Le soleil déclinait lentement derrière les toits parisiens, laissant dans le ciel des teintes de pourpre et d'or. Élise Dupont, la tête basse, serrait entre ses mains une enveloppe froissée. Ses pas résonnaient faiblement sur les pavés humides tandis qu'elle se dirigeait machinalement vers son petit appartement du cinquième arrondissement. Cette enveloppe contenait la confirmation de ce qu'elle redoutait le plus : un avis d'expulsion. Elle avait jusqu'à la fin du mois pour régler ses arriérés de loyer, sans quoi elle serait forcée de quitter les lieux.
Une boule d'angoisse lui nouait la gorge. Comment en était-elle arrivée là ? Elle travaillait pourtant dur comme secrétaire dans une grande entreprise, mais son salaire ne suffisait pas à couvrir les dettes héritées de son père. Entre les factures, les prêts qu'il avait contractés avant de mourir et les frais imprévus, elle n'avait plus de marge de manœuvre.
Une fine bruine commença à tomber, alourdissant l'air déjà chargé. Élise pressa le pas, cherchant à éviter les gouttes, mais son chemin la mena devant la vitrine étincelante d'un café chic où des clients en costumes discutant avec animation. Elle détourna le regard, se sentant à mille lieues de ce monde. Pourtant, c'est là que sa vie allait basculer.
À l'instant où elle tourna au coin de la rue, elle heurta violemment un homme qui sortait d'une voiture noire élégante. Sous l'impact, son sac tomba au sol, dispersant papiers et objets personnels.
- Faites attention, bon sang ! lança une voix grave et autoritaire.
Élise se redressa précipitamment, les joues brûlantes de honte. L'homme qu'elle avait bousculé portait un costume sur mesure, impeccable, qui respirait la richesse. Ses cheveux sombres, parfaitement coiffés, et ses traits anguleux lui donnaient une allure intimidante.
- Je suis désolée, vraiment désolée, balbutia-t-elle en ramassant ses affaires à la hâte.
Il fronça les sourcils, jetant un regard froid vers les documents qu'elle serrait contre elle.
- Ce n'est rien, fit-il d'un ton détaché avant de tourner les talons.
Mais quelque chose dans les yeux d'Élise le fit hésiter. C'était une expression qu'il connaissait bien : un mélange de désespoir et de fierté blessée. Intrigué malgré lui, il s'arrêta.
- Vous allez bien ? demanda-t-il, sa voix adoucissant légèrement.
Élise releva la tête, croisant son regard intense. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge.
- Oui, oui, ça va, répondit-elle finalement, essayant de masquer ses émotions. Je suis juste... pressée.
Elle ramassa son sac et s'éloigna rapidement, espérant mettre fin à cet échange étrange. Mais Julien Moreau, car tel était son nom, ne la lâcha pas des yeux.
Quelques jours plus tard, Élise était assise à son bureau, tentant de se concentrer sur son travail malgré l'avalanche de pensées qui l'assaillait. Elle savait que sa situation devenait critique, mais elle ne voyait aucune issue.
- Mademoiselle Dupont ?
La voix de son supérieur la fit sursauter.
- Oui ?
- Monsieur Moreau souhaite vous voir dans son bureau. Tout de suite.
Elle sentit son cœur rater un battement. Julien Moreau ? Le directeur général de l'entreprise ? Que pouvait-il bien lui vouloir ? Elle n'avait jamais eu affaire à lui directement, sauf... ce jour-là, dans la rue.
Elle se leva, l'estomac noué, et traversa les couloirs jusqu'à la porte massive de son bureau. Après avoir frappé timidement, elle entra.
Julien était assis derrière un bureau en verre, entouré de murs ornés de tableaux modernes. Il leva les yeux de son écran et l'observa un instant en silence.
- Asseyez-vous, mademoiselle Dupont, dit-il enfin.
Elle obéit, les mains tremblantes.
- Vous devez vous demander pourquoi je vous ai fait venir.
- Oui, monsieur, répondit-elle, tentant de masquer son inquiétude.
Il posa son stylo et croisa les mains devant lui.
- Ce n'est pas souvent que je m'intéresse à mes employés à titre personnel, mais... disons que votre situation m'a intrigué.
- Ma... situation ? répéta-t-elle, perplexe.
- Vous êtes endettée, n'est-ce pas ?
Élise sentit le rouge lui monter aux joues. Comment pouvait-il savoir cela ? Était-ce écrit sur son front ?
- Je ne vois pas en quoi cela vous concerne, répondit-elle avec une pointe de défi dans la voix.
Julien esquissa un sourire, presque amusé par sa réaction.
- Vous avez raison. Mais j'ai une proposition à vous faire, une proposition qui pourrait résoudre vos problèmes financiers.
Élise le regarda, incrédule.
- Une proposition ? répéta-t-elle lentement.
- Oui. Je vais être direct : j'ai besoin d'une fiancée.
Le silence qui suivit fut si lourd qu'Élise crut entendre le battement de son propre cœur.
- Pardon ? finit-elle par dire.
- Une fiancée. Mais pas une vraie, précisa-t-il. Disons... une fiancée de contrat.
Élise éclata de rire, un rire nerveux et incrédule.
- C'est une blague, c'est ça ?
- Pas du tout. Écoutez-moi avant de juger.
Il se leva et fit quelques pas autour de son bureau, les mains croisées dans le dos.
- Ma position me force à maintenir une certaine image. Récemment, des rumeurs ont circulé sur ma vie privée, et cela pourrait nuire à un partenariat stratégique que je suis en train de négocier.
Il s'arrêta et planta son regard dans le sien.
- Vous êtes discrète, honnête, et... disons-le, vous n'êtes pas du genre à chercher les projecteurs. C'est exactement ce qu'il me faut.
Élise secoua la tête, abasourdie.
- Attendez une minute. Vous voulez que je prétende être votre fiancée pour... sauver un contrat ?
- En échange, je réglerai toutes vos dettes, dit-il calmement.
Ces mots résonnèrent dans la tête d'Élise comme un écho.
- Et que se passe-t-il après ? demanda-t-elle, méfiante.
- Après ? Nous mettrons fin au contrat. Vous pourrez reprendre votre vie, libre de vos dettes.
Elle fixa Julien, essayant de lire au-delà de son expression impassible. Cela ressemblait à un piège, mais en même temps, c'était une chance inespérée.
- Je ne sais pas, murmura-t-elle.
- Prenez le temps de réfléchir, dit-il en retournant à son bureau. Mais ne tardez pas. Le temps presse, mademoiselle Dupont.
Elle quitta le bureau, le cœur lourd, tiraillée entre la peur de l'inconnu et l'espoir d'une issue à ses problèmes. Derrière elle, Julien la regarda partir avec une lueur indéchiffrable dans les yeuxÉlise passa la nuit à tourner en rond dans son petit appartement, incapable de trouver le sommeil. Les mots de Julien résonnaient dans son esprit comme une mélodie obsédante. "Je réglerai toutes vos dettes." C'était à la fois une promesse et une corde invisible qui se refermait autour de son cou.
Elle s'assit sur son canapé, fixant le plafond. L'idée lui semblait absurde, irréelle. Jouer la fiancée d'un homme comme Julien Moreau ? Rien dans sa vie ne l'avait préparée à un tel rôle. Pourtant, les factures entassées sur la table basse lui rappelaient brutalement la dure réalité. Si elle refusait cette offre, elle finirait à la rue.
Le lendemain matin, après une nuit blanche, elle retourna au travail avec des cernes marquant son visage. Elle évita soigneusement de croiser le regard de ses collègues, tous trop occupés à leurs tâches pour remarquer son état. Mais elle savait qu'elle ne pouvait pas repousser l'inévitable. À midi, elle prit une profonde inspiration et monta jusqu'au bureau de Julien.
Elle frappa timidement à la porte, le cœur battant.
- Entrez, répondit la voix grave et assurée de Julien.
Lorsqu'elle entra, il releva à peine les yeux de son ordinateur, continuant à taper sur son clavier.
- Mademoiselle Dupont, dit-il finalement, en refermant son ordinateur. Vous avez réfléchi ?
Elle serra les poings, essayant de calmer le tremblement de ses mains.
- Oui.
Il arqua un sourcil, attendant la suite.
- J'accepte votre proposition, finit-elle par dire.
Un léger sourire effleura ses lèvres, mais il s'effaça presque immédiatement, remplacé par son habituelle expression neutre.
- Très bien. Prenez un siège.
Élise s'assit, le dos raide, tandis qu'il ouvrait un dossier posé sur son bureau.
- Nous devons établir quelques règles, dit-il d'un ton professionnel. Ce contrat durera six mois, pas un jour de plus. Pendant cette période, vous devrez m'accompagner à des événements professionnels, des dîners d'affaires et tout autre engagement social nécessitant votre présence.
Il marqua une pause, cherchant visiblement ses mots.
- Votre rôle est simple : convaincre les autres que nous sommes fiancés. Mais cela implique certaines... obligations.
- Quelles obligations ? demanda-t-elle, méfiante.
- De l'intimité en public. Rien d'excessif, rassurez-vous. Un contact physique occasionnel, peut-être un baiser devant des journalistes, ce genre de choses.
Élise sentit le rouge lui monter aux joues à cette idée, mais elle hocha la tête.
- D'accord.
- En contrepartie, je m'engage à régler toutes vos dettes dès que vous aurez signé le contrat.
Il lui tendit une feuille imprimée.
- Prenez le temps de lire ceci. C'est un accord de confidentialité. Vous ne pouvez pas parler de cet arrangement à qui que ce soit.
Élise parcourut rapidement les lignes, son esprit encore engourdi par l'ampleur de la situation.
- Et si quelqu'un découvre que c'est un faux ?
Julien haussa les épaules.
- Cela n'arrivera pas. Je suis très méticuleux.
Il se leva et alla se servir un verre d'eau, avant de revenir vers elle.
- Vous devez comprendre une chose, mademoiselle Dupont. Ce monde n'a rien de doux. Les affaires sont une guerre permanente. Chaque sourire cache une intention, chaque main tendue peut devenir un poing. Si vous choisissez de m'accompagner, vous entrerez dans un univers où tout le monde est prêt à tout pour avoir ce qu'il veut.
- Vous pensez que je ne suis pas capable de faire face ? demanda-t-elle, piquée par son ton condescendant.
- Je pense que vous ne savez pas encore dans quoi vous vous engagez, répondit-il calmement. Mais si vous suivez mes instructions, tout ira bien.
Élise se renfrogna, mais elle savait qu'il avait raison. Elle n'était pas du tout préparée pour ce genre de vie. Mais en même temps, elle n'avait pas le choix.
- Très bien, dit-elle en signant le document d'une main tremblante.
Julien prit la feuille et la rangea dans son dossier.
- Parfait. Nous commençons dès ce soir.
- Ce soir ? s'exclama-t-elle, surprise.
- Oui. Il y a un dîner avec un investisseur important. Vous devez être à mes côtés.
Élise sentit un frisson d'angoisse parcourir son échine. Elle n'avait rien à se mettre pour un événement aussi formel.
- Je n'ai pas...
- Tout a déjà été réglé, coupa-t-il. Ma styliste viendra vous chercher dans une heure. Soyez prête.
Elle n'eut pas le temps de protester. Une heure plus tard, une femme élégante en tailleur noir l'attendait devant l'immeuble. Élise se laissa guider, presque en état de choc, jusqu'à une boutique de haute couture où elle fut habillée, coiffée et maquillée en un temps record.
Lorsqu'elle se regarda dans le miroir, elle eut du mal à se reconnaître. Sa robe de soirée était sobre mais incroyablement raffinée, d'un bleu nuit qui mettait en valeur ses yeux. Ses cheveux, relevés en un chignon élégant, dégageaient son visage.
- Vous êtes parfaite, déclara la styliste avec un sourire satisfait.
Élise n'était pas aussi convaincue, mais elle n'eut pas le temps de protester. Une voiture l'attendait pour l'emmener au lieu du dîner.
Julien l'accueillit à l'entrée du restaurant avec un sourire poli. Il portait un smoking noir, et son allure impeccable lui donnait l'air d'un prince.
- Vous êtes magnifique, dit-il simplement.
- Merci, répondit-elle, mal à l'aise.
Ils entrèrent ensemble, bras dessus bras dessous. Élise sentit immédiatement le poids des regards se poser sur eux. Les invités, tous vêtus de tenues somptueuses, murmuraient entre eux en les observant.
Julien ne semblait pas affecté. Il avançait avec assurance, saluant les uns et les autres d'un hochement de tête.
- Souriyez, murmura-t-il à Élise.
Elle s'exécuta, bien que son sourire soit un peu crispé.
- Julien ! s'exclama un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu d'un costume gris. Voilà donc votre fameuse fiancée.
- Philippe, je te présente Élise, répondit Julien avec aisance. Élise, voici Philippe Armand, un de mes principaux partenaires.
Élise tendit une main tremblante.
- Enchantée.
Philippe lui lança un sourire chaleureux, mais elle sentit une pointe de curiosité dans son regard.
- Julien ne parle jamais de sa vie privée. Vous devez être quelqu'un de très spécial pour qu'il vous présente.
- Oh, euh... c'est très gentil, répondit-elle maladroitement.
Julien posa une main légère sur son dos, un geste qui se voulait rassurant.
- Élise préfère rester discrète, dit-il avec un sourire. C'est l'une des nombreuses raisons pour lesquelles je l'adore.
Elle sentit son cœur rater un battement. Ses mots sonnaient tellement naturels qu'elle en oublia presque qu'il jouait un rôle.
La soirée se poursuivit dans une ambiance feutrée, mais Élise eut du mal à se détendre. Les conversations étaient pleines de sous-entendus et de compétitions voilées. Chaque sourire semblait cacher une lame, chaque compliment était un piège potentiel.
Julien, cependant, naviguait dans cet environnement avec une aisance déconcertante. Il manipulait les discussions comme un maestro dirigeant un orchestre, chaque mot soigneusement choisi pour atteindre un objectif précis.
Quand ils quittèrent enfin le restaurant, Élise se sentit vidée, comme si elle avait couru un marathon.
- Vous vous en êtes bien sortie, dit Julien lorsqu'ils montèrent dans la voiture.
- C'est ce que vous pensez, répondit-elle en soupirant.
Il la regarda, un sourire amusé aux lèvres.
- Vous apprendrez.
Elle détourna le regard, observant les lumières de la ville défiler. Un poids pesait sur sa poitrine. Elle avait accepté cet arrangement pour des raisons pratiques, mais elle réalisait maintenant à quel point ce monde était étranger et dangereux pour elle.
Julien, assis à ses côtés, semblait parfaitement à l'aise, comme si tout cela n'était qu'un jeu. Mais Élise savait que pour elle, c'était bien plus que ça. C'était un saut dans l'inconnu, et elle ignorait encore où il la mènerait. Élise fixa la clé dorée posée dans le creux de sa main, son cœur battant un peu trop vite. La veille, après le dîner avec Julien et ses partenaires, il lui avait remis cette clé sans plus d'explications, ajoutant simplement :
- Vous emménagez demain.
Elle avait hoché la tête, trop épuisée pour protester, mais ce matin-là, en se tenant devant les imposantes grilles de la résidence Moreau, un mélange de crainte et de fascination s'emparait d'elle. La demeure était un chef-d'œuvre d'architecture moderne, avec ses lignes épurées, ses baies vitrées gigantesques et un jardin si impeccablement entretenu qu'il semblait presque irréel.
Un majordome en costume sombre l'accueillit avec un sourire professionnel et lui prit ses bagages – une valise usée et un vieux sac à dos. Élise se sentit immédiatement déplacée.
- Monsieur Moreau vous attend à l'intérieur, mademoiselle, annonça-t-il d'une voix polie.
Elle hocha la tête, nerveuse, et suivit l'homme à travers le hall d'entrée. Le marbre brillant sous ses pieds reflétait chaque pas qu'elle faisait, et les œuvres d'art modernes accrochées aux murs donnaient à l'espace une allure de galerie.
Julien apparut en haut de l'escalier central, impeccablement vêtu comme toujours. Il descendit avec une assurance naturelle, ses pas résonnant dans le silence.
- Bienvenue, dit-il simplement en la rejoignant.
- C'est... immense, murmura Élise, le regard perdu sur les hauteurs du plafond et les immenses fenêtres offrant une vue imprenable sur la ville.
- Vous vous y habituerez, répondit-il avec un sourire en coin.
Elle doutait sincèrement de pouvoir un jour se sentir à l'aise dans un lieu pareil, mais elle garda ses pensées pour elle.
- Suivez-moi, je vais vous montrer votre chambre, dit-il en prenant la direction d'un long couloir.
Élise le suivit en silence, passant devant plusieurs portes closes avant qu'il ne s'arrête devant une d'entre elles. Il ouvrit la porte sur une chambre somptueuse, décorée dans des tons neutres et apaisants. Un immense lit à baldaquin trônait au centre, accompagné de meubles élégants et d'un balcon donnant sur le jardin.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le savoir au personnel, ajouta-t-il en la regardant.
- Merci... c'est vraiment trop, répondit-elle, un peu mal à l'aise.
- Ce n'est pas un cadeau, Élise. C'est un arrangement, répliqua-t-il, son ton plus tranchant. Vous êtes censée être ma fiancée, rappelez-vous. Vous devez paraître à votre place ici.
Elle baissa les yeux, piquée par sa remarque.
- J'ai compris.
Il la regarda un instant, comme s'il cherchait à deviner ce qui se passait dans sa tête, puis hocha la tête et quitta la pièce.
Elle laissa échapper un long soupir une fois seule. Ce nouveau monde dans lequel elle venait d'entrer semblait écrasant. Tout était trop grand, trop brillant, trop parfait. Elle s'assit sur le bord du lit, se demandant une fois de plus si elle avait fait le bon choix.
Quelques heures plus tard, alors qu'elle explorait timidement la maison, Élise entendit des éclats de voix provenant du salon.
- Julien, tu ne peux pas être sérieux !
La voix était féminine, haute et pleine de mépris. Curieuse malgré elle, Élise s'approcha discrètement. À travers la porte entrebâillée, elle aperçut une femme élégante, vêtue d'une robe moulante, se tenant face à Julien. Ses cheveux blonds parfaitement coiffés et son maquillage impeccable trahissaient une beauté froide et calculée.
- Margaux, je n'ai pas de compte à te rendre, répliqua Julien, visiblement agacé.
- Oh, mais si, tu en as ! Cette... fille ? Elle sort d'où ? Tu crois que tu peux me remplacer par... ça ?
Margaux lança un regard dédaigneux vers la porte, et Élise se figea, comprenant qu'elle faisait référence à elle.
- Élise est ma fiancée, répondit Julien avec une fermeté qui ne laissait aucune place au doute. Et tu n'as pas à t'en mêler.
- Fiancée ? Ne me fais pas rire, Julien. Tout le monde sait que tu ne crois pas au mariage. Qu'est-ce que tu mijotes cette fois ?
Julien se rapprocha d'elle, la dominant de toute sa stature.
- Margaux, je te conseille de partir avant que je perde patience.
La blonde le dévisagea, furieuse, mais finit par tourner les talons avec un claquement de talons aiguille. Sur son chemin, elle croisa Élise, qui n'eut pas le temps de se cacher.
- Alors c'est toi, la grande fiancée ? lâcha Margaux avec un sourire moqueur.
Élise se contenta de la regarder, trop surprise pour répondre.
- Bonne chance, murmura Margaux d'un ton sarcastique avant de s'éloigner.
Quand elle disparut enfin, Élise sentit ses épaules se relâcher. Mais son soulagement fut de courte durée, car Julien apparut à son tour, visiblement contrarié.
- Je suis désolé que tu aies entendu ça, dit-il en croisant les bras.
- Qui est-elle ? demanda Élise, sans pouvoir cacher sa curiosité.
- Une erreur du passé, répondit-il sèchement. Ne t'inquiète pas pour elle. Elle ne reviendra pas.
Élise hocha la tête, bien qu'elle doute que Margaux se retire aussi facilement.
Le soir venu, Élise se prépara pour sa première soirée officielle dans son nouveau rôle. La styliste était revenue pour l'aider à se transformer, lui apportant une robe noire sobre mais élégante, ainsi qu'un maquillage subtil qui accentuait sa beauté naturelle.
- Vous êtes parfaite, déclara la styliste avec un sourire satisfait.
Mais Élise ne se sentait pas parfaite. Elle se sentait comme une imposture.
Quand elle descendit les escaliers, Julien l'attendait, impeccable comme toujours. Lorsqu'il la vit, son regard s'adoucit légèrement.
- Vous êtes ravissante, dit-il, un compliment qui sonnait presque sincère.
- Merci, murmura-t-elle, mal à l'aise.
Il lui tendit le bras, et elle le prit timidement. Ensemble, ils quittèrent la maison pour se rendre à l'événement.
La soirée se déroulait dans un hôtel luxueux, où des hommes en costumes et des femmes en robes de créateurs se mêlaient dans un décor opulent. Élise se sentit immédiatement submergée par l'atmosphère, mais Julien, à ses côtés, la guida avec une assurance tranquille.
- Souriyez, murmura-t-il à son oreille alors qu'ils entraient dans la salle principale.
Elle obéit, bien qu'elle sente son sourire trembler.
- Julien ! Voilà donc ta fameuse fiancée !
Un homme d'âge moyen, au regard calculateur, s'approcha d'eux avec un large sourire. Julien lui serra la main avant de poser une main légère sur le dos d'Élise.
- Voici Élise, dit-il d'un ton chaleureux. Élise, je te présente Charles Dupin, un de mes partenaires.
- Enchantée, dit-elle, essayant de masquer son anxiété.
- Julien a beaucoup de chance, répondit Charles avec un sourire charmant.
Pendant toute la soirée, Élise joua son rôle du mieux qu'elle put. Elle souriait, riait à des plaisanteries qu'elle ne comprenait pas toujours et serrait des mains avec une grâce qu'elle ne se savait pas capable d'avoir. Julien, toujours à ses côtés, lui murmurait de temps en temps des conseils ou des remarques rassurantes.
Mais même avec lui à ses côtés, elle ne pouvait s'empêcher de sentir les regards scrutateurs des autres invités. Certains souriaient, d'autres semblaient méfiants, comme s'ils devinaient que quelque chose n'allait pas.
Lorsque la soirée toucha enfin à sa fin, Élise se laissa tomber sur le siège de la voiture avec un soupir de soulagement.
- Tu t'en es bien sortie, dit Julien en la regardant.
- C'est ce que tu dis à chaque fois, répondit-elle avec un faible sourire.
- Parce que c'est vrai, répliqua-t-il.
Elle détourna les yeux, observant les lumières de la ville défiler à travers la fenêtre. Elle avait survécu à cette première soirée, mais elle savait que ce n'était que le début. Chaque jour dans ce monde semblait être un test, et elle ignorait combien de temps elle tiendrait avant de craquer. La soirée battait son plein dans le grand salon de l'hôtel particulier où se réunissaient les figures les plus influentes du cercle d'affaires de Julien. Élise avançait lentement parmi la foule, un verre de champagne à la main, ses pas mesurés mais hésitants. Chaque visage qu'elle croisait semblait plus intimidant que le précédent. Tout ici respirait la puissance, l'opulence, et une sorte de perfection glacée à laquelle elle savait qu'elle ne pouvait appartenir.
Julien était à quelques mètres d'elle, entouré d'hommes et de femmes qui semblaient accrochés à ses moindres paroles. Il parlait avec cette assurance imperturbable qui le caractérisait, son sourire poli et son ton calculé lui permettant de dominer sans effort chaque échange. Élise, elle, restait en retrait, essayant de ne pas attirer l'attention.
- Eh bien, si ce n'est pas la mystérieuse fiancée de Julien Moreau.
Élise se retourna, son cœur se serrant lorsqu'elle croisa le regard de Margaux. La femme s'avançait avec un sourire narquois, une coupe de champagne à la main. Sa robe rouge, moulante et provocante, semblait être un message clair : elle était là pour dominer, pour briller.
- Margaux, murmura Élise, tentant de cacher son malaise.
- Pas besoin de faire semblant, ma chère, lança Margaux avec un éclat de rire cristallin. Je sais exactement qui tu es... ou plutôt ce que tu n'es pas.
Élise sentit son estomac se nouer.
- Je ne sais pas de quoi vous parlez.
- Oh, voyons. Julien ne s'engagerait jamais sérieusement avec quelqu'un comme toi. Une petite secrétaire sans importance, une femme invisible. Ça crève les yeux que tout ça n'est qu'une mascarade.
Élise voulut répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. La voix de Margaux était douce, presque mielleuse, mais ses paroles coupaient comme des rasoirs.
- Tu penses vraiment que tu peux te tenir à ses côtés ? Que tu as ta place ici ? Margaux pencha légèrement la tête, son sourire s'élargissant. Tu n'es qu'une distraction. Rien de plus.
La honte monta en flèche dans la poitrine d'Élise. Les regards furtifs des invités autour d'elles ne faisaient qu'aggraver son malaise. Elle voulait fuir, disparaître, mais ses jambes refusaient de bouger.
- Ça suffit.
La voix de Julien s'éleva soudain, tranchante et froide. Margaux se retourna, visiblement surprise, tandis qu'Élise sentait un mélange de soulagement et d'embarras l'envahir. Julien s'était rapproché, son regard glacial fixé sur Margaux.
- Julien, je ne faisais que discuter avec ta fiancée, répondit Margaux avec un sourire innocent.
- Discuter ? rétorqua-t-il, son ton sec comme un coup de fouet. Je te connais trop bien pour croire ça, Margaux.
Il fit un pas en avant, imposant par sa stature et son aura.
- Écoute-moi bien, continua-t-il, sa voix basse mais vibrante de colère contenue. Élise est sous ma protection. Tu ne te permets pas de la traiter comme tu viens de le faire, est-ce clair ?
Le sourire de Margaux vacilla un instant avant qu'elle ne se ressaisisse.
- Je ne faisais que lui rappeler où est sa place, répondit-elle avec un haussement d'épaules feint.
- Sa place est à mes côtés, trancha Julien. Et toi, Margaux, tu ferais bien de te souvenir que tu n'as plus aucune place ici.
Un silence tendu s'abattit autour d'eux. Margaux semblait hésiter entre répliquer ou s'éclipser, mais finalement, elle opta pour la seconde option. Elle tourna les talons, sa fierté visiblement piquée, et disparut dans la foule.
Élise resta figée, le regard fixé sur Julien. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il intervienne, encore moins avec autant de force et de conviction.
- Ça va ? demanda-t-il doucement en se tournant vers elle.
Elle hocha la tête, bien que sa gorge soit encore nouée.
- Merci, murmura-t-elle.
Julien lui adressa un regard qui semblait plus doux, presque inquiet.
- Ne laisse pas Margaux t'atteindre. Elle est... jalouse et pathétique.
Élise hésita, cherchant ses mots.
- Elle a raison sur une chose, dit-elle finalement. Je ne suis pas à ma place ici.
Julien fronça les sourcils.
- Ne dis pas ça.
- Mais c'est vrai, insista-t-elle, la voix tremblante. Regarde-moi. Je ne sais même pas comment parler à ces gens. Tout ce que je fais, c'est rester dans ton ombre, en espérant que personne ne remarque à quel point je suis...
Elle s'interrompit, incapable de continuer. Julien soupira et posa une main légère sur son bras, un geste qui la surprit par sa douceur.
- Élise, ce monde est cruel, et il est rempli de gens comme Margaux qui veulent te faire croire que tu n'es pas assez bien. Mais tu es là, avec moi, parce que je t'ai choisie. Et je ne fais jamais de choix à la légère.
Elle leva les yeux vers lui, déconcertée par la sincérité dans son regard.
- Pourquoi moi ? demanda-t-elle doucement.
Julien resta silencieux un instant, comme s'il pesait sa réponse.
- Parce que tu es différente, répondit-il finalement. Tu ne joues pas à leurs jeux. Tu es authentique, et c'est exactement ce dont j'ai besoin.
Ses paroles résonnèrent en elle, dissipant une partie du doute qui l'étreignait.
- Viens, dit-il en lui tendant la main. La soirée n'est pas terminée.
Elle hésita une seconde avant de prendre sa main. À ses côtés, elle se sentit un peu plus forte, un peu plus capable d'affronter le reste de la soirée.
Alors qu'ils retournaient parmi les invités, Élise ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à Julien. Il semblait toujours aussi impassible, aussi sûr de lui, mais quelque chose dans son attitude avait changé. Ce n'était plus seulement le magnat impitoyable qu'elle avait rencontré. Elle avait entrevu un homme capable de protéger, de réconforter, et peut-être même de ressentir quelque chose au-delà de la froideur qu'il affichait au monde.
Et pour la première fois depuis qu'elle avait accepté cet arrangement, Élise se surprit à penser qu'elle n'était peut-être pas si seule dans cette maison de verre et d'acier. Julien, malgré son armure glacée, cachait des failles qu'elle ne comprenait pas encore. Mais une chose était certaine : elle était déterminée à les découvrir. Les premières lueurs de l'aube filtraient à travers les immenses baies vitrées de la résidence Moreau, projetant des ombres douces sur les murs impeccablement blancs. Élise, encore enveloppée dans la robe de chambre en soie que le personnel avait laissé à son intention, était assise dans un coin du salon, une tasse de thé chaud entre les mains. Elle regardait distraitement le jardin, perdue dans ses pensées.
La soirée précédente l'avait laissée vidée. L'humiliation subie face à Margaux, suivie de l'intervention inattendue de Julien, tournaient en boucle dans son esprit. Elle avait encore du mal à comprendre pourquoi il l'avait défendue avec autant de ferveur. Était-ce seulement pour maintenir les apparences ?
Le bruit feutré de pas derrière elle la fit sursauter. Julien entra dans la pièce, déjà habillé dans son costume impeccable, une tasse de café noir à la main.
- Vous êtes matinale, remarqua-t-il en s'approchant.
- Je n'ai pas bien dormi, répondit-elle en évitant son regard.
Il hocha la tête, sans insister, et s'assit dans un fauteuil face à elle.
- Margaux ne vous dérangera plus, dit-il après un silence.
- Vous en êtes sûr ? rétorqua-t-elle avec une pointe d'ironie.
Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de Julien, mais il s'évanouit aussi vite qu'il était apparu.
- Margaux est une opportuniste. Elle attaque là où elle sent une faiblesse.
Élise sentit une vague de colère monter en elle.
- Alors c'est ça que je suis pour vous ? Une faiblesse ?
Julien la fixa, visiblement surpris par sa réponse.
- Non, répondit-il finalement, son ton plus doux. Mais ce monde, Élise... Ce n'est pas un endroit pour les âmes sensibles.
Elle serra sa tasse un peu plus fort, cherchant à contenir les émotions qui menaçaient de la submerger.
- Pourquoi moi, Julien ? Pourquoi m'avoir impliquée dans tout ça ?
Il resta silencieux un instant, son regard fixé sur le liquide sombre dans sa tasse.
- Parce que j'avais besoin de quelqu'un en qui je pouvais avoir confiance, finit-il par dire.
Elle fronça les sourcils, confuse.
- Comment pouvez-vous dire que vous avez confiance en moi ? Vous ne me connaissez même pas.
Il releva les yeux vers elle, et pour la première fois, elle crut percevoir une lueur d'honnêteté brute dans son regard.
- Justement. Vous n'avez pas encore été corrompue par tout ça.
Le silence qui suivit était lourd, chargé de sous-entendus qu'elle ne savait pas encore interpréter.
- Il y a autre chose que vous devez savoir, reprit-il, brisant le calme.
Élise releva la tête, intriguée.
- Damien Lefèvre. Vous avez entendu ce nom ?
Elle secoua la tête.
- C'est mon plus grand rival, poursuivit-il. Il cherche depuis des années à me détruire, à me discréditer. Il est derrière chaque rumeur, chaque tentative de sabotage contre moi et mon entreprise.
- Pourquoi ? demanda Élise, surprise par la tension dans sa voix.
- Parce que je suis là où il veut être, répondit Julien avec un sourire amer. Et parce qu'il croit que tout lui est dû.
Élise sentit un frisson parcourir son échine.
- Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?
- Damien est malin, continua Julien. Il cherche des failles, des moyens de me nuire. Vous, Élise, vous êtes désormais une cible. Si vous faites un faux pas, si vous donnez la moindre raison de douter de notre relation, il s'en servira contre moi.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il leva une main pour l'interrompre.
- Je ne vous demande pas d'être parfaite. Mais tant que ce contrat est en vigueur, vous devez être irréprochable.
Les mots résonnèrent dans la pièce comme une sentence. Élise sentit le poids de cette responsabilité s'abattre sur elle, la laissant à bout de souffle.
- Et si je fais une erreur ? demanda-t-elle d'une voix faible.
- Alors, nous tomberons tous les deux, répondit-il sans détour.
Elle serra les poings, un mélange de colère et de peur grondant en elle. Elle n'avait jamais voulu être mêlée à des jeux de pouvoir. Tout ce qu'elle avait voulu, c'était échapper à ses dettes et retrouver un semblant de stabilité.
Julien se leva, posant sa tasse sur une table basse.
- J'ai une réunion importante aujourd'hui. Je serai de retour ce soir.
Elle hocha la tête, incapable de répondre.
- Élise, ajouta-t-il en se tournant vers elle. Vous êtes plus forte que vous ne le pensez.
Puis il quitta la pièce, la laissant seule avec ses pensées et ce poids écrasant qu'il venait de déposer sur ses épaules.
Plus tard dans la journée, Élise décida de lire en détail le contrat qu'elle avait signé. Jusqu'à présent, elle s'était contentée des grandes lignes que Julien lui avait expliquées, mais elle sentait qu'il était temps de comprendre exactement dans quoi elle s'était engagée.
Installée dans le bureau de Julien, elle parcourut les pages du document, son cœur se serrant à mesure qu'elle découvrait des clauses qu'elle n'avait pas remarquées auparavant. L'une d'elles, en particulier, attira son attention :
« L'épouse de contrat s'engage à adopter une conduite exemplaire en toutes circonstances. Tout comportement inapproprié ou susceptible de porter atteinte à la réputation de Julien Moreau entraînera des conséquences légales et financières. »