Cet ouvrage a été composé par Ferdy Ajax, dans la Collection Littéraire Francophone, avec le concours de TAC Cie Association des étudiants(Centre de Théâtre et des Arts Francophones), Paris8, Université Sorbonne Nouvelle, Université ParisIII.
De la même auteure
Ferdy Ajax, alias Marie-Carmel Ajax, est poète, romancière et chercheuse. Ses recherches concernent Samuel Beckett, « En Attendant Godot », puis Aimé Césairevia « La Tragédie du roi Christophe », sous la direction de l'université Sorbonne Nouvelle Paris III.
- Au Paradis des Ténèbres, Éditions La Pensée Universelle, 2004 ;
- Au Nom de La Liberté, IDOM Editions, 2005 ;
- La Libation Sacrée du vodu Haïtien, Éditions ICES, 2007 ;
- Montmartre Bluesle XVIIIèmeArrondissement, Éditions ICES, 2017 ;
- Miroir, Face & Interface, Edilivre, 2021 ;
- Anthologie Europoésie Unicef, Éditions Thierry Sajat, 2019 ;
- Anthologie des poètes de la Sorbonne, Éditions Thierry Sajat, 2011.
Théâtre et courts-métrages :
- Muse aux femmes, en 2009 ;
- Sang Douze, en 2014.
Préface
Une anaphore de la Vénusqui marche dans l'ombre de l'héroïne principaleLa Vénus rose muscadecomme l'indique l'auteure, une dualité troublante de Vénus qui clame un cri légitime. Un cri d'alarme qui retentit dans le cœur de chaque femme. Un cri répétitif qui exalte la rigueur d'une performance essentiellement allégorique. Quand l'héroïne proclame la litanie de chaque évènement d'une vie. Là où chaque vie demeure parallèlement unique et exceptionnelle, au-delà de tout appel. Un appel qui attend d'être pris en compte par l'univers tout entier. Un appel qui sonne comme un oubli du temps, un hymne à la mémoire de La Vénus rose muscade
La mémoire subtile de la Vénus qui tombe comme une évidence commune à la femme. La femme qui subit la violence, dans le silence des dieux. Un roman qui scintille et brille au firmament des étoiles. L'allégorie d'une vie qui nous file parfois, entre les doigts. Chaque instant de cette mémoire forge le temps de l'existence. Chaque pas trace la route du futur : « Que dalle, que dalle » ? répond l'auteure.Que l'âme résiste, pour la femme au-delà de l'amour ! Que l'on dénomme de façon intime : La Vénus rose muscade
Ce refrain merveilleux, dans cette cosmopolite composition de Ferdy Ajax, me rappelle notre première rencontre. Au-delà de tout, ce fut une merveilleuse rencontre et une amitié très riche culturellement. Voilà quelques années, au Printemps des Poètes à Paris, un petit continent de vers, de métaphore et de partage idyllique. Un nouveau continent virtuel où le mot d'amour devient passeport. L'œuvre et l'identité culturelle rejoignant tous les artistes du terrain, en un temps de partage.
Mon amitié avec FerdyAjax implique la complicité de nos origines insulaires – même si un Mozambicain d'un canal de mer, un Africain du grand continent et un Atlantique de large océan séparent Haïti de Madagascar –. On n'en déduit pas moins une succession d'invitations de prestige. D'ici à me demander de présenter cette œuvre romantique qui n'en est pas un coup d'essai. Après la poésie, ce roman coule de source, ce qui est pour moi un honneur et un touchant témoignage de notre affection réciproque, de participer à cette aventure romanesque au sujet de La Vénus rose muscade
Artiste aux talents diversifiés, il y a peu, elle m'avait conviée au défilé de mode. Elle a décidé de me confier l'une des meilleures pièces de sa collection de mode. J'avais l'impression d'être sa muse éphémère. Cela relève d'une prouesse artistique de relier le verbe et la chair, la fierté d'être le mannequin poète le temps d'un festival. J'étais vraiment ravie de cette proposition, défilant dans cette magnifique robe bleue, aérée, aérienne. Cette robe conçue avec de la broderie anglaise sur fond de nuage et argenté. Je portais aussi un chapeau bleu assorti de plumes et soutenu à l'aide de clochers blancs perlés. Je me sentais comme la Vénus bleue. Je suis devenue la plus belle rose d'un soir. Et chaque année je me pose ce regard incitant à l'écoute des sens volcaniques des mots tendres.
En effet, c'est par un chant langoureux qu'elle commence pour illustrer à chaque prestation, de sa voix fragile et super émouvante, sincère et si profonde. Dès le début, son émotion contagieuse m'assaillait, m'emmenait dans son monde le temps d'une déclamation. C'est à cette tradition orale qu'elle aspire dans ce roman qui touche la vie des femmes. Des femmes transformées malgré elles, en statue de Vénus.
De Jacmel à Paris, de Pétion-Ville à « Montmartre », au sous-sol du French Cancan, on rentre dans l'intimité de certaines femmes célèbres. Vénus ou victime on tente de rétablir certaine vérité. De telle vérité, où elle en fait tout un bouquin. On pénètre au salon des Batignolles où elle lance un concours. Ce concours a permis de mettre à l'honneur des artistes et des écrivains de ce quartier. Et aussi certaines femmes sont remises à jour. Quand elle ajoute au programme la comédienne et poétesse Rosemonde Gérard. Une femme de plus, qui a été laissée pour compte, au profit d'un illustre époux. Ferdy Ajax s'est inspirée de la prison pour créer une chanson. Elle pousse un cri d'alarme concernant le site de Guantanamo, sans traverser l'océan. C'est la magie d'une écriture qui nous invite au voyage. Ensuite, Ferdy Ajax nous invite au village Suisse, à Paris, où elle expose parfois ses œuvres picturales. Au salon des grandes traditions de son île : vivre et faire vivre le voyage comme dirait le poète Pablo Neruda allias Ricardo Neftali Reyes Basoalto op. cit., in :
« Il meurt lentement, celui qui ne voyage pas (...) ».
Fin de citation.
Pablo Neruda(1904 – 1973)
Ferdy Ajax nous invite à rester vivants. Le destin de cette fille insulaire, puis elle est devenue la jeune femme parisienne, qu'on connaît tous. Ce destin l'initie sur un chemin de difficultés qu'elle arrive à braver pas à pas. Il ressemble à celui de la princesse précocement orpheline de sa mère, « ni soumise, ni marâtre » en secondes épousailles d'un père malade qui ne survécut pas à son cancer, et elle voulait briser sa peur et vaincre le destin :
« À tous ceux qui ont jubilé, qu'ils jubilent. À tous ceux qui m'ont humilié, c'est débile. Point d'attirance qui stimule la souffrance. Ellipse tragique de ma douloureuse adolescence. »
Malheureusement, les îles ne nous laissent point le choix d'une vocation aux appels du départ ? Malheureusement, un enfant ne comprend pas cette fatalité. À ceux qui sont en dehors de venir, à ceux qui sont à l'intérieur de partir, bravant dans les galères la houle et les tempêtes, le mystère des abysses et le danger des mers. Avec force et courage, Ferdy Ajax prit son destin en main. « Plus le temps, de m'apitoyer sur mon sort », dit-elle. La princesse quitte sa terre natale. Elle embarque pour une destination qu'elle a choisie, sur le critère de la langue, hésitant entre le Canada et la France. Son cœur penche pour la seconde solution.
Elle choisit la Ville lumière, car elle incarne la clarté : « La langue française m'a permis de braver bien des dangers et de me libérer de forme de contrainte malveillante. De plus, elle m'a permis d'activer mes démarches vers l'émancipation. J'ai souffert pour pouvoir y résister, mais Paris en valait sans doute, la peine, c'est ma plus belle thérapie. »
Dans ce chemin long vers la guérison, les blessures laissent des traces. Mais la poésie, principalement la littérature change les maux contre les mots. Par le pouvoir des mots doux, Ferdy Ajax tisse les liens qui relient son histoire avec les archétypes de la société.
Dans un tableau où s'entremêlent les valeurs de l'humanité et les couleurs du temps. Le passé, le présent, le futur dont l'artiste érige à peine les frontières, indiciblement. Car, le cœur de l'Homme est le même d'une région à l'autre, d'une ère à une autre, indépendamment des origines, des rites et des traditions.
« Dans cette triste chambre de la rue des Moines.
Un mélange de sueur et de chair en macédoine. Tous les quatre plus quatre dans un studio. Vivre comme des sardines, c'est idiot de tenter le diable, pour fuir les requins. On ajoute plus de souffrance à son destin. On passe d'une vie complètement à l'opposé ».
Alors ce voyage dans le temps vaut le détour aussi bien pour le comparatif des sociétés que pour l'anachronisme des sentiments. On va devoir composer avec toutes les différences, mais garder la liberté de la différence et donner une direction à sa vie :
« L'amour, je l'ai rencontré au moment où je l'attendais le moins. Il est apparu comme un cadeau tombé du ciel. La souffrance m'a rendue inattentive. Mais l'amour m'a réveillée de ce tunnel. Je crois que je l'ai mérité cet amour, de toutes mes forces. J'ai rebondi ! Rebondir sur ses pieds après la perte d'un être cher. Je suis fière de pouvoir renaître. J'ai appris à aimer la vie et apprécier mon bonheur. Le bonheur d'être femme et je suis devenue au fil des années, une véritable directrice de mon foyer ? » dit-elle.
Alors elle choisit à son tour de témoigner de ce lieu qui l'a fait grandir, foyer de son art :
« Je parle d'Amour pour le plus grand plaisir peut-être de ceux qui dégusteront ces aimables pensées. Ainsi, après avoir publié des sujets divers, mon nouvel ouvrage sera destiné à des histoires d'amour insolites, plus précisément, la condition féminine, la tradition des villes et villages. »
Ferdy Ajax, elle a deux amours : entre Haïti et Paris, son cœur bat, ses mots, ses mots-cœurs, au rythme des allées et venues entre ces deux terroirs, sans limites, alimenté par le souffle de la vie dans les artères de la mémoire et le flux de ses pensées. Elle n'oubliera pas les montagnes et les falaises qui illuminent le pays de son enfance, Ayiti comme le nommaient les Amérindiens, premiers habitants de l'île. Haïti dont l'histoire est fortement liée à son pays de cœur, car c'est le premier pays noir à gagner par la Révolution l'indépendance contre la colonie française en 1804, le seul pays indépendant des Caraïbes d'ailleurs, voilà qui épouse bien le caractère de cette poétesse et sa détermination à exprimer ce qu'elle voit et ce qu'elle ressent :
« Paris m'a séduit par son style, son esthétique, son élégance unique et une histoire hors du commun. Les Batignolles et Montmartre gardent précieusement une grande partie de l'histoire de France, analogiquement Jacmel et Léogâne. »
Des lieux qui comptent dans l'univers de l'auteure. Le lecteur s'identifiera à son combat, aux aventures de cette femme. Cette femme de caractère qui ne perd rien de la douceur d'un regard d'enfant, sur le sourire d'ange dont le temps n'a pas d'emprise. À travers les lieux qu'elle cite et leur histoire, la chaleur du pays. De plus, la magie tropicale qui reste l'échantillon emblématique de la Capitale du monde par excellence
L'auteure fait côtoyer les lieux bourgeois, les places des artistes, les quartiers populaires, les maisons avenantes et les sites cosy. Des sites où les touristes et les locaux aiment s'attarder. Jacmel demeure un portail international ouvert sur le monde. Un jumelage intime qui relie les deux indices dans le cœur de l'artiste. La ville de rêve où Ferdy Ajax illustre l'ouverture de ses talents par les collaborations artistiques foisonnantes qui voient s'émanciper ses talents de poète, de peintre, de styliste de mode, et autres, qu'il lui arrive de combiner dans une même manifestation. Elle aussi a emmené tout cela en voyage, dans l'Hexagone, outre Atlantique et dans les Caraïbes
... : « Je suis un show man au féminin, j'adore la scène. Tous les prétextes sont bons, pour explorer le plateau. J'aime exprimer mes textes, publiquement. J'ai eu la chance d'explorer la scène de l'Opéra de Pékin. »
Prendre des mots comme on prendrait une pirogue, un tap-tap, (transport en commun local, en Haïti), un taxi, un funiculaire, le Montmartre bus, ou un avion, larguer les amarres près du port maritime de Jacmel. Puis jetant l'ancre comme jadis, où elle part loin de ses aïeuls. Elle rejoint le rêve, dans ces lieux monumentaux. On y vit un rêve absolu au village de Montmartre. C'est aussi le village de naissance de l'écrivain et ministre français, AndréMalraux
En 1976, Malraux effectua le dernier voyage de sa vie au lieu-dit Soissons-la-Montagne (Haïti). Un épisode que l'écrivain a eu le temps de partager dans un de ses ouvrages qui s'intitule : L'Intemporel. Montmartre est aussi le village de l'artiste Maurice Utrilloreproduisant : « La Maison Rose ». Autant de souvenirs que Ferdy Ajaxcompare parfois, à l'atmosphère de sa ville natale. Et aussi l'œuvre de sa mère, Suzanne Valadon,créant sans cesse le portrait de son fils unique. Celle qui fut la muse de nombreux peintres commeRenoirqui avait établi ses ateliers au quartier des Batignolles. En souvenir de Marcel Pagnol, des Dumas ou de Jacques Brel, de Verlaine, de Paul Eluard ou de Guillaume Apollinaire, quand Ferdy Ajax nous confie :
« Je suis née le jour de la célébration de la fête du Sacré-Cœur. Le Sacré-Cœur est le saint patron des saints, représentant Montmartre et Jacmel. »
Elle fait référence à la Basilique éternelle parallèle à cette référence qu'on retrouve, quelque part, à Jacmel aussi. Il y a là une part essentielle de la vie, celle qui vainc la mort :
«Dès ma plus tendre enfance, mon rêve était d'écrire. Le fait, de m'exprimer me permet de résister, d'exister, d'être comblée. L'écriture, je voudrais dire, la poésie m'a sauvé la vie.»
Alors, guidés dans ces quartiers devenus mythiques, un art où l'intimité poétique de Ferdy Ajax brille de romance. Elle commence fort bien par la joie musicale de la Java ou la guinguette de Jacmel.
« Je pleure seule dans mon lit... J'ai le souvenir du passé... La peur me hante... je chante ta joie, qui répand sur tous les toits... ta beauté m'enchante et je reste sans voix », dit-elle.
Un sentiment partagé entre la joie légère des légendaires Cabarets du « French Cancan », et l'exubérance des guinguettes folkloriques que constitue la culture des îles. On monte le ton sans masquer le rythme d'un certain nombre de titres, mais ça n'élude pas les questions. De nombreuses interrogations, qui nous animent, nous font créer, avancer, partager, tomber, se relever, rire ou pleurer, in :
« Je pars du jazz dans les salons, qu'on entend... sur la place du marché... On marche à genoux, un appel au secours », encore une fois dit-elle
Bon voyage cher(e) lecteur (lectrice), escaladons Jacmel jusqu'à la butte Montmartre où l'auteur réside depuis toujours. Rejoignons-nous, à siroter quelques verres, au carrefour des îles aux senteurs des épices et du bon arôme du café de Paris et d'ailleurs.
Ferdy Ajax reste avant tout une femme au cœur tendre, une militante qui tient promesse. Et une romancière qui se libère telle : La Vénus rose muscade
Hanitr'Ony Salomon
Auteure de « Deux fois une », éditions Sépia (2016).
Présidente de l'HAVATSA-UPEM
(Union des Poètes et Écrivains Malgaches), section France, Paris, le 17 mai 2017
Personnages
- TYAYA : Jeune journaliste, (l'héroïne principale du récit) ;
- KAYO: Jeune Cultivateur et petit ami de Tyaya ;
- NALA: Copine de Tyaya ;
- COMMANDANT JOB : Chef de section dit La Rosée.
Prologue
Tyaya est une jeune villageoise des temps modernes. Elle est féministe et engagée. Elle n'a pas sa langue dans la poche. Elle rêve d'une évolution sociale meilleure. Elle possède des qualités de journaliste. Elle est co-fondatrice d'un journal, un quotidien ayant pour titre : « Ti Madame ». Tyaya a participé à la création d'une antenne de radio appelée « Soleil Madame ».
L'histoire se déroule à Jacmel. Jacmel est une ville du sud d'Haïti. Cette fille est originaire de la vallée de Jacmel. Une fille du Val qui rappelle une certaine Jeanne Duval. Une fille à la plastique parfaite, digne de celle d'une déesse ou de laVénus, comme Joséphine Bakeret tout le reste. Tyaya nous invite à découvrir tous les endroits méconnus de sa commune. Ce récit retrace tout un univers de voix, de cris d'amour, de joie, ou de signaux de détresse. Tyaya aime la vie et consacre son temps au service de sa ville devant qui elle défend bien l'image de la femme. Tyaya a rencontré l'amour grâce au concours de sa meilleure amie, Nala. Enfin, Tyaya la discrète sort avec son voisin, Kayo. Cependant, quand elle lui annonce son départ imminent. Ce dernier craque et l'agresse sexuellement. Il est connu pour être un dur, pas très tendre avec les femmes. Cependant, malgré la vigilance de Tyaya, cette histoire s'est mal terminée.
Malheureusement, cette agression va perturber la jeune femme. Mais Tyaya n'a pas renoncé à son projet de voyage.
Avant cela, elle porte plainte et alerte le pouvoir public, au sujet de ces agressions faites aux femmes. Avec le soutien de son amie, Nala, elles montent une association toutes les deux. Elles font une pétition et posent des affiches partout.
Désormais, Kayo fait partie du passé. Tyaya continue son combat pour faire valoir les droits des femmes et obtenir justice.
Chapitre I
TYAYA
: Bonjour !
Bonjour, je me présente. Puis-je me présenter ? C'est important de se présenter. J'ai une prompte envie de me présenter. Je me présente seule, face à vous, devant vous. Tyaya, on m'appelle Tyaya... Tyaya du Val. Quand je dis Val, vallée, val-allée ou vallée. Cette vallée qui fait la réputation du coin. Cette vallée qui fait pousser des ailes aux habitants. Ces habitants se différencient des autres, ce sont des gens du Val. C'est plus correct, plus agréable à entendre quand on le dit. C'est plus facile à porter, pour un simple citoyen. Bien, c'est bien de savoir d'où l'on vient. On est juste fier d'entendre citer le nom de sa commune.
On est des papillons qui volent de fleur en fleur. Des papillons qui volent des fleurs. On fait la même chose que les abeilles. De fleur en fleur, on picore quelques grains. Petit à petit, on améliore le décor. Ce sont des nids qu'on fabrique pour accueillir d'autres espèces. Parfois, les oiseaux viennent parmi nous. Les oiseaux chantent trop. On a du mal à cohabiter avec des cris permanents. On doit les laisser chanter sinon ils se taisent à tout jamais. Sinon, ils meurent comme une fleur.
On aime bien planter des fleurs. On plante tout es sortes de fleurs. C'est exquis ! On vit au creux d'une roseraie immense. La rose est la fleur de l'amour. On aime parler d'amour, avant tout. On ne doit pas précipiter l'amour. L'amour doit poursuivre son chemin lentement, comme une rose. L'amour est une rose à éclore. Il faut du temps pour faire éclore une belle rose. Combien de temps ? Un jour, deux jours, trois jours, dis-moi combien de temps ? La rose éclot au bout de plusieurs jours, plusieurs semaines. Il en va de même pour l'amour. L'amour apparaît comme une petite graine. Une graine qu'on arrose avec de l'eau pure. Ça pousse vite, plus vite encore quand fleurissent les fleurs.
Les fleurs embellissent le jardin. Toutes les roses poussent dans cette vallée. Toute une vallée de fleurs multicolores qui entourent la vallée. Que c'est beau... C'est beau à voir. J'aime cette vallée. La vallée où il fait bon vivre. Je t'aime vallée ! Vallée... val-allé-e... vallée ! Vallée... vall... vallée !
Tyaya, moi, je me place en troisième position dans la lignée de mes aînées femmes. Nous sommes les trois femmes les plus jolies d'ici. Je suis bien placée pour l'affirmer. Je l'affirme et je le confirme. Toutes les femmes sont belles. Je veux parler de ces femmes qui ont su tenir leur destin. Sans avoir recours à l'assistance masculine, je suis issue de ces femmes-là. C'est nous, les femmes de la vallée, nous respectons tous les hommes masculins ou féminins.
On est rien sans les hommes pour d'autres. On n'a rien contre les hommes. On trouve leur présence nécessaire. C'est le rêve de toutes femmes. On reste des femmes normales. On peut se marier comme certaines femmes. On peut avoir des enfants, si on le souhaite. On veut garder notre autonomie financière. On veut travailler. On veut faire des projets.
Moi, je viens du Val... Vallée. Il ne faut pas confondre Duval ou du Val. Val reste la déclinaison d'une zone géographique. Une manière distinctive pour définir les habitants d'une région. Cette région que l'on identifie comme la vallée de Jacmel. Jacmel, je t'aime ma belle. C'est ainsi que Val est aussi un nom virtuel. C'est une déclinaison de Valérie : soit une fille ou garçon. Peu importe, on préfère rester la fille au fil du Val. Vall... Vallée... Vallet.
Val est relié d'une certaine façon à la vallée. Cette vallée que vous voyez là. Cette vallée qui se trouve ici devant nous, c'est ma vallée. C'est notre vallée. C'est ma vallée ! Ô... Ô... Oh ! La belle vallée ! Cette vallée nous appartient. Tiens ! Je suis d'ici depuis toujours. Si je pars, je reviendrai. Je reviendrai, un jour. Je reviendrai toujours. Je reviendrai cent fois, mille fois. Des milliers de fois, jusqu'à ce que le temps nous sépare. Et je reste la fille du Val. Val... allée... Val ! Val est le petit nom qui nous unit avec la vallée. C'est l'anagramme qui jette tant de flamme et de larmes dans nos yeux. Cette flamme traverse chaleureusement la vallée. Mon village, c'est mon village. Ô toi ! Toi que j'aime mon village !
Aujourd'hui, les gens communiquent moins. On partage moins souvent entre nous. Les gens ont peur. Ils ont peur de quoi ? Les gens ont peur de s'unir ou de se réunir. L'humanité a connu tant de malheur. Même un océan de bonheur ne suffirait à réparer un tel désastre. Aujourd'hui, laplanète subit une pandémie. C'est ce qu'on appelle la pandémie du Coronavirus, avant l'heure. Tôt ou tard, on obtiendra, gain de cause.
Aujourd'hui, les gens communiquent moins, moins entre eux. Les gens ont peur. Ils ont peur de quoi ? Les gens ont peur de s'unir ou de se réunir. L'humanité a connu tant de malheur, même un océan de bonheur ne suffirait à réparer ce désastre. La planète subit une pandémie très pénible. C'est ce qu'on appelle la pandémie du Coronavirus, avant l'heure. Le fléau social est plus fort que toute catastrophe sanitaire confondue.
C'est une sacrée période que l'on vit. Tiens, on vit un fléau. Même avant d'être un cas contact potentiel, l'homme n'a jamais cessé de s'éloigner l'un de l'autre. L'homme s'ennuie. Il cherche des sensations. Des sensations fortes, on vit dans la violence. On tue, on s'enfonce grave.
Un cas très grave. Ça fait mal. Le mal est acquis. Pourquoi ? On a du mal à s'aimer. On a du mal à vivre en paix. Le mal reste incompris. La relation humaine a pris un coup. Un gros coup même, on dirait. Buvons un dernier coup, en l'honneur de la Vénus.
La Vénus a traversé le temps. Elle a vaincu la haine. Elle a été remplacée par la haute technologie. Un peu d'humanité, je vous en supplie ! Les gens doivent rester toujours informer de l'actualité. On reste tous suspendus à l'actualité du petit écran. On a les nerfs à vif. Le niveau d'adrénaline monte d'un cran. On devient accroc aux réseaux. Les réseaux nous apportent tout, en temps réel. On ne doit pas oublier de partager certains moments entre amis ou en famille. Du coup, on n'a plus droit au commérage du voisinage. Une voisine qui surveille partout. Une voisine qui voit tout et qui rapporte tout.
Adieu, madame la commère d'hier. Il est temps de partir. On va t'aider à préparer la valise du passé. Madame la commère fait sa valise. La commère fait ses adieux. Désormais, le village comporte un vrai journaliste à son service. Désormais, c'est moi Tyaya qui apporte les nouvelles.
La revue « Ti Madame » vous remercie du fond du cœur. C'est fini, la commère qui raconte les histoires, à sa manière, en ajoutant des touches personnelles. En revanche, la revue rapporte les infos, en toute objectivité. L'objectivité reste le quotidien. Un boulot de longue haleine ! On essaie de faire de son mieux, une performance sociale. Quand la voisine devient la radio clandestine. Bienvenue sur l'antenne de la radio « Soleil Madame ».
En ce moment, il y a aussi ma copine Nala. Nala est une fille romantique. Elle imagine souvent le prince charmant. Elle aimerait se marier tôt. Elle veut absolument me caser aussi. C'est sa conception à elle de concevoir l'amour. Elle voit l'amour partout. C'est un rêve merveilleux de trouver quelqu'un. Quelqu'un qui m'aime.
Je préfère rencontrer quelqu'un que j'aime. Mais, il ne m'aimera pas, comme moi. Moi je sais que je l'aime. Mais, ça ne suffira pas. Mon amour est peut-être unique, à sens unique. C'est pour cela que ça ne marche pas. Il faut trouver les pieds de l'amour pour que ça marche. Je refuse de croire, quand l'amour ne se manifeste pas. Je refuse d'avoir une relation d'un jour, un baiser éphémère. Je n'ai rien en commun avec La Vénus rose muscade
Je veux être moi-même. J'ai toujours voulu être, Moi. Moi, je suis une fille super active. Je veux activer mon moi profond. J'ai toujours été surmotivée. Je suis motivée par la vie. J'ai toujours été captivée par la lecture et l'écriture. J'ai les yeux rivés vers le futur. Avec mes deux programmes d'informations, je n'ai plus aucune minute, à accorder aux histoires. Des histoires d'amour qui risquent de me prendre la tête. Je ne veux pas me prendre la tête. Je veux absolument être moi. J'ai toujours voulu être moi.
C'est le boulot des journalistes, actuellement. On avait tenté avec des amis de monter une petite radio locale. Mais, on manquait de moyens techniques et de soutiens financiers. Alors, on a créé la revue Ti madame.com. Cette revue relève de la presse écrite.
C'est ici, j'ai vu le jour. J'ai vu la nuit aussi. Sans nul doute, donc je suis originaire d'ici. C'est ainsi, je porte le nom Duval. Pourtant on n'est pas issu de la famille Duval. Duval devient une fiction. Ici, on est tous, des gens du Val, une fille Duval.
Tyaya s'improvise journaliste et rédactrice en chef de cette revue. Elle devient chroniqueuse d'une radio indépendante (Soleil Madame) une antenne qui anime tout le pays. Elle commence à devenir populaire. Elle a pris des galons. On publie des articles quotidiennement. Notre premier article concerne Jeanne Duval qui sera publié dans la revue « Ti Madame ».
1°) Article
Jeanne Duvalalias Jeanne Lemer
Sur les traces de « La Muse Haïtienne de Charles Baudelaire »
J'ai écrit un article publié dans le journal : « Ti Madame », ultérieurement. Madame, monsieur, la revue « Ti Madame », pour vous servir. Permettez-moi de partager cette histoire avec vous, in : « La Muse Haïtienne de Charles Baudelaire ».
Qui était-elle : « La Muse Haïtienne de Charles Baudelaire ? » Son origine devient un jeu de pile ou face, un puzzle de tentation exotique. On lui accorde plusieurs origines, c'est possible pour tout métissage. Nonobstant cela, on naît dans un endroit unique.
On l'appelle Jeanne Duval, officiellement, le poète la surnomma autrement. Mme Lemer, c'était son nom de code. Drôle de manière d'écrire Lemer ou Lemaire, c'est de bonne guerre. Moi je préfère qu'on l'appelle Jeanne, avec un J majuscule, comme Jacmel, et un V comme Vallée. Je ne sais rien concernant l'enfance de cette dame. Cette dame ! Cette dame-là ! Je sais que je viens du Val aussi. Cela n'a rien à voir avec mon identité, c'est donc ma région qui reste à l'honneur.
Il faut dire que cette histoire avait mal commencé. Et elle termine comme elle avait commencé auparavant.
Quelque part à Paris, on agressa une jeune femme. Ô secours ! Un sauveur vint à son secours ! Ô secours ! L'histoire raconte qu'il lui vint en aide, face à une agression. Puis, il tomba amoureux, follement amoureux d'elle. Mais Jeanne Duval a subi des agressions verbales, toute sa vie. Elle se jeta aussi dans les bras du sauveur. Il s'improvisa chevalier d'un jour. Quel chevaleresque !
On dit qu'ils sont tombés amoureux, par hasard. Quel hasard ! On dit parfois que c'est le fruit du hasard. L'amour n'est jamais un hasard. L'actrice débuta à peine, une carrière de comédienne, à Paris. Carrière ! Quelle carrière ! Le théâtre n'est pas encore prêt à ouvrir ses portes aux artistes de ce genre. Nonobstant cela, elle tenta sa chance. Jeanne la rebelle tenta le tout pour le tout.
C'est aux alentours de l'été 1842, que le destin de ces deux tourtereaux bascula. On dit bien les tourtereaux, mes amis. Car aussi bizarre que ça en a l'air, c'est de l'amour qu'on va parler, entre Jeanne Duval et Charles Baudelaire. Ce sont deux personnalités que tout oppose. L'un est un jeune homme de bonne famille, une référence sociale de rébellion et de la désobéissance affective, il vit comme il l'entend. Il choisit la femme que l'on réfute et il en fit sa muse. Comme s'il invita quelqu'un à partager un repas. Un menu que l'on détesta. Bon appétit !
De l'autre côté, on a Jeanne Duval, la fille sans origine, sans niveau et sans couleur, qu'on doit digérer. Alors là, le menu ne passe pas vraiment. On a lapidé, blasphémé l'esprit de Jeanne Duval, avant et après sa mort. Aujourd'hui encore, on est au défi de trouver un article qui raconte une phrase positive à son sujet. C'est un séisme social, au sein même du milieu littéraire et artistique de l'époque.
Jeanne Duval a vu sa carrière de comédienne, de plasticienne et même de modèle mise en sommeil, pour un homme. Une vie complètement anéantie. Elle vit dans l'ombre d'un homme charismatique. De plus, il est le plus brillant des poètes français et le plus amoureux des amants. Elle a subi le sort que connaîtront certaines femmes qui se laissent entretenir. En épousant des hommes au charisme extraordinaire comparable à celui de Charles Baudelaire.
Le corps Jeanne Duval était un outil indéniable. Sa soumission fut une arme destructrice pour sa carrière. Ses amants l'ont cloué au sol, en privilégiant son corps, au détriment de la femme qu'elle était. Elle était condamnée à rester une femme ordinaire, juste la maîtresse. Elle prend le rôle qu'on l'accorde, sans forcer le destin. Elle a sacrifié sa carrière artistique, au profit d'un homme célèbre qui collectionna les aventures. Pourtant, on la traita de tous les noms. Elle fut prisonnière d'un amant volage, c'est elle qu'on traite de prostituée.
Jeanne Duval a connu le même sort que Candide. C'est un « Candide » au féminin ! Elle s'est fait rejeter par la société. On oublie que c'est une initiative personnelle du poète d'aller vers elle. C'est lui qui s'est présenté à elle et non le contraire. C'est l'autre qui a commis la faute et c'est elle qui a été victime de l'exclusion sociale.
Il est une femme que toute la littérature française en parle. Il est une femme qui fut la muse créole. La muse créole de Charles Baudelaire, elle s'appela Jeanne Lemer. Elle passa tout le restant de sa vie auprès de l'un des plus célèbres poètes français. En effet, sa véritable identité fut Jeanne Lemer parce qu'elle était plus légère qu'un papillon. Jeanne Lemer paraissait intouchable puisqu'on ne connaissait pas ce nom. Son vrai nom resta à l'abri des scandales poétiques ou médiatiques. Lemer protégea Duval, de la critique. Quelle stratégie !
D'ailleurs Baudelaire utilisa le nom de Jeanne Lemer, ou Lemaire qu'on retrouve dans toutes ses correspondances privées avec le poète. Ils avaient créé leur petit secret, leur petite vie secrète, au milieu de cette vie mondaine. Une vie qui leur dépassait, de loin. Elle était belle. Bellissime ! Elle est si drôle. Drôlesse ! Elle était joyeuse comme toutes les jeunes femmes de son âge. Tout le monde a le droit d'être joyeux. Vive la joie !
La popularité de son illustre amant l'a mûrie, avant l'heure. Charles Baudelaire fut son amant, son concubin, un frère et son plus fidèle ami. Ils avaient l'âge pour vivre ça. On a tendance à oublier qu'elle avait juste une vingtaine d'années, à cette époque. Les jeunes gens sont souvent fous. On s'en fout. C'est l'âge où l'on peut tout se permettre. Ils avaient tous les deux besoin de cette folie. On leur a volé leur jeunesse avec des critiques extrêmes.
Jeanne Duval comme on dit, porta aussi le nom de Vénus noire venue de Jacmel. Même si, je trouve que cette référence de Vénus est une moquerie à l'extrême. On vient tous du même coin. Je suis Tyaya, une fille native de la vallée de Jacmel. Une fille de Jacques et du Val, comme Jeanne Duval. Tu vois la métisse à lui. À qui ? Marie-Jeanne reste de loin, le surnom idéal qu'on accorde à des femmes qui tiennent tête au danger. Certes, Jeanne Duval apparaissait forte, en apparence. Elle accepta l'humiliation comme une fatalité, un destin. Il la déshabilla devant la France entière. Qui ? Qui a fait ça ? Je plaisante. Elle se dénuda toute seule. Elle aurait dû faire autre chose. Quoi par exemple ? En ce temps-là, faisaient les femmes ?
Souvenez-vous ? Souvenons-nous du temps où les femmes n'étaient destinées qu'à faire l'amour ? L'amour ? L'amour est un devoir conjugal qu'on donne aux femmes. Mais oui rien. Rien ? Rien d'autre, que de faire l'amour. L'amour est une grosse affaire, c'est mieux que rien. Alors, elle se dénuda en privé. Elle ne pouvait pas rester en tenue de ville, pour faire ça. Devant tout Paris ? Devant son amant, mais il raconta tout, dans ses poèmes. Alors on sait tout. Mais non, on croit tout savoir. On se fait des idées. On imagine... que c'est elle sa muse, sa maîtresse, son amoureuse. Jeanne Duval fut la muse Haïtienne de Charles Baudelaire. C'est la Vénus noire, dans toute sa splendeur, n'est-ce pas ? Qui n'a jamais entendu parler de Jeanne Duval ?
Paraît-il qu'elle écrive des poèmes aussi ? Qui, Jeanne a commis des poèmes ? Des poèmes sans métaphores, oublions cet épisode. Tellement médiocres, qu'elle n'osa jamais les publier.
Jeanne Duval était muse, poétesse et dessinatrice. Pourquoi pas Jeanne présidente ? Elle a fait son autoportrait, à l'aide d'un miroir. Chaque soir, elle déclamait ses poèmes, à l'oral paraît-il ? De tels poèmes qui inspiraient son amant. Il les transforma en chef-d'œuvre poétique. Jacmel est la pépinière des poètes et toute la poésie française et francophone.
Elle y posa comme modèle pour le compte du peintre Édouard Manet. La toile représente une femme qui se détend. Cependant la robe nous propose plusieurs aspects. On suppose une robe de mariée aux couleurs du ciel. Le volume de la robe implique une femme multiple, comme s'il y avait plusieurs autres femmes cachées, sous la robe. Elle est devenue une toile célèbre. Elle place Jeanne Duval, dans la postérité. Son image compte plus que la personne humaine. Il vaut mieux être une belle toile qu'une belle personne. Quelle beauté ! La beauté a eu raison de notre misérable humanité. Il est plus que probable qu'elle soit originaire de ce coin de la vallée. Elle a choisi ce diminutif pour protéger ses arrières. Encore un enfant de Jacmel, qui a subi le cauchemar, en exil. Toutefois, on peut toujours rendre hommage à cette fille mulâtresse, originaire de Jacmel. En dehors de l'état civil, il n'existe aucun article à ce sujet.
Pourquoi cette femme est-elle décrite comme une prostituée dans la littérature ? Pourtant on a connu que deux hommes à son actif, le photographeFélix Nadaret Charles Baudelaire. Nadar décrivait la silhouette de Jeanne Duval, comme une photographie vivante, op. cit., in :
« Elle était très grande, avec la démarche souple des Noirs et des yeux grands comme une soupière ».
Fin de citation.