Chapitre 1
La pluie tombait en un rideau dense sur la route déserte, rendant la visibilité presque nulle. Elena observait les gouttes ruisseler contre la vitre de la voiture, son esprit aussi agité que le ciel au-dessus d'eux. Leur mère n'avait pas prononcé un mot depuis qu'ils avaient quitté la ville. Le silence pesait lourd, seulement brisé par le froissement des essuie-glaces qui luttaient contre l'averse.
À côté d'elle, Caleb, son frère cadet, pianotait nerveusement sur son téléphone, visiblement agacé par la mauvaise connexion.
- Maman, on est encore loin ? demanda-t-il finalement, brisant le mutisme ambiant.
Le regard de leur mère resta fixé sur la route.
- Presque, répondit-elle d'une voix tendue.
Elena fronça les sourcils. Rien dans cette situation ne semblait normal. Pourquoi avaient-ils soudainement dû quitter leur maison pour aller vivre chez une grand-mère dont ils ignoraient presque l'existence ? Leur mère avait évité toutes leurs questions, se contentant de leur dire que c'était « nécessaire ». Cette absence d'explications mettait Elena sur les nerfs.
La voiture quitta la route principale pour emprunter un chemin de terre bordé d'arbres gigantesques. Les phares peinaient à percer l'obscurité, et chaque ombre semblait se mouvoir sous le vent violent.
- Génial, marmonna Caleb. On va finir dans un film d'horreur.
Elena lui lança un regard réprobateur, mais une part d'elle partageait son appréhension. L'atmosphère devenait oppressante à mesure qu'ils s'enfonçaient dans la forêt.
Finalement, après ce qui sembla une éternité, la maison apparut au détour d'un virage. Une bâtisse massive et ancienne, entourée de grands chênes. Ses volets de bois semblaient avoir connu des jours meilleurs, et la lumière vacillante d'une lanterne accrochée à la véranda était la seule source de chaleur apparente.
Le moteur s'arrêta, laissant place à un silence encore plus pesant. Leur mère se tourna enfin vers eux.
- Descendez vos affaires, dit-elle d'un ton abrupt.
Caleb haussa les épaules et ouvrit la portière.
- Super accueil, grommela-t-il.
Elena resta un instant immobile, fixant le visage tendu de leur mère.
- Pourquoi on est ici, maman ? demanda-t-elle doucement.
Un éclat de douleur traversa les yeux de leur mère, mais elle détourna le regard.
- Tu comprendras bientôt, murmura-t-elle avant de sortir précipitamment.
Elena sentit une boule se former dans sa gorge. Rien de tout cela ne lui plaisait.
Elle attrapa son sac et suivit Caleb jusqu'à la maison. La porte s'ouvrit avant qu'ils n'aient atteint les marches du perron, révélant une femme âgée à l'allure imposante. Ses cheveux gris étaient tirés en un chignon strict, et ses yeux perçants semblaient capables de lire au plus profond de leur âme.
- Entrez avant de prendre racine sous la pluie, ordonna-t-elle d'une voix ferme.
Caleb échangea un regard incrédule avec Elena, mais ils obéirent. L'intérieur de la maison était chaleureux, malgré une décoration surannée. Une grande cheminée crépitait dans le salon, projetant des ombres dans la pièce.
- Je suis votre grand-mère, déclara la femme en croisant les bras. Vous pouvez m'appeler Maud.
- Enchanté, marmonna Caleb, visiblement peu impressionné.
Elena, quant à elle, sentait une étrange tension dans l'air. Quelque chose clochait, mais elle ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.
- Montez vous installer, reprit Maud. Vos chambres sont à l'étage. Le dîner sera prêt dans une heure.
Sans attendre de réponse, elle tourna les talons et disparut dans une pièce adjacente.
- Sympa, ironisa Caleb. Elle me rappelle l'infirmière psychopathe dans ce vieux film d'horreur.
Elena esquissa un sourire malgré elle, mais son esprit restait préoccupé. Une fois à l'étage, elle poussa la porte de sa nouvelle chambre. Les murs étaient tapissés de papier à motifs floraux fanés, et une grande fenêtre donnait sur la forêt qui s'étendait à perte de vue.
La pluie avait cessé, laissant place à une brume épaisse qui serpentait entre les arbres. Une sensation de malaise s'insinua en elle. Elle avait l'étrange impression d'être observée.
Caleb surgit dans l'embrasure de la porte.
- Tu paries combien qu'il y a des fantômes ici ? lança-t-il avec un sourire en coin.
- T'es bête, répondit-elle en secouant la tête.
Mais alors qu'elle fermait les rideaux, une ombre fugace attira son attention. Quelque chose - ou quelqu'un - venait de disparaître entre les arbres.
Elena sentit son cœur s'accélérer.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Caleb, remarquant son trouble.
- Rien... murmura-t-elle.
Mais au fond d'elle, elle savait que leur arrivée ici n'était pas une simple coïncidence. Et cette nuit ne faisait que marquer le début d'un mystère bien plus grand qu'elle ne l'avait imaginé.
Chapitre 2
Le lendemain matin, Elena fut réveillée par les rayons timides du soleil filtrant à travers les rideaux de sa chambre. La brume de la veille semblait s'être dissipée, laissant place à une atmosphère étrangement paisible. Pourtant, une lourdeur pesait encore sur ses épaules.
Elle s'étira longuement avant de descendre les escaliers. L'odeur alléchante de pain grillé et de café embaumait l'air. Maud était déjà debout, affairée dans la cuisine. Caleb, quant à lui, dévorait une montagne de crêpes, totalement insensible à la tension ambiante.
- Bonjour, lança Elena en tirant une chaise.
Maud hocha brièvement la tête sans répondre, concentrée sur une casserole qui mijotait sur la cuisinière.
- Tu dors toujours comme une marmotte, railla Caleb, la bouche pleine.
- Au moins je suis civilisée quand je mange, rétorqua-t-elle en lui lançant un regard exaspéré.
Maud posa soudain une assiette de crêpes devant Elena.
- Mange, ordonna-t-elle sèchement.
Elena haussa un sourcil mais obéit. Malgré l'attitude rigide de leur grand-mère, il était difficile de refuser un bon petit-déjeuner.
- Alors, on fait quoi aujourd'hui ? demanda Caleb avec enthousiasme.
Maud posa son torchon et le fixa avec une gravité surprenante.
- Vous commencez l'école demain. Aujourd'hui, restez discrets et éloignez-vous de la forêt.
Elena fronça les sourcils.
- Pourquoi ?
Maud pinça les lèvres, visiblement agacée par la question.
- Parce que c'est dangereux, c'est tout.
- Génial, murmura Caleb en levant les yeux au ciel. Une maison hantée et une forêt interdite. On vit notre propre conte de fées, là.
Elena ressentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale. Cette mise en garde ressemblait étrangement à celle de Liam, le garçon mystérieux de la veille.
- Qu'est-ce qui pourrait bien nous arriver ? poursuivit Caleb, moqueur. On va se faire attaquer par des lapins sauvages ?
Maud planta un regard glacial dans le sien.
- Ne sous-estime jamais ce que tu ne comprends pas, déclara-t-elle d'une voix grave.
Le silence retomba dans la pièce, et même Caleb sembla désarçonné.
Une fois le petit-déjeuner terminé, Elena décida de prendre l'air. Elle enfila une veste légère et sortit sur le perron. L'air frais embaumait la terre humide et les feuilles trempées.
- Tu vas où ? lança Caleb derrière elle.
- Juste marcher un peu.
Il haussa les épaules.
- Bonne chance pour éviter les lapins tueurs.
Elena leva les yeux au ciel et s'éloigna du perron. Les arbres formaient une voûte dense, laissant filtrer quelques rayons de soleil. Chaque pas sur le sentier détrempé produisait un léger bruit de succion.
Elle s'enfonça plus profondément dans la forêt, incapable de résister à l'appel mystérieux des lieux. Une étrange sérénité se dégageait de cet endroit, malgré les avertissements de Maud et de Liam.
Soudain, un craquement retentit à sa gauche. Elena se figea, les sens en alerte.
- Il y a quelqu'un ? appela-t-elle, sa voix tremblante.
Pas de réponse.
Elle reprit sa marche, tentant de calmer les battements affolés de son cœur. Mais une ombre surgit brusquement devant elle.
- Hé ! fit une voix familière.
Elena recula d'un pas, les yeux écarquillés.
Liam se tenait là, vêtu d'un jean sombre et d'un sweat à capuche.
- Tu veux vraiment mourir jeune ou quoi ? lança-t-il, visiblement contrarié.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? répliqua-t-elle, tentant de dissimuler sa nervosité.
- La vraie question, c'est ce que toi tu fais là, répondit-il en croisant les bras.
Elena serra les poings.
- Je n'ai pas besoin d'une nounou.
- Si tu savais ce qui rôde dans ces bois, tu ne dirais pas ça.
Elle plissa les yeux, sceptique.
- Genre des lapins tueurs ?
Liam ne sourit pas. Son expression devint plus sombre.
- Tu ferais mieux de rentrer chez toi, conseilla-t-il d'une voix grave.
Elena ouvrit la bouche pour répliquer, mais un hurlement déchirant retentit dans la forêt. Un cri bestial qui fit vibrer l'air autour d'eux.
Elle sentit son sang se glacer.
- Qu'est-ce que c'était ? murmura-t-elle.
Liam attrapa son poignet.
- Pas le temps d'expliquer. Cours !
, Chapitre 3
Le souffle court, Elena suivit Liam à travers les arbres, les branches griffant ses bras et son visage. Le hurlement résonnait encore dans l'air, semblant se rapprocher à chaque seconde. Les battements affolés de son cœur résonnaient à ses oreilles, mais elle n'osa pas ralentir.
Liam la tirait avec une force surprenante pour quelqu'un de si mince. Son expression était tendue, ses mâchoires serrées. Il ne prononçait pas un mot, concentré sur leur fuite.
- Où... où est-ce qu'on va ? parvint-elle à demander entre deux respirations haletantes.
- À l'abri, répondit-il sans ralentir.
Ils débouchèrent soudain sur une clairière. Le soleil perçait à travers les branches, illuminant une petite cabane à l'apparence délabrée.
- Là-dedans ! ordonna Liam en la poussant vers la porte.
Elena hésita une fraction de seconde, mais un nouveau hurlement, plus proche cette fois, lui fit perdre toute hésitation. Elle se précipita à l'intérieur, suivie de près par Liam qui referma la porte d'un coup sec.
Il posa une main contre le bois, comme pour s'assurer que la structure tiendrait bon.
- C'était quoi ça ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
Liam ne répondit pas immédiatement. Il scrutait la forêt par une fente dans la porte.
- Une créature que tu n'as pas envie de rencontrer, finit-il par dire d'un ton grave.
- Une créature ? répéta-t-elle, incrédule.
Il se tourna enfin vers elle, son regard intense.
- Écoute, tu es dans un endroit où les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être.
- Tu veux dire... des monstres ?
- Des monstres, des légendes... appelle ça comme tu veux. Mais oui, il y a des créatures dangereuses ici, et si tu veux survivre, tu ferais mieux de me croire.
Elena déglutit difficilement.
- Pourquoi personne ne nous a prévenus ? Pourquoi Maud ne nous a rien dit ?
Liam haussa les épaules.
- Les anciens préfèrent garder le silence. Ils pensent que l'ignorance protège.
Un silence tendu s'installa entre eux. Elena fixait le sol, tentant de remettre de l'ordre dans ses pensées.
- Pourquoi tu m'aides ? finit-elle par demander.
Il esquissa un sourire sans joie.
- Disons que je n'aime pas laisser les gens se faire dévorer par les ténèbres.
Un frisson parcourut son échine.
- Génial, murmura-t-elle. Une maison hantée, une forêt dangereuse et maintenant des monstres.
Liam croisa les bras, un éclat amusé dans les yeux malgré la gravité de la situation.
- Bienvenue à Ravenswood.
Elena leva les yeux vers lui, une question brûlant sur ses lèvres.
- Et toi, t'es quoi dans tout ça ?
Liam sembla hésiter.
- Je suis quelqu'un qui sait survivre. Et pour le moment, c'est tout ce que tu as besoin de savoir.
Avant qu'elle ne puisse insister, un bruit sourd retentit contre la porte. Elena sursauta, le cœur battant à tout rompre.
- Ils sont là, murmura Liam.
- Ils ?
Il attrapa son poignet.
- Reste derrière moi. Quoi qu'il arrive, ne bouge pas.
Elena ouvrit la bouche pour protester, mais le regard sombre de Liam la fit se raviser. Elle se recula, les jambes tremblantes, tandis qu'il posait une main sur la porte.
Le bruit se fit plus insistant. Quelque chose, ou quelqu'un, frappait avec une violence inquiétante.
Liam inspira profondément, ses muscles tendus comme une corde prête à se rompre.
- Ça va aller, dit-il d'une voix rauque.
Mais Elena n'était pas sûre de le croire.
Chapitre 4
Le fracas s'intensifia, résonnant contre la vieille porte de bois. Chaque coup faisait trembler les murs de la cabane. Elena recula jusqu'à heurter le mur opposé, son souffle saccadé. Ses mains moites cherchaient désespérément une prise, mais il n'y avait rien d'autre que le froid glacial de la paroi.
Liam restait immobile, concentré, comme une bête en alerte. Ses épaules se redressaient à chaque impact, ses muscles tendus prêts à bondir. Une lueur étrange dansait dans ses yeux.
- Ils ne vont pas partir, murmura-t-il presque pour lui-même.
Elena sentit son estomac se nouer.
- C'est quoi exactement... "ils" ?
Il tourna lentement la tête vers elle, l'expression dure.
- Des ombres qui prennent forme. Des choses qu'on ne devrait pas voir.
- Super, souffla-t-elle, la gorge serrée. Et qu'est-ce qu'on fait contre ça ?
- On se bat, répondit-il simplement.
Sans lui laisser le temps de réagir, Liam attrapa un vieux bâton posé contre le mur. Il fit jouer ses doigts autour du bois craquelé, comme si cet objet pouvait suffire à repousser une armée de cauchemars.
- Ouvre l'armoire, dit-il soudain.
- Quoi ?
- Derrière toi ! L'armoire ! Cherche une dague en argent.
Elena, tremblante, se précipita vers le meuble poussiéreux. Elle tira sur les poignées rouillées, mais les portes résistèrent.
- Allez, bon sang...
Elle y mit toute sa force, et les portes s'ouvrirent dans un grincement sinistre. À l'intérieur, une collection étrange d'objets reposait : des herbes séchées, des fioles contenant des liquides colorés, et... une dague scintillante posée sur un tissu rouge.
- C'est ça ? demanda-t-elle, les yeux écarquillés.
- Prends-la !
Elena s'empara de l'arme, son poids froid et rassurant dans sa paume. Elle se retourna juste à temps pour voir la porte céder sous la force des assauts.
Un vent glacial s'engouffra dans la cabane, soulevant des feuilles mortes et faisant vaciller la lumière vacillante des bougies. Une silhouette ténébreuse apparut dans l'embrasure, ses contours mouvants comme de la fumée.
- Reste derrière moi ! cria Liam.
Elena obéit, serrant la dague contre sa poitrine.
La créature s'avança, ses yeux rouges comme des braises. Elle émettait un grondement guttural qui fit vibrer l'air autour d'eux.
Liam bondit en avant, son bâton frappant la créature avec une force surprenante. L'impact fit reculer l'ombre, mais seulement un instant. Elle se reformait déjà, plus menaçante encore.
- L'argent ! hurla Liam.
Elena sentit une poussée d'adrénaline lui parcourir le corps. Elle leva la dague, hésita une fraction de seconde, puis se précipita vers la créature.
Un cri perçant déchira l'air lorsqu'elle planta la lame dans la masse noire. L'ombre vacilla, se contorsionna, puis explosa en une pluie de cendres scintillantes.
Haletante, Elena tomba à genoux, les bras tremblants.
Liam s'approcha d'elle, tendant une main pour l'aider à se relever.
- Pas mal, dit-il avec un sourire en coin.
- C'était quoi ça ? murmura-t-elle, encore sous le choc.
- Une de leurs sentinelles.
- Leurs ?
Liam hocha gravement la tête.
- Il y en aura d'autres. Et ils savent que tu es là maintenant.
Elena sentit son sang se glacer.
- Mais pourquoi moi ?
Liam planta son regard dans le sien.
- Parce que tu es bien plus importante que tu ne le penses, Elena.
Chapitre 5
L'air avait une odeur de cendres et de terre humide. Elena avançait d'un pas lourd à travers les bois sombres, les feuilles mortes craquant sous ses pieds. La dague, désormais rangée à sa ceinture, semblait encore brûler dans sa paume. Chaque muscle de son corps hurlait de fatigue, mais une peur sourde lui donnait la force de continuer. Liam marchait devant elle, son allure implacable, comme s'il ne ressentait jamais ni peur ni épuisement.
Le silence pesait lourd sur leurs épaules. Les créatures de la forêt semblaient s'être tapies dans l'ombre, laissant la brise froide régner en maître. Chaque souffle de vent ressemblait à un murmure funèbre, une promesse de dangers à venir.
Elena trébucha sur une racine noueuse et se rattrapa de justesse à une branche basse. Son cœur battait contre ses côtes, mais elle serra les dents pour ne pas montrer sa faiblesse. Elle avait déjà vu trop de choses cette nuit pour s'effondrer maintenant.
Ils débouchèrent sur une clairière, baignée d'une lumière blafarde. Au centre, une vieille pierre levée se dressait, couverte de runes gravées qui luisaient faiblement dans l'obscurité. La surface était usée par le temps, mais une énergie palpable émanait d'elle, vibrante et oppressante.
Liam s'arrêta et tendit la main vers la pierre. Ses doigts effleurèrent les runes, et une onde de lumière bleutée ondula autour de lui.
Elena sentit l'air se contracter, comme si le monde retenait son souffle. Une tension sourde pulsait autour d'eux, comme si quelque chose d'ancien et de puissant venait de se réveiller.
- C'est ici, pensa-t-elle sans oser briser le silence.
Liam posa la paume entière contre la pierre. Un grondement sourd monta du sol, et les runes s'illuminèrent d'une lumière aveuglante. L'espace autour de la clairière sembla se déformer, les arbres ondulant comme sous l'effet d'une chaleur intense.
Elena recula instinctivement, son corps en alerte. Puis, tout s'apaisa soudainement.
La lumière disparut, ne laissant que la lueur vacillante des runes. Liam baissa lentement la main et se tourna vers Elena.
Sans un mot, il fit signe de le suivre. Ils traversèrent un passage invisible qui s'ouvrait entre les arbres. Elena sentit l'air changer immédiatement. Une chaleur étrange remplaça le froid mordant de la forêt, et l'obscurité sembla reculer.
Le chemin serpentait à travers une végétation luxuriante et vivante. Des fleurs luminescentes parsemaient le sol, projetant des éclats de couleurs vibrantes. Elena n'avait jamais rien vu de tel. Les arbres eux-mêmes semblaient respirer, leurs feuilles scintillant sous une lumière invisible.
Malgré la beauté du lieu, une tension persistait. Chaque bruissement de feuille rappelait à Elena qu'ils étaient loin d'être en sécurité.
Ils arrivèrent finalement devant une arche de pierre recouverte de lierre. Liam s'arrêta, ses yeux sombres fixant le passage.
Elena observa l'arche avec appréhension. Une énergie palpable émanait de la structure, comme une invitation et un avertissement à la fois.
Liam inspira profondément, puis franchit l'arche. Elena hésita une seconde avant de lui emboîter le pas.
Dès qu'elle traversa l'arche, une sensation étrange la saisit. Le monde autour d'elle sembla vaciller. Des images floues se superposaient à la réalité : des silhouettes indistinctes, des échos de voix. Elle vacilla, prise de vertige.
Liam attrapa son bras pour la stabiliser.
- Ne lutte pas, pensa-t-elle sans même comprendre pourquoi cette pensée surgissait dans son esprit.
Elle se força à relâcher ses tensions, et les visions disparurent progressivement. Le monde redevint stable.
Ils se trouvaient maintenant dans une vaste plaine bordée de montagnes noires. Au loin, une citadelle imposante se dressait, ses tours effleurant les nuages gris. Des murailles épaisses entouraient la forteresse, et une aura de puissance émanait de chaque pierre.
Elena sentit une boule se former dans sa gorge.
- Où sommes-nous ? pensa-t-elle, incapable de détourner les yeux de la citadelle.
Liam posa une main ferme sur son épaule.
- Le début, lui aurait-il probablement dit si les mots avaient encore leur place.
Mais dans cet endroit où le temps semblait suspendu, les mots étaient inutiles. Seul le battement de leurs cœurs comptait, et ce qu'ils allaient affronter à l'horizon.
Chapitre 6
L'atmosphère était oppressante, chaque souffle de vent semblait être un murmure du passé, un avertissement des forces anciennes qui résidaient dans ce lieu étrange. Elena observait la citadelle au loin, son esprit tourmenté par des questions sans réponse. Pourquoi cet endroit lui paraissait-il si familier, et pourquoi Liam l'y avait-il amenée ? Chaque pas la menait un peu plus près de l'inconnu, et son instinct lui soufflait que le danger n'était pas loin.
Ils se rapprochèrent de la forteresse, le sol devenant de plus en plus dur sous leurs pieds. Une brume épaisse s'élevait autour d'eux, l'enveloppant dans un voile de mystère. Les pierres des murs de la citadelle, noires et lisses, semblaient absorber la lumière, créant une silhouette imposante et menaçante.
Elena n'arrivait pas à détacher ses yeux de la silhouette de Liam. Bien qu'il ne montre aucune émotion, elle pouvait sentir la lourdeur de sa mission. Il était lui aussi affecté par cet endroit, mais d'une manière différente. Lui, il semblait y être lié, ancré à cette terre de manière que lui-même ne comprenait pas encore. Elle avait l'impression qu'il la conduisait ici non pas seulement pour accomplir une mission, mais aussi pour affronter quelque chose de bien plus personnel.
- Tu sais ce qui nous attend, n'est-ce pas ? souffla-t-elle, sa voix brisée par l'incertitude.
Liam ne répondit pas tout de suite. Il s'arrêta devant une porte massive, ornée de symboles runiques. Il posa sa main sur l'artefact de pierre, et les symboles s'illuminèrent brièvement, projetant une lumière rougeâtre dans l'obscurité environnante. La porte s'ouvrit lentement, émettant un bruit sourd, comme si elle n'avait pas été touchée depuis des siècles.
- Il est temps, dit Liam, sa voix étrangement calme.
Ils passèrent le seuil, et Elena sentit un frisson lui parcourir l'échine. L'intérieur de la citadelle était vaste, et l'air était épais, chargé de l'humidité du temps. Les murs étaient décorés de fresques anciennes, représentant des batailles, des divinités oubliées, et des créatures mythologiques. Une lumière faible émanait de lanternes suspendues, diffusant une lueur vacillante.
Liam marcha en avant sans dire un mot, ses pas résonnant sur le sol pavé. Elena le suivait, essayant de rester concentrée, bien que l'impression d'être observée ne la quittât pas. Quelque part dans l'ombre, elle savait que des yeux invisibles les scrutaient. Ce lieu n'était pas seulement un bâtiment ; il était vivant, respirant, et rempli de secrets anciens.
Ils s'arrêtèrent devant un immense escalier en colimaçon qui montait vers une grande salle. L'air ici devenait plus lourd, presque tangible, et la sensation d'oppression se faisait plus forte. Elena se sentit comme si elle marchait sur le fil du rasoir, prête à tomber à chaque instant dans un abîme inconnu.
- Qui est-ce ? demanda-t-elle, brisant enfin le silence.
Liam tourna son regard vers elle, ses yeux devenus sombres comme la nuit. Il semblait sur le point de répondre, mais il se tut. Une tension palpable s'était installée entre eux, mais il n'en parla pas. Il n'y avait pas de place pour les paroles. Seulement l'action, et ce qui se cachait derrière ces murs épais.
Ils arrivèrent enfin au sommet de l'escalier. La salle dans laquelle ils pénétrèrent était massive, un vide sans fin, avec des colonnes imposantes qui soutenaient un plafond orné de symboles ancestraux. Au centre de la pièce, un trône de pierre se dressait, entouré d'une aura palpable de pouvoir. La sensation qui s'en dégageait était tellement forte qu'Elena en eut presque mal au crâne.
Elle aperçut une silhouette assise sur le trône, un homme encapuchonné, dont le visage était partiellement dissimulé dans l'ombre. Une lueur d'argent brillait dans ses yeux, presque surnaturelle.
Liam s'inclina devant lui, un signe de respect. Elena resta là, paralysée par l'intensité de l'atmosphère. Qui était cet homme ? Et pourquoi avait-il ce pouvoir étrange, qui semblait lier cet endroit à des forces plus grandes que tout ce qu'elle avait pu imaginer ?
- Tu es enfin arrivée, dit une voix profonde, résonnant dans la pièce. Une voix qui semblait venir de partout et de nulle part à la fois.
Elena frissonna. L'homme se leva lentement du trône, et son regard se posa sur elle. C'était comme si chaque mouvement qu'il faisait était mesuré, calculé, comme s'il jouait à un jeu dont elle ne comprenait pas les règles.
- Nous avons beaucoup à discuter, dit-il avec une froideur surprenante.
Elle ne répondit pas immédiatement, essayant de rassembler ses pensées. Que se passait-il ici ? Pourquoi Liam l'avait-il amenée ici ? Et quelle était la véritable raison de cette rencontre ?
Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, une violente secousse traversa la citadelle. Le sol vibra sous leurs pieds, et des éclats de pierres se détachèrent des murs. La lumière vacilla, et la température dans la pièce chuta brusquement.
L'homme se tourna alors vers Liam, un sourire énigmatique sur ses lèvres.
- C'est arrivé.