Je m'appelle Émilie. Je vis dans une petite ville que personne ne prend la peine de situer sur une carte, coincée entre des collines couvertes de forêts denses et un lac qui scintille rarement, tant le ciel y est souvent gris. Ici, tout semble figé dans une routine rassurante, presque soporifique. Les rues pavées, les maisons aux façades usées par le temps, et les visages familiers que je croise chaque jour... Tout respire l'immobilité. Mais il y a cette tension, ce quelque chose d'indéfinissable qui flotte dans l'air, comme un murmure qu'on ne peut jamais vraiment saisir.
Je passe mes journées à l'université locale, où j'étudie la biologie. Une passion, ou peut-être une obsession, née de ma fascination pour ce qui est caché, invisible à l'œil nu. Aujourd'hui, j'étais plongée dans mes recherches sur l'épigénétique, m'émerveillant des secrets que recèle notre ADN. J'aime croire qu'il y a toujours une logique, une explication à tout. Pourtant, ce jour-là, quelque chose allait troubler mes certitudes.
En fin d'après-midi, je m'étais rendue à la bibliothèque, comme à mon habitude. Une vieille bâtisse, à moitié rongée par l'humidité, où flottait une odeur familière de papier jauni et de poussière. Madame Gauthier, la bibliothécaire, m'accueillit avec son éternel sourire légèrement pincé.
- Encore plongée dans tes projets, Émilie ? Si tu continues à te perdre dans les livres, tu risques de devenir aussi poussiéreuse que ces rayons, plaisanta-t-elle en me tendant une pile d'ouvrages que j'avais réservés.
- Merci, Madame Gauthier. Et vous savez quoi ? Je crois que je suis déjà en train de me fossiliser, rétorquai-je en souriant.
Elle gloussa avant de s'éloigner, sa démarche lente trahissant son âge avancé. Je me perdis rapidement dans mes recherches, feuilletant livre après livre, absorbée par les articles scientifiques et les théories complexes. Mais c'est en fouillant dans un recoin oublié de la bibliothèque que mon regard fut attiré par un objet inhabituel.
Un journal, posé là, recouvert d'une fine couche de poussière. Il semblait si ancien que je craignais que les pages ne s'effritent entre mes doigts. Je le pris délicatement et l'ouvris. L'écriture, nerveuse et irrégulière, sautait presque hors des pages, comme si celui qui l'avait rédigé avait déversé ses pensées dans un état de frénésie.
Ce journal était bien plus qu'un simple carnet. Dès les premières lignes, il était question de rituels, de pleines lunes et d'une meute qui semblait exister en marge de la société. Les descriptions étaient si détaillées que cela m'en donna la chair de poule. Je ne pus m'empêcher de murmurer à moi-même :
- Mais c'est quoi, ce délire ?
Les mots dansaient devant mes yeux. Il y était question de transformations, de liens sacrés avec la nature, et de quelque chose appelé "la Lignée". Je fronçai les sourcils, partagée entre fascination et incrédulité. Une part de moi voulait fermer le livre, le ranger là où je l'avais trouvé, mais une autre... Une autre voulait comprendre. Et cette dernière l'emporta.
Le temps sembla s'étirer alors que je dévorais les pages, mon esprit oscillant entre l'excitation et une étrange appréhension. Je perdis toute notion des heures qui passaient, jusqu'à ce que Madame Gauthier, d'un ton gentil mais ferme, vienne me rappeler que la bibliothèque allait fermer.
- Émilie, ma chère, il est presque neuf heures. Tu ne veux pas que je te laisse enfermée ici, n'est-ce pas ?
Je sursautai, refermant le journal à la hâte.
- Non, bien sûr, désolée. Je ne me suis pas rendu compte de l'heure.
Je glissai le journal dans mon sac sans trop réfléchir. Je savais que je n'aurais pas dû, mais il y avait quelque chose dans ces écrits, une sorte d'appel silencieux que je ne pouvais pas ignorer.
Dehors, la nuit était tombée, enveloppant la ville dans une obscurité presque palpable. Je marchais rapidement, resserrant ma veste autour de moi pour me protéger du froid. Les rues étaient désertes, comme si la ville elle-même retenait son souffle. Mon esprit tournait encore et encore autour des mots du journal. Des phrases comme *"le sang lie les âmes au-delà de la chair"* ou *"la pleine lune révèle la véritable nature des êtres"* revenaient en boucle, m'imprégnant d'un sentiment de malaise.
Et c'est alors que je l'entendis.
Un hurlement. Lointain, mais indéniable. Un cri primal qui semblait transpercer l'air froid de la nuit. Je m'arrêtai net, mon cœur battant à tout rompre. J'aurais pu me convaincre qu'il s'agissait simplement d'un chien, mais ce son... Il avait quelque chose de profondément étrange, presque surnaturel.
Je tournai la tête vers la forêt qui bordait la ville. Elle se dressait là, sombre et imposante, comme une frontière entre deux mondes. Une légère brume rampait entre les arbres, et pour la première fois depuis longtemps, je ressentis un frisson de peur.
- Ce n'est rien. Juste un animal, murmurai-je, comme pour me rassurer.
Mais mes jambes semblaient clouées au sol, refusant de bouger. Je tendis l'oreille, espérant ne rien entendre de plus, mais un second hurlement retentit, plus proche cette fois. Mon instinct me hurlait de courir, de m'éloigner de cette forêt et de rentrer chez moi, mais je restai figée, hypnotisée par l'idée que quelque chose d'étrange se cachait là-bas.
Finalement, je me forçai à bouger. Mes pas, rapides et maladroits, résonnaient dans les rues silencieuses. Je n'osais plus jeter un regard en arrière, mais l'image de ces arbres sombres et de ce hurlement résonnait encore dans mon esprit bien après que j'eus franchi la porte de mon appartement.
Une fois à l'intérieur, je verrouillai la porte et tirai les rideaux. Mon cœur battait encore la chamade, et je dus m'asseoir un moment pour reprendre mon souffle. Ce n'était pas la première fois que j'entendais parler de ces légendes locales, ces histoires de loups qui rodaient dans les bois. Mais jusque-là, je les avais toujours reléguées au rang de contes pour effrayer les enfants. Ce soir, elles prenaient une dimension bien plus réelle.
Je sortis le journal de mon sac et le posai sur la table devant moi. Les pages semblaient presque vibrer sous la lumière tamisée de ma lampe, comme si elles attendaient que je les ouvre à nouveau. Je pris une profonde inspiration avant de me décider.
Je n'étais pas prête à dormir. Pas encore.
L'aube m'a trouvée dans un état entre l'éveil et le rêve, l'esprit embrouillé par les hurlements de la veille. J'avais passé la nuit à relire des passages du journal, tentant d'y trouver un sens logique, une explication rationnelle. Mais rien n'y faisait. Plus je plongeais dans ces mots griffonnés à la hâte, plus ils semblaient exercer une emprise étrange sur moi.
Le matin, la ville était fidèle à elle-même. Les pavés humides brillaient sous un soleil pâle, et les habitants vaquaient à leurs occupations sans se soucier du monde extérieur. Pourtant, je me sentais changée, comme si la nuit m'avait laissée différente. Une idée sournoise s'était insinuée dans mon esprit, refusant de me laisser tranquille : la forêt. Elle semblait m'appeler, murmurer à mon subconscient des choses que je ne pouvais pas ignorer.
Dans l'après-midi, je cédai enfin à cette impulsion. Je me disais que ce n'était qu'une promenade, rien de plus. Juste une manière de calmer mes nerfs et de vérifier que tout cela n'était que des histoires. Pourtant, au fond de moi, je savais que c'était plus que ça. Mon cœur battait fort alors que je m'approchais de la lisière des arbres. La forêt se dressait devant moi, imposante, presque vivante. Une odeur de terre humide et de bois empli l'air, et un silence pesant régnait, brisé uniquement par le bruissement des feuilles.
Je n'avais dit à personne où j'allais. Pas que cela ait vraiment de l'importance, étant donné que je vivais seule et que mes quelques amis étaient loin de partager mon obsession pour ce genre de mystères. Mais cette solitude rendait ma décision encore plus étrange. Je franchis la première ligne d'arbres, un frisson me parcourant alors que je pénétrais dans ce royaume d'ombres et de lumière tamisée.
Au bout de quelques minutes, le bruit de la ville avait complètement disparu, remplacé par un silence presque surnaturel. Chaque craquement de branche sous mes pieds me faisait sursauter, comme si j'étais un intrus dans un lieu sacré. Pourtant, une partie de moi se sentait... à sa place, comme si cette forêt avait toujours attendu ma venue.
Alors que je marchais, mon esprit vagabondait. Je repensais aux mots du journal, à cette "Lignée" mystérieuse, aux rituels sous la lune. Ces idées qui semblaient absurdes la veille prenaient soudain une consistance effrayante.
- T'es folle, Émilie, murmurai-je à moi-même, plus pour combler le silence que par réel besoin.
Je sursautai quand une branche craqua derrière moi. Je me retournai vivement, mon cœur tambourinant dans ma poitrine. Rien. Juste des arbres, immobiles et imposants. Je repris ma marche, mais cette fois, mon instinct était en alerte, chaque fibre de mon être tendue comme un fil prêt à casser.
Soudain, une silhouette apparut au détour du sentier. Mon souffle se bloqua. C'était un homme, vêtu de noir, son visage partiellement dissimulé par l'ombre d'une capuche. Il semblait tout aussi surpris de me voir que moi de le croiser.
- Vous cherchez quelque chose ? lança-t-il, sa voix grave brisant le silence.
Je bégayai, incapable de formuler une réponse cohérente. Mon esprit me hurlait de mentir, mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il hocha la tête, comme s'il comprenait déjà.
- Faites attention où vous mettez les pieds, dit-il avant de disparaître entre les arbres.
Je restai là, immobile, le cœur battant. Qui était-il ? Que faisait-il ici, dans cette forêt, à cette heure ? L'inconnu avait une présence étrange, presque surnaturelle. Je me promis de ne pas m'attarder, mais mes pieds semblaient avoir leur propre volonté. Je continuai d'avancer, attirée par quelque chose que je ne pouvais nommer.
Plus profondément dans la forêt, le chemin devint plus sauvage, presque méconnaissable. La lumière du jour se faisait rare, filtrant à peine à travers le feuillage dense. Et c'est là que je le vis.
Un loup.
Il se tenait à quelques mètres de moi, immobile, ses yeux d'un jaune perçant fixés sur les miens. Mon souffle se coupa. Il n'y avait aucun doute sur ce que je voyais, mais tout en lui semblait... différent. Il était plus grand que n'importe quel loup que j'avais vu en photo, et il émanait de lui une aura presque humaine. Une intelligence brûlait dans son regard, comme s'il comprenait parfaitement ma présence.
- Doucement, murmurai-je, ma voix tremblante.
Il ne bougea pas, mais ses oreilles frémirent, captant chaque son autour de nous. Une tension indescriptible flottait dans l'air, et pendant un instant, j'eus l'impression qu'il allait s'approcher. Mais un craquement, loin derrière moi, rompit le moment. En un éclair, le loup tourna les talons et disparut dans les fourrés, silencieux comme une ombre.
Je restai là, pantelante, mes jambes tremblant sous moi.
- C'était quoi ça... ? dis-je à haute voix, espérant que le son de ma voix m'ancrerait dans la réalité.
Je repris ma marche, les yeux rivés sur le sol, cherchant des traces, des indices. Et c'est là que je tombai dessus.
Un pendentif, presque dissimulé sous les feuilles mortes. Je me penchai pour le ramasser, mes doigts tremblants. Le métal était froid au toucher, et un symbole complexe y était gravé. Mon cœur rata un battement. Ce symbole... Je l'avais vu quelque part.
Je sortis le journal de mon sac, fébrile. Je tournai les pages avec précipitation jusqu'à ce que je tombe sur ce que je cherchais : le même symbole, dessiné avec une précision obsessionnelle.
Je levai les yeux vers la forêt qui m'entourait, le pendentif serré dans ma main. La sensation d'être observée me revint, plus forte que jamais.
Le matin suivant, je m'étais levée avec une boule au ventre. Ce que j'avais découvert la veille dans la forêt me hantait encore. Le pendentif, l'inconnu, le loup... Tout semblait si irréel et pourtant, je l'avais vécu. Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, ressassant chaque détail, chaque sensation. Maintenant, avec le jour bien installé, je me sentais un peu ridicule d'avoir été aussi troublée. Peut-être que j'exagérais, que mon esprit s'emballait pour rien.
Sur le chemin du campus, le pendentif était soigneusement rangé dans mon sac, caché comme un secret trop lourd à partager. La matinée de cours se déroula sans incident notable, bien que mon esprit vagabondait sans cesse vers la forêt et le journal. Ce n'est qu'à l'heure du déjeuner, en retrouvant Noémie à notre table habituelle du réfectoire, que je décidai de parler.
- Tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé, dis-je en posant mon plateau avec un soupir.
Noémie, mon amie depuis la première année, était de ces personnes qui semblaient toujours parfaitement à leur place. Avec ses cheveux blonds impeccablement lissés et son sourire toujours prêt à se moquer, elle attirait les regards sans le moindre effort.
- Oh, laisse-moi deviner, répondit-elle avec un sourire en coin. T'as encore passé trop de temps dans cette fichue bibliothèque ? Madame Gauthier commence sûrement à se demander si t'as pas l'intention d'y camper.
- Ce n'est pas ça, fis-je, en ignorant son sarcasme. Enfin, pas exactement. J'ai trouvé un truc, quelque chose de bizarre... et c'est lié à la forêt.
Elle fronça les sourcils, visiblement intriguée malgré elle.
- La forêt ? Tu veux dire celle derrière le campus ? C'est un coupe-gorge là-bas, Émilie. Qu'est-ce que tu foutais là-bas toute seule ?
Je lui racontai tout. Le journal, le hurlement, ma décision impulsive d'explorer la forêt, l'homme étrange, le loup, et enfin, le pendentif. À mesure que je parlais, Noémie me regardait avec une expression qui oscillait entre scepticisme et amusement.
- Attends, attends, coupa-t-elle, les yeux pétillants de moquerie. Tu veux me faire croire que t'as croisé un grand loup solitaire qui te fixait comme dans un film ? Et un mystérieux inconnu ? Sérieusement, Émilie, t'as trop regardé de séries Netflix.
- Je suis sérieuse, Noémie, répliquai-je, légèrement vexée. C'était... réel. Je sais ce que j'ai vu.
Elle haussa les épaules en piquant dans son plat avec sa fourchette.
- Eh bien, si c'était réel, peut-être que t'as inhalé des spores bizarres ou je sais pas quoi. Ça expliquerait les visions. Ou alors, t'es en train de devenir folle. Dans les deux cas, ça fait une sacrée histoire.
- Je savais que tu dirais ça, marmonnai-je.
- Tu devrais parler à Clément, suggéra-t-elle soudainement, avec un air malicieux. Il adore ce genre de trucs mystiques. Il te sortirait sûrement une théorie ésotérique à deux balles.
Clément, son petit ami, était l'exact opposé de Noémie. Silencieux, observateur, il dégageait une aura énigmatique qui mettait parfois les gens mal à l'aise. Je ne l'avais jamais vu rire franchement, mais il avait un regard perçant qui donnait l'impression qu'il lisait dans les pensées.
- Pas question, répondis-je. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est qu'il me prenne pour une illuminée.
Noémie éclata de rire.
- Trop tard pour ça, ma vieille. Tu t'es déjà mise dans un sacré pétrin avec ton histoire.
L'après-midi passa lentement, ponctué par mes tentatives infructueuses de me concentrer sur mes cours. Lorsque j'eus enfin fini, je me retrouvai comme par automatisme à la bibliothèque. Madame Gauthier était à son poste habituel, un livre énorme entre les mains. Je lui adressai un sourire poli en passant, mais mon attention était ailleurs. Je voulais trouver quelque chose, n'importe quoi, pour éclaircir le mystère du pendentif.
Alors que je parcourais les étagères poussiéreuses, un murmure de voix attira mon attention. Quelqu'un parlait à Madame Gauthier, et cette voix... elle avait quelque chose de captivant. Je jetai un coup d'œil furtif dans leur direction.
Un homme, grand et mince, se tenait près du comptoir. Il portait un manteau sombre, et ses cheveux bruns, légèrement en bataille, encadraient un visage qui semblait à la fois jeune et marqué par une vie intense. Ses gestes étaient calmes, presque mesurés, et il tenait un livre ouvert dans ses mains.
- Je cherche un exemplaire du *Codex Lunaris*, disait-il d'un ton bas, presque murmurant. Vous l'auriez en réserve ?
Madame Gauthier secoua la tête avec un sourire navré.
- Désolée, monsieur. Ce genre de livre est rare, et je doute qu'il soit dans notre collection. Vous pourriez essayer la grande bibliothèque de la ville.
L'homme hocha légèrement la tête avant de refermer son livre. C'est à ce moment-là que nos regards se croisèrent. Un frisson me parcourut l'échine. Il y avait dans ses yeux une intensité qui me paralysa sur place. Ils semblaient presque briller dans la lumière tamisée de la bibliothèque, et pendant un instant, j'eus l'impression qu'il pouvait voir à travers moi.
Je détournai rapidement les yeux, feignant un intérêt soudain pour un ouvrage sur la botanique.
- Vous travaillez ici ? demanda-t-il, sa voix résonnant soudainement à mes oreilles.
Je relevai la tête, confuse. Il s'adressait à moi.
- Euh, non, balbutiai-je. Je suis étudiante.
Il s'approcha de quelques pas, et je remarquai alors à quel point il était grand. Il avait une présence qui semblait remplir l'espace autour de lui.
- Je vois. Alors peut-être que vous pourriez m'aider, dit-il avec un sourire léger. Vous semblez connaître les lieux mieux que moi.
- Ça dépend de ce que vous cherchez, répondis-je, essayant de garder mon sang-froid.
Il haussa un sourcil, comme amusé par ma réponse.
- Rien de particulier, en réalité. Mais si vous croisez un livre qui parle des anciens rituels ou des mythes locaux, je suis preneur.
Mon cœur rata un battement. Parler de rituels n'était pas exactement une demande anodine, et encore moins après ce que j'avais vécu. Mais je me contentai d'acquiescer maladroitement.
- Je peux regarder, proposai-je.
- Merci. Oh, et... dit-il en baissant légèrement la voix, un conseil. Restez loin de la forêt.
Sa phrase me heurta comme un coup de tonnerre. Mon regard se figea dans le sien, cherchant à comprendre ce qu'il voulait dire. Il me fixait avec une gravité qui ne laissait aucune place à l'interprétation.
- Pourquoi ? demandai-je finalement, ma voix presque un murmure.
Il resta silencieux un instant, puis sourit légèrement, un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
- Disons que certaines choses devraient rester là où elles sont.
Et sur ces mots, il tourna les talons et disparut entre les étagères, me laissant seule avec mes questions et une boule grandissante dans le ventre.