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La Servitude Dorée

La Servitude Dorée

Auteur:: SYLVESTRE FABIEN
Genre: Moderne
Pour moi, la vie était une servitude dorée. J' étais « l' assistant » de Chloé, son homme à tout faire, son amant secret. Chaque humiliation, je l'encaissais pour sauver l' atelier de mon père et financer les études de ma sœur. L' arrivée d' un simple message – « Alexandre est de retour à Paris » – a suffi. Chloé, ravivée par son amour de jeunesse, m' a jeté comme un vieil objet. Elle a offert un chèque colossal, persuadée que je reviendrais en rampant. Mon départ n' était pas un coup de tête. C' était l' aboutissement d' années de sacrifices : boire malgré mes ulcères, être sciemment abandonné dans un ascenseur en chute libre, et pire, prendre sa place en garde à vue pour leur délit de fuite. Chloé, dans son arrogance, ignorait ma vraie motivation. Elle ne connaissait pas mon carnet, où chaque jour passé à ses côtés était un décompte méthodique vers la liberté de ma sœur. Je ne l' avais jamais aimée ; elle n' était que ma tortionnaire, et ma prétendue dépendance, une illusion. Mais le jour où ma sœur décrocha sa bourse, la dernière chaîne se brisa. J' ai accepté ce chèque comme une rançon, pas une aumône. En quelques clics, j' ai effacé Chloé de ma vie, marquant mon grand départ d' un monde toxique vers une liberté enfin méritée.

Introduction

Pour moi, la vie était une servitude dorée. J' étais « l' assistant » de Chloé, son homme à tout faire, son amant secret. Chaque humiliation, je l'encaissais pour sauver l' atelier de mon père et financer les études de ma sœur.

L' arrivée d' un simple message – « Alexandre est de retour à Paris » – a suffi. Chloé, ravivée par son amour de jeunesse, m' a jeté comme un vieil objet. Elle a offert un chèque colossal, persuadée que je reviendrais en rampant.

Mon départ n' était pas un coup de tête. C' était l' aboutissement d' années de sacrifices : boire malgré mes ulcères, être sciemment abandonné dans un ascenseur en chute libre, et pire, prendre sa place en garde à vue pour leur délit de fuite.

Chloé, dans son arrogance, ignorait ma vraie motivation. Elle ne connaissait pas mon carnet, où chaque jour passé à ses côtés était un décompte méthodique vers la liberté de ma sœur. Je ne l' avais jamais aimée ; elle n' était que ma tortionnaire, et ma prétendue dépendance, une illusion.

Mais le jour où ma sœur décrocha sa bourse, la dernière chaîne se brisa. J' ai accepté ce chèque comme une rançon, pas une aumône. En quelques clics, j' ai effacé Chloé de ma vie, marquant mon grand départ d' un monde toxique vers une liberté enfin méritée.

Chapitre 1

Le virement de Chloé est arrivé juste à temps.

L'atelier de mon père, au cœur du Faubourg Saint-Antoine, était sauvé de la faillite, une fois de plus.

Cela faisait des années que j'étais son "assistant". C'était le mot qu'on utilisait.

La réalité était plus simple, et plus crue. J'étais son amant, son homme à tout faire, son jouet.

Ce soir-là, comme tant d'autres, je l'accompagnais à un gala. Dans son luxueux appartement de l'avenue Foch, je l'aidais à mettre son collier. Mes doigts, habitués au bois et aux outils, semblaient maladroits sur les diamants froids.

Elle était belle, comme toujours. Riche, capricieuse, habituée à tout obtenir.

Elle a laissé son téléphone sur la coiffeuse. Il s'est allumé. Un message est apparu.

Le nom m'a glacé.

Alexandre.

« Je suis de retour à Paris. Vernissage vendredi. J'espère te voir. »

Mon cœur a raté un battement. Alexandre de Courcy. Son amour de jeunesse, son obsession. L'artiste peintre charismatique et cruel pour qui elle aurait tout abandonné.

Je savais ce que ça voulait dire.

Cette nuit-là, Chloé était différente. Son corps contre le mien était fiévreux, presque désespéré. Ses baisers n'étaient pas pour moi. Elle s'accrochait à moi comme pour se rassurer, pour se préparer à la bataille à venir.

Dans ses yeux, je n'étais qu'une ombre, un substitut.

Et je savais que mon rôle touchait à sa fin.

Le lendemain matin, elle était radieuse. L'angoisse de la nuit avait laissé place à une excitation électrique.

Elle sirotait son café, le regard perdu vers la Tour Eiffel.

« Léo, Alexandre est de retour. »

Elle l'a dit simplement, comme si elle annonçait la météo.

« Je vais me consacrer à lui. Le reconquérir. »

Elle a posé sa tasse.

« Tu peux rester mon assistant, si tu veux. Je ne te toucherai plus. »

Elle a sorti un chéquier de son sac.

« Ça, c'est pour l'atelier. Un dédommagement. Pour tout. »

La somme était colossale. Assez pour faire vivre l'atelier pendant dix ans.

J'ai regardé le chèque, puis son visage. Elle s'attendait à des larmes, des supplications, de la jalousie.

J'ai hoché la tête.

« D'accord. »

Mon calme l'a déconcertée. Elle a froncé les sourcils, visiblement agacée que je ne lui donne pas le drame qu'elle attendait.

Ce qu'elle ignorait, c'est que la veille, pendant qu'elle dormait, j'avais reçu un appel.

C'était ma sœur. Sa voix était pleine de joie.

« Léo, je l'ai eue ! J'ai eu la bourse d'excellence ! Elle couvre tout ! Tous mes frais de scolarité à HEC jusqu'à la fin ! »

Le dernier lien qui me retenait à Chloé, à cette vie, venait de se briser.

J'ai pris le chèque.

« Merci, Chloé. »

Je suis allé dans ma chambre, j'ai pris ma seule valise, celle que j'avais apportée en arrivant ici. Elle était déjà prête.

En passant la porte, j'ai sorti mon téléphone. J'ai supprimé son numéro. Bloqué.

Puis j'ai envoyé un email simple au service des ressources humaines de son entreprise.

Objet : Démission.

Je suis sorti de l'immeuble haussmannien sans me retourner. Le soleil de Paris ne m'avait jamais paru aussi brillant.

Chapitre 2

Quelques jours plus tard, Chloé, entièrement absorbée par sa stratégie de reconquête d'Alexandre, a enfin remarqué mon absence.

Elle avait besoin de moi pour une réservation de dernière minute dans un restaurant impossible à avoir. C'était le genre de caprice que je gérais sans effort.

Elle a appelé mon portable. Messagerie vocale. Le numéro n'est plus attribué.

Furieuse, elle a appelé son bureau.

« Passez-moi Léo Dubois. Immédiatement. »

Un silence. Puis la voix tremblante de sa secrétaire.

« Madame de Vignac... Monsieur Dubois a démissionné. »

« Quoi ? »

« Il y a quelques jours. Vous avez approuvé sa demande de rupture de contrat. Par email. »

Chloé a raccroché, abasourdie. Elle a fouillé dans ses emails. C'était vrai. Au milieu de dizaines de messages, un email des RH. "Approbation requise : Démission Léo Dubois". Elle avait cliqué sur "Approuver" sans même lire.

Elle a ri, un rire sec et agacé.

« Quel caprice. Il reviendra en rampant. »

Elle était convaincue que j'étais trop dépendant d'elle, de son argent. Que je ne survivrais pas sans elle.

Elle s'est replongée dans ses plans pour Alexandre, repoussant l'irritation causée par mon départ.

Elle ne savait pas que la décision n'avait pas été prise sur un coup de tête. Elle avait été cimentée par des mois, des années d'humiliations.

Comme ce soir-là, au gala de l'Opéra Garnier.

Alexandre était là. Il ne supportait pas que Chloé me garde à ses côtés. Il me méprisait ouvertement.

« Alors, le toutou est de sortie ? » m'avait-il lancé.

Il a pris une coupe de champagne sur un plateau.

« Bois. »

« Je ne bois pas d'alcool, Alexandre. »

Je souffrais d'un ulcère à l'estomac, une conséquence du stress constant. Chloé le savait.

« J'ai dit, bois. »

Son ton était un ordre. J'ai cherché le regard de Chloé. Elle a détourné les yeux, un léger pli d'agacement sur son visage. Elle ne voulait pas contrarier Alexandre. Surtout pas en public.

Elle m'a fait un signe de tête imperceptible. Obéis.

J'ai pris la coupe. Le liquide froid et pétillant était comme de l'acide dans ma gorge.

Alexandre a souri, victorieux.

« Encore une. »

Il m'en a tendu une autre. Et une autre.

Sous les lustres de l'Opéra, entouré par le luxe et la haute société, j'ai bu jusqu'à ce que la douleur dans mon ventre devienne insupportable.

Chloé n'a pas dit un mot. Pour elle, la paix avec Alexandre valait bien mon estomac en feu.

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