Par où commencer... j'ai toujours été bien meilleure pour lire que pour écrire et on dit que la première phrase est la pire. Je comprends maintenant pourquoi. Ce que je vais vous raconter n'est pas un conte de fées, pas plus que ce n'est une histoire d'horreur. Non, rien de tout cela, car il s'agit simplement de ma vie. Je vous épargne mes babillages de bambin et mes jeux d'enfants car là n'est pas où elle a réellement commencé. Mais, avant, permettez-moi de vous mettre en contexte.
Je suis née dans un village nommé Ookami qui se situe complètement au nord-est du pays de Mahku. Ici, tout n'est que vastes forêts avec seulement quelques villages épars. L'unique grande ville se situe à des lieues à cheval et une seule route y mène. Pourquoi une seule ? Parce que nous ne pouvons pas en construire d'autres et il est dangereux même de se promener sur celle-ci.
Ookami est un village tranquille où il fait bon vivre, mais il n'en a pas toujours été ainsi. Il y a de cela de nombreuses années, nous vivions en harmonie avec les gardiens de la forêt. Ces créatures mi-homme, mi-loup qu'on nomme loups-garous. Ceux-ci aidaient et protégeaient nos ancêtres en échange d'abris et de nourriture durant l'hiver. La paix n'a toutefois pas duré. Lors d'un hiver particulièrement rude, le bétail a commencé à mourir de froid, affamant ainsi les loups qui ne pouvaient pas se nourrir de simples substituts. C'est alors que le premier massacre eut lieu. Affamés, ils perdirent le contrôle sur leurs bêtes et nous attaquèrent en ne voyant de nous que de la viande fraîche. Les humains se défendirent comme ils purent et les repoussèrent tant bien que mal en subissant des pertes énormes. Hommes, femmes et enfants avaient perdu la vie sans distinction.
De ces mésaventures sont nés les premiers chasseurs de loup-garou. Des enfants qui furent entraînés et éduqués pour devenir des tueurs et ainsi protéger le village. Ils capturèrent des bêtes afin de les examiner et trouver des moyens plus ingénieux les uns que les autres pour les éliminer. Ils créèrent des armes rapides et efficaces afin de combattre les assauts réguliers de leurs ennemis.
Il n'y eut, néanmoins, aucun gagnant durant cette guerre. Aucun livre ne relate ce qui l'a causée, mais une importante bataille éclata aux abords du village faisant de nombreuses victimes des deux côtés. Quand il fut évident que personne ne pouvait plus lutter, les deux chefs se rencontrèrent pour mettre fin au conflit. Un traité fut signé; assurant la paix entre les deux espèces. Les conditions étaient simples ; les loups n'auraient plus le droit de s'approcher du village ou de la grande route et les humains seraient bannis de la forêt.
Bien sûr, on dit que les lois sont faites pour être brisées, mais malgré quelques frictions éparses, le pacte tint bon et avec lui, la paix. Le village s'est un peu développé, étant en retrait du reste du monde, il n'a pas suivi de près les bonds majeurs de la science. La ville d'Oak est trop éloignée, il faut toujours un groupe de chasseurs pour accompagner les quelques rares chariots d'approvisionnement devant nous parvenir. Il s'agit le plus souvent d'outils et de produits d'expérimentation pour le centre d'entraînement et de recherche des chasseurs. De nos jours, dès notre plus jeune âge, nous continuons les entraînements ainsi que les formations, mais personne n'a vu de loup depuis longtemps. Enfin, c'était le cas avant ce soir là où mon histoire commence réellement.
Je me nomme Yumi, je suis une descendante de la première famille de chasseurs qui ont juré de protéger le village, il y a des centaines d'années. Mon père en est l'instructeur en chef donc oui je suis des entraînements de combat, mais je déteste ça. L'idée de tuer des êtres vivants me donne la nausée. Mes parents se disputent toujours à ce propos parce que ma mère veut m'accorder le choix, mon paternel dit que je dois devenir assez forte pour le remplacer un jour. Vous voyez le tableau...
Heureusement, il y a cinq ans mes parents m'ont fait la joie d'avoir un fils. Ce fut pour moi le plus beau des cadeaux. Je l'ai aimé dès que j'ai posé mes yeux sur lui et je me suis fixé comme but d'être toujours là pour lui. C'est aussi le rôle des parents, me direz-vous... Malheureusement, je savais qu'il n'en serait pas ainsi. Voyez-vous, il est trisomique, mon père n'a vu en lui qu'un échec tandis que ma mère n'avait pas la patience de jouer avec lui et bâtir une vraie relation maternelle.
Entre lui et moi, ce fut tout de suite facile, je me retrouvai rapidement à passer tout mon temps avec lui. Ses crises se calmaient dès qu'il était dans mes bras et il souriait toujours quand j'allais lui dire bonjour avant de partir à l'école.
Il a maintenant cinq ans et il me ressemble tellement. On dirait moi, en garçon, au même âge avec ses cheveux roux, ses yeux bleus et ses taches de rousseur. Il aime venir à mes entraînements dans la cour, pour m'encourager, et il dort presque toujours avec moi la nuit afin que je le protège des cauchemars. Il me suit partout, ce qui convient bien à mes parents, et je ne m'en plains pas.
Quant à eux, ils se disputent régulièrement et j'ai pris l'habitude de sortir à l'extérieur avec John pour lui changer les idées. Cependant, il y a des moments ou leurs cris nous parviennent comme ce fut le cas ce soir-là : nous dessinions paisiblement des lignes imaginaires pour relier les étoiles ensemble, faisant naitre des créatures toutes plus loufoques les unes que les autres. Je le défiais de trouver tel ou tel animal et, du haut de ses cinq ans, il était plus qu'heureux de réussir. J'adorais passer ce genre de moment avec lui. Il n'y avait que nous deux et le ciel qui nous murmurait ses secrets...
J'ignorais quelle était la raison de la dispute qui éclata entre mes parents, ils criaient si fort que je me tournai vers la maison pour jeter un œil. Le temps que je m'assure qu'il ne se passait rien de particulier avant de ramener mon regard vers mon frère, il n'était plus à mes côtés. Je me retournai paniquée et je le vis courir vers les arbres, pour échapper à leur nouvelle dispute. Je me suis lancée à sa poursuite sans avertir quiconque. Je n'avais aucune lumière, aucun feu, seule la lune éclairait mes pas, si j'avais pris le temps de prendre quelque chose avec moi, je l'aurais perdu pour de bon.
J'entendais John courir devant moi et il pleurait si fort que les battements effrénés de mon cœur n'arrivaient pas à le couvrir.
- John arrête, je t'en prie, c'est dangereux!
J'avais beau crier, il ne m'écoutait pas. Je n'arrivais pas plus à le rattraper. Sa petite taille le préservait des branches qui me fouettaient le visage.
Ses pleurs se turent subitement alors que je trébuchai sur un rocher. Je tombai durement sur le sol en criant de douleur quand ma cheville se tordit dans un angle impossible et que mon front heurta une racine. Je relevai ma tête douloureuse et aperçue vaguement mon frère; il était figé sur place et devant lui, je vis un énorme loup. Un loup qui, sur ses quatre pattes, était plus grand que moi. J'eus si peur que j'en oubliai ma douleur. Je parvins à peine à souffler le nom de John, je ne crois pas qu'il m'entendit, l'animal, oui. Il se retourna vers moi en grognant, les oreilles plaquées vers l'arrière. Ses énormes griffes pétrissaient le sol à quelques pas de moi, je fermai les yeux croyant que c'était la fin, mais un craquement de feuilles et de branches me les fit rouvrir.
Lorsque je suis rentrée ce soir-là, je suis montée aussi discrètement que possible à l'étage pour coucher John dans son lit. Il n'a jamais ouvert un œil à mon grand soulagement. Il allait sans doute considérer ce qu'il avait vu dans la forêt comme un simple rêve et c'était mieux ainsi. S'il avisait nos parents... Disons que je préférais éviter une guerre. Quant à eux, ils ne s'étaient rendu compte de rien, ils dormaient dans leur chambre au rez-de-chaussée. J'entendais même leurs respirations en allant chercher de la glace pour ma cheville.
J'arrivais à marcher, mais elle était enflée et franchement douloureuse.
Je finis par revenir dans ma chambre, le corps mal en point et l'esprit épuisé. Je repoussai ma montagne de petites peluches et m'allongeai en soupirant dans mon lit. Tout s'était passé si rapidement ce soir. La dispute, sans doute ridicule, des parents, la fuite de mon frère, cet énorme loup qui avait failli nous tuer et finalement l'arrivée de cette jeune femme, Élizabeth. Elle nous avait sauvés et ramenés au village alors qu'elle était en droit de nous achever. Pourquoi l'avait-elle fait? Qu'avait-elle à y gagner? J'avais tant de questions sans réponses...
Je finis néanmoins par m'endormir et fis d'étranges rêves dans lesquels je me perdais en forêt et elle venait à nouveau à mon secours.
*****
Je passai les jours suivants à ressasser ces évènements en voulant y trouver un sens, rien n'y faisait. Mon frère n'avait jamais rien dit non plus à propos de cette nuit et nous avons continué notre vie quotidienne. Ma cheville s'était rapidement remise, cependant j'avais dû manquer quelques entrainements au grand désespoir de mon père. Je lui avais raconté que je m'étais tordu la cheville en descendant trop vite l'escalier. La vérité est que je suis si maladroite que ce mensonge aurait très bien pu ne pas en être un. Il s'était contenté de me sermonner.
- Comment crois-tu pouvoir devenir une chasseuse aguerrie alors que tu n'arrives même pas à descendre un banal escalier?
J'aurais voulu lui envoyer le fond de ma pensée en pleine tête. J'aurais voulu lui dire que je ne voulais pas devenir comme lui, que ces loups étaient aussi en partie humains et que tuer l'un des leurs était un meurtre; au même titre que si c'était l'un des nôtres. Je n'en avais pas eu le courage...
- Je vais être plus attentive, père, avais-je répondu en évitant son regard.
Cette soirée dans la forêt aurait dû me traumatiser et me pousser à éviter encore plus de m'approcher de la limite, c'était tout le contraire. Quand je jouais dans la cour arrière avec mon frère, je ne pouvais m'empêcher de jeter des coups d'œil vers l'ombre des arbres. Je me demandais toujours s'il y en avait un tout près qui nous observait. Bien sûr, je ne voyais jamais rien et c'était avec une pointe de regret que je continuais nos jeux.
- Mimi, pourquoi r'garde toujours la forêt?
M'avait-il demandé un après-midi, à ma grande surprise. Je n'aurais pas cru qu'il s'était rendu compte de mes rêveries, il me connaissait encore mieux que je ne le croyais.
- Pour rien mon grand, je suis juste curieuse.
- Est-ce à cause du méchant loup?
Je sursautai en le dévisageant, il n'a pas oublié! Il m'observait avec ce petit air à la fois inquiet et innocent que seul un enfant peut afficher. Je me forçai à lui sourire malgré mon trouble et je dois l'avouer, une certaine panique.
- Tu n'en as pas parlé aux parents, hein?
Il secoua la tête en signe de négation et je soupirais de soulagement.
- C'est bien. Ça doit rester notre secret, d'accord?
- Un secret?
- Oui, juste à toi et moi, il ne faut en parler à personne d'autre. Tu crois que je peux te faire confiance?
Il sembla hésiter un instant, mais un sourire de ma part et son visage s'illumina.
- Oui, Mimi peut avoir confiance!
- Je savais que je pouvais compter sur toi.
Ma réponse le rendit si joyeux qu'il en oublia le début de notre discussion et se jeta dans mes bras. Je lui offris une séance de chatouilles jusqu'aux larmes, en riant comme seul lui peut me faire rire, avant que notre mère nous appelle pour le repas.
***
Plus tard ce jour-là, je sortis dehors, seule, afin de prendre l'air et me dirigeai vers mon jardin; je n'aurais jamais cru que ce genre d'activité soit mon style et j'y avais rapidement pris gout. Quelques mois plus tôt, je me cherchais désespérément une occupation, autre que mes entrainements, qui me ferait aller à l'extérieur. Tu peux lire dehors, m'avait proposé ma mère, mais je voulais quelque chose de plus manuel.
En allant au marché, j'étais tombée sur un étalage de graines de semence en tout genre, sur un coup de tête, j'en avais acheté et m'étais mise à la tâche. Aujourd'hui, le potager avait une fière allure, ma mère adorait cuisiner ces aliments tous frais. D'ailleurs, je remarquai qu'il y avait des tomates mures que j'allais pouvoir lui apporter, afin de préparer le repas du soir. Je m'en délectai à l'avance!
Je rentrais lorsque j'eus une drôle de sensation; vous savez quand vos cheveux se hérissent sur votre nuque et que vous pressentez que quelqu'un vous observe, c'est exactement ce que j'ai ressenti. Je ne voyais pourtant personne dans les alentours et nos voisins étaient assez distancés pour ne pas avoir ma position à portée de vue. Je tournais littéralement dans tous les sens et le sentiment d'être observée s'amplifiait.
Un mouvement rapide dans la forêt finit par attirer mon attention. Je secouai la tête croyant avoir rêvé, pourtant mon instinct me criait d'aller jeter un œil. Je finis par déposer mon panier de victuailles et m'approchai en douceur. Je me sentais prête à déguerpir au moindre mouvement trop brusque. Je sais, je suis une poule mouillée et ce n'est pas un entrainement au combat qui va me changer!
J'arrivais finalement à la limite des arbres, le cœur dans la gorge et la panique au ventre.
- Il y a quelqu'un?
Ma gorge était si contractée que ma question sonnait comme une plainte douloureuse. Je n'eus aucune réponse à mon élan de courage et je sentis mes épaules se détendre, légèrement. Je soupirai, sur le point de retourner à mon quotidien quand j'entendis un craquement. J'ouvris grands les yeux en reconnaissant la personne qui se tenait bien droite devant moi, elle me détaillait avec un regard à la fois doux et sauvage.
Je restai figée sur place, n'ayant aucune idée sur la bonne réaction à avoir. Une partie de moi avait certes espéré la revoir, mais je n'y avais jamais vraiment cru. Mon corps réagit par lui-même et je fis un pas de l'avant.
- Restes où tu es.
Je sursautai au son de sa voix, mon regard toujours accroché au sien. Je cessai tous mouvements, cependant, je ne pouvais pas me retenir de la détailler.
Mes souvenirs ne faisaient pas écho à sa beauté. Sous la lumière du jour, le vert de ses yeux était moins profond et plus électrique. Ses traits étaient doux malgré son air sévère. Elle avait encore quelques cheveux rebelles qui encadraient son visage alors que le reste de sa crinière dévalait ses courbes jusqu'à ses hanches. Ils étaient toujours attachés en queue de cheval, certainement pour qu'ils ne s'emmêlent pas davantage qu'ils ne le faisaient déjà. Je n'avais jamais rencontré une personne avec une chevelure aussi longue.
- Euh... tu...?
Balbutiais-je honteusement, je ne savais même pas ce que je voulais dire. Ses lèvres esquissèrent tout de même un sourire.
- Je venais seulement prendre des nouvelles.
- Des nouvelles?
- Comment va ton frère?
Je mis un moment avant de percevoir le sens de sa question. Ah oui! elle parle de cette nuit-là. Décidément, je fonctionnais au ralenti.
- Bien... il va bien. Je croyais qu'il allait oublier ou penser avoir rêvé, mais il n'en a simplement pas fait une histoire.
- En a-t-il parlé?
- Seulement à moi, je lui ai fait promettre de garder le secret.
Une drôle d'expression passa sur son visage. Était-ce de la surprise?
- C'est bien. Et comment est ta cheville?
- Mieux.
OK, je commençais vraiment à ne pas être à l'aise. Je me dandinais d'un pied à l'autre sans savoir quoi dire; et ce regard... J'avais l'impression que chacun de mes mouvements était analysé. Elle se mordit la lèvre inférieure et je sentis mes joues bruler. Je me souvenais qu'elle avait fait la même chose la dernière fois. Je me demandais, encore, à quoi elle pouvait bien songer, mais craintive comme je le suis, je n'aurais jamais osé lui en parler.
- Puis-je être honnête avec toi?
- Vas-y.
Elle se racla la gorge et cette fois, j'en étais certaine, elle était aussi mal à l'aise que moi.
- Je vous ai entendu un peu plus tôt, toi et ton frère.
- Nous espionnais-tu?
- Non!
Elle soupira face à sa propre réaction ce qui me fit sourire malgré moi.
- J'étais seulement curieuse, je n'aurais pas voulu qu'il vous arrive quoi que ce soit après, tu vois.
- Donc tu es venue ici et tu nous as... épié?
Je me retins de pouffer de rire devant son froncement de sourcils.
- Peut-être un peu.
Je croisai les bras pour donner un peu de constance au faux regard de reproche que je lui adressai. Honnêtement, je ne me serais pas crue moi-même. Je sentais la commissure de mes lèvres trembler dans ma tentative de maitriser un sourire. En fait, l'idée qu'elle m'ait observée me plaisait bien.
Je repassai les évènements toute la nuit. Ma couverture avait tôt fait de rejoindre mes peluches sur le sol tant je bougeais. Impossible de dormir quand j'avais la tête aussi remplie. Je n'osais tout de même pas abandonner la bataille, me répétant qu'il me faudrait de l'énergie pour la revoir le lendemain. Dès que je fermais les yeux, je l'imaginais me faire face, toujours avec un fond sombre duquel elle se démarquait pleinement. Je la revoyais sourire ou encore se mordiller la lèvre. À certains moments, elle ne faisait que m'observer avec son regard étrangement calculateur qui m'enlevait tous mes moyens.
Même dans ma chambre, alors que ce n'était qu'une simple image, elle arrivait à m'atteindre... pourquoi? Je ne la connaissais pas du tout! Je ne savais d'elle que son nom et ah oui... bien sûr que c'était un loup-garou. Je ne suis pas xénophobe ou raciste, comme vous avez pu vous en rendre compte, cependant une partie de moi ne pouvait pas expliquer que je ressente autant d'attirance envers quelqu'un d'une autre nature. Que ce soit une fille ne me perturbait pas du tout, mais qu'elle soit à moitié louve me plongeait dans une profonde incompréhension. Si l'on me disait qu'un lapin est séduit par une grenouille, je trouverais ça grotesque.
En même temps, j'ai bien mentionné qu'elle était semi-humaine, donc ce n'est pas aussi étonnant que s'il s'agissait de deux espèces totalement différentes. Et puis elle est si belle, qui pourrait résister à une telle femme? Certainement pas moi!
J'étais heureuse qu'elle demande à me revoir, pourtant cette partie de moi plus rationnelle avait surtout peur; peur qu'elle se joue de moi pour atteindre mon village ou simplement parce que je suis timide et plus facile à berner. Elle était peut-être de ce type de nymphes qui, dans les livres, séduisent des intellos pour le plaisir de les ajouter à leur tableau de chasse. Non pas que je sois vraiment une intellectuelle, j'aime lire, mais je suis aussi une sportive malgré ma maladresse légendaire. Demandez-moi de tenir debout sur une chaise et il y a de bonnes chances qu'un éternuement me fasse tomber!
Je roulais des yeux, seule dans ma chambre, et j'entretenais une conversation entre moi-même et mes pensées. Il était clair que je n'avais pas seulement perdu une bataille contre le sommeil, mais la guerre elle-même. Je me levai lentement et c'est sur la pointe des orteils que je traversai le couloir vers celle de John. Il est très rare que je n'arrive pas à dormir puisque je suis du genre à tomber comme une ancre mais lorsque l'insomnie me frappait, j'avais une solution.
Je le vis dormant profondément dans son lit, son doudou serré contre lui. Même quand il faisait dodo, il parvenait à me faire sourire. Je soupirai avant de me glisser à ses côtés, sous les draps. Tout comme moi, il avait un sommeil de plomb et ne se rendait jamais compte de ma présence. Je me détendis au son de sa respiration et je finis par sombrer avec l'esprit serein.
***
Je m'éveillai doucement le lendemain, les yeux collés par le manque de sommeil. La lumière abondante ne m'avait laissé aucun répit. Pourquoi n'avais-je pas fermé ces fichus rideaux? Je voulus tendre le bras pour les attraper, les yeux toujours clos et ma main ne rencontra que du vide. Je m'étirai davantage et dans un hurlement, m'écrasai sur le sol.
- Hahaha! Mimi est tombée!
- Hmpf...
Je levai paresseusement la tête pour croiser le regard pétillant de mon frère. Je fis mine de l'ignorer et agrippai un oreiller dans une fausse tentative pour me rendormir.
- Nooooon Mimi, c'est le matin!
- Je veux dormir... marmonnais-je entre deux ronflements.
John sortit du lit en catastrophe et se mit à me pousser dans tous les sens; sur le dos, sur le ventre... il me roula presque sous le meuble. Voyant que je n'avais pas l'intention de bouger, il passa à l'étape suivante. Je sentis un doigt mouillé chatouiller l'intérieur de mon oreille, je sursautai d'horreur et sans un regard derrière, je courus jusqu'à ma chambre me cacher sous ma couette. J'entendais mon frère rire en venant après moi, il sauta à son tour dans mon lit pour me rejoindre sous les couvertures.