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La captive du cheik

La captive du cheik

Auteur:: Rêverie
Genre: Romance
Léna Santos, une jeune artiste espagnole dans un village andalou, mène une vie paisible, plongée dans sa passion pour la peinture. Cependant, son monde s'effondre lorsque le milliardaire Adrien Delacroix arrive avec des projets immobiliers menaçant ses chères oliveraies. Intrigué par un tableau de Léna, Adrien décide de la rencontrer incognito pour percer son mystère. Lors d'un bal masqué, leurs chemins se croisent : Léna, envoûtante dans sa robe rouge, et Adrien, séduisant sous son masque noir, s'abandonnent à une danse passionnée sans se douter de leurs véritables identités. Lorsque la vérité éclate, la tension est palpable : Léna découvre qu'il est l'homme qu'elle déteste, tandis qu'Adrien comprend qu'il est tombé amoureux de celle qui menace ses ambitions. Alors que Léna lutte pour protéger son village et ce qu'elle aime, Adrien commence à remettre en question ses valeurs. Mais un secret inattendu pourrait tout bouleverser : il détient une information cruciale sur le projet qui pourrait changer le destin de Léna et de son art. Adrien changera t-il la vie de Léna ou utilisera t-il ses informations pour la faire chanté et la manipulé à sa guise ?

Chapitre 1 Chapitre 1

Le soleil déclinait doucement à l'horizon, teignant le ciel d'orangés éclatants et de nuances pourpres. Léna était assise sous un olivier noueux, sa toile devant elle, ses pinceaux trempant dans une petite palette remplie de couleurs vives. Elle avait passé toute l'après-midi à peindre ce paysage qu'elle connaissait par cœur, mais qui, pourtant, ne cessait jamais de l'émerveiller. Le vent léger faisait bruisser les feuilles des arbres, une mélodie douce qui semblait encourager son inspiration.

Elle fronça légèrement les sourcils en examinant son travail. Le tableau prenait forme, mais il lui manquait ce quelque chose qui rendrait la scène vivante. Un soupir échappa à ses lèvres. Ses ambitions artistiques, bien qu'immenses, se heurtaient souvent à un sentiment d'insuffisance. Elle aimait profondément ce village, ces oliveraies qui s'étendaient à perte de vue, mais elle craignait de ne jamais pouvoir transcender cette vie simple pour atteindre quelque chose de plus grand.

« Tu sais que tu vas finir par avoir des toiles accrochées dans les musées, pas vrai ? »

La voix de Marina la tira de ses pensées. Sa meilleure amie arrivait, tenant deux verres de thé glacé dans les mains. Ses cheveux blonds brillaient sous les derniers rayons du soleil, et son sourire éclatant reflétait une assurance que Léna enviait parfois.

Léna la remercia d'un sourire timide et prit le verre qu'elle lui tendait. « Parfois, je me demande si je devrais juste me contenter de peindre pour moi-même. Qui voudrait vraiment acheter un tableau d'un coucher de soleil qu'ils peuvent voir gratuitement ici, tous les jours ? »

Marina roula des yeux et s'assit à côté d'elle. « Arrête un peu. Tes tableaux sont magnifiques, et tu le sais très bien. Le problème, c'est que tu restes coincée ici. Va à la ville, expose tes œuvres. Les gens adorent les trucs qui viennent de la "campagne authentique". »

Un sourire se dessina sur les lèvres de Léna. Marina avait cette façon unique de mêler encouragement et taquinerie. Mais avant qu'elle ne puisse répondre, Marina changea brusquement de ton.

« D'ailleurs, tu as entendu la dernière ? Il paraît qu'un type super riche veut racheter toutes les terres autour des oliveraies. »

Léna tourna brusquement la tête vers elle, son verre de thé glacé oubliée dans sa main. « Quoi ? C'est une blague ? »

« Pas du tout. Je l'ai entendu ce matin au marché. Apparemment, il veut tout transformer en... je sais pas trop quoi, un projet immense. Mais ce qui est sûr, c'est que ça n'a rien à voir avec nos oliviers. »

Un poids s'installa dans la poitrine de Léna. Ces terres représentaient bien plus qu'un paysage pittoresque. Elles étaient l'âme du village, une partie essentielle de leur identité. L'idée qu'un étranger puisse venir tout transformer lui semblait impensable.

« Les villageois sont déjà en train d'organiser une réunion pour en parler. Tu devrais venir. » Marina lui donna une légère tape sur l'épaule. « On a besoin de gens comme toi, qui comprennent ce que ces oliveraies signifient. »

Léna hocha la tête. Elle savait qu'elle n'avait pas vraiment le choix. Ce genre de décision ne concernait pas seulement les propriétaires des terres, mais tous ceux qui vivaient ici.

La réunion se tenait dans la salle communale, un petit bâtiment à l'entrée du village. Quand Léna arriva, l'endroit était déjà bondé. Les visages étaient graves, les voix basses. Le maire, un homme aux cheveux grisonnants et à la voix posée, se tenait devant la foule, essayant d'apaiser les esprits.

« Mes amis, je comprends vos inquiétudes », disait-il. « Mais rien n'est encore décidé. Nous devons attendre d'avoir plus d'informations avant de tirer des conclusions. »

Un murmure mécontent parcourut la foule. Léna reconnut plusieurs visages familiers, des gens qu'elle croisait tous les jours au marché ou dans les ruelles du village. Tous partageaient la même expression d'inquiétude.

Après la réunion, Marina retrouva Léna à l'extérieur. « Ça te rassure, toi, ce que le maire a dit ? Parce que moi, pas du tout. »

Léna secoua la tête. « Non, mais au moins, on sait qu'on n'est pas seuls à se battre. »

Marina lui tendit un papier qu'elle avait ramassé sur une table à l'intérieur. « Tiens, regarde ça. C'est une invitation pour un bal masqué. Apparemment, ils veulent lever des fonds pour protéger les oliveraies. »

Léna prit l'invitation et la lut attentivement. Le bal devait se tenir dans une semaine, dans une villa située en bordure du village. Elle était indécise. L'idée d'assister à un événement aussi formel ne l'enchantait pas, mais si cela pouvait aider la cause...

« Tu devrais y aller », insista Marina. « Sérieusement, ce serait une bonne occasion de montrer ton soutien. Et puis, qui sait ? Peut-être que tu rencontreras quelqu'un d'important, un acheteur pour tes tableaux, par exemple. »

Léna esquissa un sourire, mais son cœur restait lourd. Alors qu'elle rangeait l'invitation dans son sac, elle ne pouvait s'empêcher de se demander si ce bal suffirait à faire face à une menace aussi immense.

Le vrombissement sourd de l'hélicoptère couvrit le bruissement paisible des oliviers. Au-dessus du village, l'appareil fendait l'air comme une anomalie dans ce paysage figé par le temps. Les villageois, attirés par le bruit inhabituel, levèrent la tête, écarquillant les yeux à la vue de cet engin sophistiqué qui semblait presque insultant face à la simplicité de leur quotidien. L'hélicoptère tourna une dernière fois avant de se poser dans un champ à l'orée du village, soulevant un nuage de poussière et de brindilles.

Adrien Delacroix descendit avec l'aisance d'un homme habitué au luxe et au pouvoir. Sa silhouette élancée, vêtue d'un costume impeccablement taillé, tranchait avec le décor rustique et la tenue modeste des habitants rassemblés à distance prudente. Son regard balayait les environs avec une froide curiosité. Tout ici respirait une simplicité qu'il trouvait presque agaçante, bien qu'une petite voix en lui - qu'il préférait ignorer - y voyait une certaine beauté brute.

« Monsieur Delacroix, c'est un plaisir de vous accueillir ici. »

La voix de Diego Alvarez s'éleva derrière lui. Adrien se retourna et trouva un homme souriant, bien mis mais visiblement plus à l'aise dans cet environnement que lui. Diego tendit une main qu'Adrien serra brièvement, notant immédiatement dans ses yeux un éclat calculateur.

« Diego Alvarez, propriétaire de plusieurs terres ici et... disons, un défenseur du patrimoine local. »

Adrien esquissa un sourire poli, mais son esprit enregistrait déjà les informations : Alvarez était un adversaire potentiel. Dans ce genre de situation, les "défenseurs" étaient souvent des obstacles déguisés.

« Adrien Delacroix. Enchanté. »

Diego l'invita d'un geste à le suivre, et ensemble, ils quittèrent le champ pour se diriger vers le centre du village. Adrien, peu habitué aux chemins de terre et aux maisons blanchies à la chaux, marchait avec précaution, mais son esprit, lui, était en pleine analyse. Ce village, malgré son apparence modeste, représentait un potentiel immense pour son projet : un complexe de villégiature luxueux, entouré d'oliveraies centenaires, destiné à une clientèle internationale.

Pourtant, il sentait déjà la résistance. Les regards des villageois, fixés sur lui avec une méfiance palpable, n'étaient pas accueillants. Diego, quant à lui, jouait son rôle de guide affable à la perfection, mais Adrien n'était pas dupe. Ce genre d'amabilité cachait souvent des intérêts opposés.

Ils atteignirent une petite place où une fontaine usée trônait au centre. Autour, des étals modestes vendaient des fruits, des poteries et des petits objets artisanaux. Diego s'arrêta devant une galerie aux murs ornés de tableaux simples mais vibrants.

« Vous devriez jeter un œil ici, Adrien », dit-il avec un sourire. « C'est un excellent moyen de comprendre l'âme de ce village. »

Adrien, méfiant, haussa un sourcil mais entra tout de même. La galerie était modeste, presque primitive à ses yeux habitués aux salles d'exposition épurées et luxueuses des grandes villes. Pourtant, quelque chose attira immédiatement son attention : un tableau accroché au fond de la pièce.

Chapitre 2 Chapitre 2

C'était une scène de coucher de soleil, les oliveraies baignant dans une lumière dorée et vibrante, mais avec une touche presque irréelle. Les couleurs semblaient danser sur la toile, comme si elles voulaient raconter une histoire secrète. Il s'approcha, captivé malgré lui. La signature en bas, "L.S.", était discrète mais élégante.

« Intéressant, n'est-ce pas ? » La voix de Diego, toujours là, fit irruption dans ses pensées. « C'est une artiste locale, Léna Santos. Une autodidacte. Elle vend quelques œuvres ici, mais elle ne cherche pas vraiment à percer. Dommage, non ? »

Adrien ne répondit pas tout de suite. Son regard restait fixé sur le tableau. Il ne comprenait pas pourquoi cette peinture, si simple en apparence, l'attirait autant. Peut-être était-ce la lumière, ou la manière dont l'artiste semblait avoir capturé l'essence même de ce lieu qu'il méprisait pourtant.

« Combien pour ce tableau ? » demanda-t-il finalement, son ton détaché.

Diego haussa légèrement les sourcils, mais avant qu'il ne puisse répondre, la galeriste, une femme âgée au regard malicieux, intervint. « Pour vous, monsieur, mille euros. »

Adrien sortit un carnet de chèques et régla l'achat sans négocier, sous le regard mi-amusé, mi-surpris de Diego.

En sortant de la galerie, il tenait la toile soigneusement emballée sous son bras. Diego, fidèle à son rôle, continua de faire la conversation, vantant les charmes du village et insistant subtilement sur l'importance de préserver son authenticité. Mais Adrien l'écoutait à peine. Son esprit était déjà ailleurs. Qui était cette Léna Santos ? Pourquoi son tableau l'avait-il autant marqué ?

Alors qu'ils revenaient vers la place, il jeta un dernier coup d'œil autour de lui. Les villageois continuaient de l'observer à distance, murmurant entre eux. Il ne savait pas encore comment il allait surmonter cette méfiance, mais une chose était claire : il allait découvrir qui était l'artiste derrière cette signature. Et peut-être, à travers elle, comprendre pourquoi ce village semblait soudainement moins insignifiant.

Le soir du bal approchait, et le petit village andalou était en ébullition. Les ruelles blanches, habituellement paisibles, résonnaient des éclats de voix et des rires. De maison en maison, des lumières tamisées se reflétaient sur les pavés irréguliers, tandis que les femmes ajustaient leurs robes et les hommes peaufinaient leurs costumes. Dans le salon exigu de Marina, Léna faisait les cent pas, les bras croisés, une moue contrariée sur le visage.

- Je ne vois pas pourquoi tu insiste autant, Marina. Ce n'est pas mon genre de soirée. Ces gens-là, ils... - Léna soupira, cherchant ses mots. - Ils viennent pour impressionner, pas pour sauver les oliviers.

Marina roula des yeux tout en attachant un collier autour de son propre cou. Ses doigts agiles semblaient aussi habitués à manipuler des ustensiles de cuisine que des bijoux fantaisie.

- Oh, arrête un peu avec tes principes. C'est une soirée, Léna, pas un mariage arrangé. Qui sait ? Peut-être que tu tomberas sur un riche collectionneur d'art qui t'achètera tous tes tableaux. - Marina lui adressa un clin d'œil moqueur avant d'ajouter : - Et même si ce n'est pas le cas, au moins tu pourras t'amuser un peu.

Léna hésita, mais elle savait que Marina ne la laisserait pas tranquille. Depuis leur enfance, Marina avait toujours été la plus audacieuse des deux, celle qui sautait dans la rivière en pleine nuit ou osait parler haut et fort aux figures d'autorité du village. Résignée, Léna se laissa tomber sur une chaise.

- Très bien. Mais je n'ai rien à me mettre. - Elle haussa les épaules, espérant que cet argument mettrait fin à la discussion.

Marina éclata de rire, fouilla dans une armoire débordante et en sortit une robe rouge vif.

- Tu as tort, ma chère. C'est la robe de Rosa. Elle l'a portée une fois à un mariage à Séville et s'est plainte qu'elle était "trop voyante". Elle m'a dit que je pouvais la prêter si besoin. Et je pense que ce soir, elle est parfaite pour toi.

Léna fixa la robe, les sourcils froncés. Le tissu rouge semblait briller à la lumière, provocant, presque agressif dans sa beauté.

- Je vais ressembler à une tomate mûre... - murmura-t-elle, mais Marina secoua la tête avec un sourire espiègle.

- Non, tu vas ressembler à une déesse. Maintenant, debout, essaye-la.

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Pendant ce temps, au bord du village, Adrien Delacroix descendait les marches en pierre d'une auberge rustique, ajustant le masque noir qu'il avait choisi pour l'occasion. Devant lui, Diego Alvarez l'attendait, un sourire en coin.

- Vous êtes sûr de vouloir vous mêler à eux incognito ? demanda Diego, visiblement amusé par l'idée qu'un homme comme Adrien puisse se fondre dans une foule villageoise.

Adrien glissa un regard vers son interlocuteur, son expression impénétrable.

- Oui. Je veux comprendre à qui j'ai affaire avant de dévoiler mes intentions. Et vous avez dit vous-même que cette soirée rassemblerait tous les visages influents du village, n'est-ce pas ?

Diego hocha la tête, gardant pour lui le plaisir qu'il prenait à voir Adrien, si habitué à dominer dans les grandes villes, jouer un rôle ici.

- Très bien. Mais sachez que ces gens-là ne sont pas aussi naïfs qu'ils en ont l'air. Ils sentent le mensonge à des kilomètres.

Adrien ne répondit pas. Son masque dissimulait la moitié de son visage, mais ses yeux, froids et calculateurs, brillaient d'un éclat déterminé.

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Le bal se tenait dans la cour d'un ancien domaine, illuminée par des guirlandes de lanternes et des chandeliers suspendus dans les arbres. Les invités, vêtus de costumes colorés et de masques, déambulaient avec grâce. Une musique enivrante s'élevait dans l'air, mêlée au murmure des conversations et au tintement des verres.

Léna entra dans la cour, accompagnée de Marina, qui portait une robe bleue. La robe rouge de Léna attirait les regards, mais elle marchait tête haute, bien qu'une légère rougeur sur ses joues trahissait son inconfort. Marina la poussa doucement en avant.

- Allez, Estranjera. Fais honneur à ton personnage.

Léna avait accepté le surnom proposé par Marina : "l'Estranjera", l'étrangère. Derrière son masque orné de dorures, elle espérait passer inaperçue ou du moins garder une certaine distance avec la réalité. Elle ne voulait pas qu'on la reconnaisse, qu'on parle de la peintre qui vendait ses tableaux pour arrondir ses fins de mois. Ce soir, elle voulait juste observer.

De l'autre côté de la cour, Adrien, appuyé contre une colonne, observait la scène. Ses yeux s'arrêtèrent sur une silhouette en rouge qui semblait ne pas appartenir à cet endroit, tout comme lui. La femme marchait avec une grâce nerveuse, comme si elle voulait disparaître tout en captant chaque regard. Intrigué, il s'éloigna de Diego, qui était déjà en train de charmer un groupe d'habitants avec des anecdotes pleines d'exagérations.

Adrien s'approcha de la piste de danse, où les couples tournaient au rythme d'un tango passionné. Comme par instinct, ses pas le conduisirent vers la femme en rouge.

- Puis-je vous inviter à danser ? demanda-t-il en tendant une main gantée.

Léna, surprise, releva les yeux vers lui. Derrière son masque noir, l'homme avait une allure mystérieuse, presque intimidante, mais son ton était courtois.

- Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? répondit-elle avec un sourire en coin, essayant de masquer son hésitation.

- Absolument.

Sans attendre une réponse, il attrapa doucement sa main et l'entraîna sur la piste. La musique changea, passant à une mélodie plus lente, presque envoûtante. Leurs corps se rapprochèrent, et malgré leur gêne initiale, ils trouvèrent rapidement un rythme.

- Vous dansez bien, pour un étranger, murmura Léna, cherchant à cacher son trouble.

- Et vous, pour une déesse grecque, rétorqua Adrien, son ton à la fois amusé et sérieux.

Le compliment inattendu fit rougir Léna, mais elle répondit avec une pointe d'ironie.

- Ce masque vous donne des ailes, à ce que je vois.

Adrien sourit, mais ses pensées dérivaient déjà ailleurs. Il ne comprenait pas pourquoi cette femme, qu'il n'avait jamais vue auparavant, l'attirait autant. Était-ce sa manière de parler, ou l'aura mystérieuse qu'elle dégageait ?

- Pourquoi l'Estranjera ? demanda-t-il soudain, brisant le silence entre eux.

Léna haussa légèrement les épaules.

- Parce que parfois, il vaut mieux être une étrangère dans son propre monde.

Cette réponse énigmatique le troubla davantage. Il sentit qu'elle ne parlait pas seulement du bal, mais de quelque chose de plus profond.

Chapitre 3 Chapitre 3

Leur danse continua, chaque mouvement rapprochant un peu plus leurs mondes opposés. Mais alors que la musique touchait à sa fin, un détail attira l'attention de Léna. Sous le masque de l'homme, quelque chose dans ses traits lui semblait familier. Elle tenta de masquer son trouble, mais une vague d'inquiétude la traversa.

- Vous avez un nom, ou devez-je deviner ? lança-t-elle, mi-curieuse, mi-méfiante.

Adrien hésita une fraction de seconde avant de répondre, son sourire s'étirant doucement.

- Appelez-moi... l'Investisseur.

Cette réponse fit sourire Léna, mais elle accentua son malaise. Que faisait un "investisseur" dans une soirée organisée pour défendre les oliviers ?

La lumière des lanternes suspendues dansait sur les murs blanchis à la chaux, projetant des ombres mouvantes qui semblaient palpiter au rythme de la musique. Les préparatifs du bal avaient transformé le vieux domaine en un théâtre éblouissant de couleurs et de sons. Les villageois, revêtus de leurs plus beaux atours, convergeaient vers l'entrée principale, leurs pas résonnant sur les pavés irréguliers. Au loin, le murmure de l'oliveraie formait un contrepoint discret à l'effervescence de la soirée.

Dans la petite chambre de Marina, Léna fixait son reflet dans un vieux miroir piqué de taches sombres. La robe rouge, qu'elle avait d'abord trouvée trop tape-à-l'œil, moulait sa silhouette avec une élégance surprenante. Le tissu fluide caressait ses courbes et tombait jusqu'à ses chevilles en un éclat flamboyant.

- Alors ? demanda Marina, debout derrière elle, les bras croisés et un sourire triomphant aux lèvres.

Léna hésita, tirant nerveusement sur le bord du décolleté légèrement trop plongeant à son goût.

- Je sais pas... C'est un peu... beaucoup, non ? murmura-t-elle, sa voix presque noyée dans le tumulte de ses pensées.

- Arrête. Tu es magnifique. - Marina posa ses mains sur les épaules de Léna et plongea son regard dans le sien à travers le miroir. - Ce soir, tu es l'Estranjera. Mystérieuse, insaisissable, inoubliable.

Léna haussa les sourcils en signe de doute, mais elle n'avait plus vraiment le choix. Marina lui avait mis cette idée en tête depuis le matin : si elle devait aller à ce bal, autant se glisser dans la peau d'un personnage. Et puis, il y avait quelque chose de rassurant dans le fait de porter un masque, comme si cela lui permettait de s'effacer tout en étant au centre de l'attention.

- Très bien, céda Léna en ajustant son masque doré, qui complétait la robe avec une touche d'exotisme. Mais je te préviens, dès que ça devient ennuyeux, je m'éclipse.

- On verra bien, répondit Marina avec un clin d'œil. Maintenant, allons-y avant que tu changes d'avis.

***

De l'autre côté du village, Adrien Delacroix terminait d'ajuster son masque noir dans une chambre cossue qu'il avait louée pour l'occasion. Loin de l'effervescence des préparatifs, il savourait le calme avant la tempête. Diego Alvarez, assis sur une chaise en bois, le regardait avec un sourire narquois.

- Vous êtes sûr de vouloir jouer ce jeu ? demanda Diego, ses yeux pétillants d'une curiosité à peine dissimulée.

- Absolument, répondit Adrien sans détourner les yeux de son reflet. Si je veux comprendre ces gens et leurs motivations, je dois me mettre à leur niveau, ne serait-ce qu'un instant.

Diego haussa les épaules. Il trouvait amusant de voir un homme comme Adrien, habitué aux bureaux luxueux et aux réunions stratégiques, se prêter à ce genre de mascarade. Mais il savait aussi qu'Adrien ne faisait jamais rien au hasard.

- Très bien. Mais un conseil : ne sous-estimez pas les villageois. Ils ont peut-être l'air simples, mais ils sont farouchement attachés à leurs terres. Et au moindre faux pas, ils vous feront payer votre présence ici.

Adrien se contenta de sourire, ajustant le col de son costume sombre.

- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je saurai rester... discret.

***

La cour du domaine semblait vibrer sous le poids de l'animation. Des tables ornées de nappes blanches étaient disposées autour de la piste de danse, chargées de plats traditionnels et de carafes de vin local. Les rires et les discussions se mêlaient aux accords d'un orchestre jouant un tango langoureux. Les invités, masqués et élégants, déambulaient avec une aisance feinte, chacun cherchant à deviner l'identité de l'autre.

Léna entra dans la cour, suivie de Marina, et sentit immédiatement le poids des regards se poser sur elle. La robe rouge, combinée au masque doré, la faisait ressortir comme une flamme dans une mer de costumes plus sobres. Elle marcha avec une assurance qu'elle ne se connaissait pas, mais à l'intérieur, son cœur battait à tout rompre.

- Respire, murmura Marina en la poussant doucement vers le centre de la cour. Personne ne sait qui tu es, et c'est ça qui est génial.

Léna hocha la tête, tentant de se convaincre. Elle observa la foule, cherchant des visages familiers, mais les masques rendaient cette tâche impossible. Cela la rassurait autant que cela l'inquiétait.

Au même moment, Adrien pénétra dans la cour, son regard perçant balayant l'assemblée. Il cherchait quelque chose, ou peut-être quelqu'un, mais il ne savait pas encore quoi. Son masque noir dissimulait ses traits, et son costume impeccable le faisait passer pour un invité quelconque. C'était exactement ce qu'il voulait.

Son attention fut immédiatement captée par une silhouette en rouge. Elle se tenait près de la piste de danse, parlant à une autre femme vêtue de bleu. Adrien sentit une étrange attirance, presque magnétique, pour cette femme qu'il n'avait jamais vue auparavant. Ou peut-être l'avait-il vue, mais il n'en avait aucun souvenir.

Il s'approcha lentement, se frayant un chemin parmi les convives. Lorsqu'il fut à quelques pas de Léna, il tendit la main et dit d'une voix calme mais assurée :

- Puis-je avoir cette danse ?

Léna se tourna, surprise, et ses yeux rencontrèrent ceux d'Adrien à travers leurs masques respectifs. Elle hésita un instant, mais il y avait quelque chose dans son regard qui la poussait à accepter. Peut-être était-ce l'aura de mystère qu'il dégageait, ou simplement l'envie de jouer le jeu jusqu'au bout.

- Avec plaisir, répondit-elle finalement, sa voix teintée d'un mélange d'amusement et de curiosité.

Ils se dirigèrent vers la piste de danse, où la musique changea pour une valse lente. Adrien posa une main légère sur la taille de Léna, tandis qu'elle glissait la sienne sur son épaule. Leurs mouvements étaient hésitants au début, mais ils trouvèrent rapidement un rythme harmonieux.

- Vous êtes nouvelle ici, n'est-ce pas ? demanda Adrien, brisant le silence.

- On peut dire ça, répondit Léna avec un sourire énigmatique. Et vous, qui êtes-vous ?

Adrien hésita une fraction de seconde avant de répondre.

- Juste un investisseur curieux.

Léna arqua un sourcil sous son masque. Il y avait quelque chose de troublant dans cette réponse, mais elle choisit de ne pas insister.

- Curieux, en effet, murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour lui.

La danse continua, et une étrange tension s'installa entre eux. Ils parlaient peu, mais leurs regards se croisaient souvent, chargés d'une émotion qu'ils ne pouvaient pas encore nommer. Adrien, habitué à contrôler chaque situation, se sentait déstabilisé par cette femme qui semblait à la fois proche et insaisissable. Quant à Léna, elle était intriguée par cet homme qui semblait cacher bien plus qu'il ne laissait paraître.

Alors que la musique touchait à sa fin, Adrien resserra légèrement sa prise sur la taille de Léna et lui murmura :

- Peut-être que ce bal n'est pas si ennuyeux, après tout.

Léna sourit, mais avant qu'elle ne puisse répondre, une voix retentit derrière eux, brisant l'instant.

- Léna ! Où es-tu ? C'est toi, là-bas ?

Léna se figea. C'était la voix de Diego Alvarez, qu'elle connaissait bien. Elle se dégagea doucement de l'étreinte d'Adrien, son cœur battant plus vite que jamais. Elle ne voulait pas que Diego la voie avec cet homme, pas maintenant, pas ici.

- Je dois y aller, murmura-t-elle à Adrien, sans lui donner d'explications.

Avant qu'il ne puisse la retenir, elle disparut dans la foule, laissant Adrien seul sur la piste de danse, son esprit empli de questions sans réponses.

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