Chapitre 1 : une liste qui fait polémique
Après ce court apéro avec lui, je dois le laisser partir. Il est vrai que je vis les choses de la même manière qu'importe les heures à ses côtes, c'est donc ça l'amour ? Hummm
Monsieur doit dîner avec sa famille ce soir. Il est 19h56 et je décolle mes doigts des siens.
Il règle l'addition et ensemble, on se dirige vers le garage.
Il salue une connaissance a lui avant de m'expliquer pourquoi cette personne est une « connaissance »
Il est comme ça mon chéri, il aime expliquer ses relations humaines.
Il se tourne vers moi et me fait son sourire coquin. Je comprends tout de suite ce à quoi il pense.
Moi : allez bye, j'y vais.
Il rigole et me tends sa main.
Moi (déposant ma main dans la sienne) : j'ai quelque chose pour toi avant que tu t'en ailles.
Lui : j'espère que c'est ce à quoi je pense.
Moi : et tu penses à quoi?
Lui : la liste de la dot?
Moi : comment tu le sais?
J'ouvre mon sac et je la grande enveloppe marron clair.
Moi : tu sais que je ne l'ai pas encore regardé ?
Lui : ah oui ?
En mettant ma main dans l'enveloppe, je constate à ce moment précis qu'il s'agit en fait de deux feuilles A4.
Oh non pas ça, pas ça...
Nos regards se croisent et :
Moi (balayant rapidement les écrits) : je ne peux pas te donner cette liste. Laisse-moi retourner vers ma famille. C'est quoi ça ? Non mais un congélateur et un frigidaire ? Pardon ?
Je sens la colère monter puisque j'ai des larmes qui mouillent mes yeux.
C'est quoi cette honte ? Et moi comme une idiote je n'ai pas pris la peine de lire tout ça avant de la récupérer.
Lui : laisse-moi jeter un coup d'œil.
Il récupère les deux feuilles et je vois à l'expression de son visage qu'il est choqué par quelque chose.
Moi : il y a pire?
Lui : trois bœufs...
Moi (agacée) : qu'est-ce que tes parents penseront de moi? Non tu ne peux pas partir avec cette liste.
Je la récupère dans ses mains et je le regarde dans les yeux.
Moi : je savais, je savais !
Il voit que je ne suis pas contente.
Il fait un pas vers moi et passe ses bras autour de moi.
Moi : tu te rends compte? Tout ça pourquoi? Est-ce que nous-mêmes on peut s'offrir ça? Pourquoi ils agissent de la sorte? Ils veulent nous faire passer pour quoi auprès de ta famille?
Lui (murmurant) : ça va...
Après quelques secondes dans ses bras, je me détache et je le regarde dans les yeux.
Moi : je sais que ta famille attend vraiment cette liste mais vous allez devoir attendre un peu plus.
Lui : c'est pas grave.
Damien est plus chill que moi avec cette histoire de liste. Pourtant il ne devrait pas l'être. Ça fait plus de trois mois que sa famille attend cette liste.
Pourquoi elle n'était pas prête ? Eh bien ma famille a mis du temps pour s'entendre autour de cette histoire.
Maintenant que je vois les conneries qui y sont inscrites, je comprends mieux.
Damien : on peut encore attendre un peu mais je ne te cache pas que ça doit se faire le plus tôt possible, s'il te plaît.
Moi : je reviens vers toi d'ici là.
Je lui fais un bisou sur la bouche avant d'aller vers ma voiture ou du moins son ancienne voiture qu'il m'a donné. Une jolie Hyundai noire.
Une fois dans la voiture, je reprends la liste et je lis ce qu'ils ont mis. Seigneur ça c'est quoi? Pourquoi les pauvres sont comme ça? J'ai l'impression que chacun est venu mettre ce qui lui manque chez lui.
Après 6 minutes de lecture rapide, je démarre.
Bien entendu tout le long du trajet je rage sur cette histoire. Peut-être que si je vous parle de vous en saurez plus ? Allons y !
Je m'appelle Doliane Orema (cœur), je suis une femme de teint noire et d'ethnie Myene (Gabonaise) de 26 ans. J'ai une silhouette plutôt commune. 1m70 pour 76kgs sur la balance. Mes joues joufflues sont mon charme (d'après les dires). Pour dire vrai, je suis loin d'être la femme sur qui 3 hommes sur 5 se tourneront. Je suis une femme comme vous en trouvez partout dans la ville.
Par contre, j'ai une sacré personnalité et ça, je peux vous l'assurer.
Je reviens de loin. Avant j'étais complexée par mes lèvres, mon nez et bien des choses. Aujourd'hui c'est ce que j'apprécie le plus sur mon visage.
Comme quoi faire un travail sur soi c'est important pour apprendre à s'aimer !
Enfin bref
Je suis une jeune femme ambitieuse qui se bat dans la vie pour essayer d'être heureuse.
Je suis secrétaire de direction dans super cabinet privé où j'ai la chance de travaillé.
Pourquoi la chance? Eh bien ce cabinet reçoit des centaines de candidature par mois de par sa noble réputation et son emplacement (plein centre ville) dans un magnifique immeuble. Il est très sélectif, d'ailleurs j'ai passé trois entretiens pour ce poste.
J'entends certaines personnes crier au loin : quoi? Trois entretiens pour être une simple secrétaire?
Mais je préfère déjà vous recadrer, qui vous a dit que je suis une simple secrétaire? Je suis une secrétaire 2.0 prenez le comme vous voulez !
J'ai fait trois années en information communication à Libreville avant d'arrêter mes études. Je suis titulaire d'une licence.
J'avais besoin de sous et je ne voulais pas cumuler les deux.
Je ne trouvais rien en communication alors j'ai donné une chance au secrétariat, que j'aime beaucoup aujourd'hui car j'utilise beaucoup de notions apprises en communication. C'est peut-être pour cela que mes supérieurs sont contents de mon travail et n'hésitent pas à dire du bien de ma personne.
Est-ce que je vais poursuivre mes études ?
Pour l'instant je n'y pense pas. L'argent est doux et je ne veux pas avoir la pression en gérant les deux.
Je ne viens pas d'une famille aisée, loin de là. Ma mère est financièrement moins riche que ses frères.
Ma famille (Orema) aime le paraître. Il faut les voir lors des cérémonies. Toujours à faire semblant pour prouver des choses aux gens. Entre eux-mêmes hein, frères et sœurs d'une même mère.
Des rigolos au carré.
Ma mère est influençable. C'est son gros problème.
En parlant de ma mère,
Je suis la deuxième fille de ma mère. J'ai une grande sœur (Diane Orema,30ans) avec qui les liens sont compliqués car elle est comme ses tantes et oncles. Même sang, même comportement.
Les amours ?
Je suis en couple avec Damien Obame depuis près de deux ans aujourd'hui. Une histoire que je n'ai pas vu venir puisqu'en plus de ne pas aimer l'ethnie Fang (je rigole), je ne voulais pas de lui.
Damien Obame est un charmeur, je n'aime pas les charmeurs.
Damien Obame est établi et vient d'une bonne famille, il est le fils du Général Obame et tout le monde connaît et respecte son père à Libreville.
Damien est éloquent, charismatique en plus d'avoir l'un des plus beaux sourires du monde. Je le dis peut-être parce que je suis dans le boa (amoureuse).
Il m'a eue, complètement ! Sacré Damien !
Il sué, ça c'est certain.
Je ne voulais pas être avec lui au début parce que je ne voulais m'associer à une telle personne, puis j'ai compris qu'on dit des choses sur lui qui ne sont pas tout à fait vraies.
Damien n'est pas un fils à papa.
Damien est un jeune homme qui se lève tous les matins pour travailler son argent.
Il est intègre et il respecte la femme.
Enfin bref j'ai tant à dire sur lui que je peux passer des heures et des heures à parler de mon amour.
Une fois à la maison (chez ma mère), je trouve qu'elle a de la visite (deux de ses frères).
Moi : bonjour.
Eux (en cœur) : bonjour Doliane.
Moi : ça tombe bien puisque vous êtes là. J'ai quelque chose à vous remettre.
Je sors l'enveloppe du sac et je la dépose sur la table basse du salon, au milieu d'eux.
Moi : avec tout le respect que j'ai pour vous, je ne peux pas présenter une telle liste à la famille de Damien. Il y a des effets matériels qui sont inutiles. Je cite : congélateur, réfrigérateur, climatiseur 2 pouces, machine à tondre, machine à laver et j'en passe.
Un de mes oncles : Doliane ?
Moi : oui tonton ?
Lui : c'est toi qui va payer tout ce que tu cites là ?
Moi : non tonton mais...
Lui (me coupant la parole) : dans ce cas, tu n'as rien à dire.
Je prends sur moi avant de poursuivre.
Moi : certes je ne vais pas payer ces effets, mais c'est mon image qui est devant. Ils diront qu'il s'agit de ma famille. Tonton tu sais comment les gens parlent.
Mon autre oncle (avec l'accent) : eeeh ne nous fatigues pas Doliane. Ils sont Fangs et les Fangs sont habitués à voir beaucoup d'effets dans la liste. Chez eux c'est normale. Est-ce que nous sommes les premiers à demander de telles choses ? Nous avons été raisonnable.
Raisonnable? Il connaît la définition de ce mot? J'ai envie de lui donner la définition parce que je crois qu'il a sorti un mot au hasard.
Qu'est-ce qu'il y a de raisonnable dans cette liste ? Je n'ai même pas tout lu parce qu'il y a vraiment de quoi s'affoler.
Je regarde ma mère qui semble être d'accord avec ses frères alors qu'elle sait ce que je pense de cette affaire.
Est-ce que c'est parce qu'ils se doutent des moyens de la famille Obame ? Je suis certaine que c'est la principale raison, c'est désolant et dégradant pour ma personne.
J'ai honte de cette liste. Elle ne me représente pas.
Oncle 1 : si tu es revenue avec dans l'intention qu'on la change, je préfère te dire que ça n'arrivera pas. Nous sommes des Orema et nous méritons tout ce que nous avons demandé.
Pardon? Les Orema ont quoi pour commencer? Lol il se prend vraiment pour ce qu'il n'est pas celui-là.
Oncle 2 : et puis quoi encore ! Tu sais c'est quoi la dot? Tu connais la symbolique de cette histoire? Tu connais les bénédictions qui viennent à vous lorsque les oncles maternels sont contents?
Moi : j'aurais souhaité modifier certaines choses.
Maman (très calme): mais Doliane tu sais comment ça s'est passé pour cette liste. Tu sais tout le temps qu'ils ont pris pour faire cette liste. Trois mois, pas trois jours. Je ne t'apprends rien, tu le sais bien.
Trois mois pour écrire des conneries, oui, je le sais bien.
J'ai envie de lui répondre quelque chose mais c'est ma mère donc je ne dis rien.
Moi : maman s'il te plaît, revoyez certaines choses.
Oncle 1 : en tout cas moi je ne change rien. Soit c'est ça, soit c'est rien.
Oncle 2 : donne moi la liste.
Je la prends sur la table et je lui tends les deux feuilles A4.
Il fait une lecture silence puis :
Lui : on va enlever les 5 cochons.
Il me regarde et :
Lui : c'est bon? Tu es contente? C'est tout ce que je peux faire pour toi.
C'est une blague ! Avec tout ce qu'il y a à enlever, monsieur mon oncle enlève les 5 cochons ?
Arrrrrrgh j'ai la rage !
J'ai envie de pleurer.
Oncle 2 : et c'est tout. On en parlera plus. Si ton bon ami n'est pas content, qu'il retrousse. Un autre fera la queue à la porte de ta mère pour t'épouser.
Je suis remontée, tellement.
Oncle 2 n'aurait jamais osé demander de telles choses au gars de sa fille car celui-ci n'a pas grand chose.
Mais il faut voir ce qu'il fait pour moi.
Mon problème c'est que je ne fréquente pas mon père. J'ai été élevée par ma mère. C'est donc à sa famille de s'occuper de cet aspect. C'est pour cela que je m'appelle Orema qui est le nom de famille de ma mère:
Mais la famille de ma mère est pauvre mentalement. Malgré l'école, ils n'ont pas évolués. Ils sont obnubilés par l'argent des gens.
Oncle 2 me demande un stylo et barre les 5 cochons avant de me tendre les deux feuilles.
Lui : tiens, voici ta nouvelle liste.
Je la récupère et je fonce dans ma chambre.
Je suis en colère contre mes oncles mais principalement contre ma mère qui n'a pas daigné dire quelque chose pour me défendre.
Je fais un message à Damien pour lui dire que rien n'a réellement changé dans cette liste.
Je scan les deux feuilles sur CamScanner avec mon téléphone et je les transfère.
*Dans la tête de Damien Obame*
Je suis sur le point de passer à table lorsque je reçois deux messages de Doliane.
Ma mère (prenant place) : mais Damien tu n'as toujours pas de nouvelles de la liste invisible?
Moi : si, je viens de la recevoir là.
Elle : transfère la moi.
Ma mère est très connectée. Elle n'aime pas trop le papier. Elle préfère le numérique.
Je lui transfère ce que Doliane vient de m'envoyer et je prends place à la droite de mon père.
Elle : ok on prendra connaissance de la liste après le repas.
Je n'ai pas hâte ! Je sais qu'ils vont se fâcher. Je les connais. Ce n'est qu'une question de minutes.
On dîne tous ensemble et ma mère profite pour me demander si je veux enchaîner avec l'état civil.
Moi : naturellement ! Je veux en finir une bonne fois. Mais j'appréhende les dépenses.
Mon père : après tu as une famille pour t'aider à atténuer les dépenses.
Moi : je sais, mais je veux compter sur moi-même à 60% au moins. Enfin tout ça pour dire que si je ne me sens pas capable on ne le fera pas l'année prochaine mais l'année d'après.
Maman : ah non, tu ne vois pas comment les parents des autres meurent? Je veux assister à ton mariage.
Moi : tu assisteras.
Je suis Damien Obame (l'homme établi en langue), le premier fils de mes parents, du haut de mes 34ans. Je mesure 1m88 et je suis de teint noir cacao. Un joli teint qui me doit plusieurs appréciations de la gente féminine. Je suis un charmeur dans l'âme et je ne m'en cache pas.
J'ai deux petites sœurs qui vivent en France pour les études. J'ai un sacré écart avec les deux car après ma naissance ma mère a souffert d'infertilité secondaire.
Je viens d'une famille financièrement stable et j'en suis reconnaissant. J'ai appris dans les meilleures écoles de la capitale parisienne grâce à ce confort. Aujourd'hui, je suis douanier et j'ai un salaire de 3.200.000 fcfa net (hors prime). Ce qui n'est pas mal étant donné que je n'ai pas de charges importantes. Je suis en exercice depuis plus de huit ans maintenant à Libreville
Je me fais escroquer par mes petites sœurs ici et là, je fais plaisir à ma nana ici et là mais c'est tout.
Je suis un homme intègre, amoureux de la vie et des belles choses (que je peux m'offrir). J'aime le luxe, et les choses de qualité. Je travaille pour m'offrir une vie bien.
Je suis un ancien bandit ! Je jouais avec les femmes, autant dire que lorsqu'on a de l'argent et un visage qui passe il est facile de séduire.
Ça fait un petit moment que j'essaie de me calmer. Je suis amoureux de Doliane alors je reste tranquille.
Doliane est douce, mais elle a un sacré caractère ! Je pense que je suis tombée amoureuse d'elle à travers son caractère.
Doliane est l'une des rares femme qui arrive à me tenir tête, ce que je trouve sexy.
Après ce bon dîner, nous passons au salon pour un débriefing de la liste.
Étant donné que ma mère a sa tablette avec elle, je fais un partage d'écran sur la smart tv afin qu'on puisse tous la lire.
Après une lecture rapide je sens que l'atmosphère de la pièce change.
Papa : qui sont ses gens ?
Maman : Mon Dieu mon roi ! Qui demande ça ? Oh
Elle regarde son mari et :
Elle : chéri tu lis la même chose que moi?
Lui : la dot perd de plus en plus sa valeur dans ce pays. Cette liste est une honte.
J'entends ce qu'ils disent sans dire mot. Je suis du même avis qu'eux mais je sais aussi que ma nana n'y est pour rien.
Maman (lisant) : ahhh ils ont barrés les 5 cochons. Non mais cette liste est une honte. Je n'en reviens pas.
Elle me regarde et :
Elle : est-ce que tu sais dans quoi tu t'embarques ? Rien qu'à lire cette liste tu as une idée du genre de famille à qui tu as affaire. Est-ce que tu es prêt ? Qu'est-ce que tu en penses de tout ça?
Moi : je vous rejoins sur le fond. Je trouve qu'elle va dans tous les sens. Seulement, je sais qu'elle ne reflète pas Doliane.
Elle : comment ça ?
Moi : Doliane est contre cette liste. Mais sa famille fait bloc pour ne pas changer.
Elle : en tout cas je suis déçue. Ça c'est pas une liste de dot. C'est une liste de souhaits pour satisfaire les désirs des gens. Il n'y a aucune symbolique dans ce que je vois.
Elle rigole et :
Elle : c'est limite ridicule.
Papa : absolument ! Ils vendent leur fille.
Je suis contre ce qu'il vient de dire mais cette liste sous-entend exactement la même chose.
Papa : on va réfléchir. Pour l'instant je ne peux rien te dire.
Moi : je l'entends. Dans tous les cas comme j'ai dit, je compte prendre 60%
Maman : il ne s'agit pas de ça Damien. Bien sûr qu'on peut payer les effets de cette liste. Ce qui nous dérange ton père et moi c'est de lire autant de conneries. C'est un mauvais présage pour toi. Je n'ai pas élevé mon fils pour qu'il soit le carton de cotis à laquelle une femme va se coller pour manger. Je t'ai tout donné afin que tu rencontres une personne comme toi.
Je ne dis rien. Je la regarde et je l'écoute parler.
Papa : bon, la liste est déjà là. Je laisse à ta mère la responsabilité de t'accompagner comme il se doit durant cette préparation.
Il y a silence pendant quelques secondes puis :
Elle : tu veux un thé ?
Moi : non je vais en prendre à la maison. Je dois rencontrer.
Je déconnecte sa tablette, je me lève et je dis au revoir aux parents.
*Dans la tête de Doliane*
Toc toc
Moi : oui ?
Maman entre dans la chambre et elle se rapproche de moi. Je vois que ma grande sœur est derrière elle.
Ma sœur : on dit quoi ? Ça va ?
Moi : ouais.
Maman : Doliane tu as été impolie envers tes oncles tout à l'heure. Je ne suis pas d'accord.
Moi : impolie? En quoi faisant maman?
Elle : tu ne peux pas laisser sous-entendre à tes oncles qu'ils abusent avec cette liste.
Moi : et pourtant c'est le cas maman. Ils ont mis tout et n'importe quoi dans cette liste. Je trouve vraiment injuste de ne pas avoir mon mot à dire au nom de la tradition. Je ne suis pas un objet. Ils ne pourront jamais demander la même chose aux gars de leurs filles. Pourquoi c'est au gars de ton enfant qu'ils demandent ça ? Toi tu acceptes trop de choses sans parler.
Elle : tu voulais que je dise quoi Doliane ? Tu sais comment ils sont.
Ma grande sœur : ce que tu ne sais pas c'est que maman a enlevé beaucoup de choses avant de te donner cette dernière version.
J'ai même envie de rire. Donc il y avait plus de conneries ? Incroyable !
Maman : ta soeur a raison. J'ai fait réduire cette liste avant de te la remettre. C'est pour cela que je n'ai pas parlé tout à l'heure. Doliane tu dois comprendre que le mariage coutumier c'est un mariage où les oncles ont un pouvoir absolu.
Moi : en tout cas, j'ai déjà envoyé la liste. J'attends seulement qu'on me critique partout. Je connais sa famille. Ils vont s'offusquer.
Maman : en plus tu sais que tout le monde doit mettre ce qu'il veut. Tes tantes ont mis ce qu'elles voulaient.
Voici la partie qui m'énerve davantage !
Des tantes qui passent leur temps à me comparer à leurs filles qui travaillent en France et dans des ministères tandis que moi je suis simple secrétaire.
Une fois la sœur de ma mère m'a dit : "tu as fait trois années d'études supérieurs pour finir par organiser la journée des gens. Tu pouvais mieux faire"
Est-ce que je lui ai déjà demandé de l'argent? Non
Est-ce que sa fille m'a déjà demandé un prêt? Oui, un prêt à la secrétaire qui gagne dignement ses 300.000 fcfa
Je n'ai pas hésité à le lui dire afin qu'elle ferme ce qui lui sert de bouche.
Donc quand on me dit que cette tante là s'est lâchée sur ma liste ça m'énerve.
Ma grande sœur : dans tous les cas ils ont de l'argent.
Cette réflexion m'agace !
Qui a dit que parce que les gens ont de l'argent, ils doivent être pris pour des idiots?
Tzs Tzs
Bref heureusement que mon chéri appelle.
Je prends le téléphone sur le lit et je décroche.
Moi : allô ?
Elles sortent de la chambre toutes les deux.
Lui : ça va ma douce ? Pourquoi tu as cette voix ?
Moi : tu sais déjà mais bref parlons d'autre chose.
Lui : je suis en route pour la maison mais je veux un bisou. Du coup je me rapproche de chez toi.
Un sourire s'esquisse sur mon visage. Il sait quoi faire pour me rendre amoureuse.
Lui : je suis là dans moins de 10 minutes.
Moi : ce qui me laisse le temps de me brosser les dents pour un bisou frais.
Lui : oh ne t'embête pas. Je viens de manger.
Moi (rigolant) : beurk et tu viens avec ton haleine chez moi pourquoi ?
Lui : parce que je mérite un bisou.
Moi : prends des chewing-gums.
Lui (rigolant) : et tu veux devenir ma femme?
Moi : je ne t'ai pas demandé de me faire une demande en mariage. Mais comme tu es fou de moi...
Lui : tu as la bouche hein Mlle Orema.
Je rigole parce qu'il l'a dit avec un accent.
Lui : allez à bye.
Moi : mais comment ça ? Tu ne viens plus?
Lui : tu as refusé mon bisou.
Moi : mais nooon viens.
Lui : ok je suis dans 5 minutes.
Moi (rigolant) : ok.
Je coupe et je reste sur mon lit jusqu'à ce qu'il m'appelle pour me dire qu'il est là.
Je cours faire un bain de bouche de deux secondes et je fonce dehors (hors du portail).
Je marche jusqu'à sa voiture et je fais le tour pour être de son côté.
Il baisse la vitre avec un grand sourire et :
Lui : bisou.
Je lui tends ma bouche et alors que je veux la retirer, il m'embrasse.
Quel bon baiser.
Bien fruité, ahalaaaaaa je l'aime.
1 minute plus tard il retire ses lèvres et :
Moi : tu aimes ça !
Lui : c'est toi qui parles ? Lol
Moi : donc tu as même pris un chewing-gum.
Lui : je suis un vrai type, j'ai toujours un paquet dans ma voiture. Au cours où j'embrasse une nana.
Je tape son épaule et je rigole.
Moi : tu es trop bête.
Étonnamment quand il dit ce genre de chose je rigole. J'ai confiance en lui. Je sais aussi qu'il aime rigoler.
Au début de notre relation je le prenais au mot. Je ne savais pas dissocier les choses. Mais avec le temps j'ai appris à faire avec. Je soupçonne même qu'il dise ça pour me rendre jalouse.
Lui : un autre bisou et j'y vais.
Je dépose un bisou sur son nez avant qu'il ne récupère mes lèvres à l'aide de ses dents.
Moi : aïe
Je mens, il ne m'a pas fait mal.
On s'embrasse langoureusement pendant plusieurs secondes jusqu'à ce qu'un passant crie : dans le dur Gabon là vous avez encore le temps de vous aimer hein tsouo.
Un autre passant, sans doute son ami crie : mon frère Jacques est mort noyé oh, attention aux femmes.
Tous les deux on éclate de rire avant de se dire au revoir.
Les Gabonais me dépassent pardon, mieux je rentre à la maison.
Chapitre 2 : réunion de famille
-Quelques mois plus tard-
Aujourd'hui il y aura la réunion officielle pour les préparatifs du mariage. Je n'ai pas hâte.
Je sais déjà que certaines choses vont m'agacer.
Je suis à la cuisine et j'aide ma mère à préparer quelques trucs pour ceux qui seront sur place.
Maman : pourquoi tu boudes?
Moi : je ne boude pas.
Mieux je ne dis rien. Je ne veux pas me prendre la tête avant la réunion.
J'ai eu vent qu'un de mes oncles n'était plus d'accord pour les e3.500.000 fcfa à remettre en espèce et qu'il voulait maintenant 4.000.000 fcfa soit augmenter la somme de 500.000 fcfa.
Eee y'a zezz de zzzzze
C'est vraiment des dingues quoi ! Avec tout ce qu'ils ont mis, ils veulent encore ajouter des conneries.
Il se trouve que du côté de mon chéri aussi il y aura une réunion aujourd'hui. Drôle de coïncidence.
Tzs Tzs
Moi : allô?
Diane (ma grande sœur) : je ne pourrais pas assister à la réunion. Monsieur ne veut pas me libérer.
Moi : c'est pas grave. Il y en aura d'autres.
Elle : euh tu le prends mal ?
Moi : non, du tout. Bon je suis occupée, à plus !
Je coupe l'appel et je dépose mon téléphone sur le banc à ma droite.
Elle veut que je lui dise quoi? Depuis le début elle ne s'intéresse qu'à la couleur du pagne que je vais choisir alors que nous n'en sommes pas là. Dans la tête de Diane il n'y a que le superflu. Jamais rien de vrai.
Maman : mais Diane est où? Elle ne nous aide pas? Il y a encore les chaises à installer et les boissons à acheter.
Moi : elle n'est pas là et je pense qu'elle ne sera pas là.
Elle : mais comment ça? Comment Diane rate une réunion aussi importante?
Moi : maman je ne sais pas.
Je passe à autre chose parce que je ne veux pas continuer à parler de cette affaire. Diane a un contact, elle peut appeler sa fille.
Je travaille avec pendant deux heures avant de prendre une énième douche histoire d'être propre pour recevoir les gens.
*Dans la tête de Damien Obame*
Papa (à sa famille) : bon merci d'être là, nous sommes réunis pour le mariage de mon fils aîné : Damien Obame que vous avez tous vu grandir. Il se trouve que le jeune homme veut sauter le pas et épouser sa petite copine qui se prénom Doliane Orema. On a pas eu le temps de faire une réunion avant parce qu'en interne on voulait gérer certaines affaires. Donc pour faire simple, je vais vous présenter la liste de la dot et ensemble on la commentera.
Maman : vas-y Dam.
Je projette sur l'écran et je laisse tout le monde lire.
La sœur de mon père (touchant ses lunettes): ekieee un climatiseur? C'est pour qui? Rafraîchir les ancêtres?
Ma mère rigole et : ah c'est ça oh ma belle-sœur. Je ne comprends pas.
Le cousin de mon père : 70 pagnes Vlisco ? Trois costumes pour le père ?
Ma tante : Akié Seigneur mais dis-moi un peu Damien, qui sont les parents de cette fille?
Moi : sa mère a trois frères et deux sœurs. Elle n'a pas été élevée par son père.
Ma tante : mais ce n'est pas une raison valable pour imposer trois costumes de marques. Dans la coutume on prend généralement un seul costume pour habiller le père.
Ils continuent la lecture dans le silence. Je regarde le visage des autres se décomposer devant tout ce qui est écrit.
Ma tante : ils sont d'une exigence impressionnante.
Étant donné qu'elle est près de moi et que moi je suis à la gauche de ma mère. J'écoute ce qu'elle dit.
Elle (à ma mère) : vous avez déjà rencontré la famille ?
Maman : oui.
Elle : ils ont les moyens?
Maman : hum demande à ton neveu.
Elle : vas-y mon fils, exprime toi.
Moi : c'est une famille normale.
Maman : famille normale ? Il ment ! Ma belle quand tu échanges avec eux tu sais qu'ils tiennent tête. Ils n'ont pas de sous. En tout cas la mère de la fille a juste de quoi se nourrir. Ça ne dérange pas hein, mais voir ce que ces gens là demandent vraiment...
Lorsqu'on termine avec la liste, mon père prend la parole et :
Papa : du coup nous savons tous à quoi s'attendre. Damien a pris l'initiative de s'intéresser aux prix de ces différents biens et d'après son estimation nous avons pour 10 millions de biens hormis les 3.500.000 fcfa à remettre en espèce pour la cérémonie de la dot. Nous n'avons pas encore estimé la mairie + la soirée ainsi que le dépôt.
Un autre oncle : ça fait beaucoup pour une dot ! 13.500.000 fcfa pour épouser une Myene ? Je pensais que les femmes Fangs étaient les seules qui demandaient beaucoup de choses. Comme quoi tout le monde « vends » son enfant. C'est bien drôle ça.
Ma tante rigole et :
Elle (regardant mes parents) : qu'est-ce que vous en pensez ? Parce que moi je trouve qu'il y a matière à faire une réunion avec eux. Ce n'est pas possible de dépenser près de 14 millions pour une dot. Sachant que nous devons payer pour tout le reste de la cérémonie parce que c'est le rôle de famille de l'homme.
Mon père (calme) : bon, je ne vous cache que je ne suis pas content. Je trouve qu'on est loin de la symbolique de la tradition. Par contre, j'aime mon fils et je veux l'accompagner dignement. Je suis donc mitigé. Une chose est sûre, vu comment les choses se dessinent. Nous ne serons pas à moins de 25.000.000 fcfa pour les deux cérémonies.
Un autre oncle (me fixant) : j'ai entendu ce que mon frère, ton père a dit. Je te demande d'homme à homme si tu penses que c'est un investissement rentable.
Moi : c'est-à-dire ?
Lui (poursuivant) : tu sais mon fils, avant de se lancer je veux savoir si tu t'es posé les bonnes questions. Est-ce que ta copine est un bon investissement sur le long terme? Et j'entends par là : jusqu'à la mort.
Moi : je veux finir mes jours avec elle, j'en suis certain.
Lui : pourquoi ?
Je regarde tout ceux qui sont présents et je ne comprends pas l'intérêt de sa question. Mais je me lance parce que c'est mon oncle.
Moi : parce que je l'aime 1 parce que c'est une femme qui m'apaise 2 parce que je veux qu'elle porte mes enfants 3 parce que je dors bien quand je sais qu'elle est en bonne santé 4 parce que je veux qu'elle porte mon nom de famille et se vante d'être la chair de ma chair 5
J'entends mes oncles rigoler tandis que l'oncle qui s'adresse à moi me répond :
Lui : ok, j'ai entendu ce que tu as dit. Je sous entend qu'elle est un bon investissement.
Moi : je pense, oui.
Ma mère : on l'espère tous.
Lui : mais elle nous cher ! C'est trop !
*Dans la tête de Doliane*
Je suis autour de mes oncles et je n'en reviens pas de les écouter.
Une sœur de ma mère (celle qui m'agace) : ils seront combien à la cérémonie ?
Moi : 200
Elle : 200 bouches à nourrir waouh
Regardez la ! Elle parle de 200 bouches à nourrir comme si elle n'avait pas mis plusieurs trucs dans la liste de ma dot.
Moi : ils ont acceptés qu'on soit 200 pour la soirée donc c'est la moindre des choses.
Elle : oui parce que j'ai déjà dit à mes amies hein.
J'ai envie de TCHIPER mais je me retiens.
Un oncle : tu vas dire à ton bon ami qu'on veut 500.000 fcfa en plus sur le montant en espèce.
Moi (parlant posément) : je suis désolée mais je ne vais pas lui parler de ça. Je ne vais aborder ce point avec lui. Sa famille nous voit déjà très mal.
Ma tante : et alors ? Est-ce que nous sommes amis pour qu'ils nous voient bien.
Moi : il n'y aura pas 500.000 fcfa en plus. Je m'excuse de vous le dire sans prendre de forme. Mais c'est bon !
Un autre oncle : tu n'as pas ton mot à dire. A notre époque on avait même pas l'occasion de parler à nos oncles. Ils prenaient les décisions. Quel culot !
Moi : à votre époque personne ne demandait tout ça.
Maman : Doliane tu arrêtes !
Ma tante : il faut dire à ta fille de se taire devant ses aînés.
Mon oncle : en plus tu refuses que j'ajoute 500.000 fcfa alors que c'est moi qui dois t'accompagner devant le maire.
Il sous-entend quoi? Hummm
Moi : d'ailleurs en parlant de ça, je veux que ce soit mon père qui me tienne la main. Je vais aller vers lui et je vais revenir vers vous. Je pense que j'ai entendu trop de choses durant cette réunion. J'estime que j'ai un père vivant et avec qui je parle. Je trouve injuste qu'il soit mis de côté car moi j'ai accepté de le pardonner et il s'agit de mon mariage. Une fois de plus je ne veux manquer de respect à aucun d'entre vous. Mais j'ai 26 ans. Je sais ce que je veux pour mon mariage. Je veux mon père.
Ma tante : hummmm
Mon oncle : un homme absent que tu appelles ton père?
Moi : je veux que mon père m'accompagne à la mairie. Juste ça. J'ai compris que sa présence à la dot vous dérange. Mais j'ai besoin de tourner la page en lui laissant cette chance.
Mon oncle : en tout cas s'il t'accompagne je ne viens plus à ce mariage !
Cet homme m'énerve tellement c'est pas possible !
J'ai envie de lui dire que je n'ai rien à foutre qu'il soit là ou pas.
Mais ma mère est là alors je ne peux pas manquer de respect à son grand frère.
Qui lui a dit qu'il était indispensable ?
D'abord je n'ai pas envie qu'il m'accompagne devant le maire, il m'énerve.
Maman (calme) : Doliane tu sais ce qu'on pense de cette histoire.
Elle s'excuse auprès de son grand frère.
Moi : en tout cas moi je veux mon père.
Mon oncle se lève et il veut me gifler. Ma mère se lève pour intervenir et c'est elle qui reçoit la gifle.
Moi (regardant mon oncle) : Tout ça parce que je demande à être avec mon père? A 26 ans je n'ai pas ce droit? Au nom de quoi? La famille? Si maman est calme, moi je ne le suis pas. Vous pouvez dire ce que vous voulez sur la dot, mais pour la mairie, j'ai le droit de dire que je veux mon père. Il est vivant, j'ai encore cette chance.
Ma tante : tais-toi ! C'est quoi ça ? Tu penses que tu es la première fille à partir en mariage? Au lieu de remercier Dieu parce qu'un homme a décidé de t'accorder ce moment tu veux monter sur nos têtes.
Je regarde ma mère, ma mère me regarde.
Elle sait que si je parle, je vais insulter sa sœur.
Je sens mes yeux se mouiller parce que je suis vraiment en colère.
Mon oncle : j'ai été clair ! Si ton père t'accompagne, je ne viens pas. Et mon frère ne parlera pas à ton mariage. Tu feras ce que tu voudras.
Son frère : à cause de 500.000 fcfa de plus? Non mais Doliane ta belle famille mérite de donner plus que ça. Le général Obame touche les mains du président. Il a de l'argent. Tout le monde le sait.
Ma tante : ou alors elle veut garder l'argent pour elle-même.
Moi (agacée) : vous voulez me vendre? Si c'est le cas dites-moi. Vous pensez que s'ils vous demandent de rendre cet argent après le mariage (pour l'annuler) vous pourrez? Je ne veux manquer de respect à personne mais je veux être en mesure de rembourser.
Je regarde ma tante et :
Moi : je veux garder quel argent pour moi-même? 500.000 fcfa ? Enfin bref.
Ma mère : je pense qu'on a fait le tour. Les cotisations peuvent commencer. Vous avez tous mon numéro pour me faire un dépôt. Vous connaissez la maison pour déposer les enveloppes.
Moi : juste pour rappeler mon premier point, j'ai estimé l'événement à 4.000.000 fcfa
Ma tante (une autre) : et tu donnes combien toi-même ?
Moi : autant que possible.
Elle : en chiffre ça donne quoi?
Moi : 2.000.000 fcfa
Ma tante : akié ça veut dire que nous devons trouver les 2 millions restants ?
Moi : oui.
Mon oncle : tu comptes sur qui? On a pas d'argent Doliane. Moi je suis enseignant et il y a des grèves tout le temps. J'ai une famille à nourrir.
C'est ça ma famille, malheureusement pour moi ! Ils veulent tous manger sur mon dos mais ils ne sont pas prêts à dépenser avant de manger leur argent.
Après plusieurs autres points on s'arrête.
Les tensions redescendent et je vais derrière la maison pour enlever les habilles à la corde.
Alors que je parle seule parce que je suis toujours dépassée de ce qui s'est passé tout à l'heure, ma mère vient me rejoindre.
Elle : Doliane?
Moi : maman?
Elle : Doliane?
Moi : oui maman?
Elle : Doliane?
Moi : oui maman?
Elle : je t'ai appelé combien de fois?
Moi : trois.
Elle : la prochaine fois que tu parles ainsi à mes aînés tu ne me reconnaîtras pas. Même quand tu as raison il faut savoir t'exprimer. Je n'ai rien dit tout à l'heure pour ne pas empirer la situation.
Moi : je suis désolée.
Elle : ils pouvaient te maudire, attention à tes actes.
Moi : ok, j'ai compris.
Je n'ai rien compris ! Je n'ai rien à faire de ce qu'ils pensent et disent.
Elle : et pour ton père...
Moi : maman je ne vais jamais accepter que ton frère m'accompagne à la mairie alors que mon père est vivant. Si ce n'est que ça, toi et moi allons nous prendre la tête. J'ai un père. Certes il m'a abandonné, mais j'ai fait le choix de passer outre ça. Il a fait des erreurs, comme toi et moi. Personne ne doit me dicter mes émotions et tu sais que j'ai raison maman. J'ai quand même 26ans. Toi, à 26 ans tu aurais aimé qu'on te traite comme une adulte n'est-ce pas? Il s'agit de mon père, pas d'un inconnu. Je sais que vous avez des problèmes mais il reste mon père. C'est mon choix de l'honorer. Je peux comprendre votre étonnement. Mais c'est mon choix.
Elle : Doliane tu ne sais pas de quoi tu parles. Ton père m'a abandonné alors que j'étais enceinte de toi.
Moi : non maman, j'ai échangé avec lui et il m'a expliqué sa version. J'ai confronté vos deux versions et je me suis fait mon opinion. Je n'ai jugé personne.
Elle : il t'a monté la tête c'est ça ? Alors que c'est lui qui m'a laissé seule ?
Pour la petite histoire, mon père était en couple avec une autre femme et ma mère était sa Tchiza (dont il était amoureux). Seulement, ma mère n'avait pas une bonne réputation à l'époque et quand elle lui a dit qu'elle était enceinte de lui, il n'a pas tout à fait cru. De plus certaines personnes disaient qu'elle fréquentait encore le père de Diane (ma grande). Enfin bref un bourbier sans nom.
Ce n'est pas mon combat alors je m'en fous un peu de tout ça. J'ai entendu la version de mon père et c'est le plus important.
Je ne lui ressemble absolument pas alors il m'a dit que lorsqu'il a vu une de mes photos il était certain de sa version.
Moi : maman on est pas obligé de s'entendre sur tout. Je respecte tes choix et je veux que tu respectes les miens.
Elle : c'est ce que tu me dis? Doliane surveille ton langage.
Moi : je ne l'ai pas dit méchamment.
Elle me tourne le dos et s'en va.
Je continue ce que je faisais avant sa venue puis je passe un coup de fil à mon chéri.
*Dans la tête de Damien Obame*
Tzs Tzs
Moi : allô mon sucre, bonsoir.
Je demande au gardien de laisser le portail ouvert pour mes oncles qui vont partir après moi.
Elle : hey petit cœur, tu viens de finir ta réunion.
Moi : oui, je suis claqué.
Elle : je te comprends c'est la même chose de mon côté. Beaucoup de bruits. Beaucoup de frustrations. Franchement je ne savais pas que les choses se passeraient de la sorte. On ne dirait même pas qu'on fait tout ça pour préparer un événement heureux. Il y a des mots blessants qui s'envolent. Je suis déjà fatiguée de me taper le visage de ces gens. Chacun veut faire le connaisseur.
Je l'écoute parler, encore et encore.
Je la connais suffisamment pour ne dire répondre.
Elle ne m'a pas appelé pour qu'on discute.
Elle m'a appelé pour se plaindre.
Je baisse le son mais je prête attention à deux, trois trucs.
10 minutes plus tard elle fait une pause.
Elle : Dam?
Moi : oui? Je t'écoute.
Elle : c'est bon, j'ai terminé, merci.
Moi : ok, demain on va à la pointe.
Elle : oww merci petit sucre. J'ai tellement besoin de fuir cette maison.
Moi : je te rappelle plus tard.
Je coupe l'appel et je continue de conduire jusqu'à mon appartement.
A mon retour de voyage (il y a quelques années), mon père m'a offert cet appartement. Il me convient d'autant plus que je l'ai adapté à mes goûts.
Un appartement de 60m2.
Une fois à la maison, je descends de mon véhicule et je vais remettre à mon gardien son enveloppe (salaire du mois).
Lui : merci monsieur.
Moi : de rien.
Je rentre à la maison et je prends quelques secondes pour respirer.
Toute cette histoire me fatigue déjà alors que nous sommes encore au début.
Tzs Tzs
Je regarde le numéro avant de décrocher.
Moi : allô?
Un ami : allô mon gars on dit quoi? Tu fais quoi ce soir?
Moi : je viens d'entrer à la maison. J'avais la réunion du mariage.
Lui : ah ok bon nous serons au Murmure d'ici 1h.
Moi : gars je suis fatiguée.
Lui : tu viens quelques minutes et tu rentres.
J'ai peut-être besoin de m'amuser, alors j'accepte et je raccroche.
Je vais prendre une douche avant de m'allonger sur le lit pendant 1h.
*Dans la tête de Doliane*
Je suis sur Instagram lorsque je reçois un appel de ma bestie.
Elle : oh madame mais tu es où? Je viens de voir Damien.
Moi : je suis à la maison.
Elle : tu laisses ton gars sortir seul hein tu n'as pas peur?
Sortir ?
Je ne sais pas de quoi elle parle.
Moi : comment ça?
Elle : mais il est là, au murmure pendant que toi tu es à la maison.
Oh l'enfant là fait quoi au murmure. Il ne m'a rien dit.
Elle : bref je suis dans le bruit ! On se parle demain. Je voulais juste te dire que je le surveille.
Moi : laisse-le tranquille. Pas besoin de le surveiller.
Elle : je ne t'écoute même pas un peu. Je le surveille. Si je vois une fille faire un truc, je bondis sur elle.
Moi (rigolant) : tu as du temps à perdre hein ma chérie.
Elle : en tout cas bisous.
Moi : ok bye.
Je coupe l'appel et je continue de glander sur internet.
Non je ne contacte pas Damien pour vérifier sa localisation. C'est un grand garçon. S'il veut sortir sans prévenir c'est son problème. Non pas que je n'y vois aucun souci avec cette démarche. Mais je ne veux pas mener tous les combats de la terre.
*Dans la tête de Damien Obame*
Je suis avec un ami et deux de ses cousins. Aucune femme sur notre table ce soir.
Mon ami : man parfois j'ai besoin de sortir sans madame. J'ai besoin de vérifier si je plais toujours aux femmes.
Moi : je te comprends.
Les femmes ignorent que nous aussi on aime se laisser séduire. Une soirée entre homme est pour nous une occasion de s'amuser entre nous mais aussi de voir si nous faisons toujours de l'effet aux autres femmes. Non pas pour draguer ou se faire draguer. Juste le plaisir de savoir qu'on attire les regards.
Parfois nous aussi nous avons l'impression d'être pris pour acquis. Ce sentiment n'est pas réservé à un genre.
Un de ses cousins : j'ai l'impression que j'attire plus les regards quand madame est là. Je ne sais pas pourquoi les femmes aiment les hommes couple.
Mon ami : ah gars, elles sont dangereuses.
Je rigole et je regarde la serveuse se rapprocher de nous avec un champagne et un Jack Daniels.
Alors que cette dernière termine son service, elle s'en va.
Étonnamment, elle revient 8 minutes plus tard avec un autre champagne qu'elle ouvre devant moi.
On se regarde tous parce qu'on a pas commandé un truc en plus.
La serveuse : elle vient de la table de l'autre côté.
Je regarde et je ne reconnais aucune de ces femmes.
Je demande gentiment à ce que la bouteille ne soit pas ouverte.
Mon ami : mon cher tu as du succès hein. J'attends mon tour.
Moi : mon cher j'ai toujours la touche. Là elle va se frustrer et j'irais lui dire merci.
Son autre cousin : tu as les techniques hein !
Moi (rigolant) : mais c'est pas pour draguer hein.
On continue de rigoler entre nous puis je me déplace pour dire merci à femme qui m'a envoyé le champagne tout à l'heure (que j'ai décliné).
Je vois qu'elle est toujours frustrée.
Moi : merci pour l'attention.
Elle me regarde dans les yeux et fait une grimace avec sa bouche.
J'ai envie de rire parce que je connais bien les femmes.
Moi : bonne soirée.
Elle : c'est tout ce que tu vas dire?
J'ai l'impression que quelqu'un me regarde avec insistance sur la gauche. Quand je tourne ma tête j'aperçois la meilleure amie de Doliane.
La dame qui est devant moi : tu vas partir comme ça sans rien dire?
Moi : j'ai dit l'essentiel.
Je lui fais un sourire et je vais vers l'amie de Doliane.
Moi : bonsoir.
Je lui fais deux bises et :
Elle : tu draguais hein?
Moi : pardon ?
Elle : je te regarde depuis tout à l'heure mon cher.
Moi : pas du tout.
Elle : hum ok.
Je la laisse là et je retourne rejoindre les autres.
J'espère qu'elle ne dira pas n'importe quoi à Doliane.
*Dans la tête de Doliane*
Il est 9h et je suis dans la voiture avec Damien en route pour aller prendre le bateau.
Moi : qu'est-ce que tu as fait hier soir?
Il rigole au lieu de me répondre.
Lui : ta bestie t'a dit quelque chose?
Moi : comme?
Lui : j'étais au Murmure et une femme a voulu m'offrir une bouteille de champagne que j'ai refusé parce que...
Moi : je ne t'ai pas demandé tout ça. Je t'ai demandé ce que tu as fait hier soir.
Lui : j'étais au Murmure avec des amis.
Moi : ok, c'est tout ce que je voulais savoir.
Lui : tu es fâchée?
Moi : pourquoi?
Lui : non je demande juste.
Moi : non du tout, je voulais juste que tu me confirmes.
Lui : je suis désolé, j'aurais dû te prévenir.
Moi : tu sais que je ne suis pas contre le fait que tu sortes. Mais j'aime le savoir afin de ne pas être surprise si quelqu'un m'appelle à ce sujet.
Lui : tu as raison.
Ahlaalaaa comme je l'aime mon petit sucre !
Avec lui la communication est fluide. Là où je me prenais la tête avec mes anciens gars, avec lui c'est tranquille.
C'est donc ça une relation mature? Wèèè le goût des bonnes choses !
Une fois à l'endroit, on descend et on marche jusqu'au quai.
15 minutes plus tard nous sommes à la Baie des tortues et je fonce me mettre en maillot. J'ai chaud et je veux profiter de ma vie !
Il vient me rejoindre pendant que je me change et il commence à me faire des bisous dans le cou.
Moi : huuuum
Il baisse ma tête vers l'avant et sans rien comprendre je me retrouve dans une position particulière inconfortable mais la tension dans mon corps balance les choses.
Je ferme les yeux afin de lâcher prise et tout le reste n'est que pur bonheur.
Quelques minutes d'extase complète.
Des bruits qui s'échappent de mes lèvres pour louer ses prouesses.
Il est si doux et si brut à la fois. Un mix parfait qui pousse mes yeux à s'ouvrir et à se fermer toutes les 2 secondes.
Mon visage face au miroir, le regardant derrière moi.
Les expressions de son visage, quel délice visuel.
Tant de choses jusqu'à la fin, le bout du bout.
Il se contracte et là, nos corps s'accordent pour les 30 prochaines secondes.
Aucun de nous ne dit mot.
Ce silence est d'or.
Lorsque nous revenons à nous, on décide de se débarbouiller avant de ressortir du bungalow.
Je suis souriante, mais petit sucre? Il est épanoui, je le vois, je le sais.
Chapitre 3 : à bout
-Trois mois plus tard-
*Dans la tête de Doliane Orema*
Je sors de la salle de bain et en allant vers la chambre, j'entends mon prénom.
Je décide de marquer un stop avant d'aller m'habiller.
Ma tante qui m'agace : sincèrement je n'ai pas l'impression que Doliane soit ambitieuse.
Maman : pourquoi tu le dis?
Ma tante : mais elle sort avec le fils d'un général et vous vivez toujours ici. Tu sens qu'elle ne veut même pas se bouger. Elle est toujours secrétaire, aucune promotion. Elle n'est pas encore enceinte de ce jeune et Dieu seul sait combien de femmes se battent pour être avec un Obame dans ce Gabon. Même faire un enfant pour bloquer le jeune homme, rien.
Non mais quel culot !
J'ai envie de sortir pour lui dire deux, trois mots mais je reste à ma place.
Maman : Doliane n'est pas comme ça. Elle ne va jamais tomber enceinte d'un homme pour le garder. Je la connais, c'est ma fille.
Ma tante : aaahh c'est toi qui gaspilles ta fille ! Tu acceptes tout ce qu'elle fait ! Comment conçois tu que Doliane soit avec un homme comme lui et elle n'a toujours pas quelque chose de positif.
Maman : quelque chose de positif c'est-à-dire? Tu sais, tout est relatif dans la vie.
Ma tante : pendant que les autres jeunes font tout pour améliorer la situation de leurs mères, elle, rien.
Regardez moi sa longue bouche ! Toujours à débiter celle-là. Depuis que sa fille est en mariage qu'est-ce qui a changé de leur vie?
Maman : Doliane fait beaucoup de choses pour nous avec son salaire. Elle n'a jamais attendu que son copain fasse quelque chose. Tu sais, ma situation ne me dérange pas. J'ai de quoi manger, j'ai un toit et je suis en bonne santé. Ma maison est propre, mes toilettes aussi le sont alors c'est bon.
Ma tante : tu n'es pas ambitieuse. C'est ça ton problème et c'est pour cela que ta fille est comme ça. Vous avez une chance de tout améliorer dans vos vies, mais vous dormez.
Maman : parlons d'autre chose. D'ailleurs tu ne m'as toujours pas dit combien tu comptais cotiser dans cette affaire de 2.000.000 fcfa ?
Ma tante : ta fille aime les grandes choses ! Elle pense qu'on peut facilement trouver ça ? Je suis celle qui s'en sort quasiment le mieux dans la famille et moi je ne peux pas donner plus de 100.000 fcfa
Je mets vite la main sur ma bouche pour éviter de parler.
100.000 fcfa pour tout le bruit qu'elle fait depuis des mois? Akié Doliane Orema est-ce que tu vas t'en sortir avec des gens comme ça?
Maman : ah merci, c'est le geste qui compte.
Merci quoi? Ma mère m'énerve parfois ! Elle dit merci pourquoi ?
Au mariage de ma cousine j'ai cotisé 250.000 fcfa et maman a rajouté 100.000 fcfa donc 350.000 fcfa.
Nous les pauvres avons cotisés une telle somme. Mais elle, la riche au moment de cotiser elle donne 100.000 fcfa ? Elle est vraiment drôle celle-là.
Ma tante : pour l'instant dans la trésorerie tu as combien?
Maman : 300.000 fcfa
Ma tante : qui a cotisé?
Maman : moi-même, du coup avec ce que tu viens de donner nous sommes à 400.000 fcfa il nous reste 1.600.000 fcfa mais tes frères disent qu'ils n'ont rien.
Ma tante : tout ça c'est ta fille ! Elle veut les grandes choses, voilà !
Maman : mais toi aussi, il faut quand même bien recevoir les gens. 4.000.000 fcfa c'est beaucoup pour nous mais pour une telle cérémonie c'est rien du tout et tu le sais bien.
Hum pardon je vais m'habiller.
Je ne sais même pas quoi penser de tout ça.
Une fois dans la chambre, je m'habille puis je vais faire un tour au marché pour repérer des éléments de décoration.
Je me rends compte que mes 4.000.000 fcfa sont presque dérisoires mais je ne peux plus rien changer.
Aux environs de 13h je décide d'aller manger avec ma meilleure amie chez Paul.
Ce coin a un succès terrible ! Il ne reste que deux tables libres pour ce midi.
On décide de prendre celle qui donne sur une vue assez sympa.
Bestie : tu vas prendre un traiteur pour la nourriture?
Moi : avec quel moyen? Ma mère et ses sœurs vont essayer de faire ce qu'elles peuvent. Même le gâteau, il n'y aura pas parce que j'ai fait un devis chez plusieurs personnes et elles disent quasiment toutes 600.000 fcfa pour 400 parts. Bref ne parlons même pas de ce mariage parce que ça me dépasse.
J'ai la tête qui pèse comme une pastèque.
Je ne sais pas comment je vais faire pour mes robes traditionnelles, ma robe pour la mairie et ma robe de soirée.
J'ai fait des devis et jusqu'ici je suis à 800.000 fcfa pour le coutumier et 1.200.000 pour l'état civil soit 2 millions. Je vais trouver ça où?
Alors que nous déjeunons, j'aperçois la mère de Damien prendre place sur une table.
J'attends 3 minutes qu'elle s'installe bien avant d'aller lui dire bonjour.
Moi (à ma bestie) : j'arrive !
Je me lève et je vais saluer ma belle-mère.
Elle (souriante) : ah bonjour Doliane, tu vas bien?
Je lui fais deux bises avant de répondre et lui retourner la question.
Elle : d'ailleurs, j'attends Damien.
Moi : ah ok.
Il me boude depuis hier celui-là.
Alors qu'on parle du loup, il entre dans la salle et se rapproche de nous.
Il fait deux bises à sa mère avant de passer sa main autour de ma taille pour déposer délicatement ses lèvres sur les miennes.
Une chose avec petit sucre? Personne ne peut savoir quand nous avons un problème.
Et pourtant il me boude sincèrement. Il est fâché contre moi. Mais il n'est pas du genre à exposer son mécontentement en public.
Sa maman : tu seule ? Tu peux te joindre à nous.
Moi : non ça va, je suis avec une amie.
Il prend place et :
Lui (me regardant) : on s'appelle.
Je comprends tout, je décide de les laisser.
Une fois de retour à ma table je profite de ma bestie.
Le kongossa est tellement fort qu'on ne voit pas les minutes de ce samedi passer.
Alors que je rigole, un de mes supérieurs se rapproche de ma table.
Lui : oh Mlle Orema.
Je lui fais deux bises avant de reprendre place.
Il dit bonjour à ma bestie et :
Lui : j'ai appris pour votre mariage.
Il rigole seul parce qu'il sait qu'il fait semblant de mettre les formes.
Il a l'habitude de me vouvoyer au bureau mais à l'extérieur il me tutoie toujours.
*Dans la tête de Damien Obame*
Je règle l'addition et je me lève.
Maman : on fait signe à Doliane ?
Moi : allons vers elle.
Je veux surtout savoir avec qui elle échange. Pourquoi elle rigole autant?
Oui, je suis jaloux et je l'avoue !
On se rapproche d'elle et :
Maman : bon Doliane nous on s'en va.
Elle se lève et prend ma mère dans ses bras et s'excuse parce que cette dernière s'est déplacée pour dire au revoir.
Maman : non ce n'est pas grave.
Lorsqu'elle se tourne vers moi, elle marque une pause.
Elle (au monsieur) : je te présente mon collègue.
Il me tend sa main et on salut.
Je rapproche ensuite de la bouche de Doliane histoire de couper court !
Voilà, c'est ma go !
Je dis au revoir à sa bestie et on s'en va.
Une fois dehors maman me fait une bise sur la joue droite avant de me remercier pour ce déjeuner.
Moi : à la prochaine.
Elle : tu conduis doucement Damien, ne fais pas le fou en route.
Moi : oui je sais.
Elle le répète chaque fois qu'on se voit.
*Dans la tête de Doliane*
-Le même soir-
Je suis assise au salon entrain de trouver des solutions pour mes tenues quand Diane (ma grande sœur) vient me rejoindre.
Elle : d'ailleurs c'est qui ta demoiselle de compagnie?
Moi : ma meilleure amie.
Elle : tu es sérieuse?
Moi : euuuh il y a un problème avec?
Elle : tu n'as qu'une sœur mais tu préfères prendre une amie.
Moi : il n'y a aucun rapport. J'ai simplement fait ce choix. Je trouve qu'elle a les qualités pour bien gérer.
Elle : donc je n'ai aucune qualité?
Moi : Diane il ne s'agit pas de ça. J'ai fait mon choix et je n'ai pas besoin de le justifier. Tu auras ton mariage un jour et tu feras ton choix que je ne remettrai pas en question...
Elle (me coupant la parole) : tu entends quoi par « tu auras ton mariage un jour...» c'est parce que tu te maries que tu parles mal aux autres femmes ?
Moi : mais d'où est-ce que tu sors ça? C'est juste une manière de te dire que chacun est libre de choisir qui il veut à son mariage.
Elle : je ne sais pas qui t'a menti que le mariage est une finalité. Petit truc, tu parles de mariage.
Alors là, je n'ai pas la force de poursuivre cette conversation. Je coupe court et je ne réponds plus. Plus susceptible que Diane ça n'existe pas.
Moi : d'ailleurs est-ce que tu peux prendre en charge quelques éléments de la décoration? J'ai une liste que je peux te donner.
Elle : le montant est de ?
Moi : 200.000 fcfa.
Elle : c'est cher pour moi.
Moi : bon qu'est-ce qui t'arrange? Je ne vais rien t'imposer.
Elle : 100.000 fcfa maximum
Akiiiiiie
Est-ce que je vais m'en sortir avec les cotisations de ce mariage?
Moi : ok tu peux prendre pour 100.000 fcfa au marché.
Alors que nous échangeons, j'écoute ma mère se fâcher au téléphone.
Elle se rapproche de moi et me tend le téléphone :
Elle : réponds à la question parce que vous me fatiguez avec.
Elle parle de quoi ? Bref je prends le téléphone et je mets le haut-parleur.
Moi : allô ? Bonsoir.
Mon oncle : alors finalement ils ont dit quoi pour les 500.000 fcfa en plus ?
Moi : je n'ai pas parlé de ça avec eux.
Mon oncle : tu sais au moins que sans ça la cérémonie ne se passera pas chez moi et mon frère ne parlera pas à ton mariage n'est-ce pas ?
Ce qu'il dit me monte à la tête.
Mon sang ne fait qu'un tour et très vite d'ailleurs !
Pour qui se prend t'il ?
Moi : il s'agit d'une menace? Parce que si c'est le cas je préfère le savoir. J'ai dit devant tout le monde que je ne compte pas évoquer cette somme. On a demandé 3.500.000 fcfa et c'est suffisant en espèce. Ils ont tablé sur cette somme depuis le départ. Comment vais-je justifier les 500.000 fcfa en plus il ne faut pas pousser le bouchon trop loin.
Mon oncle : je vois que tu veux faire la fille impolie. Comme tu veux faire la savante, je te laisse trouver où ton mariage se passera.
Ma mère énervée : mais Doliane toi aussi c'est quoi ! Tu ne peux pas leur dire ? Qu'est-ce que ça te coûte ? Tu penses qu'on peut organiser ton mariage ici? Dans une petite maison comme ça? Pourquoi tu fais ça ?
Moi : maman? J'ai dit que je ne vais pas appeler Damien pour lui parler des 500.000 fcfa en plus.
Diane : si tu veux je peux le faire pour toi.
Moi (agacée) : j'ai dit non ! Non c'est non !
Mon oncle s'exprime en myene et il parle de mon impolitesse envers les aînés.
Moi (répondant en français) : j'ai toujours été très polie avec vous. A aucun moment j'ai dit un mot de travers. Mais je trouve que c'est trop ! Qu'ils soient riches ou pas je ne demande rien de plus. Je ne suis pas une marchandise. C'est pas vous qui allez subir les réflexions quotidiennes sur ma dot.
Mon oncle (s'adressant à ma mère) : voici l'enfant que tu as élevé ! Quand je t'avais dit de me la donner pour l'éducation. Voici l'enfant que tu as élevé ! Elle humilie toute une famille. Elle refuse de considérer nos besoins. Elle sait ce qu'on devait faire avec cet argent? Bon sang de bonsoir, merde.
Je repasse le téléphone à ma mère et je la laisse dire au revoir à son frère.
Moi j'ai terminé cette conversation !
Dès qu'elle raccroche j'enchaîne.
Moi : mais attends maman tu joues à quoi? Tu sais très bien que ce n'est pas normale, pourquoi est-ce que tu acceptes tout ce cirque?
Elle : tu veux que je fasse quoi? Si ton oncle refuse de nous donner son terrain on va organiser ce mariage où? Est-ce que tu connais quelqu'un qui peut nous aider? Doliane il faut arrêter de nous mettre dans le mal.
Moi : maman c'est moi qui vous mets dans le mal? Sérieusement? C'est une blague !
Diane : mais Doliane ça fait quoi si ils ajoutent 500.000 fcfa en plus?
Moi (frustrée) : ça me gêne Diane. Nous sommes pauvres face à eux mais nous ne sommes pas des mendiants, en tout cas pas moi. J'ai un travail, un salaire, une voiture et un toit où fermer les yeux. Je ne quémande rien à personne. Vous ne voyez pas plus loin que cette demande, et il se trouve là le problème. Je ne vais pas parler de cette somme avec eux. S'il ne veut pas organiser mon mariage chez lui pour cette raison, c'est pas grave. Je vais trouver une autre solution.
Tzs Tzs
Maman : allô ?
La personne s'exprime puis m'a mère répond :
Maman : je dois faire quoi de plus? L'enfant refuse de communiquer l'information à la famille Obame. Vous ne pouvez pas me mettre la pression, non je refuse ! Comment vous pouvez me dire que vous ne cotisez plus si Doliane ne demande pas 500.000 fcfa est-ce que c'est bien? En quoi je suis responsable de sa décision? Est-ce que vous savez ce que je lui dis ici pour qu'elle change d'avis?
Pardon ?
Arrrrgh ma rage s'accentue !
J'ai envie de crier que je n'ai rien à foutre de leur présence et des miettes qu'ils peuvent donner !
Je suis tellement énervée que je commence à trembler.
J'ai les larmes qui montent.
Mais comment on peut faire le chantage à sa nièce pour de l'argent? Mon Dieu je suis dépassée !
Je prends mon téléphone sur la table et sans trop comprendre, je sors appeler mon père.
Tzs Tzs Tzs
Lui : allô ? Doli ?
Moi (pleurant) : pa..papa...
Lui : Doli qu'est-ce qui se passe?
Moi : ils me font la misère avec...
Lui : je t'écoute Doli.
Moi (essayant de reprendre mes esprits) : ils me font la misère avec ce mariage. Le frère de maman vient de me dire qu'il refuse qu'on fasse le mariage chez lui si je n'ajoute pas 500.000 fcfa dans la dot. Mais j'ai honte. Je ne peux pas demander une telle somme à ma belle famille.
Lui : pardon? Mais pourquoi est-ce qu'ils veulent te vendre? D'abord c'est 3.500.000 ensuite il faut rajouter? Ça va être quoi la suite?
Je n'arrive pas à me calmer.
Il parle mais je n'écoute quasiment pas.
Je suis trop dépassée par les émotions.
J'ai des problèmes avec Damien, j'ai des problèmes avec ma famille...je suis fatiguée.
Lui : Doli? Calme toi ma fille. On ne règle rien de sérieux dans la vie avec des larmes.
Je prends quelques secondes pour respirer mais l'appel se coupe car je n'ai plus de crédit.
1 minute plus tard
Tzs Tzs
Moi (décrochant) : allô?
Papa : oui Doli, bon je vais organiser le mariage chez moi.
Akieee Seigneur les larmes continuent de couler. Je vois encore les problèmes venir de loin avec maman.
Si quelqu'un m'avait dit que je devais autant pleurer pour mon mariage je ne devais pas croire.
Comment l'organisation d'un événement heureux peut créer autant de frustrations?
Je n'ai pas la réponse à cette question. Je cherche mais je ne trouve pas.
Je me sens seule, terriblement seule de l'intérieur.
J'ai l'impression que tout est mis en place pour me rendre triste.
Je devrais prendre du plaisir à planifier tout ça, mais ce n'est pas le cas.
Je me retrouve souvent à stresser rien qu'en y pensant.
Je n'arrive pas à visualiser le jour-j car tout est incertain dans ma tête.
Papa : ça va régler le problème n'est-ce pas?
J'ai envie de lui dire oui mais non en fait. Ça va créer un autre problème.
Ma mère ne voudra jamais aller chez lui pour mon mariage. Ils ne se parlent pas depuis plusieurs années. Il y a encore trop de rancoeur du côté de maman.
Moi : papa c'est pas possible. Maman va me tomber dessus.
Lui : je comprends, tu as raison. Bon je peux payer la location d'un espace. Je te laisse chercher un terrain ou une salle avec 1.000.000 fcfa comme budget.
Je me sens mieux en écoutant cela. Mais je culpabilise un peu parce que c'est un sacré budget qui sort de sa poche.
Moi : ok papa.
Lui : je ne veux plus que tu pleures ok? Dans la vie il y a des solutions, il n'y a pas que des problèmes.
Moi : ok papa, je reviens vers toi rapidement pour te donner les informations sur le lieu. Merci pour cette solution.
Lui : ne dis pas à ta mère que ça vient de moi ok Doli?
Moi : euuuh ok.
Lui : je suis là pour toi. Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais fait la liste de cette dot. Mais comme je ne veux pas créer plus de problème, je préfère rester à ma place. Mais si tes oncles agissent comme si je n'existe pas et bien je vais leur montrer le contraire. Je suis ton père. Certes j'ai été absent mais je reste avant tout ton père. Normalement les décisions me reviennent.
Il me souhaite une bonne fin de soirée et raccroche.
J'inspire et expire plusieurs fois avant de retourner à l'intérieur.
*Dans la tête de Damien Obame*
Je suis énervé contre Doliane car je trouve que ces dernières semaines elle a des vibes négatives. Elle se plaint en permanence et c'est agaçant.
Je suis un homme à l'écoute mais lorsqu'on m'inonde d'histoires négatives, elles ont un effet sur ma vie quotidienne.
Je veux bien comprendre sa position mais elle doit également comprendre la mienne. Je ne dois pas être le seul à subir et faire des concessions.
Je vais sur whatsapp et je vois qu'elle est en ligne mais j'hésite à lui faire un message. Elle ne s'est pas excusée et rien que pour cela je ne veux pas faire ce pas. Je fais trop souvent le premier pas. Il faut qu'elle comprenne et apprenne à gérer le stress.
Tzs Tzs
Je ne connais pas ce numéro mais je décide de décrocher.
Moi : allô ?
Voix d'une femme : bonsoir Damien.
Je reconnais tout de suite la voix de la bestie de Doliane.
Moi : bonsoir, oui?
Elle : je voulais savoir tu as combien de garçons d'honneurs ? Parce que de notre côté...
Moi : je préfère en discuter directement avec Doliane. Tout ce qui concerne directement nos décisions, je n'en discute qu'avec elle.
Elle : euuuh ok mais je voulais savoir parce que...
Moi : qu'importe la raison, je pense que cette conversation je dois l'avoir avec elle, directement.
Elle : mais elle ne semblait pas savoir quand je lui ai posé la question, d'où ma démarche pour l'aider.
Moi : merci pour ton intérêt. Mais mon discours est le même.
Elle : tout va bien ? Je te sens sur la défensive.
Moi : pas du tout, mais il y a des choses qui ne concernent que nous deux.
Elle : ok, j'ai compris bonne soirée.
Moi : pareillement.
Je coupe l'appel et je laisse mon téléphone sur le chevet de lit.
*Dans la tête de Doliane*
Je suis au téléphone avec ma meilleure amie. Elle vient de me dire qu'elle a appelé Damien pour les garçons d'honneur.
Moi : je comprends sa remarque. Tu devais attendre que moi je te communique cette information. Tu ne peux pas l'appeler comme ça, sans d'abord passer par moi. Je t'ai donné son contact en cas de pépin.
Elle : je l'ai fait pour t'aider. Je vois que tu n'avances pas à ce niveau. N'oublie pas qu'il y a des affaires à payer. Tu dois au moins savoir combien de filles d'honneur tu veux avoir.
En ce moment ma tête n'est pas dans le mariage civil.
Moi : ne l'appelle plus pour parler des décisions que tu peux me demander. C'est bizarre, quand bien même ta démarche est sincère. Je ne dis pas contre toi, mais je le connais. Je suis certaine qu'il n'a pas apprécié cette démarche.
Étant donné qu'il ne me parle pas. Il ne va pas m'appeler, je le connais.
Bref je coupe la conversation là.
Cela en est trop pour aujourd'hui.
J'ai un terrain à chercher sur Internet.
Je dois dire que c'est la seule solution positive du jour. Je vais devoir mentir à ma mère mais je n'ai pas de choix.
Cette fois je dois penser à moi.