Clara posa le pied hors de la voiture noire qui venait de la déposer devant l'hôtel de ville, le cœur battant. Elle inspira profondément, ses yeux scrutant la façade imposante du bâtiment où se tenait le grand banquet. C'était un moment décisif, et bien qu'elle ait vécu des événements mondains tout autour du monde, ce soir avait une saveur toute particulière. Elle n'était plus la femme anonyme, créatrice incognito de sa propre marque. Elle s'apprêtait à faire face à un monde qui, pour la plupart, l'imaginait tout autrement.
Elle réajusta la fine écharpe qui ornait son cou, masquant la nervosité qui se glissait en elle. Elle portait une robe longue, sobre mais élégante, d'un bleu nuit profond, assortie de bijoux discrets mais raffinés. Clara savait qu'elle ne pouvait pas rester cachée longtemps derrière cette simplicité ; elle deviendrait vite le centre d'attention, à son insu, par les simples murmures de la salle. Ce soir, tout le monde scruterait ses moindres gestes, ses expressions, guettant une faille, une preuve de sa supposée « simplicité ».
Les premiers murmures commencèrent dès qu'elle franchit les portes, l'air empli de murmures feutrés et d'échos de conversations suspendues. Certains visages se tournaient déjà vers elle, curieux, intrigués. Des regards examinateurs suivaient chacun de ses pas, la jaugeant d'un œil impitoyable. Les sourires échangés se transformaient rapidement en messes basses, et bien qu'elle ne puisse entendre les mots exacts, elle devinait le contenu des conversations.
- « C'est elle ? » chuchota une voix féminine, en jetant un regard perçant dans sa direction.
- « On dirait bien, oui... Tu sais, elle vient d'un village du sud, paraît-il. Rien de très... sophistiqué, si tu veux mon avis. »
- « Ah, j'imagine qu'elle doit être bien impressionnée ici. Pauvre petite ! »
Clara resta impassible, bien qu'un léger sourire se dessinait au coin de ses lèvres. Elle avait appris à ne pas réagir, à ignorer ces remarques qui glissaient sur elle comme la pluie sur le bitume. Mais quelque part, elle ressentait une pointe de frustration. Elle aurait aimé que ses compétences, ses réalisations, parlent d'elles-mêmes. Mais non, ici, elle n'était que « la fiancée de M. Darcy », cette inconnue de la campagne qu'on regardait de haut, comme une sorte de curiosité.
À l'autre bout de la salle, M. Darcy observait la scène avec calme, son visage impassible et ses yeux acérés capturant chaque détail. Sa stature imposante et son air aristocratique faisaient de lui une figure incontournable de la soirée. Rien ne semblait l'échapper, et il suivait les réactions des invités avec une neutralité énigmatique. Quand Clara entra, son regard se posa brièvement sur elle, mais il ne bougea pas, préférant garder une distance calculée, comme s'il attendait de voir comment elle se comporterait face à cette tempête de regards indiscrets.
Un homme approcha Clara, un sourire aimable aux lèvres mais le regard perçant. Il était grand, élégant, mais ses manières trahissaient un certain air condescendant. Clara devina qu'il était là pour tester ses réactions, voir si elle répondrait à ses provocations.
- « Mademoiselle Clara, je présume ? Vous nous honorez de votre présence ce soir. Il paraît que vous êtes... hum, une femme de la campagne ? » demanda-t-il d'un ton faussement intéressé, ses yeux fixés sur elle avec une lueur de malice.
Clara soutint son regard sans faillir, décidée à ne pas se laisser déstabiliser. Elle esquissa un sourire poli et répondit d'une voix douce, mais assurée :
- « En effet. J'apprécie les paysages simples et la tranquillité de la campagne. Elle m'a bien inspirée, d'ailleurs. »
L'homme sembla pris de court, un éclat de surprise passant dans ses yeux avant qu'il ne se ressaisisse, murmurant un simple « Intéressant... ». Il s'éloigna, sans doute pour rapporter cette réponse aux autres convives, à la recherche d'un quelconque défaut qu'il pourrait exploiter.
Au fil de la soirée, Clara sentit ses épaules se détendre, laissant peu à peu le trac s'effacer sous l'influence des interactions. Elle savait que sa présence ici était autant un défi pour elle-même que pour ceux qui l'entouraient. Des regards, des chuchotements... elle s'était préparée pour ça. Elle sentait sur elle les yeux de M. Darcy, et une part d'elle se demandait ce qu'il pouvait bien penser. Était-il déçu, amusé, ou tout simplement indifférent, comme il paraissait l'être depuis leur rencontre ?
M. Darcy finit par s'approcher, traversant la salle avec cette démarche assurée qui lui était propre, le regard fixé sur elle. Il ne semblait pas pressé, mais la distance entre eux diminuait lentement, chaque pas de sa part attirant l'attention des convives, qui retenaient leur souffle en attendant l'interaction.
- « Clara, » dit-il enfin en arrivant à sa hauteur, sa voix basse et contrôlée.
- « M. Darcy, » répondit-elle en souriant, tentant de masquer le léger frisson qui l'avait parcourue.
Il y eut un silence, et elle sentit le poids de son regard posé sur elle, intense et inébranlable. Il n'y avait ni sourire, ni mépris, juste une curiosité latente, presque imperceptible. Il ne semblait ni agacé par les rumeurs, ni particulièrement ému par sa présence. Et cela la déconcertait quelque peu.
- « Vous avez l'air de bien gérer les... conversations. Certains n'ont pas la discrétion comme talent naturel. »
- « J'ai l'habitude, » répondit-elle, sa voix légère mais teintée d'une pointe d'amertume.
M. Darcy la fixa un instant de plus, puis hocha légèrement la tête, comme pour signaler qu'il avait pris note de cette réponse. Il jeta un coup d'œil autour d'eux, observant les regards curieux tournés vers eux. Il inclina légèrement la tête vers elle et murmura :
- « Ne vous laissez pas affecter par ces murmures. Ici, ils ont l'habitude de juger avant de comprendre. »
Clara le regarda, surprise par le ton presque complice de sa remarque. Il y avait quelque chose dans son attitude qui la touchait, comme s'il lui tendait une main invisible, une forme de soutien dissimulée derrière sa façade froide. Mais avant qu'elle n'ait le temps de répondre, il s'éloigna, la laissant seule face aux regards avides qui n'avaient rien manqué de leur échange.
Les conversations reprirent autour d'elle, mais l'atmosphère avait changé. M. Darcy venait de donner un message subtil, un avertissement silencieux à ceux qui continuaient de la juger. Clara se sentit étrangement soutenue, même si elle savait que son fiancé n'était pas du genre à montrer ouvertement ses sentiments. Elle comprit qu'il laissait entendre qu'elle avait sa place ici, peu importe d'où elle venait.
Plus tard dans la soirée, une femme élégante, aux allures de matriarche, s'approcha d'elle, un sourire faussement aimable aux lèvres. Ses yeux froids la dévisageaient avec une curiosité presque hostile.
- « Alors, vous êtes la fiancée de M. Darcy ? Je ne m'attendais pas à... enfin, disons que vous êtes... surprenante, » lança-t-elle d'un ton doucereux, ses lèvres pincées.
Clara se contenta de lui répondre avec ce même sourire poli, refusant de se laisser perturber.
- « La vie est pleine de surprises, Madame. Peut-être même plus que vous ne le pensez. »
La femme la regarda avec un éclat de surprise, ne s'attendant sans doute pas à cette réponse directe. Elle se détourna finalement, manifestement troublée, laissant Clara en paix, du moins pour l'instant.
En quittant l'hôtel ce soir-là, Clara sentit un mélange d'émotions la submerger : la fatigue, l'exaltation, et une étrange satisfaction d'avoir traversé cette soirée sans faillir. Elle jeta un dernier coup d'œil à la salle illuminée derrière elle, croisant le regard de M. Darcy à travers la vitre, son visage éclairé par les lumières éclatantes du banquet. Ce soir, elle avait compris quelque chose d'essentiel : elle n'avait rien à prouver, ni à eux, ni à lui. Elle resterait elle-même, envers et contre tout.
La salle du banquet était resplendissante, illuminée de lustres imposants et de chandeliers en cristal. Clara pénétra dans l'immense pièce d'un pas léger, presque invisible parmi les invités aux tenues extravagantes et aux rires résonnants. Elle portait une robe en soie d'un blanc cassé, d'une simplicité qui contrastait avec les tenues chargées de bijoux et de broderies des autres convives. Les rares regards qui se posaient sur elle ne s'attardaient guère, comme si elle faisait partie des ombres et des murmures discrets de la soirée.
Cela lui convenait parfaitement ; elle préférait observer, jauger cette foule avant d'attirer sur elle plus d'attention.
Alors qu'elle se dirigeait vers le buffet, elle sentait déjà quelques chuchotements s'élever ici et là, des murmures diffus mais inévitables. On parlait de « la mystérieuse fiancée de M. Darcy », de « la femme de la campagne ». Certains riaient, amusés de voir M. Darcy, cet homme si puissant et influent, associé à une inconnue si « ordinaire ». Clara, qui avait tout entendu la veille, continua de circuler sans se laisser affecter, gardant ce masque d'assurance qui lui était propre. Elle savait que ses actes parleraient plus fort que ces rumeurs, et ce soir, elle allait le prouver.
Alors qu'elle saisissait une coupe de champagne, une femme élégante, vêtue d'une robe richement ornée, s'approcha d'elle avec un sourire pincé.
- « C'est bien vous, la fiancée de M. Darcy, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle, sa voix douce mais son ton presque moqueur. « J'espère que cette ambiance n'est pas trop... intimidante pour vous. »
Clara inclina la tête avec un léger sourire, ne se laissant pas troubler.
- « Pas du tout, » répondit-elle calmement. « Je trouve même cela... rafraîchissant. »
La femme sembla désorientée, ne s'attendant pas à une réponse si assurée. Clara resta stoïque, observant comment la femme la dévisageait, comme si elle cherchait une imperfection, un indice prouvant qu'elle n'appartenait pas à ce monde d'apparences et de prétentions. Après quelques secondes, la femme s'éloigna, visiblement déstabilisée. Clara reprit son verre, le portant à ses lèvres avec une satisfaction discrète. Elle avait réussi à déstabiliser cette femme, et cela lui donnait un petit sentiment de victoire.
Tout en continuant de se déplacer dans la salle, elle remarqua que quelques invités commençaient à s'attarder un peu plus sur elle. Certains échangeaient des regards en remarquant les détails de sa tenue. Sa robe, bien que simple, était parfaitement ajustée, signée d'une main de maître. Elle portait une paire de boucles d'oreilles en perles discrètes, et ses cheveux étaient relevés dans un chignon délicatement travaillé, laissant quelques mèches s'échapper pour encadrer son visage. Les convives les plus attentifs notaient la qualité de la soie, la finesse des détails, l'élégance discrète qui contrastait avec le faste ambiant. Peu à peu, la perception changeait. Des murmures d'admiration remplaçaient les moqueries initiales.
Clara marchait lentement près des grandes fenêtres, admirant la vue nocturne lorsque, soudain, elle aperçut un visage familier. Un homme d'une quarantaine d'années, grand, imposant, dont le regard vif balayait la salle d'un air détendu. Elle le reconnut aussitôt, bien que cela faisait des années qu'ils ne s'étaient pas vus. C'était Vincent Delacroix, un vieil ami de son père, un homme influent et respecté dans le monde des affaires. Ils avaient partagé de nombreux moments quand elle était enfant, et elle se souvenait encore de la chaleur et de la bienveillance de ses paroles. Vincent croisa son regard et, après un instant de surprise, un sourire large et sincère éclaira son visage.
- « Clara ! » s'exclama-t-il en s'approchant d'elle, les bras ouverts.
Les têtes se tournèrent aussitôt vers eux, intriguées par cette interaction inattendue. Certains se demandaient comment une jeune femme apparemment modeste connaissait un homme d'une telle stature. La surprise fit place à l'intérêt, et les murmures commencèrent à enfler dans la salle.
Clara sourit à Vincent, touchée de le revoir après tant d'années.
- « Vincent ! Cela fait si longtemps, » répondit-elle en acceptant son étreinte chaleureuse.
- « Mais enfin, que fais-tu ici, jeune fille ? Et... je suis surpris, je n'avais pas réalisé que tu étais... la fiancée de M. Darcy ! » dit-il en reculant légèrement pour l'observer, un éclat amusé dans le regard.
- « La vie nous réserve parfois de drôles de surprises, n'est-ce pas ? » répondit-elle en riant doucement.
Vincent secoua la tête, souriant toujours, mais elle sentait que son esprit vif analysait déjà la situation. Il connaissait assez Clara pour deviner que, malgré les rumeurs, il y avait en elle plus que ce que les autres semblaient voir. Il posa une main paternelle sur son épaule, la regardant avec cette affection sincère qu'elle avait toujours appréciée.
- « Clara, c'est un plaisir de te revoir, et je suis certain que beaucoup ici seraient impressionnés s'ils savaient tout ce que tu as accompli ces dernières années, » dit-il, un sourire complice aux lèvres.
Clara sentit le rouge lui monter aux joues, gênée par cette allusion. Elle savait ce qu'il voulait dire, mais elle n'était pas prête à révéler tout ce qu'elle avait construit. Pas ce soir, pas de cette manière.
- « Je préfère rester discrète, » murmura-t-elle en baissant légèrement les yeux.
- « C'est bien toi, ça, toujours humble. Mais je te préviens, Clara, ce monde ici, ils sont tous avides de détails, de secrets. Ils chercheront à en savoir plus sur toi, surtout maintenant que je suis venu te saluer si chaleureusement, » ajouta-t-il en riant.
Elle lui sourit, rassurée par son soutien. Vincent avait raison : en s'approchant d'elle ainsi, il venait de jeter une lumière nouvelle sur sa présence ici. Soudain, elle n'était plus la jeune femme simple et discrète qu'on ignorait. Les regards curieux avaient désormais une raison de s'attarder. Des sourcils se haussaient, des murmures de surprise montaient en intensité. On se demandait comment elle pouvait connaître un homme tel que Vincent Delacroix, et surtout, on se demandait qui elle était vraiment.
À quelques mètres de là, M. Darcy, qui n'avait rien manqué de cette scène, observait toujours avec ce calme énigmatique qui lui était propre. Une lueur imperceptible dans ses yeux trahissait un brin de satisfaction. Clara n'était pas une jeune femme ordinaire, il l'avait toujours su. Mais ce soir, il semblait encore plus conscient de l'impact qu'elle pouvait avoir.
Vincent continua de discuter avec elle, partageant des anecdotes de sa vie, des souvenirs d'enfance, et Clara se laissait emporter par la chaleur de cette rencontre. Elle se sentait soutenue, reconnue. Et chaque rire partagé avec Vincent, chaque mot échangé avec cet ancien ami, renforçait sa confiance.
- « Clara, ma chère, tu es devenue une femme remarquable, » déclara finalement Vincent d'une voix plus grave, un éclat de fierté dans les yeux. « J'espère que ceux qui ne te connaissent pas encore ici comprendront bientôt la chance qu'ils ont de te côtoyer. »
Elle lui serra la main, touchée par ses paroles. Elle se sentait enfin légitime, prête à faire face aux défis de cette nouvelle vie, de ce monde qui lui semblait parfois hostile. Son regard croisa celui de M. Darcy, qui observait toujours en silence, un sourire imperceptible aux lèvres. Elle comprit qu'il avait tout entendu, et il semblait amusé, comme s'il s'attendait à cette tournure des événements.
Alors que Vincent s'éloignait pour retrouver d'autres invités, Clara sentit le changement dans l'air. Des regards approbateurs remplacèrent les regards condescendants. On venait de comprendre qu'elle n'était pas simplement « la fiancée de M. Darcy », mais une femme au passé riche et aux liens influents. L'influence de Vincent dans la salle était palpable, et chaque mot qu'il avait échangé avec elle avait suffi à transformer les perceptions.
Une femme en robe dorée s'approcha d'elle, souriante, et se présenta comme l'épouse d'un ambassadeur. Elle lui adressa quelques paroles polies, mais Clara savait que derrière chaque compliment se cachait une curiosité insatiable. On cherchait à comprendre son histoire, son lien avec Vincent, sa place dans ce cercle. Et pour la première fois, elle se sentit prête à jouer ce jeu, à naviguer dans ce monde d'apparences en restant fidèle à elle-même.
La soirée se poursuivit, et Clara ne se sentait plus aussi isolée qu'à son arrivée. Elle comprenait mieux comment s'intégrer dans cet univers, et un nouvel air de confiance émanait d'elle, imprégnant son attitude d'une sérénité retrouvée.
Clara avançait lentement dans la salle, prenant soin de saluer certains invités sans trop attirer l'attention. Mais elle n'avait pas prévu ce qui allait suivre : un visage familier s'approchait d'elle, accompagné d'un sourire éclatant qui ne passait jamais inaperçu, même dans cette foule élitiste. C'était Gabriel Duval, une célébrité reconnue, au charme ravageur et au charisme magnétique. Il était une figure publique incontournable, acteur au succès international et récemment élu « Homme de l'année » par plusieurs magazines.
Ils avaient des amis communs dans le milieu de la mode, mais elle ne l'avait pas vu depuis des années.
- « Clara ! Quelle surprise ! » s'exclama-t-il en lui tendant les bras.
Elle se figea, puis répondit à son étreinte, tout en sentant les regards pesants des invités se poser sur eux. Elle était consciente de l'aura qui entourait Gabriel, et elle savait que cette rencontre impromptue ferait rapidement parler d'elle.
- « Gabriel, cela fait bien longtemps, » murmura-t-elle avec un sourire sincère.
- « Trop longtemps, en effet, » répondit-il en prenant un air faussement accablé. « Et dire que je dois te retrouver dans une soirée mondaine pour enfin avoir la chance de te parler à nouveau. »
Il lui lança un clin d'œil amusé, mais elle perçut une pointe de sincérité dans sa voix. Gabriel n'était pas simplement un acteur adulé, il était aussi un homme dont la sensibilité et l'intelligence transparaissaient dans chacun de ses mots, et c'était probablement ce qui le rendait encore plus irrésistible aux yeux du public.
Quelques murmures commencèrent à s'élever autour d'eux, et elle n'eut pas besoin de tendre l'oreille pour en comprendre le contenu. Plusieurs invités chuchotaient déjà, certains échangeant des regards surpris, d'autres écarquillant les yeux de curiosité. Voir Clara en train de discuter avec une telle célébrité semblait confirmer qu'il y avait bien plus derrière l'apparence sobre et discrète qu'elle avait choisie pour cette soirée.
Gabriel, bien conscient de l'intérêt qu'ils suscitaient, ne se priva pas d'en rajouter, comme s'il jouait délibérément avec les rumeurs naissantes. Il la dévorait des yeux, un sourire en coin, visiblement amusé par la situation.
- « Alors, dis-moi, Clara... depuis quand es-tu devenue la future épouse du mystérieux M. Darcy ? Je dois avouer que je suis jaloux, » plaisanta-t-il en croisant les bras, feignant une moue contrariée.
Clara se mit à rire, un rire sincère et léger qui attira encore plus l'attention des convives. Elle savait que chaque éclat de rire, chaque échange complice avec Gabriel devenait un sujet de discussion, alimentant les suppositions et les rumeurs.
- « La vie a parfois des détours inattendus, » répondit-elle en haussant les épaules. « Mais tu sais, Gabriel, ce n'est pas toujours comme dans les films que tu tournes. »
- « Ah, dommage, j'aurais aimé être le héros de ton histoire, » répondit-il en lui adressant un sourire charmeur.
Au même moment, elle remarqua un photographe qui les observait à travers l'objectif de son appareil. Il se tenait à distance, tentant de capturer leurs expressions et leurs échanges, comme s'il savait qu'il tenait là une scène parfaite. Gabriel, de son côté, ne fit rien pour échapper à l'objectif. Au contraire, il se pencha légèrement vers elle, comme pour rendre la scène encore plus intrigante. Le flash crépita, immortalisant cet instant entre Clara et le célèbre acteur, comme une image volée d'une histoire secrète.
- « Ce photographe a l'air de beaucoup s'intéresser à toi, Clara, » glissa Gabriel en murmurant à son oreille. « Il est probablement en train de se demander si tu n'as pas un autre fiancé célèbre quelque part. »
Elle haussa les sourcils, amusée mais un peu agacée par la situation. Elle avait choisi de rester discrète, et voilà qu'une simple rencontre suffisait à éveiller les imaginations les plus folles. Elle ne doutait pas que les photos feraient rapidement le tour des réseaux sociaux, et qu'elles seraient analysées sous tous les angles par les journalistes avides de nouvelles histoires sensationnelles.
- « C'est vrai, ce n'était pas très subtil, » répondit-elle en soupirant. « Mais j'imagine que je dois m'y habituer, n'est-ce pas ? »
- « Absolument, surtout si tu fréquentes M. Darcy et que tu acceptes d'être vue en public avec des hommes comme moi, » répondit-il en riant.
Clara secoua la tête, amusée. Leur échange prenait une tournure légère, presque insouciante, et elle appréciait cette complicité avec Gabriel, cette facilité avec laquelle ils pouvaient rire de la situation. Mais elle savait aussi que chaque mot, chaque regard capté par les autres invités ajoutait une nouvelle couche de mystère autour de sa personne.
De l'autre côté de la salle, M. Darcy observait la scène avec une expression impénétrable. Il semblait indifférent, comme s'il ne s'intéressait guère à l'agitation autour de sa fiancée et de l'acteur. Mais Clara savait qu'il ne perdait rien des interactions qui se déroulaient sous ses yeux. Son regard était fixe, calculateur, presque absent, et pourtant elle sentait qu'il analysait chaque détail.
Gabriel s'en aperçut lui aussi, et un sourire malicieux apparut sur ses lèvres.
- « Tu sais qu'il t'observe, n'est-ce pas ? » murmura-t-il à Clara en baissant la voix.
Elle hocha la tête, sans se départir de son sourire. Elle n'était pas dupe : M. Darcy n'était pas homme à montrer ses émotions, mais elle savait que quelque part, au fond de lui, il évaluait la situation, cherchant à comprendre qui était cette femme qui pouvait attirer l'attention de Gabriel Duval.
- « Je me demande ce qu'il pense de tout cela, » ajouta Gabriel en croisant les bras, observant lui aussi M. Darcy. « Il a l'air tellement... distant, comme si tout cela ne l'atteignait pas. »
- « C'est exactement son genre, » répondit Clara en souriant. « Il préfère observer en silence, garder ses pensées pour lui. »
Gabriel rit doucement, amusé par la description. Ils continuèrent de discuter, et les regards curieux des invités se faisaient de plus en plus insistants. Certains semblaient même hésiter à s'approcher, comme si la présence de Gabriel ajoutait une aura intouchable autour de Clara, la transformant en une énigme vivante. Elle sentait la tension dans l'air, l'effervescence croissante des spéculations.
Puis, un groupe d'invités passa près d'eux, ralentissant légèrement pour écouter leur conversation. L'une des femmes, audacieuse, se tourna vers Gabriel et demanda avec un sourire faussement innocent :
- « M. Duval, est-ce que vous et mademoiselle... êtes proches ? Je veux dire, il semble y avoir une vraie complicité entre vous. »
Gabriel ne se démonta pas. Avec son sourire charmeur, il répondit d'un ton léger :
- « Disons simplement que Clara est une femme fascinante, et je ne suis pas le seul à le penser. »
Clara sentit le regard de la femme glisser sur elle, comme pour la juger une dernière fois. Elle ne savait pas si l'insinuation de Gabriel avait été faite pour la protéger ou pour attiser encore plus la curiosité, mais elle savait qu'après cette soirée, elle ne passerait plus inaperçue. Les murmures se transformeraient en rumeurs, et sa relation avec Gabriel serait analysée, décortiquée.
Gabriel la regarda en souriant, visiblement satisfait de l'effet de ses paroles. Elle lui lança un regard complice, reconnaissante de cette légère provocation qui l'avait libérée des jugements silencieux des invités.
Mais dans le fond de la salle, M. Darcy resta impassible, le visage inexpressif, un verre à la main. Il n'avait pas bougé, comme s'il s'amusait à les observer de loin, un observateur silencieux qui ne daignait pas intervenir. Cette indifférence affichée ajoutait au mystère qui l'entourait, et Clara ne savait plus si c'était pour la protéger ou pour évaluer ce qui se passait autour d'elle. M. Darcy était un homme énigmatique, imprévisible, et elle savait qu'il ne dévoilerait rien de ses intentions aussi facilement.
Les regards de la salle oscillaient maintenant entre Clara, Gabriel et M. Darcy, comme un triangle de fascination dans cette nuit étincelante. Clara comprit alors qu'elle était au cœur de ce jeu d'apparences, un jeu où chaque regard, chaque mot, chaque sourire prenait une signification nouvelle.
Elle adressa un dernier sourire à Gabriel, consciente que leur discussion avait semé bien des questions. Elle se redressa, prête à affronter cette attention nouvelle avec confiance. Le banquet n'était qu'une étape de plus, et elle se savait prête, même face à la curiosité incessante de ce monde qu'elle avait choisi d'intégrer.