d'abord, quand je finis je vois ce que je peux faire.
Il me parlait avec les yeux fermés sans même me regarder. Je suis restée là à le regarder, je ne comprenais pas comment quelqu'un pouvait être aussi insensible. Mama Cathy s'est levée et est allée dans la cuisine puis elle est revenue s'assoir. J'étais toujours placé là à regarder mon père qui était toujours couché les yeux fermés. Mama Cathy s'est mise à bouger la bouche, elle voulait que je lise sur ses lèvres. Je me suis donc concentrée sur sa bouche et j'ai pu lire « va regarder sous le seau qui est derrière ». je me suis levée et je suis sortie en courant. Je suis allée regarder sous le seau et j'ai trouvé deux billets de dix mille francs. Je les ai pris et je suis partie en courant. J'ai pris un taxi qui m'a laissé à la clinique, j'ai demandé au taximan d'attendre et deux infirmiers nous ont aidé à mettre maman dans le taxi.
Ma mère avait coupé les ponts avec sa famille, on ne les connaissait donc presque pas. On avait aucune nouvelle. Je sais juste que mes grands parents ne vivent pas et que ma mère a 3 frères et deux sœurs. Trois sont à l'étranger et ses deux frères qui sont au pays, eh bien je n'ai aucune idée de l'endroit où il se trouver. La seule personne vers qui on pouvait se tourner c'était tonton Emma le frère de mon père. Nous sommes allées le voir, il n'a pas voulu venir voir ma mère à l'hôpital de peur de s'attirer les foudres de son frère. Il nous a quand-même remis de l'argent et nous sommes parties.
Arrivées à l'hôpital, on a croisé l'infirmière qui sortait de la chambre de maman. Elle s'est placée à la porte nous empêchant d'entrer. Emilie s'est mise en colère
E énervée : c'est comment ? Si c'est pour l'argent, on a trouvé laissez nous voir notre mère.
L'infirmière n'a rien dit. Elle nous a regardés l'une après l'autre avec un visage indéchiffrable. Le docteur nous a rejoint et lui aussi avait le même visage indéchiffrable. Vous voyez comme dans les films lorsque le docteur s'apprête à annoncer la nouvelle fatidique. J'ai immédiatement compris ce qui se passait mais apparemment Emilie ne comprenait toujours pas.
Le doc : venez dans mon bureau les enfants
E : dans le bureau pour faire quoi ?
Le doc : on doit parler
E : parler pourquoi je veux voir ma mère (à l'infirmière) quittez devant la porte c'est comment ? Quelqu'un ne ne peut plus voir sa mère ? j'ai dit que si c'est pour l'argent voilà ça
L'infirmière n'a pas pu retenir une larme qui a commencé à descendre le long de sa joue.
E : ah ça c'est la magie maintenant tu pleures seule ?
Je me suis approchée de ma sœur et je l'ai prise par le bras.
Moi : Emy vient, c'est fini
E : qu'est ce qui est fini ?
Moi : c'est fini je te dis
Elle m'a regardé et a commencé à secouer la tête en criant
E : non, non, non ; rien n'est fini, çe ne peut pas finir
Elle a bousculé l'infirmière et a ouvert la porte. Je l'ai suivi dans la chambre, le lit de maman était vide, Emilie s'est couchée dessus et s'est mise à hurler
E : non maman, non ça ne peut pas finir comme ça, ne fais ça, ne nous fais pas ça
Je la regarde sans rien dire et même aujourd'hui je ne pleure pas. Ma sœur crie dans tous les sens mais pas le moindre signal de larmes dans mes yeux. Je me suis approchée d'elle, je me suis assise sur le lit et elle s'est jetée dans mes bras
E : Kéké (c'est comme ça qu'elle m'appelle) ça ne peut pas être fini, dit moi que ce n'est pas fini, dis moi qu'elle est sortir et qu'elle va revenir.
Je l'ai regardé droit dans les yeux.
Moi : je ne peux pas, c'est vraiment fini, elle est partie pour de bon.
Elle m'a serré contre elle criant encore plus fort.
Part 3. (un peu courte mais bon...)
Moi : Émilie stp lève-toi il faut qu'on rentre
E : je n'irai nulle part, je pars avec maman
Moi : tu ne peux pas partir avec elle ?
E : si, je peux et je vais le faire
Moi : et moi tu me laisses avec qui ?
Elle ne dit rien et serre juste l'oreiller fort contre elle. Elle là couchée sur le lit d'hôpital de maman, elle pleure à chaude larmes et refuse de se lever.
E : tu es forte toi, avec ou sans moi tu vas t'en sortir
Moi : mais je veux que ce soit avec toi, tu es ma grande sœur.
Je me couche sur le lit face à elle.
Moi : Emy s'il te plait rentrons à la maison
E : quelle maison ? la maison de celui qui a tué notre mère
Moi : rentrons s'il te plait, fais le pour moi, fais le pour maman
Le doc entrant dans la chambre : ta sœur a raison ma petite, il faut rentrer
E : vous ne comprenez pas docteur
Le doc : bien sûr que si, je comprends très bien. Mais ça ne sert à rien de rester ici. Tu te fais du mal et tu fais du mal à ta petite sœur, et je ne crois pas qua ta mère aurait accepté ça.
E : qu'est ce qu'on va faire sans elle ? qu'est ce qu'on va devenir ?
Le doc : vous allez vous battre et ça ira. Et souvenez vous que Dieu protège les orphelins qui espèrent en lui. Maintenant lève-toi et ramène ta sœur à la maison. Il faut prévenir la famille.
Après quelques instants d'hésitation, Emilie se lève enfin. Je me lève à mon tour et je la prends par la main. Elle me regarde les yeux remplis de larmes.
E : alors c'est vrai ? Maman est partie vrai vrai ?
Moi : oui, elle est partie. Viens, rentrons.
Nous sommes sorties de la chambre, puis de l'hôpital après avoir dit au revoir au docteur. Je tenais toujours sa main et elle serrait fort la mienne. Nous avons pris un taxi et durant tout le trajet, Emilie n'a pas arrêté d pleurer, finalement elle s'est mise à somnoler.
Quand nous sommes descendus du taxi, elle s'est mise à paniquer en voyant qu'on avançait vers la maison.
E : je ne veux pas aller là-bas
Moi : je sais, mais on est bien obligés on n'a pas le choix
E : on peut se débrouiller sans lui Kéké
Moi : en faisant quoi Emy ? Un jour, on va partir mais pour le moment c'est impossible.
E : je ne veux pas retourner là-bas
Moi : s'il te plait Emy viens avec moi, on va trouver une solution après.
E : snif, snif, d'acc snif, d'accord
On a continué à avancer vers la maison. J'ai poussé le portail et nous sommes entrées. Arrivées devant la porte d'entrée au salon, Emilie s'est arrêtée et m'a regardé
E : Kéké tu te rends comptes qu'on va devoir vivre dans cet enfer sans maman ?
Moi : je sais, mais on va s'en sortir, toutes les deux
E : tu crois ? Il nous déteste cet homme
Moi : je ne sais pas Emy, mais ce n'est pas le plus important pour le moment
On a entendu le portail s'ouvrir, Emilie a serré ma main croyant que c'était papa, mais c'était en fait mama Cathy. En nous voyant, elle s'est avancée vers nous d'un pas rapide.
Mama Cathy : il y'a un problème les filles ? Pourquoi tu pleures Emilie ? Kévin il y'a quoi ?
Moi : c'est maman
MC : qu'est ce qui s'est passé ?
Moi : elle est partie
MC : partie où ? comment ?
E hurlant : ELLE EST MORTE
MC : elle, elle est quoi ? quoi ? (prenant Emile par le bras) venez entrez
Elles sont passées devant moi et je les ai suivi. Mama Cathy s'est assise sur le canapé et a fait assoir Emilie a côté d'elle. Emilie a posé sa tête sur les genoux de mama Cathy qui s'est mise à lui donner quelques tapes sur le dos en lui demandant de se calmer, moi j'étais debout face à elles et je les regardais. C'est dans ces positions que mon père nous a trouvé.
Papa : il y'a quoi ? qu'est ce qui se passe ?
Silence. Mama Cathy continue de bercer Emilie qui commençait à se calmer.
Papa : quelqu'un va me répondre ? (s'adressant à moi) Kevin il y'a quoi ? D'ailleurs où est ta mère ?
E en se levant : c'est ce que tu voulais norrr !! elle est donc parte, tu es content n'est ce pas ?
J'étais surprise de la réaction d'Emilie, parce qu'il y'a encore quelques jours, elle n'aurait pas osé parlé à papa de cette façon. Mon père l'a attiré à lui et lui a donné une bonne baffle. Elle a tébuché et elle est tombée sur mama Cathy qui était toujours assise sur le canapé.
Papa : depuis quand tu oses me parler de cette façon ? D'ailleurs est ce que c'est à toi que je me suis adressée (se retournant vers moi) Kevin où est ta mère ?
Moi : elle est partie
Papa : partie où ? Et elle vous a laissés ici pourquoi ?
E : DONC TU VOULAIS QU'ELLE PARTE AVEC NOU HEINN, KEVIN JE T'AI DIT QU'ON NE DEVAIT PAS REVENIR ICI
BAAM
Mon père venait de donner une autre claque à Emilie qui a hurlé encore plus. Elle hurlait au point que les voisins ont commencé à entrer à la maison, et malgré tous les défauts de mon père, il a toujours eu horreur des scènes publiques.
Voisine 1 : c'est comment voisin il y'a quoi ?
Voisine 2 : on attend les cris d'Emilie jusqu'en route là bas
Papa : Kévin je t'ai demandé où est ta mère ? elle est partie où ?
Moi : elle est morte
Je l'avais dit d'une façon à la fois cale, naturelle et posée que moi-même ça m'étonnait.
Voisine 1 : quoi ? mama Hélène est quoi ?
Voisine : Hééééé Anti (Seigneur), Hélène ?? morte ? ça c'est la blague
Un jeune : hééé la gentille mater (mère) là ??
Papa : s'il vous plait allez pleurer chez vous. Je dois gérer tout ça avec ma famille ?
Ta quoi ? Famille ? C'est après la mort de maman que tu veux bien reconnaitre que nous sommes une famille ?
La dernière gifle de mon père avait envoyé Emilie au sol, et elle continuait de pleurer étendue là. Les voisins ont commencé à partir, j'ai pris Emilie par le bras et je l'ai entrainé dans la chambre. Elle s'est couchée et s'est immédiatement endormie. Je suis restée assise à la regarder dormir, caressant ses cheveux. J'ai le regard fixé sur elle endormie, je ne pense à rien, je n'arrive pas à penser, je n'arrive pas à réfléchir, je ne ressens rien, ni la douleur, ni la peine, ni la haine, ni la colère. Vous vous rendez compte que je n'ai que 14 ans et que je me sens déjà vide ?
J'entends cogner quelques coups la porte et elle s'ouvre sur mama Cathy qui tient dans ses mains un plateau dans lequel sont posées deux assiettes.
MC : tiens c'est pour ta sœur et toi
Je prends le plateau de ses mains et je le pose au pied du lit.
Moi : merci mama Cathy
MC : tu ne manges pas ?
Moi : après, je n'ai pas faim maintenant.
MC regardant Emilie : elle est fatiguée
Moi : oui elle doit se reposer
MC : et toi tu n'es pas fatiguée ? tu ne te reposes pas ?
Moi : non, je ne suis pas fatiguée
Elle me regarde intriguée et s'assoit sur mon lit en face de celui d'Emilie
MC : Kevin ?
Moi : oui mama Cathy
MC : dis-moi Emilie a quel âge ?
Moi : 16 ans
MC : et toi ?
Moi : 14 ans
MC : donc c'est toi la plus petite et elle ta grande sœur
Moi : oui s'est ça
MC : mais tu prends tellement soin d'elle, on dirait que c'est toi la plus grande.
Moi : comment ça ?
MC : tu es tellement forte, tu pleures souvent ?
Moi : je ne sais pas, mais je ne dois pas pleurer, si Emilie pleure et que je pleure qui va nous consoler. Au moins si elle pleure moi je peux la consoler
MC : et toi qui va te consoler
Moi : personne, justement parce que je ne pleure pas ?
MC : mais pourquoi ?
Moi : parce que je suis comme ça. Où est papa ?
MC : il est sorti, il est allé à l'hôpital
Moi : à l'hôpital ? il est malade ?
MC : non, il est allé gérer certaines choses pour ta mère
Moi étonnée : gérer quoi encore, puisqu'elle est déjà morte
MC : tu sais, il y'a les frais de morgue et d'autres choses qu'il doit gérer
Moi : ah ok.
Ce que je ne comprenais c'est que j'ai couru lui dire que maman était souffrante mais il n'a même pas bougé. Mais quand il apprend qu'elle est morte, il court pour régler les frais de morgue et autres dont mama Cathy a parlé. C'est normal ça ?
Le lendemain matin, Emilie s'est levée avec les yeux gonflés et bien rouges on aurait dit des cerises. Je l'ai aidé à prendre une douche et à manger son petit déjeuner. Elle n'avait pas vraiment envie et j'ai dû la forcer. Mon père nous a appelés pour nous annoncer que notre mètre serait enterré le week-end d'après donc dans une semaine, dans son village à lui puisque que c'était « sa femme ». Vous vous rendez compte ? Sa femme a-t-il dit. Durant toute sa vie, ou du moins une bonne partie de leur vie commune il l'a traité comme une moins que rien , une chienne et aujourd'hui il parle de préparer les obsèques de sa femme.
Les jours qui ont suivi, une série de rassemblement et de veillée se sont tenues à la maison et pas une seule fois on ne nous a présenté quelqu'un comme étant membre de notre famille maternelle. A croire que maman venait de nulle part.
LE JOUR DE L'ENTERREMENT
Le village de papa se trouve à quelques kilomètres de la ville. On s'y est tous rendus. Même mama Cathy. Les jumeaux ont été confiés à leur grand-mère maternelle.
La cérémonie a commencé par quelques témoignages : celui de quelques amis, des connaissances, puis est venu celui des enfants. Emilie et moi nous nous sommes approchées du micro. Emilie ne pouvait pas parler parce qu'elle n'avait presque plus de voix pour avoir trop pleuré et ses pleures n'en finissaient pas. C'était donc à moi de dire quelques mots pour ma mère. Je me suis avancé et j'ai dit ce que je devais dire pour dire au revoir à maman
Moi : maman, durant toute ta vie à nos côtés, tu nous as appris à toujours rester fortes malgré le poids de ce que nous vivons, malgré les difficultés. Même si ta mort nous attriste et nous affaiblit, nous te promettons Emilie et moi que nous ferons le maximum pour garder en nous ce que tu nous as appris, pour être fortes et se soutenir mutuellement, que nous sachions toujours compter l'une sur l'autre. Il m'est difficile de parler de toi au passé, toi qui es si douce, si affective, si calme, si battante, je t'aime tellement, Emilie t'aime tellement. Nous t'aimons tellement, et même si tu nous manque trop, nous devons te laisser partir en paix. Alors va et repose en paix. Peut-être qu'un jour on se retrouvera. Au revoir maman.
J'ai pris Emilie par le bras et on a regagné nos places.
Maintenant, c'était le tour de mon père de faire son témoignage, de dire au revoir à maman, à sa femme. Qu'est ce qu'il allait bien pouvoir dire ? Qu'est ce qu'il allait bien pouvoir dire de la femme qu'il a humilié, maltraité, méprisé jusqu'à ce qu'elle meurt. Emilie m'a chuchoté dans un sanglot.
E : il va dire quoi ?
Il s'avance vers le micro
Moi : attendons et écoutons