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La malédiction de Pygmalion

La malédiction de Pygmalion

Auteur:: Enna-Eil
Genre: Autres
Elle me regardait avec ses grands yeux gris, l'air enjoué. Elle riait à plein poumons, son rire sonnait comme une mélodie à mes oreilles. Des gouttes d'eau perlaiant de sa frange, ses joues rosées et humides par le travail qu'elle venait d'effectuer. Sa robe blanche, devenue translucide à cause de l'eau, lui collait à la peau, soulignant un peu plus sa silhouette, sa poitrine, sa ligne, ses cuisses. Je ne pouvais m'empêcher de l'admirer. Elle est sublime. - Tu es tellement belle, Ellie. Son expression de visage changea et ses sourcils se froncèrent subitement. Elle se releva, outrée, agacée, courroucée et... déçue ? - Si tu me dis ça encore une fois, je t'arrache la langue et la donne en pâture aux harpies ! Elle tourna les talons et partit.

Chapitre 1 La mort à la peau

Dans mon rêve, il faisait nuit et je me trouvais dans le hall de ce qui ressemblait visiblement à un musée. Les murs s'agitaient et j'avais froid. Les tableaux accrochés murmuraient et les mots qui revinrent plusieurs fois étaient "tu vas mourir".

Je n'avais pas peur et repris ma composure malgré la température ambiante. J'avançais à pas lents, de la buée blanche se formant à chaque expiration. Je frottais mes mains pour me réchauffer. Les murmures se transformèrent en cris étouffés qui me lancèrent des insultes et sorts divers. Je les ignorais, les écouter me conduirait à ma perte, même dans le monde réel.

Ma marche me mena enfin devant une peinture, peinture qui ne m'était pas totalement étrangère. Il y était représenté une femme, très belle femme, debout sur un coquillage au bord d'une plage, nue, sa peau satinée n'avait aucun défaut, ses longs cheveux roux virevoltant. Il y avait d'autres personnes sur le tableau mais la jeune femme attirait particulièrement mon attention.

"La naissance de Vénus" est le titre inscrit sur l'illustration. Un frisson d'horreur m'envahit et je recula de quelques pas. Les murs hurlaient maintenant et me sommaient de partir d'ici. Le tableau semblait prendre vie car la femme sur le coquillage me regardait et souriait. Son sourire n'était pas bienveillant, il était moqueur, hautain et dédaigneux.

- Je vais te tuer, usurpatrice !

J'ouvris mes yeux et regarda autour de moi. La pièce dans laquelle je suis maintenant est plongée dans la pénombre et cela me rassura. Je me redresse de mon lit. Le cri de la femme rousse résonne encore dans ma tête. Je me lève et ouvre les rideaux pour laisser passer les lueurs matinales dans ma chambre.

Les rues sont encore calmes et personne n'est dehors. Je me pince la joue pour vérifier si je ne suis pas encore dans un autre rêve, la douleur en dit le contraire.

Je respire un coup et attache mes cheveux bruns en une queue de cheval et descend au rez-de-chaussée. Ma grande sœur est déjà éveillée, prête à aller au travail et ayant fini de faire le petit-déjeuner pour nous deux dans la cuisine. Son téléphone joue une musique classique.

- Bonjour ! Dit-elle d'un ton allègre.

Je ne réponds pas et m'assoie à table. Je mange et elle me regarde, les yeux rieurs.

- Tu as reçu un message ? Demande t-elle entre deux bouchées.

- Non.

Elle finit de manger, se leva et prit son sac pour sortir.

- N'oublie pas de verrouiller la porte avant d'aller en cours aujourd'hui. Laisse les clés sous le pot de fleur, je vais rentrer plus tôt que toi aujourd'hui.

- D'accord. À ce soir.

Elle me sourit et s'en alla. Je termine mon repas à mon tour et débarrasse pour aller m'apprêter.

Mon arrivée au campus ne passe jamais inaperçue. D'autres me saluent, certains se contentent de chuchoter à mon passage. Avec le temps, j'ai pris l'habitude et ma composure reste de marbre face à tout ça. Je ne me dirige pas directement en classe, je vais m'assoir sur les bancs publics dans la grande cour en attendant le début des cours. Ma tête tourne toujours à cause de mon cauchemar et les hurlements bourdonnent encore à mes oreilles.

Je reste tranquille et observe les alentours, les allers et venus des élèves. Ils discutent, rient à gorges déployées et jouent. D'autres groupes d'élèves me regardent et ricanent quand ils passent près de moi. Je soupire et tire sur ma jupe.

Je continue ma ronde lorsque je le vois arriver de loin. Je me lève précipitamment et rentre dans le bâtiment à toute allure. Je devais me cacher, fuir. Au fond de moi je savais que c'est impossible.

Il a été plus rapide que moi et m'attrape par le bras. Il me plaque violemment contre un mur pour relever ma tête.

Ses mains s'agrippent fermement à mes avant-bras et je ne peux pas me débattre.

- Tu es très jolie ce matin, roucoule t-il. Comme chaque jour d'ailleurs. Tu voulais me fuir ?

Je regarde autour de nous et personne ne bouge. Le temps s'est arrêté et il n y a que nous deux qui sommes encore en capacité de mouvoir.

- Pourquoi tu as arrêté le temps ? Tu ne voulais pas qu'ils te voient me harceler ? Dis-je provocatrice.

Il rit jaune et appuie sur mes bras ce qui m'arrache un geignement de douleur.

- Tu partais pour aller où ?

Je ne dis rien et le regarde avec mépris. Le garçon brun au teint morbide ne souriait pas. Il me regarde, agacé et énervé.

- Jude, lâche moi !

Il me relâcha et croisa les bras. Son accoutrement tout de noir lui donnait des airs lugubres. Il me jaugea des pieds à la tête et secoua la tête.

- Éliane, c'est par respect que je n'ai pas encore pris ton âme. Même les jolies filles comme toi n'échappent pas à la mort.

Chapitre 2 Pygmalion

La sonnerie salvatrice marquant la fin de la journée retentit enfin. Il est 15h30 et le dernier cours étant celui d'EPS, les élèves bavardent plus que d'habitude si ce n'est dire à tue-tête.

- Tu as entendu ? Commença une fille, quelqu'un s'est évanoui lors du cours de sport et a avalé sa langue...

Éliane qui sortait des toilettes au moment là, passe devant le groupe de filles discoureuses. Elles se turent, écarquillant les yeux de stupeur lorsque la jeune fille sortit de l'une des cabines. Elles se tassent entre elles ne sachant plus comment se tenir. Se lavant les mains, Ellie les observe à travers le miroir, le visage impassible.

- Vous êtes quoi ? Des harpies ? Questionna la jeune fille.

L'une d'elles émit un croassement qui confirma les dires de la brune.

- C'est malsain, cette manie de se mêler de la vie des humains, continue calmement Éliane.

Elle sèche ses mains et se retourne complètement pour se mettre face à elles, visage toujours serré et froid. Ses yeux gris les fusillant du regard.

- Maintenant vous avez quelques minutes pour déguerpir d'ici...

Ellie n'avait pas fini sa phrase que les pies sortirent en trombe de la pièce affolées. Sortant à son tour, la brune les vit qui couraient toujours dans le couloir. Elle se dirige en classe, ramasse son sac et partit très vite de l'établissement afin d'éviter de croiser Jude à nouveau. Être martyrisée et menacée à longueur de journée ne la mettait pas en joie. Le fait que Jude s'occupe de la vie d'autres personnes qu'elle ne la dérange pas non plus. Cependant, ses méthodes pour prendre des âmes sont tout de même rustres parfois. Avaler sa langue après évanouissement est l'une des douces.

Le trajet entre son école et sa maison n'était pas long. Elle n'eut pas besoin d'ouvrir la porte car celle-ci était déjà entrouverte.

- Alvine ?

Personne ne répondit. Cependant il y avait une odeur aigre dans l'air. Elle s'avança pour aller à la cuisine et trouva quelqu'un allonger par terre. Prise de panique, elle s'approcha du corps et constata qu'il s'agit d'un homme. Il tenait la bouteille de vinaigre en main mais son contenu s'est vidé sur les carreaux. Elle prit son pouls, il respirait toujours mais faiblement, son teint était tellement blafard que son angoisse n'arrivait pas à diminuer. Un inconnu est sur le point de rendre l'âme sur le sol de sa cuisine.

La porte d'entrée s'ouvrit laissant sa grande sœur passer avec des sacs. Dès qu'elle vit la scène, elle accourut vers le corps.

- Par Artémis, il s'est encore évanoui !

- Encore ?! S'écria Éliane qui était encore sous le choc, il se passe quoi ici ?!

- Je n'ai pas le temps d'expliquer. Hum Ellie, va me chercher les sels sur la commode dans ma chambre, je vais l'allonger sur le canapé. Et prends une couverture, sa température corporelle est entrain de chuter !

La jeune fille ne se fit pas prier deux fois et exécuta les instructions de sa soeur. Elle chauffa de l'eau pour remplir deux bouillottes et les placer sous la couverture. Une demi-heure passa et il semblait enfin reprendre des couleurs au niveau des joues, sa respiration s'était aussi stabilisée.

Alvine utilisa les sels pour le réveiller. Éliane était restée postée aux côtés de l'inconnu.

- Kleo...

Il semble rêver car il porta sa main vers le visage d'Ellie. Celle-ci l'attrape au vol et la serre violemment.

- Je vous défends de me toucher. Qui êtes-vous ? Et que faisiez-vous dans notre cuisine ?

La douleur le secoua jusqu'à le réveiller complètement et il se tordit de peine. La jeune fille avait plus de force malgré sa frêle apparence.

- Ellie, du calme... c'est un ami, laisse le...

Le jeune fille lâcha sa main mais son regard était toujours persistant et glacial. Elle ne supportait pas être touchée, même si c'est par erreur. Alvine soupira et servit de l'eau à l'étranger. Il observait Éliane du coin de l'oeil, méfiant.

- Ellie je te présente Philippe, il est antiquaire et sculpteur. Philippe voici Éliane, ma petite sœur.

Il trouve que les deux filles se ressemblent beaucoup, sauf qu'Alvine avait les cheveux en coupe carré. Elles avaient la même couleur d'yeux gris, glacial et luisant. Il se redressa et enleva la couverture de son corps.

- Il fait quoi chez nous ? Demande Ellie.

- Il devait me livrer des flûtes de pan ainsi que de l'encens.

- Des authentiques flûtes de pan ?

- Oui, répondit Philippe. Elle va les distribuer aux enfants à l'hôpital.

Éliane observait leur invité. Il est brun lui aussi et visiblement grand de taille. Il porte des lunettes, yeux marrons ridés au coin sûrement par la fatigue et est mince. Son teint est anormalement blême pourtant il paraît aller bien. Ellie le trouvait bizarre.

- Qu'êtes-vous ? Un immortel ? Entama de but en blanc Ellie.

La question de la jeune fille ne l'offusqua pas. Au contraire, il souriait en coin et posa son attention sur elle. Son regard scrutait le visage d'Éliane et elle se sentit mal à l'aise.

Il se leva et Alvine fit de même.

- Bon Ellie, je ressors. Dans l'un des sacs que j'ai apporté, il y a de l'encens, allume avant de monter dans ta chambre ce soir.

- Okay. Tu rentres à quelle heure ?

- Je ne sais pas encore, j'ai beaucoup à faire... Je te ferai signe.

Alvine fit au revoir de la main et sortit de la maison avec Philippe. Éliane va dans la cuisine ranger les dégâts. Elle se fait à manger et décide de regarder la télévision jusqu'au soir. Vers 21h, elle alluma l'encens comme sa sœur lui a dit plus tôt et monta dans sa chambre.

Ellie se changea en son pyjama et s'assit devant sa coiffeuse. Le reflet lui renvoyait l'image d'une adolescente fatiguée, pâle ayant les cheveux hérissés. Elle ferme les yeux un moment et lorsqu'elle est les ouvrit, la jeune fille qui apparaissait dans le miroir n'avait plus les cheveux noirs mais blonds maintenant.

- Bonsoir Éliane.

- Pythie, répondit simplement la jeune fille.

Il eut un silence où la jeune femme qui est dans le miroir fixait Ellie sans rien dire.

- Je suppose que tu vas bien.

- Oui, et je suppose que tu as quelque chose d'important à me dire si tu me parles ce soir, rétorqua Ellie.

- En effet. Tu me parlais de tes cauchemars répétitifs récemment.

- Oui, ils ne cessent pas depuis.

- Exactement, ces rêves sont des prémonitions. Éliane, tu es en danger de mort.

Chapitre 3 La Bête

Dans mon rêve, il faisait nuit. Je me trouvais dans le hall d'un musée. Il faisait froid et je grelottais sur place. Les voix des œuvres d'art autour se se font toujours entendre; elles grondent, m'insultent, me maudissent. Je regardais autour de moi pour voir si il y a une porte ou une sortie, rien. La lumière des étoiles essayait de se frayer un chemin à travers les hautes fenêtres perchées sur les murs.

Nonobstant l'insuffisance de luminosité, je sentais le bout de mes doigts devenir frigide ainsi que de la buée se former à chaque expiration. La température ambiante ne faisait que baisser. Je devais sortir d'ici au plus vite. Je marchais malgré moi, mes jambes tenaient bon. Si je reste sur place, le froid allait me paralyser et me tuer, même dans le monde réel.

J'arrivais enfin dans une grande salle, grande salle où une ampoule brillait de toute sa lueur en son centre. Au milieu de la pièce, une statue mise en exergue par l'éclairage présent. Faite en marbre, elle se dressait dans toute sa splendeur. Elle représentait une femme, aux formes généreuses dont le torse était nu mais le bas de son corps était recouvert d'un tissu cachant ses parties génitales et ses jambes. Je m'approchais un peu plus pour l'observer. Ses cheveux étaient attachés en un chignon bas, dont une natte faisait le tour de la tête comme une couronne. Cependant, il manquait des bras à la sculpture.

- La Vénus de Milo..., dis-je dans un souffle.

Les autres voix se turent au moment où je prononçai cette phrase pour laisser place à une seule.

- Éliane...

La voix de Jude, la voix de la mort. Comme la salle était plongée dans la pénombre, je n'arrivais pas à voir.

- Jude ? Où es-tu ?

- Éliane... Sors d'ici rapidement.

***

Après m'être douchée et habillée pour l'école, je descendis à la cuisine faire mon petit-déjeuner. Ma grande soeur n'est pas rentrée hier soir. Je me fis une omelette et une tasse de thé puis, pris place à la salle à manger. Sur la commode qui y est, je trouve une paire de lunettes rondes. Au même moment, je reçois un message d'Alvine dans mon portable:

« Éliane, désolée si je ne suis pas rentrée hier soir. Ma garde est finie tardivement et j'ai dormi chez Tom.»

Je prends la paire de lunettes et l'examine. Son cadre est gris pointillé de noir. Je réponds au message de ma sœur.

« Pas grave. Au fait, j'ai trouvé des binocles à la salle à manger. À qui sont-elles ?

- Ce sont les lunettes de Philippe. Vu que je ne suis pas prête de rentrer maintenant, tu peux les lui rendre ? Je vais t'envoyer l'adresse de sa boutique en journée.

- Mouais...

- Merci ! À ce soir !»

Je ne prends pas la peine de répondre et finis mon petit-déjeuner. Il est 6h50 lorsque je sors de la maison. Arriver à l'école aussi tôt ne va rien m'apporter alors je décide de rendre une petite visite à mon grand frère. Je prends le bus direction l'hôpital centrale de la ville.

La dame de l'accueil, habituée à mes visites fréquentes, me sourit et enregistre ma venue dans son ordinateur. Ensuite, je me dirige vers la chambre où est hospitalisé mon frère accompagnée d'une infirmière.

- Il n'a toujours pas fait signe de réveil depuis la dernière fois.

- Ça fait déjà 3 ans depuis la dernière fois, dis-je la mine abattue.

L'infirmière pose une main consolatrice sur mon épaule et sort de la pièce. Je m'assois sur les bords du lit et le regarde. Il a maigri et son teint est devenu livide, ses cheveux ne sont plus d'un jais éclatant comme jadis. Ses joues se sont encore creusées depuis ma dernière visite, sa peau flétrie. Des tuyaux respiratoires sortent de son nez et l'électrocardiogramme affiche ces courbes montantes et descendantes qui défilent de façon régulière. Il semble mort, seule sa poitrine qui respire et la machine à nos cotés prouvent le contraire. Je soupire et remets une mèche de cheveux derrière mon oreille.

- Jude.

Un frisson traversa mon échine et je sentis la chair de poule parcourir mon corps. Il est là. Posté derrière moi au niveau de la fenêtre, je savais qu'il m'observe néanmoins je ne me retourne pas, toute mon attention est sur mon frère.

- Éliane.

- Il en a encore pour combien de temps ?

- Je ne sais pas... dit-il hésitant, comme il est dans le coma, je n'arrive pas à savoir quand il rendra l'âme.

Je reste silencieuse un moment, moment où je réfléchis et essaie de me souvenir. Cela fait 3 ans que qu'Ervin est dans le coma mais je ne me souviens pas des événements qui l'ont plongé dans ce sommeil prolongé.

- Et je ne peux même pas l'aider...

Je me lève et me tourne pour faire face à Jude.

- Et toi, comment oses-tu envahir mes rêves ?

- Très chère, commença t-il sur un ton moqueur, si j'étais apparu dans un de tes rêves, tu serais enfermée dans un frigo à la morgue en ce moment précis.

Je l'appréhende du regard, il ne paraît pas mentir et il n'est sûrement pas du genre à le faire. Quelqu'un toque à la porte et l'infirmière de tout à l'heure entre.

- Il est l'heure pour lui de manger, me dit-elle en prenant place sur la chaise à côté de lui.

Elle tient un bol entre ses mains, ainsi qu'une seringue. Je m'éloigne d'eux et me place à côté de la porte prête à partir.

- Il y a un instant, continue t-elle, j'ai cru entendre une seconde voix, vous étiez avec quelqu'un ?

Je lorgne la fenêtre et remarque que Jude s'en est déjà allé.

- Non, m'empressai-je de répondre, j'étais au téléphone et je l'ai mis sur haut-parleur. Voilà pourquoi vous aviez cru entendre une deuxième personne.

Elle me sourit et poursuit ce qu'elle faisait. Je sors de la pièce, sceptique. Si cette femme a réussi à entendre la voix de Jude dans la chambre, son heure va bientôt sonner.

***

Après les cours, je me dirige à l'adresse que ma sœur m'a envoyé en journée. Il est 16h, le soleil a déjà commencé sa course inverse et il fait chaud. J'ai porté un sweat ce matin car le temps était un peu frisquet, apparemment j'ai eu tort de le faire.

La boutique, qui se nomme "La Cave de Mercure", se trouve se trouve dans le quartier commercial de ma petite ville, à côté du pressing "Le Prestige".

Lorsque je m'y retrouve, une affiche sur la porte indique fermée. Je guette l'intérieur à travers les baies vitrées pour voir s'il y a quelqu'un. Je décide d'entrer en poussant la porte et un tintement retentit signalant mon arrivée. Une odeur de vieillot m'accueille et je grimace. L'endroit paraît assez grand. Il y a des étagères un peu partout et la plupart des objets qui y sont posés, sont couvert de drap blanc. Les murs sont d'une couleur marron ennuyeuse et écaillée. Il y un comptoir à ma gauche où est placé une caisse enregistreuse ainsi qu'un carnet. Mon regard balaie les environs, rien n'attire vraiment mon attention. Malgré l'aspect désuet, la pièce est assez propre.

Une femme sort de l'une des portes derrière le comptoir et s'approche de moi. Elle est rousse et des tâches de rousseur parsèment son visage juvénile. Ses yeux sont verts. Elle est très jolie.

- Bon après-midi, entamai-je, je cherche Philippe Rallis, est-il là ?

Le jeune dame ne me répond pas et me fixe toujours du regard.

- Hum... je suis venue lui apporter ses lunettes.

La vue des verres lui fait écarquiller les yeux et elle secoue la tête vivement. Je les lui tends et elle s'empresse de les prendre.

- Bon... Au revoir ?

Elle ne répond toujours pas et disparaît derrière la porte par laquelle elle est entrée. Son comportement est étrange. Quelque chose attire mon attention à terre. Il y a un morceau de marbre là où la femme se trouvait il y a quelques secondes, or il n'y était pas lorsque je suis entrée.

***

Le menu de ce soir c'est spaghettis à la sauce bolognaise. Je n'ai pas l'habitude de cuisiner et c'est ma grande sœur qui s'occupe toujours de la nourriture à la maison. Je m'affale dans un des canapés au salon et m'empare de la télécommande pour zapper à vive allure les chaînes à la télévision. Je me rends bien vite compte qu'il n'y a rien d'intéressant. Mon téléphone signale dans la poche de mon pantalon batterie faible et je le mets en charge à côté du téléviseur.

Je débarrasse mon assiette, le place dans le lave-vaisselle puis repars faire une ronde des programmes télé.

Soudain, un violent coup retentit sur la porte d'entrée et je sursaute. Je me redresse de mon siège et fixe la porte, mes mains lâchèrent la télécommande doucement sur la table basse. Je reste calme et sur mes gardes, aucun bruit de pas dehors. Un deuxième coup plus violent que le premier se fit entendre et je me levai cette fois-ci.

- Qui est-ce ? Hurlai-je depuis le salon.

Un troisième coup et je vis le bois de la porte s'enfoncer et craquer. Je ramasse la batte de Base-ball en bois à côté de la télévision et la serre entre mes poings. Le quatrième coup défonce complètement la porte et ce qui entra me fit ouvrir les yeux en grand. Quelqu'un ou quelque chose se tenait sur le pas de la porte, dégarnie de peau ou bien cette couleur rouge dégoulinante était la couleur de sa peau. La bête était grande et ses pattes antérieures pourvues de griffes, longues, sales et acérées. Ses yeux jaunes luisaient d'insanité et il me montrait ses crocs poisseux. Il se rapprocha de moi en un bond et me porte un coup que j'esquive avec agilité. J'assène la batte sur son crâne et elle se brisa au contact de sa tête.

La bête émit un hurlement se mêlant à des claquements de langue qui fit trembler les meubles de la maison et éclater les vitres des fenêtres au salon. Il essaie de me donner un deuxième coup de patte que j'évite encore de justesse mais déchire le bas de mon sweat au passage.

Je pris le tabouret à côté de la table basse et l'appliqua sur sa tête de toutes mes forces. L'impact lui fait effet car il glapit de douleur et se tient le visage. Je profite pour m'enfuir à la cuisine et prendre un couteau.

Il me poursuivit et lorsqu'il fût assez proche de moi, je lui enfonçais l'arme blanche dans la poitrine. La bête s'écroula à terre et se tordit en rugissant. Je ne perdis pas de temps et monta à l'étage pour m'enfermer dans ma chambre. Je verrouille la porte à double tour et m'adosse contre un mur, tremblante de peur.

J'entendis mon assaillant se balader dans le couloir, frappant les portes et fouillant à l'intérieur des pièces à ma recherche.

Je sentais les larmes se former dans les coins de mes yeux et je tirais sur mes cheveux, sachant ma fin proche. Mon téléphone est resté en bas. Je n'ai pas le choix, je dois l'appeler.

- Jude !

La bête envoya un premier coup dans la porte. J'écarquille les yeux d'effroi.

- Jude ! JUDE !

Je hurlais à plein poumons mais rien, aucune trace du garçon brun. Je pleurais à chaudes larmes et me recroquevilla sur moi-même. Je manquais d'air et je basculais pour essayer de me rassurer. J'entendais la chose donner des coups sur la porte. J'allais mourir, comme ça, tuée par je ne sais quoi.

Il eût un silence, puis un fracas et enfin des grognements plaintifs qui paraissaient s'éloigner de la porte. Je relève la tête et scrute la porte, ma tête tourne toujours et ma vue vacille. Je me dirige vers celle-ci et déverrouille la porte. Je l'entrouvre et jette un coup d'oeil à l'extérieur. Personne. Je sors complètement et inspecte les lieux. Plus aucunes traces de la chose. Je perçois les pas de quelqu'un monter les marches des escaliers. Prise de panique, je me fige sur place.

- Jude, c'est toi ?

Aucune réponse et quand la personne atteint le haut des escaliers, mon cœur s'allège considérablement.

- Alvine ? Alvine !

Ma grande sœur lâcha le couteau ensanglanté qu'elle avait en main au sol et accourut vers moi pour me prendre dans ses bras. Elle prit mon visage entre ses mains et me scrutait de haut en bas, soulagée. Elle tremblotait un peu, toujours sous le choc des événements précédents.

- Tu n'as rien ? Dis-moi que tu n'as rien. J'avais tellement peur pour toi !

Elle déposa un bisou sur mon front et caressa ma crinière hirsute. Une autre foulée de larmes remonta et je plonge dans son étreinte. J'hoquetais et reniflais dans ses bras. Sa présence me rassurait. Elle me caressait le dos avec tendresse et entona une berceuse.

- Désolée du retard soeurette. Je suis là maintenant.

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