Paméla.
Paris, FRANCE.
Ce soir, c'est le dernier, le dernier jour où j'aurais à danser, à être cette fille que je ne suis pas. J'enfile ma perruque rouge, mon corset, une culotte à paillettes, le soutien assorti et enfin des chaussures vachement hautes. Tellement haute que je me demande comment je ne me suis pas encore cassée là figure avec tellement c'est haut. Je me maquille les yeux, un maquillage foncé, dur et sévère, bien loin de celle que je suis là plus part du temps. Une dernière touche de rouge à lèvres, avec bien sûr des paillettes, on ne m'appelle pas Etoile pour rien, il faut que je brille, que je rende justice à ce nom qui m'a été attribué alors je donne souvent tout, tout ce que j'ai pour rendre fier Vince qui a été mon sauveur et pour faire plaisir aux clients.
Le club dans lequel je travaille est un club de danse, mais qui bien sûr offre aussi des suppléments. Par exemple, si vous voulez avoir un supplément, vous pouvez couchez avec un client si celui vous le demande. Moi je ne l'ai jamais fait, je danse par plaisir, je danse aussi parce que je n'ai pas eu le choix. Mais tout ça, ça s'arrête aujourd'hui, parce que je ne peux plus le supporter. J'ai horreur de tous ces regards posés sur moi, je déteste la façon dégoûtante avec laquelle tous ces pervers me regardent. Mais je déteste encore plus, de devoir mentir sur ce que je fais. J'ai quitté la Belgique, pour venir ici, après mon diplôme, Paris m'offrait une immense possibilité de reconversion, tout allait bien jusqu'à lui. Je ferme les yeux et je décide de ne pas y penser, c'est mon dernier jour et je ne veux pas le gâcher en pensant à ce qui s'est passé. Je me lève et je fais le tour de la petite loge qui demain ne sera plus la mienne. Dans deux minutes, ce sera mon tour. Je récite mon mantra, une phrase que je me répète à chaque fois.
- Donne-toi les moyens et un jour tu y arriveras.
Je sors de la pièce et je me mets juste derrière le rideau, j'attends que Chelsea finisse sa danse. Ma collègue et meilleure amie fini de danser et prend le micro, sous une slave d'applaudissements.
- Comme vous y êtes habitués chaque soir, c'est notre étoile montante qui clôture le show.
Des sifflements et des applaudissements se font entendre dans la salle.
- Sauf que cette fois, ce sera la dernière. Notre magnifique étoile va nous quitter aujourd'hui.
- Non, hurlent les hommes.
- Et oui, c'est vraiment dommage je sais, elle va énormément me manquer, parce qu'en plus d'être ma collègue, c'est aussi mon amie. Alors je vous prie de bien vouloir l'accueillir comme il se doit, ma meilleure amie, Étoile.
Je dessine un sourire sur mon visage et je me dirige sur le podium, je dépose un baiser sur la joue de Chelsea et je lui prends le micro, l'es clients se mettent à applaudir en lançant des sifflements.
- Bonsoir les gars !!!
- Étoile, Étoile, Étoile.
Je pose une main sur mes yeux et je le couvre le visage.
- Oh arrêtez, vous allez me faire rougir dis-je en posant la main sur mes yeux pour faire semblant d'être gênée. Je plaisante, continuez.
Ils éclatent de rire et moi ça me ravi. Sur scène, je suis obligée de jouer ce rôle, celui d'une femme sûre d'elle et qui sait parfaitement ce qu'elle veut. Chose qui contraste réellement avec mon véritable moi au quotidien. Je roule des hanches et j'offre un petit défilé improvisé à mon public.
- Étoile je t'aime.
- Je t'adore.
- Épouse moi.
- Tu penses que je pourrais me satisfaire d'un seul homme ? Non mon chéri, il m'en fait au moins cinq dis-je en faisant un clin d'œil au client qui a dit vouloir m'épouser.
Je regarde les hommes autour de moi et je souris, puis je reprends.
- Aujourd'hui, sera mon dernier soir et pour vous, rien que pour vous, pour vous dire au revoir, je vais donner plus que le meilleur de moi-même.
Ils se mettent à applaudir et moi, je dépose le micro. Je me mets alors en place face au mur, les lumières s'éteignent et la musique se met à retentir dans les coins du club. Say it Right de Nelly furtado. Je ferme les yeux et je me mets à bouger au rythme de la musique, les voix au sein du club cessent et tous les regards sont désormais posés sur moi.
Il est temps pour moi de briller. Je me tourne face au public, un sourire sur le visage, je donne un coup de hanche à gauche un autre à droite, je bouge au son de la musique. Je me sens invincible. Je me couche par terre de manière sensuelle et je fais mine de lécher le sol. Puis je me mets à genoux, je passe sensuellement la main sur mon corps, je presse mes seins l'un contre l'autre et je fais mine de me caresser à travers la minuscule culotte que je porte, je retire ensuite mon corset. Les billets se mettent à pleuvoir, de plus en plus nombreux.
Je me retourne et je pose mes deux pouces sur ma culotte, puis je roule des hanches. Les billets tombent encore plus, je pose les doigts sur mon soutien-gorge et je fais mine de le retirer.
Les clients se mettent à applaudir, je sais parfaitement ce qu'ils aiment ou pas, je sais comment les faire languir et les amener à verser encore plus d'argent. Je dégrafe mon soutien-gorge et le maintien sur mon torse grâce à une main. Je continue à bouger mes hanches, tout en retenant mon soutien sur ma poitrine puis je me tourne et je le laisse tomber. Je dois avouer que j'ai une belle poitrine, de très beaux atouts et que je sais comment rendre fou les hommes.
Je frotte l'un contre l'autre et je me couche par terre sur le ventre. Les hommes se mettent alors à verser de l'argent sur moi, à en glisser sur ma culotte, d'autres se permettent même de monter sur scène et de me tripoter. Je commence à avoir peur, mais heureusement pour moi, Vince est là pour me protéger. Lorsque la musique se termine, je remercie tout le monde et je me dirige dans les loges avec de l'argent plein sur le corps. Je pose tout cet argent sur la table et je pousse un soupir.
Putain !
Je n'ai jamais gagné autant d'argent en une soirée !
Ça va être un énorme tremplin pour moi, sans compter ma paie, je suis vraiment trop contente.
La porte s'ouvre sur Chelsea.
- WoW c'était chaud tout à l'heure.
- Ah bon.
- Ouais, grave on a jamais eu autant d'affluence dans le club.
- C'était pour fêter mon grand départ.
- Tu es vraiment certaine que tu veux partir ?
- Oui, dis-je en un soupir. Je veux arrêter tout ça, cette fille là sur scène et qui danse devant tous ces hommes à moitié nue, ce n'est pas moi.
- Je sais mais c'est mieux que rien, tu ne penses pas ?
- Oui, je ne pense pas. Je veux un travail que je n'aurais pas honte d'exercer, un travail qui me permet de sortir et de marcher la tête haute et non avec la œuf au ventre d'être reconnue comme Étoile, la fille qui danse quasiment nue dans un club.
- Mais ...
- Non dis-je en lui prenant le bras, je veux vraiment arrêter, ce travail qu'on me propose aux États-Unis est vraiment ma seule chance.
- Je n'arrive pas à croire que nous allons avoir un océan qui va nous séparer.
- Moi aussi, tu vas beaucoup me manquer.
- Tu viens boire un dernier verre avec nous ? Avec plaisir ma cocotte ! Dis-je en claquant sur sa fesse.
Elle sourit et sort de ma loge, je prends mon manteau, mon sac et j'arrange mon rouge à lèvres. Je ne retire jamais ma perruque au club. Je pourrais être reconnue par un client. Je sors et je vais rejoindre les filles au bar, il est temps de boire à mon départ.
Paméla.
Je m'avance vers le bar et je suis reçue par mes copines qui n'arrêtent pas de scander mon nom, enfin mon nom de scène.
- Étoile, Étoile, Étoile !
Pour leur plus grand bonheur, j'effectue un petit roulement de hanches qui est ma marque de fabrique et je continue de marcher vers elles en roulant les hanches. Kevin le barman me tend tout de suite un verre de tequila que je m'empresse de vider cul sec.
- Oui, scandent mes copines en applaudissant.
- Vas-y doucement quand même, on a toute la nuit devant nous.
Je secoue la tête et je souris, oui j'ai toute la nuit pour profiter une dernière fois de mes amis, de cet univers que je ne pourrais plus côtoyer.
- Tu as mis le show ce soir, crie Ève.
Ici, nous nous appelons toutes par nos noms de scènes, pour éviter d'être reconnues.
- Oui, j'avais décidé de tout donner pour faire plaisir à tous ces gaillards.
- Et tu as bien fait, tu étais fabuleuse, je ne les ai jamais vu aussi contents dit-elle en désignant du menton la foule derrière nous.
Je me tourne vers elle et je vois la quasi-totalité des regards masculins posés sur nous. Je lève mon verre vide dans leur direction et ils se mettent tous à applaudir.
- Tu vas tellement nous manquer, mais au moins, nous sommes contentes que tu aies décidé de changer de vie.
- Vous aussi les filles, vous allez tellement me manquer, je vous appellerai tout le temps pour avoir de vos nouvelles.
- Tu as intérêt me dit Aurore une autre danseuse du club.
- Et si on se commandait une bouteille de champagne ? Demande Chelsea ?
- Oui nous hurlons toutes en cœur.
- Et vous savez quoi ? C'est la maison qui offre.
- Encore mieux.
Nous prenons une bouteille de champagne, peut-être pas la meilleure, mais c'est du champagne quand même. De toute façon on ne va pas se faire prier, on a pas encore les moyens de s'offrir les champagnes les plus chers mais on sait quand même profiter de la vie. Avec mes copines, nous allons nous asseoir à une table, bouteille de champagne en main.
- Tu ne devrais pas boire dis-je à Chelsea.
- Ne t'en fait pas pour moi, un verre ne me fera pas de mal.
J'ouvre la bouteille sous les acclamations de mes amies, j'en renverse un peu sur tout le monde et nous nous mettons à danser, comme à chaque fois que nous avons fait un show incroyable et que nous avons gagné beaucoup d'argent. Je ferme les yeux et je repense à tout ce qui m'a amené ici, qui aurait pu le croire ? Je les ouvre pour ne plus avoir à penser à ça, surtout pas en ce moment où je suis avec toutes ces personnes que j'aime. Je regarde mes amies danser au rythme de la musique, j'ai du mal à croire que ce soir soit le dernier que je passe auprès de toutes ces personnes qui m'ont accueilli au sein de leur groupe comme si j'étais une des leurs. J'aurais beau me plaindre, mais cet endroit m'a aussi permis de rencontrer des personnes formidables qui en dehors du métier qu'elles font sont aussi de bonnes personnes. Chelsea vient s'asseoir près de moi en riant, elle me regarde, puis me serre dans ses bras.
- Je n'arrive pas à croire que tu partes dans quelques heures, tu vas me manquer, l'appartement sera vide sans toi.
Je lui souris et je pose ma main sur sa cuisse, elle aussi va énormément me manquer. Je l'ai rencontré quand j'allais au plus mal, j'avais mis mon appartement en hypothèque et j'étais sur le point de le perdre, alors pour avoir un peu d'argent, j'ai dû mettre une de mes chambres en location. Heureusement pour moi, car j'avais un appartement de deux chambres, d'ailleurs c'est elle qui m'a amené ici, elle a essayé de m'aider du mieux qu'elle pouvait. Grâce à Dieu, j'ai pu terminer de rembourser cette hypothèque. Cet appartement, ce sont mes parents qui me l'ont offert et j'ai failli le perdre, comme une idiote.
J'ai travaillé dur pendant trois ans pour pouvoir tout rembourser et je suis tellement fière d'y être parvenue toute seule. Sans l'aide de personne. En tout cas, tu vas beaucoup me manquer. L'appartement sera bien vide sans toi, je t'enverrais l'argent du loyer chaque mois sans faute.
- Mais je t'ai déjà dit que tu n'as pas besoin de faire ça, tout ce que je veux, c'est que tu en prennes soin comme s'il s'agissait du tien.
- Je te promets que je vais veiller sur lui.
- Ne t'en fais pas. Et si tu veux tu peux mettre ma chambre en location, te trouver un nouveau colocataire et bien sûr cet argent, tu le gardes pour toi. Tu mettras ces sous de côté pour ton bébé dis-je en touchant son ventre, tu pourras enfin arrêter de travailler ici. Tu ne l'as toujours pas dit à Vince ?
Il y'a de cela quelques mois, Chelsea, de son vrai nom Suzane a commis l'erreur de coucher avec Vince. Et cette petite erreur a entraîné de lourdes conséquences, elle se retrouve désormais enceinte et ne veut pas lui en parler, parce que selon elle, jamais il ne reconnaîtra sa paternité. Pourtant, moi je suis convaincue du contraire, Vince ferait un excellent papa. J'ai déjà vu cette lueur d'envie briller dans ses yeux à chaque fois qu'il voit un enfant et son père marcher dans la rue.
- Non dit-elle et je ne compte absolument pas le lui dire.
- Mais...
- Évitons de parler de ce sujet s'il te plaît, je n'ai pas envie de gâcher cette soirée. Vince n'est certainement pas prêt à devenir père. Viens plutôt danser avec moi dit-elle en m'entraînant sur la piste de danse.
- Non je n'en ai pas envie.
- Bien sûr que si.
Ma copine me tire au milieu de la piste et se met à se frotter contre moi. Je souris et je l'attrape je par les reins puis nous nous frottons l'une à l'autre comme des sangsues. Ce qu'il y'a de bien quand j'enfile cette perruque et ce maquillage est que je peux enfin être libre, libérée de toute cette pression que la société fait peser sur nous. Ici je peux être libre sans penser aux conséquences et j'adore ça. Même si c'est indécent, j'adore ça.
- Ne te retourne pas me dit Suzanne, mais il y'a un mec là-bas au coin qui n'arrête pas de te mater.
- Où ça ? Demandais-je en essayant quand même de me retourner.
- Je t'ai dit de ne pas te retourner dit-elle en éclatant de rire.
- Alors décris le moi.
- Il fait très sombre à l'endroit où il est assis.
- Alors comment sais-tu que c'est moi qu'il regarde ?
- Parce que ce genre de chose, ça ne s'ignore pas vois tu.
- Tu es complètement folle !
Toutefois, elle me fait tourner sur moi-même et ainsi me permet de regarder en direction de l'homme.
Effectivement, il y'a un homme assis dans un des salons VIP qui regarde dans notre direction mais il fait tellement sombre que je n'arrive pas à bien le distinguer. Mais à sa posture, à sa carrure, je me dis tout de suite qu'il doit être grand, mais alors vraiment très grand, il qu'il doit imposer le respect. Je me plais à l'imaginer musclé, brun ou blond peu importe, je n'ai pas de préférence, j'imagine des yeux bleus et ses mains tellement grandes, ce n'est pas parce que j'ai arrêté de faire confiance aux hommes que ça veut pour autant dire que j'ai arrêté de les désirer, aux contraires, je sais apprécier un bel homme quand je le vois. Soudain un faisceau de lumière éclaire l'endroit dans lequel il est assis et c'est là que je le vois, son regard est posé sur moi, un regard strict, dépourvu de toute émotion.
Je regarde ses mains qui sont aussi grandes que je me l'étais imaginée, d'une main il tient un verre qu'il tourne d'un geste lent et main est posée sur l'accoudoir du siège, son regard d'encre au mien et pendant quelques minutes, il me semble que plus rien n'existe, plus rien en dehors de lui, lui et lui seul. Il passe sa main libre dans ses cheveux, sans pour autant cesser de me regarder, un sentiment que je n'avais pas ressenti depuis bien longtemps renaît en moi et j'avale ma salive avec difficulté. Son geste est banal, mais tellement sensuel, je me surprends à me lécher les lèvres. Bordel ! Est-ce que c'est possible d'avoir autant de sex-appeal ?
On dirait qu'à lui seul, il éclipse tous les hommes présents dans la salle. La lumière s'éteint à nouveau et je perds le contact. Dans ma tête ça clignote, danger, danger dans ma tête, parce que oui, je suis facilement influençable, je me laisse berner par la beauté physique et ne me rends pas compte de la beauté morale. Alors que c'est celle-là la plus importante. Il faut que j'efface la vision de cette homme de ma tête, je me tourne vers Suzanne et je lui dis.
- Je vais me chercher un autre verre.
- D'accord crie t'elle.
Je tapote doucement son épaule et je me dirige ensuite vers le bar. Kevin me sert un verre et comme toujours, il essaye de me draguer. Mais quand va t'il enfin comprendre qu'il n'est pas mon genre ? Je sais que mon expérience devrait me servir de leçon, mais c'est trop mal me connaître, j'affectionne particulièrement tout ce qui m'est interdit, j'aime les mauvais garçons, c'est comme ça, je n'y peux rien et Kevin est beaucoup trop gentil pour moi.
- T'aurais pas vu Vince ? Lui demandais-je.
- Si, il est dans son bureau.
- Merci.
Je prends le verre et je me dirige vers le bureau de Vince, je frappe deux coups discrets avant d'entrer, puis j'ouvre la porte et je trouve Vince au téléphone, il ne fait signe de m'asseoir et j'attends patiemment qu'il finisse, il dépose son téléphone puis lève la tête vers moi.
- Ma petite étoile.
- C'est mon dernier jour et tu t'enfermes dans ton bureau.
- Je sais, je suis vraiment désolé, mais le travail n'attend pas.
- Dis plutôt que tu évites Chelsea.
- Et ça aussi, dit-il dans un sourire.
- Mais quand est-ce que vous allez vous arrêter tous les deux ? Ça se voit que vous êtes complètement mordu tous les deux.
- Ton amie est la personne la plus tête de mule que je connaisse.
- Et toi aussi tu sais, vous devez juste vous asseoir et parler.
- Tu ne parviendras pas à me convaincre.
- Bien sûr.
Je me lève pour sortir, et quand je suis sur le point d'ouvrir la porte il me retient.
- Paméla ?
Je me tourne vers lui et je le regarde, il ne m'appelle jamais ainsi quand nous sommes au club, alors je comprends tout de suite que ce qu'il a à me dire doit être important.
- Un souci ? Demandais-je en me rasseyant.
- Non dit-il en baissant la tête.
- Alors qu'est-ce qu'il y'a ? Tu prends ta voix grave.
- Ce qui se passe c'est que je viens de recevoir un appel, d'un client dit-il au bout d'un moment.
- Et alors ?
- Il te veut toi, pour une danse privée.
- Oh non ! Ne me demande pas, c'était censé être ma dernière danse sur scène.
- Je sais, mais tu peux le faire. Non Ça te permettrait de mettre de l'argent de côté.
- Mais quel argent ? Trois cents, quatre cents euros ?
- Cinq mille dollars.
Je crache le contenu de ma bouche sur la table de Vince.
- Quoi autant ?
- Oui ! Il a payé dix mille dollars.
- Juste pour une danse ? C'est quoi le piège ? Il y'en a pas justement.
- Tu sais bien que jamais je ne te demanderais de faire ça si c'était aussi tordu.
- Mais personne ne paye dix mille dollars juste pour une danse.
- Si, les personnes riches qui n'ont pas les mêmes problèmes que toi.
- C'est totalement dingue.
- Tu pourras mettre de l'argent de côté pour ta nouvelle vie. Réfléchis-y, ça peut t'aider.
C'est vrai, une pareille somme serait pour moi une aubaine, surtout si les choses ne se passent pas comme je veux aux États-Unis, je pourrais toujours me servir de cet argent. La vie m'a beaucoup trop fait de mal pour que je me repose sur ce que j'ai. On parle de cinq mille dollars quand même. Je secoue la tête et j'accepte.
- Très bien, dit-il en me tendant une clé.
Je la regarde encore en hésitant quelques secondes, puis je la prends.
Paméla.
Lorsque j'arrive devant la façade de cet hôtel, la première question que je me pose est: qu'est-ce que je fous ici ? Je suis devant le Plazza de Paris, l'un des hôtels le plus chic et le plus beau de France. Je ne cesse de me répéter que c'est une erreur, une grosse erreur, je suis morte de peur. Mais je sais aussi tout au fond de moi que jamais Vince ne m'enverrait dans un endroit où on pourrait me faire du mal. Je me ressaisis et j'entre. Je regarde autour de moi l'immense hall, puis le sol en marbre sur lequel j'ai même peur de marcher. Je ne me suis pas changée, j'ai juste mis un énorme pardessus sous lequel je ne porte que des sous-vêtements.
Mon Dieu !
Imagine que mon par-dessus s'ouvre et que je me retrouve en sous-vêtements devant tous ces gens. Je me dirige vers la réception, ma réceptionniste assise derrière me regarde avancer. Elle me regarde comme si j'étais une tâche sur un mur blanc, comme une décoration bas de gamme dans ce décor de luxe, elle me regarde comme si j'étais une traînée. Une cliente est placée à côté d'elle, elle aussi me regarde comme si j'étais un vulgaire déchet. Moi qui me sentais déjà mal, je me sens encore plus mal, puis je me rappelle que je n'ai pas à avoir honte, je ne suis pas une traînée, je suis une danseuse.
Je tire sur les pans de mon long manteau et je la regarde droit dans les yeux.
- J'ai une réservation dans un des appartements.
Elle me regarde des pieds jusqu'à la tête et ne cherche même pas à masquer son dégoût.
- Je suis désolée, nous ne recevons pas les clients dans votre genre.
Je fronce les sourcils sans détourner mon regard d'elle.
- Ah oui et quel genre de cliente suis-je ?
- Voyons, ne me forcez pas être grossière.
- Vous l'êtes déjà, vous me jugez déjà sans même me connaître. Il n'y a qu'à voir comment vous êtes habillée.
- Et comment suis-je habillée ?
- Comme une...
- Y'a t'il un problème ? Retentit une voix derrière moi.
La réceptionniste sursaute, moi aussi je me surprends à frémir, ma colonne vertébrale en frissonne. Putain c'est quoi cette voix de malade ? Comment quelqu'un peut rien qu'au son de sa voix réussir à faire trembler les gens ainsi. Je me tourne en direction de la voix d'un geste lent, comme si j'avais peur de mettre un visage sur cette voix. Je rencontre le regard le plus beau que je n'ai jamais vu. Des yeux verts, une couleur qui me laisse perplexe parce que je n'ai jamais vu un brin aux yeux verts, me retrouve en face de l'homme le plus grand que je n'ai jamais vu. Il est tellement grand que la chose à laquelle je fais face est son torse. Je lève doucement les yeux sur lui et je croise son regard.
Il passe sa main dans ses cheveux d'un geste lasse, mais à son geste, je l'ai reconnu, il s'agit de l'homme du club, celui que je voulais absolument. Il a parlé avec un léger accent, bien que celui-ci soit très bien caché, je l'ai entendu, il détourne son regard de moi et le pose sur la réceptionniste.
- Y'a t'il un problème répète t'il à nouveau.
Je suis soudain prise d'un mauvais presentiment et si cet homme était celui que je débats rencontrer ici ? Pitié Seigneur faites que ce ne soit pas lui mon client, je vous en prie, je sers mon sac entre mes doigts et le triture, tant pis si j'en use le cuir.
- Non monsieur dit la jeune femme, rien que nous ne pouvons régler nous-mêmes.
- Dans ce cas, je peux amener mon amie alors ? Demande t'il en me montrant du doigt.
- Comment ? Demande t'elle consternée, cette jeune femme est-elle votre amie ?
Même la cliente à côté affiche une mine stupéfaite.
- C'est ce que je viens bien de dire non ?
- Eh bien monsieur...
Il lève la main pour lui couper la parole, puis reporte toute son attention sur moi, sans même me parler, il se tourne et se dirige vers l'ascenseur.
Je sais que je devrais le suivre, mais je suis pétrifiée de me retrouver enfermée dans un espace clos avec lui, c'est la dernière chose dont j'ai envie. Cet homme me fait beaucoup trop peur.
Une fois dans l'ascenseur, il se tourne vers moi et me dit.
- Tu viens ?
Je secoue la tête et je le suis à l'intérieur de l'ascenseur, puis je me mets bien au coin loin de lui. Quelle était la probabilité que je rencontre le mec du club dans cet hôtel ? Quelle en était la probabilité que ce soit lui le client ? Tout le trajet en ascenseur se fait dans le silence, je ne sais pas, mais avec lui, je ressens comme le besoin de l'impressionner, comme si je devais lui prouver qu'en dehors de cette perruque et de cette couche de maquillage, il y'a une autre personne là-dessous.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent, puis nous pénétrons dans ce qui est probablement l'appartement le plus luxueux que je n'ai jamais vu.
Il s'avance dans la pièce et retire son manteau qu'il accroche, puis il s'en va vers le bar se servir à boire.
D'accord me dis-je intérieurement, ce sera mieux s'il ne parle pas. Je pose mon sac à main sur la table basse et je cherche un endroit où me mettre pour qu'il puisse profiter de la danse. Il se tourne vers moi avec un second verre et me le tend. Je lui réponds non de la tête.
- Tu vas rester sans rien dire ?
Je baisse la tête sans rien dire, je ne sais vraiment pas comment réagir avec cet homme, je ne sais absolument pas quel attitude adopter, peu importe l'identité que j'ai, Étoile ou Paméla, je n'ai jamais été autant impressionnée par la présence d'un homme. Je ne sais vraiment pas où me mettre. J'ouvre mon imperméable pour commencer à danser, mais il m'arrête en posant ses mains sur les miennes.
- Pas si vite dit-il dans un murmure.
Sa voix dure et sévère a disparu, elle a laissé place à un murmure rauque, une chaleur se réveille dans mon bas et je sens mes poils se hérisser sur ma peau.
- Tu pourrais au moins me dire ton nom.
- Étoile.
Ses lèvres s'incline en un sourire.
- Étoile ? C'est vraiment ton nom ou juste ton nom de scène ?
- Un nom de scène dis-je machinalement.
- Tu ne veux pas me donner ton vrai prénom ?
- Non, je ne peux pas.
- D'accord dit-il en levant les mains. Il retourne s'assoir et me laisse faire. La chaîne hi-fi est par là-bas, tu peux mettre ce que tu veux.
Je me dirige donc vers celle-ci, je regarde les musiques disponibles, puis je décide de mettre une chanson de Shakira La tortura. Le temps que la musique commence, je pousse un soupir et je ferme les yeux pour me donner du courage, puis je commence à danser. Je laisse sensuellement tomber mon manteau par terre. Le principe d'une danse privée, c'est qu'il faut tout faire pour chauffer le client, toutefois sans qu'il ne passe rien entre vous, du moins rien que vous ne voulez. Cet homme a payé très cher pour pouvoir me voir danser rien que pour lui et je me promets à moi-même qu'il va en avoir pour son argent.
Mon manteau tombe, et je me tourne vers lui, il ne me quitte pas des yeux, il me regarde comme si j'étais une œuvre d'art, il avale une gorgée de whisky et se cale confortablement dans son fauteuil.
Je me passe la langue sur les lèvres et je soutiens son regard. Je bouge sensuellement au rythme de la musique, je monte sur la table et je danse sensuellement au rythme de la musique, je n'ai jamais fait de chorégraphie sur cette chanson, mais on dirait qu'avec lui, les pas me viennent tout seul.
Je bouge des hanches, je me touche les seins et je me mords la lèvre. Puis, je me mets à quatre pattes et je m'avance vers lui, sans le quitter des yeux, je le regarde d'un air provocateur, puis je rampe jusqu'à ses pieds, entre ses jambes, je me lèche la lèvre et je me redresse pour tweeter accroupie face à lui. Je me relève ensuite, et je m'assoie à califourchon sur des jambes, sur lesquelles je me mets à danser.
Je n'ai jamais été aussi entreprenante avec un client, en général, dans les clubs, il y'a comment dire des sortes de barrières de sécurité qui empêchent les clients de nous toucher, mais aujourd'hui je sens en moi une force, un désir de plaire que je croyais éteint à jamais. J'ondule des hanches et je les tournes à une lenteur incroyable, il ferme les yeux et grogne d'approbation.
Je m'attaque à sa cravate que je retire et je la mets ensuite autour de mon cou, il ouvre les yeux et me regarde puis il se mord la lèvre.
Putain de bordel de merde ! Comment quelqu'un peut-il être aussi sexy dans chacun de ses gestes ? Même quand il cligne des yeux c'est sexy. Il rapproche son visage du mien et me murmure à l'oreille.
- Je sais que ça ne fait pas partie du contrat mais est-ce que je peux te toucher ?
Mon corps est secoué d'un léger tremblement, comment quelqu'un parvient il a vous contrôler d'une simple question, je ne peux pas me permettre de le contrarier, il a payé une énorme somme pour être ici avec moi, alors, je décote la tête en signe d'acquiescement, des l'instant où sa main se pose sur mon dos nu, je sens que je suis perdue.