- Qu'as-tu encore à faire ?
- Du step et du tapis roulant, répond-elle en souriant.
- Ok. Moi, j'ai une séance de Zumba.
- Durée ?
- Une vingtaine de minutes, répondis-je en faisant la grimace.
- La Zumba est plus physique qu'on ne le pense, ma chérie.
- J'en suis consciente, od.
- Bon, j'y vais et l'on se prend plus tard.
Nous nous séparons, je vais m'asseoir sur l'un des vélos afin de faire du Biking et me sers de mon portable pour aller sur Facebook. Je ne sais pas pourquoi je suis attirée vers la page de Louis-Joseph, mais j'y vais ; je fais confiance à mon intuition et me mets à naviguer dans sa page. Je clique sur l'onglet photos et tombe des nues en constatant qu'une fille a commenté en l'appelant chéri, cela ne date que de quelques jours.
La détective qui sommeille en moi se réveille, je décide d'aller sur la page de la fille regarder parce qu'avec les hommes, l'on ne sait jamais. Sur le mur, je regarde cinq à six photos, tout va bien. Au moment de cliquer, mon sixième sens me demande d'aller regarder les photos, ce que je fais et manque m'étouffer en voyant une photo de mariage où Louis-Joseph, mon Louis-Joseph et elle, sont enlacés. Mon sang ne fait plus qu'un tour, je ferme les yeux et respire la bouche ouverte afin de calmer la déferlante qui risque s'abattre.
Je m'exhorte au calme et continue la visite des photos, tu es maso, me direz-vous. Je craque en voyant au bas d'une des photos, « My heart belong to You », la photo date d'une semaine. J'arrête de pédaler et ferme les yeux afin de ne pas laisser les larmes couler. Pourquoi faut-il toujours que cela m'arrive à moi ? Mon cœur est en lambeaux, je ne sais plus quoi faire penser ou faire et sens une certaine rage monter à moi.
Je relève son nom et le garde dans un coin de ma tête, Sylviane Talissa. Je referme ma page Facebook et préfère mettre la musique afin de continuer ma séance de sport, sinon je vais tout arrêter et rentrer dans mon lit pour déprimer ; la vie est vraiment injuste.
Une vingtaine de minutes plus tard, alors que Odessa et moi, nous rejoignions dans le coin cuisine du centre de sport pour nous désaltérer, je reçois un message de Louis-Joseph, « je pense à fort à toi ». Sans un mot, je passe mon portable à Od qui lit l'air de ne rien y comprendre.
- Mais c'est ton chéri, qu'y a-t-il d'étrange ?
- As-tu pu capter le wifi, cette fois ?
- Oui, ma belle, répond-elle en dégainant son téléphone.
- Vas-y dans ton Facebook et cherche le profil de Sylviane Talissa.
- Qui est-ce ?
- Vas-y, s'il te plait, insistai-je en avalant un verre d'eau.
Elle le fait et au bout de quelques minutes, a la bouche grande ouverte en se tournant vers moi.
- Est-ce notre Louis-Joseph ? Finit-elle par demander, les yeux écarquillés.
- En chair et en os, dis-je sobrement.
- Mais il a le culot, Seigneur ! Comment a-t-il pu ?
- Ma chérie, c'est la question que je me pose aussi. Les hommes sont vraiment des cons, soupirai-je en me levant et me dirigeant vers le casier, talonné par Od.
- J'ai du mal à comprendre les camerounais. Mais pourquoi sont-ils ainsi ? Tu étais dans ton coin, ne demandant rien à personne et voilà qu'il s'emmène avec sa longue tête pour te draguer et te faire miroiter, tout et rien.
- Hum, fais-je tout simplement en sortant mon sac du casier.
- Calme-toi, ma chérie, ça ira.
Nous sortons du centre de sport en silence et marchons durant quelques minutes, puis n'y tenant plus, je brise le silence.
- Tu comprends maintenant pourquoi je ne veux plus de black dans mon lit et ma vie ?
- Je te comprends mais tous ne sont pas ainsi.
- L'on dirait qu'ils sont nés du même père et de la même mère.
- Les camerounais sont des menteurs, ceux-là ils peuvent te mentir la main sur la bible. Tu vas attraper celui-là sur et dans une femme, il sera capable de te dire avec les yeux mouillés, « Chéri, ce n'est pas ce que tu crois », alors que son phallus est encore en mouvement.
- J'ai l'impression d'être maudite, quoi, continuai-je choquée.
- Ce n'était tout simplement pas le bon. Humm, que pouvait-on vraiment attendre d'un griot du parti au pouvoir.
- Comment ai-je pu tomber aussi bas ? Me demandai-je à haute voix.
- Il n'avait pas d'alliance et sous ses airs de nounours, c'est en fait un bourreau des cœurs.
- Il a le culot de m'envoyer des messages, dis-je à haute voix.
- Calme-toi, ma belle, attends, attends.
Sans que je ne maitrise quoi que ce soit, les larmes que je refoule depuis près d'une heure, se mettent à couler.
- Et dire que je prie tous les jours et j'avais dit au Seigneur que j'étais ouverte, sauf aux hommes mariés.
- Je sais, je sais, dit-elle en me prenant dans ses bras indifférente aux regards des automobilistes passant sur le boulevard de Laborie.
- Je serai obligée de prendre un virage à 360° et oublier les blacks, il faut que j'y arrive.
- Ce n'est pas en disant ou en te répétant que tu dois y arriver que cela se fera, ma belle.
- Et pourtant, il le faut, fais-je en me dégageant avec douceur.
- ...
- J'ai des sentiments Od, des sentiments ; j'avais vraiment commencé à y croire.
- Je sais, je sais. Malheureusement ton cœur ne bat que pour les noirs et tu as la poisse,
- Je t'assure.
- Tu ne tombes que sur des camerounais, ils sont incorrigibles, des infidèles notoires.
- ...
Un quart d'heure plus tard, nous arrivons enfin à la cité universitaire Laborie et rentrons dans notre studio estudiantin. Je vais me laver les mains et sortir la pastèque que je découpe en quarts, pendant qu'Od va prendre la douche. Une fois terminée, je tire une chaise et m'assieds à la table à manger. Je ne sais plus quoi faire et décide d'envoyer un message à Louis-Joseph, « Mes respects à ton épouse, Sylviane Talissa. », avant de le bloquer sur tous les réseaux sociaux, mon téléphone et même mes mails.
****FLASH-BACK DE SIX MOIS****
Je me souviens encore de notre rencontre comme si c'était hier. Odessa, Amicie et moi, étions allées assister à un spectacle, un concert donné en l'honneur du peuple Ekang à l'Olympia. Nous étions attablés, les filles et moi avec le grand-frère d'Amicie lorsque Louis-Joseph déboula de je ne sais où pour nous saluer et sa main s'attarda plus qu'il n'en fallait sur la mienne et son regard, son regard pénétrant semblait vouloir sonder mon âme. A la minute où nous nous sommes regardés, je sus que c'était perdu d'avance surtout qu'il était physiquement mon style d'homme.
Louis-Joseph, trentenaire de son état, avait tout pour physiquement plaire aux femmes. Son coté « Bad-boy » négligé et savamment étudié, avait un certain charme. Il s'occupa de nous toute l'après-midi, ne se ménageant pas pour nous faire plaisir en nous offrant des boissons et faisant la conversation. Nous nous sentîmes bien dans ce milieu de musiciens venus pour la plupart du Cameroun en vue de participer à l'évènement. La petite « Atanga » ou N'tagan » que je suis, se sentait à son aise car malgré ma couleur de peau, j'ai toujours été attirée par les blacks.
Quatre heures plus tard, alors que nous nous décidions à rentrer, Amicie qui savait où prendre le métro à Paris, proposa de nous emmener mais Louis-Joseph s'y opposa tout de suite et se porta volontaire pour nous raccompagner. C'est ainsi qu'au lieu de nous ramener à notre hôtel dans le 92 à Fontenay-Aux-Roses, nous fîmes un crochet par un restaurant camerounais dans le 18ième et mangeâmes comme des reines. Louis-Joseph, toujours aux petits soins, ne manquait pas une occasion de nous complimenter.
Je remarquai et constatai que tous ceux qui causaient ou saluaient Louis-Joseph, le faisaient avec déférence. Je choisis de ne pas poser la question puisque je n'avais aucune intention de lui montrer qu'il m'attirait. Après le manger, alors qu'il était garé devant notre hotel, il me retint dans la voiture en tenant ma main et me tendit son téléphone sans un mot ; je compris sa doléance et composai mon numéro avant de lancer l'appel.
- Merci, fit-il sobrement avant de me souhaiter une bonne nuit.
- Tu as vu, Amicie, je t'ai bien dit, commença Odessa en m'entendant rentrer.
- Ne viens pas mal avec un Bafang, ils aiment trop les femmes rouges ; entendez ici, brunes, claires de peau ou métisses. L'argot camerounais, il faut y être habitué et cela devient une deuxième langue lorsqu'on a une amie camerounaise.
- Vous avez déjà commencé le congossa, me défendis-je.
- Aka, Jen, nous avons tous vu comment il te dévorait du regard, répliqua Odessa.
- C'est ce que tu dis un peu comme ça ? Renchérit Amicie avec emphase.
- Si l'on partait en discothèque, il aurait pu acheter un nombre incalculable de bouteilles de champagnes pour impressionner Jen, lacha Od.
- Je te dis, ma co(copine, argot camerounais). N'est-ce pas, il a vu la femme de sa vie. Il fallait voir comment il tremblait en la regardant, les Bafang et les femmes brunes.
- Je te dis, la couleur taxi passe sur le marché. Ne vient pas mal avec eux, ma chérie.
Je réprimai le fou-rire qui menaçait de sortir en entendant Odessa et surtout Amicie qui s'exprimait maintenant avec le ton des camerounais.
****FIN DU FLASH-BACK****
- Eh ooo, ici Houston, fait une voix derrière-moi.
- Ah oui, Od. As-tu terminé ?
- Oui, tu peux y aller et merci pour les pastèques.
- Il n'y a pas de quoi.
Je me lève lourdement et vais prendre ma douche en cogitant, décidée à ne pas me laisser abattre ou m'apitoyer sur mon sort. J'ai appris dans la douleur qu'être sensible est un signe de faiblesse. Mon téléphone se met à sonner, je coulisser la porte et tire légèrement sur le rideau de bain avant de prendre le téléphone et décrocher.
- Bonsoir Roberta, fais-je d'une voix douce en souriant.
- Bonsoir ma petite. Comment vas-tu ?
- Bien, merci et toi ?
- Ça ne va pas ici, répond-elle après un temps qui me parait long.
Mon cœur se met à battre la chamade, tout me passe par la tete. Je m'exore au calme et ferme les yeux durant quelques secondes afin de me calmer.
- Roberta, je t'coute...
PENDANT CE TEMPS...
...ELRIC...
- Louhann, je croyais t'avoir dit que je rencontre des difficultés ce mois.
- Et moi, que suis-je censée devenir ? Comment vais-je pouvoir payer mon loyer ?
- Tes parents sont censés t'envoyer des sous chaque mois, toi aussi !
- El, cela fait quatre(4) ans que nous sommes ensemble, c'est toi qui as toujours payé mon loyer, je te rappelle.
- Bah pour une fois, tu le feras.
- Je ne peux pas, répéta-t-elle d'une voix vibrante d'émotion.
- Et pourquoi ? Demandai-je en me redressant.
- Je me suis achetée des brésiliennes de 450€, ce mois.
- Mais cela fait à peine deux mois que je t'ai donné les sous pour les brésiliennes, m'insurgeai-je.
- Oui mais je voulais changer.
- Ecoute, Louhann, tu commences sérieusement à me pomper le bazo ! Si tu n'es pas contente, tu te trouves un autre mec !
- Et depuis quand t'adresses-tu à moi de cette façon ? N'est-ce pas toi qui disais vouloir une copine toujours fraiche et dispo ? Crois-tu que pour s'entretenir que l'on puisse le faire avec des cailloux ?
- Louhann ! Tu fais semblant de ne pas comprendre ou quoi ? Ce mois j'ai des soucis au niveau de ma trésorerie.
- Non, fais le miracle. Déjà que je suis assez lache avec toi, tu aurais déjà du me prendre en charge et totalement depuis que l'on se connait.
- Pardon ?
- Cela fait quatre (4) ans que l'on se connait, tu connais toute ma famille mais n'as jamais pris la peine d'aller toquer chez mes parents. Tu m'as privatisée durant quatre longues années et aujourd'hui tu prétends ne pas avoir d'argent alors que ton père est ministre au pays ?
- Louhann, combien de fois dois-je te le dire ? L'argent de mon père ne m'appartient pas !
- Et puis quoi ? Tu crois que je ne suis pas au courant que tu gères d'autres petites au pays ?
Je préfère ne pas répondre sinon je vais non seulement perdre patience mais aussi dire ce que je vais regretter. Les femmes et la gueule, surtout les camerounaises, c'est encore pire lorsqu'elles sont de petites tailles. Les femmes du Centre et particulièrement les Beti sont de vrais cas sociaux mais paradoxalement, lorsqu'elles aiment elles le font bien.
Je soupire en m'allongeant, me fermant au bavardage de Louhann qui est en train de mettre les chaussures pour s'en aller. Ce mois, je sais avoir dépensé plus qu'il n'en faut, j'ai acheté deux voitures que j'ai envoyé au pays pour la revente, afin de maximiser plus ; résultat des courses, je suis à sec et vis sur mes restes.
Quelques secondes plus tard, j'entends la porte claquer et sentirai presque les murs de mon studio trembler. J'ai malgré tout, un pincement au cœur mais ne regrette pas d'avoir été ferme avec elle. Avec le temps, Louhann qui était très calme et douce, est devenue un vrai dragon. J'ai parfois l'impression qu'elle ne voit en moi qu'un tiroir-caisse, je ne sais plus quoi faire ou penser d'elle. J'envoie un message à mon pote, Jude, qui répond aussitôt. Au lieu de continuer par sms, je rappelle.
- Comment peux-tu m'appeler à cette heure ? Ne sais-tu pas que c'est l'heure indiquée pour un examen approfondi ?
- Connard, comme tu as réussi à attraper une femme et peut maintenant faire des infidélités au savon, tu te prends pour un tombeur.
- El, que me veux-tu ? Au cas où tu l'aurais oublié, je n'ai pas une paire de nibards, un postérieur intelligent et une bouche pouvant te gâter.
- J'aime la description que tu fais de ma belle-sœur, n'oublie pas de préciser que l'on ne sait où le dos commence et s'arrête.
- Salopard !
Nous éclatons tous les deux de rire et lorsque nous sommes calmés, je me redresse et m'assieds confortablement.
- Où est loulou ? Demande-t-il en m'imitant.
- Tu la veux celle-là ? Répliquai-je.
- Celle de deux centimètres ? Tu es un vrai malade, toi, il faudrait déjà arrêter de fumer la moquette, El.
- Type, nous venons encore de nous disputer.
- Elles sont de plus en plus récurrentes, type, depuis que tu as commencé à diminuer la somme que tu alloues tous les mois.
- Ce mois, je ne lui ai rien donné, tu connais la situation.
- Et elle n'a rien voulu comprendre malgré le fait que tu ais expliqué que c'était pour le business ?
- Oui, Oan.
- Je ne comprends pas mais qu'est-ce qui lui prend ? Que lui arrive-t-il ?
- Je ne sais pas.
- Je t'avais bien averti, il ne fallait pas l'habituer à la vie facile.
- Elle voulait d'abord que nous allions manger au Nganda (restaurant africain), j'ai refusé car je vis sur mes derniers sous.
- Ne pouvait-elle pas t'offrir ce restaurant ?
- Je ne sais pas, je suis dépassé.
- Je t'avais bien demandé de la mettre au pas. Finis les restaurants et les sacs de marque, n'importe quand et n'importe comment. Ma go, elle sait que je n'ai pas d'argent et que je fais le maximum en lui donnant quelque chose à la fin du mois.
- J'ai été honnête avec Loulou dès le début.
- Et c'est justement là que se situe ton erreur, elle sait de quoi tu es capable et joue dessus.
- Et dire que je me suis battu un an après notre rencontre pour qu'elle vienne en France. J'ai dû demander à mon père de faire jouer ses relations pour qu'elle obtienne le visa, en plus de payer son billet d'avion.
- Et la nourrir dès son arrivée en France, rajoute Oan.
- Type, tu l'as trop gâtée et maintenant que tu veux couper le robinet d'argent, tu sauras vraiment qui elle est.
BZZZ...BZZZZ...BZZZZ....
Je regarde tout en gardant Oan en ligne, c'est un sms d'Amicie ; je souris automatiquement en pensant à sa bouille. Si je dis ne pas avoir pensé à la draguer ou penser à la mettre dans mon pieu, je mentirai mais avec le temps, j'ai préféré en faire une copine.
- Type, règle loulou, sinon vous allez droit au mur.
- Ok, bonne soirée.
Je raccroche et appelle de suite Amicie, qui décroche après la deuxième sonnerie.
- Bonsoir ma belle,
- Bonsoir El. Comment vas-tu ?
- Bien, merci et toi ?
- Ça peut aller, répond-elle en soupirant.
- Que se passe-t-il ?
- Clarel ou Yllan ?
- A ton avis,
- Que se passe-t-il ?
- Je suis dépassée, commence-t-elle ; j'entends le bruit d'une chaise que l'on tire.
- Calme-toi et raconte-moi.
- El, je suis dépassée, je ne sais plus quoi faire ou à quel saint me vouer. Te rendes-tu compte que je suis obligée de cacher certaines choses à mes meilleures amies pour protéger mon couple : à l'évocation de son couple, j'ai des grincements de dents.
- Huhum.
- Huit ans que nous sommes ensemble et nous avons un fils de quatre (4) ans, monsieur estime que ce n'est pas suffisant. Quand je lui pose la question de savoir quand est-ce qu'il ira voir mes parents, il fait celui qui n'entend pas.
- Humm.
- Il y a de cela trois mois, il était dans sa famille au Cameroun, il n'a pas fait semblant de chercher la mienne et au Gabon, il n'a pas cherché mon oncle qui réside là-bas.
- Que voudrais-tu entendre, je t'ai déjà demandé de le quitter car il ne t'aime pas. Il n'assume rien dans cette relation, ne t'aide pas à payer, le courant, l'eau, la nourriture et encore moins, les factures relatives à la cantine de Clarel. Mais qu'attends-tu de plus ?
- Sniff...sniff..si ce n'était que cela, El...si ce n'était que cela.
- Je t'écoute.
- Cela fait près de trois (mois) que nous n'avons pas fait l'amour et je sais qu'il a une copine au Gabon, une copine qu'il prend en charge totalement.
- Mais pourquoi ne fais-tu pas valoir tes droits, toi ?
- Il dit que je travaille ; je préfère garder mon calme.
- Est-ce que cela devrait l'empêcher de se conduire en responsable ?
- El, il m'a dit hier qu'il ne peut pas se marier sous le régime monogamique.
- Et donc ?
- Il accepte m'épouser si et seulement si j'accepte la polygamie et me marier avec lui en seconde noce.
- Alor que c'est toi qui lui as donné les papiers de la France en lui faisant un enfant ?
- Oui.
BZZZ...BZZZ...BZZZZ...
Je demande à Amicie de ne pas quitter et vais consulter le sms que je viens de recevoir, il vient d'un de mes « petits ». Je manque tomber à la renverse en prenant connaissance dudit sms.
- Amicie, je suis navré de te devoir raccrocher, j'ai une urgence, dis-je avant de raccrocher, prenant ma veste et mes clés de voiture.
- Maman, dis-je en descendant du train.
- Oui, mon bébé, répond-elle les larmes aux yeux.
- Comment a-t-elle pu ? Fais-je avant d'éclater en sanglots.
- C'était le moment, je crois. Elle avait assez souffert, il fallait qu'elle aille se reposer.
- Que va-t-il se passer maintenant ?
- Nous irons assister à l'enterrement. Toi, tu reviendras plus tôt, car tes études ne devraient en aucun cas, en pâtir.
- Ok, mais...
- Non, il n'y a pas de discussion possible.
- Ok.
Nous allons au parking où je repère rapidement la voiture de maman ; elle la débloque à distance, je mets ma valise dans la malle arrière et monte, côté passager. Nous quittons l'aéroport dans le silence le plus absolu, chacune dans ses pensées. A mesure que nous avançons, je regarde autour de moi et bien que je sois nostalgique, ne regrette pas d'être partie de la maison ; cela devenait invivable voire insoutenable. Je ne sais pas vous mais pour moi, la famille qui comme je l'entends partout, est un havre de paix, est un concept nouveau ou un concept New Age. Vous ne comprenez pas, ce n'est pas grave, cela viendra avec le temps.
- Ta sœur est à la maison, lâche ma mère à quelques mètres de la maison.
- Ah oui, elle est là. La voir, me fera du bien.
- ...
- Un mois qu'elle est partie voir les grands-parents, même si elle revient avec une mauvaise nouvelle.
- C'est certain, murmure ma mère.
- Elle a dû changer ; je sors rapidement le miroir de mon sac et vérifie que je suis bien maquillée. Comme disent les camerounais, il faut toujours être prêt parce qu'on ne connait le caillou qui va tuer l'oiseau.
Au lieu de garer sur le perron, comme d'habitude, elle gare dans le parking et au moment où je veux descendre de la voiture, elle me retient par le bras.
- Jen, commence-t-elle en se mordant les lèvres.
- Oui, maman.
- Je sais que cela n'a pas toujours été drôle pour toi ; je ferme les yeux quelques instants afin d'exorciser ce qui risque remonter et les rouvre quelques secondes plus tard.
- Maman, l'arrêtai-je en posant ma main sur sa cuisse.
- Non, s'il te plait, Jen, insiste-t-elle.
- Je t'écoute, finis-je par dire en soupirant.
- Ta sœur est...Elle a quelque peu...
- Maman, qu'y a-t-il ? Demandai-je alarmée par le ton de sa voix et l'état anxiogène dans lequel se trouve manifestement ma mère.
- Ecoute...je ne sais comment te le dire.
Je ne suis pas assez patiente, je préfère sortir de la voiture, récupérer mon sac dans la malle arrière et me diriger vers l'entrée de la maison. A peine suis-je dans la ville rose, que les problèmes surgissent ; c'est comme si rien n'avais changé. Je rentre dans la maison et trouve Roberta en train d'épousseter les meubles. Elle tourne la tête en entendant le bruit que je fais avec mes bottines, lâche la houppette, avale la distance qui nous sépare et me prend dans ses bras. Je lâche la valise et m'y réfugie ; rentrer à la maison et la retrouver, a toujours eu le don de m'apaiser.
- Comment as-tu voyagé ?
- Bien, merci, fais-je en me détachant d'elle.
- Mes condoléances, ma petite.
- Merci Roberta.
- Jen, il va falloir que...
Un bruit de pas provenant du haut de l'escalier nous oblige à nous retourner. Elle descend, toujours aussi apprêtée, je souris automatiquement en la voyant. Nos regards se croisent, je suis étonnée par la froideur émanant d'elle. Je me retourne vers maman qui rentre à l'instant dans le séjour, ne comprenant rien à son attitude.
- Bonjour Vayana, fais-je tout de même en la regardant à nouveau.
- Bonjour Jen, répond-elle simplement.
- Comment vas-tu ?
- Bien.
- Depuis quand es-tu là ?
- Quelques jours, pourquoi ?
- Comme ça, juste par curiosité. Comment as-tu voya...
- As-tu entendu ?
- Oui, maman m'a dit ; elle se tourne vers maman et arque un sourcil.
- Nous avons perdu Jeneya Stern, notre grand-mère.
- Pourquoi préciser Jeneya Stern ? C'est notre grand-mère, m'offusquai-je.
- Là, n'est pas le problème, me coupe-t-elle.
- Qu'est-ce donc ?
- Nous verrons, répond-elle évasivement ; elle descend l'escalier et nous dépasse, laissant des effluves de son parfum musqué dans son sillage.
- Maman, que se passe-t-il ?
- C'est de cela que je voulais te parler soupire maman en me précédant dans l'escalier.
- Que se passe-t-il, ici ? Répétai-je en la talonnant.
- Jen, pourrais-tu attendre ? Je vais me débarbouiller et reviens vers toi.
- Ok.
Je vais dans ma chambre, me coule un bain, récupère un livre et plonge enfin dans mon bain. Je suis réveillée une heure plus tard par Roberta, frappant de vigoureux coups à la porte. Je sors de la baignoire, enroule une serviette autour de moi et vais ouvrir.
- Howard est là, fait-elle simplement.
- J'arrive, Roberta.
- Tu as une demi-heure, précise-t-elle en souriant.
- Ok et merci, Roberta.
- De rien, mon bébé.
Je vais me rincer en repensant à tout ce qui se passe dans cette maison, c'est assez étrange. Il y a de cela un mois, Vanaya et moi, nous sommes séparés en bons termes et là, c'est comme si nous étions de parfaites étrangères. Je sais que vous êtes perdus, car je vais surement plus vite que la musique.
Jeneya Stern, est ma grand-mère décédée depuis hier dans un hôpital huppé de Londres. Elle a toujours été la matriarche de la famille, une dame de fer sachant se faire respecter par tous ceux qui gravitaient autour d'elle. Vous avez aussi dû faire le lien, je suis ou plutôt, j'étais son homonyme. Cette femme a toujours été importante pour moi, elle savait tout comme ma famille proche, mettre de la couleur et du bonheur dans ma vie. Elle est décédée à l'hôpital de suite de longue maladie et laisse un veuf éploré, Klaus Stern.
Klaus Stern, de son nom complet, Klaus Elizar Stern est un anglais ayant fait fortune dans le cuir. Fils de minier et d'une meunière, il a gravi les échelons de la société au prix des efforts considérables et a fini par gagner le respect de tous. Seulement, c'est un personnage des plus froids, vils et calculateurs que le monde ait connu. Pour tout le reste de la population, c'est un généreux donateur, un mécène, une personne ayant la main sur le cœur, un philanthrope ; c'est une personne qui ne sait pas faire attention à son prochain et ne se focalise que sur ce qui peut lui rapporter des euros. Il a très vite compris que le cuir était l'avenir dans le monde de la mode, sacs, chaussures et vêtements, il est l'un des meilleurs dans ce domaine. A 25 ans, alors que l'avenir commençait à lui sourire, il fait la rencontre de Jeneya Malvina Tudor, en tombe follement amoureux. Ils marient un an plus tard et l'année d'après, nait leur premier enfant.
Jamice Stern, 48 ans, premier enfant de l'empire Stern, a toujours été préposé à la direction de l'empire Stern. Athlétique, les iris de mordorés, des cheveux d'un blond platine, une démarche altière et un physique comparable à celui de Brad Pitt plus jeune, Jamice est un tombeur et bourreau des cœurs ; il se sait beau et à cause de son physique agréable, ne se refuse rien. Après de brillantes études à Harvard, il décide de rentrer au pays, travailler aux côtés de son père, surprenant tout le monde et défiant tous les pronostics. Il est marié à une londonienne depuis quelques années et ils ont 4 enfants ; une famille nombreuse, contrairement à celle de son frère.
Dike Stern, 45 ans, deuxième enfant de Stern, après des études brillantes, tout comme son frère, a décidé de s'installer en Afrique du Sud où il a fondé une entreprise spécialisé dans les finances. Aux dernières nouvelles, il ferait aujourd'hui partie d'un consortium d'entreprises et s'en sortirait plutôt bien. Il a toujours été considéré comme un paria par le reste de la famille, car ayant décidé de s'exiler au grand dam de Klaus qui souhaitait avoir toute sa famille à ses côtés. Marié à une Boer, ils ont fait le choix d'avoir deux enfants ; c'est le complice de sa sœur.
Carla Croft née Stern, 42 ans, est ma mère. C'est une jeune femme dont le temps n'a pas altéré la beauté ; dire qu'elle est belle ne saurait rendre grâce à sa beauté. Malgré l'extrême richesse de ses parents, Carla n'a pas hésité après la rencontre d'Howard, à le suivre en France, créant confusion voire de nombreux drames dans la famille. Nous n'avons presque pas mis pieds dans notre famille maternelle toute notre enfance ou sa majeure partie, nous contenant des photos montrées par nos parents.
UNE VINGTAINE DE MINUTES PLUS TARD...
Je descends les escaliers et vais retrouver les autres, dans la salle à manger. Roberta, comme toujours, nous a préparés un festin de rois. Harry et Dan, 16 et 18 ans, y sont déjà ainsi que maman et papa, lorsque Vayana, 20 ans, décident de nous rejoindre. Je ne saurais dire pourquoi mais tout parait différent chez elle.
- Ma fille, dit mon père en tendant le plat à Roberta qui fait le service en déplaçant à chaque fois la soupière.
- Je vais bien, papa ; il lève les yeux et me regarde en souriant. Cet homme est vraiment beau, ses cheveux couleur poivre et sel lui confèrent un charme particulier. Il a certes 46 ans mais a encore le physique d'un adonis.
- Quoi de nouveau dans la ville de la porcelaine ?
- Rien de nouveau sous le soleil, mais je serais heureuse de vous avoir là-bas pour un week-end.
- Comme je te l'ai dit, nous programmerons tous et viendrons te voir.
- Papa, pourrais-je y aller un de ces jours ? Intervient Harry, toujours aussi vif.
- Non, Harry, ta grande-sœur n'a surement pas le temps de s'occuper de toi avec le décès de son homonyme.
- Ah oui, le décès de mami, soupire-t-il en baissant les yeux.
- Justement, après le décès de mami, si vous le voulez, je passerai prendre Harry et nous irons passer une à deux semaines à Limoges. Je précise, durant les congés, rebondit Dan.
- Pourquoi pas, répond ma mère.
- Maman, ça va ? Lui demandai-je en posant ma main sur la sienne.
- Oui, ça peut aller ; sa voix est chevrotante.
- Ca va aller, maman, ça ira.
- Merci, mon bébé.
- Et toi, Vayana ?
- Moi, rien, répond-elle froidement.
- Comment ça, rien, insiste ma mère ?
- J'étais au manoir et vais y rentrer pour l'enterrement de mamie, fait-elle laconique.
- Comment a été le séjour ? S'enquiert mon père.
- Au début, c'était vraiment plat mais la fin fut assez mouvementée.
- C'est bien, c'est bien, dit mon père en terminant sa soupe.
- Je ne regrette franchement pas d'y être allée, il fait vraiment bon d'y vivre.
- Je suis contente que le séjour t'ait plu, renchérit maman.
- Pas seulement le séjour mais les personnes y vivant, ce manoir réelle tant de trésors cachés.
- Huhum, fait maman.
- J'en ai appris tellement...tellement...Surtout que je me suis bien entendu avec papi, c'est un amour.
Papa qui était en train de manger, suspend la cuillère qui allait à sa bouche et se tourne vers ma sœur, la bouche grande ouverte. Il est surpris et n'est d'ailleurs pas le seul, personne n'aurait parié sur le fait qu'il s'attache à l'un des enfants Croft. Maman se tourne vers son mari, au bord de l'apoplexie.
- Howard, ce n'est rien, essaie-t-elle de le rassurer.
- J'espère bien, je l'espère vivement, dit-il les dents serrés.
- Pourquoi vous en faire ? Demande Vanaya, essuyant sa bouche comme le font la plupart des aristocrates.
- Maman, pourquoi Vanaya se comporte-t-elle comme si elle avait une barre de fer dans le dos ?
- Je ne sais pas, Harry.
- Je dirai plutôt qu'elle a un balai dans le ...
- Dan ! Le coupe durement ma mère, manquant de s'étouffer.
- Oh ! Excusez-moi de dire ce que je pense, fait-il en levant les bras.
- Ce n'est pas gentil pour ta sœur, gronde mollement papa.
- Laisse papa, d'ici peu, tu t'adresseras à moi sur un autre ton ; son ton est assez mystérieux, j'en ai des frissons.
- Roberta, viens t'asseoir avec nous, dit maman.
- Non, Carla, refuse-t-elle comme toujours ; elle récupère la soupière et va la déposer dans la cuisine, puis revient récupérer les plats ayant servi à la soupe afin que nous puissions passer à l'entrée.
Roberta est une femme plus âgée que maman, recueillie par mamie de son vivant. Rejetée de tous, elle fut déposée dans un orphelinat un matin. Mamie, qui avait un grand cœur, la prit sous son aile malgré son infirmité. C'est ainsi que Roberta et maman, grandirent, l'une près de l'autre et quand maman décida de suivre Howard, Roberta ne réfléchit pas à deux fois et la suivit. Malgré le fait d'être borgne et d'avoir un pied bot, c'est une personne d'humeur égale, gentille et toujours prête à servir les autres.
- Papa, j'aurais besoin d'une voiture, balance Vanaya alors que nous attaquons le dessert.
- Mais tu as une voiture, réplique mon père.
- Non, je ne veux plus de celle-là.
- Pourquoi ? S'enquiert mon père.
- Je veux une voiture digne de mon rang, c'est-à-dire, une Lexus ; elle mange sans se préoccuper de la bombe qu'elle vient de lâcher.
- Ta sœur a travaillé pour financer son permis et acheter sa voiture, dit maman.
- C'est vrai, maman, me crus-je obligée de confirmer.
- Il est normal qu'elle se contente de si peu, répond Vanaya.
- Pardon ? Lui demandai-je énervée par sa réflexion.
- Je me comprends, Jeneya, je me comprends et surtout ne le prend pas mal mais c'est la vérité.
- Pourrais-tu être explicite ? J'ai l'impression que le séjour en Angleterre t'a vraiment changée.
- Et plus que tu ne le crois !
- Vanaya, nous ne financerons pas tes rêves de grandeurs, tiens-le pour dit, balance ma mère.
- Dans ce cas, papi le fera, il a la possibilité de me payer des dizaines voire des centaines de voitures. Je suis tout de même la descendante d'une Stern.
- Je suis la fille de Stern et me suis toujours battue pour me faire un nom, toute seule ; c'est la première fois que maman a un ton si âpre. Je me suis toujours battue, que dis-je, Howard et moi, nous sommes toujours battus pour vous faire connaitre la valeur de l'argent et le gout du travail bien fait. J'aurais pu m'asseoir et profiter de la fortune de mon père, mais non. Je suis aujourd'hui professeur d'anglais et ne le regrette pas. Ton père est cadre chez Airbus et ne le regrette pas.
- Maman, après le deuil, je m'installerai en Angleterre, annonce Vanaya en se levant.
- Nous n'avons pas encore terminé, Vanaya ! Hurle mon père.
- Moi, si !
Nous sommes tous surpris de la voir sortir de table et monter dans sa chambre. Maman ne tarde pas et quitte la table en pleurant. Papa s'excuse rapidement et suit sa femme. Roberta, mes frères et moi, sommes choqués par ce qui suit. Quel est ce vent froid, s'engouffrant dans la maison des Croft ?
Deux jours que je suis ici et deux jours que j'ai l'impression de vivre dans une bulle. Après avoir discuté avec Amicie et Odessa, je descends retrouver maman qui est en train d'entreposer les bagages sur la terrasse.
J'observe maman et la sens fébrile, au moment de déposer la dernière valise, elle tremble ; j'accours et la lui retire des mains pour la déposer avec délicatesse sur le sol.
- Maman, que se passe-t-il ?
- Je crois que c'est ma tension.
- Repose-toi, s'il te plait, tu vas te faire mal pour rien.
- Merci Jen, tu as toujours eu un grand cœur.
- Tu me le dis toujours, fais-je en la prenant par la main afin que nous allions nous asseoir sur l'un des fauteuils non-loin de là.
- Mais oui, c'est vrai. Je me souviens encore de ton enfance. A l'époque, ton père et moi, n'avions vraiment pas les moyens de vous inscrire dans une école privée et avons fait comme tout le reste,
- Le public, mais ce ne fut pas mal.
- Je me rappelle qu'un soir en rentrant, ton père était occupé, je suis donc passée te récupérer à l'école. Tu étais arrivée comme toujours, en courant. Au lieu de monter et t'asseoir sur la banquette arrière, tu étais montée à l'avant, laissant la portière ouverte et trainant avec toi, une de tes copines.
- Ah bon ?
- Oui, tu m'avais dit d'une voix ferme, je m'en souviens encore comme si c'était hier, » Maman, pourra-t-on souvent aller la chercher au point bus et la déposer ? »
- Oh !
- Oui, je ne comprenais rien mais bien plus tard, après que Fatima se soit expliquée, je compris qu'elle était arrivée en France quelques mois auparavant et vivait chez la cousine de sa mère. C'était une enfant maltraitée, je pris l'habitude de la récupérer le matin avec toi, et la ramener.
- Honnêtement, je ne m'en souviens plus.
- C'est normal, tu n'avais que 8 ans, à l'époque.
- Je vois.
- Jen,
- Oui, maman.
- Ne change jamais et surtout, prie le Seigneur pour que ton cœur ne devienne jamais un bloc de glace ou mieux, que les biens matériels ne fassent pas de toi un monstre ; elle me tient le menton avec douceur et me regarde droit dans les yeux.
- Je te le promets, dis-je en posant ma main sur son coude.
- Merci, merci, répond-elle les yeux mouillés.
- Tu sais que nous pouvons annuler le déplacement ?
- Non, malheureusement, non.
- Pourquoi ?
- Sir Ridge a demandé à ce que nous soyons là.
- Tu peux y aller avec Vanaya et me faire le compte-rendu plus tard, tu sais.
- Malheureusement, non.
- Pourquoi ?
- Il a expressément demandé que toi et moi, soyons là lors de la lecture du testament.
- Et Vanaya ?
- Je suppose qu'elle va assister au deuil et surtout, pour son grand-père ; elle se pince les lèvres, cette idée ne l'enchante manifestement guère.
- Maman, calme-toi, tout ira bien pour Jeneya.
- Je ne crois pas, non, fait-elle en se levant.
- Maman, tu ferais mieux de faire attention à ta tension.
- Ne t'inquiète pas, Jeneya, je verrais mes petits-enfants.
Nous sursautons en entendant un bruit à quelques mètres de nous, et nous retournons. Vanaya est en train d'empiler tous ses bagages, estampillés LV. Maman et moi, nous regardons et savons le prix d'une valise de cette marque.
- Mais où vas-tu avec tous ses bagages ? Lui demande maman.
- Je profite du voyage pour déménager.
- Pourquoi es-tu si pressée ? Ne pus-je m'empêcher de demander.
- C'est vraiment toi, Jeneya, poser ce type de question, répond-elle avec morgue.
- Tu t'adresses sur un autre ton à ta sœur ! Intervient maman ; je prends sur moi. Où est la Vanaya si douce et gentille avec laquelle, j'ai grandi ?
- Je répondais juste à sa question, maman.
- Tu pouvais le dire autrement, pardi !
- Je m'excuse, fait-elle en nous tournant ostensiblement le dos.
- Voudrais-tu répondre à la question de ta sœur ?
- Papi a demandé que je rentre dans l'entreprise, afin que je puisse apprendre et devenir plus tard, un personnage et membre influent.
- Et tes études ?
- Je prends une année sabbatique, je verrais plus tard.
- Vanaya, si tu veux être respectée, il te faut avoir un certain background.
- Je sais, raison pour laquelle, papi a demandé que je lui envoie les copies de tous mes diplômes.
- Je ne vois toujours pas en quoi, lui donner tes diplômes t'aiderait.
- Nous sommes bien dans l'espace UE, il tient à s'assurer que mes diplômes peuvent peser et dans le cas où cela coince, il demandera à ce que la traduction soit faite ainsi que l'équivalence.
- Pourquoi ne terminerais-tu pas avant d'y aller ?
- Maman, je fais un BTS comptabilité, pourrais m'en sortir et continuer plus tard.
- Mais,
- Je continuerais dans une grande école, papi a dit qu'il pourra faire jouer ses relations afin que l'on m'y intègre.
- Vanaya, j'aurai préféré que tu termines tes études avant d'y aller.
- Maman, je n'ai rien à perdre mais tout à y gagner. L'anglais est aujourd'hui, l'une des langues incontournables du monde. Je vais en profiter pour éprouver mon anglais et m'y imprégner.
- Es-tu certaine que ce ne soit pas la fortune de ton grand-père qui t'attire ?
- Mais non, même s'il est vrai que m'entendre avec lui soit non-négligeable.
- Vanaya,
- Non maman, ma décision est prise.
- Ok, soupire ma mère ; je la sens si triste et fatiguée.
- J'y vais, j'ai encore fort à faire.
- Ok, maman, fais-je en reculant pour la laisser passer.
- Mais pourquoi fais-tu cela ? Explosai-je après m'être assurée que maman soit loin de nos oreilles.
- Jen, certaines personnes sont nées pour diriger et d'autres, elle me dévisage ouvertement, pour obéir aux ordres.
- Vanaya, je ne sais pas ce qui t'arrive mais tu fais du mal aux parents.
- Non, Jen, je fais mes choix et les assume. J'ai pris la décision de partir comme maman, respectez-le.
- Sais-tu vraiment où tu mets les pieds ? Dans quel panier à crabes, vas-tu marcher ?
- Celui que tu ne connaitras jamais, répond-elle avant de rentrer dans sa chambre.
LE LENDEMAIN MATIN...
Nous sommes à l'aéroport de Londres-Gatwick, maman qui est en train de récupérer nos bagages, les classes avec mon aide sur l'énorme charriot pendant que Vanaya, elle, manipule son portable. Je suis outrée par son attitude mais préfère garder le silence puisque maman ne dit rien.
Nous attendons déjà depuis une demi-heure, lorsque maman fait signe à un homme dans la foule. Il s'avance vers nous, talonné par un autre. Avez-vous déjà regardé les aventures de Sherlock Holmes, si oui, vous visualiserez plus facilement l'homme avec une montre à gousset, une jaquette à rayures et des lunettes strictes sur le visage sans oublier les incontournables cheveux blancs.
- Bonjour Asting, dit ma mère avec émotion.
- Bonjour ma petite carla, répond-il avec douceur.
Ils s'observent durant quelques secondes, puis il prend mama dont les larmes tracent des sillons sur les joues, dans ses bras. Elle pose sa tête sur son épaule et pleure durant une minute pendant qu'il lui fait une tape sur le dos.
- Wow ! Fait-elle en se détachant de lui.
- Oui, du temps a passé, poursuit-il avec émotion.
- 20 ans voire plus, continue ma mère en essuyant les larmes avec le revers de la main.
- Oui, Carla, du temps a passé.
- Comment vas-tu, Asting ?
- Bien, merci et toi ?
- Ça peut aller, merci. Je te présente,
- Jeneya, la coupe-t-il en se tournant vers moi le sourire aux lèvres.
- Bonjour Monsieur, fais-je en serrant sa main.
- Tu as grandi et es devenue belle.
- Merci, monsieur.
- Il n'y a pas de quoi. Carla, tu as fait du bon travail ; ils échangent un regard. Je vois une lueur dans les yeux de ma mère mais décide de ne pas m'en formaliser.
- Merci, fait-elle sobrement. Et là,
- Vanaya, nous nous connaissons déjà.
- Bonjour Asting. Comment allez-vous ?
- Bien, merci mademoiselle Croft.
- Pourriez-vous vous occuper de mes bagages ?
C'est plus un ordre qu'une demande en tenant compte du ton qu'elle emploie. Je suis choquée par ses manières.
- Vanaya ! Gronde ma mère, la main sur la bouche.
- Mais quoi ? C'est le majordome de papi, il est payé pour cela.
- Je ne t'ai pas éduquée ainsi, s'insurge ma mère.
- Carla, laisse, ce n'est pas si grave.
Il fait signe à un jeune homme, non-loin de là, celui-ci approche.
- Voici Jaleel, le chauffeur, il vous ramènera au manoir, annonce-t-il.
- Je croyais que nous devions faire un saut à la maison, ici à Londres.
- Malheureusement non, ton père a demandé à ce que vous arriviez au manoir dans les heures qui suivent.
- Maman, pourquoi te tutoie-t-il ? Demande Vanaya en grimaçant.
- Asting a toujours été un père pour moi, répond maman.
- Et nos bagages ? Poursuit Vanaya.
- Ils suivront dans un autre véhicule. Pour l'heure, suivez Jaleel, je vous prie.
- Merci Asting, merci et à tout-à-l'heure.
Nous suivons Jaleel jusqu'au parking où nous découvrons une Maserati flambant neuve, j'avoue être éblouie. J'en avais entendue parler mais ne pensais pas un jour, la conduire. Nous prenons place à l'arrière pendant que Jaleel démarre en douceur ; on croirait la sentir glisser sur l'asphalte, tellement 'on ne l'entend pas.
- Le manoir se trouve à 60 kilomètres de Londres, nous y serons dans moins d'une heure. N'est-ce pas, Jaleel ?
- Oui, madame Croft.
- Reviendrons-nous en ville ?
- Oui, Jen, nous y serons de retour après le deuil.
- Ok.
UNE HEURE PLUS TARD...
Je suis réveillée par maman qui me secoue par les épaules, j'ouvre les yeux au moment où les portes du manoir s'ouvrent. L'écriteau en haut dudit portail, certifie que nous sommes bien au manoir STERN. Le luxe insolent qui nous accueille dès l'entrée, rythmera à n'en pas douter, notre séjour. Nous longeons une allée bordée par des fleurs e toutes les couleurs et de toutes les espèces, c'est magnifique. Le jardin semble s'étendre de part et d'autres, à perte de vue ; le parfum exhalé par les fleurs est une invitation au voyage.
- A l'époque, explique maman, c'est ma mère qui s'occupait des jardins. Elle a toujours été manuelle et avait la main verte ; elle essuie discrètement une larme. Je prends sa main pour la réconforter, je comprends sa peine et sa douleur.
- C'est vrai qu'elle passait du temps dans son jardin, avant qu'elle ne décède, parfois restant immobile des heures et des heures.
- Huhumm, fait maman.
- Mamie Stern, était une femme très gentille et accueillante.
- C'est vrai, elle aimait la bonne chair et se sentait vivre lorsque sa maison était pleine.
Je me redresse et lève les yeux, l'idée que je me faisais du manoir n'est rien en comparaison de la demeure qui se dresse devant nous. Elle est de style victorien, une maison majestueuse que ce soit par le cadre ou l'architecture. La façade est blanche, et les fenêtres à colombes présentes à toutes les étages donnent un certain cachet à la demeure.
- Elle est magnifique, ne pus-je m'empêcher de dire.
- C'est la parfaite reproduction d'une demeure à Brighton en plein centre de la ville.
- Mamie était apparemment fan du style haussmannien, c'est très beau. Je prendrais un malin plaisir à la visiter.
- Si si si, tu n'as encore rien vu. Attends visiter la véranda verrière, Jen.
- Ah oui.
- Mais pour l'heure, nous devons saluer votre grand-père, se rembrunit-elle.
Je regarde dans la même direction qu'elle et voit un homme à l'allure athlétique, un visage au regard froid, un nez aquilin, une bouche presque inexistante, des yeux cachés par des lunettes à montures, un menton fuyant et un front haut, lui donnent en plus de ses vêtements stricts et de bonne qualité, un air de dragon.
Le chauffeur gare devant lui, nous descendons dans un silence lourd. Vanaya qui est la première, va vers lui en souriant, il la prend dans ses bras et échange avec elle durant quelques minutes, éclatant de temps à autres de rire, avant de se tourner vers nous.
Il plonge immédiatement son regard dans le mien, je n'y lis rien d'encourageant, bien au contraire, j'ai la chair de poule. Il me dévisage sans vergogne et se tourne vers sa fille.
- Carla,
- Bonjour papa.
Au lieu de se prendre dans les bras, ils s'observent tel deux gladiateurs dans une arène. Maman tend simplement la main qu'il prend en la regardant avec curiosité.
- Tu t'es mariée sans nous, fait-il remarquer.
- Il y a deux décennies, ne l'oublie pas ; la réponse de maman est froide.
- Je vois. Eh bien, bienvenue à la maison, ma fille.
Cette fois, il la prend dans ses bras, il n'y a rien de chaleureux dans ce geste ; l'on dirait que tout est faux. Contrairement avec Asting, maman se détache rapidement de lui et se tourne vers moi.
- Je te présente ma fille,
- Jeneya, oui, je sais, la coupe-t-il. Bonjour jeune fille.
- Bonjour papi.
- Comment allez-vous ?
- Bien, merci et vous ?
- Vous avez grandi depuis la dernière fois. Vous êtes devenue une belle jeune femme, ma fille a fait du bon boulot avec vous.
- Papa !
- Ne pourrions-nous pas nous tutoyer ? Demandai-je en regardant maman.
- Je dois vous laisser, j'ai fort à faire. Asting, s'occupera de vous dès qu'il le pourra.
Sans un mot de plus, il attire Venaya dans un coin, ils discutent sous le regard réprobateur de maman qui me demande de la suivre. Nous rentrons dans la maison, je suis émerveillée à chaque fois que nous rentrons dans une pièce.
- Qui s'occupait de la décoration ?
- Maman, de son vivant.
- Elle avait du gout, elle avait du gout.
- Exactement comme toi, Jen.
- Je comprends pourquoi tu avais coutume de dire que je suis l'incarnation de Mamie Stern.
- Voilà. Viens, mon ancienne chambre est par-là, au deuxième étage.
Nous grimpons les étages en soufflant toutes les trois à quatre marches, puis empruntons un long couloir, pour nous arrêter devant une porte que maman caresse amoureusement. Le moment et le geste sont si intimes que je préfère garder le silence, lorsqu'elle pose la tête sur la porte et ferme les yeux durant quelques secondes, en tremble presque en posant la main sur la poignée travaillée.
Elle pousse la porte et retient sa respiration pendant qu'elle s'ouvre. Je la laisse pénétrer sur la pointe des pieds.
- Tout est encore en état. Comme si c'était hier, mon départ de cette chambre, dit-elle les sanglots dans la voix.
- Pourquoi n'es-tu pas revenue depuis ?
- Que penses-tu de la décoration ? Demande-t-elle, éludant ma question.
- Elle est soignée, tout a été pensé et est coordonné.
- N'est-ce pas ? Lève les yeux, s'il te plait.
Ce que je fais immédiatement et suis subjuguée par la fresque au plafond, représentant une mère et sa fille dans le jardin. Je mets du temps avant de faire le lien avec le jardin et dans le coin, une personne cachée, les observe.
- Sont-ce mamie et toi ?
- Oui.
- Et l'autre personne ?
- Et si nous allions visiter ta chambre ?
Propose-t-elle en se dirigeant vers une porte à notre droite.
- Comment sais-tu qu'il y a une chambre ici ?
- C'était ma chambre, Jen, ne l'oublie pas.
QUATRE JOURS PLUS TARD...
La salle de séjour qui était bondée, se vide peu à peu. Papi, tontons Jamice et Dike, et maman, serrent la main aux dernières personnes puis se lèvent. Un personnage à l'allure distinguée rentre dans la pièce, occupant immédiatement toute l'espace ; je ne suis plus étonnée par ce ressenti car après avoir côtoyé l'aristocratie anglaise durant toute la journée, il est normal de s'y habituer.
Revenons au nouveau, venu, il regarde à gauche et à droite, se dirige vers papi à qui il serre la main et se tournent vers mes oncles et ma mère.
- Mes condoléances et navrée pour le retard, j'étais en voyage lorsque j'ai appris la nouvelle et n'ai pu revenir plus tôt.
- Ce n'est pas grave, Sir Ridge. Merci d'être passé malgré le fait d'arriver après l'inhumation.
- Je suis vraiment navré et vous présente à nouveau mes excuses.
- Ce n'est pas si grave. Elle repose en paix, c'est le plus important.
- C'est vrai.
Un silence tombe telle une chape de plomb dans la pièce, mes oncles qui font semblant de ne pas être intéressés ou intrigués par la présence de Sir Ridge, se tournent vers ma mère.
- Excusez-moi, je sais que le moment est surement mal choisi mais il faudrait que je vous donne l'objet de ma présence en ces lieux.
- Nous savons que vous êtes là pour rendre hommage à Jeneya, ma feue épouse.
- Pas seulement, réplique-t-il.
- Vous savez que je suis notaire, commence le nouveau-venu.
- La famille Stern a toujours travaillé avec les Ashby, qui sont les notaires attitrés depuis des générations.
- Votre femme me l'avait dit, Monsieur Stern.
- Attendez, je manque cruellement à mes devoirs d'hôte. Jeneya, voudrais-tu aller chercher à boire pour monsieur Ridge en plus d'une collation ?
- Bien sûr, papi.
Je me lève et me dirige vers l'immense cuisine fonctionnelle grouillant de ménagères. Je passe la commande et attends patiemment que le plateau me soit livré avant de rentrer au salon. Je fais le service et rejoins ma place, au côté de maman.
- Je disais donc qu'elle a demandé à ce que la lecture du testament soit faite le lendemain de l'enterrement.
- Cela peut attendre, Sir Ridge, dit papi.
- Malheureusement, non.
- Et pourquoi a-t-elle souhaité que cela se fasse dans votre cabinet ? Vous pourrez bien procéder à la lecture de ce testament dans une des pièces de ce manoir, il est assez grand pour tous nous accueillir.
- Je ne peux m'malheureusement me dérober ou me soustraire aux vœux de votre feue femme.
- Et quand a-t-elle fait faire ce testament puisque nous avons vu le notaire il y a un et demi de cela, tous les deux ?
- Votre épouse est passée à mon bureau, il y a de cela moins de six mois ; il mord dans un gâteau et fait descendre le tout avec une gorgée de thé.
- Quoi ?
- Je suis navré mais je ne pouvais me dérober au secret professionnel, il me fallait respecter les volontés de ma cliente. L'ancienneté des versions étant un élément primordial, celle établie chez moi, prime sur celle qui a été établie il y a une année ; papi est décontenancé, pose la main sur la bouche puis se tourne vers le notaire.
- Nous serons tous à votre cabinet demain à neuf heures mais je reste stupéfait par la démarche entreprise par mon épouse.
- Je vous le concède, monsieur Stern.
Le notaire se lève, présente ses hommages pour la dernière fois et s'en va. Jamice qui semble être l'ombre de son père, le suit alors qu'il quitte la pièce sans un regard vers nous après avoir fait signe à Vanaya. Dike qui est tout l'opposé de son frère et un brin, taquin, se rapproche de ma mère et la prend dans ses bras. Le tableau formé par ses deux, est tellement touchant que je suis obligée d'essuyer une larme ; l'on sent tout de suite, l'affection et l'amour d'un frère pour sa sœur et vice-versa.
- Carla, tiens-tu le coup ?
- Oui, merci et toi ?
- Ça peut aller, merci.
- Je ne sais pas si revenir ici était une bonne idée.
- Si je te disais qu'il ne m'est venu de le penser, je mentirais, soupire-t-il.
- Après ce qui s'est passé, je ne pensais pas remettre les pieds ici, un jour, continue ma mère la voix chevrotante.
- J'y suis revenu deux à trois fois, pas plus.
- Avec les enfants ?
- Une fois avec les enfants, avoue-t-il après avoir hésité.
- Je ne t'en veux pas, tu sais, ce n'est en rien ta faute.
- Carla, ce qui est arrivé nous a tous touchés. Chacun de nous a réagi à sa façon, les séquelles ont été terribles.
- Et les traces, indélébiles.
- Les blessures sont si profondes qu'elles ont marqués chacun de nous.
- Pas tous, je crois, dit ma mère en jetant un regard à la porte.
- Ne t'inquiète pas pour lui, il s'en sortira.
- Humm.
- Par contre, tu devrais faire attention à Vanaya. La laisser dans le sillage de papa, serait assez dangereux pour elle. C'est bien beau le luxe et la grande vie, seulement, toi et moi, connaissons l'envers du décor.
- Dike, j'ai essayé de la mettre en garde mais cela ne sert plus à rien. Je crois que le luxe insolent a été plus fort, en plus du fait qu'elle soit majeure.
- Carla, tu te dois encore d'essayer, c'est ta fille. Je ne crois pas que tu veuilles la perdre, papa fait prospérer tout ce qu'il touche mais...
- Je sais, Dike, je sais, le coupe maman.
- As-tu des nouvelles ?
- Non, aucune. Je veux dire, jamais.
- God Bless Us.
- God Bless Us.
Je n'ai presque rien compris à leur échange étrange mais en ai saisi l'importance, et le halo de mystère entourant ce manoir ayant été le théâtre à n'en pas douter, de bien de drames.
- Jeneya, ça va ?
- Bien, merci, tonton Dike et toi ?
- Ça peut aller.
- Il est dommage que tu n'ais pas connu ton homonyme, plus que cela. C'était une très belle personne que ce soit de l'extérieur ou de l'intérieur ; il a l'air si triste à cet instant que j'ai le cœur fendu.
- Je n'en doute pas, maman m'a toujours parlé d'elle en des termes élogieux.
- C'est vrai. Ne gardons qu'un bon souvenir de la personne qu'elle était.
- C'est vrai, renchérit maman en prenant la main de son frère dans la sienne. Il va falloir que tu me présentes mes neveux, un de ces jours.
- Nous ferons cela à la ville rose. Qu'en penses-tu ?
- C'est une bonne idée, approuve ma mère.
- Et toi, Jen, que deviens-tu ?
- Tonton, je...
LE LENDEMAIN...
Cela fait une demi-heure que tous les Stern sont réunis dans la salle et une dizaine de minutes que Sir Ridge aurait dû procéder à la lecture du testament. Papi qui est de méchante humeur, regarde le cadran de sa montre à gousset pour la énième fois après avoir rajusté ses lunettes sur son nez. C'est un personnage tout comme oncle Jamice, que j'ai du mal à cerner. J'ai essayé de me rapprocher d'eux mais ils ont maintenu et mis une barrière entre nous, je n'ai rien compris et ai laissé tomber.
- Sir Ridge, quand allons-nous commencer ? Demande papi sur un ton dur.
- Patience, répond celui-ci en compulsant un document.
- Nous avons des rendez-vous à honorer, Sir Ridge, s'impatiente oncle Jamice. Vous avez pourtant une solide et bonne réputation, ne nous forcez pas à la remettre en cause.
- Je suis navré pour le retard, répond celui-ci sans se démonter, et toujours avec le sourire.
- Mais, commence papi.
La porte s'ouvre dans un bruit sinistre, nous forçant tous à tourner la tête vers une dame de grande taille et toute de noir vêtue. Jamice se tourne interloqué vers son père, pendant que maman et Dick se regardent puis se prennent la main. La dame en question, rentre en balayant la salle du regard, s'arrête quelques secondes sur ma personne puis sur les autres avant d'ouvrir la bouche.
- Bonjour les Stern !
Je frissonne en entendant sa voix, tellement elle est forte et puissante, prendre possession de la salle et retentir sur les murs. Sans un mot, elle va prendre place sur l'un des sièges, non-loin de maman et Dick.
- C'est maintenant que tout devient intéressant, murmure Oncle Dick, goguenard.
- Dick ! Le reprend sa sœur.
- Quoi ? Ose dire que tu n'as pas eu cette pensée, réplique-t-il.
Papi qui est très directif, est devenu silencieux et fixe la nouvelle-venue ; l'on dirait qu'il a perdu sa langue.
- Bien, bien, maintenant que nous sommes tous là, je peux commencer la lecture du testament de feue madame Jeneya Stern. Alors, je vais rappeler avant d'aller plus loin...
Je m'évade et ne reviens à moi qu'en entendant mon nom et les cris qui fusent.
- Je répète le passage afin qu'il soit compris de tous. Moi, Jeneya Stern épouse de Klaus Elizar Stern en pleine possession de toutes mes facultés mentales et physiques, propriétaire de 50 % des actions de l'empire Stern, déclare léguer 10 % à Jamice Stern, 10% à Dike Stern, 10% à Carla Stern, 10% à Jeneya Croft ma petite-fille et les autres 10% à Lavigna Ashby.
- Quoi ? réagit aussitôt papi en se tournant vers moi. Ce n'est pas possible Jeneya n'a pas pu me faire cela. Ce testament doit être faux, avait-elle perdu la tête ? J'attaquerai ce testament en justice !
Il se lève avec force, la chaise sur laquelle il était assis, tombe bruyamment. Papi est maintenant rouge et serre les poings en plus des dents, en me regardant.
- Papa, calme-toi, lui dit Jamice.
- Vous devriez écouter votre fils, lui conseille Sir Ridge.
- Et 10% à Lavigna ? S'insurge papi, cette fois en se tournant vers la nouvelle venue qui le regarde droit dans les yeux. Cette...
- Cette quoi ? Réplique-t-elle, terminez votre phrase si vous êtes un homme.
- Allons, allons, mesdames et messieurs, continue Si Ridge en s'exprimant avec emphase.
- Papa, s'il te plait, fait Jamice en montrant le siège à son père qui s'assied lourdement ; pourquoi autant d'animosité envers ma personne ?
- Maintenant que tout est calme, repart Sir Ridge après quelques minutes, je vais continuer la lecture. Comme stipulé par le règlement de la ou des sociétés Stern, toute personne possédant 10% ou plus des actions, siège automatiquement au conseil d'administration.
Dans ce cas, Jeneya Croft devient un membre à part entière du conseil d'administration et dans le cas où elle a besoin de conseils, elle pourra se faire aider par des professionnels, a un droit de vote immédiat et un avis dans tout ce qui se fera dans ladite société ainsi qu'un droit de véto dont elle disposera à loisirs.
- C'est inadmissible ! Hurle papi en se tournant vers moi, le doigt levé. Il est hors de question que cette...
- Papa ! Gronde maman en se levant et me tenant par la main.
- Papa, tu devrais peser tes mots avant de t'exprimer, lâche Oncle Dick en rejoignant sa sœur.
- Vous avez donc coalisé, constate oncle Jamice aux coté de papi.
- Jeneya, je te cèderai mes 10%, dit Lavigna en nous rejoignant ; papi et Oncle Jamice manquent s'étouffer en l'entendant. Pendant ce temps, oncle Dick qui parait aux anges, sourit.
- Nous nous retrouverons devant les tribunaux ! Annone papi en quittant la salle en claquant la porte.
- Maman, que feras-tu de tes 10% ? S'enquiert Vanaya en se tournant vers maman.
- Je les partagerai en parts égales à tous mes enfants, répond-elle simplement.
- Même à Jeneya sachant qu'elle en a déjà 20% ?
- Oui, c'est aussi mon enfant, à ce que je sache.
- C'est injuste, elle aura à elle-seule, 22,5% des parts de la société alors que nous, nous conterons de 2,5% ?
- Je dois donner une part à chacun de mes enfants, c'est ainsi et pas autrement, insiste ma mère.
- Tu viens de faire un choix, maman, tu viens de faire un choix.
Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que cela ressemble à une déclaration de guerre ou mieux, la réponse de maman a sonné le glas de séparation. Maman qui était debout, chancelle avant de s'écrouler. Dick la rattrape de justesse et la couche sur le sol, pendant que Lavigna appelle les pompiers.
Et moi, je regarde sans lever le petit doigt, tétanisée par tout ce que je viens d'entendre.
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