« - L'argent est sur la table du salon. Tu dois partir maintenant ... » Dit la jeune femme en regardant les buildings, un verre de vin blanc à la main. Elle fixa les lumières des bâtiments et l'agitation de la grosse pomme, qui lui rappelait constamment la complexité de la vie qu'elle s'était elle-même choisie. Elle se retourna vers l'homme qui sortait de son lit, complètement nu. Elle le regarda admirative, ne pouvant s'empêcher de se dire que ce garçon avait un corps d'Apollon.
« - Tu sais, Mariella, si tu me le demandais, je ferais une exception à notre contrat et te ferais l'amour sans être payé.
- Allons, allons, mon cher. Tu ne me sers qu'à assouvir certains désirs que je ne maitrise pas seule, mais rien de plus. D'ailleurs, je songe à mettre fin à notre collaboration, car je ne voudrais pas que tu t'attaches...
- Ne t'en fais pas ... Je sais ce que je suis et pourquoi tu me payes. En plus de ça, j'ai déjà une petite amie, lui dit l'homme d'un ton nonchalant.
- Est-ce qu'elle connait ton activité professionnelle ?
- Bien sûr, elle n'est ni jalouse, ni possessive du moment que mon cœur est à elle...
- Ton cœur... sourit-elle d'un coup, je ne pensais pas que tu étais du genre à t'étaler sur les sentiments, mais je ne veux pas en savoir plus, tu dois t'en aller. N'oublie pas, tout ceci est confidentiel.
- Ne t'en fais pas, je suis un amant discret. Je sais ce que je risque. Tu es vraiment étrange tout de même... Tu es la seule femme que j'aie rencontrée qui ne souhaite pas s'attacher et construire une famille. La seule milliardaire qui couche avec des prostitués alors qu'elle aussi belle qu'une déesse.
- Ce que je fais de ma vie ne te regarde pas, je ne veux pas m'attacher...
- Ce fut quand même un plaisir, mademoiselle la PDG. Si nous ne nous revoyons plus, j'ai juste un conseil : ouvre ton cœur avant qu'il ne soit trop tard. Ta froideur ferait fuir n'importe qui ... »
L'homme prit l'argent qu'elle avait posé sur la table en verre et sortit de l'appartement. Le claquement de la porte lui confirma qu'elle était de nouveau, seule face à elle-même. Elle consulta ses mails avant de se remettre au lit et de s'endormir quelques heures pour aller travailler.
Le lendemain matin, elle entra sur son lieu de travail un café à la main et monta dans l'ascenseur. Elle était seule et en profita pour regarder dans le miroir si sa tenue était correcte. Elle portait un tailleur noir avec des hauts talons rouge. Elle était très belle et elle le savait. Elle possédait un charisme naturel qui déstabilisait toujours quiconque croisait son chemin. Ses longs cheveux bruns retombaient sur ses épaules et ses yeux bleu-vert avaient le don de déstabiliser ses interlocuteurs.
Mariella était brillante, sortie major de sa promotion à Harvard à seulement 19 ans, elle avait fait fortune dans les années qui suivirent grâce à son métier d'accompagnante en management. Des centaines de compagnies faisaient appel à ses services dans le monde entier pour qu'elle les aide à l'optimisation de leurs services.
Tout ce qu'elle touche se transformait en or, redressant certaines entreprises au bord de la faillite ou permettant à d'autre de gagner des millions avec les bons contacts ou les bonnes idées. Elle avait d'ailleurs été élue, femme d'affaire la plus influente de l'année.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur l'accès à son bureau et son assistante la fixa déjà les yeux grands écarquillés :
« - Bonjour, Mademoiselle Mills, comment allez-vous ce matin ?
- Bonjour Sacha, tu as l'air perdue ce matin, mauvaise soirée hier ?
- Mariella, je me suis encore disputé avec mon mari. Il est trop dépensier...
- Tu sais que je t'apprécie beaucoup, c'est d'ailleurs pour ça, et pour la confiance que je t'ai donnée, que tu as ce poste, mais tu ne devrais t'accrocher aussi désespérément à lui. Les hommes ne sont qu'une source d'embêtement, qui vous jette à la première occasion.
- Ne sois pas si négative ! Ce n'est pas parce qu'on ne t'a jamais vu avec un homme, qu'ils sont tous mauvais... D'ailleurs, maintenant que nous sommes amies, je peux te poser une question ? »
Mariella stoppa sa marche vers son bureau et se retourna vers la jeune femme, sentant que cette conversation n'allait rien donner de bon :
« - Je t'écoute, dit-elle en soupirant puis en buvant une gorgée de son café noir bien serré.
- Est-ce que tu aimes les femmes ? Ou est-ce que tu es asexuée ? » La présidente manqua de recracher le contenu de la tasse en entendant ces paroles. Elle toussota puis respira un grand coup :
« - Ton imagination m'étonnera toujours ! Que fait-on aujourd'hui ?
- Tu n'as pas répondu à ma question !
- Et je ne répondrais pas à tes questions, corrigea-t-elle. Maintenant fais ce pour quoi je te paye avant que je ne te renvoie.
- Tu as deux rendez-vous avec des nouvelles sociétés ce matin et une conférence à Harvard cet après-midi sur le management et la place des femmes en entreprise.
- J'avais complètement oublié que c'était aujourd'hui... C'est noté. Envoie-moi les premiers arrivés, je sens que cette journée va être longue. »
La jeune femme entra dans son bureau en repensant aux questions que Sacha lui avait posées. Est-ce que le monde s'interrogeait lui aussi sur les orientations sexuelles de la millionnaire ? Elle tapa son nom dans la barre de recherche Google pour s'informer de ce qu'on pensait d'elle et s'aperçut que les déclarations étaient partagées. Beaucoup admirait le côté pragmatique, ordonnée et négociateur de la jeune femme, mais d'autres s'interrogeaient sur ces véritables intentions dans la vie. Les médias se faisaient une joie de spéculé sur sa vie privée comme il n'avait pas d'informations. Elle constata que les rumeurs allaient bon train : on lui donnait des aventures avec des comédiens, des chanteurs ou des sportifs célèbres. Elle ne connaissait même pas la plupart de ces hommes et même si les rumeurs étaient exactes pour un petit nombre d'entre eux, elle s'interrogea réellement quand elle lut les gros titres d'un magazine à scandales :
« La directrice de Mills Industrie est-elle une femme à hommes ? » Elle a parcouru l'article pour comprendre ce qu'ils voulaient dire :
« Mais qui est vraiment cette déesse qui enchaine les aventures, ne laissant paraitre aucun sentiment ? » Elle interrompit sa lecture lorsque ces clients entèrent dans son bureau.
Elle fréquentait un monde d'homme et devait toujours s'imposer pour garder sa place, mais cela l'amusait beaucoup. Elle prenait un malin plaisir à dominer ces adversaires aussi bien en affaires que dans sa vie privée.
« - Entrez messieurs, je vous en prie. J'ai pris connaissance de vos affaires et je pense que j'ai ciblé le problème...
- Ecoutez-moi, mademoiselle Mills. Je n'ai pas l'habitude qu'on me dise ce que je dois faire et je dois avouer que je suis là simplement parce que mon associé a voulu faire appel à vos services...
- Mr Gribs, je vais vous arrêter tout de suite. Vous avez fait appel à moi. C'est vous qui avez besoin de mes services, pas l'inverse, dit-elle d'un ton froid et sec. Si vous n'êtes pas content, vous pouvez vous lever et prendre la porte !
- C'est comme ça que vous traitez vos clients... Pas très professionnelle comme attitude pour une présidente...
- C'est effectivement comme ça que je procède oui. Je ne suis pas arrivé là où j'en suis en me laissant dominer par la gente masculine. Et avant que vous ne me posiez la question, non, je ne suis pas féministe. J'ai le droit au respect et je le fais valoir.
- Calmes-toi Peter, je t'en prie, intervint Alfred, son associé. Nous subissons une crise et mademoiselle Mills est là pour nous aider à remonter la pente...
- Très bien, très bien. Continuez...
- Pas avant que vous ne me présentiez des excuses pour votre attitude hautaine et désinvolte. »
Un silence de plomb s'installa dans le bureau. Mariella fixa l'homme, attendant qu'il s'exécute, mais il ne dit rien. Elle se cala dans son fauteuil, les bras croisés sur sa poitrine et attendit. Elle savait qu'ils avaient besoin d'elle, alors elle n'allait pas se laisser faire.
« - Très bien, je vous prie de m'excuser d'avoir dit ça, mademoiselle.
- Merci, monsieur Gribs. Nous pouvons continuer. Comme je vous le disais. J'ai mis le doigt sur plusieurs problèmes majeurs... » Elle lui énonça un à un les points qui clochaient dans sa façon de diriger l'entreprise et lui proposa de l'aider à remanier les choses pour qu'ils puissent à nouveau faire des bénéfices. Après deux longues heures d'entretien, les hommes sortirent du bureau, voyant enfin une lumière au bout de ce long tunnel qu'est le redressement judiciaire.
Mariella se tourna vers Sacha, l'air perplexe :
« - Il était plutôt coriace celui-là, mais il n'était pas méchant. Je suis sûre que d'ici à quelques mois, j'aurais remis leur société à flots et qu'il me mangera dans la main. Sacha ?
- Oui, patronne ?
- Est-ce que les médias sont aussi intéressés que ça, sur ma vie privée ?
- Pour te dire la vérité, il y a des tas de rumeurs te concernant ! Des paparazzis surveillent tes allées et venues du bureau. Je me suis même fait interroger plusieurs fois. Je pense qu'ils tueraient pour savoir si tu as un petit ami.
- Pourquoi est-ce que la vie privée intéresse tellement le public. Ils ne peuvent pas se contenter de garder en mémoire mon ascension fulgurante dans le monde des affaires ? Se contenter du simple fait que je suis une femme brillante qui a réussi point à la ligne ?
- Le monde est ainsi fait patronne. Les hommes rêvent d'être avec toi et les femmes ont envie d'être toi, c'est aussi simple que ça. »
Mariella lui sourit, envahit par la fierté d'être ainsi admirée. Elle lui indiqua de faire entrer son second rendez-vous qui se déroula sans encombre. Après une matinée bien remplie, elle décida d'aller rejoindre son amie Néva pour déjeuner.
« - N'oublie pas la conférence à Harvard à 16 heures » lui rappela son assistante avant de partir. Elle se dit alors qu'elle prendrait ensuite son jet privé pour aller au campus. Elle hocha la tête et remonta dans l'ascenseur quand elle reçut un coup de téléphone :
« - Allo ? » Dit-elle en décrochant, mais personne ne lui répondit. Seul le souffle de la personne au bout du fil se fit entendre. Mariella grimaça, songeant qu'on devait lui faire une mauvaise blague ou que son interlocuteur avait dû se tromper de numéro. Elle raccrocha sans plus attendre et monta dans sa voiture direction Le Balthazar, un restaurant français en plein cœur de la ville.
Arrivé au restaurant, elle aperçut son amie l'attendant assit à une table. Elle se précipita vers elle et la prend dans ses bras. Néva et elle étaient amies depuis qu'elle avait quinze ans. Elle n'avait pas beaucoup de vrais amis, mais elle savait qu'elle pouvait compter sur elle en toutes circonstances.
« - Ma chérie, lança-t-elle. Ça me fait plaisir de te voir comment vas-tu ?
- Oh, ce petit bout de femme me donne beaucoup de coups de pied, dit Neva en caressant son ventre. Mais ça en vaut la peine ... » Elles commencèrent à savourer les plats qu'on leur présentait :
« - Ça, je veux bien te croire. J'ai hâte de la rencontrer. Rappelle-moi, c'est prévu pour quand ?
- Dans deux semaines normalement. Aaron est aux anges et moi aussi...
- Vous êtes si beaux tous les deux Ça donnerait presque envie de faire pareil !
- Menteuse ! Je te connais maintenant et ce genre de chose un peu fleur bleu te dégoute !
- Non ... Je ne dirai pas ça comme ça ... C'est juste que j'y ai renoncé il y a longtemps ...
- En parlant de ça ... Jeremiah est venu nous rendre visite avant-hier ... » Néva s'interrompit en voyant le regard de son amie s'assombrir.
Jeremiah était l'ex-petit ami de Mariella et il lui avait fait beaucoup de mal. Tellement de mal qu'elle avait jeté son cœur aux ordures après leur relation et qu'elle n'avait jamais refait confiance à personne. Elle chassa ses mauvais souvenirs dans un coin de son esprit et changea de conversation :
« - Je dois donner une conférence aujourd'hui à Harvard... Tu crois que le campus a changé ?
- Mariella ! Combien de temps encore vas-tu éviter le sujet...
- Néva, s'il te plait. Je n'ai vraiment pas envie d'en parler ! Tout ça s'est du passé !
- Alors pourquoi j'ai l'impression que ça te fait encore du mal ?
- Ce n'est pas le cas, je t'assure ! Si tu veux bien m'excuser, je dois aller prendre l'avion maintenant. »
Son amie comprit qu'il était inutile d'insister. Mariella se leva, régla l'addition et mit son manteau. Elle ne voulait pas continuer cette discussion qui ne mènerait nulle part et avait pris le premier prétexte venu pour fuir les fantômes de son passé.
« - D'accord, lui dit Néva. Salue nos anciens professeurs pour moi.
- Je n'y manquerai pas. À bientôt mon amie. » Elle sortit du restaurant, le cœur gros. Elle ne voulait pas sombrer dans les niaiseries et commencer à pleurer. Elle consulta alors ses mails pour se changer les idées.
Plusieurs comptes rendus de réunions envahissaient sa boite de réception, mais parmi les statistiques et les réponses de ses collaborateurs, un mail attira son attention. D'un destinataire inconnu, le mail s'intitulait « Avenir ». Elle cliqua dessus fit surprise de découvrir un montage des photos de son adolescence avec des trous à la place des yeux. Sur les clichés, du sang coulait de son cou et un message était indiqué en gros caractères :
« Tu vas mourir bientôt ! » Hurla la voix. Mariella prit peur et lâcha son téléphone d'un seul coup. Elle posa une main sur sa poitrine et sentit son cœur palpité. Elle avait entendu parle de message pour intimider la concurrence, mais c'était la première fois qu'elle en recevait un et elle était choquée. Elle ramassa son mobile, remonta dans sa voiture et prit la direction de l'aéroport en pensant à qui pourrait être derrière tout ça.
Elle repassa en boucle le message dans sa tête. Comment quelqu'un avait-il pu avoir ses photos ? Elle décida d'appeler ses parents pour en savoir plus.
« - Allo Maman ?
- Oui, ma chérie. Comment vas-tu ?
- Ça pourrait aller mieux à vrai dire. Maman, est-ce que quelqu'un a eu accès à tes albums photos récemment ?
- Je ne crois pas ma fille, mais papa et moi, on a engagé une société qui a scanné et mémorisé toutes nos photos. Tu sais qu'on essaye de passer au numérique. On se met à la page ! » Mariella ne put s'empêcher de sourire en entendant ces mots.
« - Maman, j'ai besoin que tu m'envoies les coordonnées de cette entreprise parce qu'il m'est arrivé quelque chose de bizarre ce midi...
- As-tu eu un problème, mon bébé ?
- Non, maman. Tout va bien. Ne t'inquiète pas ! Envoie-moi simplement les infos. Je t'embrasse. »
Elle raccrocha avant que sa mère ne s'emballe et ne lui demande où elle en était avec sa vie privée. En fixant le hublot, elle constata que l'avion allait atterrir. Un chauffeur l'attendait et la conduisit jusqu'à Harvard. Elle descendit de la voiture et fixa l'énorme bâtiment qui était devant elle. Mariella avait tant de bons souvenirs dans ses murs, des mauvais aussi, mais elle voulait avant tout transmettre son envie de réussir et de se battre à la nouvelle génération d'entrepreneur. Elle avait déjà donné ce genre de cours à plusieurs reprises et savait donc avec exactitude où aller.
Elle entra dans l'amphithéâtre et installa ses affaires, attendant sagement les premiers étudiants
**Douze ans plus tôt...
« - Bienvenue, bienvenue, chers élèves. Je sais que ce premier jour de cours est toujours impressionnant pour les nouveaux, mais veuillez-vous calmer et m'écouter attentivement. .. »
Les étudiants se turent en l'entendant et il commença ses directives pour l'année à venir quand la porte s'ouvrit et laissa apparaitre une jeune fille chétive avec des longs cheveux bruns et des grosses lunettes orange :
« - Pardonnez mon retard, monsieur le professeur. Je me suis perdue dans les couloirs...
- Tiens donc ! Et si vous n'êtes pas capable de vous orienter, comment comptez-vous diriger une entreprise, mademoiselle...
- Mademoiselle Mariella Mills.
- Intéressant... Je n'aurais jamais imaginé qu'un génie dans votre genre soit en retard...
- Vous me connaissez monsieur ?
- Tout le monde a entendu parler de la nouvelle élève qui a obtenu son diplôme à seulement quinze ans avec des notes parfaites dans quasiment toutes les matières. Allez-vous asseoir et que cela ne se reproduise plus, j'ai hâte de vous voir de quoi vous êtes capable ... »
Les autres élèves ne cessaient de la dévisager, se posant des questions sur elle en murmurant. Elle avait l'habitude d'attirer l'attention avec ses notes, mais elle ne s'attendait pas à être au cœur des débats dès les premiers jours. Elle regarda l'amphithéâtre et s'aperçut qu'il restait une place de libre entre un garçon blond et une jeune fille aux cheveux rouge. Elle alla s'asseoir à cette place :
« - Salut, l'intello, lui dit la fille. Moi, c'est Hanna.
- Et moi, c'est Jeremiah, lui dit le jeune homme. Alors comme ça tu es l'élève la plus brillante ? Je sens qu'on va bien s'entendre toi et moi ... »
Les élèves s'installèrent dans le bruit et Mariella ne put s'empêcher de sourire en pensant qu'elle était à leurs places, il n'y a pas si longtemps. Elle adorait cette époque qui lui avait permis de devenir qui elle était même si certains souvenirs la faisaient encore souffrir.
« - Bonjour à tous. Merci d'être venus. Vous êtes de plus en plus nombreux à chaque fois...
- C'est parce que vous êtes géniale ! Hurla un élève au fond de la salle.
- Et parce que vous savez comment devenir riche ! Ajouta une autre fille au premier rang.
- C'est vrai ! Dit la femme d'affaires. Je sais exactement comment gérer au mieux les structures pour mettre en avant leurs points faibles et leur permettre de gagner beaucoup d'argent alors commençons si vous le voulez bien. »
Les voix se turent et tout le monde la fixa. Elle lança le diaporama qu'elle avait soigneusement préparé quand un élève retardataire fit son entrée :
« - Je suis désolé mademoiselle ... » Lança le jeune homme d'un coup. Mariella l'observa attentivement. Il était grand, brun, et très musclé. Il avait un charisme qui devait affoler plus d'une femme et ses longs cheveux lui donnaient un côté surfeur désabusé. Son bouc lui donnait l'air d'être plus vieux et venait contraster l'effet playboy. Ses beaux yeux verts accentuaient sa beauté, mais elle remarqua qu'il avait un air un peu négligé. Vêtu d'un grand tee-shirt blanc et d'un bermuda en jean avec des baskets noires, elle se demandait comment il pouvait paraitre sérieux s'il s'habillait ainsi en entreprise. Elle n'eut pas peur de s'avouer qu'il était à croquer et qu'en d'autres circonstances, elle aurait bien aimé en savoir davantage de lui.
Une vague de frisson la traversa et ses lèvres s'étaient asséchées. Elle était soudain curieuse de savoir qui il était.
« - Jeune homme, peut-on connaitre les raisons de votre retard ? » Le garçon qui s'apprêtait à rejoindre un siège se figea au milieu de l'escalier. Il se retourna vers elle et commença :
« - Je suis désolé, je me suis perdu dans les couloirs...
- Et comment comptez-vous diriger une entreprise si vous n'êtes pas capable de vous orienter ?
- Je n'ai pas besoin de l'orientation pour donner des ordres, madame. Un dirigeant doit prendre des décisions pas donner sa direction aux passants. »
Mariella se senti soudain intimidée par son interlocuteur. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui donne cette réponse et il était assez rare que quelqu'un lui tienne tête. Elle reprit ses esprits et décida de lui donner la leçon qu'il méritait :
« - Je suis entièrement d'accord avec monsieur ?
- Monsieur John Graham.
- Très bien Monsieur Graham, savez-vous ce qui différencie un dirigeant d'un simple subordonné ?
- Il est mieux payé ! Lança-t-il en rigolant.
- Effectivement, mais avant tout, il sait ce qu'est la ponctualité. Il sait faire preuve d'humilité quand il a tort et sait rester à sa place quand on lui fait remarquer ses erreurs. Chers élèves, règle numéro un si vous voulez devenir les meilleurs : ne soyez pas comme lui ! » Elle sourit et John alla s'asseoir comprenant qu'il devait se faire discret. Le cours continua pendant plusieurs dizaines de minutes quand Mariella décida d'aborder un nouveau point :
« - Selon vous, un chef d'entreprise doit-il faire preuve d'empathie ? »
Les élèves se regardèrent quelques instants, ne sachant pas quoi répondre. Mariella s'assit sur le bord de son bureau et croisa ses bras, attendant les réponses des étudiants :
« - Bien sûr, fit l'un d'eux. S'il ne comprend pas ses employés comment peut-il faire fonctionner sa société ?
- C'est évident, il n'y a pas que le côté financier qui compte. On doit faire avec les qualités et les défauts de chacun, ajouta une autre.
- Bien sûr que non ! Si on se laisse diriger par ses sentiments on va droit dans le mur, intervint John, l'étudiant en retard.
- Développez monsieur Graham, lui dit Mariella.
- Si un patron commence à jongler avec les humeurs de chacun, à mon avis, il ne va pas s'en sortir.
- Tu es fou, lui dit une élève. S'il n'écoute pas ses collaborateurs et les envies de ses clients, comment peut-il gagner de l'argent ?
- Dites-nous, miss Mills, qui a raison ? Je suis certain qu'il doit avoir de l'empathie.
- Et non, jeunes gens ! Monsieur Graham, bien que retardataire, est celui qui a raison. Les entreprises n'ont pas vocation à faire du social. Un bon dirigeant ne peut pas se permettre de se laisser guider par ses émotions. Si vous dirigez une société de dix mille personnes, est-ce que vous allez passer votre temps à vous demander si vos salariés vont bien ? Bien sûr que non ! Vous mettez toutes en œuvre pour qu'ils aient l'illusion de se sentir bien et que vous faites attentions à eux avec des cadeaux par-ci, des primes par là, mais c'est vous qui garder le contrôle. Vous ne pouvez pas vous permettre d'avoir l'ensemble du personnel à dos, mais vous ne pouvez pas les laisser vous contrôler. »
Pas un bruit ne se faisait entendre dans la salle de conférence. Mariella prit une gorgée d'eau :
« - Et comment faire avec ces clients quand on n'a pas d'empathie ? Lui dit soudain une élève.
- Il y a deux sortes d'émotions à différencier quand on veut diriger et gagner de l'argent. On doit toujours faire attention à pourquoi on le fait. Vous pouvez soit ressentir les mêmes besoins que des milliers de personnes pour leur apporter ce qu'ils veulent vraiment et ainsi gagner votre vie, soit ressentir ce que les gens veulent et continuer à vous interroger sur comment le leur apporter.
- C'est ce qu'on qualifie d'offre et de demandes ?
- Excellent, monsieur Graham. Vous êtes bien plus malin que vous en avez l'air ! La qualité primordiale pour être un bon chef d'entreprise, selon moi s'est avant tout d'être visionnaire. Vous devez tout faire pour anticiper les besoins, mettre en œuvre vos projets et aller jusqu'au bout pour les réaliser.
- Mais Miss Mills, que faites-vous des sociétés qui reversent des millions de dollars aux œuvres caritatives ? N'est-ce pas faire preuve d'empathie ? Lui dit une élève au fond de la salle.
- Bien sûr que non ! C'est là aussi une stratégie du dirigeant pour se donner bonne conscience et donner l'illusion qu'il améliore le monde. Croyez-moi, une entreprise, bien gérée, donne toujours de l'argent dans un seul but : en gagner davantage. Quand une société reverse des fonds, c'est soit pour payer moins d'impôts, soit pour se faire une bonne publicité et ainsi pousser les clients à acheter chez eux. Une entreprise a toujours pour but de gagner encore et plus d'argent sinon on appelle ça une œuvre de charité ! »
La sonnerie qui signifiait la fin des cours retentit. Les élèves applaudirent leur professeur qui les salua chaleureusement. Mariella adorait transmettre son savoir et ce cours lui avait paru plus divertissant que d'habitude. Les élèves sortirent en silence et la jeune femme aperçut John. Elle décida de l'interpeller pour en savoir plus sur lui.
« - J'ai été vraiment impressionné par votre vision des choses, monsieur Graham.
- Je vous remercie. Votre cours était passionnant. Je dois avouer que je doutais avant de venir ...
- Vous doutiez de mes compétences ou de moi ?
- Pour être franc, de vous, madame. Il faut dire que vous évoluez dans un monde plutôt masculin... Je veux dire que je ne pensais pas que vous maitrisiez les choses aussi facilement...
- Ou voulez-vous en venir ? Vous pensiez que je me laissais diriger par mes émotions ? Que j'étais du genre fleur bleu et que j'étais arrivé là où j'en suis grâce à la promotion canapé ?
- Bien sûr que non ! Pourquoi est-ce que vous êtes toujours comme ça ?
- Comme quoi ?
- Toujours en train d'attaquer votre interlocuteur pour ne pas parler de vous ... »
La jeune femme se figea, comprenant qu'il avait mis le doigt sur sa personnalité. Jamais personne ne l'avait fait taire avec autant de facilité. Il se rapprocha de son bureau et elle fut déstabilisé par sa carrure qui était encore plus imposante que de loin.