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La Seconde Chance des Amants Loups-Garous

La Seconde Chance des Amants Loups-Garous

Auteur:: Bless Gallery
Genre: Loup-garou
Une louve-garou fuyant son passé, y compris le père de ses triplés secrets qui l'a rejetée, est contrainte de faire appel à la seule personne qui puisse l'aider lorsque ses enfants sont kidnappés : son ancien compagnon, devenu un puissant alpha. Alors qu'ils travaillent ensemble pour retrouver le ravisseur, leur connexion passée est ravivée, mais ils doivent garder secrets leurs véritables sentiments. Leur mission est compliquée par l'apparition d'un troisième loup-garou charismatique qui prétend détenir des informations et se révèle être le nouveau compagnon de la femme, ainsi que par le compagnon arrangé de l'alpha qui veut les empêcher de se retrouver. Seront-ils capables de surmonter leurs différences et de récupérer leur statut de partenaires ?

Chapitre 1 Chapitre 1

La neige crissait sous les pas légers de Cassiopée alors qu'elle s'éloignait du chalet, sa cape de laine rabattue contre son cou pour se protéger du froid mordant. La lune pleine, haute dans le ciel, baignait la clairière d'une lumière argentée, faisant scintiller la glace accrochée aux branches nues des arbres. Tout semblait paisible, figé dans cet hiver sans fin où elle et ses enfants s'étaient terrés depuis cinq ans. Mais cette nuit, un frisson étrange parcourut sa nuque. Pas celui du froid. Celui du pressentiment.

Elle serra le panier qu'elle tenait entre ses doigts engourdis et hâta le pas.

Le vent hurlait dans la cime des arbres, portant avec lui des murmures indistincts. Son instinct lui soufflait un danger imminent, une ombre rôdant à la lisière de son univers protégé. Elle ne pouvait pas ignorer ce que son corps lui criait – être une louve-garou signifiait être en accord avec ses instincts, et les siens étaient en alerte.

Lorsqu'elle poussa la porte du chalet, une chaleur douce l'enveloppa aussitôt. Le bois brûlait dans la cheminée, projetant des ombres vacillantes sur les murs. Trois silhouettes miniatures s'animèrent près du tapis en peau d'ours.

- Maman ! Orion a encore triché !

Sirius, les joues empourprées par la chaleur, croisa les bras, sa bouche plissée en une moue contrariée. Orion, quant à lui, haussa les épaules avec un sourire mutin, dévoilant ses canines en pointe.

- C'est pas vrai ! Il n'a pas lu dans mes pensées, il devine juste bien ! rétorqua Lune en roulant des yeux.

Cassiopée secoua la tête avec tendresse en s'approchant. C'étaient encore des enfants, mais elle savait déjà que leur sang n'était pas ordinaire. Ils avaient grandi avec cette énergie brute en eux, ces dons qu'aucun loup de leur âge ne possédait. Orion, du haut de ses cinq ans, pouvait influencer les animaux sans même un mot. Sirius guérissait à une vitesse anormale. Quant à Lune, elle était capable de créer des cristaux de glace du bout des doigts, un pouvoir qui aurait dû appartenir à une sorcière, pas à une louve.

Et elle savait pourquoi.

Le poids du secret lui serra la poitrine, une douleur lancinante à laquelle elle s'était habituée. Ils étaient les enfants d'un Alpha. Pas n'importe lequel. Lysandre Voss. L'homme qui, il y a cinq ans, avait piétiné son cœur et rejeté leur lien d'âmes sœurs sans même un regard en arrière.

- Il est tard, déclara-t-elle doucement. Filez sous les couvertures, sinon la Dame de la Neige viendra vous chercher.

Les triplés ricanèrent mais obéirent sans trop protester. Elle les borda un à un, déposant un baiser sur leurs fronts avant d'éteindre la lanterne de leur chambre.

Elle était loin d'imaginer que ce serait la dernière nuit paisible qu'ils passeraient ensemble.

***

Le hurlement la tira de son sommeil comme un coup de tonnerre.

Elle se redressa d'un bond, le cœur affolé, ses sens en éveil. L'odeur du sang flotta dans l'air. Un cri enfantin résonna.

- Maman !

Cassiopée bondit hors du lit, ses pieds nus frappant le parquet. Lorsqu'elle ouvrit la porte de la chambre des enfants, la vision qu'elle découvrit lui coupa le souffle.

Des ombres masquées se tenaient là, enveloppées dans des manteaux noirs. Sirius se débattait dans les bras d'un inconnu, hurlant de toutes ses forces. Lune pleurait, luttant contre un autre assaillant qui la maintenait fermement. Orion, en état de choc, avait les yeux écarquillés.

- Lâchez-les ! rugit-elle en avançant.

Elle n'eut pas le temps de bouger davantage. Quelque chose de dur frappa violemment son crâne. Une douleur éclata dans son esprit. Tout devint flou.

Elle s'effondra au sol, sa vision se noyant dans l'obscurité.

Le dernier son qu'elle perçut fut le cri de ses enfants.

Puis plus rien.

***

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, la douleur explosa dans son crâne. L'air était glacé, l'odeur du bois brûlé imprégnait encore la pièce.

Elle roula sur le dos, cherchant à reprendre son souffle.

Puis, tout lui revint en mémoire.

- Orion ! Lune ! Sirius !

Un silence oppressant lui répondit.

Cassiopée se redressa d'un bond, ses muscles protestant sous l'effort. La chambre des enfants était vide. Les draps en désordre, les jouets éparpillés sur le sol, et cette odeur persistante qui ne lui appartenait pas.

Son regard tomba alors sur un morceau de papier, posé en évidence sur la table. Ses doigts tremblants le saisirent.

Un message y était inscrit, griffonné d'une main ferme et impitoyable :

* »Cherche Lysandre Voss. Il est leur père. »*

Ses doigts se crispèrent sur la feuille, la rage et la panique s'entremêlant en elle dans un tourbillon infernal.

Lysandre Voss.

L'homme qu'elle avait fui.

L'homme qui ne savait même pas que ses enfants existaient.

Et le seul qui pouvait l'aider à les retrouver.

Les souvenirs amers sont des chaînes invisibles. Ils vous entravent, vous coupent le souffle, vous rappellent ce que vous avez perdu quand vous osez croire que vous avez tourné la page. Cassiopée n'avait jamais cherché à oublier cette nuit-là. Parce qu'oublier signifiait trahir. Et elle ne trahirait jamais ses enfants, même si le prix à payer était de porter en elle la douleur d'un rejet qu'elle n'avait jamais mérité.

La pleine lune brillait haut dans le ciel cette nuit-là, projetant une lumière fantomatique sur la clairière. L'herbe, encore humide de la pluie du matin, collait à ses chevilles nues alors qu'elle se tenait devant lui, le cœur battant à tout rompre. Lysandre Voss. Alpha en devenir. Son compagnon.

Elle avait senti le lien la brûler de l'intérieur depuis le premier instant où son regard d'acier avait croisé le sien. C'était une évidence. Ils étaient faits pour être ensemble. Il n'y avait jamais eu de doute, jamais d'hésitation. Jusqu'à cette nuit-là. Jusqu'à ces mots qui avaient arraché son monde en lambeaux.

- C'est impossible, Cassiopée.

Sa voix avait été froide, tranchante comme une lame qu'on enfonce dans la chair. Elle s'était redressée, cherchant son regard, cherchant l'éclat d'amour qu'elle avait toujours cru y voir.

- Ce n'est pas impossible. Je porte ton enfant.

Elle s'attendait à du choc, peut-être même de la peur. Mais pas à ce silence glacial, à cette expression fermée qui effaça tout ce qu'ils avaient construit.

- Non.

Un simple mot. Brutal. Irrévocable.

- Non ? répéta-t-elle, sa voix tremblante.

Il détourna le regard, croisant les bras comme s'il érigeait une barrière entre eux.

- Ce n'était qu'une erreur. Nous sommes jeunes, Cassiopée. Je ne peux pas... Je ne veux pas de ça.

Son souffle se coupa.

- De *ça* ?

Son regard devint plus dur.

- De toi.

Elle sentit le sol s'ouvrir sous ses pieds. Ce n'était pas réel. Ça ne pouvait pas l'être.

- Tu mens. Je suis ta...

- *Non*.

Le hurlement s'échappa d'elle avant qu'elle ne puisse le retenir.

- *TU MENS !*

Son cri fendit la nuit, mais Lysandre ne broncha pas. Il se détourna simplement, l'abandonnant à son désespoir. Et ce fut à cet instant qu'elle sut. Qu'elle comprit que peu importe ce qu'elle dirait, peu importe combien elle l'aimait, il ne reviendrait pas sur sa décision.

Alors elle était partie.

Elle avait fui la meute, fuyant aussi son propre cœur brisé, jurant de ne jamais revenir.

Mais aujourd'hui, elle n'avait plus le choix.

Elle se leva d'un bond, chassant les souvenirs qui s'accrochaient à elle comme des ronces. Lysandre était peut-être la dernière personne qu'elle voulait revoir, mais il était aussi le seul qui pourrait l'aider.

Elle attrapa un sac de voyage, le bourrant de vêtements, d'armes, et d'une carte usée qu'elle consulta avec attention. Mais même si elle savait où il se trouvait, elle savait aussi que se présenter devant lui n'était pas une option. Il ne l'écouterait pas.

Elle avait besoin de plus. D'un moyen de le localiser sans erreur. D'un moyen qui ne pouvait pas être contesté.

Elle se dirigea vers une boîte de fer cachée sous le plancher et en sortit un médaillon d'argent. Un artefact ancien, imprégné de magie interdite. Son cœur se serra alors qu'elle le prenait entre ses doigts.

Cet objet lui permettrait de retrouver Lysandre où qu'il soit. Mais il y avait un prix. L'utiliser, c'était comme allumer un feu dans l'obscurité : non seulement elle le repérerait, mais d'autres le feraient aussi.

Elle ferma les yeux, inspirant profondément.

Puis elle ouvrit le médaillon.

Une onde de pouvoir se déversa dans la pièce, faisant vibrer l'air autour d'elle. Une douleur aiguë lui vrilla la tête, et une image s'imposa dans son esprit : un manoir imposant, des terres bordées de forêts denses, une silhouette masculine debout devant une large fenêtre.

Lysandre.

Elle n'eut pas le temps d'assimiler l'information qu'un bruit retentit derrière elle. Un craquement. Une présence.

Elle se retourna d'un bond, ses griffes déjà sorties.

Une femme se tenait là, appuyée contre un arbre. Elle était grande, élancée, sa chevelure sombre contrastant avec la pâleur de sa peau. Ses yeux brillaient d'une lueur espiègle, mais c'était la cicatrice sur sa joue qui attira l'attention de Cassiopée. Une marque en forme de lune croissante, un signe qu'elle n'avait vu qu'une seule fois dans les vieux livres : une cicatrice de survie, une preuve qu'on avait échappé à un destin funeste.

- Belle démonstration, murmura l'inconnue.

Cassiopée ne relâcha pas sa garde.

- Qui es-tu ?

La femme sourit, dévoilant des canines acérées.

- Une amie potentielle.

- J'en doute.

L'inconnue haussa les épaules.

- Moi aussi, au début. Mais je crois que nous avons un ennemi commun.

Cassiopée fronça les sourcils.

- Comment tu me connais ?

- Tu viens d'utiliser un artefact qui brille comme une étoile dans la nuit. Ce n'est pas très discret.

Un frisson parcourut Cassiopée.

- Qui es-tu ?

La femme s'approcha lentement, tendant une main.

- Élodie. Et je crois que tu vas avoir besoin d'aide.

Cassiopée fixa cette main tendue. Elle ne faisait confiance à personne. Mais elle n'avait pas le luxe d'être seule.

Alors, après un instant d'hésitation, elle la serra.

Chapitre 2 Chapitre 2

La meute de Voss n'était plus celle qu'elle avait connue.

Cassiopée s'était glissée dans l'ombre des arbres, son cœur battant au rythme sourd d'une tension familière. Autrefois, elle avait marché sur ces terres en tant que membre de cette meute, en tant que louve parmi les siens. Aujourd'hui, elle était une intruse, une étrangère traquée dès qu'elle poserait le pied au mauvais endroit.

Le domaine de Lysandre s'étendait devant elle, un territoire imposant, marqué par des frontières surveillées. Les gardes patrouillaient avec une discipline implacable, leurs mouvements organisés, précis. Ce n'était pas la petite meute qu'elle avait quittée cinq ans plus tôt. Non, sous le règne de Lysandre, ils étaient devenus une armée.

Elle s'accroupit derrière un bosquet, scrutant les sentinelles qui surveillaient l'entrée principale. Ils étaient trois, de stature massive, leurs uniformes noirs épousant leur carrure de guerriers. Leur odeur était imprégnée d'un mélange de sueur, de terre et de domination, la signature olfactive des loups entraînés pour tuer.

Elle n'avait pas le choix.

Inspirant profondément, elle se fondit dans l'ombre, avançant avec une précision calculée. Le vent portait son odeur à l'opposé des gardes, et ses pas restaient légers, à peine audibles. Elle longea la lisière du mur d'enceinte, repérant un point faible : une portion de la barrière où la pierre s'effritait légèrement, une faille minuscule, mais suffisante.

Elle s'y glissa avec l'agilité d'un félin, sentant le froid du mur effleurer sa peau. Une fois de l'autre côté, elle atterrit silencieusement sur le sol meuble.

Elle était à l'intérieur.

Le domaine de Lysandre s'élevait devant elle, une bâtisse imposante, toute en pierre et en bois sombre. Les fenêtres projetaient des lueurs vacillantes, révélant l'activité nocturne à l'intérieur. Des voix résonnaient au loin, des discussions, des ordres. Elle repéra l'odeur familière de Lysandre, puissante et dominante, une fragrance qui éveilla en elle un flot d'émotions contradictoires.

Elle n'était pas là pour lui.

Elle était là pour ses enfants.

Un bruissement la fit se figer. Trop tard.

Une main se referma sur son bras, et avant qu'elle ne puisse réagir, un coup brutal la propulsa contre le mur. L'air s'échappa de ses poumons dans un hoquet de douleur. Une silhouette massive se dressa devant elle.

- *Intruse.*

La voix était grave, menaçante. Un garde. Il était rapide, mais elle l'était plus encore. D'un mouvement fluide, elle pivota, lui assenant un coup de genou dans l'estomac. Il grogna, reculant d'un pas, mais il n'était pas seul.

Un autre surgit derrière elle, lui tordant le bras. Elle se débattit, mais ils étaient trop nombreux. Ils l'avaient sentie. Ils l'avaient attendue.

Ils savaient qu'elle viendrait.

Avant même qu'elle ne puisse invoquer sa force, un poing s'écrasa contre sa tempe, et le monde devint noir.

***

Quand elle ouvrit les yeux, la première chose qu'elle vit fut le regard de Lysandre.

Froid. Dur. Impitoyable.

Il était assis sur un fauteuil en cuir, le dos droit, chaque muscle tendu par une tension à peine contenue. Son visage n'avait pas changé : la même mâchoire ciselée, les mêmes yeux perçants, la même aura de pouvoir brut qui le rendait aussi intimidant qu'hypnotisant.

Mais il n'était plus le jeune Alpha novice qu'elle avait connu. Il était devenu un roi.

Elle tenta de bouger, mais ses poignets étaient attachés derrière elle, solidement retenus par des chaînes en argent. Une brûlure cuisante s'étendit sur sa peau, lui arrachant une grimace.

- Je dois dire que je ne m'attendais pas à ça.

Sa voix était basse, un grondement orageux sous-jacent.

Elle releva le menton, soutenant son regard.

- Lâche-moi.

Un sourire froid effleura ses lèvres.

- Tu m'espionnes et c'est moi qui suis censé être clément ?

- Je n'ai pas le temps pour tes jeux, Lysandre.

Son expression se durcit.

- Non. C'est moi qui n'ai pas le temps pour toi.

Il se leva d'un geste lent et contrôlé, s'approchant.

- Cinq ans sans un mot. Cinq ans sans que tu oses remettre les pieds ici. Et maintenant, tu te faufiles dans mon territoire comme une voleuse.

Il se pencha légèrement, son souffle frôlant sa peau.

- Dis-moi pourquoi je ne devrais pas te jeter dehors comme la paria que tu es ?

Elle le défia du regard.

- Parce que nos enfants ont été enlevés.

Le silence tomba comme une lame entre eux.

Un battement de cœur. Puis un autre.

Lysandre ne bougea pas. Son visage resta impassible, mais ses yeux... Ses yeux trahirent une fraction de seconde de trouble.

Puis il rit. Un rire sans joie, amer.

- Tu mens.

Elle serra les poings, sentant la colère monter.

- J'aurais préféré ne jamais avoir à te le dire. Mais c'est la vérité.

- *Non.*

Sa voix claqua comme un coup de fouet.

- Tu n'aurais jamais caché ça. Tu n'aurais jamais...

Il s'interrompit, secouant la tête, refusant de croire ce qu'il entendait.

- Il n'y a pas d'enfants. Il n'y a jamais eu d'enfants.

Elle sentit son cœur se briser une deuxième fois.

- Tu es tellement aveugle que tu refuses même d'envisager l'idée ?

Il tourna les talons brusquement.

- Je n'ai pas besoin d'envisager quoi que ce soit.

Il fit un signe de tête vers les gardes.

- Enfermez-la.

Son cœur se serra.

- Lysandre !

Mais il ne se retourna pas.

Les chaînes s'enfoncèrent plus profondément dans sa chair tandis qu'on la traînait hors de la pièce.

***

La cellule était sombre, humide, l'odeur de moisissure s'accrochant aux murs de pierre. Cassiopée se laissa tomber contre la paroi, tentant d'ignorer la douleur lancinante dans ses poignets.

Elle ne pouvait pas échouer.

Elle devait sortir d'ici.

Un bruit attira son attention. Une silhouette se glissa dans l'ombre, un mouvement furtif, rapide.

Puis une voix, douce, presque un murmure :

- Je sais qui a les enfants.

Cassiopée sursauta.

- Élodie ?

La jeune femme se matérialisa devant elle, son regard brillant d'une lueur étrange.

- Fais-moi confiance, souffla-t-elle.

Avant que Cassiopée ne puisse répondre, les chaînes à ses poignets s'ouvrirent dans un tintement métallique.

Elle était libre.

Et la chasse ne faisait que commencer.

La marque traîtresse n'était pas sur sa peau, mais dans son odeur.

Lysandre s'arrêta net, ses narines frémissant sous l'assaut d'un parfum qu'il ne s'attendait pas à trouver sur Cassiopée. Il connaissait cette fragrance, cette empreinte unique faite d'ambre et de bois brûlé, une signature olfactive qu'il aurait pu reconnaître entre mille.

- *Dis-moi que je rêve.*

Sa voix n'était qu'un grondement, un avertissement à peine contenu. Cassiopée, encore haletante après leur fuite précipitée du cachot, le défia du regard.

- *Tu n'as pas le temps pour ça, Lysandre.*

- *Élodie.*

Il cracha le nom comme un venin, les poings serrés.

- *Elle était avec toi.*

Cassiopée retint un soupir. Bien sûr qu'il l'avait sentie. Les alphas n'oubliaient jamais une odeur, et celle d'Élodie était encore plus marquée par leur passé conflictuel.

- *Elle m'a aidée à m'échapper.*

Lysandre éclata de rire, un son rauque, sans humour.

- *Tu veux que je croie ça ? Élodie, ma plus grande ennemie, aurait soudain décidé de jouer les bonnes âmes ?*

- *Je ne te demande pas d'y croire, je te demande d'arrêter de perdre du temps.*

Elle avança vers lui, l'air brûlant entre eux d'une tension palpable. Il ne recula pas. Au contraire, il la toisa, son regard s'attardant sur chaque détail d'elle, comme s'il essayait d'y déceler un mensonge.

- *Pourquoi t'aurait-elle aidée ?*

- *Parce qu'elle sait quelque chose sur l'enlèvement de nos enfants.*

Elle n'avait pas prévu de lâcher ces mots si brutalement, mais elle n'avait plus le choix.

Lysandre se figea.

- *Répète.*

- *Elle sait où ils sont.*

Un silence pesant tomba entre eux.

Cassiopée le vit vaciller, juste une seconde. L'image d'Orion, de Sirius et de Lune sembla briser quelque chose dans son armure. Mais l'instant d'après, il reprenait déjà le contrôle, son expression se refermant comme un piège.

- *Si c'est un mensonge...*

- *Ce n'en est pas un.*

Leurs souffles se mêlèrent dans l'air glacé.

- *Très bien,* lâcha-t-il enfin. *On va les retrouver. Mais dès que tout ça sera terminé, toi et moi, on réglera nos comptes.*

Cassiopée aurait voulu lui répondre qu'il n'y aurait plus rien à régler entre eux. Mais elle savait que ce serait un mensonge.

***

Ils partirent avant l'aube, fendant la forêt comme deux prédateurs traquant leur proie.

Malgré le silence, leur proximité était un champ de bataille. Chaque mouvement, chaque respiration était une étincelle prête à embraser l'air. Lysandre ne lui faisait pas confiance, mais il n'avait pas d'autre choix que de la suivre. Et Cassiopée... Elle tentait d'ignorer l'effet qu'il avait toujours sur elle.

Ils couraient côte à côte, leurs corps en harmonie instinctive. Malgré les années et la douleur, malgré les trahisons, leurs âmes reconnaissaient toujours l'autre.

- *Tu captes quelque chose ?* demanda-t-elle sans ralentir.

Lysandre huma l'air.

- *Pas encore.*

Ils avaient suivi la piste laissée par Élodie, un mince filet d'informations qui les conduisait à un ancien territoire, autrefois disputé entre plusieurs meutes. L'endroit était à l'abandon depuis des décennies, mais quelque chose d'étrange planait dans l'air.

- *Il y a quelque chose d'anormal ici,* murmura Lysandre.

Cassiopée le ressentit aussi. Une vibration sous leurs pieds, une sorte d'écho invisible.

Et puis elle le vit.

Un petit objet brisé, abandonné sur le sol terreux.

Ses doigts tremblèrent en l'attrapant.

Un collier.

Celui d'Orion.

Son cœur rata un battement. Elle se redressa lentement, le tenant dans sa paume, les souvenirs l'assaillant comme une vague dévastatrice.

Elle se souvenait du jour où elle le lui avait offert. Un petit pendentif en forme de loup, gravé de runes de protection. Il ne le quittait jamais.

- *C'est à lui,* souffla-t-elle.

Lysandre s'approcha, fixant l'objet d'un regard sombre.

- *C'est récent,* constata-t-il. *Il était ici.*

Son regard croisa le sien.

- *Alors où est-il maintenant ?*

Elle serra le collier dans sa main.

- *Tout près.*

L'adrénaline brûla ses veines.

Les enfants étaient quelque part. Et elle était prête à tout pour les ramener.

Chapitre 3 Chapitre 3

Le piège d'Élodie ne se referma pas brutalement, mais lentement, avec une grâce vicieuse.

Cassiopée le comprit trop tard. Dès l'instant où Élodie leur avait indiqué cette grotte cachée sous les racines noueuses d'un arbre ancien, quelque chose en elle avait hurlé au danger. Pourtant, elle avait suivi. Ils avaient tous les deux suivi. Parce qu'ils n'avaient pas le luxe du doute, pas avec le collier d'Orion entre leurs mains et la certitude qu'ils touchaient au but.

Mais à présent, alors que la lumière de l'extérieur s'amenuisait derrière eux et que l'atmosphère devenait plus lourde, une certitude s'imposa.

Ils étaient tombés dans un piège.

- *Ce n'est pas normal,* murmura Lysandre en s'arrêtant.

Le silence autour d'eux était trop dense, comme s'il absorbait chaque son. L'air était froid, chargé d'une énergie ancienne, et les murs de la grotte semblaient vibrer d'une présence invisible.

Cassiopée tourna les yeux vers Élodie.

- *Pourquoi nous avoir amenés ici ?*

La louve se retourna lentement, un sourire indéchiffrable aux lèvres. Dans l'ombre, ses yeux brillaient d'une lueur qui n'avait rien d'humain.

- *Parce qu'il fallait bien que vous compreniez...*

Elle leva une main.

Le sol sous eux trembla.

Lysandre bondit en avant, mais il était trop tard. D'un geste fluide, Élodie traça un symbole invisible dans l'air. Une onde de choc invisible jaillit, les projetant en arrière.

Cassiopée roula sur le sol, un goût de fer dans la bouche. Lorsqu'elle se redressa, Élodie avait changé. Son corps semblait baigné d'une ombre mouvante, et des motifs archaïques s'illuminaient sur sa peau.

- *Qu'est-ce que tu es ?* gronda Lysandre en se relevant.

- *Une chose que tu n'as jamais su voir,* répondit Élodie, sa voix doublée d'un écho surnaturel. *Une prêtresse des ténèbres. Une vestige d'un passé que vous avez tous voulu oublier.*

Elle tendit la main. L'air autour d'elle se fissura comme du verre.

La grotte s'anima. Les parois s'ouvrirent en d'innombrables bouches noires et béantes, d'où s'échappaient des ombres hurlantes.

***

Lysandre n'attendit pas. Il attaqua.

Son corps se transforma en un éclair : os qui craquaient, muscles qui gonflaient sous la peau, griffes et crocs étincelants. Il se jeta sur Élodie avec une rapidité foudroyante.

Mais elle ne recula pas.

Un mur d'énergie sombre s'éleva entre eux au dernier moment. Lysandre s'y fracassa de plein fouet, sa force colossale stoppée net.

Cassiopée, elle, n'avait pas le luxe d'observer.

Les ombres se jetaient sur eux.

Elle plongea vers le fond de la grotte, là où elle sentait quelque chose d'étrange, quelque chose qui appelait son sang.

Le portail.

C'était un cercle de pierres gravées, rongé par le temps, fissuré par l'oubli. Pourtant, sous la couche de poussière, une énergie bouillonnait encore, faible mais vivace.

Cassiopée posa les mains dessus, et l'onde de magie parcourut son corps.

- *Que fais-tu ?!* hurla Élodie.

Mais Cassiopée ne l'écoutait plus.

Elle traça un symbole sur la pierre, un rituel appris dans un autre temps, auprès d'une autre personne. Un battement de cœur. Un frémissement dans l'air.

Puis une explosion de lumière.

Les runes s'illuminèrent d'un éclat spectral. L'espace se tordit.

Et la faille s'ouvrit.

Des créatures émergèrent du néant, leurs silhouettes indistinctes, leurs yeux brillant d'une lueur blanche et spectrale. Des vestiges d'âmes perdues, oubliées.

Lysandre repoussa un assaut d'Élodie et siffla :

- *Dis-moi que tu sais ce que tu fais !*

- *Pas vraiment !* répondit Cassiopée en reculant.

Elle sentit une main agripper son poignet. Elle se retourna et se retrouva nez à nez avec Élodie.

- *Tu ne comprends rien,* susurra cette dernière.

Et elle rit.

Un rire pur, sinistre, presque beau.

- *Vous cherchez les mauvais ennemis...*

Ses pupilles se dilatèrent d'une extase terrifiante.

Puis elle inclina la tête et chuchota :

- *Regardez derrière vous.*

Cassiopée sentit le froid mordre sa nuque.

Et elle comprit que le vrai danger n'avait jamais été Élodie.

L'arrivée de Tristan fut aussi théâtrale qu'inattendue.

D'un battement d'ailes noires, un corbeau fendit l'air oppressant de la grotte, ses serres effleurant l'épaule de Lysandre avant de disparaître dans l'ombre. Une seconde plus tard, une silhouette apparut à l'entrée de la caverne, auréolée par la lumière pâle du clair de lune.

- *Lysandre.*

Sa voix était un mélange de miel et de poison.

Cassiopée n'eut besoin que d'un regard pour comprendre. Il était l'archétype du loup dominant : grand, aux traits ciselés comme une sculpture antique, vêtu de noir de la tête aux pieds. Ses yeux, d'un gris ardoise, luisaient d'intelligence froide.

Il inclina légèrement la tête, un sourire courtois sur les lèvres.

- *Quelle surprise...* Il balaya la scène du regard, s'attardant sur Élodie, puis sur Cassiopée. *Une prisonnière en fuite et une ennemie commune vaincue. Devrais-je être impressionné ?*

Lysandre serra les poings.

- *Tristan. Qu'est-ce que tu fais là ?*

Le nouvel arrivant s'approcha lentement, chaque pas résonnant dans le silence.

- *Te protéger, bien sûr.*

Un éclat de sarcasme passa dans ses yeux lorsqu'ils se posèrent sur Cassiopée.

- *Et corriger les erreurs du passé.*

Cassiopée soutint son regard, sentant un frisson de méfiance courir le long de son échine. Il y avait quelque chose dans son aura, une menace sous-jacente, une manière trop calculée d'occuper l'espace.

- *Je vois que la vermine a survécu,* ajouta Tristan en haussant un sourcil, ses prunelles grises sondant Cassiopée comme si elle était une anomalie qu'il fallait rectifier.

Le terme enflamma son sang.

Elle avança d'un pas, défiant sa posture de domination.

- *Tu me connais à peine et déjà tu me sous-estimes. Tu devrais faire attention à ce genre d'erreur.*

Le sourire de Tristan s'élargit, mais quelque chose dans sa mâchoire se contracta imperceptiblement.

- *Oh, mais je te connais bien plus que tu ne le crois.*

Il fit un pas de plus. Trop près.

D'un geste fluide, il tendit la main et saisit son menton entre ses doigts.

- *Une sang-mêlée, n'est-ce pas ? Une anomalie qui n'aurait jamais dû voir le jour.*

La rage monta en Cassiopée comme une tempête.

Elle leva la main pour le repousser, mais Tristan fut plus rapide. Il la saisit par le poignet et serra, juste assez pour montrer sa force.

- *Ne t'avise pas de me toucher,* grogna-t-il, sa voix devenant plus rauque.

Lysandre bougea.

Une seconde plus tard, Tristan se retrouva projeté en arrière avec une violence inouïe.

Le choc fut brutal.

Lysandre se tenait entre eux, son aura crépitante d'une colère contenue.

- *Ne la touche pas.*

Sa voix était basse, menaçante.

Tristan, toujours à terre, se redressa lentement en s'époussetant.

- *Tiens donc...* murmura-t-il, un sourire amusé aux lèvres. *Tu la défends ? Après tout ce qu'elle t'a fait ?*

Lysandre ne répondit pas, mais l'air autour d'eux s'électrisa.

Tristan fit mine de lever les mains en signe d'apaisement.

- *Très bien, très bien...* Il pivota légèrement, haussant un sourcil. *Alors, dis-moi, Alpha... quelle est la suite du plan ?*

Lysandre inspira profondément, ravalant sa fureur.

Puis il tourna la tête vers Cassiopée.

- *On traverse ce portail.*

***

Le passage magique les projeta dans un lieu qui sentait la poussière et la désolation.

Cassiopée sentit son estomac se tordre dès l'instant où ses pieds touchèrent le sol.

Le laboratoire était immense et délabré, les murs recouverts de symboles effacés par le temps. L'air était chargé d'une odeur métallique, un mélange de rouille et de... sang.

Elle avança lentement, ses yeux s'attardant sur les cages vides alignées le long des murs.

Son cœur se serra.

Des louveteaux avaient été enfermés ici.

Elle s'accroupit près d'une cage éventrée, effleurant les barreaux tordus.

- *Qu'est-ce que c'est que cet endroit ?* demanda-t-elle à voix basse.

Lysandre ne répondit pas tout de suite. Il parcourait les lieux du regard, son expression figée dans une neutralité trop parfaite.

Tristan, lui, observa les lieux avec un intérêt presque détaché.

- *Des expériences,* murmura-t-il en s'accroupissant près d'un tas de papiers jaunis. *Quelqu'un cherchait à créer quelque chose...*

Il ramassa un dossier et le feuilleta, avant de lever un sourcil.

- *Ah...* Il fit glisser une page vers Lysandre. *Regarde ça.*

Cassiopée jeta un coup d'œil.

Des notes griffonnées. Des schémas d'ADN modifié.

Et trois noms.

Lune. Orion. Sirius.

Le sol sembla se dérober sous ses pieds.

- *Ils étaient là...* murmura-t-elle, la gorge nouée.

Lysandre se tendit à ses côtés.

- *Alors on est sur la bonne piste.*

Cassiopée sentit un frisson glisser le long de son dos.

Si ses enfants étaient passés par cet endroit... où étaient-ils maintenant ?

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